APRIL

S'abonner à flux APRIL
L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 48 min 54 sec

#61 - Jitsi – Framasoft – Éducation – Le confinement - « Libre à vous ! » diffusée mardi 7 avril 2020 sur radio Cause Commune

mar, 04/07/2020 - 15:30

Au programme : Jitsi (logiciel libre de visioconférence); des nouvelles de Framasoft et du collectif CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires); interview d'un prof de technologie en collège; chronique de Luk sur le confinement.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 61e émission :

  • chronique La pituite de Luk sur le confinement
  • des nouvelles de Framasoft et du collectif CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) avec Angie Gaudion
  • le confinement et l'école avec Laurent Joëts, professeur de technologie en collège, et référent numérique de l'établissement
  • présentation de Jitsi (logiciel libre de visioconférence) avec son créateur Emil Ivov
  • diverses annonces

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

S'abonner au podcast

-->

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour la chronique de Luk
  3. Références pour l'échange sur Jitsi
  4. Références pour la partie sur Framasoft et CHATONS
  5. Références pour l'échange sur l'éducation
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Luk
  • Emil Ivov, créateur de Jitsi
  • Angie Gaudion de Framasoft
  • Laurent Joëts, professeur de technologie en collège
  • William, de radio Cause Commune, à la régie

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Jitsi.

Références pour la chronique de Luk Références pour l'échange sur Jitsi Références pour la partie sur Framasoft et CHATONS Références pour l'échange sur l'éducation Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

Décryptualité du 6 avril 2020 - La reconnaissance vocale aux prises avec la réalité sociologique

mar, 04/07/2020 - 12:10

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 6 avril 2020 (14 minutes 30 secondes)

Régulièrement les systèmes informatiques censés reproduire des capacités humaines démontrent des incapacités majeures. Récemment, c'était le tour de la reconnaissance vocale. L'occasion de parler de Mozilla voice et de se demander si ces systèmes auront ou non la capacité d'être satisfaisants un jour.

Decryptualité sur Mastodon

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

« La Nation apprenante » et comment répondre à ces besoins en temps de crise - Pouhiou - Framasoft - CPU

mar, 04/07/2020 - 11:04


Titre : « La Nation apprenante » et comment répondre à ces besoins en temps de crise
Intervenants : Pouhiou, porte-parole de Framasoft - Da Scritch
Lieu : CPU - Carré, Petit, Utile
Date : 2 avril 2020
Durée : 29 min 50
Écouter ou enregistrer le podcast
Présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Pouhiou sur Framatalk - Licence Creative Commons By-SA 4.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Afin de palier à la fermeture des écoles, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale a annoncé que ses services informatiques étaient prêts pour l'éducation à distance de millions d'élèves et a annoncé un ambitieux programme appelé « La Nation apprenante ».

Transcription

Da Scritch : Afin de palier à la fermeture des écoles, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale, a annoncé que ses services informatiques étaient prêts pour l'éducation à distance de millions d'élèves et a annoncé un ambitieux programme appelé « La Nation apprenante ».
Pour parler de la « La Nation apprenante » et de comment répondre à ces besoins en temps de crise, nous recevons Pouhiou, porte-parole de Framasoft1, blogueur fluo et ex-collègue de micro sur Radio FMR.

Pouhiou : Salut Da Scritch.

Da Scritch : Merci de nous recevoir par satellite en charognant le wifi du voisinage. Pouhiou comment as-tu connu Framasoft ?

Pouhiou : J’ai connu Framasoft – hou la, ça ne nous rajeunit tout ça – sur Internet, tout simplement parce que je crackais des logiciels privateurs et que sur la mule [eMule, NdT], quand tu crackais des logiciels privateurs, eh bien tu recevais des logiciels gavés de pubs, de machins, il y avait plein de malwares, alors que si tu allais prendre des logiciels libres ça marchait mieux, c’était plus rapide. Du coup, j’ai commencé à me mettre au logiciel libre parce que ça marchait mieux, tout simplement. J’allais sur l’annuaire du logiciel libre qu’était framasoft.net. C’est comme ça que j’ai commencé à connaître. Du coup, dès qu’il y avait un ordinateur qui s’installait dans la famille, j’utilisais Framapack et on pouvait installer, comme ça, plein de logiciels libres d’un seul coup d’un seul, avec un seul exe sous Windows, parce que ma famille achetait les ordinateurs à Carrefour avec Windows installé obligatoire dessus.
J’ai commencé à connaître Framasoft comme ça et puis j’ai commencé à écrire des romans sur un blog. Un jour je me suis dit « Framasoft, ils ont aussi un blog qui parle de culture libre et de plein de choses libres, je vais leur dire que j’ai mis mon roman dans le domaine public. Peut-être que ça va les intéresser, qu’ils vont en parler, que ça fera venir des gens sur mon blog ». Voilà ! C’est là que Framasoft m’a répondu : « Coucou, on a une maison d’édition, on n’a jamais fait de romans, on a envie d’en publier un, est-ce que ça t’intéresse de passer en comité de lecture ? » Du coup je suis rentré à Framasoft par le projet Framabook qui est une maison d’édition de cette association et c’est comme ça que j’ai connu l’association intimement on va dire.

Da Scritch : Framasoft, à la base, ce sont deux profs.

Pouhiou : C’est trois plus exactement !

Da Scritch : Merde, j’avais oublié le troisième oui, forcément.

Pouhiou : Ce n’est pas grave ! Dans la légende on dit toujours qu’il y a deux profs pour Framasoft, « fra », « ma », français mathématiques, c’est de là que vient le mot « frama » et « soft » parce qu’à l’époque Microsoft c’était le grand méchant du logiciel, du numérique, donc pour faire la nique à Microsoft on a fait « Framasoft ». C’est l’idée. Maintenant Framasoft, si on a nos racines dans l’Éducation nationale, qu’on a bien connu l’Éducation nationale et que certains de nos membres sont encore au sein de l’Éducation nationale, on se revendique aujourd’hui de l’éducation populaire parce que, on va peut-être en parler, on a tourné en quelque sorte non pas à l’Éducation nationale, ça me ferait chier de dire ça, parce que les profs, le personnel encadrant et les élèves font des choses formidables, par contre oui, on a fermé la porte à la hiérarchie de l’Éducation nationale.

Da Scritch : Framasoft est partie sur une initiative qui était Dégooglisons Internet2, donc essayer de trouver un maximum de projets alternatifs, de reprendre en fait plein de logiciels qui existaient déjà en service SaaS [Software as a Service], c’est-à-dire prêts à être utilisés par l’utilisateur sur des clouds, c’est-à-dire des ordinateurs qui appartiennent à d’autres personnes, donc qui sont susceptibles de faire plein d’autres choses. Vous avez fait pas mal de services prêts à être déployés, mais c’était d’abord chez vous que la plupart des gens allaient tester pour voir ce que ça donnait. Avant le Confinement avec un grand « C » combien aviez-vous de serveurs ?

Pouhiou : Grosso merdo une cinquantaine de serveurs répartis en 83/84 VM, à peu près, VM pour machines virtuelles, c’est-à-dire que sur une seule machine physique, un ordinateur, on peut créer plusieurs ordinateurs de manière logicielle, faire croire à cette machine qu’il y a un, deux, trois, plusieurs ordinateurs sur cette machine. En fait, il y avait 50 serveurs physiques que nous louons en Allemagne, chez Hetzner pour être précis, même si on n’a pas d’actions chez eux.

Da Scritch : Ça s’appelle un placement publicitaire.

Pouhiou : Pas du tout en plus ! J’aimerais bien toucher de la tune de Hetzner, ça serait cool ! Tout ça pour dire qu’on avait ça, sachant que le principe même de Dégooglisons Internet c’était d’une part d’informer « c’est la merde, les GAFAM, les géants du web… »

Da Scritch : Ce n’est pas sympa quand même de dire du mal de Qwant !

Pouhiou : Qwant n’est pas un géant, il aimerait le devenir, c’est ça qui est pire. Bref ! C’est un autre détail. Il va se faire bouffer. Attention, bonjour, Pouhiou sort sa boule de cristal qui ne vaut rien : Qwant risque de se faire bouffer soit par Microsoft, soit par Huawei, soit par les deux, on ne sait pas.

Da Scritch : Retrouvez ses prédictions tous les dimanches sur le marché de Saint-Aubin.

[Rires]

Pouhiou : Anyway! Tout ça pour dire qu’au départ c’était de dire « c’est gravissime ce qui se passe, ces géants du Web – Google n’est qu’un symbole parce que tu coupes un Google il y en trois qui repoussent – mais c’est gravissime ce qui se passe parce qu’ils colonisent notre Internet ». Sauf que quand tu dis ça, quand tu parles de cette colonialité, parce qu’on va quand même laisser le colonialisme aux personnes qui en ont souffert, qu’est-ce qu’on fait ? Or, il y avait des logiciels libres qui existaient, mais quelqu’un qui me disait « moi qu’est-ce que je fais pour remplacer mon Google Docs ? – Écoute, c’est super simple, tu prends Etherpad, tu le mets sur un serveur » et là j’ai perdu 99 % des gens. Nous on les a mis sur nos serveurs comme tu as dit. On les a mis sur nos serveurs en disant « coucou, venez essayer chez nous. Bonjour. Renseignez-vous sur nous, nous sommes une association loi 1901 ». Framasoft c’est une association de 35 membres. Ton club de bridge, ton club de théâtre ou de karaté a plus de membres que Framasoft, très probablement. 35 membres, 9 salariés – là, par contre, c’est vrai que c’est quand même plus qu’un club de bridge en général. « On est une association, vous venez essayer chez nous, mais le but c’est que vous deveniez indépendants, que vous vous autonomisiez, puisque comme on a mis ces logiciels sur nos serveurs, d’autres peuvent le faire. »
La troisième étape de Dégooglisons c’est l’étape essentielle, c’est celle d’essaimer, c’est-à-dire faire en sorte que les gens, une fois qu’ils ont essayé les services chez nous, qu’ils disent « oui, c’est cool, oui ça me convient » ou « non ça ne me convient pas », ce n’est pas le moment et ce n’est pas grave, mais si ça te convient comment est-ce qu’on peut faire pour que tu l’adoptes ? Il y a tout un tas de solutions auxquelles on a contribué. Je pense qu’on va en parler ensuite. Mais vraiment, l’objectif c’est de dire qu’on est une association, notre budget annuel c’est de l’ordre de 500 000 euros. J’avais fait le calcul : si le chiffre d’affaires annuel de Google c’est 24 heures, c’est une journée, Framasoft, je ne sais plus, on est à quelques minutes, quelques secondes, ce n’est rien du tout ! On ne va pas Dégoogliser à nous seuls. Pas une association ! C’est hors de question et, en plus, on n’a pas envie de grandir en mode start-up qui veut devenir licorne, ce n’est pas notre délire.

Da Scritch : Alors pourquoi tu écoutes CPU ?

Pouhiou : Parce que j’ai du goût, monsieur !

Da Scritch : Oh, ça c’est un coup bas ! D’ailleurs vous êtes à la base du mouvement CHATONS, mais on ne va pas y venir puisque l’idée c’est de faire une émission complète sur les chatons. On l’a programmée depuis deux ans.

Pouhiou : On peut juste dire en deux mots qu’on a contribué à des solutions d’auto-hébergement de type YunoHost3 et aussi de type Nextcloud4. On a contribué à un collectif qui s’appelle CHATONS5 qui est un collectif qui fait la même chose que nous, qui dégooglise, utilise des logiciels libres pour dégoogliser sans faire de pub. Au lieu de faire tout chez Framasoft, c’est comme un réseau d’AMAP [Association pour le maintien d'une agriculture paysanne ], sauf que ces AMAP, au lieu de donner des fruits et légumes bio et responsables, elles donnent du service numérique bio et responsable. On a participé à plein de choses comme ça. On a aussi publié, bien sûr, tous nos tutoriels, toute notre documentation sur comment on a fait pour installer ces choses-là sur nos serveurs. Il y a toute cette démarche de dire « on est une énorme expérimentation à portes ouvertes, mais on veut que cette expérimentation soit reprise et adaptée, améliorée ».

Da Scritch : On redonnera justement les liens vers YunoHost, le CHATONS et tout ça sur la page web de l’émission cpu.pm/0134.
Donc vous aviez une cinquantaine de serveurs. Arrive le confinement. Vous vous doutiez quand même que vous alliez avoir une vague de trafic, qu’il y a plein d’entreprises, de PME, d’indépendants, d’associations, de petites municipalités qui allaient avoir besoin d’échanger des données rapidement et qui allaient se dire « ah oui, mais attendez, il y a le truc qui est monté, collectif, solidaires, machin, allons dessus !»

Pouhiou : On s’en doutait oui et non. En fait, de notre point de vue, on a eu deux vagues. La première vague qu’on a eue, avant le confinement français, quand notre président est allé au théâtre et que tout le monde disait qu’il fallait continuer l’école et tout ça, il y avait quand même tous les Italiens et les Espagnols qui étaient absolument aux abois, qui étaient confinés où là, d’un coup d’un seul, on a eu typiquement notre solution de visioconférence qu’on appelle Framatalk6, qui est basée sur le logiciel Jitsi Meet7, où on est passé de 2000 visioconférences par jour à 16 000, donc fois huit. Comment t’expliquer que ça pique ? Là je t’ai donné l’exemple de la visioconférence, mais il y a aussi les pads qui sont des feuilles d’écriture collaborative, un peu alternatives à Google Docs ou à Word 365 en ligne. On a aussi un support et on reçoit des tickets, donc des demandes d’aide pour l’utilisation. Je te le fais au pifomètre, vraiment à la grosse louche, 90 % de notre support se fait en français, il y a 10 % qui se fait en anglais et les rares personnes qui nous font un message en allemand ou en italien, eh bien on utilise un traducteur automatique et c’est tout. Et là, d’un coup d’un seul, on commence à avoir des tonnes et des tonnes de demandes de support en italien. OK ! Qu’est-ce qui se passe ? On voit bien le truc. Du coup Framatalk a besoin d’aide, Framapad a besoin d’aide. Le salarié qui d’habitude développe chez nous un logiciel qui est une espèce d’alternative à YouTube, qui s’appelle PeerTube8, s’arrête de développer PeerTube et vient prêter main forte à l’équipe technique d’administration système pour essayer de renforcer les serveurs. On prend des plus gros serveurs, des plus grosses machines. On commence à essayer d’optimiser l’installation des logiciels et tout ça, à voir que les documentations ont été écrites de manière bénévole, parfois un peu hâtivement, on essaie de contribuer à ces documentations en donnant nos méthodes d’optimisation, etc. Bref ! On a un petit coup de bourre avec les vagues italienne et espagnole, mais on s’en sort. Ça nous coûte un peu plus cher, ce n’est as si grave, on s’en sort. Et là, arrive le confinement.

Da Scritch : Quand les services du ministre de l’Éducation nationale ont renvoyé professeurs et scolaires vers vos services, vous deviez être heureux quand même d’une telle reconnaissance au niveau national par le gouvernement français !

Pouhiou : Non, clairement pas. Bien sûr que non !

Da Scritch : La France, monsieur !

Pouhiou : La France, quelle honte ! Là je parle en mon nom et pas au nom de Framasoft, mais quelle honte que la France n’ait pas mis en place les moyens numériques qu’elle devrait avoir ! Là, du coup, je reprends ma casquette Framasoft parce que je ne sais pas si on utiliserait le mot « honte » collectivement, par contre nous sommes tous et toutes d’accord pour dire que nous savons que le ministère de l’Éducation nationale a les moyens financiers, les moyens humains, les moyens techniques, les savoir-faire, les compétences pour installer ce que nous avons fait sur nos serveurs, l’installer à disposition de ses 800 000 enseignantes et enseignants et de ses 12 millions d’élèves. Quelle honte qu’une petite partie de l’Éducation nationale nous recommande, nous association loi 1901, avec 500 000 euros de budget, face au ministère de l’Éducation nationale, c’est 72 milliards d’euros de budget. Quelle honte ! Ça fait des années qu’on connaît la rengaine ! Ça fait des années ! En 2016 nous avons écrit un article sur le Framablog qui s’appelle « Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le thé au ministère de l’Éducation nationale »9, parce que c’était juste après les accords de la ministre de l’Éducation nationale, à l’époque c’était madame Najat Vallaud-Belkacem, qui avait signé un accord avec Microsoft.

Da Scritch : Je croyais que c’était parce qu’ils n’avaient que du Lipton à proposer !

[Rires]

Pouhiou : Bref ! Ce n’est pas ça, c’est parce que Microsoft offrait gracieusement 13 millions d’euros de trucs pour les collèges et tout ça. Tu parles ! Ils enfonçaient les collèges à 13 millions d’euros dans des produits Microsoft et ils pompaient les données de nos gosses grâce à 13 millions d’euros. C’est un petit peu comme si McDo offrait 13 millions d’euros de frites aux cantines scolaires. Est-ce qu’on accepterait que nos gosses soient obligés de bouffer McDo à la cantine parce que McDo essaie de leur refourguer la première dose en fait, c’est la bonne vieille technique du dealer, la première dose est gratuite ; on la connaît.
Donc là on a fait un article rappelant l’historique. Le problème c’est qu’on se rend compte que dans les plus hautes sphères du ministère de l’Éducation nationale, la mentalité est celle d’un consommateur de services numériques ; ils consomment et ce qu’on entend quand ils nous reçoivent, je te jure que c’est ce que nous avons entendu texto, c’est : « Écoutez, c’est formidable ce que vous faites, le logiciel libre, parce que ça nous permet de mettre en tension les offres du propriétaire ! » Je traduis pour les auditeurs qui ne connaissent pas, qui ne comprennent pas forcément les tenants et les aboutissants : le logiciel libre, ce sont des gens passionnés, ce sont souvent des bénévoles, ce sont des salariés qui arrachent leur salaire avec les dents parce que c’est difficile de le financer ; souvent des bénévoles qui vont prendre du temps sur leurs gosses, sur leur vie, sur leurs loisirs, etc., parce qu’ils croient qu’on peut faire du logiciel par les gens et pour les gens. Et cette personne-là nous dit : « Merci parce que vous nous permettez d’avoir une ristourne sur Microsoft ! » C’est un crachat à la gueule et la personne ne s’en rend pas compte. À chaque fois la réponse qu’on a c’est : « Si vous voulez qu’on considère les offres du logiciel libre par rapport à celles de Microsoft, faites des offres », parce qu’ils ne considèrent le logiciel que comme quelque chose qu’ils consomment ! Alors qu’une volonté politique de faire du logiciel libre ce serait de dire « nous devenons acteurs de notre autosuffisance, de notre autonomie numérique. Nous devenons acteurs, nous contribuons et notre contribution va profiter à nous et à tous et nous allons profiter des contributions de tous ». Ça ce serait de la volonté politique, ce serait de la vision à moyen et long terme, ce serait formidable. Le ministère de l’Éducation nationale n’a jamais fait ça !
Juste pour rectifier, le ministère de l’Éducation nationale en lui-même n’a pas, à ma connaissance, recommandé les services Framasoft, par contre il y a eu un mémo10 ou une directive du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche mettant en valeur nos services, puis ils sont venus nous parler, on leur a dit : « Stop, arrêtez, au secours, vous allez nous couler ». Ils ont essayé de les mettre un peu moins en valeur, mais ils ne les ont pas enlevés, bref ! Ils sont libres, ils sont libres ! Ç s'est passé au niveau du ministère. Par contre, évidemment, dans beaucoup d’académies et tout ça, comme on est connus, il y a énormément de dirigeants qui ont fait passer le mot que dans les solutions, vu que chez nous ça ne marche plus, vu que dans les académies ça ne marchait plus, vu que dans les services numériques de l’État ça ne marchait plus, il y en beaucoup qui se sont fait passer le mot : « Vous avez plusieurs solutions » et dans les solutions, bien sûr, Framasoft existait.

Da Scritch : C’est CPU, l’émission confinée, programmée, ubuesque et nous sommes avec Pouhiou de Framasoft pour parler de la gigantesque vague de nouveaux utilisateurs qu’ils ont réussi à avoir grâce au confinement et à nos amis des ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur.
Bon, d’accord, on a bien compris une chose, ce qui agace quand même Framasoft, et tu l’as bien fait comprendre, c’est au niveau du budget. Dans ce cas-là, si vous aviez aimé être payés, pourquoi ne vous voit-on jamais répondre aux appels d’offre publics ?

Pouhiou : Parce justement non, on ne veut pas être payés. Ce qui nous agace ce n’est pas une question de budget, ce qui nous agace c’est qu’à un moment donné nous, ce que l’on veut c’est du service public et on ne veut pas qu’une association ou que du privé, que la startup nation compense le service public. Dans l’Éducation nationale, comme on l’a dit, on connaît suffisamment bien, on a suffisamment de monde et d’amis ou de membres de nous-mêmes qui y sont, on sait très bien qu’il y a des talents, qu’il y a des savoir-faire, sauf que ces personnes-là ne sont pas écoutées. On est sur un système qui a raté son virage numérique, mais aussi sur une hiérarchie qui, si elle dit oui à quelqu’un de volontaire et qui a une super idée et tout ça, prend un risque. Or, si elle dit non et continue dans le mode consommateur, là il n’y a pas de risque. Forcément ça favorise le fait de ne pas avoir de politique, mais de rester consommateur du numérique. À un moment donné, il faut juste que quelqu’un pose ses gonades sur la table et dise : « Stop, maintenant on va faire en sorte de ne pas filer les données de nos profs et de nos gamins aux géants du Web ou à des privés – ça déjà c’est catastrophique – et d’autre part, on va faire en sorte acquérir notre indépendance numérique. »
Le jour où l’Éducation nationale ou l’Enseignement supérieur, etc. vient nous voir en nous disant « voilà on a tel projet d’autonomisation, de, je ne sais pas, de mise en place de pads pour les écoles, etc., est-ce que vous pouvez venir partager votre expérience ? » Mais on viendra avec plaisir ! Il n’y a aucun problème. Framasoft est une association et souhaite le rester. Je sais que dans le monde capitaliste dans lequel on vit, dans la culture capitaliste dans laquelle on vit, c’est très étrange que quelqu’un dise « en fait nous on veut rester petits, on veut rester à taille humaine, à chaleur humaine ». Très souvent on explique aux gens qu’on a des projets, qu’on fait des choses, si vous nous jetez plus d’argent à la figure, on n’ira plus vite, on n’ira pas plus loin ; on ira plus longtemps, ça oui, on va continuer à vivre – Framasoft ne vit que par les dons – mais il est hors de question qu’on recherche la croissance à tout prix, on veut juste continuer à faire ce que nous faisons. Faire ce que nous faisons c’est aussi, du coup, la question du modèle économique. Tu parlais de pourquoi on ne va pas faire des dossiers de subvention. Notre modèle économique est pour l’instant, en tout cas depuis quelques années, celui du don. Il nous confère 98 % des 500 000 euros de budget que nous avons chaque année, c’est du don et c’est du don principalement de particuliers, il y a deux/trois gros dons, mais c’est tout. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’on est indépendants, qu’on fait ce qu’on veut. Là, typiquement, avec le confinement on a tout changé, on a chamboulé tous nos plans. Tout notre planning de l’année est chamboulé et ça on peut se l’autoriser justement parce qu’on a cette liberté d’action.

Da Scritch : Et justement, du coup, combien avez-vous dû mettre en place de serveurs supplémentaires au bout de 15 jours puisque nous enregistrons le 31 mars ? Qu’est-ce que cela a comme implication réelle directe et immédiate pour Framasoft, je vais dire sur le bilan financier, c’est-à-dire sur le nombre de VM, donc sur la facturation de ces VM ?

Pouhiou : On a de la chance, on avait du budget et on avait prévu, de toute façon, plus de budget au niveau des serveurs, etc., vu les gens qui étaient généreux avec nous, donc on a de la chance, on avait un petit peu de coussin, de confort. Donc là on a pu dire « OK, on dépense. On investit dans du serveur, on investit dans des choses comme ça, parce qu’il y a un besoin ». On a pas mal parlé de l’Éducation nationale. Si, à un moment donné, on a affiché sur nos services « Gens de l’Éducation nationale, abstenez-vous d’utiliser nos services parce qu’il y en a d’autres qui n’ont pas les moyens d’un ministère derrière eux », ce n’est pour rien. Quand tu as un CHU qui vient te voir et qui dit : « On a des malades, des patients qui sont isolés, qui veulent pouvoir parler à leur famille, et c’est peut-être urgent de parler à leur famille parce qu'on ne sait pas s’ils vont s’en sortir, est-ce qu’on peut utiliser Framatalk ? » Oui ! Et là c’est notre devoir que Framatalk fonctionne. Tu comprends ?

Da Scritch : Oui.

Pouhiou : Du coup, ouais, faire cours à 30 élèves en visio est-ce que c’est vraiment nécessaire à ce moment-là face à des patients qui veulent juste parler à leur famille ? C’est affreux de devoir faire un arbitrage, mais on l’a fait.
Du coup on a mis en place des serveurs supplémentaires. Je n’ai plus le compte exact, mais il y en a eu au moins huit et c’est vraiment de la très grosse puissance, ce sont minimum des octo-cœur, SSD, machin chose, je ne sais plus si c’est 16 ou 32 gigas de RAM, des grosses machines. Typiquement le service Framatalk, la solution de visioconférence sur Jitsi Meet, fait travailler plusieurs machines d’un seul coup, je crois qu’il y a trois ou quatre machines directes, alors qu’avant il n’y avait qu'une petite machine, ensuite, avec les Italiens, on est passés à une grosse machine et là on est passés à trois/quatre machines, direct. Pareil, on a investi du temps pour améliorer le code des logiciels Etherpad et MyPad qui permettent d’avoir le service Framapad11 qui est cette page d’écriture en ligne. Ces améliorations de code ont été reversées à la communauté, du coup ça va bénéficier à tout le monde que ça marche plus vite même s’il y a plein de personnes qui viennent sur le serveur.
Donc a vraiment tout chamboulé et je pense que le plus gros changement c’est au niveau de ce que Framasoft va faire à l’avenir.

Da Scritch : Je cite Jean-Michel Blanquer dans Challenges de cette semaine : « Il a fallu aussi faire face à des attaques informatiques multiples, notamment venues de Russie, mais nos pare-feu sont robustes ». C’est donc ce qui expliquerait que les outils d’ENT [Environnement numérique de travail] de l’Éducation nationale à distance ne fonctionnent pas extrêmement bien. Quelle est l’astuce secrète de Framasoft pour ne pas être visée par ces hackers russes et peut-être soviétiques ?

Pouhiou : C’est évident, enfin, Christine Albanel l’a dit, c’est le pare-feu Open Office, le fameux pare-feu Open Office ! Franchement en plus, je peux t’annoncer que Framasoft a eu des problèmes avec d’autres pays. D’une part, c’est quand même relativement assez facile de géobloquer certaines adresses IP et nous l’avons fait quand nous avons eu des utilisations criminelles de certains de nos services qui semblaient être localisées, je ne sais pas, au Vietnam…

Da Scritch : Chut ! On a déjà assez d’emmerdes avec la nation pangoline, n’en rajoute pas une guerre.

Pouhiou : Je suis désolé ! Du coup, on a géobloqué certains pays comme ça. Ce n’est pas forcément très complexe. Le coup des pirates russes, honnêtement je n’en sais rien, je ne suis pas à l’Éducation nationale. Maintenant, ça fait un peu « je n’ai pas rendu mon devoir parce que le chien a mangé ma copie ! » Je cite un compte Twitter que j’aime beaucoup !

Da Scritch : Tu veux dire que c’est éculé comme excuse. Enfoiré ! Comment tu m’as cité ! Ça m’appendra à tester mes blagues sur les réseaux sociaux. Est-ce que tu veux dire par là que l’excuse est à peu près aussi éculée que Sony qui se fait attaquer par la Corée du Nord ?

Pouhiou : Ce que je veux dire, ce que je sais, c’est que je connais les gens qui travaillent dans les académies, dans les services informatiques, ce ne sont même pas des membres de Framasoft dont je parle, et je peux te dire que clairement ils n’étaient pas prêts pour le confinement et qu’ils ne se sont pas préparés. Que même les personnes qui travaillent dans le numérique, là elles ont du mal à télétravailler tellement leur infrastructure est mal foutue.
En fait aujourd’hui il faut écouter, il faut juste aller interroger des gens qui travaillent dans les services numériques des académies ou du ministère, juste écouter et poser des questions à vos profs en primaire, en collège, en lycée. Les outils informatiques qu’ils utilisent ce sont des outils de Windows 3.1, de cette époque-là. C’est vraiment indigent et c’est révoltant qu’on ait encore de tels outils, parce que, encore une fois, on a des gens à la base, des travailleurs et des travailleuses qui ont plein de compétences, qui ont plein de savoir-faire, qui ont plein de vision politique et plus tu montes et moins ces personnes-là sont écoutées et plus ça devient la chienlit.
Tant que personne ne s’occupe du problème, tu as des gens à la base qui bricolent des trucs et qui essaient de faire des choses avec les moyens qu’ils n’ont pas. Quand le problème commence à remonter un petit peu au niveau de la hiérarchie, ça va être au niveau de l’académie puis au niveau du ministère, à chaque fois c'est : « Vous arrêtez tout ce que vous faites, j’ai la bonne solution. — Non, c’est moi qui ai la bonne solution, vous renvoyez tout chez mémé. » Donc c’est le bordel chez tout le monde, c’est aussi simple que ça. Quand tu entends que des gens te disent : « Mais moi je ne demande que ça, là, en urgence, installer un Etherpad, mais tu te rends compte : pour ouvrir une VM il faut que je fasse une demande, j’ai trois semaines d’attente ! »

Da Scritch : Oui, mais c’est tamponné et double tamponné. C’est la procédure !

Pouhiou : C’est kafkaïen. À un moment donné si tu ne laisses les moyens à tes talents et à tes savoir-faire de faire le taf, eh bien forcément le taf est mal fait, forcément le service tombe et ils ne sont pas prêts. Clairement pour moi, encore une fois ma boule de cristal sur le marché de Saint-Aubin, ils n’étaient pas prêts.

Da Scritch : Est-ce que les services du ministère vous ont demandé de les aider à installer du C, H, A, T, O, N, du chaton souverain ?

[Miaulement]

Pouhiou : Je ne suis pas assez dans tous les échanges pour pouvoir le dire. En tout cas, je sais qu’il y a des personnes volontaires au sein des ministères, au sein des académies pour justement faire du chaton, c’est-à-dire pour faire de l’hébergement souverain, autonome et éthique. Il y a des initiatives, il y a des volontés. Malheureusement, ce sont les personnes qui sont les moins écoutées et ça a été d’ailleurs notre grande crainte au sein de Framasoft quand on a mis les pieds dans le plat et qu’on a dit : « Stop ! Une association loi de 1901 ne doit pas parer aux carences d’un ministère », on s’est dit « est-ce qu’on ne va pas griller les personnes qui font le taf à l’intérieur ? » Et on espère qu’au lieu d’être grillées, ces personnes seront plus écoutées, parce que si vous ne voulez pas que des associations comme nous crient et hurlent à l’indigence numérique de notre ministère et au scandale que c’est, eh bien écoutez les personnes qui savent ce dont elles parlent. Vous avez les talents chez vous.

Da Scritch : Pouhiou, ça fait un bail, ça fait trois ans qu’on n’a pas fait d’émission en duo ensemble, comment es-tu devenu porte-drapeau de Framasoft ?

Pouhiou : Ça ne va pas, porte-drapeau !

Da Scritch : Est-ce que le précédent était pété ?

[Rires]

Pouhiou : Il n’y a pas de tête de gondole chez Framasoft, on ne veut pas de ça chez nous. Attention, on est tombé dans le panneau comme tout le monde à une époque et tout ça, et justement, comme on a vu que le fait d’incarner un collectif, une association, avec une seule tête, ça ne marchait pas, forcément ça coince à un certains moments, du coup on a révisé la copie. Non, je ne suis pas porte-drapeau de Framasoft.
Comme je t’ai dit je suis rentré à Framasoft en publiant mes romans dans la maison d’édition Framabook, après ça s’est fait un peu tout seul, c’est-à-dire que j’ai commencé à dire « eh, on va sortir le framabook, ça ne vous dit pas de faire un communiqué de presse, un dossier de presse ? » Là on m’a dit : « On ne sait pas faire ! — Eh bien je vais bidouiller, je vais le faire. » Du coup j’étais toujours sur la liste et après moi est sortie une BD. Je leur fais : « Je vous ai montré comment on fait un communiqué, un dossier de presse ! – Oui, mais on n’a pas le temps. – Bon, eh bien je vais le faire. » Et puis ils m’ont dit : « Viens ! », du coup je suis devenu bénévole pour l’association. À un moment donné l’association a eu besoin d’une personne pour sa communication, j’étais disponible, j’ai été embauché et c’est comme ça que je suis devenu un des chargés de communication de Framasoft, sachant qu’on essaie vraiment de travailler en équipe. C’est-à-dire que là, par exemple, on est un trinôme avec Angie Gaudion et avec pyg, Pierre-Yves Gosset pour tout ce qui est justement la stratégie, les partenariats, la communication. Tout ça se répond les uns aux autres et s’entremêle. On a chacun et chacune nos accointances et nos domaines favoris, mais on essaie vraiment de travailler ensemble, en trinôme sur ces points-là et avec tout le reste de l’équipe salariée et de l’équipe bénévole.

Da Scritch : C’est sur cette magnifique histoire que nous refermons cette page magazine de ce journal. La preuve, une fois de plus, que contribuer au logiciel libre peut se faire de mille et une manières et peut donc mener à un emploi en traversant en face !
Pouhiou, merci.

Pouhiou : Merci Da Scritch.

Coronavirus - Faut-il tracer les patients - C l’hebdo

mar, 04/07/2020 - 08:03


Titre : Coronavirus - Faut-il tracer les patients ?
Intervenant·e·s : Arthur Messaud - Eva Roque - Mari-Noëlle Jégo-Laveissière en off - Ali Baddou
Lieu : Émission C l’hebdo - France 5
Date : 4 avril 2020
Durée de l'extrait : 6 min 20
Visionner ou télécharger l'extrait de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Location de la collection Material Design Icons, Wikimedia Commons - Licence Creative Commons Attribution 4.0 International
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Utiliser nos smartphones pour éviter la propagation du coronavirus, c’est l’idée du tracking, une technique de surveillance mise en place en Chine et en Corée du Sud, salutaire pour les uns, liberticide pour les autres.

Transcription

Ali Baddou : Évidemment aussi, dans le débat public, la question de ce qu’on appelle le tracking, Eva, la surveillance générale de tout le monde grâce au numérique et notamment grâce à nos téléphones portables.

Eva Roque : Exactement. Parce qu’après le mot « déconfinement » c’était le mot tracking le mot de la semaine. L’objectif c’est d’utiliser nos smartphones pour éviter notamment la contagion. En Chine, En Corée du Sud et en Israël, là la méthode est radicale, les autorités vous pistent à partir du GPS que vous avez dans vos smartphones. Tous les déplacements sont contrôlés. Par exemple, si une personne est testée positive au coronavirus et qu’elle enfreint la règle de confinement hop !, elle est verbalisée puisqu’on le sait immédiatement, donc c’est une méthode très intrusive qui n’est absolument pas envisageable aujourd’hui en France. Édouard Philippe regarde plutôt du côté de la méthode qui a été utilisée à Singapour, qui a mis en place une autre technique de tracking qui est un peu plus respectueuse des libertés publiques.

Ali Baddou : Même si Singapour n’est pas une démocratie !

Eva Roque : Oui. Je vais essayer de vous expliquer comment ça peut marcher concrètement. En fait, il s’agit de télécharger une application dans votre smartphone et, via le Bluetooth, votre smartphone va repérer dans une zone de quelques mètres autour de vous les autres utilisateurs de cette même application. Si l’un d’entre eux est positif au coronavirus, vous recevez à ce moment-là une notification, à priori des autorités de santé, vous indiquant que vous avez été en contact, sur un temps plus ou moins long, avec une personne positive. À vous ensuite, évidemment, de vous confiner. Les données seraient anonymisées et elles seraient conservées pendant plusieurs jours. C’est une méthode dont le succès va reposer sur l’adhésion ou pas de la population puisque le téléchargement de la faneuse application se ferait sur la base du volontariat.
Évidemment, ce potentiel tracking comme on dit, traçage en français, suscite énormément de débats en France. La CNIL, la Commission nationale de l’informatique et des libertés, s’est déjà dit vigilante face aux applications de suivi géographique. Mesures liberticides ou pas ? En fait c’est ça la question qui se pose, évidemment.
Au moment où, en plus, on apprenait que plus d’un million de Franciliens avaient quitté la semaine dernière la région parisienne avant le début du confinement, et comment on savait qu’un million de personnes étaient parties ? Eh bien grâce aux données de géolocalisation collectées par l’opérateur Orange via son réseau d’antennes-relais.
Ça suscite forcément des interrogations. À qui sont transmises ces données, ces informations ? L’anonymat peut-il véritablement être garanti ? La directrice générale adjointe d’Orange était au micro du Téléphone sonne cette semaine sur France Inter et elle s’est voulue rassurante.

Mari-Noëlle Jégo-Laveissière, voix off : Ici, dans le cadre des travaux que nous avons initialisés très vite avec l’Inserm, nous avons regardé comment les données statistiques de notre réseau mobile pouvaient les aider à mieux dimensionner les systèmes de soin, à mieux comprendre où se déplaçait la population. Ce sont des données agrégées, ce sont des données anonymisées, dans lesquelles il est absolument impossible de remonter à un utilisateur individuel, mais ça leur donne l’idée du volume.

Eva Roque : Pour être totalement précis sur cette question, Orange vient de s’allier à l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, pour que les données collectées permettent de s’adapter à la situation. Je vous donne simplement un exemple : comment mobiliser plus ou moins de soignants en fonction du nombre de Français présents dans une même zone géographique. Pas certain que ce type d’explications rassure tout le monde.

Ali Baddou : Non, ça c’est sûr. Faut-il s’inquiéter pour nos libertés ? Par Skype, l’un des meilleurs spécialistes de la question, juriste pour La Quadrature du Net1, une association de défense des droits et de nos libertés à l’ère du numérique. Bonjour Arthur Messaud.

Arthur Messaud : Bonjour.

Ali Baddou : Merci d’être l’invité de C l'hebdo.
Est-ce que la surveillance numérique doit nous inquiéter et particulièrement cette technique, le tracking, qui passe essentiellement par les téléphones portables ?

Arthur Messaud : Oui, il faut s’inquiéter. Sur le papier, en effet, il y a des façons de faire ça qui ont à peu près l’air de respecter la loi. C’est possible. On ne sait pas du tout, en pratique, ce que le gouvernement veut faire. S’il faut, il fera un truc très centralisé avec beaucoup de surveillance, qui sera terrible et qu’on attaquera et s’il faut il fera, pour une fois, quelque chose d’assez correct. C’est possible. Dans ce cas-là il y a deux hypothèses à envisager.
Première hypothèse : très peu de gens utilisent cette application et ça sera beaucoup d’énergie pour rien ; c’est une hypothèse qui est possible.
Seconde hypothèse : beaucoup de gens utilisent l’application et l’application permet d’accompagner le déconfinement, comme vous dites, dans plein de régions et c’est très utilisé. À ce moment-là, le risque très important socialement, c’est que toutes les personnes qui n’utilisent pas l’application se retrouvent socialement exclues, pour des choses assez triviales, tout simplement exclues du travail. Imaginez, dans une boîte il y a 20 salariés, 19 utilisent l’application donc ça permet de prouver, attester qu’ils n’ont pas été en contact dernièrement de personnes malades, mais il y a une personne qui n’utilise pas l’application soit parce que politiquement ça la dérange, soit parce qu’elle n’a pas de smartphone parce que ça coûte trop cher pour elle ou, pareil, pour des raisons politiques ou parce qu’elle a un handicap qui ne lui permet pas d’avoir un smartphone ; des raisons assez triviales parfois. Qu’est-ce qui va arriver à cette personne-là ? Est-ce qu’on va lui permettre de rester sur le lieu du travail ? En sortant d’un mois, deux mois de confinement où les gens étaient habitués à des mesures très rigoureuses, est-ce qu’on va vraiment se permettre ce risque-là ? Ce sont des questions culturelles, sociales, qui sont extrêmement importantes d’autant plus qu’on voit depuis des mois, depuis des années, toute une industrie, une industrie technologique, sécuritaire, qui essaie de vendre ce discours, de vendre ses propositions de surveillance volontaire, de surveillance dans l’espace public, dans la rue, pour, en fait, organiser la société à des fins économiques, sécuritaires et là, à des fins aussi biologiques.

Ali Baddou : Dernière question rapidement. Comment est-ce qu’on peut convaincre tous ceux qui ne seraient pas opposés à ce tracking qu’on ne peut pas tout faire même si on est dans des circonstances exceptionnelles ?

Arthur Messaud : La vraie crainte d’adopter des mesures sécuritaires, des mesures de police contre la population, c’est que les gens qui sont malades ou qui ont été en contact avec des malades aient peur et se cachent, se cachent des autorités.
En période de crise sanitaire, ce qu’il faut établir c’est la confiance. Il faut que les gens qui ont des symptômes aient confiance, puissent parler autorités et dire « écoutez j’ai un problème ». Si les gens ont peur pour leur travail, si les gens ont peur d’être exclus socialement parce qu’ils sont malades, c’est une grave crise sanitaire, éventuellement encore pire, qu’on va créer. On va aggraver la situation. Il faut moins de peur, il faut moins de surveillance, moins de défiance, il faut beaucoup plus de confiance. Toutes ces logiques de géolocalisation, de suivi par les smartphones, ça va nuire complètement à la confiance. Il faut plus de confiance, plus d’humanité et toutes ces technologies ce n’est pas très bon pour ça.

Ali Baddou : En tout cas merci infiniment d’avoir répondu à nos questions. Bonne vie confinée et c’est beaucoup plus clair.

Revue de presse de l'April pour la semaine 14 de l'année 2020

lun, 04/06/2020 - 22:06

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[The Conversation] Comment le coronavirus a réveillé l'intelligence collective mondiale

✍ Marc Santolini, le dimanche 5 avril 2020.

Individuellement, nous sommes tous démunis devant la crise du coronavirus. Un boom collaboratif mondial est en train de changer la manière dont la science se fait.

Et aussi: [Clubic.com] Jitsi, l'alternative open-source à Zoom, a été téléchargée plus de 1,4 million de fois en mars

✍ Pierre Crochart, le vendredi 3 avril 2020.

Le confinement généralisé de la moitié de la population mondiale ne fait pas les choux gras que de ZOOM. Jitsi Meet, son alternative open-source (et respectueuse de la vie privée) a elle aussi fait un bond de géant le mois dernier.

Et aussi: [Next INpact] Parcoursup: consécration du droit constitutionnel d'accès aux documents administratifs

✍ Marc Rees, le vendredi 3 avril 2020.

Le Conseil constitutionnel consacre l’existence d’un droit constitutionnel à l’accès aux documents administratifs. Il considère en outre que les établissements d’enseignement supérieur sont tenus de rendre compte des critères en fonction desquels ont été examinées les candidatures Parcoursup. Explications.

[ZDNet France] Comment Huawei cherche à protéger ses brevets

✍ Steven J. Vaughan-Nichols, le jeudi 2 avril 2020.

Si certains pourraient trouver cela surprenant, Huawei a fait le choix de rejoindre le Linux and Open Invention Network, le principal groupe américain de défense des brevets et de la protection intellectuelle.

[Arcinfo] L'Université de Neuchâtel souhaite donner des armes juridiques à l’open source matériel

✍ Loïc Marchand, le mercredi 1 avril 2020.

Des chercheurs de l’Université de Neuchâtel lancent une étude afin de poser les bases juridiques profitables au développement de l’open source matériel (hardware) en Suisse. Ce projet de trois ans est soutenu par le Fonds national suisse à hauteur de 210 000 francs.

[Presse Citron] L'équipe d'Elizabeth Warren rend ses outils de campagne accessibles en open source

✍ Jean-Yves Alric, le mardi 31 mars 2020.

L’idée est de permettre à d’autres causes de bénéficier de ces services gratuits et faciles à prendre en main.

[ZDNet France] «Ça reste ouvert», une carte collaborative créée par des contributeurs d'OpenStreetMap

✍ Thierry Noisette, le mardi 31 mars 2020.

Quels lieux, commerces et services restent ouverts, et avec quels horaires, pendant le confinement anti-coronavirus? Le site caresteouvert.fr, développé par des bénévoles et auxquels les internautes peuvent contribuer, permet de le savoir.

Les libertés publiques sont-elles menacées - Coronavirus et surveillance de masse - Le Grand Rendez-vous - France Inter

lun, 04/06/2020 - 17:46


Titre : Les libertés publiques sont-elles menacées ?
Intervenant·e·s : Antonio Casilli - Alain Chouraqui - Deux auditeurs et une auditrice - Patrick Bouet en off - Nicole Belloubet en off - Bruno Duvic
Lieu : Émission Le Grand Rendez-vous - France Inter
Date : 2 avril 2020
Durée : 27 min 28
Écouter ou enregistrer le podcast
Présentation de l'émission ici ou ici
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Location de la collection Material Design Icons, Wikimedia Commons - Licence Creative Commons Attribution 4.0 International
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Bruno Duvic : Bonjour à tous et bienvenue dans Le Grand Rendez-vous jusqu’à 14 heures, votre émission pour mieux faire face, mieux comprendre la crise que nous traversons.
Dans les minutes à venir, question sur nos libertés publiques. Nous vivons à l’heure de l’état d’urgence sanitaire, de larges pouvoirs laissés au gouvernement et des restrictions radicales de liberté, les libertés les plus essentielles, se déplacer, se rassembler, travailler, voir nos proches, le tout sous le contrôle de la police et le contrôle potentiel ou déjà là des nouvelles technologies. Quel équilibre trouver avec la lutte nécessaire contre l’épidémie ? Quelles dérives possibles ? Voilà pour notre sujet jusqu’à 13 heures ou presque. Et pour dialoguer avec vous le spécialiste de sciences politiques, directeur de recherche émérite au CNRS Alain Chouraqui et l’un de nos meilleurs spécialistes des sociétés numériques, Antonio Casilli. Et puis il y a vous, bien sûr, auditeurs de France Inter et de France Culture. Nous attendons vos témoignages, vos questions, vos réflexions sur les contrôles de police, le traçage numérique et d’autres sujets au 01 45 24 7000.
A 12 heures 55 ce sera le Carnet des solutions pour passer la crise avec Philippe Bertrand, 13 heures un journal complet, 13 heures 30 avec Mathieu Vidard et son invité : Comment cette épidémie et le confinement changent nos rapports à l’alimentation ?
La tendance du jour. Le déconfinement sera probablement progressif selon Édouard Philippe. Écoutez Patrick Bouet, le président du Conseil national de l'Ordre des médecins

Patrick Bouet, voix off : Nous voyons bien qu’il va falloir tester massivement la population et les professionnels pour savoir où nous en sommes au moment où nous verrons diminuer la courbe des hospitalisations et des contaminations, donc il faudra s’adapter à la réalité de chaque territoire et de chaque situation.

Bruno Duvic : Nous sommes à distance mais tout proches, c’est la définition de la radio, et c’est parti pour une heure et demie.

Voix off : France Inter. Midi et demi 14 heures, Le Grand Rendez-vous.

Bruno Duvic : Pour amorcer notre dialogue du jour sur les libertés publiques en temps de confinement, extrait d’interview. La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, sur France Inter il y a une semaine.

Nicole Belloubet, voix off : On ne peut pas vivre sans liberté, c’est certain. On ne peut pas vivre sans liberté, mais dans l’esprit même de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, la liberté n’a jamais été considérée comme absolue, donc je pense que pour des raisons on va dire d’ordre public on peut toujours, bien entendu, atténuer ces libertés.

Bruno Duvic : Bonjour Alain Chouraqui.

Alain Chouraqui : Bonjour.

Bruno Duvic : Directeur de recherche émérite au CNRS, président de la Fondation du Camp des Milles, ce lieu de déportation pendant la Seconde Guerre mondiale. Votre regard, d’abord, sur cette situation et ce qu’on vient d’entendre dans la bouche de Nicole Belloubet. Nous ne pouvons pas aujourd’hui nous déplacer librement, aller voir nos proches, notre famille. Nous vivons avec une présence policière assez massive dans les rues, regard sur cette situation quand même très exceptionnelle.

Alain Chouraqui : Oui, c’est un vrai choc civilisationnel, autant qu’ont pu l’être certaines grandes guerres même si, bien entendu, comparaison n’est pas raison, le nombre de morts, la violence, les contextes sont évidemment différents, mais en termes de culture, de civilisation et surtout de vie quotidienne, le choc est considérable.
Alors oui, bien sûr, les atteintes et les restrictions aux libertés sont en grande partie nécessaires face à l’urgence sanitaire à condition qu’elles restent dans le cadre de l’État de droit, parce que l’État de droit prévoit effectivement de telles mesures exceptionnelles, mais, évidemment, des dérapages sont possibles et, j’allais dire, des traces peuvent rester à l’avenir et c’est ce qui me préoccupe le plus. Je crois que nous sommes dans une phase de confinement, nous sortons de la sidération, de l’urgence de se nourrir, de protéger les autres et là va commencer une phase marquée peut-être par des violences et des crispations, des recherches de boucs émissaires. Et puis surtout une autre phase ensuite où la démocratie peut vraiment être en danger par l’augmentation du chômage, par les crises économiques et sociales, etc. Après quoi on aura très probablement des pistes culturelles positives, un changement du rapport à l’autre, un changement du rapport à la mondialisation, à l’unité du genre humain, un changement du rapport au temps, tout cela on peut l’espérer. Mais on passera par une phase dangereuse pour la démocratie.

Bruno Duvic : Les dérives possibles et les traces, on a le temps d’en parler dans les minutes à venir. Aujourd’hui, Alain Chouraqui, l’équilibre entre les mesures de restriction de liberté liées à la situation sanitaire et l’État de droit démocratique est, pour l’instant, tenu ?

Alain Chouraqui : Il me semble que oui à condition, véritablement, que toutes les affirmations qui sont déjà en grande partie dans la loi, toutes les affirmations selon lesquelles cela sera temporaire, soient effectivement tenues et que les contre-pouvoirs démocratiques de toutes natures, à la fois parlementaires, sociaux, société civile, que tous ces contre-pouvoirs y veillent. Parce que, quelle que soit la bonne ou mauvaise volonté des dirigeants partout, on voit bien le risque que des dispositifs restent, s’installent et de mauvaises habitudes soient prises.

Bruno Duvic : Je salue Antonio Casilli. Bonjour.

Antonio Casilli : Bonjour.

Bruno Duvic : Sociologue, professeur à Télécom Paris et à l'EHESS [École des hautes études en sciences sociales], auteur de ce livre Les Liaisons numériques. Vers une nouvelle sociabilité ? qui a fait date et, plus récemment, En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic, les deux sont édités au Seuil.
Là aussi, premier constat Antonio Casilli : ces dernières semaines nous sommes entrés un peu plus dans l’ère du monde 2.0 au fond. Les nouvelles technologies sont omniprésentes pour rester en contact avec nos proches en ce moment, pour travailler, bientôt et déjà en partie pour respecter le confinement. Les nouvelles technologies plus que jamais sont liées à notre existence.

Antonio Casilli : Oui. Mais c’est un monde 2.0 à deux vitesses si l’on veut. Pour une partie de la population, pour ceux qui peuvent se permettre à cause de leur condition économique ou de leur métier de respecter le confinement à 100 %, c’est effectivement le triomphe du télétravail, des courses à distance. Par contre, pour une partie importante de la population française et mondiale, ceci s’est soldé par un confinement qui est devenu une sortie forcée dans des conditions qui sont extrêmement dangereuses parce qu’on a à faire pour certains métiers, certaines professions, à une très forte proximité physique qui est demandée par le type même de travail, donc là il n’y a pas de télétravail possible. Finalement, il y a la proximité physique, le danger de l’exposition et, très souvent, il s’agit de métiers qui sont inscrits dans un contexte de précarité si on pense surtout, par exemple, aux nouveaux travailleurs des plateformes.

Bruno Duvic : Le lien entre les nouvelles technologies et nos libertés publiques. On pourrait donner la parole à un premier auditeur pour en parler. Bonjour Nicolas.

Nicolas : Bonjour.

Bruno Duvic : Vous êtes plutôt en soutien aux mesures engagées pour l’instant pour notre sécurité, n’est-ce pas ?

Nicolas : Oui, je suis plutôt en soutien à ces mesures-là mais, comme le disait pas la personne précédente, la personne encore avant, il faut que ces mesures soient prises. Dans le contexte où on est, dans l’urgence sanitaire, on est dans une période où on sait que c’est très dur et que si on veut s’en sortir il n’y a que le confinement qui est possible. Aujourd’hui on voit bien, comme disait la personne précédente, il y a deux vitesses pour les travailleurs mais aussi dans le confinement. Mes amis et moi on voit qu’autour de nous tout le monde reste chez soi et ne sortent juste soit ceux qui doivent travailler, soit pour aller faire des courses et c’est tout. Mais il y en a qui se permettent encore de sortir pour autre chose, pour faire des soirées entre amis, des choses comme ça, j’ai vent de choses et je ne trouve pas ça logique. Soit on limite tout le monde ou le maximum possible, comme on peut, mais il faut que tout le monde joue le jeu et si on ne peut pas jouer le jeu, eh bien il faut prendre des mesures un peu plus fortes, encore un peu plus dures.

Bruno Duvic : Par exemple l’utilisation de drones ne vous choque pas ou ne vous choquerait pas dans les villes où ça n’existe pas encore ?

Nicolas : Eh bien non ! J’ai vu que dans certaines villes c’était déjà utilisé. Pour faire de l’interrogation, l’interrogation c’est demander à distance et je trouve que c’est bien, c’est aussi pour protéger les personnes qui font les contrôles, comme vous disiez le virus ne se transmet que par proximité, et je ne trouve pas si mal l’utilisation de drones. Après, je sais qu’il y a utilisation du téléphone, je sais que ça a été mis en place en Corée et que ça a été très fort. Mais la Corée c’est un autre mode de fonctionnement et, si on doit en arriver là, eh bien on en arrivera là. Aujourd’hui on n’a pas le besoin de le faire, mais si un jour on voit que notre courbe ne diminue pas et que des gens continuent à faire ce qu’ils veulent, on sera peut-être obligé d’en passer par là.

Bruno Duvic : On va soumettre ça à nos deux invités. Alain Chouraqui d’abord, l’argument qui est massif en ce moment, qui consiste à dire qu’il faut avant tout respecter le confinement et oui, s’il faut en passer par des mesures un peu extrêmes, présence de la police assez massive, voire des drones, eh bien il faut l’accepter. Est-ce que cet argument-là est incontournable ?

Alain Chouraqui : Il me semble que sur l’essentiel il est incontournable à condition que tout cela soit fortement encadré, que cela soit proportionné et fortement encadré. On a évoqué les drones, vous avez évoqué les drones, l’auditeur a aussi évoqué le tracking, le fait de suivre avec le téléphone les déplacements des gens à terme, ça n’est pas encore en place ou pas du tout encore envisagé, envisagé mais en place en tout cas en France. Là on touche vraiment, j’allais dire, le point ultime me semble-t-il de l’atteinte aux libertés. Si l’on est obligé d’y aller, il faudra vraiment y aller avec une vigilance démocratique, probablement des dispositifs de contre-pouvoir très accentués pour s’assurer, encore une fois, de la nécessité, de la proportionnalité et du caractère extrêmement provisoire, même si, de toute façon, je suis extrêmement réticent à l’égard de cette perspective parce que, je l’évoquais tout à l’heure, il en reste toujours des habitudes, des manières de faire, des dispositifs techniques cachés que l’on aura du mal à contenir même dans l’avenir.

Bruno Duvic : On va voir ce qu’en pense Antonio Casilli qui connaît ça par cœur. Hier Édouard Philippe a dit que si le backtracking, pour employer l’expression anglaise, le traçage numérique, devait exister, ce serait sur une base volontaire. Le Monde fait état d’un sondage, ces dernières heures, qui montre plutôt le soutien de la population, l’acceptation de la population.

Antonio Casilli : Voire la résignation de la population !
Là on est face à une campagne de propagande de notre gouvernement mais aussi d’autres gouvernements, soyons clairs, autant par des pays qui sont caractérisés par des dictatures, autant par des pays qui ont des démocraties troubles comme la nôtre. La France est engagée depuis une décennie dans une longue campagne d’établissement d’une surveillance de masse. Cela passe par des dispositifs légaux – je pense à la loi renseignement1, je pense à des lois qui remontent à déjà huit ans ou même dix ans dans certains cas – qui ont progressivement érodé nos libertés publiques. Ceci, à mon avis, ne donne pas la possibilité d’être optimiste. Il ne faut s’imaginer qu’on sera capables de mettre en place les contre-pouvoirs ou les mesures de contre-poids qui pourront balancer ce type de situation.
Là on est face à une occasion en or pour les producteurs de surveillance de masse pour se faire de la pub gratos et pour imposer leur vision de la société qui est une vision dans laquelle tout le monde est coupable, donc forcément il faut sanctionner. Donc effectivement, l’idée d’installer le soupçon vis-à-vis de ses voisins, de faire circuler ces informations selon lesquelles la violation de la quarantaine et du confinement seraient généralisées alors que les chiffres attestent, en France comme ailleurs, que ceci n’est pas le cas. Si on regarde un pays traditionnellement allergique à la discipline publique, je pense à l’Italie d’où je viens, on peut le deviner à mon accent, c’est un pays dans lequel 95,7 % des personnes ont respecté, sur désormais plus d’un mois, le confinement. Ceci est inouï ! C’est un succès phénoménal. On n’est pas face à des violations massives qui demandent le fait de bouleverser complètement notre mode de vie et surtout d’imposer des jouets dystopiques comme des drones ou, encore pire, ces systèmes de traçage par téléphone mobile qui sont, en plus, présentés comme des solutions miracles, appliquées avec succès en Corée du Sud, à Taïwan. Ceci est un mensonge et, en plus, un mensonge qui sert à justifier le fait de l’imposer aussi dans nos pays alors que si on va demander justement aux Coréens ce qui a déterminé le succès de leur stratégie contre le coronavirus, ils vont vous dire des tests massifs. Les Taïwanais vont vous dire de l’information de qualité du gouvernement, pas la surveillance et pas le traçage des citoyens.

Bruno Duvic : Dans le contexte actuel, Antonio Casilli, il n’y a aucun modèle, Corée, Singapour, où le traçage numérique a pu aider à la lutte contre l’épidémie, à la sortie du confinement de votre point de vue ?

Antonio Casilli : Il y a deux modèles, les deux passent par des applications mobiles ou des traceurs, comme des bracelets à Hong-Kong ou des applications mobiles à Singapour, même en Chine. À Singapour, par contre, il y a un type particulier d’application mobile qui est basé sur une technologie qu’on appelle la technologie Bluetooth. C’est celle qui nous sert par exemple pour nous connecter sans fil avec nos casques, des choses comme ça. Elle est basée sur l’idée qu’il n’y a pas d’enregistrement central et il y aurait tout simplement, stockée sur un téléphone, l’information d’être passé à proximité d’une personne qui a été infectée. Alors que les autres applications, et celle qu’on cherche par exemple à imposer en France, est basée sur du GPS. Le GPS nous trace, nous géolocalise à tout moment, donc elle pose un problème d’anonymisation, elle pose un problème d’efficacité parce que si vous vous baladez dans des ruelles, je ne sais pas, à Marseille ou à Venise, bonne chance pour identifier exactement s’il s’agit d’une personne, s’il s’agit de tout un bâtiment ou d’un pavé de maisons que vous devez bloquer et mettre en quarantaine. En plus, évidemment, ceci n’est pas du tout cohérent avec le RGPD2, parce que même s’ils vous disent que c’est anonymisé, c’est anonymisé a posteriori, mais au départ c’est une donnée qui identifie au moins un porteur d’un équipement mobile. Fort probablement il vous identifie sur la base de votre numéro de téléphone ou de votre adresse IP et ainsi de suite.
Tout ça c’est problématique dans la mesure où c’est présenté comme une technologie miracle qui est faite en l’absence de technologies qui sont indiquées par les autorités sanitaires comme les seules qui marchent c’est-à-dire les masques, le port du masque dans l’espace public ce qui poserait un problème pour notre gouvernement qui adore désormais la reconnaissance faciale, bonne chance pour la reconnaissance faciale si tout le monde porte des masques ! L’autre question, évidemment, c’est la question des tests. Si on n’a pas de tests vous pouvez bien tracer et identifier les personnes qui sont peut-être positives, mais il faut pouvoir les tester. Et après, évidemment, il faut pouvoir les soigner. En l’absence de tests et en l’absence d’un nombre adéquat de lits d’hôpitaux, nous avons un problème.

Bruno Duvic : C’est compliqué. On retourne au standard en précisant que le RGPD dont vous parliez c’est le Règlement européen qui, pour le dire très vite, contrôle l’usage que l’on fait de nos données numériques. Bonjour Luc au 01 45 24 7000. Vous nous appelez de l’Ariège.

Luc : Bonjour. Je vous appelle par rapport à un petit problème qui est récurrent sur pas mal de sujets, mais là, par rapport aux amendes qui sont infligées aux gens qui sortent alors qu’ils n’ont pas de raison de le faire, c’est le côté antisocial parce qu’une amende de 135 euros n’a pas du tout le même impact sur quelqu’un qui est, par exemple, au RSA ou sur quelqu’un qui gagne plusieurs milliers d’euros par mois. Du coup ça crée une inégalité entre les citoyens.

Bruno Duvic : Soumettons ça à Alain Chouraqui. Effectivement, une amende de 135 euros n’a pas la même valeur selon que vous êtes riche ou pauvre. Ça pose la question des inégalités qui risquent de se creuser au nom de cette période d’état d’urgence sanitaire.

Alain Chouraqui : Oui. Vous avez dit vous-même ce chiffre que j’allais dire. Évidemment, qu’on se retrouve avec cette amende comme d’ailleurs avec toutes amendes et avec toutes les sanctions qui ne sont pas, si j’ose dire, indexées au niveau de revenu et de ressources des personnes. Est-ce que c’est pour autant acceptable ? Moi je pense que ça fait probablement partie des questions qui vont devoir être posées et qui peuvent faire partie des traces positives à se poser ce type de question, effectivement.
Je voudrais saisir du fait que j’ai parole, en profiter pour appuyer au moins sur deux points sur ce qui a été dit juste auparavant.
D’une part dire que oui, le caractère de nécessité et de proportionnalité, je l’avais évoqué, doit absolument être établi et je vois que l’autre intervenant, qui est plus compétent que moi sur le plan technique, estime que ce n’est pas le cas, donc c’est un élément très important.
Le deuxième point c’est que la question du rapport entre sécurité et liberté se pose depuis longtemps, le curseur se déplace depuis des décennies maintenant vers la sécurité et c’est effectivement dans ce contexte qu’il faut apprécier et être extrêmement vigilants sur le plan démocratique à l’égard de ce pas de plus qui ne doit être fait que, je le répète, temporairement et si la nécessité est établie.

Bruno Duvic : Avant d’entendre François au standard de France Inter encore une question, Alain Chouraqui, sur les traces que laissent les régimes d’exception dans le droit commun. On cite toujours l’exemple d’une partie de la législation anti-terroriste qui est entrée dans le droit commun. On peut faire valoir aussi que la menace terroriste demeure, que ces mesures sont utiles et que la trace qui reste dans notre législation est utile.

Alain Chouraqui : Oui, on peut le dire. On peut aussi dire, je dis bien « aussi », ça fait partie du débat démocratique qu’il faut avoir et je suis aussi d’accord sur le fait que ça n’est pas acquis d’avance que s’installe un tel débat démocratique. Il faut avoir ce débat pour savoir quelles traces on peut accepter dans la durée sur tel ou tel plan.
La dérive a commencé, elle est en cours, elle est, encore une fois, nécessitée par la période actuelle pour une large partie, à regarder au point par point. Ensuite il faudra vraiment une revitalisation démocratique extrêmement forte qui peut d’ailleurs faire partie des traces culturelles beaucoup plus larges. Il y a beaucoup d’éléments, beaucoup de difficultés qui se sont exacerbées actuellement ; on parlait tout à l’heure des inégalités, mais il y a d’autres éléments, l’accélération du temps, les changements, la négligence de l’autre, etc. Tout cela ce sont des points, et vous évoquiez les traces possibles de dispositifs policiers, ce sont des points que cet évènement actuel terrible peut contribuer à faire reposer de façon extrêmement forte. Ce serait la sortie positive dans deux ans, dans trois ans, après un passage très difficile en termes de tentation autoritaire.

Bruno Duvic : François au standard de France Inter. Bonjour François.

François : Bonjour.

Bruno Duvic : Vous nous appelez de Toulouse et vous nous proposez un deal en quelque sorte.

François : Pour éviter d’avoir un dispositif autoritaire, une sorte de contrat entre l’État et le citoyen. Comme on s’achemine vers un déconfinement progressif et régionalisé, dans les régions où le déconfinement se ferait un peu plus tôt et serait un plus large puisqu’elles auraient été moins atteintes par le virus, sur la base du volontariat on téléchargerait l’application qui permet de savoir, par Bluetooth, qu’on a voisiné avec d’autres personnes, on donnerait son accord pour être suivi, que son téléphone soit tracé dans ses déplacements. On pourrait à la fois reconstituer les voisinages suspects, même soi-même si on est devenu suspect de porter le virus, ou bien, en même temps, on pourrait suivre ses déplacements et se déplacer de façon élargie par rapport aux contraintes actuelles du confinement. Si on n’est pas d’accord, eh bien on reste confiné dans les conditions actuelles. C’est une sorte de deal, comme vous dites, d’accord contractuel entre le citoyen et les autorités.

Bruno Duvic : Antonio Casilli qu’en pensez-vous ? Deux questions. D’abord, sur le principe du deal, est-ce que techniquement c’est possible ?

Antonio Casilli : Et ça, c'est la bande à Bluetooth ! Je vous disais qu'il y a deux approches : l'approche GPS et l'approche Bluetooth. L’approche GPS, et là on est tous d’accord, est considérée comme en désaccord, en décalage par rapport à la régulation européenne sur les données. L’approche Bluetooth semble, en surface, être plus cohérente avec nos libertés publiques. C’est problématique et d’ailleurs c’est faux, c’est complètement faux. L’idée que le Bluetooth soit respectueux de nos libertés oublie déjà que l’installation sur base volontaire nous met face à des discriminations et ensuite qu’elle est tout aussi envahissante vis-à-vis de notre vie privée que le traçage GPS. Je vous explique pourquoi. Elle est problématique du point de vue de nos libertés parce qu’elle est inefficace en l’absence de tests massifs, ça on est d’accord, première chose. Après, pour l’instant, elle a fonctionné seulement à un endroit dans le monde, dans la ville-État de Singapour, mais est-ce qu’elle est généralisable à un continent ?, le continent européen ou une nation qui fait non pas cinq millions de personnes mais 60, 80 millions, etc. Après, elle est tout aussi envahissante parce qu’elle doit être installée par tout le monde, elle doit être filée, c’est-à-dire que vous devez vraiment remettre en main propre votre dispositif à toute personne autorisée, que ce soit des médecins, des policiers, des employeurs, des voisins, des propriétaires de magasin – vous faites la liste que vous voulez – et personne ne doit pouvoir éteindre son propre appareil ou en modifier les données. Donc là on est face, effectivement, à un traçage qui dépasse l’autonomie du citoyen.
Après c’est discriminatoire. Imaginez-vous une situation dans laquelle aujourd’hui on vous dit : « Installe tranquillement cette application, de cette façon tu peux lutter contre le coronavirus, elle est en open source, etc. », mais le jour suivant on vous dit : « Tu ne peux pas accéder au supermarché si tu n’as pas installé cette application. Tu ne peux pas monter sur le bus si tu n’as pas installé cette application ». On ne te discrimine pas parce que tu es malade, ce qui serait contre la loi, on te discrimine parce que tu n’as pas installé un truc qui atteste de ta santé. Là c’est encore quelque chose de complètement dystopique.

Bruno Duvic : Hélène au standard de France Inter au 01 45 24 7000. Soyez la bienvenue Hélène. Nous vous écoutons.

Hélène : Bonjour. Je voulais juste faire un petit témoignage. J’ai une amie qui a 80 ans, qui habite dans le centre d’un petit village dans l’Hérault. Elle a pris sa voiture pour faire quatre/cinq kilomètres, aller promener son chien et pouvoir le lâcher dans les bois. Quand elle est revenue, elle a eu une contravention de 135 euros. Elle a essayé d’expliquer au policier qu’elle marche avec une canne, elle a 80 ans, qu’elle ne peut pas tenir son chien d’un côté et sa canne de l’autre, qu’il risque de la faire tomber dans la rue. Elle a quand même eu la contravention.

Bruno Duvic : Elle a quand même eu l’amende.

Hélène : Voilà. Ce que disait votre spécialiste. Moi je n’ai aucune spécialité, mais j’ai été outrée d’entendre ça.

Bruno Duvic : Merci Hélène pour ce témoignage. Effectivement, des contrôles plus ou moins acceptés, plus ou moins légitimes et quelquefois des abus, on en parlait sur France Inter hier. Il nous reste très peu de temps. Alain Chouraqui, je voulais vous faire réagir cette dernière minute. C’est la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui se dit particulièrement préoccupée par les mesures d’urgence en Hongrie. Vous êtes inquiet vous aussi pour, au fond, l’état de la démocratie en Europe aujourd’hui ?

Alain Chouraqui : Oui, vraiment très profondément. Il y a des pays comme la Hongrie, ce n’est pas le seul pays même si on en parle beaucoup à juste titre, qui montrent un mauvais chemin et depuis, encore une fois, plusieurs années. On l’évoquait tout à l’heure, la situation actuelle est vraiment l’occasion pour ceux qui ont des visées autoritaires d’avancer leurs pions de façon extrêmement dangereuse. Juste un petit mot, dire que ce n’est pas la même chose, dans les responsables de l’État qui doivent piloter ces dispositifs de surveillance, si c’est le ministère de la Justice ou le ministère de l’Intérieur qui pilotent les choses.

Bruno Duvic : Ce n’est pas la même chose si c’est le préfet ou le juge.

Alain Chouraqui : Exactement. Le préfet ou le juge ça n’est pas pareil et ça peut d’ailleurs être en dehors de l’État ou tout au moins avec des organismes indépendants comme le Défenseur des droits, la CNIL [Commission nationale de l'informatique et des libertés], etc., qui pourraient, au-delà de la surveillance actuelle, avoir un rôle plus actif dans le pilotage de ces mesures liberticides, nécessaires ou pas, on en a parlé.

Bruno Duvic : Merci beaucoup Alain Chouraqui. Je remercie également Antonio Casilli et les auditeurs de France Inter d’avoir participé à ce débat.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (7 avril 2020)

lun, 04/06/2020 - 15:30
Start: 7 Avril 2020 - 15:30End: 7 Avril 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

61e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 31 mars 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • la chronique « La pituite de Luk » sur le confinement
  • Interview d'Angie Gaudion de Framasoft
  • Interview de Laurent Joëts, professeur de technologie en collège, et référent numérique de l'établissement
  • Interview d'Emil Ivov, créateur de Jitsi Meet

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 7 avril 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 31 mars 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 31 mars 2020

lun, 04/06/2020 - 12:36


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 31 mars 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Marie-Odile Morandi - William Gonzalez - Étienne Gonnu - William de Cause Commune à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 31 mars 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi et son analyse de l'évolution des sujets du Décryptualité de ce dernier mois
  2. La politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais avec William Gonzalez, délégué à la protection des données et membre de l'April
  3. Échange avec William Gonzalez sur son livre Une expérience libre
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
La politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais c’est le sujet principal de l’émission du jour, avec également au programme un mois de Décryptualité et aussi le livre Une expérience libre.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio diffuse désormais également en DAB+ en Île-de-France, c’est la radio numérique terrestre.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.
Je ne suis pas Frédéric Couchet, délégué général de l’April, mais Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’association. Si vous êtes une auditrice ou un auditeur réguliers ce changement de voix vous aura peut-être étonné. Rassurez-vous, Frédéric va bien et vous le retrouverez dès la semaine prochaine. L’objectif est simplement de se répartir la charge et que Libre à vous ! soit aussi peu dépendant que possible d’une unique personne, une pratique de pérennisation qui vaut aussi bien pour un projet logiciel que pour une émission de radio.

Le site web de l’April est april.org, a, p, r, i, l, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

Nous sommes le 31 mars 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Je précise que, comme les deux précédentes, l’émission est diffusée dans des conditions exceptionnelles suite au confinement de la population. Toutes les personnes qui participent à l’émission sont chez elles. Nous diffusons en direct depuis Saint-Denis, Clamart, Fleury-les-Aubrais et Verbania en Italie. D’un point de vue technique, nous utilisons Mumble un logiciel libre de conférence audio. Nous espérons que tout se passera bien et je vous prie de nous excuser par avance si des problèmes techniques se produisent. Problèmes techniques ou problèmes humains, il s’agit après tout de mon baptême du feu !

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici le programme de cette émission :
nous commencerons par la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture ». Marie-Odile Morandi reviendra sur un mois de Décryptualité ;
d’ici dix/quinze minutes, nous aborderons notre sujet principal qui portera sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais avec William Gonzalez délégué à la protection des données de la ville ;
en fin d’émission nous poursuivrons toujours avec William Gonzalez avec qui nous échangerons sur son livre Une expérience libre.
À la réalisation de l’émission William de Cause Commune.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi et son analyse de l'évolution des sujets du Décryptualité de ce dernier mois

Étienne Gonnu : Nous allons donc commencer par la chronique de Marie-Odile, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l’April qui aujourd’hui nous propose son analyse de l’évolution des sujets du Décryptualité de ce dernier mois. Elle nous précisera d’ailleurs ce qu’est ce Décryptualité. Je précise aussi que Marie-Odile vit et nous parle depuis l’Italie où l’intensité de la crise sanitaire, et je ne fais là aucun commentaire sur la gestion de cette crise d’un côté ou de l’autre, est un peu en amont de ce qu’on vit en France donc ça donne aussi une valeur particulière à la lecture qu’elle va pouvoir nous apporter. Bonjour Marie-Odile et je vais te laisser la parole.

Marie-Odile Morandi : Bonjour à tous.
En cette période inédite que nous vivons, je souhaitais parler de l’évolution des thèmes traités dans chacun des Décryptualité depuis un peu plus de un mois, c’est-à-dire depuis l’édition du 17 février 2020.

Qu’est-ce que Décryptualité ? Depuis le début de l’année 2017, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine. Il y a le noyau dur avec Luc, Manu et Magali et, au gré des semaines, viennent s’ajouter Nico et Nolwenn ainsi que d’autres personnes. Les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible à toutes et tous, sans prétention, mais les choses sont dites.
Chaque Décryptualité commence par la revue de presse dont les articles sont choisis par Manu. Quelques articles principaux sont cités, accompagnés d’un court commentaire. Je rappelle que chacun d’entre nous peut envoyer à Manu, par divers canaux, les articles qu’il estime dignes de faire partie de cette revue de presse hebdomadaire.
La discussion s’articule ensuite autour du sujet choisi par les intervenants. L’ensemble dure une quinzaine de minutes. Chaque Décryptualité est transcrit et publié sur le site de l’April.

Le 17 février 2020 le sujet était : « Ce que l'affaire Griveaux rappelle sur les enjeux de la vie privée ». Évidemment le jeu de mots était facile et personne ne s’en est privé « ce soir on va parler de choses grivoises. » Chacun d’entre nous se souvient de cette affaire : sur un site internet un artiste russe a publié des documents pour montrer la soi-disant dualité qu’il y a entre le discours politique moralisateur et la vie privée de certains personnages politiques. Le député Griveaux avait envoyé à une jeune femme des vidéos intimes qui ont fuité. Les noms des protagonistes ont été clairement affichés, divulgués. Divers politiques ont réagi en demandant la levée de l’anonymat sur Internet, thème récurrent pour certains, alors qu’il s’agit là d’abus de confiance et de divulgation de contenus pornographiques condamnée par la loi.
Occasion de rappeler que notre vie privée est essentielle avec un sage conseil : à l’heure des réseaux sociaux, il faut être prêt à assumer certes ce que l’on fait aujourd’hui, mais se demander si on sera prêt à l’assumer aussi plus tard. Internet et l’Agence nationale de la sécurité américaine n’oublient rien, tout y est centralisé.

Le Décryptualité du 24 février 2020 restait dans la suite de l’affaire Griveaux : « La liberté d'expression sur Internet attaquée sous tous les prétextes ». Un certain nombre de politiciens s’attache à essayer de casser la liberté d’expression sur Internet et les réseaux sociaux avec un projet politique qui voudrait limiter la capacité des gens à partager des informations. Il est rappelé que la Chine a essayé, au début, de contrôler l’information concernant le Covid-19, information qui est finalement ressortie et la crédibilité de l’État central a bien diminué.
Les intervenants reviennent sur la question de la haine sur Internet. Certaines personnes se font harceler et c’est dramatique. Des lois existent, pas forcément toujours appliquées. La nouvelle loi qui est en train d’être élaborée, la loi anti-haine sur Internet, était-elle bien nécessaire ? En effet, ce sont les plateformes – Twitter, Facebook – qui devront s’assurer que les contenus dits haineux soient effacés automatiquement en moins d’une heure. Ce côté automatique ainsi que le fait de déléguer à des plateformes privées la responsabilité de déterminer ce qui relève de la liberté d'expression ne manquent pas d'inquiéter. N'est-ce pas là le rôle des pouvoirs publics et avant tout de la justice ? »
L’exemple de Mastodon est cité : décentraliser, gérer des petites communautés est une solution qui a montré ses atouts. Il faut aussi éduquer les gens et surtout les jeunes. Personne n’a jamais été réellement formé à l’utilisation des réseaux sociaux et bien informé des responsabilités que leur utilisation entraîne pour chacun de nous.

« Puisque les virus sont de saison, occasion de rappeler les bonnes pratiques pour ne pas se faire infecter », c’ était le thème du Décryptualité du 9 mars 2020.
Cette fois le mot virus est bien là. Les divers symptômes que peut présenter notre ordinateur sont décrits et il nous est rappelé ce qu’est une bonne hygiène informatique :
avoir un bon système d’exploitation sur son ordinateur ou son téléphone, un système d’exploitation sain dans un ordinateur sain, par exemple une bonne distribution GNU/Linux ;
faire des mises à jour, toujours, tout le temps, le plus tôt possible ;
faire des sauvegardes, c’est-à-dire enregistrer ses données à l’extérieur de son ordinateur pour le cas où on aurait un problème, sur un disque dur externe, sur une clé USB ou chez un hébergeur fiable ;
ne pas télécharger n’importe quoi ;
éviter de mettre sa clé USB n’importe où, sur des ordinateurs mal gérés, de gens qu’on ne connaît pas ou en qui on n’a pas confiance.

À partir du 16 mars, on passe à l’échelon supérieur : interdiction de sortir et télétravail pour toutes les personnes dont l’activité le permet. « Télétravailler et garder des contacts à l'extérieur en période de confinement avec le libre ».
Avec toutes les incitations à se mettre au télétravail, plein d’outils commencent à être utilisés dans tous les sens. Les gens sont obligés de se lancer et ont tendance, malheureusement, à se tourner vers des outils propriétaires, ceux qui sont les plus connus, ceux des GAFAM, et c’est bien dommage ! C’est en gros une période où on sait qu’on va se faire avoir, on va se faire embrigader dans des briques logicielles et des outils que les entreprises vont payer pour obtenir et utiliser. C’est effectivement rageant parce qu’on sait que ces manœuvres vont rendre les gens captifs.
Conseil est donné de se tourner vers les services proposés par Framasoft. Framasoft victime de son succès : dans une circulaire du ministère de l’Enseignement supérieur intitulée « Plan de continuité pédagogique », parmi les actions possibles pour les activités de travail collaboratif, les solutions libres de Framasoft sont conseillées sans qu’aucun contact n’ait été établi avec les responsables de l’association comme l’affirme Pierre-Yves Gosset. Suite à cette incitation, Framasoft a subi une énorme affluence et a dû répartir l’utilisation de ses services sur les divers chatons, les associations et entreprises qui proposent des logiciels hébergés sur leurs propres serveurs et qui font partie du Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires.
Pour pouvoir discuter avec les personnes de manière efficace, Jitsi occupe une place de choix. Cette application fonctionne directement dans le navigateur : on va sur le site, on crée un salon et on transmet l’adresse de ce salon à tous les participants qui rejoignent alors la discussion en cliquant et en chargeant la page dans leur navigateur.
Une pensée particulière est dédiée à tous les élèves qui sont confinés chez eux avec leurs parents. Sont citées les ressources éducatives libres AbulÉdu, Sésamath, Gcompris.

Le dernier Décryptualité transcrit et publié est celui du 23 mars dont la description est « Face à la pandémie, de nombreuses initiatives s'appuient sur le Libre et ses principes pour proposer des solutions rapides, faciles à mettre en œuvre et mieux travailler ensemble. »
Il est à nouveau question de Jitsi pour communiquer, mais surtout sont cités les cas de hackeurs, bidouilleurs qui imaginent des solutions pour venir en aide à toutes les personnes, aux malades et à leurs soignants : fabriquer des masques, fabriquer des valves avec des imprimantes 3D, mettre au point des respirateurs. Toute cette inventivité est saluée : des gens compétents utilisent ces solutions offertes en partage, construisent rapidement, souvent avec des moyens modestes. On vit une période de crise, on n’a pas le choix, il faut agir même si les produits qu’on obtient ne sont pas de qualité optimale.

La conclusion nous laisse une lueur d’optimisme et revient à Magali : « c’est incroyable toutes les choses positives, collaboratives qui peuvent arriver en temps de crise, qui sont faites et ça mérite d’être salué ». Dans l’urgence et face à de tels enjeux de santé, on peut parler de l’intelligence des foules, de l’intelligence du monde quand on lui demande de contribuer dans un esprit de solidarité, en partie grâce à Internet et au logiciel libre.

Étienne Gonnu : Merci Marie-Odile, c’est une très belle chronique. C’est vrai que c’est important aussi de voir ce qui sort de positif de ces situations qui sont par ailleurs particulièrement difficiles.
Je vais rebondir sur deux choses que tu as évoquées. Tu parles de Jitsi. La semaine prochaine on va recevoir le créateur de Jitsi, justement, qui va pouvoir nous parler un peu de ce logiciel et puis je rappellerai aussi que là on utilise Mumble qui est donc un outil d’audioconférence et le Chapril, qui est le chaton de l’April, met à disposition, a ouvert un Mumble accessible.
Grand merci à nouveau Marie-Odile. Je suis ravi que tu sois la première intervenante de la première émission que j’anime. Je te souhaite une très bien fin de journée, sauf si tu avais un dernier mot.

Marie-Odile Morandi : Merci à vous. Toutes ces solutions qui sont trouvées sont effectivement à saluer. On remercie toutes les personnes qui donnent de leur temps pour les mettre œuvre. Bonne journée. Bonne continuation. Au revoir.

Étienne Gonnu : Salut Marie-Odile. Au revoir.
J’ai oublié de saluer Framasoft qui participera également à notre émission la semaine prochaine, donc une belle émission qui se profile.
Avant de passer à notre sujet principal nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter Allons voir (cercle circassien) par Demi-sel. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Allons voir (cercle circassien) par Demi-sel.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Allons voir par Demi-sel, disponible sous licence Art libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Vous écouter l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu chargé de mission affaires publiques pour l’April. Nous allons passer au sujet principal.

[Virgule musicale]

La politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais avec William Gonzalez, délégué à la protection des données et membre de l'April

Étienne Gonnu : Sujet principal qui porte sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais avec William Gonzalez, délégué à la protection des données pour la ville. Bonjour William.

William Gonzalez : Bonjour à toutes et à tous. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : William, tu n’es pas « que », et je mets bien sûr des guillemets autour de ce que, délégué à la protection des données pour Fleury-les-Aubrais, DPO pour faire court, tu es aussi un libriste convaincu, tu es membre de l’April à titre individuel, tu as écrit un livre sur le logiciel libre dont on parlera tout à l’heure. Avant d’être DPO tu as été plusieurs années en charge du service informatique de la ville. À ce titre, tu as été un acteur important de l’engagement de Fleury-les-Aubrais pour le logiciel libre, notamment marqué par l’adhésion de la ville à l’April.
William, avant qu’on rentre dans le détail de cet engagement de Fleury-les-Aubrais, est-ce que tu veux bien nous parler un peu de ton parcours et notamment de comment tu es venu au logiciel libre ?

William Gonzalez : Oui, bien sûr. Tout d’abord je tenais à remercier l’April pour cette invitation, c’est d’ailleurs pour moi une grande première d’intervenir à la radio dans l’émission Libre à vous !, donc merci encore pour cette invitation.

Je suis arrivé à Fleury en septembre 2002. J’ai d’abord commencé en tant que technicien et j’ai pris assez vite le poste de responsable informatique après le départ de l’ancien responsable. Nous étions une petite équipe de trois personnes pour gérer l’ensemble du parc informatique de la ville de Fleury-les-Aubrais. Ça représentait environ, à l’époque, une centaine de postes de travail. Aujourd’hui on est à plus de 350 machines et une quarantaine de serveurs.
J’avais avec moi un technicien support pour toute l’assistance aux utilisateurs, un chef de projet applicatif et puis un administrateur système et réseaux. C’est vrai qu’avant Fleury j’avais travaillé dans le secteur privé pendant un an et demi et je ne connaissais pas du tout le logiciel libre. J’avais bien sûr connaissance des systèmes d’exploitation GNU/Linux, mais sans vraiment les avoir utilisés.
Dès mon arrivée à Fleury, j’ai travaillé avec un prestataire informatique, un consultant, une société qui avait de très bonnes connaissances dans l’open source, le logiciel libre, et ça m’a vraiment permis de comprendre qu’il existait une autre informatique, des alternatives à Microsoft notamment. Du coup je me suis intéressé au sujet et j’ai commencé à travailler ce sujet avec mon équipe.

Étienne Gonnu : OK ! Super. Comment ça a été accueilli ? Tu es donc arrivé, tu as voulu initier à un moment donné une pratique plutôt alternative vers du logiciel libre. Comment ça s’est mis en place justement et comment ça a été accueilli au sein de Fleury-les-Aubrais ?

William Gonzalez : J’ai commencé par un projet de migration vers la bureautique libre. À l’époque, en 2002, on utilisait principalement, comme l’ensemble des collectivités de la métropole d’Orléans. la bureautique Microsoft, donc Excel, Word, PowerPoint, et je me suis aperçu qu’il existait une alternative, à l’époque Open Office, c’était en 2004/2005. On était, quelque part, assez précurseurs sur le sujet puisqu’aucune ville de la métropole d’Orléans n’avait commencé à s’intéresser à cette migration, donc ça a été vraiment le projet important pour Fleury-les-Aubrais.
Comment convaincre pour aller dans ce sens-là ? J’en ai d’abord parlé à mon élu qui était l’adjoint à la communication et aux systèmes d’information. Il a très vite compris les bienfaits du logiciel libre pour une collectivité. Dans un premier temps ce qui l’a séduit c’était de pouvoir réduire un peu la dépense publique, les budgets, puisqu’on sait très bien qu’en collectivité les budgets sont contraints, on a de moins en moins de subventions de l’État. En tout cas, c’était une possibilité pour faire baisser les dépenses, notamment les dépenses en licences puisqu’on avait beaucoup de licences Microsoft.

Étienne Gonnu : C’est intéressant ce qu’on voit. Il y a deux choses, non pas qui me frappent, le terme est exagéré, mais d’une part que le travail a démarré par la bureautique, parce qu’on a déjà vu avec d’autres collectivités avec qui on a pu faire des émissions, je pense par exemple à la ville de Fontaine, que ça commence très souvent, en fait, par la bureautique qui est finalement un des premiers besoins et peut-être j’imagine, tu pourras me corriger, les premiers pas les plus simples à faire, en termes de démonstration, notamment parce qu’il y a un logiciel performant qui existe. Et puis cet argument du budget qui est assez souvent, finalement, également une première approche, une première manière de convaincre.
Est-ce que c’est allé plus loin par la suite ? C’est resté très budget ? Est-ce que l’intérêt politique et pas seulement financier a aussi fonctionné auprès des élus ? Quel est le rapport, finalement, après plusieurs années ?

William Gonzalez : Oui. Après on a dépassé aussi le côté budgétaire. C’était aussi une façon de dépenser autrement l’argent public puisque, par exemple pour la migration vers la bureautique libre, ce que j’ai émis c’était de dire que l’économie faite en licences on va pouvoir la redistribuer aux utilisateurs sous forme de formation, puisqu’on s’est aperçu qu’en fait beaucoup d’agents n’avaient jamais eu de formation sur la bureautique et c’était aussi l’occasion de leur fournir une formation et aussi de montrer aux élus une certaine indépendance vis-à-vis des éditeurs du marché. Il faut savoir qu’en collectivité on utilise beaucoup d’applications métier, on a beaucoup de contrats de maintenance, on subit ces contrats de maintenance parfois assez onéreux. Donc l’idée c’était aussi d’être un peu plus indépendants vis-à-vis des éditeurs du marché.

Étienne Gonnu : Ce sont effectivement des points cruciaux et c’est vrai qu’on les met beaucoup en avant à l’April quand nous défendons une priorité au logiciel libre. Ça me fait penser qu’on entend souvent cet argument, moins maintenant, mais celui des coûts cachés et je pense que tu résumes très bien qu’il ne s’agit pas de coûts cachés mais de repenser la dépense, en fait d’être plus dans une démarche d’investissement, de réappropriation des systèmes d’information, notamment aussi entre les mains des agents publics qui vont la pratiquer au quotidien. Par ailleurs, on voit aussi cette notion d’indépendance. Comment s’exprime, finalement, cette notion d’indépendance au quotidien ? Tu l’as déjà un peu expliqué, mais si tu peux creuser un peu.

William Gonzalez : Oui, bien sûr. Après la bureautique libre on a continué à développer le logiciel libre au sein de la collectivité. Nous, service informatique, on devait montrer l’exemple, donc on a mis en place GLPI qui est le Gestionnaire Libre de Parc Informatique, c’est le logiciel qui nous permet de gérer l’ensemble du parc informatique, de recenser les postes de travail, les imprimantes, les copieurs, d’avoir aussi un outil de ticketing, de support vis-à-vis des utilisateurs. Donc, au lieu d’avoir un contrat de maintenance avec un logiciel, on a été capables, en interne, de pouvoir assurer la maintenance de l’outil sans recourir à un contrat de maintenance avec un éditeur, de pouvoir assurer nous-mêmes les montées de version du logiciel. C’est aussi ça l’indépendance, c’est peut-être se réapproprier les compétences en interne. Évidemment, il a fallu que les agents du service informatique se forment puisque mon équipe n’avait pas forcément de compétences dans l’open source donc il a fallu vraiment monter en compétence, mais après ça nous a permis, entre guillemets, de « reprendre la main » sur certains outils.
Si je rebondis sur le choix des élus, les élus ont vraiment bien compris le fondement de ce projet-là, du coup ils ont même adhéré, la ville de Fleury-les-Aubrais a adhéré à l’April en tant que ville, donc ça a été aussi un moteur de ce point de vue.

Étienne Gonnu : Oui, c’est effectivement un signe très positif. On peut aussi mentionner le fait que Fleury-les-Aubrais a été récompensée par le label 3 du Territoire Numérique Libre, qui est une initiative de l’association ADULLACT qui est un spécialiste du logiciel libre pour les collectivités. Ce sont aussi des signes qui sont encourageants parce qu’il est important, lorsque ce genre de démarche est initiée, qu’elle ne repose pas uniquement sur une personne, en l’occurrence toi, et qu’on puisse imaginer que si tu vas vers d’autres aventures – d’ailleurs c’est un peu ce que tu as fait, on en parlera plus tard – il y ait une pérennité dans cette ambition du logiciel libre. Elle te semble donc acquise, à priori oui d’après ce que tu nous dis, à Fleury-les-Aubrais ?

William Gonzalez : Oui, bien sûr. Après la bureautique on a enclenché vers la messagerie électronique puisqu’on avait le client Outlook et on voulait aussi s’affranchir des licences Microsoft Outlook. On s’est orientés vers la solution Zimbra et ensuite on a développé d’autres outils. On utilise GRR pour la gestion des réservations de ressources, on utilise aussi beaucoup d’applications métier, web-delib pour la gestion des délibérations. Aujourd’hui, les élus sont partie prenante en fait de cette orientation. Je pense qu’une fois qu’on a convaincu les élus, c’est vraiment une bonne chose.

Étienne Gonnu : Oui, ça me semble essentiel effectivement et on voit bien combien il est nécessaire qu’à la fois les pôles techniques et les pôles, entre guillemets, « plus politiques » travaillent main dans la main sinon on sait bien que ça peut vite traîner ; ce que tu nous dis est encourageant .
J’en profite aussi pour préciser, parce que tu cites de nombreux logiciels et c’est important d’utiliser une variété de logiciels libres pour les différents besoins que peut rencontrer une collectivité, qu’on les listera autant que possible sur le site. N’hésitez pas à venir sur le salon pour éventuellement nous le rappeler ; on citera tout ça suite à l’émission.
Je pense qu’il est aussi intéressant, tu parlais du service technique interne, tu parlais de formation en termes d’acquisition de compétences, etc., c’est quand même aussi un point névralgique, c’est la capacité en interne des équipes techniques de porter cette ambition. Quand toi tu as lancé tout ça, comment justement est-ce que les équipes techniques ont reçu cette envie, ont accompagné cette dynamique ? Est-ce qu’il y a eu des résistances ? Est-ce que, au contraire, il y a eu un plaisir à s’engager là-dedans ? Comment tu as ressenti tout ça et comment ça s’est déroulé de leur point de vue ?

William Gonzalez : En tout cas mon équipe n’avait pas forcément de compétences sur l'open source et du coup, tout de suite, je les ai formés et ils étaient assez emballés, en fait, de découvrir d’autres outils, donc ça s’est fait assez naturellement. En informatique, de toute façon quand on est informaticien il faut se remettre en question : aujourd’hui on peut être très bon, demain, si on ne se forme pas on peut être le plus mauvais, donc c’est aussi ancré dans notre culture. J’ai aussi profité de ça. On était une équipe jeune, dynamique et mes collègues ont vraiment bien accueilli cette nouvelle orientation d’aller vers le logiciel libre. On a d’ailleurs mis en place des serveurs sous Linux. On n’administre pas un serveur Windows comme on administre un serveur sous Linux, donc il a quand même fallu du temps pour s’approprier les choses. On s’est aussi fait aider par une société qui était spécialisée dans le domaine de l’open source qui nous a accompagnés justement pour être autonomes.

Étienne Gonnu : Une question qui est, je pense, importante et qui nous est revenue plusieurs fois quand on parle de collectivités. Tu nous as expliqué que le nombre de postes a augmenté donc j’imagine que dans tout ce processus il y a eu des besoins de recrutement. Est-ce que le côté libriste était un critère de recrutement ou pas forcément ? Il était simplement question de former la personne.

William Gonzalez : C’était un plus. Effectivement, quand je suis arrivé à la ville, au départ j’étais tout seul, j’ai dû recruter mes collègues et c’est vrai que même si mes collègues n’avaient pas forcément de compétences dans l’open source ce n’était pas un frein pour moi parce qu’on a la chance, en collectivité, de pouvoir se former assez facilement. On a des organismes, le CNFPT [Centre national de la fonction publique territoriale] notamment qui permet aux agents territoriaux de se former. Non, ce n’était pas un frein cette partie-là.

Étienne Gonnu : On sait aussi un autre aspect : puisque qui dit travailler sur des logiciels libres en général, veut peut-être aussi dire avoir des interactions avec des communautés qui sont d’ailleurs ces logiciels libres, donc on peut imaginer que les agents de Fleury-les-Aubrais vont peut-être interagir avec les communautés. Déjà, est-ce que ça s’est fait ? Est-ce qu’il y a des échanges positifs avec les communautés ou plutôt vous récupérez des logiciels – d’ailleurs ce n’est pas une critique si c’est le cas – et vous les utilisez en interne. Est-ce qu’il y a une politique de contribution aux projets logiciels ? Comment tout cela s’est mis en place ?

William Gonzalez : Il n’y a pas eu de politique de contribution aux logiciels. On utilisait les logiciels qu’on avait sur le marché. On utilisait beaucoup le projet openMairie, c’est un très bon exemple, puisqu'il dispose d’un catalogue de logiciels libres vraiment dédiés spécifiquement aux communes. Je citerai par exemple OpenADS qui est un logiciel libre de gestion des autorisations du droit des sols, openCimetière, etc. On s’est plutôt appuyés sur ce qui se faisait, on n’avait pas forcément le temps de pouvoir contribuer directement dans les communautés.
Moi, par contre, j’ai réalisé un rapport sur la migration vers la bureautique libre que j’ai mis à disposition sur le site officiel francophone Open Office à l’époque, au moins pour partager mon expérience, comment je m’y étais pris, ma méthodologie. C’était aussi une façon de contribuer à cette dynamique.

Étienne Gonnu : Très bien. C’est important, on le sait bien.
Tu avais évoqué quelque chose, je pense qu’il serait intéressant de rentrer un petit peu plus dans le détail. Parfois tu nous parles de compétences qui ont été formées en interne pour pouvoir, j’imagine, faire les développements nécessaires directement en interne, faire l’administration système en interne, etc. Par ailleurs, tu nous as aussi évoqué du recours à des prestataires. Les besoins techniques sont 100 % internalisés ? Est-ce qu’il y a un équilibrage ? Comment tout cela s’est mis en place ?

William Gonzalez : Non, ce n’est pas 100 % internalisé. Du fait qu’on est une petite équipe, trois personnes, on gère à la fois l’informatique, la téléphonie, l’assistance aux utilisateurs, la gestion des serveurs, des réseaux, donc c’est, en fait, en fonction du projet. Je prends l’exemple de la messagerie Zimbra. Pour Zimbra il faut quand même des compétences pour mettre en œuvre ce type de système et là on a fait appel à un prestataire qui avait vraiment les compétences pour mettre en place cette messagerie électronique. On a même contracté un contrat de maintenance avec ce prestataire pour nous aider à mettre en œuvre le projet et aussi à suivre et à maintenir ces outils.
En fait ça dépendait du type de projet, du type d’outil. Pour GLPI, le logiciel de gestion de parc informatique, on a pu le faire nous-mêmes en interne, mais sur la mise en place d’infrastructures importantes on s’est fait aider par des sociétés spécialisées dans le domaine. En interne on n’avait pas forcément les compétences et pas forcément le temps non plus, la disponibilité pour pouvoir le gérer.

Étienne Gonnu : D’accord. Si je comprends bien c’est plus en termes d’opportunités par rapport à vos propres compétences, aux compétences de l’équipe, et arbitrer en fonction des besoins.

William Gonzalez : Et aussi par rapport à la criticité d’une application. C’est vrai que la messagerie c’est très critique, il faut que ça fonctionne 24 heures sur 24, donc ça demande aussi un peu plus d’expertise qu’on n’avait pas en interne du fait de notre petite équipe.

Étienne Gonnu : Tu parles de la messagerie, ça permet peut-être de faire une transition. Là on parlait des équipes techniques. Bien sûr, j’imagine que les autres agents publics qui ne sont pas forcément techniques, qui vont avoir différents métiers au sein de la collectivité, sont inclus dans le processus, ils ont besoin d’être formés, ils vont peut-être avoir besoin de remonter des besoins. Est-ce que tu peux nous expliquer déjà comment ils ont été inclus dans le processus, au début, par cette bureautique et comment ça a pu évoluer par la suite ?

William Gonzalez : C’est vrai, c’est un point très important d’organiser vraiment une bonne communication autour du projet de migration. On l’a fait à Fleury-les-Aubrais. On a organisé plusieurs réunions d’information avec l’ensemble des utilisateurs pour leur expliquer pourquoi on voulait s’orienter vers tel logiciel de bureautique. Leur dire qu’on allait aussi les accompagner pour les rassurer puisque la bureautique touche quand même au quotidien des utilisateurs. C’est difficile, il y a beaucoup de conduite de changement, donc il a fallu les rassurer, leur donner aussi envie d’utiliser la suite bureautique. À l’époque j’avais distribué des CD avec Open Office pour que les agents puissent l’installer chez eux et ça a plutôt bien marché. On a vraiment été à l’écoute de leurs demandes et le service informatique a surtout été très réactif. À chaque fois qu’il y avait des questions posées sur cette suite bureautique on a essayé d’y répondre le plus rapidement possible pour vraiment que ça soit le plus transparent vis-à-vis de l’utilisateur.
Donc beaucoup d’accompagnement. Vraiment donner envie aux utilisateurs d’utiliser cet outil et qu’ils puissent en tirer un bénéfice. Ce bénéfice a été aussi de leur fournir une formation adaptée à leurs besoins et à leur niveau d’utilisation.

Étienne Gonnu : Entendu. Là c’était le stade bureautique. J’imagine qu’ensuite il a fallu aussi faire les migrations sur des logiciels métier. Est-ce que ça été plus simple du coup, le premier pas le plus difficile c’est la bureautique ? Ou, au contraire, peut-être que c’est plus difficile sur les logiciels métier ? Comment tu as vécu tout cela ?

William Gonzalez : J’ai trouvé que le plus difficile c’était la bureautique parce que finalement ça concernait l’ensemble des agents. Il y avait forcément des à priori. En plus, on passait sur un outil libre, gratuit, la gratuité ce n’est pas forcément à mettre en avant puisque souvent on se dit « si c’est gratuit ce n’est pas forcément un outil de bonne qualité ». La difficulté c’était plutôt sur la bureautique puisqu’en plus c’était le premier projet à Fleury-les-Aubrais.

Étienne Gonnu : Est-ce que tu peux nous rappeler sur quelles dates ça s’était fait ? Je pense que c’est important de se aussi remettre dans le contexte des époques. Vous avez entamé quand cette migration bureautique ?

William Gonzalez : On a entamé ça en 2005. On l’a fait sur plusieurs années, on a migré service par service, on l’a fait sur trois ans. On a commencé la migration dès 2005, c’était à l’époque d’Open Office, la version 2 qui venait de sortir. Donc 2005 pour la bureautique, Open Office.

Étienne Gonnu : D’accord. Je t’ai interrompu. Ensuite sur les logiciels métier du coup, dans un second temps, ce que tu nous expliquais.

William Gonzalez : Les logiciels métier c’était plus facile parce que, finalement, ça touchait moins d’utilisateurs. L’essentiel, en fait, c’était de répondre aux besoins du service. Je mets toujours en avant qu’il faut que le logiciel réponde aux besoins ; si c’est un logiciel libre tant mieux ! C’est ce qui avait été décidé dans la collectivité et les élus avaient bien compris qu’à chaque fois qu’on avait un nouveau besoin logiciel, on regardait ce qui se faisait du côté du logiciel libre, mais la priorité il fallait que ça réponde aux besoins du service.

Étienne Gonnu : D’accord. La priorité c’est le besoin du service, mais quand même le facteur logiciel libre restait aussi un facteur pas exclusif mais du moins quand même discriminant dans le choix, le caractère libre du logiciel ?

William Gonzalez : Oui, bien sûr parce qu’on a beaucoup de logiciels métier en collectivité. En fait, de mon expérience, on s’aperçoit qu’on n’utilise pas toujours 100 % des fonctionnalités du produit et pourtant on paye 100 % de la licence, en tout cas on règle la totalité de la facture. Du coup, en utilisant des logiciels libres on a des coûts moins élevés. Ça me semblait aussi intéressant de ce point de vue.

Étienne Gonnu : En fait, ce que tu décris est très intéressant. C’est justement ce qu’on dit, on le répète souvent quand on défend la priorité au logiciel libre, il ne s’agit pas de dire que les collectivités, les administrations, même à un niveau personnel, qu'on a une sorte d'obligation hors-sol d’utiliser du logiciel libre. Il faut juste, effectivement, que ce soit un facteur important, qu’il y ait conscience de tous les intérêts que tu as pu évoquer en termes d’indépendance, en termes de bonne gestion des deniers publics, etc., s’appuyer là-dessus, prendre conscience que c’est important, mais il ne faut pas être hors-sol, il faut lier aux besoins. C’est juste un facteur important de décision, c’est surtout ça que veut dire priorité. Si on n’utilise pas les logiciels libres il faut qu’il y ait de bonnes raisons de ne pas le faire.

Avant de passer à la suite, je pense qu’on va pouvoir faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Je vous propose d’écouter My Little Kingdom par Golden Duck Orchestra. On se retrouve juste après. Je vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commue, la voix des possibles.

Pause musicale : My Little Kingdom par Golden Duck Orchestra.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter My Little Kingdom par Golden Duck Orchestra, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix de possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Je suis Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l’April, et nous échangeons avec William Gonzalez délégué à la protection des donnés de la ville de Fleury-les-Aubrais et ex-responsable de son service informatique. Nous parlons donc de la politique logiciel libre de la collectivité.
N’hésitez pas à participer à notre conversation sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».

Avant la pause musicale nous discutions de toute la politique mise en place en termes de migration, notamment de la formation et de l’importance de former et de convaincre les agents publics pour les intégrer dans le processus.
Je voulais juste mentionner rapidement une expérience personnelle. J’étais venu à Fleury-les-Aubrais, j’ai oublié de noter la date, mais il y a deux ans de mémoire pour le Forum du Numérique et j’avais été très marqué par l’enthousiasme. J’avais discuté avec l’agent public qui était un peu en charge d’organiser l’évènement, qui n’était pas du tout une personne libriste à la base, qui n’était pas une technicienne, qui était une personne du service administratif, qui était extrêmement emballée et qui disait : « William nous a tous convaincus. Depuis j’utilise aussi à la maison. » J’avais trouvé que c’était un super compliment déjà vis-à-vis de ton travail et puis un bel exemple, une belle illustration de comment essaimer un peu le Libre et l’intérêt d’aller vers le Libre.
Là on a parlé pas mal de l’intérieur. Avant de se tourner aussi un peu vers l’extérieur, les administrés, en gros pour résumer, quel bilan tires-tu de cette migration et quels conseils, quels points clefs donnerais-tu à une collectivité qui voudrait se lancer dans cette démarche ?

William Gonzalez : Les conseils que je pourrais donner à une collectivité, c’est bien sûr de bien former son équipe en interne vraiment sur les produits open source, bien maîtriser en interne ces systèmes-là. Je trouve que c’est important d’explorer cette direction, c’est un avantage pour une collectivité. C’est une façon, je l’ai dit tout à l’heure, d’être moins dépendant des éditeurs. C’est une façon d’optimiser la dépense publique et ça c’est important, dépenser autrement. C’est aussi une façon de mieux protéger les données personnelles et c’est vrai que maintenant je suis bien concerné par le sujet. Donc il y a vraiment des bienfaits pour les collectivités. C‘est aussi le rôle d’une collectivité de montrer aux citoyens qu’il existe des alternatives. On n’a pas beaucoup de marketing autour du logiciel libre et je pense que les collectivités ont leur rôle à jouer de ce côté-là pour promouvoir un peu ces outils.

Étienne Gonnu : Oui, ce rôle me semble particulièrement important, déjà parce que par la dépense publique, ça va pouvoir enrichir les logiciels de la collectivité qui, puisqu’ils sont libres, pourront être réutilisés par les citoyens que ce soit à titre individuel, dans le cadre d’entreprises. Ils pourront être utilisés par d’autres collectivités, donc on va avoir une forme d’investissement commun justement à la création d’un commun logiciel qui pourra bénéficier à toutes et à tous. On voit vraiment l’importance de ça. Et puis par l’exemple, comme tu le dis. Finalement il n’a pas de meilleure, entre guillemets, « campagne marketing » que la démonstration par l’exemple, concrètement, de l’efficacité. C'est l’exemple que je citais de cette fonctionnaire de Fleury-les-Aubrais qui, du coup, était convaincue non seulement dans son travail mais dans son usage informatique personnel de l’intérêt d’utiliser du logiciel libre.

William Gonzalez : Juste pour rebondir, j’essaye toujours de faire aussi le lien avec la vie personnelle : quand on utilise des outils à titre professionnel, on peut aussi les utiliser à titre personnel. Je fais beaucoup ce lien et je continue d’ailleurs à le faire en tant que délégué à la protection des données lors des formations de sensibilisation. Donc bonnes pratiques au travail qu’on peut transposer assez facilement à titre privé.

Étienne Gonnu : Parfaitement. C’est très bien dit. C’est bien de voir tout ce qui est positif mais peut-être qu’il est intéressant aussi pour progresser et tirer une expérience de savoir si tu as identifié, si tu as dû surmonter des freins, des obstacles – j’imagine que oui – pendant tout ce processus ? Est-ce que tu pourrais les identifier et nous expliquer, le cas échéant, comment tu as pu les dépasser et avancer malgré tout ?

William Gonzalez : Le principal frein c’est la réticence de l’utilisateur. Ce que je dis assez souvent, la clef de la réussite finalement c’est l’utilisateur. Si l’utilisateur n’utilise pas le logiciel, eh bien finalement le projet a échoué. Donc c’est toujours convaincre, puisqu’aller vers le logiciel libre ce n’est pas forcément un chemin facile : aujourd’hui on nous vend plutôt du Microsoft, du Google, etc. Donc il faut sans cesse expliquer notre démarche, ne pas rester que sur l’aspect budgétaire, gratuité, puisqu’il ne faut pas résumer le logiciel libre à la gratuité, c’est inexact, ça serait vraiment très réducteur. Le principal frein c’est faire connaître, en fait, le monde du logiciel libre, je pense que c’est aussi un problème culturel, d’acculturation, donc c’est très important de communiquer, d’être vraiment à l’écoute des agents.

Étienne Gonnu : C’est très intéressant. En fait l’informatique, en général, c’est compliqué, ce n’est pas évident, ce n’est pas de la magie, ça demande un peu de formation, ça demande de la compréhension, du temps d’apprentissage, ce n’est inné pour qui que ce soit. Donc le logiciel libre, comme toute chose informatique, peut demander du temps. On voit bien par ailleurs, et tu faisais un peu ce parallèle il me semble, que l’informatique dominante, moderne, a plutôt tendance à nous pousser à avoir un rapport plutôt passif à l’informatique, peut-être pour recréer cette illusion de magie et faire que la personne n’ait pas envie de savoir comment ça fonctionne derrière, alors qu'on sait bien que l’informatique est un outil par lequel on va avoir des interactions sociales. Notre liberté d’expression dépend de plus en plus de ces outils, le respect de nos intimités, etc., donc c’est un outil qui est extrêmement important. Savoir comment ça marche est un enjeu politique, donc de formation, etc. C’est très important, effectivement, cette idée d’accompagnement et de repartir des utilisateurs pour qu’ils aient un rapport émancipé à l’informatique. Je ne peux qu’être d’accord avec ce que tu dis.
Tu parles de sensibilisation, donc je propose de faire un pont vers les administrés, vers les citoyens et citoyennes, vers les usagers. Lorsqu’on avait échangé en amont de l’émission, tu me faisais part notamment des actions de sensibilisation que mène Fleury-les-Aubrais vers les citoyens et les citoyennes. Est-ce que tu peux nous en dire deux mots ?

William Gonzalez : Oui, bien sûr. On a organisé des ateliers à la bibliothèque de la ville de Fleury, des ateliers à destination des citoyens. Un atelier vraiment spécifiquement au logiciel libre pour leur expliquer qu’on a des alternatives aux outils propriétaires qu’ils utilisent principalement. J’ai également fait un atelier sur le RGPD, le Réglement général sur la protection des données personnelles, et je fais beaucoup le lien entre le logiciel libre et la protection des données personnelles. On a beaucoup travaillé avec la bibliothèque qui est un lieu, en plus, de culture, où les gens se rencontrent et l’idée c’était d’animer des ateliers pour faire connaître ces outils-là.
On a également travaillé avec les écoles. Ça me semblait aussi important d’en parler.

Étienne Gonnu : Je suis d’accord. Tu devances une de mes questions, donc je t’en prie.

William Gonzalez : Un petit focus sur les écoles. Ça me semblait important de montrer aussi aux enfants le monde du logiciel libre puisque très souvent les enfants connaissent le système d’exploitation de Microsoft, le moteur de recherche Google et, dès tout petits, ils sont déjà conditionnés avec ces outils. L’objectif c’était de développer un peu leur curiosité, de montrer aussi aux parents une nouvelle façon d’appréhender l’informatique avec une même facilité. Dans les écoles on a travaillé avec les enseignants, le corps enseignant, le conseiller TICE [Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement], pour proposer des alternatives qui collent vraiment aux besoins de l’apprentissage. C’est comme ça qu’on a mis en place une expérimentation avec la mise en place de nano-ordinateurs, le Raspberry pour ne pas le citer, avec un système d’exploitation adapté au monde scolaire, la solution Primtux.

Étienne Gonnu : OK. Pourrais-tu expliquer ce qu’est un nano-ordinateur et en particulier un Raspberry Pi à quelqu’un qui ne connaîtrait pas l’informatique ?

William Gonzalez : Un nano-ordinateur c’est un ordinateur de toute petite taille. Pourquoi on a choisi ce nano-ordinateur pour les écoles ? Déjà parce que ça permet de gagner de la place, c’est un nano-ordinateur qu’on peut fixer derrière l’écran, ça remplace l’unité centrale. L’intérêt c’est aussi le coût qui est faible, c’est une cinquantaine d’euros et le nano-ordinateur a aussi une vertu écologique puisqu’il consomme très peu de watts, environ 5 watts, donc très peu par rapport à un ordinateur classique. Évidemment il ne remplace pas un PC puisque, en termes de performances, il est beaucoup moins évolué, mais en tout cas il permet de faire des choses assez simples et pour les enfants ça suffit amplement pour répondre aux besoins.

Étienne Gonnu : C’est intéressant. Du coup je trouve que ça fait un parallèle avec ce que tu as pu évoquer plus tôt sur le fait que ça ne sert à rien d’avoir des outils très puissants dont on ne va se servir que d’une part infime. Tu parlais de ça par rapport au fait de payer les licences, en fait on n’a que quelques usages. Là finalement, pour un ordinateur dans le cadre de l’éducation, il n’y a pas besoin de bêtes de guerre, on peut déjà former et enseigner avec des tout petits ordinateurs qui consomment très peu.

William Gonzalez : Exactement. Et c’était aussi dire aux parents que si leur enfant veut découvrir l’informatique on n’est pas obligé d’acheter un PC à 500 euros. Le nano-ordinateur peut suffire pour faire découvrir l’informatique à un enfant sans dépenser beaucoup d’argent. C’était aussi l’idée du projet : montrer aussi aux parents qu’il existe ce petit ordinateur que les enfants, notamment dans les écoles primaires, maternelles, peuvent utiliser.

Étienne Gonnu : Je connais de nom Raspberry Pi, je n’ai pas encore vraiment manipulé l’objet, c’est dans ma liste des choses à faire, on en a tous. J’ai la sensation que c’est aussi une manière, pour un enfant, d’avoir un rapport non seulement avec les aspects logiciels mais aussi de faire le lien avec l’aspect matériel parce qu’il va pouvoir un peu manipuler l’objet. Je pense que c’est important aussi de voir que dans l’informatique il y a l’aspect numérique mais aussi l’aspect matériel et que les deux sont interdépendants.

William Gonzalez : Oui. D’ailleurs ça a fait l’objet d’un atelier à la bibliothèque de Fleury-les-Aubrais. On a présenté le Raspberry, on l’a démonté pour montrer le processeur et vraiment tous les composants du Raspberry et ça a vraiment plu. Il y avait des enfants dans la salle et ça a été très bien accueilli. Donc oui, c’est intéressant aussi de montrer en fait tout l’aspect matériel, il n’y a évidemment pas que le logiciel, pour que le logiciel fonctionne il faut bien sûr l’aspect matériel.

Étienne Gonnu : Très bien. Tu as plusieurs fois évoqué les données personnelles, le Règlement général des données, le fait que tu es délégué à la protection des données. Je pense que ce sont beaucoup de choses intéressantes à voir. Avant qu’on passe à ce sujet différent mais bien sûr connexe, est-ce qu’il y a un dernier point que tu voulais évoquer dans le rapport peut-être aux administrés, dans tout le processus de la politique logiciel libre dans un sens plus strict de Fleury-les-Aubrais ?

William Gonzalez : Comme ça non. Je pense que c’est important de communiquer auprès des usagers. C’est vrai qu’on l’a fait aussi par l’intermédiaire des écoles, parce que les écoles c’est souvent, en plus, le parent pauvre de l’informatique donc ça me semblait important d’essayer de développer le numérique au sein des écoles. Je pense qu’il faut continuer, les collectivités doivent continuer à faire la promotion du logiciel libre auprès des citoyens, ce sont aussi des valeurs à transmettre, de belles valeurs de partage et aussi de solidarité. Je n’en ai pas parlé, j’en parlerai peut-être tout à l’heure avec le livre. Le logiciel libre a de belles valeurs.

Étienne Gonnu : Il me vient à l'esprit cette phrase de Richard Stallman ; on sait qu'il est un des premiers penseurs, même le premier, à avoir théorisé le logiciel libre. Il aime bien cette phase qui dit que le logiciel libre est l’incarnation de la devise liberté, égalité, fraternité. Ça résume bien ce que tu nous expliquais et je trouve que c’est une phrase qui est très parlante.
Rappelons aussi justement que l’échelon administratif qui s’occupe des écoles primaires dont tu parlais c’est justement les villes. Donc on voit bien qu’il y a une responsabilité directe à gérer ce niveau d’éducation.

William Gonzalez : Bien sûr.

Étienne Gonnu : Sur ces sujets, je pense qu’il y a un sujet extrêmement important : ce lien entre logiciel libre, protection de nos intimités, respect des données personnelles, etc. Tu as un regard particulier, tu as été responsable des services informatiques, maintenant tu es délégué à la protection des données. Est-ce que tu peux déjà nous dire ce qu’est un DPO, qu’est-ce que ça fait ?

William Gonzalez : Le délégué à la protection des données est lié à la nouvelle réglementation européenne, on en entend beaucoup parler, le RGPD, qui est le Règlement général sur la protection des données, qui est entré en application le 25 mai 2018. Le rôle du DPO c’est vraiment de faire en sorte que la collectivité soit en conformité avec cette nouvelle législation européenne.
Qu’est-ce que ça veut dire être en conformité avec cette législation ? Dans un premier temps, le délégué à la protection des données doit constituer le registre des traitements de la commune. Je ne l’ai pas dit mais toute commune, toute collectivité, quelle que soit la taille de la commune, a l’obligation de nommer un délégué à la protection des données.
Si je reviens aux missions du DPO, il doit constituer le registre des traitements de la commune. Qu’est-ce que c’est que le registre des traitements de la commune ? C'est l’ensemble des traitements utilisés par la commune et des traitements avec des données à caractère personnel. Ça peut être à la fois des tableaux bureautiques avec des données personnelles, ça peut être des logiciels métier puisqu’on collecte beaucoup de données personnelles à travers des logiciels métier. Ça peut être aussi des traitements papier puisque les traitements papier sont aussi intégrés dans le RGPD.
Donc le rôle du DPO c’est de faire ce recensement des différents traitements. Ce recensement va assez loin puisqu’il va falloir définir quels types de données on collecte, définir des durées de conservation puisque le RGPD oblige les organisations, les collectivités, les entreprises, à définir des durées de conservation ; on ne peut pas garder des données indéfiniment. Il va falloir ensuite décrire les mesures de sécurité par rapport à ces traitements.
C’est à travers ce recensement que le délégué à la protection des données va pouvoir établir un plan d’action, mesurer les non-conformités, pouvoir aller justement vers cette conformité et apporter des solutions aux collectivités.
Une des missions importantes du délégué à la protection des données c’est aussi de sensibiliser le personnel, notamment sur la sécurité informatique, sur les usages, les bons usages de nos outils numériques, avoir les bonnes pratiques, par exemple savoir reconnaître un mail frauduleux. On sait très bien qu’on a beaucoup de cyberattaques, surtout en ce moment avec le contexte actuel, donc c’est important de sensibiliser le personnel. La sécurité informatique ce ne sont pas que les outils, ce ne sont pas que les pare-feu, les antivirus. L’être humain c’est aussi une faille et on ne peut pas être derrière l’épaule de chaque personne donc c’est important de sensibiliser le personnel. C’est vraiment une mission importante du délégué à la protection des données.
Et puis c’est celui qui sera l’interlocuteur de la CNIL qui est la Commission nationale informatique et libertés, qui reste l’unité de contrôle en France. C’est vraiment le DPO qui fera le lien entre la CNIL et la collectivité. La CNIL n’est pas là que pour sanctionner les organisations. On peut aussi la contacter, lui poser des questions.
Donc voilà les différentes missions du délégué à la protection des données.
On va dire trois grandes compétences pour le DPO : la première, bien connaître les nouvelles technologies, la sécurité informatique donc avoir des compétences informatiques évidemment. Des compétences juridiques, bien connaître le RGPD, la loi informatique et libertés puisque le DPO peut aussi être amené à rédiger des clauses RGPD notamment dans les contrats de maintenance, ça peut être aussi dans les marchés publics puisqu’il va falloir aussi vérifier la conformité des sous-traitants. Et puis être aussi communicant. Le DPO ne doit pas rester seul dans son bureau, il doit aller vraiment au contact des personnes, aller sur le terrain et bien faire passer le message. Moi, ce que je dis assez souvent, c’est que le RGPD n’est pas une contrainte, mais qu’il faut s’en servir pour justement mieux maîtriser nos données personnelles. Il faut finalement se servir de cette contrainte comme d’une opportunité pour mieux gérer ses process en interne.

Étienne Gonnu : Parfait. C’est très clair et je pense que c’est un argument qu’on utilise d’ailleurs depuis longtemps, que ce soit des notions effectivement d’une informatique loyale, de la protection des intimités en ligne, etc. Effectivement ce ne sont pas des contraintes, ce sont des choses sur lesquelles s’appuyer pour bâtir une meilleure informatique, un meilleur rapport à nos outils. Ce que tu nous dis est très clair.
Un point que je pense important de souligner, dont on se rend pas compte quand on est extérieur à tout ça. Je pense que les collectivités brassent une quantité de données personnelles qui est énorme, donc on peut se rendre compte de l’importance de la bonne gestion de ces données et on entend aussi régulièrement que le consentement au traitement des données n’est qu’un des aspects qui permet justement d’avoir un traitement conforme. En fait, les collectivités font plein de traitements sans consentement direct, tu pourras me corriger, parce que ça va relever, finalement, de leur mission service public, dans les autres critères du RGPD. Parfois on a l’impression que les personnes n’ont pas conscience de ça.

William Gonzalez : Oui. Le consentement n’est pas toujours nécessaire quand on met en place un traitement. Je vais prendre un exemple assez simple : dans les collectivités on développe beaucoup la vidéoprotection, les systèmes de vidéoprotection, eh bien il n’est pas utile de demander à chaque citoyen si on peut le faire, c’est pour protéger les citoyens, protéger les bâtiments, etc. Effectivement en collectivité on a beaucoup de traitements qui ne nécessitent pas de consentement de la personne.

Étienne Gonnu : On pourrait avoir tout un débat sur le fait qu’une vidéo permet de protéger, mais je crois ce sont des débats de fond en politique. Effectivement c’est un exemple qui rentre dans une case qui n’est pas celle du consentement mais celle de la mission de service public que la collectivité va ensuite définir. C’est donc très différent, effectivement.

William Gonzalez : Bien sûr. Après, le consentement n’empêche pas de bien informer les usagers sur la façon dont on traite leurs données. Ce sont deux choses différentes : il y a le consentement et il y a le droit à l’information. Il faut bien distinguer les deux. C’est aussi important de bien montrer aux citoyens qu’on traite leurs données dans les règles du RGPD.

Étienne Gonnu : Tout à fait. Tu nous expliquais le rôle du DPO, tu nous parlais aussi de l’importance de cette sensibilisation et de l’accompagnement. Je me disais que tout le travail de migration et de formation que tu as fait lorsque tu étais responsable du service informatique, j’imagine que ça a dû te servir dans ton travail actuel en termes de rapport avec les agents, de formation et de sensibilisation.

William Gonzalez : Oui, bien sûr. L’informatique c’est très transversal, on touche forcément tous les métiers, tous les services de la collectivité, puisque tous les services de la collectivité sont informatisés. Le RGPD, la protection des données personnelles, c’est un peu la même chose finalement. On touche tous les métiers et ça me permet de continuer, d’être vraiment avec les services, de les accompagner. En tout cas je retrouve des similitudes entre le DSI, la direction des systèmes d’information et le délégué à la protection des données.

Étienne Gonnu : Il y avait cette question qui était la plus importante à mes yeux quelque part : en gros pourquoi le logiciel libre est-il important selon toi ? En quoi le logiciel libre est-il vecteur d’une meilleure protection des données justement ? Vaste question.

William Gonzalez : Bien sûr. C’est vrai que je fais beaucoup le lien entre le logiciel libre et les données personnelles et je m’en sers beaucoup au quotidien. Je dirais simplement que le logiciel libre respecte nativement l’utilisateur, sa vie privée. D’une part parce que son développement est transparent, le code source est ouvert et accessible. Finalement on sait exactement ce que fait le logiciel, en tout cas si on a les compétences pour aller voir le code, donc on a vraiment une transparence. C’est aussi l’idée du RGPD d’être transparent vis-à-vis de l’usager. Et puis le modèle économique du logiciel libre ne s’appuie pas sur les données personnelles de l’utilisateur, contrairement à certaines entreprises, notamment les GAFAM, qui demandent nos données pour en faire un commerce. Ce n’est pas du tout le cas pour les logiciels libres.
Voilà pourquoi je fais vraiment le lien entre la protection des données personnelles et le logiciel libre.

Étienne Gonnu : Synthèse parfaite. Je suis complètement d’accord et je pense qu’on parle beaucoup du consentement mais ce qui est peut-être le plus important c’est en fait d’avoir des systèmes d’information loyaux dans lesquels on peut avoir confiance. Le consentement, finalement, apparaît après presque secondaire par rapport à ça à partir du moment où on peut avoir confiance dans les systèmes sur lesquels s’appuient nos données. Mais je ne fais que te paraphraser peut-être là.

William Gonzalez : Pour en revenir à l’usage de ces outils, c’est vrai qu’on a de plus en plus d’outils en ligne directement accessibles sur le cloud. Je recommande toujours aux utilisateurs d’utiliser plutôt des services plus protecteurs de la vie privée, je vais citer quelques exemples : on utilise souvent Doodle pour planifier une réunion. Je leur dis d’utiliser plutôt Framadate, les outils de Framasoft. On utilise Google Forms pour réaliser des sondages alors qu’il y a Framaforms. Voilà !
J’essaye aussi d’orienter les usages puisque les utilisateurs ne se rendent pas forcément compte qu'aujourd’hui il y a des outils assez facilement accessibles sur le Net. Pourtant on a des conséquences en matière de données personnelles, donc je suis vigilant aussi sur ce terrain-là puisque finalement, aujourd’hui, c’est vraiment le cœur de mon sujet.

Étienne Gonnu : Très bien. Je pense qu’on est en train de glisser vers le sujet suivant, la démarche pour sensibiliser que tu as pu réaliser, tu en diras plus, avec ton livre.
Je te propose avant de parler de ton livre, Une expérience libre, de faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter Arcane par CloudKicker. On se retrouve juste après. Une belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Arcane par CloudKicker.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Arcane par CloudKicker disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. J’espère que ça vous a plu. Quand je suis tombé là-dessus j’ai eu un petit coup de cœur. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

[Virgule musicale]

Échange avec William Gonzalez sur son livre Une expérience libre

Étienne Gonnu : Je suis toujours Étienne Gonnu chargé de mission affaires publiques pour l’April et nous allons poursuivre toujours avec William Gonzalez non plus seulement sous sa casquette de délégué à la protection des données de Fleury-les-Aubrais, mais plus généralement en tant que libriste et membre de l’April et nous allons discuter de son livre, Une expérience libre, paru en novembre 2019.
William, pourquoi ce livre et de quoi parle-t-il ?

William Gonzalez : C’est un projet que j’avais dan la tête depuis plusieurs années et j’avais vraiment envie de partager mon expérience sur ce que j’avais appris dans le domaine des logiciels libres, mon expérience professionnelle, mon expérience personnelle. J’avais vraiment envie de la partager, je ne voulais pas la garder pour moi parce que ça me semblait utile aux autres et ça donnait aussi du sens à mon histoire personnelle puisque, comme je l’explique dans le livre, pour moi le logiciel libre va au-delà de l’informatique, ce sont des valeurs qu’on partage, le partage avec les autres, la solidarité, la liberté au sens large. Ce sont vraiment des valeurs qui s’inscrivent au plus profond de moi-même, donc j’avais vraiment cette envie de partager mon expérience avec le citoyen qui n’a pas forcément toujours connaissance quand il ne connaît pas ce domaine.
Le livre parle essentiellement de logiciel libre. J’aborde aussi un chapitre sur le développement personnel, ça peut paraître un peu décalé mais pas tant que ça. C’était un point que je voulais aussi aborder dans mon livre puisque, comme tout le monde, on peut parfois rencontrer des difficultés dans sa vie professionnelle, dans sa vie personnelle et ça me semblait important d’apporter quelques solutions justement pour dépasser ces moments de doute.

Étienne Gonnu : Tu évoques la fin de ton livre que je m’étais laissée en conclusion. En fait, on peut largement ouvrir là-dessus. Souvent tu ne parles plus d’informatique ou des enjeux de protection de la vie privée, mais tu proposes une approche, un retour d’expérience, enfin c’est comme je l’ai reçu, pour rependre le titre de ton livre. À la lecture de ton livre, j’ai trouvé justement intéressant ce lien et la manière avec laquelle tu l’amènes : on voit que le logiciel libre c’est avant tout une question d’émancipation, de liberté et ce rapport à sa propre émancipation c’est ce que j’ai un peu retrouvé aussi. Tu partages ta démarche qui, peut-être comme celle du logiciel libre, est une démarche d’apprentissage et de formation. Tu reprends, à un moment donné, cette phrase de Framasoft « le chemin est long mais la voie est libre » et ça peut assez bien résumer cette idée.

William Gonzalez : Oui bien sûr. Il y a cet esprit de liberté, de partage et c’est ce que je retrouve dans le logiciel libre. Je pense que ce sont des valeurs qu’on peut appliquer dans sa vie personnelle. Ce sont aussi de belles valeurs à transmettre. Je suis de nature assez positive et j’essaye toujours de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide parce que je pense que c’est aussi en positivant les choses que les choses vont mieux. C’est vrai que c’est ce que j’aborde aussi dans mon livre, un peu de développement personnel, assez simplement finalement.

Étienne Gonnu : Je trouve qu’un mérite de ton livre c’est d’être très simple et très clair quand ça parle de logiciel libre. Je pense que c’est à la fois un bon outil pour des personnes qui veulent découvrir le logiciel libre parce que c’est dit très simplement, en fait, et de manière pragmatique ça propose aussi des logiciels pour se lancer. Je pense que ça peut être aussi un outil intéressant pour des personnes, par exemple des membres de l’April qui tiennent des stands, ou des personnes qui veulent parler du logiciel libre mais qui ont peut-être besoin d’idées, de comment le formuler, de comment approcher cette sensibilisation. Je trouve que ton ouvrage est aussi un bon outil de ce point de vue-là.

William Gonzalez : Oui, bien sûr. En fait, j’ai essayé de parler à monsieur Tout-le-monde, j’ai essayé d’être le plus pragmatique possible, le plus pédagogue possible parce qu’on a toujours tendance à penser que les logiciels libres c’est plutôt réservé aux geeks et pas du tout. Peut-être qu’il y a quinze ans je n’aurais pas eu ce discours-là, mais aujourd’hui je pense qu’on peut largement utiliser ces outils. Parfois on les utilise sans le savoir : on utilise Firefox en navigateur internet, on utilise l’encyclopédie libre Wikipédia. Qui n’a pas utilisé Wikipédia ! Je pense que c’est important de montrer aussi que ces outils ne sont pas réservés qu’aux informaticiens, que tout le monde peut les utiliser assez simplement, que ce ne sont pas des outils compliqués. On a des outils aussi simples que les outils qu’on peut retrouver chez Google, chez Microsoft. C’était aussi ça l’idée, être le plus pragmatique possible pour que les personnes puissent en tirer un petit peu un avantage et aller vers ce logiciel libre.

Étienne Gonnu : C’est important. Nous on le dit aussi souvent. Par exemple, quand il m’arrive de faire une conférence, je prends souvent soin de dire que je ne suis pas informaticien et que le logiciel libre n’est pas réservé aux personnes informaticiennes, qu’en fait ça concerne tout le monde. Ça concerne tout le monde politiquement et tout le monde peut se saisir de ces outils, il n’y a pas une barrière infranchissable à l’entrée, mais après, comme pour toute chose, il y a de la capacité d’apprentissage et de progression et on peut aller plus loin, mais c’est accessible à toute personne. Il suffit de se lancer et accepter parfois certaines contraintes, mais il y a aussi un plaisir à les dépasser. C’est peut-être l’avantage de ces outils-là que d’aider à dépasser les premiers petits obstacles et progresser progressivement, justement.

William Gonzalez : Bien sûr. Complètement.

Étienne Gonnu : Tu es entré dans cette démarche, tu nous as expliqué ce qui t’avais donné envie. Assez rapidement parce que le temps file, mais si tu veux bien nous dire comment tu t’y es pris et peut-être quels conseils tu donnerais à une personne qui nous écoute et qui se dirait « moi aussi j’ai cette envie-là ». Tu es passé par un système d’auto-édition si j’ai bien compris.

William Gonzalez : Oui, exactement, je suis passé par un système d’auto-édition. C’était une première pour moi, évidemment je ne suis pas écrivain. Je ne voulais pas forcément passer par une maison d’édition, je n’avais pas cette prétention et ce sont souvent des démarches assez longues. Il faut d’abord trouver la maison d’édition qui accepte. Du coup, je suis passé par l’auto-édition et j’ai utilisé le service de lulu.com. C’est un service gratuit. Ça permet de publier assez simplement un bouquin. Il y a beaucoup de conseils, de tutos pour accompagner dans la publication d’un livre, ça se fait assez rapidement finalement. C’est pour ça que je suis passé sur de l’auto-édition. Avec le service de Lulu on a aussi la possibilité de créer un ebook, une version numérique de son livre ce que je n’ai pas encore fait et puis il y a la possibilité de vendre son livre sur d’autres sites sans problème, même sur les sites comme Amazon.
Pour la création de la couverture du livre je me suis fait aider, je connaissais un ami qui est infographiste qui, du coup, a pu réaliser cette couverture. Il a utilisé évidemment des logiciels libres, c’était un peu sa contrainte, c’est ce que je lui avais donné comme contrainte.
Dans l’écriture du livre je me suis aussi fait aider par un écrivain public pour la rédaction. Je ne suis pas spécialiste dans la matière même si j’ai un certain goût pour l’écriture. Je me suis fait aider et l’auto-édition permet de publier assez rapidement, finalement, un bouquin, assez simplement sans être un expert en la matière.

Étienne Gonnu : On arrive sur la fin. Combien de temps ça t’a pris pour écrire depuis le moment où tu t’es lancé dans le projet et la parution fin 2019 ?

William Gonzalez : Environ un an et demi. J’écrivais quand j’avais un peu de temps entre la vie professionnelle et la vie personnelle ; ça prend quand même beaucoup de temps pour poser ses idées sur papier. Donc à peu près un an et demi entre le moment où j’ai décidé d’écrire ce livre et où il a été publié ensuite, en novembre 2019.

Étienne Gonnu : OK. Marie-Odile nous dit « belle couverture, joyeuse et lumineuse ». Elle partage tes choix graphiques, c’est vrai que c’est très sympa.

William Gonzalez : Je la remercie.

Étienne Gonnu : Bien sûr, on invite les gens à ne pas commander sur Amazon mais plutôt à se tourner vers leur libraire de quartier.
William, sauf si tu as un dernier mot que tu voudrais partager avec nous, je te propose de nous arrêter là, mais pour un dernier mot tu as une dernière minute.

William Gonzalez : D’accord. Juste remercier encore une fois l’April pour cette invitation. Je n’ai pas l’habitude d’intervenir à la radio, j’espère que j’ai été à la hauteur. J’espère avoir pu apporter un éclairage sur le logiciel libre notamment dans les collectivités, encourager les collectivités à aller vers le logiciel libre. Je vous invite aussi à partager le livre que j’ai écrit et j’espère que ça aidera aussi le citoyen à s’engager dans une nouvelle voie.

Étienne Gonnu : Parfait. J’ai des retours très positifs sur le salon web de l’April sur le salon #libreatoi [Salon #libreavous sur talk.libre-a-toi.org/, NdT]. Les gens t’ont trouvé très clair.
J’ai été ravi de partager cette première émission avec toi. Je te souhaite une très bonne fin de journée William et merci encore de ta participation.

William Gonzalez : Merci à tous. Au revoir.

Étienne Gonnu : Au revoir William.
Nous approchons de la fin de l’émission. Je vais vous proposer quelques annonces.

[Virgule musicale]

Annonces

Étienne Gonnu : Sachez que l’édition 2020 de LibrePlanet, un évènement libriste très important qui se déroule à Boston chaque année, organisé par la Fondation pour le logiciel libre, s’est déroulé les 14 et 15 mars et a été entièrement réalisé en ligne du fait de la période actuelle de confinement, de la crise sanitaire et l’expérience semble avoir été un franc succès. La FSF, la Free Software Foundation, la Fondation pour le logiciel libre, en tire un bilan sur son site, en anglais pour le moment, la référence est sur le site de l’April.
À cette occasion il y a eu les Free Software Awards 2019. On on félicite les lauréats, Jim Meyering et Clarissa Lima Borges. Pareil, les informations, les détails seront en lien sur le site de l’April.
Je mentionnais suite à la chronique de Marie-Odile qui nous parlait du Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires — je me suis lancé en improvisation là-dessus, je m’en sors bien ! — que le chaton de l’April, Chapril, a ouvert un nouveau service pour faire des conférences, basé sur Mumble justement, le logiciel que nous utilisons pour enregistrer l’émission, ouvert au public. Vous pourrez trouver le lien sur april.org.
Par ailleurs, nous avons réalisé une playlist de plus de huit heures, à partir des différents morceaux de musique libre diffusés dans Libre à vous !. C’est la playlist Libre chez vous qui est disponible également sur le site de l’April. Nous sommes en train de préparer une émission spéciale dédiée justement aux musiques libres. On vous tiendra informés de tout cela. L’idée c’est de parler autour de ces musiques, de les commenter et d’écouter ça tous ensemble.
Toutes les références sont sur la page dédiée.

Notre émission se termine. Je remercie toutes les personnes qui ont participé à l’émission : Marie-Odile, William Gonzalez, aux manettes de la régie un autre William, William de la radio Cause Commune.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, bénévole à l’April,et à Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts. Merci également à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April lui aussi, qui découpe les podcasts complets en podcasts individuels par sujet.
Enfin j’en profite pour remercier Frédéric Couchet, le délégué général de l’April, qui est le cœur et les poumons de Libre à vous !. C’était un plaisir pas de le remplacer, mais du moins de partager l’animation de Libre à vous !. Je passe à la suite parce que je m’embrouille !

Vous retrouverez sur notre site web, april.org, toutes les références utiles comme je vous l’ai souvent dit ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues à l’adresse libreavous@april.org.

Nous vous remercions d'avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et également à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles, il y a plein de très belles émissions.

La prochaine émission aura lieu en direct le 7 avril 2020 à 15 heures 30. Nous prendrons des nouvelles de Framasoft avec Angie Gaudion. Nous aurons également le créateur de Jitsi, un logiciel libre de visioconférence et plein d’autres invités.

Nous vous souhaitons de passer une très belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 7 avril et d’ici là, prenez soin les uns et les unes des autres.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Le traçage numérique contre le Covid-19 - Hippolyte Girardot - France Inter

sam, 04/04/2020 - 17:28


Titre : Le traçage numérique contre le Covid-19
Intervenant·e·s : Hippolyte Girardot - Charline Vanhoenacker - Alex Vizorek
Lieu : Chronique d'Hippolyte Girardot, France Inter
Date : 3 avril 2020
Durée : 3 min 40
Écouter ou enregistrer le podcast
Présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Géolocalisation par ElisaRiva de Pixabay - Licence Pixabay
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Alex Vizorek : Quand on dit concision, clarté et l’antithèse de cela, on pense évidemment à Hippolyte Girardot. Comment va-t-il ?

Hippolyte Girardot : Ça va mal, je suis très énervé parce que j’ai compris un truc. En écoutant un peu les infos, etc., j’ai compris comment l’humanité s’est volontairement soumise, couchée pour toujours ou presque à cause d’un petit virus qui l’a occupée une année au max mais a réussi à vaincre toutes formes de résistance. Je ne sais pas si vous savez mais une des solutions envisagées pour accélérer le déconfinement serait d’utiliser les données générées par nos smartphones pour pister les interactions des personnes infectées par le Covid. C’est Édouard Philippe qui nous l’a dit l’autre jour, tranquillement.
Et au même moment, des chercheurs de l’université de Oxford viennent justement de présenter une application très pratique, assortie d’un sondage très opportun, indiquant que huit Français sur dix seraient prêts à installer cette application. En échange d’aller boire des bières un peu plus tôt en terrasse, ils seraient prêts à 80 %, 80 % quand même, à accepter une application de pistage des contacts des personnes infectées. Excusez-moi, ce ne sont pas des Gaulois réfractaires, ce sont des moutons à la recherche d’un barbecue ! Sans déconner ! On est en train de franchir un fossé, mais dément ! C’est Le Meilleur des mondes de Huxley, c’est génial ! Cette solution technologique brillante a déjà été expérimentée dans des pays où pour des raisons historiques, politiques, religieuses, à tort ou à raison peu importe, la notion de liberté individuelle compte beaucoup moins que le corps social et national. À Pékin c’était magnifique, on pouvait suivre les personnes infectées sur son téléphone et décider, par exemple, de ne pas aller faire ses courses dans le marché où elles étaient passées, etc.
C’est un traçage incroyable et ce traçage permet aussi et surtout de vérifier que les personnes contagieuses restaient confinées, à la maison. Ce qui permettait au reste de la population de vivre normalement, c’est-à-dire de boire, évidemment, s’amuser, bien sûr, et aussi, tu avais oublié mec, de travailler. Parce qu’au bout du tunnel, on aura plutôt les 60 heures que le happy hour, il ne faut pas rêver !
Ce traçage, c’est l’équivalent de la laisse rétractable pour les chiens. Il croit qu’il est libre, mais non ! Il a l’exacte liberté de la longueur de sa laisse. Parce qu’au bout d’un certain nombre de 15 jours, vous avez remarqué que 15 jours c’est la nouvelle unité de mesure – 15 jours, 15 jours – qui osera dire « je ne fais pas confiance au GAFA ni à leurs idiots utiles que sont les gouvernements, je préfère me restreindre que devenir cet objet connecté réseau, boulot, dodo. Je confine donc six mois de plus. » Qui osera faire ça ? Et même qui pourra faire ça ? Le Premier ministre a dit : « Non, ça ne se passera comme ça, on partira sur une base de volontariat ». Ah ouais ! Excusez-moi. Le million de Parisiens qui s’est cassé à la campagne, il était volontaire d’être tracé par Orange ? Tout de suite, on a dit : « Non, ne déconnez pas, c’est anonyme ; c’est anonyme ! Il n’est pas envisagé de pister des individus en particulier. » Non c’est vrai. Mais le patron d’Orange a ajouté « bien que ce soit techniquement possible ». Je vous explique encore une fois : quand c’est techniquement possible, en général, ne vous en faites pas, ça arrive. Quand on a découvert la fission nucléaire, on a compris qu’il était possible d’en faire une bombe, techniquement, et on a vérifié. Eh oui, techniquement c’était possible !

Charline Vanhoenacker : Hippolyte Girardot, merci.

Alex Vizorek : Hippolyte Girardot, je rappelle que vous n’êtes si ni sur Twitter ni sur Facebook, vous n’avez pas de smartphone non plus !

Hippolyte Girardot : Non.

Charline Vanhoenacker : On ne peut pas vous pister.

Hippolyte Girardot : Je préfère les pigeons voyageurs. Moi je suis pour les pigeons voyageurs, je suis pour qu’on vive nu, dans la rue, avec des pigeons voyageurs pour communiquer. On sera tranquilles comme ça.

Alex Vizorek : On est au bout du raisonnement. Là on y est.

Changer le monde, un ego à la fois - Pouhiou - PSES2019

ven, 04/03/2020 - 16:26


Titre : Changer le monde, un ego à la fois
Intervenant : Pouhiou
Lieu : Pas Sage en Seine - Choisy-le-Roi
Date : juin 2019
Durée : 59 min
Visualiser ou télécharger la conférence
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Pouhiou copie d'écran de la vidéo
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Je suis entré dans le librisme en m’intéressant aux auteur·ices et leurs droits. J’ai travaillé des années sur l’hégémonie des géants du web.
Je peux résumer le deal qui est proposé à chaque fois en trois mots : Confort Contre Contrôle. Ma liberté résumée à un choix illusoire entre X et Y. Le libre arbitre comme un morceau de sucre pour faire passer le contrôle sur nos actions.
Et si « je » sortais de ma petite individualité pour imaginer ce qu’on pourra faire lorsqu’on sera « nous » ?

Transcription

Bonjour. Bienvenue dans cette conférence qui s’appelle « Changer le monde un ego à la fois ». Je ne sais pas exactement ce dont je vais parler, je ne suis pas sûr de moi, mais je sais que j’en avais très envie. Pour vous prévenir aussi un petit peu en préambule, je déteste les slides donc j’ai essayé de me démerder quand même à faire quelque chose qui me plaisait, mais je ne sais pas si c’est ce qu’il faut faire et, à la limite, je m’en fiche un peu !

Mon employeur c’est donc Framasoft1, c’est une association d’éducation populaire aux enjeux du numérique et le mode d’action c’est principalement de créer des outils pratiques, concrets, pour apporter plus de logiciels et de culture libre dans la vie de « les gens » et « les gens » c’est défini de différentes manières au fil du temps. Sauf que cette conférence est inspirée de tout ce que j’ai vécu en tant que salarié au sein de l’association Framasoft et bénévole auparavant ces cinq-sept dernières années, mais il y a aussi des choses très personnelles. Donc on va dire que mon employeur tient à garder l’anonymat. Imaginez que si je dis des trucs vachement bien, eh bien c’est grâce à l’expérience que j’ai vécue au sein de Framasoupe, on va dire, pour garder l’anonymat. Si je dis des conneries ce sont probablement les miennes et si c’est du génie, aller, je vais le prendre pour moi ! On a dit qu’on parlait d’ego, non ? Donc voilà c’est parti.
En effet, je vais vous parler de moi. Je vais vous parler de moi puisqu’on va parler d’ego et je me dis que j’en ai un gros, donc tout va bien et puis ce n’est pas pour rien que je vais vous parler de moi. Je vais vous dire que les religions qui ont façonné le monde dans lequel j’ai grandi, dans lequel je me suis éduqué, m’ont dit que j’étais important, m’ont dit que j’avais raison d’avoir un gros ego. Il y en a une qui m’a dit que c’est « parce que je le vaux bien ». Attention je ne parle pas juste de l’auréole, je parle plus exactement du capitalisme qui m’a dit que j’étais très important et que je devais avoir un gros ego, être individuel et acheter des choses uniques comme tout le monde. Et puis il y a une autre religion qui m’a dit qu’il m’a fait à son image. Je déterre des super vieilles photos, là c’est un vieux dossier et j’embrasse très fort Noëlle Ballestrero qui est une photographe et une amie qui me manque. Du coup, s’il m’a fait à son image, ça veut que j’ai quelque chose de divin en moi. J’ai bien raison d’avoir mon gros ego.

Je suis rentré dans le Libre, je suis tombé dans le Libre pas du tout en codant, mais en écrivant des romans. À l’époque c’était un roman blog sur le site noenaute.fr et je bloguais comme ça un épisode par jour, quatre jours par semaine, et le cinquième jour, du coup, c’était plutôt un article de discussion, de coulisses, de choses comme ça et très vite je me suis vraiment rendu compte que le principe de création, diffusion et retour du lectorat, tout ça était extrêmement fluide, extrêmement libre et que si j’y mettais des barrières telles que le droit d’auteur, eh bien ça ne me parlait pas. Du coup j’ai mis tout ça dans le domaine public vivant.
À un moment donné, je suis allé voir Framasoft en leur disant « dites, vous avez un gros blog qui s’appelle Framablog. Je viens de finir mon roman qui est dans le domaine public, si vous voulez en parler ça fera quelques lecteurs, quelques lectrices de plus. » Ils m’ont dit : « On a une maison d’édition qui s’appelle Framabook2. Jusqu’à présent on a fait principalement des manuels, une biographie sur Richard Stallman, des BD, on avait envie de faire du roman, ça te dit qu’on te passe en comité de lecture ? » J’ai fait « banco ». Donc on a sorti le premier roman du domaine public vivant édité par une maison d’édition française. Je suis juste pas peu fier de la chose !
Évidemment, quand on commence à faire des choses comme ça, on met le doigt et puis on se fait bouffer totalement parce qu’on plonge dedans avec délices. J’ai commencé à prendre un peu tous les savoirs que j’avais pris sur le droit d’auteur et à faire des conférences avec et j’avais fait une conférence qui s’appelait « Les droits-d’auteuroliques anonymes » - vous remarquerez l’aspect écolo du recyclage de slides vieilles de cinq ans - aux RMLL 2014, parce que je considérais vraiment le concept du droit d’auteur, le principe, les fondamentaux du droit d’auteur comme une addiction, un peu comme une addiction. C’est qu’il y a un vrai problème et il faut admettre qu’il y a un problème. Tout le monde veut du droit d’auteur, c’est le droit d’auteur qui nourrit la création, les auteurs, les artistes, ouh là, là, il faut les protéger, il faut les nourrir, etc. Donc tout le monde en veut, veut mettre partout du droit d’auteur et, en même temps, ça ne nourrit pas, voire ça affame les artistes qui sont le maillon le moins payé de la chaîne de production et de vente des œuvres culturelles. Je me suis dit faisons les 12 étapes des alcooliques anonymes ou des addictes anonymes et appliquons-les au droit d’auteur, voir ce que ça donne. Admettre qu'on a un problème, comme je vous l’ai dit ce n’est pas nourrissant alors qu’on croit que c’est nourrissant - c’est un vieille publicité très problématique [La bière est nourrissante, NdT] - et la douzième étape - je ne ne vais pas vous faire les 12 étapes, rassurez-vous - la douzième étape, s’avouer qu’on est dépassé, s’avouer qu’il y a quelque chose, qu’il y a un problème qui est fondamental là-dedans.
La figure qu’on a d’habitude sur le droit d’auteur c’est Beaumarchais. Beaumarchais qui a inventé les concepts du droit d’auteur en 1780, qui les a fait accepter avec la création de la SACD [Société des auteurs et compositeurs dramatique] par le gouvernement républicain de 1790 et cette image romantique de Beaumarchais, auteur défendant les auteurs et inventant le droit d’auteur ! C’est cool !
Maintenant, quand on se penche un peu dessus et ça m’est arrivé, Beaumarchais c’est un homme d’affaires. Il a vendu des armes au général Lafayette pour le compte du roi de France. Beaumarchais était auteur, certes, il voulait défendre les auteurs notamment contre des théâtres peu scrupuleux, certes, mais il était aussi éditeur. Il a d’ailleurs arnaqué les ayants droit de Voltaire sur ses droits d’auteur ; c’est assez croquignolet ! Il était aussi imprimeur-libraire - à l’époque on imprimait dans l’arrière-boutique et on vendait les livres en boutique - et il avait même une papeterie en Normandie, le garçon. Donc c’était un peu la chaîne du livre à lui tout seul. Il avait tout compris. Beaumarchais a réfléchi non pas seulement en auteur mais aussi en commerçant, en commerçant homme, bourgeois, bien né de l’époque, lettré de l’époque, il faut remettre ces circonstances-là, et il a créé le droit d’auteur comme un contrat où on dit à l’auteur : « Je t’invente des droits, paf ! ex nihilo, je t’invente des droits pour que tu puisses les céder à un éditeur et l’éditeur fera tout le boulot de production, de commercialisation, etc. C’est un petit peu le « TU s’occupe de rien, JE s’occupe de tout », c’est-à-dire vraiment dire « voilà, écoute, c’est chiant de voir avec les graphistes, de faire la maquette, de se faire chier avec l’imprimeur, de passer du RGB au CMJN, c’est super chiant ! Je vais m’en occuper, promis. Je vais faire des trucs vachement bien, il n’y a pas de souci. Juste te me signes le papier, tu me files tous tes droits, tu me cèdes exclusivement tes droits, je m’occupe de tout et je te reverse quelques sous ». Voilà !
Du coup on a un concept simple qui est « confort contre contrôle » : je te donne tout ton confort, donne-moi le contrôle sur tes droits. Et franchement, quand on est auteur, quand on est artiste, quand on veut se faire chier à se laisser habiter par une œuvre pour arriver à la sortir et tout ça mais c’est trop cool ! J’ai envie de dire que c’est un peu comme de la magie, c’est ma reine la bonne fée qui arrive avec sa baguette magique et qui exhausse tous mes vœux. Donc moi j’avais envie d’y croire. Mais voilà ! Je veux bien croire aux fées, je sais que j’en suis une, sauf que je ne crois plus trop en ma reine. Bref ! J’ai commencé à faire des choses comme ça et je me suis fait embaucher par mon employeur qui souhaite rester anonyme pour des raisons que vous comprendrez.

Du coup on a travaillé sur une petite chose, avec Framasoupe, qui s’appelle Dégooglisons Internet. Dégooglisons Internet3 c’est connu aujourd’hui comme une proposition de 34 services alternatifs aux services des géants du Web. Une alternative à Doodle, à Skype, à Minecraft, à Google Docs, à ceci, à cela. Et des alternatives qui sont éthiques. Donc ça c’est la contre-proposition dans Dégooglisons Internet. Mais dans Dégooglisons, il y avait aussi tout un volet extrêmement important et sur lequel j’ai travaillé en tant que communiquant qui a été d’informer, d’éduquer aux enjeux. C’est passé évidemment par la production d’articles de blogs, de prints, de flyers, de choses comme ça, mais aussi de conférences où on expliquait un peu pourquoi c’était problématique que des grands géants centralisent nos données, nos attentions et des informations sur nous.

Comme j’adore les moments de conférence, puisque mon ego aime bien être au-dessus de vous et que vous vous taisez, du coup j’ai prévu un moment de démocratie participative, juste pour faire le lien avec la conférence d’avant qui était super bien, il faut la regarder si vous ne l’avez pas vue, c’est un petit peu comme chez l’ophtalmo, il va falloir lire les lettres, donc donnez moi les noms de la première ligne.
Google, OK. Ensuite ? Ouais, Oui, ouais… OK. [Apple, Facebook. Amazon, Microsoft, NdT]
Attention, plus on avance dans les lignes, plus c’est compliqué. Ensuite ? Netflix, oui. Airbnb, Ouais. Uber, ouais. Uber un peu moins déjà. Donc GAFAM [Google, Amazon, Facebok, Apple, Microsoft], NATU [Netflix, AirBnb, Tesla et Uber]. Attention l’occidental n’aime pas trop la Chine bizarrement, on ne sait pas trop ce qui se passe en Chine, on est chez les Chinois, Baidu, ouais. Alibaba. Tencent, ouais et Xiaomi, donc les BATX [Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi].
Comme quoi, en fait, Google c’est juste un symbole et même si on démantèle les GAFAM, il y en aura d’autres qui naîtront. Le problème c’est plus un problème mécanique, un problème systémique. Ça travaille en fait, là-dessus, sur cette envie de baguette magique « tu ne t’occupes de rien, je m’occupe de tout ». L’e-mail c’est compliqué. Je vais te faire un Gmail magnifique, ça va être trop beau, en plus tu pourras cliquer partout, tu auras un espace de stockage absolument incroyable et à chaque fois on en rajoute et tout ça. « Tu ne t’occupes de rien, je m’occupe de tout » et là, encore une fois, on est sur le fameux « confort contre contrôle ». Et vraiment encore une fois, on est sur ma reine la bonne fée qui est en train de nous offrir comme ça quelque chose d’absolument magique.

Moi je commence à me poser la question de quand est-ce que le carrosse redevient citrouille, parce qu’il y a peut-être un petit problème. Mais bon, je ne fais pas que bosser dans ma vie, je ne fais pas que aller sur du numérique, il y a des moments où je mange. Je mange plutôt végétarien, cuisine-libre.fr c’est vachement cool comme site si vous ne connaissez pas. Ce n’est pas tous les soirs comme ça chez moi ! J’adore les lasagnes aux champignons, c’est un super recette, je vous la recommande, c’est super cool, mais il y a des moments où j’ai juste la flemme, nous sommes bien d’accord, je ne fais pas tous les soirs un plat de lasagnes.
Le problème c’est que quand je me lâche en mode confort et tout ça, eh bien les lasagnes préparées, il y a quelque chose d’un peu dangereux avec. Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce scandale chez Findus où la viande de bœuf dans les lasagnes pré-préparées se retrouvait être de la viande de cheval. Sauf qu’en fait on est sur la même chose au niveau de la bouf industrialisée, de l’agroalimentaire et tout ça, on est en fait sur la même mécanique. Et là on se dit que si la magie ça revient à bouffer du petit poney, il y a peut-être un problème, quand même, à un moment donné !
Finalement c’est quelque chose, c’est une mécanique que je commence à retrouver un peu partout. C’est-à-dire que quand on me demande de choisir entre deux têtes d’affiche, parce que, sérieusement, j’ai bien écouté toutes les discussions politiques de toutes les élections de ces dix dernières années et autour de moi, les gens me parlent extrêmement rarement d’idées ou de programmes, par contre c’est « lui je n’ai pas confiance, il a l’air d’avoir un peu un trop gros ego ; elle, elle a un peu l’air d’une connasse ». On parle de gens, on ne vote pas pour des idées ou des personnes, techniquement je n’ai pas vu de personnes faire ça ou alors à la marge. En fait, on est encore une fois sur ce même truc de « tu sais quoi, donne-moi ton bulletin, donne-moi ton mandat ; pendant cinq ans tu ne t’occupes de rien, je m’occupe de tout. Donne-moi le contrôle et tu auras le confort de ne pas t’emmerder avec les questions politiques ».
Et là, à un moment donné, on se dit que la magie ! Il y a quelque chose de foireux dans ce délire-là ! Parce que finalement, si on parle de liberté, on parle souvent de reprendre le contrôle. Mais reprendre le contrôle, eh bien ça signifie, du coup, quand on est dans cette vision-là, perdre du confort. Et là on est sur une problématique qui n’est pas facile, parce que ce n’est pas facile de perdre du confort ou même, en tant que militants qui veulent inciter les personnes ou en tout cas leur proposer une possibilité d’avoir une meilleure hygiène numérique, de faire un autre monde, de vivre un peu autrement que ce qui nous est proposé, le fait de dire « c’est cool ce qu’on propose, il y a des valeurs, c’est chou et tout ça, par contre vous allez perdre du confort ».

C’est ce qu’on a essayé de faire avec la feuille de route de Framasoft après Dégooglisons Internet, on a parlé de Contributopia4. Il y a plusieurs notions dans cette feuille de route et il y a une notion d’effort, il y a une notion où on dit « on va essayer d’outiller la société de contribution. Ça demande de la contribution, ça demande un effort, ça ne va pas être facile ou pratique tout le temps, pas aussi facile ou aussi pratique que les entreprises les plus riches du monde, par exemple, qui peuvent offrir un contrôle qu’on n’a pas. »

Comme la conférence c’est toujours un truc vachement bien parce que c’est vertical et que, du coup, vous êtes anesthésiés, je vous propose de bouger. Imaginons que nous avons une ligne, là au milieu, paf ! comme ça, que ici, sur ce mur-là, vous avez le confort et ici, sur ce mur-là, vous avez le contrôle. Levez-vous, s’il vous plaît, je vous le demande. C’est adorable, merci beaucoup de le faire. Ça n’est pas une obligation ; s’il y a des personnes qui ne veulent pas le faire vous avez le droit, évidemment, de ne pas le faire. Levez-vous et positionnez-vous ; le mur confort est là, le mur contrôle est là et moi je trace une ligne d’ici à la technique qui fait un boulot formidable et je fais des bisous à la technique.
Positionnez-vous dans la salle. Où est-ce que vous allez si vous devez choisir, si vous devez vous positionner « confort contre contrôle » ?

Public : Inaudible.

Pouhiou : Eh bien choisis un domaine si tu veux, en effet, mais on va dire de manière plutôt générale, dans ta vie numérique ; on va faire un domaine vie numérique.
Du coup il y a plein de personnes qui sont prêtes à perdre du confort. Ici, vous êtes sur le contrôle, on est bien d’accord.
Qu’est-ce que vous avez à leur dire, vous qui cherchez à avoir du confort, du coup ? Très bien confort du ventilateur. Important, bien sûr. Bien sûr. En effet quand il fait hyper-chaud ! Vous avez le droit de bouger s’il y a des arguments que vous entendez qui vous parlent, vous avez le droit de changer de position et de changer d’avis. C’est même ça être humain, c’est évoluer et changer d’avis, souvent.
Est-ce que vous voyez à quel point c’est difficile ce positionnement ? J’ai une question là-bas, dis-moi, je la répéterai.

Public : Inaudible.

Pouhiou : On ne peut pas avoir le contrôle sur tout.

Public : Inaudible.

Pouhiou : Confort sur tout, informatique, alimentaire. Bon bref ! En effet c’est compliqué. Vous pouvez vous rasseoir si vous le désirez. Je vous remercie, je vous donne mon positionnement si vous le voulez. Mon positionnement est très clair, je fais partie de la #TeamFeignasse [Photo de chat allongé, NdT] avec fierté et je vais vraiment vers le confort. Dis-moi.

Public : Inaudible.

Pouhiou : Est-ce que confort et contrôle ce sont deux extrêmes ? Je pense que aujourd’hui, malheureusement, c’est le cas notamment dans le monde numérique, mais pas que. Je vais t’expliquer pourquoi. C’est justement la suite de mes slides, donc ça tombe bien merci, mais je pense qu’aujourd’hui on est malheureusement dans cette situation-là. Ça n‘est pas une obligation, ça n’est pas une fatalité, mais circonstanciellement je pense qu’on en est là aujourd’hui.
Typiquement, moi honnêtement j’essaye de gagner du contrôle et de faire des trucs. J’essaye, par exemple, de faire mon tricot, là c’est le moment où je me la pète, ce châle-là c’est moi qui l’ai fait.

[Applaudissements]

Pouhiou : Merci. J’avais dit que j’avais un gros ego mais je ne m’attendais pas à celle-là.

J’essaye de faire des trucs, j’essaye de gérer mon propre serveur, et vous n’aller pas me demander de taper une ligne de Bash5, c’est sans moi, par contre YunoHost6 c’est vachement bien, il faut les soutenir, ils font un super boulot et ça me permet de maintenir mon petit serveur à jour.

J’essaye aussi de créer ma propre monnaie. Je vous recommande de vous intéresser au logiciel Duniter et à la monnaie June qui s’écrit Ğ17 ou J, u, n, e, au choix ; j’essaie de créer ma propre monnaie, c’est plutôt cool. J’essaie même de faire ma propre pâte à tartiner avec des étiquettes un peu bizarres. OK, j’essaye de reprendre le contrôle sur certaines choses que je mange, mais en même temps c’est compliqué parce qu’on me demande de trier pour l’avenir, on me demande de d’effacer mes e-mails. Je vous fais une parenthèse sur ça, parce que nous ça nous pète les couilles chez quelques membres de Framasoft, et je fais un gros bisou à Pyg au passage. Orange avec ses e-cleaning days, « effacez vos e-mails et tout ça », il n’y a pas d’écologie derrière ! Il y a un impact écologique ridicule, parce que tu peux effacer 500 e-mails, si tu écoutes de la musique en laissant tourner YouTube, c’est-à-dire télécharger de la vidéo – le streaming c’est du téléchargement – si tu télécharges de la vidéo juste pour écouter de la musique et que tu la télécharges à nouveau à chaque visionnage, mais ça équivaut à combien d’e-mails, une vidéo ? Donc finalement c’est juste Orange qui se fait de la pub en mode « regardez on a des initiatives écolos », d’accord ? C’est cool pour eux, je suis ravi, mais du coup qui font travailler les gens, il faut voir ce que dit Antonio Casilli sur le travail du clic, tout ça en utilisant nos envies d’humains éthiques, en utilisant notre énergie d’humains éthiques et en la canalisant pour leur propre agenda.
Donc je dois trier pour l’avenir, je dois effacer mes e-mails, je dois bien sûr mangerbouger.fr, c’est très important, je dois avoir le réflexe Cyclamed et en plus je dois voter. C’est fatigant, ça prend du temps. Donc moi j’ai du mal à abandonner mon confort pour reprendre le contrôle parce que, je suis désolé, je suis toujours #TeamFeignasse et Bianca, tu peux me juger, je n’en ai rien à foutre. Voilà ! C’est comme ça !

Je vous parlais d’Orange tout à l’heure. J’ai envie de vous raconter une petite histoire parce que je l’ai entendue récemment deux fois, dans un Cash Investigation et après dans Le Monde diplomatique, je crois qu’ils en ont parlé, c’est l’histoire de Keep America Beautiful. Est-ce que vous en avez entendu parler ? Keep America Beautiful c’était une publicité dans les années 70 où un mec dans une Cadillac jette une bouteille en plastique de Coca dans la nature, dans le désert du Nevada, donc il jette par la fenêtre, il s’en va et là tu as le cliché de l’Amérindien en gros plan avec une larme sur son visage. Donc Keep America Beautiful, jetez vos déchets, triez vos déchets. Voilà ! In the fight against litter and pollution, « Dans le combat contre les ordures et la pollution nous avons encore du chemin à faire ».
Keep America Beautiful est un groupe lobbyiste payé par The Coca-Cola Company et tout un tas de gens qui ont fait le choix - je ne suis pas très bon dans les dates, mais je crois que c’est dans les années 60 - d’abandonner le système de la consigne, les bouteilles en verre qu’on ramenait exactement comme cette bouteille de boisson à base de plantes [Pouhiou montre la bouteille en verre, NdT], il y a une consigne et je dois la ramener en bas, c’était le principe qu’ils utilisaient puis ils se sont rendu compte que le plastique leur augmenterait vraiment leurs marges, donc qu'on allait produire des bouteilles jetables, donc produire des futures ordures et, du coup, plutôt que les gens à un moment donné commencent à se rassembler, à nous engueuler à nous dire « vous nous pourrissez un peu la planète », on va dire aux gens « non, non, c’est vous qui pourrissez la planète parce que vous ne mettez pas vos ordures dans les poubelles ». Que les ordures soient dans les poubelles ou pas, en fait quand elles existent c’est un problème. Ce n’est pas parce qu’on le cache qu’il n’y a pas de problème !
Il y une notion derrière de l’homo ethicus, c’est-à-dire que nous aurions toutes et tous en nous des envies d’éthique, un humain éthique à l’intérieur de nous, une humaine éthique, et cette envie d’éthique va être canalisée notamment par les entreprises capitalistes pour qu’elles ne soient pas remises en question dans leur système de production.
Dans le Cash Investigation il y a notamment ce document qui est un document interne à Coca-Cola, chez les lobbyistes de Cola-Cola, qui montre tous les trucs sur lesquels il faut se battre et tout ça, donc la possibilité que cela arrive et l’impact sur notre business : on se prépare à gérer ces points-là, on va surveiller ces points-là et ceux-là il faut se battre contre et ici il y a le fait du retour à la consigne sur lequel il faut vraiment se battre parce que, à la fois ça a une grosse possibilité d’arriver et en plus ça aurait un gros impact sur leur business.
Donc on a ce lobbying qui fait que notre culture est influencée pour canaliser nos énergies et notre comportement.
OK ! Là je vous parle de Coca-Cola. Dis-moi.

Public : Inaudible.

Pouhiou : Avocat du diable, ouais. Attends une seconde il y a un micro qui arrive vers toi.

Public : Est-ce que tu penses vraiment que la consigne c’est une bonne chose sachant que derrière la consigne, pour récupérer les bouteilles, il faut aller les chercher avec un camion qui finalement pollue lui aussi ?

Pouhiou : Je ne suis pas spécialiste de la consigne donc je vais répondre très brièvement que d’après ce que j’ai lu et entendu le système des consignes permettait aussi d’avoir des usines locales de lavage, recyclage et remplissage. Donc ça permettait aussi de relocaliser l’industrie, du coup c’était intéressant parce que, en effet, l’essence coûtant cher, le capitalisme va essayer de faire des économies. Maintenant je m’en fiche fondamentalement ! Ici, dans mon propos, la consigne n’est pas le plus essentiel. Enfin, je ne m’en fiche pas, c’est hyper-important, mais mon propos c’est de montrer que nos comportements sont manipulés par du lobbyisme et par des biais culturels de la publicité, des choses comme ça, afin de canaliser nos énergies. Du coup c’est la perte de liberté, la perte de contrôle social que nous perdons en tant que citoyennes et citoyens qui m’intéresse dans cet exemple-là. Et finalement que la consigne ce soit intéressant ou pas, c’est peut-être secondaire à ce propos-là. Par contre je pense sincèrement que oui la consigne serait un gain au niveau pollution.

Public : D’accord !

Pouhiou : On parle de lobbyisme écologique, ce n’est pas domaine, je vais revenir vers mon domaine, on peut parler de lobbyisme numérique. D’accord?
Ceci est un tweet, d’ailleurs je l’ai mis deux fois ! Bonjour, ceci est une slide mal faite, je vous ai dit que je n’aimais pas les slides ! Un tweet de @jcfrog parce qu’il a mis en relation l’accord Microsoft/Éducation nationale signé entre Microsoft et la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, madame Najat Vallaud-Belkacem, qui arrivait juste après le projet de loi numérique, la grande concertation populaire dans laquelle il y a eu une question « utiliser le logiciel libre et GNU/Linux dans les écoles et les universités », sur laquelle la population avait voté à 93,3 % pour. Et juste après on nous balance du Microsoft à l’école avec des grands sourires et tout ça. D’ailleurs les bulles qui ont été rajoutées à cette photo c’est « elle est con pourquoi pas la démocratie ! » Donc là on est vraiment sur des questions de lobbyisme, encore une fois.
Quel est notre espace de liberté quand il y a des décisions politiques et culturelles qui sont prises à notre place ?
Quel est notre espace de liberté quand on voit que les usages d’Internet vont dépendre énormément de notre classe sociale ? L’internet des familles modestes de Dominique Pasquier est un super bouquin à lire parce qu’on voit bien que les usages ne sont les mêmes partout, c’est hyper-essentiel comme bouquin. À votre avis quelle possibilité vous avez de prendre soin de votre hygiène numérique ou de vous éduquer aux pratiques numériques quand vous vivez à quatre dans un studio en banlieue ou quand vous avez quasiment zéro Internet et un milieu associatif très pauvre en zone rurale ? Personnellement je viens d’un village où il y avait plus de vaches que d’habitants, littéralement, on était 500 habitants, je vous assure que l’accès à la culture, l’accès à toutes ces éducations et à tous ces savoirs-là n’est pas facile dans ce village-là. Déjà pour se déplacer il faut avoir une mobylette !
Quel espace de liberté avons-nous quand les choix individuels, finalement, impactent la société et notre entourage ? Magnifique article de Aral Balkan, de toute façon si vous voyez du Aral Balkan passer devant vos yeux lisez-le, cette personne est formidable et je l’aime. Aral Balkan qui parle : « Google, c’est comme la cigarette : c’est votre choix mais il impacte les autres ». Aujourd’hui je n’ai pas d’e-mail chez Google, il m’en reste un vieux qui renvoie vers mes vrais e-mails, je n’ai pas d’e-mail chez Google, mais si 80 % des personnes à qui je m’adresse, et encore, c’est en-dessous de la moyenne française, sont chez Gmail, eh bien 80 % de mes conversations sont captées par Google. Donc finalement mes données personnelles, ou « c’est mon choix personnel d’aller chez Gmail », OK, mais ça m’impacte aussi. Finalement quelle liberté individuelle ou quelles données personnelles existent dans ce cadre-là ?
Quel espace de liberté avons-nous quand finalement les neurobiologies, l’agronomie, le design d’utilisation, le design d’interface sont utilisés pour manipuler nos comportements à très large échelle ? Okhin, de La Quadrature du Net8, parlait hier dans sa conférence de cette expérience que Facebook a publiée en 2012, qui était une expérience de 2010. C’était un test : en manipulant ce qui apparaissait sur le fil d’actualité, en haut du fil d’actualité des utilisateurs et des utilisatrices, permettait de voir si ça modifiait leur humeur. Et bizarrement, quand on ne te met que des nouvelles pourries genre « Ah, non, j’ai raté mon bac ! Fait chier ma mère me gonfle ! Mon patron est un con ! Et merde encore un prune ! », eh bien bizarrement tu vas commencer à déprimer et accessoirement, quand tu déprimes tu cliques sur les pubs et tu achètes plus : ça ça les intéressait pas mal. Par contre, quand on ne te met que des bonnes nouvelles tu vas avoir tendance à moins déprimer. Évidemment cette expérience a été faite sans prévenir les utilisateurs et les utilisatrices qui ont été des cobayes pour Facebook.
Quelle espace de liberté là-dedans ? On est ici sur un article de Tristan Harris pour comment la technologie pirate l’esprit des gens. Tristan Harris, ancien philosophe produit chez Google, il se définit aussi comme magicien, qui s’est complètement barré parce qu’il s’est rendu compte de l’aspect hautement grave de ce qu’il faisait chez Google.

Enfin quel espace de liberté quand il est possible avec à peu près 100 000 dollars, je crois, de faire des publicités extrêmement ciblées auprès de personnes étasuniennes, plutôt noires, qui auraient tendance à voter Hillary mais qui ne la trouvent peut-être pas assez à gauche ou pas assez au point sur les questions de couleur de peau, de choses comme ça, donc d’inciter ces personnes à force de leur montrer des titres et des titres d’articles de blog à ne pas aller voter, parce que c‘est bon, ça ne sert à rien, de toute façon elle va passer et, du coup, à faire élire le candidat Trump ? On ne sait pas si le scandale Cambridge Analytica9 a réussi à faire élire Trump, il n’y a pas vraiment de moyen de le savoir exactement, mais il y a quand même de grosses suspicions que ça a influencé et que ça aurait coûté 100 000 dollars. Ce n’est pas cher pour une grande démocratie choisir un dirigeant.

Ce n’est pas cool ce que je dis ; ça va ? Franchement ce n’est pas super cool, je ne vous annonce pas des bonnes nouvelles !

On va se faire une petite pause câlin à un moment donné, je vous l’assure, je veux juste vous parler en fait de ce système qui nous prive de liberté, en tout cas dans le monde numérique, qui s’appelle le capitalisme de surveillance, qui est un terme qui a été popularisé par Shoshana Zuboff, qui vient de réécrire un livre dessus récemment.
Shoshana Zuboff10, je suis désolé, je crois qu’elle est économiste au MIT, mais corrigez-moi et fact-checkez ce que je viens dire, en tout cas c’est une très grande universitaire étasunienne. Dans sa fiche de lecture, Sébastien Broca a fait un super article sur ce bouquin et donne une définition super intelligente du capitalisme de surveillance qui « est ainsi le processus qui transforme nos comportements présents en prédictions monnayées de nos comportements futurs ». En fait, le capitalisme de surveillance outrepasse notre volonté, outrepasse le fait que le client est roi, puisque nous ne sommes plus le client, et encore une fois réduit notre espace de liberté surtout de liberté individuelle, parce que finalement ça outrepasse totalement notre capacité de liberté individuelle.

Attention, capitalisme de surveillance selon Shoshana Zuboff est critiquable et critiqué. Je vous incite à aller vous renseigner sur les articles de Christophe Masutti qui va bientôt sortir un livre sur le capitalisme de surveillance en septembre chez C&f Editions, et qui explique que le problème dans le capitalisme de surveillance ce n’est pas uniquement l’aspect surveillance, ce n’est pas le capitalisme qui a dérapé à cause du numérique et qu’il faudrait réguler pour faire rentrer dans le droit chemin. Le problème du capitalisme de surveillance c’est peut-être aussi un problème de capitalisme qui fait juste ce que fait le capitalisme.

D’ailleurs, en parlant de capitalisme, le bouquin de Shoshana Zuboff est vendu par un éditeur. Et-ce que vous voyez où je veux en venir ? Confort contre contrôle, tout ça ! Je n’ai pas résisté à vous montrer la page de l’éditeur avec ce superbe slogan They’re watching you… with your full consent. La fabrique du consentement est juste là sur ce petit bandeau qui vous dit « acceptez les cookies s’il vous plaît », en bleu. Donc je trouve hyper-intéressant de mettre en valeur le consentement et de le foirer totalement parce qu’on sait très bien que ces techniques-là sont aujourd’huides techniques de fabrique du consentement qui outrepassent le consentement.

Ce qui me permet de faire une petite parenthèse. Si vous êtes libriste, si vous vous définissez comme libriste ou si vous vous intéressez aux enjeux du numérique, aux enjeux de la surveillance et tout ça, j’aimerais que vous preniez un temps pour remercier les militantes féministes qui, pendant des années et des années, des décennies, se sont battues, génération après génération de féministes, pour faire rentrer des notions de consentement dans la loi ; évidemment les féministes se sont battues par rapport à des notions de viol et d’agression sexuelle. Ces notions-là étant rentrées dans la loi, étant rentrées dans tout un tas de choses, ça nous a permis par exemple une définition claire du consentement dans le RGPD [Règlement général de protection des données]11 . Mine de rien, les luttes des autres permettent d’aider nos luttes et peut-être que nos luttes pourraient permettre d’aider les luttes des autres. Si vous ne connaissez pas la notion de consentement, je vous recommande cette vidéo, vous cherchez « consentement tasse de thé » tout simplement : ce n’est pas parce que la semaine dernière j’ai accepté de boire du thé que tu as le droit de venir chez moi cette semaine et de me forcer du thé à l’intérieur de la gorge. En gros, si je n’ai pas envie d’une tasse de thé, même si tu me la proposes, même si tu l’as préparée, si je n’en ai plus envie, tu n’es pas obligé de me faire boire du thé. Pour comprendre le consentement, cette vidéo est juste essentielle.

Comment ça va ? Si vous voulez vous faire des câlins, si vous voulez qu’on se fasse des câlins, c’est maintenant. Les câlins n’existent que s’ils sont consentis sinon ça s’appelle une agression et pas un câlin. Est-ce que ça va bien parce que ce n’est pas cool quand même tout ce dont je parle ? C’est bon ! En général quand on annonce des mauvaises nouvelles comme ça il y a l’esprit, l’ego qui va faire son boulot d’ego, qui va se mettre sur la défensive : « non mais moi je ne suis pas vraiment touché, je n’ai rien à cacher ; ouais mais moi je fais attention, etc. » Parce qu'on se sent attaqué par des informations désagréables et l’ego est là pour protéger notre esprit, c’est son boulot.
C’est peut-être le moment de faire un petit câlin au moins à l’intérieur de soi. Oui, câlin !

[Une jeune femme vient embrasser Pouhiou]

Pouhiou : Merci à toi. C’est peut-être le moment de se faire un petit câlin au moins à l’intérieur de soi pour dire « OK, oui c’est agressif cette vision-là du monde, ces informations-là sont peut-être agressives. Je pensais peut-être être en sécurité et que mes pratiques étaient saines et non, ça n’est pas le cas, mais en même temps ce n’est pas grave parce qu’on peut faire des choses et on peut réfléchir. »

Comme je vous l’ai dit je viens de la campagne. Du coup moi je me suis dit « ce truc sur nos libertés, ce poids sur nos libertés, je le vois comme un joug. Ce que je vois des géants du Web c’est qu’ils nous posent un joug ». Le joug c’est ce qu’on met sur le dos des bœufs à la fois pour les diriger, diriger l’attelage, donc on nous dirige et c’est vraiment ce que font les GAFAM, Facebook et compagnie, ils dirigent nos comportements, et bien sûr pour profiter de notre traction, pour profiter de notre labeur et de notre labour. Donc on est vraiment sous le joug.
En voyant ce rétrécissement de l’espace de nos libertés individuelles, je me suis demandé quel était le joug, quel était le mécanisme qui permettait de nous asservir comme ça et de nous diriger. Eh bien la réponse était dans le titre : moi j’ai l’impression que c’est lié à notre ego et j’ai trouvé ma réponse en lisant - au départ j’ai lu une traduction espagnole dans El País et je ne parle pas du tout espagnol, j’ai galéré, grave, mais c’était tellement passionnant - Yuval Noah Harari, qui est critiquable sur d’autres visions mais qui et un historien israélo-étasunien, me semble-t-il, je ne veux pas dire de conneries, auteur de Sapiens : Une brève histoire de l'humanité, Homo Deus : Une brève histoire de l’avenir et 21 leçons pour le XXIe siècle. Il a fait un article12 sur le big data Google et la fin du libre arbitre, il parle notamment du Dataïsme dedans. C’est un historien, il remet en perspective avec l’invention du libre arbitre qui, dans nos cultures du livre, daterait du Moyen Âge au moment où les religions monothéistes essaieraient de mettre dans notre culture des notions de faute, de péché, de vertu, de vice ; si j’ai un libre arbitre je suis responsable de mes péchés, de mes vices, donc je peux aller au paradis ou en enfer. Culturellement cela viendrait de là selon Yuval Noah Harari. Encore une fois je ne suis pas historien, j’ai juste lu ce qu’il a écrit. Et cette espèce de libre arbitre, de « j’ai le choix », si je regarde à l’intérieur de moi, ce libre arbitre flatte mon ego parce que JE suis en contrôle, J'AI le choix et je vois bien que le capitalisme me fait ça : « Regarde, tu as le choix entre un baril de ceci et un baril de telle autre lessive ». Hé ! Je suis libre. D’accord ? Souvent c’est la même poudre à l'intérieur des deux barils, mais bon, on s’en fout !
Donc je me dis « est-ce qu’il n’est pas temps d’enterrer le libre arbitre ? De dire, finalement OK ! Nous n’avons pas de libre arbitre ». Parce que quel libre arbitre avons-nous quand il y a une omniprésence monopolistique et hégémonique des géants du Web ?
La journaliste Kashmir Hill a essayé pendant une semaine de bloquer chacun des GAFAM et à la sixième semaine de bloquer les six GAFAM dans sa vie numérique. Il faut lire ses articles ; elle n’a juste plus de vie de numérique, c’est d’un inconfort absolu, c’est extrêmement difficile.
Quel libre arbitre avons-nous quand finalement nous sommes du bétail, nous ne sommes plus le consommateur roi ; à une époque, le capitalisme nous mettait dans l’idée que le client est roi. Aujourd’hui c’est Tristan Nitot avec une superbe illustration de Geek and poke qui raconte souvent cette anecdote de deux cochons dans la ferme à bacon qui disent : « Hé, c’est génial, on ne nous ne demande même pas de payer le loyer de la porcherie. En plus la nourriture est gratuite ! » C’est vrai, Facebook c’est gratuit, mais on travaille pour eux. Google c’est gratuit, mais on bosse pour eux et finalement nous sommes leur bétail.
Quel libre arbitre avons-nous quand on gamifie nos comportements et on manipule nos comportements. Le principal modèle économique de Pokémon Go aujourd’hui c’est je m’appelle McDonald's et je veux que des gens gens viennent dans mon resto, je vais demander à Niantic, la compagnie qui produit Pokémon Go, de faire un raid Pokemon chez moi et il va y avoir plein de dresseurs pokémons qui vont arriver. Je vous signale que Niantic vient de sortir, il y a moins d’une semaine, le petit frère de Pokémon Go qui s’appelle Wizards Unite, qui est Pokémon Go version Harry Potter et qui, évidemment, est encode mieux.
Quel libre arbitre avons nous là-dedans ?
Quel libre arbitre avons-nous quand finalement nos comportements sont unifiés parce que nous sommes fondus dans la masse et qu’on ne voit pas ce qui arrive derrière ? J’aime beaucoup cette illustration de la masse qui a un comportement uniformisé, qui ne voit pas que Zuckerberg arrive en plein milieu de la conférence Samsung.

Finalement est-ce qu’on ne pourrait pas abandonner le libre arbitre ? Je sais que ça fait peur parce que ça veut dire redéfinir les notions de responsabilité, redéfinir les notions de contrôle, redéfinir toutes ces choses-là. Mais est-ce que finalement abandonner le libre arbitre et l’énergie qu’on met à nourrir cette croyance ça ne nous ferait pas du bien parce qu’on récupère de l’énergie ? Et là, d’un coup d’un seul, ah ! on a de la magie qui revient en nous, on a de l’énergie qui revient en nous qu’on peut essayer de mettre ailleurs.

Je vous parlais des luttes autres que les luttes du numérique. Finalement cette énergie, on peut prendre exemple, et plutôt que de se battre pour les données personnelles, les libertés individuelles, on pourrait peut-être se battre de manière collective. Je pense que vous connaissez l’image d’Épinal des petits poissons qui forment un très gros poisson pour manger le gros poisson. Cette image est de David Revoy, tirée de de sa BD Pepper&Carrot, Pepper c’est la sorcière, Carrot c’est le petit chat. Je la préfère à celle de tous les petits poissons uniformes qui forment le grand poisson parce que la bouche est formée par une raie, un fugu, vous avez une tortue, vous avez plein de poissons dans toute leur diversité et ça, bizarrement, ça me parle.
On pourrait peut-être prendre exemple là-dessus et plutôt que penser perso penser collectif.
On pourrait prendre exemple là-dessus et essayer, en tout cas je pense que c’est l’intention qu’on a eue en lançant Contributopia, d’outiller la société de contribution, créer des outils numériques pour ces personnes-là, pour les gens qui, finalement, vont faire des luttes, qui vont défendre nos droits, donc apporter notre pierre à leurs luttes de la manière dont on sait le faire, par exemple en faisant des outils numériques. Ça veut dire qu’on pense moins à nous ! Quand mes potes dev pensent à eux, ils ne vont certainement pas faire une interface graphique par exemple. Parfois, quand on pense aux autres, on va se dire « tiens quelle va être l’expérience d’utilisation des gens à qui je m’adresse et du coup quelle interface je peux faire pour leur faciliter la vie ? » D’accord ?
Du coup faciliter ces luttes ça veut dire se rassembler, ça veut dire s’organiser, ça veut dire se mobiliser et ceux qui connaissent Framasoft - je trouve que je suis un arnaqueur parce que je retombe sur mes pattes à la fin de ma conférence - voient peut-être là où je veux en venir. Typiquement on essaye d’appliquer ça aujourd’hui, en tout cas j’ai envie que nous allions dans ce sens-là, par exemple avec un projet comme Mobilizon13, sur lequel nous avons fait un crowdfunding. On avait envie de le faire mais on n’était pas sûrs de pouvoir mettre de l’énergie dedans alors qu’on est déjà débordés de partout et de plein de choses et on a demandé aux gens : « Est-ce que vous pensez qu’on doit le faire ? Du coup on a besoin de sous. Donc si vous pensez que vous pouvez, mettez des sous, ça nous donnera un signal de jusqu’où on doit aller ». Voilà ! On a atteint l’objectif de 50 000 euros de financement 12 jours avant la fin de la campagne.
Mobilizon va être un outil vraiment fait pour les militantes, les militants, les activistes, les assos, les gens de l’ESS [Économie sociale et solidaire], les gens de l’écologie, les gens des luttes sociales, des luttes d’identité et de la diversité. Ça a été fait avec des « designeuses » et des designers qui sont allés interroger ces personnes en amont pour leur demander « qu’est-ce qu’il vous faut pour vous sortir de Facebook Events ? »
Nous, on a bien vu les marches pour le climat qui étaient sur les événements Facebook et on s’est sentis merdeux parce que OK, c’est catastrophique que les marches pour le climat soient sur les événements Facebook. Si vous lisez Olivier Ertzscheid sur son blog affordance.info14, il parle des Gilets jaunes qui se sont organisés sur Facebook et de la bombe démocratique à venir que c’est puisque maintenant Facebook sait pour tout un tas de personnes quels sont les sujets politiques qui sont capables de les faire sortir de chez elles ou pas, qui sont capables de les faire cliquer sur « je me mobilise » ou pas, etc. Donc on a la possibilité d’un Cambridge Analytica aujourd’hui en France. Facebook a suffisamment d’informations politiques sur une grande partie de la population française. Donc c’est assez catastrophique !

Du coup on propose ce logiciel. Il est financé. Si vous voulez mettre des sous c’est gentil, merci et ça servira, évidemment, mais on n’ira pas plus vite, on n’en fera pas plus que ce qu’on a promis c’est-à-dire une version bêta pour cet automne et une version 1 avec les premières fonctionnalités pour début 2020 et après on continuera d’avancer, de nourrir en fonctionnalités. Si vous donnez des sous ça nous permettra juste d’aller plus loin, plus longtemps, d’être sûrs plus longtemps de faire ça.
Le besoin qu’on a aujourd’hui à Framasoft ce n’est pas tant que vous donniez des sous. Si vous voulez participer, si vous voulez contribuer, on a un vrai besoin de faire connaître ce projet-là, ce futur logiciel aux communautés activistes, alters, je ne sais pas quelle grande étiquette mettre derrière ça, en fait aux gens qui changent le monde, qui se rassemblent pour changer le monde et notamment hors de la frontière francophone. Parce que c’est un logiciel qui pourra être utilisé par le monde entier, qui sera fédéré via le protocole ActivityPub, qui a des fonctionnalités qui sont vraiment pensées pour les gens, typiquement une fonctionnalité que j’adore : quand on se créera un compte, on pourra se créer plusieurs identités comme plusieurs avatars. Ce qui veut dire que quand je m’inscris à l’anniversaire de ma nièce, quand je m’inscris à la Pride ou quand je m’inscris à mon club de tricot ou de Krav-Maga, eh bien je ne suis pas obligé de donner la même identité à chaque fois. Je veux bien que ma famille sache que je vais à la Pride, mais est-ce que je veux bien que ma famille sache que je fais du Krav-Maga ? Eh bien non, c’est peut-être intime et personnel. OK ?

Je pense que si on laisse tomber un peu son ego peut-être que ça peut nous donner plus d’énergie pour créer du lien et que nos luttes personnelles sont peut-être plus efficaces en luttes collectives. On va expérimenter tout ça et on va bien voir ce que ça donne. En tout cas je vous remercie.

[Applaudissements]

Pouhiou : Merci pour vos applaudissements, ça flatte mon ego. Est-ce qu’il y a des questions ? On a un peu de temps il me semble pour les questions ? Largement. Aller !

Public : Merci beaucoup pour cette heure passée. C’est super chouette. J’aimerais juste que tu reviennes sur ta proposition de laisser tomber la possibilité d’avoir un libre arbitre qui nous fait bouffer beaucoup d’énergie.

Pouhiou : La croyance, pour moi le libre arbitre c’est une croyance. Vas-y.

Public : Peut-être revenir sur cette idée-là et passer plus de temps, au contraire, à faire du collectif. J’aimerais savoir… Je n’ai pas bien compris en quoi c’est intéressant d’abandonner ce libre arbitre.

Pouhiou : En fait, pour moi, c’est le mécanisme de manipulation. C’est-à-dire qu’à chaque fois qu’on dit : « Attention, il y a un danger là-dessus. – Non, non, moi c’est mon choix, c’est mon libre arbitre, c’est mon machin. » Quand j’ai imaginé cette conférence, je m’imaginais même un moment Frank Lepage et puis je n’ai pas osé, je ne vais pas aller jusque-là. Frank Lepage dans une de ses conférences : « Là, je vais vous parler de notre ennemi à tous, celui qu’on va devoir traquer dans les prochaines années » et là il te sort le mot « projet ». Et en effet, le projet a été un des outils principaux, le concept principal du management qui donne aujourd’hui la start-up nation et tous ces concepts-là.
Pour moi c’est la notion de libre arbitre. Le libre arbitre c’est vraiment le joug, cette image du joug. C’est par ce mécanisme-là qu’on dit : « Vous êtes responsable. Regardez, vous êtes responsable de la pollution avec les bouteilles puisque vous ne les mettez pas dans la bonne poubelle. Finalement vous avez du pouvoir contre la pollution en mettant les bouteilles dans la bonne poubelle » et pendant qu’on fait ça, quelle énergie on met à dire « arrêtez de faire des fucking bouteilles en plastique. On n’en veut pas et c’est notre planète, pas juste la vôtre, industriels. Nous, on n’en veut pas. »
Attention, abandonner ou en tout cas traquer cette notion de libre arbitre, de « c’est votre choix, c’est votre responsabilité, etc. », qu’on nous bassine à longueur de temps et qui, pour moi, nous individualise donc nous isole, traquer ça, ça me semble important, ça peut aller très loin puisque le libre arbitre induit ce sur quoi est bâti notre système judiciaire avec la responsabilité du crime. Finalement, est-ce que la personne qui a volé l’autre personne ou la personne qui a agressé l’autre personne est responsable unique de son crime ou est-ce que nous ne sommes pas responsables d’avoir créé une société où cette personne a fait un crime ? Est-ce que, à un moment donné, nous n’aurions pas à interroger cette responsabilité collective et dire « on a créé cette société, comment est-ce qu’on fait ? Comment est-ce qu’on gère ça ? » Du coup, ça peut peut-être aussi être un traitement différent de la criminalité : plutôt que de dire « tu as été méchant, pan-pan cul-cul », moi je connais ça dans ma culture judéo-chrétienne - j’ai du mal à ne pas dire judéo-crétine, je suis désolé, j’ai cette blague qui me vient tout le temps, je ne veux pas mépriser la chrétienté - dans ma culture il y a le fameux « j’ai péché, j’expie », tu sais.
Pour moi ça n’est pas juste ça, parce que si on fait juste « tu as fait une erreur, pan-pan cul-cul et puis retourne dans la société », on voit bien que les prisons sont de la fabrique à criminalité, de la fabrique à exclusion de notre société. Alors que quand on voit des modèles, je ne sais plus, c’étaient des modèles scandinaves de prisons qui étaient des espèces de grandes fermes à réinsertion où on apprenait aux gens des activités vraiment productrices, faire des carottes, s’occuper des poules, tout ça ; quand on voit - je ne suis pas spécialiste de ces choses-là mais ce sont juste des choses que j’aperçois dans le monde – que le Portugal traite les addictions comme une maladie et non plus comme un crime, donc toute la problématique de la drogue en société est traitée comme une maladie et qu’il y a un véritable effet bénéfique sur la société, on voit une baisse des consommations de drogue et des problèmes liés aux consommations de drogue, on se dit qu’en pensant en responsabilité sociale plus qu’en responsabilité individuelle, sans forcément l’éteindre totalement, on peut peut-être arriver à des choses. C’est l’intuition que j’ai en ce moment. Je ne sais pas si j’ai juste. Je suis juste sur une scène, ça ne veut pas dire que j’ai raison.
D’autres questions ? Est-ce que j’ai répondu ? Ça te va ?

Public : Inaudible.

Pouhiou : Grave et j’adorerais ça en plus.

Public : J’ai une question. Je crois qu’aux États-Unis il y a un projet qui s’appelle Pursuance Project qui vise justement à permettre la mise contact des collectivités d’activistes, qui était en cours de développement. Le projet a été porté par Barrett Brown. Est-ce que votre projet est coordonné avec d’autres projets de ce type ?

Pouhiou : Je n’ai pas entendu parler de celui-là, je ne sais pas si c’est le même. Mobilizon est vraiment une alternative à Meetup ou à Facebook Events. On n’est pas sur la mise en contact de communautés activistes entre elles, on va plutôt être sur un outil à l’intérieur de chaque communauté pour s’organiser sur des actions. Il y aura aussi la capacité dans un groupe de mettre, d’afficher les outils externes. Les outils externes ça peut être des pads d’écriture collaborative ou du Google Docs, on s’en cogne, parce qu’on ne va pas dire aux gens « on sait mieux que vous ce que vous devez utiliser » ; on va peut-être leur donner des conseils, mais on ne va pas les obliger. Donc il faut pouvoir intégrer les outils que les personnes utilisent déjà, mais du coup avoir un endroit où on rassemble les liens vers ces outils externes. Il y a tout un tas de choses comme ça, donc ce n’est pas la même chose.
Évidemment, avant de créer Mobilizon, on est allé voir d’autres communautés. Typiquement le plus similaire, on va parler du projet Get Together qui, pareil, est là vraiment une alternative, limite un clone de Meetup, pour le protocole ActivityPub qui est un protocole de fédération. L’avantage de la fédération - là-dessus je ne me suis pas trop attardé, c’est un concept complexe - c’est que tu peux installer ton serveur Mobilizon, je peux installer le mien. Imagine, toi tu es la faculté et moi je suis Framasoft ; quelqu’un inscrit sur Framasoft peut aller oser l’événement de ta faculté parce que nous sommes interconnectés et synchronisés ; ça c’est le principe de la fédération.
Et Get Together il y a quelque chose d’assez similaire mais eux il y a vraiment une adresse, je ne vais pas dire corporate parce que ça pourrait sembler péjoratif et ce n’est pas le cas, mais en tout cas un clone de Meetup, donc beaucoup plus dans l’organisation de réunions, de trucs vraiment très productifs, etc., et qui est une adresse qui me semble plus vers les travailleuses et les travailleurs, notamment dans les milieux des services ou les cadres et moins vers les milieux activistes. Donc ce sont juste deux logiciels différents et complémentaires, qui pourront interagir puisqu’ils parleront la même langue, le même protocole.
S’il y a d’autres questions. On va pouvoir boire un coup mais je risque de partir assez tôt. Surtout n’hésitez pas à nous contacter, il n’y a pas de tête d’affiche chez Framasoft donc on a une adresse unique de contact et ça peut aller vers tout le monde.

Public : Merci pour la conférence. Je ne sais pas si ma question va être très claire : est-ce le fait d’abandonner le concept de libre arbitre ce n’est pas, vis-à-vis de l‘ego, encore plus le sacraliser ? C’est-à-dire que l’ego n’est plus responsable, la personne n’est plus responsable de ce qu’elle fait, mais elle peut quand même bénéficier de tout ce qu’elle peut faire. Du coup elle perd la responsabilité tout en gardant le pouvoir de faire.

Pouhiou : Je n’en sais rien. Honnêtement je n’en sais rien. Je me pose encore cette question. Moi je pense qu’on est dans un déséquilibre total et vraiment ce que j’observe c’est que l’outil que le capitalisme de surveillance utilise pour justifier toutes les horreurs qu’il fait dans notre société c’est le libre arbitre. Pour moi il y a un déséquilibre, c’est-à-dire qu’on est dans une société du total libre arbitre, de tout n’est que tout libre arbitre, etc. Alors que si tu lis ne serait-ce que la sociologie et tout ça, Bourdieu, je n’ai rien inventé, il y a tout un tas, comment ça s’appelle socialement, les prédicats, les influences sociales ou de classe, etc., qui font que tout ne dépend pas de ton libre arbitre. Si tu t’intéresses au design et tout ça, tu vois bien qu’on peut outrepasser le libre arbitre des gens.
Pour moi, on est dans une croyance totale du libre arbitre et dans une notion du libre arbitre qui est complètement déformée et sur-utilisée. Je demande au moins un rééquilibrage. Attention ! En effet, si on fait zéro libre arbitre, est-ce qu’on ne tombe dans un abandon de la responsabilité et, du coup, dans un égotisme total ? Pour l’instant je n’en sais rien, mais au moins commençons à rééquilibrer parce que le déséquilibre est pour moi flagrant.

Oriane : Coucou Pouhiou.

Pouhiou : Coucou Oriane.

Oriane : Je bondis dans cette discussion. Vous n’êtes pas obligés de vous retourner. Je suis juste un pokémon au fond la salle, tout va bien.
Je rebondis dans cette discussion parce qu‘à mon avis, là, on est à un moment où il serait profitable, justement, de relire la pensée du libre arbitre des Lumières, je ne dis pas celle d’aujourd’hui, mais revenir à celle qu’on a pensée au 18e siècle quand on a commencé à penser le libre arbitre, dans cette articulation avec notamment des notions de droit, avec la séparation des pouvoirs, la responsabilité, toute cette articulation qu’on a pensée à ce moment-là. Ce sont des questions qu’évidemment les penseurs du 18e se sont posées : quel est l’équilibre entre le libre arbitre personnel et la responsabilité que j’ai vis-à-vis de la société ? Est-ce qu’agir sans responsabilité — ça c’est Sartre, c’est un peu après, enfin, beaucoup après — est-ce qu’agir sans responsabilité c’est grave ? Qu’est-ce que ça fait ? D’une part c’est hyper-utile, à mon avis, de relire typiquement la manière dont Kant pense le libre arbitre ; on n’est pas du tout dans du libre arbitre total. La loi morale est à l’intérieur de moi et je ne peux pas faire n’importe quoi avec la loi morale. C’est un libre arbitre extrêmement rigide, en fait, qui a des limites extrêmement claires et extrêmement bornées, qui sont des limites qui sont notamment imposées par une forme de société ; la loi morale c’est en fait une loi sociale.
Je pense qu’on profiterait à relire ça et on profiterait aussi, pour l'équilibre, à relire des choses comme ce que développe notamment Sartre, qui est une pensée difficile, parce que c’est justement une pensée de la liberté dans l’action et uniquement dans l’action, avec cette espèce de vide. Sartre pense après 1945, donc après le grand vide que crée la Deuxième Guerre. Penser aussi un peu au bord du précipice : qu’est-ce que ça veut dire d’être uniquement dans l’action ? Mon intuition est qu’en fait on a fait dériver du libre arbitre quelque chose qui n’en est pas ou qui l’a rendu excessif.
Revenir à ces notions-là, revenir à ces penseurs-là et les relire à la lumière d’aujourd’hui, les relire avec un peu de temps long et de se dire « qu’est-ce que ça veut dire en fait ? C’est quoi la pensée qu’il y a derrière ? Qu’est-ce que ça veut dire en termes de droit à la base ? Comment on a articulé ça jusqu’ici ? Comment on peut le à nouveau l’articuler ?
En fait je pense, et là je rejoins mon petit camarade de l’autre fond de la salle, ça ne voudrait pas forcément dire complètement jeter le libre arbitre, par contre le repenser typiquement à l’aune de la donnée. Il faut repenser le libre arbitre à l’aune des traces qu’on laisse derrière nous. Tout ça, à mon avis, ça doit passer par la relecture de la manière dont on l’a articulé au 17e et au 18e. Je pense aussi qu’on se fait une idée très fausse de ce qu’est le libre arbitre.

Pouhiou : D’accord. Totalement.

Oriane : C’est l'amie de philo quoi !

Pouhiou : Merci. Du coup je me permets de rebondir sur ce que tu dis parce que moi j’ai une envie, en tout cas personnelle, pour mon ego et mon libre arbitre, j’aimerais que ce soit ma dernière conférence dans le milieu libriste, parce que j’ai l’impression d’en avoir fait pas mal et j’ai envie d’entendre des personnes en faire plutôt que de les faire et je me dis qu’il y a plein de diversités qui pourraient s’exprimer donc ce serait cool. N’hésitez pas à reprendre la balle au bond et ce que dit Oriane est vraiment, à mon avis, une belle piste à explorer. Donc n’hésitez pas à prendre ce qui a été fait et à le faire vôtre, à le digérer, à l’adapter et à l’avancer ensuite. C’est ça aussi une des belles qualités du Libre.
On est bons dans le temps ? Merci tout le monde.

[Applaudissements]

Lettre d'information publique de l'April du 1er avril 2020

mer, 04/01/2020 - 10:05

Bonjour,

Même en cette période de confinement, la plupart des activités de l'April se poursuivent et en particulier la diffusion des émissions Libre à vous ! ; toutes les personnes interviennent de chez elles. Retrouvez-nous donc sur les ondes de radio Cause Commune, mardi 7 avril 2020 de 15 h 30 à 17 h (puis en podcast) pour notre prochaine émission. Nous recevrons Angie Gaudion de Framasoft et nous aurons l'honneur d'échanger avec Emil Ivov le créateur de Jitsi. Pensez à vous abonner au podcast de l'émission. Nous recherchons encore de l'aide pour le montage audio des podcasts.

Vous pouvez retrouver les podcasts des émissions précédentes. Au programme : le burn-out ; logiciel libre au collège (chronique de Marie-Odile Morandi) ; l'énigme de la dernière version (chronique de Vincent Calame) ; Libre en Fête ; interview de Picasoft (association libriste de l'Université de Technologie de Compiègne) ; « La pituite de Luk » sur le thème de la viralité ; financement de logiciels libres avec le retour d'expérience de la société XWiki ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Mesures à la portée des gouvernements pour promouvoir le logiciel libre » ; interview sur Datashare (partage sécurisé d'informations) ; achat de matériel et logiciels libres. MuseScore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales. La chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, sur le télétravail. Agilité et logiciel libre. La chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah. Le jeu du Gnou dans le cadre de la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni.

Vous pouvez également découvrir la nouvelle interview bonus en vidéo pour l'émission. Trois questions posées à François Poulain, administrateur de l'April, membre de l'équipe Chapril et de l'équipe administration système de l'association.

Nous avons préparé la compilation de toutes les musiques libres diffusées dans l'émission. Plus de 8 h de musiques à écouter.

L'équipe Chapril a le plaisir d'annoncer l'ouverture d'un nouveau service pour faire des conférences audio basé sur Mumble. En ces temps de confinement, un tel outil est important pour maintenir les échanges et les liens entre les gens. N'hésitez pas à l'utiliser pour vous ou votre entourage.

Nous avons reçu la réponse de la Direction générale du numérique (DGNUM) du ministère des Armées suite à notre demande de communication de plusieurs documents. Réponse positive pour trois documents, et refus pour deux autres. Refus qui semblent caractéristiques du niveau d'adhérence du ministère aux produits Microsoft et illustrent, malgré des propos par ailleurs encourageants, la nécessité d'engager sans plus attendre une migration effective vers le logiciel libre. L'un des documents, portant sur les conclusions d'un rapport préconisant une migration vers le logiciel libre en 2005, serait classé confidentiel défense.

Le groupe Transcriptions vous offre neuf nouvelles transcriptions.

Plus de 100 événements étaient référencés pour le Libre en Fête mais, au vu de la situation en France, la plupart, voire la totalité, vont être annulés. Nous exprimons toute notre reconnaissance aux personnes et aux structures qui se sont investies pour proposer et organiser des événements dans le cadre de cette initiative. Nous leur donnons rendez-vous dès maintenant pour l'année prochaine !

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Prenez soin de vous, de vos proches et des autres.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

La playlist « Libre chez vous ! » : 8 h de musiques libres

Pour les pauses musicales de l'émission Libre à vous !, nous diffusons exclusivement des musiques libres. Plus de 8 h de musiques diffusées depuis la première émission en mai 2018, un grand merci aux artistes. Voici la compilation de toutes les musiques diffusées dans l'émission. Cette liste de lecture peut être écoutée avec un lecteur audio.

Faites des conférences audio avec notre nouveau service Chapril basé sur Mumble

L'équipe Chapril a le plaisir d'annoncer l'ouverture d'un nouveau service pour faire des conférences audio basé sur Mumble.

En ces temps de confinement, un tel outil est important pour maintenir les échanges et les liens entre les gens. Un des intérêts majeur de Mumble est sa capacité à fonctionner avec de petites connexions. Ses autres points forts sont sa qualité audio et sa fiabilité. Passé le cap de la configuration, c'est un outil libre formidable. N'hésitez pas à l'utiliser pour vous ou votre entourage.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. La playlist « Libre chez vous ! » : 8 h de musiques libres
  2. Faites des conférences audio avec notre nouveau service Chapril basé sur Mumble
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. L'approbation d'une ministre pour migrer vers le logiciel libre serait un secret de la défense nationale ?
    2. Libre en Fête et mesures de confinement mises en place par le gouvernement français
    3. Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune
    4. Interview bonus en vidéo de François Poulain
    5. Besoin d'aide pour le montage audio du podcast de Libre à vous !
    6. Décryptualité
    7. Neuf nouvelles transcriptions
    8. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets L'approbation d'une ministre pour migrer vers le logiciel libre serait un secret de la défense nationale ?

Le 17 février 2020 nous avons reçu la réponse de la Direction générale du numérique (DGNUM) du ministère des Armées suite à notre demande de communication de plusieurs documents. Réponse positive pour trois documents, et refus pour deux autres. Refus qui semblent caractéristiques du niveau d'adhérence du ministère aux produits Microsoft et illustrent, malgré des propos par ailleurs encourageants, la nécessité d'engager sans plus attendre une migration effective vers le logiciel libre. L'un des documents, portant sur les conclusions d'un rapport préconisant une migration vers le logiciel libre en 2005, serait classé confidentiel défense.

Libre en Fête et mesures de confinement mises en place par le gouvernement français

Suite aux décisions du gouvernement annoncées lundi 16 mars 2020, il est fort probable que la plupart voire la totalité des événements proposés dans le cadre de l'édition 2020 de Libre en Fête seront annulés. Nous exprimons toute notre reconnaissance aux personnes et aux structures qui se sont investies pour proposer et organiser des événements dans le cadre de cette initiative. Nous leur donnons rendez-vous dès maintenant pour l'année prochaine !

Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune

Cinq nouvelles éditions de notre émission Libre à vous ! ont été diffusées en direct sur radio Cause Commune et nous avons animé une Antenne libre sur les services libres.

Émission du 25 février 2020

Au programme : le burn-out ; logiciel libre au collège (chronique de Marie-Odile Morandi) ; l'énigme de la dernière version (chronique de Vincent Calame).

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 3 mars 2020

Au programme : Libre en Fête, interview de Picasoft (association libriste de l'Université de Technologie de Compiègne), et la « Pituite de Luk » sur le thème de la viralité.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 10 mars 2020

Au programme : financement de logiciels libres avec le retour d'expérience de la société XWiki ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Mesures à la portée des gouvernements pour promouvoir le logiciel libre » ; interview sur Datashare (partage sécurisé d'informations).

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 17 mars 2020

Au programme : achat de matériel et logiciels libres. MuseScore, un logiciel libre d’édition de partitions musicales. La chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, sur le télétravail.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 24 mars 2020

Au programme : Agilité et logiciel libre. La chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah. Le jeu du Gnou dans le cadre de la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Antenne libre : services libres et éthiques, les CHATONS, le confinement - diffusée jeudi 19 mars 2020 sur radio Cause Commune

Émission spéciale : Antenne libre sur les services en ligne libres, éthiques, les CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires), le confinement.

Le podcast est disponible.

Interview bonus en vidéo de François Poulain

Découvrez la 6e interview bonus en vidéo (6 minutes 18) pour l'émission Libre à vous !. Trois questions posées à François Poulain, administrateur de l'April, membre de l'équipe Chapril et de l'équipe administration système de l'association.

Besoin d'aide pour le montage audio du podcast de Libre à vous !

Dans le cadre de notre émission Libre à vous ! un point important concerne la post-production, le traitement du podcast. Les podcasts resteront en effet la mémoire et la trace des émissions. C'est pour cela qu'il faut apporter un soin particulier à leur traitement avant la mise en ligne. Actuellement, le traitement est fait par Sylvain Kuntzmann, bénévole à l'April. Avoir au moins une personne en plus, permettrait de répartir le travail. N'hésitez pas à diffuser notre appel pour aider au montage audio des podcasts ou à nous contacter si vous avez de l'expérience, des compétences.

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Neuf nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec neuf nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements passés Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 6 mars 2020, la synthèse de la revue du 13 mars 2020, la synthèse de la revue du 20 mars 2020, la synthèse de la revue du 27 mars 2020.

Adhésions

Au 1er avril 2020, l'association compte 3 976 membres (3 669 personnes physiques, 307 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

L'approbation d'une ministre pour migrer vers le logiciel libre serait un secret de la défense nationale ?

mer, 04/01/2020 - 09:09

Le 17 février 2020 nous avons reçu la réponse de la Direction générale du numérique (DGNUM) du ministère des Armées suite à notre demande de communication de plusieurs documents. Réponse positive pour trois documents, refus pour deux autres. Refus qui semblent caractéristiques du niveau d'adhérence du ministère aux produits Microsoft et illustrent, malgré des propos par ailleurs encourageants, la nécessité d'engager sans plus attendre une migration effective vers le logiciel libre.

Depuis plusieurs années, et plus particulièrement depuis qu'elle a appris son premier renouvellement en 2013, l'April s'est mobilisée pour que lumière soit faite sur les conditions de conclusion de l'accord Open Bar Microsoft/Défense et sur les différentes décisions prises depuis. Un des outils juridiques à la disposition de l'April : le droit d'accès aux documents administratifs qui permet à quiconque de demander communication d'un document administratif à une administration 1, dans les limites de quelques exceptions, que le ministère des Armées ne s'est d'ailleurs pas privé d'utiliser, comme le secret des affaires ou la sécurité nationale.

C'est dans ce cadre que l'April avait fait plusieurs demandes de communication auprès de la DGNUM portant sur :

  • une lettre de 2005 dans laquelle Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, aurait approuvé les conclusions d'un rapport recommandant la migration du ministère vers le logiciel libre. Refusée.
  • Une « feuille de route » de 2018 du ministère, censée préciser les conditions d'une migration vers davantage de logiciels libres. Refusée.
  • Les comptes rendus des 6e, 7e et 8e session de la commission ministérielle techniques des systèmes d'information et de communication (CMTSIC) qui se sont tenues entre 2006 et 2009 si on s'en réfère aux documents à notre disposition.

La DGNUM a répondu favorablement à notre demande portant sur les comptes-rendu de la CMTSIC dont l'objet était, en somme, la rationalisation de l'informatique au sein des différentes branches du ministère de la Défense. L'April avait déjà obtenu communication d'autres comptes rendus de ces sessions qui ne sont pas dénués d'intérêt. Les questions de la dépendance à Microsoft et des logiciels libres y sont parfois abordées, mais elles n'adressent pas les zones d'ombre relatives aux prises de décision que dénonce l'April depuis plusieurs années.

Ce qui est plus intéressant et qui s'avère particulièrement révélateur, ce sont les motivations pour refuser la communication des deux autres documents. Leur communication nuirait-elle à la défense nationale ou aux intérêts français ?

La ministre aurait approuvé un rapport préconisant la migration vers le logiciel libre ? Confidentiel défense ! En réponse à la demande b), le ministère des Armées vous informe que la lettre n°12887 du 26/09/2005 (et non 1288 - erreur de référence) du ministère de la Défense est un courrier classifié « Confidentiel Défense » et ne peut être diffusé sans porter atteinte aux secrets protégés par la loi.

En janvier 2018 nous apprenions grâce à Next INpact qu'en 2005 — soit deux ans avant le début des négociations pour l'Open Bar — la ministre de la Défense de l'époque, Michèle Alliot-Marie aurait approuvé les conclusions d'un rapport recommandant la migration vers le logiciel libre. Nous avions demandé communication du rapport comme de cette lettre et l'administration nous avait répondu qu'elle n'était pas parvenue à les retrouver. Nous apprenons aujourd'hui qu'il y avait une erreur de nommage en ce qui concerne la lettre de la ministre, mais que celle-ci demeurait non-communicable car, selon la DGNUM, elle serait classifiée « Confidentiel Défense ». L'article R2311-3 du code la défense précisant : « le niveau Confidentiel-Défense est réservé aux informations et supports dont la divulgation est de nature à nuire à la défense nationale ou pourrait conduire à la découverte d'un secret de la défense nationale classifié au niveau Très Secret-Défense ou Secret-Défense. »

En d'autres termes : communiquer un document ministériel dont l'objet serait de valider les conclusions d'un rapport préconisant une migration vers le logiciel libre pourrait porter atteinte à la défense nationale ? Et les raisons de cette restriction d'accès seraient encore d'actualité quinze ans plus tard ?

Une feuille de route pour migrer vers le logiciel libre ? Avançons masqués

Dans la même veine, nous apprenons que la feuille de route devant préciser les possibilités de migration vers le logiciel libre au sein du ministère ne pouvait être communiquée « pour protéger les intérêts français et le secret industriel et commercial ».

En réponse à la demande a), le ministère des Armées vous informe qu'il s'est effectivement progressivement engagé dans une dynamique de moindre dépendance aux grands éditeurs en proposant une stratégie d'ouverture vers le libre. Cette stratégie est décrite dans un courrier de fin 2018, évoqué dans la réponse à la question écrite de madame Garriaud-Maylam. Ce courrier porte la mention de protection « diffusion restreinte — spécial France ». Bien qu'il ne s'agisse pas d'une mention de classification pour protéger les intérêts français et le secret de la Défense nationale, cette restriction a été apposée pour protéger les intérêts français et le secret industriel et commercial car il comporte les éléments de stratégie sur les négociations en cours.

En 2017, dans une réponse à une question écrite de la sénatrice Joëlle Garriaud Maylam sur le deuxième renouvellement du contrat open bar le ministère précisait entre autre qu' « une feuille de route pour le ministère des Armées, indiquant à la fois le calendrier et les applications pour lesquelles il serait pertinent de passer au logiciel libre, sera établie courant 2018. » Constatant l'absence de communication autour d'une telle feuille de route, l'April en a demandé communication le 25 octobre 2019. Parallèlement au refus de la commission d'accès au document administratif, que nous avions saisi entre temps, a émis un avis favorable à notre demande le 12 mars 2020, sous réserve de l'« occultation, le cas échéant, des mentions qui seraient de nature à porter atteinte au secret des affaires ». Une réserve qui apparaît donc appliquée sans retenue par le ministère.

Dans sa réponse le ministère confirme donc qu'il « s'est effectivement progressivement engagé dans une dynamique de moindre dépendance aux grands éditeurs en proposant une stratégie d'ouverture vers le libre », mais refuse toute communication, y compris d'un document partiellement offusqué, pour « pour protéger les intérêts français et le secret industriel et commercial car il comporte les éléments de stratégie sur les négociations en cours ».

Pour le reste, la DGNUM nous renvoie aux « éléments d'ouverture [qui] ont été diffusés dans la réponse [du 09/01/2020] à la question écrite n°12547 du 10/10/2019 de madame Christine Prunaud. » L'April notait effectivement un changement de ton en faveur du logiciel libre, la réponse pouvant laisser entendre que des postes de travail entièrement libres pourraient être mis en place au sein du ministère. À l'instar de la reconnaissance du « rôle des communautés » dans la nouvelle directive logicielle du ministère, il s'agit bien sûr d'un signe positif. Mais les années d'une culture d'opacité, encore à l’œuvre ici, et les renouvellements discrets des accords Open Bar successifs, illustre la réalité du niveau d'adhérence et de dépendance du ministère aux « grands éditeurs » comme Microsoft.

De même, si l'information que le ministère « s'engage dans une dynamique de moindre dépendance » est encourageante, lutter contre une dépendance décennale, au moins, ne pourra se faire sans adresser un enjeu fondamentale de souveraineté et de démocratie : la confiance. Confiance qui commence par des gages de transparence, une volonté claire de faire un état des lieux des décisions passées, et qui doit se traduire par un engagement pour une priorité effective aux formats ouverts et aux logiciels libres, en s'appuyant sur les communautés qui les font vivre.

#60 – Fleury les Aubrais – Un mois de Décryptualité – Une expérience libre – « Libre à vous ! » diffusée mardi 31 mars 2020 sur radio Cause Commune

mar, 03/31/2020 - 15:30

Au programme : la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais, retour sur un mois de Décryptualité dans la chronique « les transcription qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, et un échange avec William Gonzalez, membre de l'April et délégué à la protection des données à Fleury-les-Aubrais, sur son livre « Une expérience libre ».

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 60e émission :

  • La chronique « Les transcription qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April, qui partage son analyse de l'évolution des sujets du Décryptualité de ce dernier mois.
  • Notre sujet principal porte sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais, avec William Gonzalez, délégué à la protection des données, et membre de l'April.
  • Échange avec William Gonzalez sur son livre : « Une expérience libre ».
  • diverses annonces

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

S'abonner au podcast

-->

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour l'échange sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais
  3. Références pour la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture »
  4. Références pour l'échange sur « Une expérience libre »
  5. Références pour la partie sur les annonces diverses
  6. Pauses musicales
  7. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcription et administratrice de l'April
  • William Gonzalez, délégué à la protection des données à Fleury-les-Aubrais et membre de l'April.
  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble

Références pour l'échange sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais Références pour la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » Références pour l'échange sur « Une expérience libre » Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

Décryptualité du 30 mars 2020 - La fin du Plagiat

mar, 03/31/2020 - 01:36

Écouter ou télécharger le décryptualité du 30 mars 2020 (15 minutes 30 secondes)

Un algorithme a généré 68,7 milliards de mélodies de pop pour tenter d'en finir avec les plagiats involontaires.. Du coup Décryptualité a sollicité l'avis d'experts.

Decryptualité sur Mastodon

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Revue de presse de l'April pour la semaine 13 de l'année 2020

lun, 03/30/2020 - 18:56

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Wired] Open Source Fonts Are Love Letters to the Design Community

Le samedi 28 mars 2020.

Typefaces that can be freely used and modified give others a chance to hone their craft—and share valuable feedback.

[Science-et-vie.com] Observez la diffusion du coronavirus sur la planète dans ces animations

✍ Marie Atteia, le jeudi 26 mars 2020.

Un site open-source illustre l’ensemble des séquences génétiques du coronavirus obtenues par les chercheurs. Une manière de visualiser la pandémie et de comprendre son évolution…

Et aussi: [Industrie et Technologies] La Fédération hospitalière de France planche sur un respirateur rapidement industrialisable

✍ Kevin Poireault, le mercredi 25 mars 2020.

Face à la pénurie de respirateurs artificiels qui guette les hôpitaux français, le Fonds de dotation de la Fédération hospitalière de France pour la recherche et l’innovation élabore un modèle open source à partir de systèmes de traitement de l’air utilisé dans les salles blanches. Selon Enguerrand Habran, son directeur de l’innovation, un prototype devrait voir le jour cette semaine et Airbus est intéressé pour commencer rapidement l’industrialisation.

Et aussi: [Silicon] Open Source: la liste de GitHub pour suivre l'évolution du COVID-19

✍ Ariane Beky, le mercredi 25 mars 2020.

D’une carte de la JHU au calcul distribué de Folding@home, GitHub recense des projets open source de suivi du coronavirus COVID-19.

Et aussi:

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 24 mars 2020

lun, 03/30/2020 - 17:03


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 24 mars 2020 sur radio Cause Commune
Intervenants : Emmanuel Revah - Alexis Monville - mohican - Isabella Vanni - Frédéric Couchet - William Asgavari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 24 mars 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur Mozilla
  2. Agilité (un groupe de pratiques basées sur l'auto-organisation d'une équipe, l'ajustement permanent et mutuel… pour viser la satisfaction des équipes et de la structure cliente) et le logiciel libre
  3. Chronique « Le libre fait sa comm’» d'Isabella Vanni sur le projet du jeu du Gnou, avec une interview de mohican, bénévole à l'April
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Agilité et logiciel libre, c’est le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme une chronique sur Mozilla et le jeu du Gnou.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio diffuse désormais également en DAB+ en Île-de-France, c’est la radio numérique terrestre.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org. Vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais également des points d’amélioration.

Nous sommes mardi 24 mars, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Comme la semaine dernière, l’émission est diffusée dans des conditions exceptionnelles suite au confinement de la population. Toutes les personnes qui participent à l’émission sont en effet chez elles.

Si vous voulez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme détaillé de l’émission du jour :
nous allons commencer dans quelques secondes par la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah qui va nous parler de Mozilla ;
d’ici une dizaine de minutes, nous aborderons notre sujet principal qui portera sur le thème « agile et logiciel libre », une rencontre sur les valeurs et principes avec Alexis Monville ;
en fin d’émission ce sera la chronique « Le libre fait sa comm’ » d’Isabella Vanni qui discutera avec mohican, bénévole à l’April, du jeu de Gnou.
À la réalisation de l’émission William Asgavari que je salue. Bonjour William.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur Mozilla

Frédéric Couchet : Nous allons commencer avec la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah qui va devoir activer son micro s’il veut parler. Bonjour Manu.

Emmanuel Revah : Salut Frédéric. Ça va ?

Frédéric Couchet : Ça va bien. Et toi ?

Emmanuel Revah : Oui, ça va.

Frédéric Couchet : Tu veux nous parler aujourd’hui, je crois, de Mozilla. Je te laisse la parole.

Emmanuel Revah : OK. Cool. Parlons un peu de Mozilla. Pour parler de Mozilla, on va déjà parler de Firefox et un peu d’histoire sur Firefox.
Firefox est un navigateur web qui né à partir de son ancêtre Netscape, repris au début sous le nom merveilleux de Phoenix, Netscape renaît de ces cendres, tel un oiseau de feu ou firebird. C’était beau, léger, rapide et sans merde de taureau ou, pour les francophones, sans bullshit. Peu après, Phoenix a été intégré dans Mozilla, une suite de logiciels tout-en-un, avec un navigateur web, logiciel de courriel, discussion instantanée, éditeur HTML, etc.
Après le gros mastodonte, la suite Mozilla, c’est fini. Maintenant il y a d’un côté Thunderbird, le logiciel de courriel à moitié laissé pour mort, et de l’autre côté Firefox, le truc tellement connu que les gens ne savent même pas que c’est un logiciel libre. Pourtant, Firefox, c’est LE navigateur libre, sécurisé et qui est du côté des utilisateurs… Hum ! Hum ! Pardon, ça me gratte la gorge de dire des conneries pareilles ou alors j’ai un petit coup de COVID-19, je ne sais pas. Déjà, la dernière version de Firefox c’est la version 42 821… Non mais sérieusement, les numéros de version commencent déjà à ressembler à des numéros de séries plus qu’à autre chose. Au moment où j’ai écrit cette chronique, c’était il y a quatre jours, on était déjà à la version 74 !
Oui, Firefox c’est libre, mais Firefox dépend de Mozilla, pas la fondation, Mozilla Corporation, l’entreprise à but lucratif Mozilla. Ils disent avoir créé la corporation pour avoir plus de liberté d’action dans leurs comptes ; sans doute qu’au pays des Donald Trump les entreprises sont plus libres que les associations ou les fondations. Ils disent que Firefox, son code source, etc., appartient à la Fondation. Ainsi la corporation s’occupe des finances, mais ne peut pas prendre le contrôle du logiciel. C’est déjà pas mal, on se souvient tous de MySQL, n’est-ce pas Monty ?
Petit bout d’histoire de MySQL et Monty. Monty qui s’appelle Michael Widenius, je ne sais si je prononce bien, c’est le gars qui a lancé MySQL, c’est une base de données sous licence libre. Monty l’a vendue un jour à Sun Microsystems pour cher, un milliard de dollars, et ensuite il a pleurniché comme un enfant gâté quand Sun à vendu MySQL à Oracle. C’est important de garder les logiciels libres, libres ! Si vous ne voulez pas qu’ils tombent entre les mains des entreprises anti-libre, ne les vendez pas s’il vous plaît !
Bref, ils ont compris maintenant. Moi, je sais bien que le développement coûte « un pognon de dingue », mais le fait que Mozilla soit une entreprise à but lucratif est un piège pour elle-même. Ce janvier, juste ce janvier, ils ont licencié 70 personnes, des ingénieurs et tout, mais de l’autre côté ils investissent plus de 40 millions de dollars pour le développement de nouveaux « produits » ! On dirait un cas de « il n’y a pas d’argent magique » ! Il n’y en a pas pour le personnel, mais pour les nouveaux projets tout beaux, on trouve de la thune fastoche.
C’est quoi ces produits ? Eh bien, il s’agit surtout de services. Oui ! Le centre de l’attention va se tourner vers des services. Ça fait déjà un petit moment d’ailleurs. Mozilla passe tout doucement d’une entreprise de logiciel libre vers une société de services centralisés.

Excitons-nous d’abord sur le cas de Pocket. Il s’agit, à la base, d’une extension liée à un service qui sert à sauvegarder des pages web afin de les consulter plus tard. L’entreprise Pocket a été achetée par Mozilla. La partie extension est devenue libre, mais la partie serveur ne l’est toujours pas. Pocket, un service centralisé et basé sur du logiciel non libre, est directement intégré dans Firefox maintenant, ce n’est plus du tout une extension qu’on installe volontairement, on ne peut pas même pas le désactiver, en tout cas pas facilement. Pour le désactiver il faut aller dans les options avancées qui font peur.

Ensuite il y a Firefox Sync. Firefox Sync c’est le truc qui, comment dire, l’idée de base est géniale. C’est un moyen de synchroniser plein de trucs entre des instances de Firefox, par exemple entre le Firefox de mon ordinateur principal et le Firefox de mon ordinateur de voyage ; ou même avec le Firefox de mon téléphone, si j’avais un ordinateur téléphone. Pour utiliser Firefox Sync, il faut s’inscrire. Déjà la page d’inscription, comme presque toutes les pages d’inscription de tous les trucs qui existent dans le monde, ne dit absolument rien sur ce que c’est. Il faut renseigner son adresse de courriel pour passer à la page suivante et enfin voir les CGU [Conditions générales d'utilisation] et une sorte de description de l’utilité d’un compte Firefox. Petit indice : vous pouvez mettre n’importe quoi pour passer la page et ensuite, enfin, lire les CGU. Franchement, je trouve que ça fait un peu dark patterns ou « interface truquée », vous savez l’interface utilisateur qui a été soigneusement conçue pour tromper ou manipuler les utilisateurs, un peu comme fait Facebook et tous ses potes.
Bref, il y a deux éléments. Il y a le côté navigateur, donc Firefox, et de l’autre côté la partie serveur. Par défaut, Firefox utilise le serveur de Mozilla. C’est cool non ? C’est quoi le problème ? Oui, mais, je veux un Internet décentralisé, je veux utiliser mon propre serveur, en mettre en place un pour mes amis, une association, une entreprise, etc. Eh bien, c’est possible, évidemment, c’est du logiciel libre tout ça. Vous avez eu peur ! Super ! Non ! Attends ! La partie serveur est incroyablement inutilisable, le mode d’emploi prévient qu’il n’y a pas de paquets, ni RPM [Red Hat Package Manager], ni deb [format de fichier des paquets logiciels de la distribution Debian GNU/Linux, NdT], ni rien. C’est-à-dire pas de version facile à installer, un peu comme on fait avec Firefox, on télécharge, on clique et c’est installé et surtout par défaut, c’est surtout ça, l’authentification se fait à travers le serveur d’authentification de Mozilla.
Petit aparté. Firefox Sync est intégré dans Firefox depuis la version 4 et Firefox Accounts, c’est Sync mais un petit peu mieux, la partie authentification, depuis la version 29 de Firefox. Pour info, la version 29 de Firefox c’était il y à deux mois ou 15 ans, je sais pas. Ah si ! C’était en 2007 ! Pardon ! 2007, ça laisse le temps de faire un petit paquet deb non ? C’est tellement vieux que ça aurait pu être déjà inclus dans Debian 5.0, c’est-à-dire en 2009.
Il faut préciser qu’il y a le serveur Sync et le serveur Accounts pour les comptes Firefox, et par défaut, ton serveur Sync personnel dépend du serveur Accounts de Mozilla pour l’authentification. Sympa non ? Toujours pas content ? Bon, si tu insistes espèce de libriste autonomiste, il y a moyen d’installer son propre serveur Accounts. Quand même ! Mais attention, la doc est préfixée d’un avertissement qui dit : « Cette doc est brouillon et incomplète, déso-lol ! P. S : sinon, il y a une image Docker à utiliser à vos risques et périls ». Il y a vraiment marqué ça sur la page d’installation, « à vos risques et périls ». Ça donne grave envie, non ?
Je suis désolé si c’est un peu trop technique pour une chronique radio, mais c’est important. Même si vous arrivez à installer ce bordel bien comme il faut, avec la doc obsolète et éparpillée, il vous reste un dernier obstacle et c’est le plus difficile : indiquer à vos utilisateurs qu’il faut aller dans « about:config » c’est-à-dire les options avancées qui font peur, et changer l’option « identity.sync.tokenserver.uri ». Il faut remplacer « https://token.services.mozilla.com/1.0/sync/1.5 » avec l’URL du serveur que tu viens d’installer.

Si dans un podcast de Libre-Nerd c’est compliqué, imagine auprès de ton asso, ton chaton, ton FAI alternatif et autre, qui veut proposer ce service très sympa et très tentant à des êtres humains. Je me permets de douter de Mozilla qui dit qu’ils font la promotion d’un Internet décentralisé… Non ! Pas avec ce genre de truc en tout cas. Ils font plein de trucs bien, mais là, c’est de la merde de taureau. Pardon, je veux dire du bullshit.
Je vais rajouter une petite couche car c’est vraiment un point qui me fait chier à travers un bouchon de liège : si tu installes ton propre serveur de compte, il faut modifier encore plein d’autres réglages dans le fameux « about:config ». Franchement, du côté utilisateur, on va directement chez Google et on arrête les conneries d’idéaliste libriste égalitariste techno-émancipé.
Firefox Sync n’est pas utilisable sans passer par l’autorité centrale que voudrait devenir Mozilla.

Maintenant, parlons un tout petit peu de Thunderbird en cours. Thunderbird, le logiciel de courriel mourant, sera relancé, grâce à MZLA Technologies Corporation. Sympa ce nom ! Encore une fois, je doute. En effet, la relance de cet oiseau trouvé au bord de la route à moitié mourant car mal nourri depuis bien des années passe par une entreprise à but lucratif qui voudrait financer le développement du logiciel à travers des partenariats et des services. Eh oui, encore des services ! Quand je vois le budget global de Mozilla, environ un demi milliard d’euros par an, et comment ils galèrent à faire tourner deux logiciels, je n’arrive même pas à me dire qu’ils ne font pas n’importe quoi. C’est évident qu’ils doivent arrêter leur dépendance au fric de Google. Et nous, les personnes qui utilisons Firefox et Thunderbird, on doit devenir la source des finances de tout ça ; ça, c’est clair et net. Mais je ne pense pas que la bonne piste est à travers des services qui, pour la plupart, existent déjà ailleurs, notamment par des fournisseurs éthiques, dont les chatons et pas que, il y en a plein. Et encore pire, des services dont les logiciels serveurs ne sont pas utilisables, voire, dans certains cas, même pas libres comme avec Pocket.
Mozilla est en train de mettre les logiciels dont nous avons besoin au second plan, derrière des services tels que des VPN [Virtual Private Network], proxys et bientôt un service de courriel, qui existent déjà ailleurs. Leur objectif ce sont des bénéfices plus qu’un Internet ouvert et participatif. Mozilla ne doit pas être à la fois l’éditeur du logiciel et le seul fournisseur des services qui vont avec, sinon, ce n’est pas vraiment libre.

Bon, j’aime bien Firefox, pour l’instant, j’étais fan depuis l’époque de Phoenix. J’adore le Mozilla, et j’aime me dire qu’il y a un dinosaure qui est de notre côté. Pour les gens qui ont oublié le dinosaure, c’était la mascotte de Mozilla, c’était un dinosaure rouge et noir, dessiné d’ailleurs par Shepard Fairey, l’artiste qui a fait OBEY et l’affiche Hope de Obama. Eh bien notre cher dinosaure a été mis à la retraite en janvier 2017. La mascotte a été enlevée et elle a été remplacée par « :// », le truc des URL. C’est mieux non ? Ça ressemble plus à un logo digne d’une Silicon Valley enfin devenu adulte, un peu comme votre oncle banquier qui a fait mai 68.
J’ai peur, je crains que Mozilla ne soit en train de s’éloigner des valeurs qui nous ont conquis à la base. Le dinosaure me manque !

Frédéric Couchet : Merci Manu pour cette chronique qui fait beaucoup réagir sur le salon web de la radio, je rappelle causecommune.fm, bouton « chat » et salon #libreavous. Je rappelle également que les personnes de l’équipe des chroniques sont libres de leur sujet, aucune censure à l’April, petite relecture. Évidemment si Mozilla veut un droit de réponse, cela pourra faire l’objet d’une belle émission avec toi et Mozilla.
Je précise aux gens qui sont sur le salon web de la radio que Manu, qui vient de faire la chronique, est présent sur le salon donc il va pouvoir répondre à toutes vos remarques, questions, « louanges », je mets des guillemets à « louanges ». Manu, comme tu t’en doutes, ta chronique fait réagir.
En tout cas je te remercie, je te souhaite de passer une bonne fin de journée et on se retrouve le mois prochain.

Emmanuel Revah : Super. Merci beaucoup Fred et merci à tout le monde.

Frédéric Couchet : Merci Manu.
On va passer une pause musicale. On va écouter Nakturnal par Kellee Maize.

Pause musicale : Nakturnal par Kellee Maize.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Nakturnal par Kellee Maize, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.

Vous écouter toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Nous allons passer au sujet principal.

[Virgule musicale]

Agilité (un groupe de pratiques basées sur l'auto-organisation d'une équipe, l'ajustement permanent et mutuel… pour viser la satisfaction des équipes et de la structure cliente) et le logiciel libre

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur le thème agile et logiciel libre, une rencontre sur les valeurs et principes avec notre invité Alexis Monville. Alexis est-ce que tu es bien avec nous ?

Alexis Monville : Oui, Frédéric. Bonjour à tous.

Frédéric Couchet : Bonjour Alexis. Tu es, en version courte, membre de l'équipe de leadership de l'engineering chez Red Hat Je vais te demander une petite présentation personnelle, peut-être préciser un petit peu les mots leadership et engineering. Je te laisse la parole pour une petite présentation personnelle de ton parcours et de ton poste actuel.

Alexis Monville : C’est toujours le risque de me laisser parler en français. Quand je vais parler en français je vais toujours mettre des mots en anglais. En général en France ça passe bien, mais j’ai eu l’expérience au Québec de me faire reprendre plus d’une fois, c’était assez intéressant ; les gens pouvaient me donner des traductions à tous les mots que j’utilisais en anglais, c’était quand même merveilleux. Désolé pour ça, j’ai du mal à traduire certaines choses parce qu’on n’utilise pas souvent les mots traduits.
C’est quoi mon rôle actuel ? Red Hat, j’imagine que dans une émission comme ça…

Frédéric Couchet : Tu peux repréciser rapidement ce qu’est Red Hat.

Alexis Monville : C’est une entreprise qui fait du logiciel pour les entreprises et qui a un modèle de développement open source. Je le dis tout de suite, c’est un modèle de développement open source et on est sur une émission qui parle de logiciel libre.

Frédéric Couchet : On aura l’occasion d’y revenir, oui.

Alexis Monville : S’il y a des gens que ça intéresse, ils pourront comprendre la différence entre ce qu’est un mouvement social et ce qu’est un modèle de développement qui veut se penser en dehors de toute question politique. C’est assez amusant.
Red Hat fabrique des logiciels pour les entreprises et son modèle de développement est l’open source. L’idée c’est, en effet, qu’on va fabriquer des produits à partir de logiciels qui sont libres et que tout ce que l’on fait est sous licence libre. Ce qui fait qu’en fait les deux seules choses qui sont à nous ça doit être le logo et la marque, on a une propriété intellectuelle, ce qui est assez amusant. Ça c’est la particularité de Red Hat. Mon rôle c’est de travailler dans cette équipe qui gère l’ensemble de l’engineering et de travailler à améliorer le fonctionnement des équipes, donc l’équipe de leadership, l’équipe qui gère l’ensemble de l’engineering et l’ensemble des équipes au sein de Red Hat. En version simplifiée c’est ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Le sens d'engineering, on va peut-être préciser, on va dire que c’est dans le sens du développement du logiciel et des produits.

Alexis Monville : C’est ça, absolument.

Frédéric Couchet : OK. D’accord. En tout cas, je suis ravi de t’avoir avec nous. On se connaît depuis longtemps, on s’est connus à un moment où tu travaillais pour l’État français, à la Direction générale de modernisation de l’État il y a quelques années. Tu es une des premières personnes à m’avoir parlé d’agilité, c’est pour ça qu’on avait envie d’en parler un petit peu. En plus, je vais te le dire tout de suite, quand on a préparé l’émission, que j’en ai parlé sur certains salons, notamment sur le salon de l’April, il y a quelqu’un qui a réagi un petit peu violemment en disant que l’agilité, peut-être sans donner trop de détails, mais en gros il pouvait mettre en doute l’intérêt de l’agilité, l’utilité. On va essayer d’éclaircir un peu tout ça dans le cadre de cette émission, à la fois sur ce qu’est l’agilité et le lien avec le logiciel libre.
Je te propose déjà, premièrement, d’essayer de nous préciser ce qu’est l’agilité et ce que n’est pas l’agilité, parce que je pense qu’il y a beaucoup de méconnaissance sur ce sujet-là. Déjà en introduction, en premier sujet, l’agilité qu’est-ce que c’est ?

Alexis Monville : Qu’est-ce que c’est ? C’est vrai que c’est un bon sujet parce que quand généralement je commence à expliquer ce que c’est, les gens qui avaient une réaction épidermique par rapport à ça se rendent compte qu’on ne parlait pas de la même chose, du coup c’est quand même assez intéressant de la définir.
Comment c’est venu qu’on parle d’agile ? Il faut remonter un peu en arrière, du coup on va remonter tellement en arrière que probablement certains d’entre vous ne seront même pas nés, mais ça vaut quand même le coup d’en parler. Dans les années 90, ça faisait déjà un certain temps qu’on faisait du logiciel et ça faisait un certain temps qu’on essayait d’améliorer les méthodes de gestion de projet faisant du logiciel. Ces méthodes de gestion de projet étaient inspirées de quoi ? Elles étaient inspirées des autres projets qu’on avait faits avant ? Et qu’est-ce qu’on avait comme autres projets avant ? On avait construit des immeubles, on avait construit des voitures, on avait construit des choses comme ça, et on essayait d’appliquer certains principes de ces méthodes au logiciel.
Ce qui était assez intéressant c’est que, un peu comme aujourd’hui, la plupart des projets logiciels n’arrivaient pas à l’heure, coûtaient beaucoup plus cher que ce qui était prévu et ne satisfaisaient pas leurs utilisateurs. À chaque fois on essayait d’analyser pourquoi et on essayait d’améliorer les méthodes. Les méthodes devenaient de plus en plus grosses, de plus en plus compliquées au point où elles n’étaient pas tellement utilisées. Donc on avait d’énormes corpus méthodologiques, extrêmement lourds à mettre en place, et pourtant ça ne fonctionnait quand même pas. En fait, ce qui se passait, c’est que ça devenait de plus en plus long de développer des logiciels et ce qu’on essayait de faire c’est de planifier, de tout prévoir à l’avance. Comme les utilisateurs savaient que ça allait prendre très longtemps, ils essayaient d’imaginer tous les cas possibles, toutes les choses dont ils pourraient avoir besoin et de le dire dès le début parce qu’ils savaient qu’après ils ne pourraient plus rien ajouter. Donc ça devenait de plus en plus gros, de plus en plus gros.
Dans les années 90, il y a un certain nombre de gens qui ont dit « on prend le problème dans le mauvais sens, il faut qu’on change d’approche et qu’on fasse des méthodes qu’ils ont appelées au départ des méthodes légères de gestion de projet ». C’était une super bonne idée et il y en a plusieurs qui ont eu quelques succès en faisant. Il y a des méthodes qui ont émergé. Extreme Programming est probablement celle qui me plaît le plus et qui m’intéresse le plus. Crystal était aussi une méthode qui était intéressante là-dessus. On a des concepts de ces méthodes qui existent encore et qui sont encore utilisés aujourd’hui, bien sûr.
Ce qui s’est passé pour ces méthodes légères de gestion de projet, c’est que les gens qui étaient à l’origine de ces méthodes se sont rencontrés juste au début des années 2000, en 2001 et se sont dit « c’est quoi les points communs entre toutes nos méthodes ? » À partir de ces points communs ils ont écrit quelque chose qui s’appelle le Manifeste agile. Le Manifeste agile fait souvent référence à quatre valeurs et douze principes.
Il faut voir qu’en fait ces gens ont fait les méthodes, ont utilisé les méthodes et après ils ont regardé les points communs entre ces méthodes pour écrire un Manifeste pour dire « voila ce que l’on fait ».
Je vais vous lire la première phrase du Manifeste agile parce que ça éclaire vraiment, à mon sens, ce qu’est l’agilité. Je vais même le faire en français et je ne suis pas habitué à ça : « Nous découvrons comment mieux développer des logiciels par la pratique et en aidant les autres à le faire ». Juste en regardant ça on voit que ces gens sont pragmatiques. Ils ne nous disent pas qu’ils ont déjà tout trouvé, qu’ils ont déjà tout inventé et que c’est fini, on ne peut plus en discuter. Ils nous disent : « On découvre, on fait par la pratique et on aide les autres à le faire ». Il y a cette idée de « on va apprendre en partageant ». C’est pour ça qu’on va trouver énormément de groupes, de réunions, de meet-ups qui vont se passer dans différents villes, dans différents lieux, pour partager sur ce qui marche, ce qui ne marche pas, ce qu’on a appris en faisant des choses et faire évoluer tout ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Avant que tu nous parles notamment du détail des quatre valeurs et aussi des principes, si je comprends bien, en fait on est passé quelque part d’un développement logiciel on va dire, entre guillemets « traditionnel » dans les années 80/90, avec un cahier des charges, un livrable des mois après et une sorte d’effet tunnel où, finalement, ce qui était livré ne correspondait pas à ce que les gens voulaient dès le départ, à une méthode de développement qui est plus itérative, plus incrémentale, plus adaptative avec une réaction par rapport aux attentes de la structure cliente ?

Alexis Monville : Exactement. En fait, c’est ça qu’ils ont appris dans les années 90 et c’est ça qu’ils ont voulu partager au travers du Manifeste en 2001.

Frédéric Couchet : D’accord. Tu nous a lu la première phrase du Manifeste et je précise qu’on mettra évidemment les références sur le site de l’April, april.oprg, et sur causecommune.fm. J’en profite pour rappeler que le salon web, si vous voulez réagir, c’est sur causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez sur #libreavous. Dans le Manifeste il y a quatre valeurs. C’est quoi ces quatre valeurs qui sont le socle ?

Alexis Monville : Ce socle est assez amusant parce qu’on voit quelle est la situation dans laquelle étaient les développeurs de ces méthodes dans les années 90. On le voit parce qu’ils présentent les valeurs en opposition avec autre chose, ils disent, en fait : « Ces expériences nous ont amenés à valoriser les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils. » Ça ne veut pas dire que les processus et les outils n’ont aucune valeur, mais ça veut dire que les individus et leurs interactions ont plus de valeur que ça. Ça c’est important parce qu’on s’est rendu compte que dans les méthodes qu’on dit parfois waterfall, etc.

Frédéric Couchet : Water quoi ?

Alexis Monville : Waterfall. L’idée c’était ce que tu as décrit en fait : on a une description de ce que l’on voudrait au départ et après ça vient cascade se faire, un joli Gantt chart – j’ai encore utilisé un mot super – comme un joli diagramme Gannt de gestion de projet à l’époque ; ça représente une très jolie cascade.
Les individus et leurs interactions étaient un peu écrasés par les processus et les outils qui étaient mis en place. C’était un peu ça l’idée. Ça c’est la première des valeurs.
Si on regarde ce qui se passe à partir de 2001, je peux décrire toutes les valeurs ou je peux commencer à décrire ce qui s’est passé à partir de 2001 et revenir un peu en arrière après.

Frédéric Couchet : Ce qui te paraît le mieux pour que les gens comprennent, c’est toi l’expert là-dessus.

Alexis Monville : Ce qui se passe à partir de 2001 c’est qu’on commence à entendre parler plus d’agile. Quand on commence à entendre parler plus d’agile, on l’entend par différents canaux et il y a un canal qui va vraiment avoir énormément d’impact, c’est un bouquin qui est écrit par un des signataires du Manifeste qui s’appelle Jeff Sutherland, qui est un des créateurs de la méthode Scrum. En fait, le bouquin s’appelle Faire deux fois plus en deux fois moins de temps [The Art of Doing Twice the Work in Half the Time].

Frédéric Couchet : On précise que Scrum c’est une des méthodes qui permettent de mettre en place l’agilité. C’est ça ?

Alexis Monville : C’est ça. En fait, cette promesse avec le titre de ce bouquin va avoir un impact incroyable. Faire deux fois plus en deux fois moins de temps, ça va avoir un impact incroyable. Ce qui est génial c’est que c’est faux, mais ça va super bien marcher auprès d’un large public de gens qui aimeraient bien pouvoir faire deux fois plus avec deux fois moins d’effort. Ça va vraiment lancer le mouvement de l’agilité mais sur une sorte de malentendu.

Frédéric Couchet : Sur une prémisse fausse quelque part.

Alexis Monville : Oui. Parce qu’en fait si la promesse c'était d’apporter deux fois plus de valeur aux utilisateurs avec deux fois moins d’effort, je pense que tout le monde serait d’accord, parce que je pense qu’on peut aller vers ça. Par contre, faire deux fois plus ce n’est pas le but.

Frédéric Couchet : Si je peux me permettre une intervention c’est peut-être justement ce qui a aussi généré beaucoup de réticence voire de rejet de cette notion, c’est justement le fait de faire deux fois plus par rapport au fait que tu insistes sur le fait de produire plus de valeur pour les individus.

Alexis Monville : Oui, Exactement. Je pense qu’en fait on est partis sur quelque chose qui était une sorte de malentendu et surtout, là maintenant, on est partis avec énormément de gens qui ont envie de passer à l’agilité. Quand il y a énormément de gens qui ont envie de quelque chose, ce qui se passe c’est que c’est une très belle opportunité pour lancer des produits.
On a parlé de services juste avant, dans la chronique d’avant, on peut dire des produits et des services. Du coup on va en lancer, ça va être une grande décennie de lancement de produits et de services qui vont mis en rayon puisqu’on va sortir des tas de choses pour vendre de l’agilité. Et on va t’en vendre en fonction de tes moyens : si tu as un euro, on va te trouver un truc à un euro ; si tu en a dix, on va te trouver des trucs à dix euros, on va te vendre un bouquin ; si tu en as 100, on va peut-être te vendre, je ne sais pas, une petite formation en ligne et si tu en as 1000 on peut même te vendre une certification. Tu pourras être certifié par rapport à une de ces méthodes agiles. C’est quand même merveilleux, deux jours et tu as un badge que tu peux mettre sur ton site. Un truc super !

Frédéric Couchet : Ça c’est la décennie 2000.

Alexis Monville : Ça c’est la décennie 2000 et un peu après, en gros ça va continuer jusqu’à à peu près 2015/2016 où on va continuer à avoir cette énorme demande d’agilité, cette énorme demande d’agile et on va avoir tous ces produits qui vont arriver jusqu’à des niveaux assez incroyables où les gens veulent transformer l’entièreté de leur organisation pour être agiles. Quand tu écoutes ce qu’ils te disent, tu te dis « ah oui, ils veulent être agiles, ils veulent être plus réactifs par rapport au marché, plus souples » et en fait ils sont passés où les individus et leurs interactions dans tout ça ? Elle est passée où l’adaptation au changement quand on fait des plans, des trains et des lancements de trucs qui sont assez énormes ? En fait, on a mis un peu de côté et on a du mal à retrouver les valeurs initiales du Manifeste dans ces grandes méthodes et ces grands frameworks sur lesquels on peut être certifié.

Frédéric Couchet : Framework c’est un cadre de travail on va dire.

Alexis Monville : Oui, excusez-moi.

Frédéric Couchet : C’est aussi un exercice pour moi ! En tout cas c’est intéressant de voir effectivement comment tu replaces les valeurs, les individus au centre de l’agilité alors que finalement, ce qui a été vendu par beaucoup de gens, ce n’est pas du tout ça.

Alexis Monville : Du coup, allons vite regarder les trois autres valeurs.
On a dit « les individus et les interactions plus que les processus et les outils, ça nous donne quelque chose ».
On a dit ensuite « des logiciels opérationnels plus qu’une documentation exhaustive ». Ça fait référence à quoi ? Ça veut dire que si j’écris des spécifications, qu’elles soient générales, détaillées, techniques, ce que l’on veut, et que j’ai 250 pages de spécifications, je vais faire énormément de travail, je vais être très actif à écrire des choses, mais je n’ai pas beaucoup de logiciel. Et quand mes utilisateurs lisent des spécifications, ils interprètent les choses comme ils le veulent. Ce sont les basiques de la communication. Si je leur montre un logiciel opérationnel et qu’ils peuvent jouer avec, ils vont comprendre des choses. Il y a des tas d’exemples qui sont hyper-évidents quand on les voit et quand on voit le logiciel, mais quand on lit les spécifications on ne comprend pas tous la même chose. Je vais vous donner un exemple tout bête, un truc de design de site web : l’équipe de design qui s’occupait de l’univers de la marque avait décidé qu’avant de rentrer dans une catégorie du site web il y aurait une petite animation graphique qui durerait 20 secondes, qui permettrait aux utilisateurs d’entrer dans l’univers de la marque. Si vous avez déjà été sur site web dans votre vie, vous savez que 20 secondes d’animation avant d’aller quelque part après avoir cliqué c’est peut-être exagéré.

Frédéric Couchet : C’est l’horreur !

Alexis Monville : Évidemment, dans les spécifications ça ne se voyait pas. Les designers qui ont travaillé sur une animation de 20 secondes, qui a quand même coûté une fortune pour la première catégorie, quand ils l’ont présentée à la première démo, évidemment les gens qui l’avaient demandé se sont rendu compte immédiatement qu’il y avait un problème. Évidemment, ils savaient très bien qu’ils l’avaient écrit dans les spécifications, qu’ils l’avaient validé. En fait, là l’idée c’était de collaborer pour savoir « c’est quoi la durée qui est acceptable ? » Et là c’est intéressant de travailler et de collaborer directement avec le client plus que de négocier et de dire « attends, c’est écrit dans les spécifications, nous on te les fait toutes comme ça et tu te débrouilles ». C’est ce qui nous permet d’introduire la troisième valeur : c’est la collaboration avec les clients plus que la négociation contractuelle. C’était évident pour l’équipe que, en fait, fabriquer des animations de 20 secondes qu’on n’utiliserait jamais c’était idiot ; collaborer avec le client pour savoir ce qu’est la bonne durée d’une animation qui nous permet de rentrer dans l’univers, est-ce qu’on doit l’afficher à chaque fois ou est-ce qu’on ne l’affiche que la première fois, etc. Il y avait des tas de questions qui pouvaient se poser ; quand on travaille avec le client assis à côté de soi c’est beaucoup plus facile de le faire. Donc collaborer avec le client c’est plus important que de faire tout ce qui est écrit dans les spécifications.
La dernière de ces valeurs c’est l’adaptation au changement plus que le suivi du plan. Je viens de l’évoquer avec cet exemple, c’est plus intéressant de s’adapter au changement que de suivre le plan. Dans l’exemple que je vous donne il y avait un contrat avec d’énormes pénalités de retard, tout était cadré très serré, ça coûtait très cher de faire ce site et pourtant ils ont trouvé le moyen de s’entendre et de s’adapter au changement. Il y avait quand même quelqu’un qui s’occupait de faire les révisions contractuelles toutes les deux semaines, c’était assez terrible pour cette personne, mais c’était intéressant de voir que même dans un cadre très contraint ils ont réussi à aller vers plus de collaboration et plus d’adaptation au changement.
Voilà les quatre valeurs. C’est cette idée, en fait, qu’on a toujours un peu de mal à se comprendre et pour collaborer et faire collaborer des gens qui ont différentes fonctions, qui viennent de différents horizons, eh bien ce n’est pas forcément si facile. Il faut avoir cette intention de le rendre possible et ce n’est pas dans le contrôle qu’on va la fabriquer, c’est dans chercher cette entente et accepter ces feed-backs, ces retours directs du client et s’adapter à tout ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais répéter les quatre valeurs si je les ai bien notées :
collaboration avec le client plutôt que négociation et contrat ;
réaction au changement plutôt que le suivi d’un plan ;
le logiciel ou en tout cas un produit plutôt fonctionnel plutôt qu’une documentation complète ;
et la quatrième ce sont les personnes enfin les individus et les interactions plutôt que les processus et les outils.
Ce sont les quatre valeurs.

Alexis Monville : Oui, absolument.

Frédéric Couchet : Je précise à William, en régie, que j’ai un retour bizarre de grésillement dans le casque, ce n’est pas très grave, c’est juste que si ça passe à l’antenne, n’hésitez pas à le signaler sur le salon web.
Dans tout ceci, en fait, il y a une notion qui semble apparaître c’est celle de changement, de transformation : comment on peut initier un changement et une transformation pour se mettre à mettre en place, en action, ces quatre valeurs de l’agilité et les principes qui vont avec ?

Alexis Monville : La question c’est d’où on part et où est-ce qu’on veut aller. Un des points importants c’était de se dire « on s’intéresse aux individus et à leurs interactions, on va collaborer avec une équipe qui a diverses compétences et diverses perspectives et on va collaborer avec le client, avec les utilisateurs eux-mêmes du logiciel ». On part du principe que les utilisateurs du logiciel ne sont pas les développeurs du logiciel. C’est un des points qui est toujours compliqué : quand l’utilisateur du logiciel c’est le même que le développeur du logiciel, on peut prendre des raccourcis qu’on ne peut pas prendre quand on a à faire à un utilisateur pour qui on est relativement proche de la magie quand il utilise quelque chose. Il sait ce qui se passe derrière. Il y a ces choses-là qui viennent dedans.
Comment on met en place les choses ? Je pense qu’on met en place les choses en s’accordant sur l’objectif que l’on veut atteindre. Ça c’est vraiment un truc important. C’est là où le « deux fois plus en deux fois moins de temps » n’est pas suffisant. Il faut s’accorder sur l’objectif que l’on va atteindre et quel l’impact ça va avoir pour les différentes parties prenantes, pour les gens qui sont impliqués là-dedans.
On pourra peut-être y revenir. Ce qui me paraît assez intéressant c’est qu’à partir de 2015/2016 certains des signataires du Manifeste agile vont dire que l’agile est mort. C’est-à-dire après, en gros, 15 ans de produits et de services vendus, de certifications, de formations, de tas de trucs, de grandes transformations, de grands cadres de travail vendus, ils vont dire « c’est mort ! En fait ça n’a pas marché, on a échoué. C’est devenu de nouveau très compliqué, et c’est devenu de nouveau quelque chose qui n’aide pas les gens. »
Il y a une partie des signataires qui vont aller dans ce sens-là. Il y a une autre partie des signataires qui vont dire « ce n’est pas ça le problème. Le problème c’est ce qu’on en a fait, c’est cette productisation qu’on en fait qui n’est pas bonne. Mais si on revient aux valeurs, on peut vraiment permettre aux gens, aux personnes de vraiment collaborer ». En fait, c’est en revenant aux valeurs et aux principes qu’on peut permettre aux gens de collaborer. Et c’est là où je trouve que c’est vraiment intéressant. C’est ça qui m’intéresse après. Ce ne sont pas tellement les différentes pratiques et outils qui existent, c’est de retourner aux valeurs et de se poser des questions. Un exercice que peuvent faire les gens c’est d’aller voir le Manifeste pour le développement agile des logiciels, regarder les douze principes sous-jacents au Manifeste et se poser la question « nous, dans notre équipe, quelles sont les choses que l’on fait déjà, quelles sont les choses avec lesquelles on est d’accord et quelles sont les choses avec lesquelles on n’est pas d’accord ? Ou quelles sont les choses qu’on aurait envie de faire et qu’est-ce qu’on pourrait essayer pour aller dans cette direction-là ? »
Je pense que c’est là qu’on peut initier un vrai changement qui est un vrai changement durable.

Frédéric Couchet : D’accord. En fait ces règles et ces principes, finalement ce sont plus des sources d’inspiration que des règles à suivre formellement. Ça me fait penser à une méthode de développement qui a eu beaucoup de succès il y a quelques années, qui en a sans doute beaucoup, c’est Getting Things Done, GTD, je ne sais plus comment ça se traduit en français, c’est moi qui m’auto-piège, que les choses soient faites avec de très nombreux principes et en fait tellement trop de principes à suivre strictement que ça n’a pas fonctionné. En fait ce sont plutôt des inspirations, des sources d’inspiration et chacun doit avoir sa propre vision et quelque part sa propre interprétation de l’agilité, en gros. C’est bien ça ?

Alexis Monville : oui. Si je prends un autre exemple qui est un exemple classique, il y a des raccourcis que certains vont faire en disant « l’agilité ce sont des gens qui collent des post-it sur les murs. »

Frédéric Couchet : Oui, c’est vrai !

Alexis Monville : Oui, c’est un bon truc, du coup il faut mettre un petit « r » derrière le post-it sinon ce n’est pas bon, mais est-ce que ce sont vraiment des gens qui vont coller des petits papiers autocollants sur des murs ? Pourquoi certains font ça ? Pourquoi ils font ça ? C’est qu’ils trouvent pratique, comme ils sont une équipe colocalisée qui travaille dans la même pièce, d’avoir sur un mur leur plan de travail et de savoir ce qu’ils ont à faire, ce qui est en cours et ce qu’ils ont terminé parce que c’est quand même sympa de célébrer ce qui est terminé. D’avoir ça visuellement pour tous, en permanence, c’est quand même super pratique, donc voilà pourquoi ils font ça. Qu’est-ce qu’ils vont faire aussi ? Eh bien par exemple le matin ils vont tous se réunir en face de ce board et ils vont partager ce qu’ils ont fait hier, ce qu’ils ont appris, ce qu’ils ont comme difficultés, en quoi ils auraient besoin d’aide et qu’est-ce qu’ils ont prévu de faire aujourd’hui. Qu’est-ce que ça va leur permettre ? Ils ont un temps de synchronisation qui leur permet de vérifier qu’ils sont tous toujours alignés dans la même direction et puis d’identifier les besoins de collaboration : « Toi tu as une difficulté avec ce truc-là, moi je connais bien ce domaine, peut-être qu’on peut faire un peu de pair programming pour essayer de trouver ». Ou : « Peut-être que là il y a une technologie qui est complexe, toi tu as travaillé à essayer de l’apprendre et à essayer de comprendre, eh bien peut-être que pour cette fonctionnalité on pourrait faire du world programming, travailler tous ensemble, un clavier et toute l’équipe avec un écran pour mettre en place cette fonctionnalité, comme ça on va apprendre cette nouvelle technologie, cette nouvelle interface de programmation, etc. » Donc on va identifier, grâce à ce temps de synchronisation, des opportunités de collaboration, des opportunités d’apprentissage, des opportunités de s’entraider.

Frédéric Couchet : D’accord.

Alexis Monville : Ça, ça marche, je suis dans une équipe colocalisée. Donc je colle des post-it sur des murs, je me réunis devant un board et ça marche super bien. Ce sont des pratiques qui sont super pour rester synchronisés. Si je suis une équipe distribuée, ça n’a pas de sens et pourtant je pourrais aussi avoir un temps de synchronisation.

Frédéric Couchet : OK. Je propose de parler de la suite après la pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va se faire une petite pause. On va écouter El jefe par San Blas Posse. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commue, la voix des possibles.

Pause musicale : El jefe par San Blas Posse.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter El jefe par San Blas Posse, disponible sous licence libre Creative Commons Partage à l’identique. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de Cause commune, causecommune.fm. J’espère que vous avez dansé comme nous, en tout cas moi j’ai dansé !
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix de possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Je suis Frédéric Couchet le délégué général de l’April.
Nous discutons actuellement avec Alexis Monville de la société Red Hat du thème de l’agilité et du logiciel libre. Je précise que vous pouvez aussi nous rejoindre sur le salon web de la radio, causecommune.fm, bouton « chat » et vous allez sur le salon #libreavous. Il y a des gens qui interagissent. Vous pouvez poser des questions ou faire des réactions.

Je disais que juste avant la pause musicale que nous parlions d’initiation au changement, à la transformation avec la méthode agile et Alexis nous parlait de la question de synchronisation notamment dans les équipes distribuées, c’est-à-dire les équipes qui ne sont pas au même endroit, ce qui va nous permettre de revenir un petit peu sur le logiciel libre, comment certaines, on va dire approches agiles, peuvent bénéficier au logiciel libre.
Je voudrais relancer le sujet sur la synchronisation en équipe distribuée. C’est quoi les bonnes pratiques ou peut-être les méthodes, les conseils que l’agilité propose pour ces équipes distribuées ? Alexis Monville.

Alexis Monville : Merci Frédéric. J’en profite pour dire qu’il y a des gens qui demandent des photos de toi en train de danser sur la musique, sur le salon.

Frédéric Couchet : J’ai vu !

Alexis Monville : OK ! J’avais peur que tu n’aies pas vu. C’est important.
Ce qui est important quand on est une équipe distribuée c’est de partager un petit peu des choses sur ce qui se passe dans son environnement à soi qui est souvent son environnement chez soi. D’ailleurs merci à tous de nous accueillir chez vous puisque, à priori, on est tous chez nous en ce moment, ce qui est un autre sujet qu’on pourra aborder.
Si on regarde les principes et les valeurs du Manifeste agile, il n’y a pas de pratiques qui sont recommandées pour la synchronisation. On dit juste qu’en fait ce serait bien si vous travailliez tous les jours, quotidiennement ensemble.

Frédéric Couchet : D’accord.

Alexis Monville : Comment ? Il y a des équipes qui vont trouver des façons de faire. Et ce qui est amusant c’est qu’en fonction des équipes et des gens, en fonction de qui ils sont, ils vont trouver des façons différentes de faire. J’ai vu des équipes qui sont vraiment distribuées sur énormément de time zones.

Frédéric Couchet : Zones horaires différentes.

Alexis Monville : En fait elles ont très peu de zones de recouvrement dans toute l’équipe, voire pas du tout. Pour certains, la solution qu’ils ont trouvée, c’est d’avoir deux rendez-vous de synchronisation dans la journée avec des gens qui font les deux et qui font le lien entre les différentes personnes des différents fuseaux horaires. OK ! Si ça marche pour eux, c’est chouette !
Il y a d’autres équipes qui se sont dit « en fait nous on ne peut pas avoir de périodes de recouvrement ». Ce qu’ils vont faire c’est qu’ils vont avoir un fichier, souvent un étherpad, et ils vont utiliser cet étherpad comme leur lieu de synchronisation.

Frédéric Couchet : On précise juste qu’un étherpad c’est une sorte de bloc notes en ligne où tout le monde peut modifier le texte sur une page web.

Alexis Monville : Oui, absolument. Donc ils vont utiliser ça, ça va être leur point de rendez-vous et ils vont répondre au même genre de questions que l’on a évoquées tout à l’heure pour les gens qui se réunissaient devant leur tableau avec des étiquettes collantes.
Ces équipes vont trouver des moyens de faire des choses qui sont soit la synchronisation, soit la collaboration. Eh bien oui, quand on fait du pair programming et qu’on est dans le même bureau, on peut s’asseoir derrière le même clavier, le même écran. Quand travaille chacun de chez soi il va falloir trouver d’autres techniques pour le faire, il y a plein de techniques pour faire du pair programming.

Frédéric Couchet : Explique juste en deux mots ce qu’est le pair programming, s’il te plaît.

Alexis Monville : Le pair programming, on a deux développeurs qui vont travailler avec un clavier, un écran.

Frédéric Couchet : D’accord.

Alexis Monville : Généralement, quand on est un manager, on a du mal à accepter que ça va être vraiment super comme idée. Mais quand on a déjà essayé de faire quoi que ce soit à deux plutôt qu’à un, on comprend vite quel va être le bénéfice. La meilleure approche que j’ai pour apprendre à des managers que ce n’est pas mal de faire comme ça, c’est quand ils ont un courrier difficile à écrire ou une note difficile à écrire ou un e-mail difficile à écrire, c’est de se mettre à deux pour l’écrire. On va voir qu’en fait on va écrire quelque chose qui est bien meilleur, plus vite. Pourquoi ? Parce qu’on a cette boucle de feed-back, cette boucle de retour, ces yeux additionnels qui vont nous permettre d’aller beaucoup plus vite.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vois que le temps file et c’est quand même une émission qui est consacrée aux libertés numériques, je voudrais qu’on parle un peu du parallèle que tu peux faire avec le logiciel libre, les questions de comment certaines approches agiles peuvent bénéficier au logiciel libre. Déjà est-ce que tu vois un parallèle entre l’agilité et le logiciel libre, vu de ton expérience sur les deux sujets ?

Alexis Monville : Il n’y a déjà rien qui les oppose en fait, ça c’est déjà un truc qui est important. L’importance des utilisateurs est importante dans les deux parties.
Je sais que satisfaire l’utilisateur c’est une notion un peu bizarre, souvent, mais le fait que les utilisateurs et les développeurs travaillent ensemble et qu’on va s’intéresser à satisfaire leurs besoins c’est quelque chose qui est intéressant, quelque chose qu’on retrouve dans le logiciel libre en se disant « je vais avoir un logiciel qu’on va pouvoir adapter à nos besoins ». Ça c’est intéressant.
Un des points que l’on voit sur les premiers logiciels libres qui ont vraiment eu beaucoup de succès c’est que les utilisateurs étaient les développeurs. Ils n’avaient pas ce problème d’avoir cette distance entre l’utilisateur et le développeur. Je crois qu’il y a beaucoup de choses qu’on va trouver dans l’approche agile qui aident à créer ce pont entre les utilisateurs qui ne sont plus les développeurs du produit et qui vont aider les développeurs qui veulent faire du Libre à se rapprocher de leurs utilisateurs. Ça c’est un deuxième pont que je vois.

Frédéric Couchet : Juste préciser sur ce pont-là qu’il y a une distribution logicielle libre bien connue, qui s’appelle Debian GNU/Linux, qui a un contrat social et dans le contrat social, je l’ai sous les yeux, le quatrième point c’est « nos priorités sont nos utilisateurs et utilisatrices et les logiciels libres ». Ça regroupe ce que tu viens de dire.

Alexis Monville : Exactement. C’est pour ça que je ne vois pas d’opposition, je ne vois que des points qui pourraient les rapprocher. Et quand après on s’intéresse aux pratiques, aux différentes méthodes, il y a plein de choses qui sont intéressantes. Quand on se dit « c’est quoi un utilisateur ? » C’est quoi un utilisateur quand on regarde un peu les idées ? Qu’est-ce que l’Impact mapping par exemple, les cartes d’impact introduites par Gojko Adzic. Qu’est-ce que c’est qu’une user story ? Il y a des choses qui sont très intéressantes à regarder dans ce domaine-là.
Quand on regarde les pratiques d’ingénierie qui sont souvent associées aux méthodes agiles comme le TDD. Le TDD c’est un bon exemple. Comment on traduit TDD, Test-Driven Development ?

Frédéric Couchet : Du développement piloté par les tests.

Alexis Monville : Piloté par les tests, voilà. Ça ce sont des pratiques qu’on retrouve dans pas mal de logiciels libres aujourd’hui parce que c’est quand même vraiment beaucoup plus pratique de comprendre, de vraiment comprendre la fonctionnalité en fabricant le test qui va permettre de la développer. Et ça va vraiment permettre de créer le minimum de code pour satisfaire la fonctionnalité.
C’est un truc important la simplicité, parce que la simplicité ça va aider à maintenir et ça va aider à modifier le code par la suite.

Frédéric Couchet : D’accord. Dans le développement logiciel libre, comment certaines approches agiles peuvent bénéficier au logiciel libre en général, donc au développement, aux utilisateurs et utilisatrices ?

Alexis Monville : J’ai pris l’exemple de comment on décrit les utilisateurs avec différents personas. Identifier les différents utilisateurs d’un produit ça permet de ne plus les confondre et de ne pas être confus. Par exemple une confusion classique, c’est celui qui va opérer le logiciel, donc qui va s’occuper de gérer le logiciel quand il tourne et celui qui va utiliser le logiciel à un autre niveau. Ce ne sont pas les mêmes, ils n’ont pas besoin des mêmes choses. Il y en a un qui va s’intéresser à regarder le moteur pendant qu’il tourne et il y en a un qui va utiliser le résultat du moteur. Ce n’est pas la même chose et ils n’ont pas besoin des mêmes choses. C’est comme votre mécanicien quand il regarde votre voiture, il n’a pas besoin de regarder les mêmes choses que vous quand vous la conduisez. C’est intéressant de distinguer les deux utilisateurs, parce que si on n’en a qu’un on va donner à celui qui conduit la voiture des tas d’indications qui ne vont lui servir à rien. Même si on a encore des indications de température d’eau du moteur ou d’huile du moteur sur certaines voitures, il y a assez peu de gens qui les utilisent à part quand ça devient rouge. C’est la même chose dans les logiciels. Donc identifier les personas et comprendre ce qui va vraiment avoir de l’impact pour eux, je pense que ce sont des choses qui sont intéressantes.
Ça ce sont des petites pratiques. Dans les principes ça va être de se dire « je vais présenter un résultat qui fonctionne et je vais demander aux gens de me dire ce qu’ils en pensent ». Ça, ça rejoint pas mal de principes du logiciel libre. On le voit parfois, on le sent parfois un peu oublié dans certains logiciels où les gens essayent d’avoir un gros impact et de sortir un gros truc d’un coup. En fait, on n’est pas très sûr que ça résolve bien le problème que l’on voulait résoudre.

Frédéric Couchet : Tout à l’heure tu as parlé des users story, ce sont les récits d’utilisation, c’est peut-être quelque chose qui peut être important aussi dans le cadre du logiciel libre, parce qu’en fait une histoire d’utilisation c’est comment une personne va décrire ce dont elle a besoin et comment, ensuite, derrière ça va être mis en œuvre, mais la personne décrit le besoin. Quand tu parlais tout à l’heure des utilisateurs et des utilisatrices, l’important c’est que le logiciel soit utilisé par ceux auxquels c’est destiné.

Alexis Monville : Ça a deux bénéfices. Un premier bénéfice c’est qu’on va s’intéresser à l’impact que ça va avoir pour l’utilisateur. Avant de dire ce que l’on veut faire, c’est-à-dire la tâche ou la fonctionnalité qu’on veut avoir, on va s’intéresser à quel est l’impact pour l’utilisateur. Si je prends un exemple de tout à l’heure qui était donné dans la chronique du début, moi, en tant qu’utilisateur, je voudrais pouvoir mettre de côté une page web pour pouvoir la lire plus tard. De quoi j’ai besoin pour faire ça ? Est-ce que j’ai besoin d’un service centralisé quelque part, d’un endroit où je ne sais pas où il est pour pouvoir faire ça ? Peut-être que oui ou peut-être que non, mais la fonctionnalité elle-même n’a aucun rapport avec mon besoin. Il va y avoir des tas de façons de répondre à mon besoin. C’est pour ça, en fait, que c’est intéressant d’abord de regarder vraiment l’impact pour l’utilisateur avant de se poser la question de quelle fonctionnalité je vais faire. Après on peut regarder pour qui, les autres parties prenantes, par exemple pour le constructeur du logiciel ou pour l’entreprise qui va gérer le logiciel, quels sont les bénéfices pour eux d’une certaine fonctionnalité. On va pouvoir comprendre pourquoi certaines entreprises font certains choix. C’est pour ça que je recommande vraiment de regarder l’impact pour l’utilisateur d’abord. Ça c’est une pratique importante.

Frédéric Couchet : D’accord. Toi tu as commencé l’agilité, notamment dans une société qui a peut-être dix ou quinze personnes, je parle de eNovance.

Alexis Monville : Oui.

Frédéric Couchet : Maintenant tu es chez Red Hat où il y a quelques milliers de personnes je pense. Première question : finalement l’agilité c’est à la fois pour les grandes équipes et pour les petites équipes ? Deuxième question, un peu liée, qu’est-ce que ça change de faire de l’agilité entre une petite équipe telle que tu as pu le faire chez eNovance ou dans d’autres structures ou dans une grande équipe telle que Red Hat ?

Alexis Monville : En fait, je pense que le point important c’est qu’on n’est pas très doués pour travailler à plus d’un certain nombre. Je pense que l’être humain n’est pas très vieux en termes d’évolution, ce qui fait qu’on a des fonctions qui évoluent lentement, il y a des choses qui sont câblées depuis longtemps en nous. Quand on veut travailler de manière proche avec des gens, notre groupe de travail est généralement de pas plus de 12 personnes. Et ça, ça rejoint un peu la taille d’une bande que l’on pouvait avoir dans les premiers humains quand ils se baladaient pour faire de la cueillette et de la chasse. Les tribus faisaient à peu près une centaine de personnes. En fait, on retrouve cette taille d’équipe à l’échelle des entreprises. C’est aussi pour ça que quand les entreprises grandissent, souvent on entend les startups dire « au-delà de 15 personnes c’était compliqué, il a fallu complètement réinventer l’organisation ». Quinze personnes ce n’est pas grand ! En fait, on vient de dépasser la taille de la bande initiale. Ils vont redire la même chose quand ils vont dépasser 30, 50, et puis quand ils vont arriver à 100 et quand ils vont arriver à plus de 100 ils vont dire « c’est comme si on était une grande entreprise maintenant, il n’y a pas de différence ». En fait, dès qu’on dépasse la taille de la tribu, ça devient compliqué de se connecter avec les gens qui sont à côté. Pourquoi ? Parce qu’on n’a plus forcément la même notion d’appartenance et de contribution à ce que la tribu, dans son ensemble, essaie de faire.
Quand on parle d’agilité, on peut en parler à différentes tailles. Je crois que ce qui marche vraiment, ce qui est vraiment intéressant, c’est quand on en parle dans l’équipe avec laquelle on collabore toute la journée. C’est là où ça marche vraiment.
Après il faut avoir conscience qu’il y a d’autres équipes autour de nous qui vont essayer d’aller dans un but commun. Il faut se poser la question « c’est quoi ce but commun ? » C’est là qu’il faut avoir des objectifs de plus grand niveau, qui vont sûrement être à l’échelle de la tribu, qui vont permettre à toutes les équipes de se dire « OK ! Si c’est ça nos objectifs au niveau de la tribu, comment nous, notre équipe, on va contribuer à ça ? » C’est ça qu’on essaye de mettre en place. On essaye de présenter des objectifs, d’avoir des grands résultats clefs qui ont un impact sur les utilisateurs, pour permettre à toutes les petites équipes de se dire « OK, moi comment je contribue à ça ? » et de publier ce qu’elles vont faire. Voilà. Nos contributions à ça, ça va être ça. Ça va être ça notre position et on a des connexions à faire avec d’autres équipes parce qu’on a des dépendances entre nous, donc il faut qu’on aille dans le même sens, mais on va s’organiser pour gérer ces dépendances ». Et si on fait ça, eh bien on peut aller à n’importe quelle taille.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc même chez Red Hat, on reconstruit quelque part des petites tribus si j’ai bien compris.

Alexis Monville : Oui. On se rend compte que dès qu’on dépasse la taille d’une tribu c’est compliqué, donc il faudrait mieux avoir deux tribus. On n’utilise pas forcément ce vocabulaire-là, je l’utilise là parce que je trouve que c’est plus pratique, c’est plus parlant, mais c’est un peu ce qu’on retrouve.

Frédéric Couchet : D’accord. Comme tu parles de petit nombre, ça me fait penser à une question avec l’actualité. Comment on vit l’agilité ou est-ce que l’agilité peut apporter quelque chose dans cette période de confinement de la population mondiale quasiment ? pas totalement mondiale, mais il y a quand même beaucoup de pays où il y a du confinement maintenant. Dans ce contexte-là, c’est quoi l’agilité ?

Alexis Monville : En fait on va revenir à la première valeur du Manifeste agile. Qu’est-ce qu’elle nous dit ? Elle nous dit que les individus et leurs interactions sont plus importants que les processus et les outils. Ça veut dire que les processus et les outils qu’on a en place aujourd’hui doivent servir les individus et leurs interactions. Moi j’ai été épaté de voir le nombre de gens qui m’ont contacté sur la messagerie instantanée, par messagerie électronique pour me parler, pour me demander juste comment ça allait. Je trouve ça magique, je trouve ça super intéressant. Du coup, on a aussi utilisé la technologie pour faire des trucs : mes enfants sont à Paris pendant que je suis à Bordeaux. On essaye de faire des dîners en ligne avec eux et c’est plutôt marrant. On fait des dîners avec des amis ou des apéros avec des amis, on en a un tout à l’heure, et je trouve ça plutôt marrant de se dire « oui, on est séparés physiquement, mais il ne faut pas qu’on oublie qu’on est des êtres qui avons besoin de cette interaction sociale » – même si je suis un peu introverti, j’ai besoin de cette interaction sociale – et, à un moment donné, il faut s’organiser pour le faire. Je pense que c’est cette idée que la collaboration n’est pas automatique, en fait elle doit être intentionnelle et pour la mettre en place il faut mettre en place une sorte de cadre de collaboration et de temps à autre il faut réfléchir à ce cadre de collaboration pour essayer de voir ce qui fonctionne, voir ce qui pourrait être amélioré et faire évoluer ce cadre de collaboration. Je pense que c’est un des grands points de l’agilité de se dire, à intervalles réguliers, on va réfléchir à ce qui marche, ce qui ne marche pas et on va l’améliorer. La collaboration c’est intentionnel.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise qu’il va nous rester à peu près cinq minutes au maximum. Je précise aux gens qui écoutent que si vous entendez des bruits bizarres derrière c’est mon fils qui fait du hautbois. Je ne sais pas si ça s’entend, même s’il n’est pas à côté de moi.
Avant les questions de conclusion, je crois que tu voulais parler un petit peu de diversité d’agilité. C’est bien ça ?

Alexis Monville : En fait, c’est un point qui me préoccupe beaucoup. On se rend compte depuis plusieurs années qu’on a un problème dans l’informatique en général et dans le logiciel libre en particulier, c’est sur la diversité des gens qui s’intéressent au sujet, qui contribuent. On voit dans les entreprises de la technologie aux États-Unis et dans le monde entier qu’on a un gros problème de diversité. On met souvent en cause la formation en disant « s’il y a 80 % d’hommes dans les formations de computer science, forcément il ne peut pas y avoir moins de 80 % d’hommes dans les entreprises de Tech. Ce qui est un problème c’est que ce n’est pas complètement vrai parce qu’il y a quand même maintenant plusieurs universités où ils sont à 50/50. Pourtant, dans les entreprises de la Tech, il y a des entreprises qui sont à moins que ça. Dans certaines communautés du Libre on est encore à moins, moins que ça. Ce problème de diversité – je parle du genre, mais il y a d’autres aspects de la diversité qui sont importants – c’est un vrai problème pour la collaboration, pour l’innovation et c’est un point sur lequel il faut vraiment être aussi intentionnel, se dire « qu’est-ce que je vais faire pour changer cet état-là ? Qu’est-ce que je vais faire pour changer cette situation ? Et qu’est-ce que je vais faire pour être plus inclusif, pour inclure mieux les gens qui sont différents de moi ? » Parce que si on est différents, on va avoir des points de vue différents, on va penser différemment et si on pense différemment ça va sûrement frotter un peu, mais on devrait en sortir des choses plus intéressantes.

Frédéric Couchet : D’accord. Merci.
Les deux dernières questions : la première, question assez traditionnelle maintenant : pour conclure, quels sont les éléments clefs à retenir de cette émission en moins de deux minutes, Alexis ?

Alexis Monville : La collaboration c’est intentionnel et si vous voulez initier un changement, un exercice que je vous recommande c’est d’aller voir les principes sous-jacents au Manifeste agile et vous poser la question « qu’est-ce qu’ils représentent pour vous ? » Quand vous vous êtes posé cette question, allez voir vos collègues dans votre équipe en disant « qu’est-ce que ça représente pour nous ? Quel est celui sur lequel on a envie de tenter quelque chose, d’expérimenter quelque chose ? » Je ne dis pas que ça va forcément être incroyablement un succès, mais vous aurez au moins expérimenté quelque chose et ça c’est un premier pas vers le changement. Ça ce serait vraiment le truc que je voudrais retenir c’est : on peut expérimenter, on peut essayer des choses et allons-y ! C’est par nous que commence le changement. Ça c’est moins de deux minutes, donc c’est bon, c’est le gros le truc que j’aimerais qu'on puisse faire : c’est pas nous que commence le changement.
C’était quoi ta deuxième question ? Je l’ai oubliée.

Frédéric Couchet : Je ne l’ai pas encore posée. [Rires]. C’est la question bonus : est-ce que tu aurais, je ne sais pas, des conseils de lectures, de séries, de podcasts, pour les personnes qui nous écoutent ? Pas du tout forcément en lien avec le logiciel libre ou avec l’agilité, un coup de cœur à partager.

Alexis Monville : Il y a deux livres que j’ai bien aimés. Il y en a un que j’ai lu récemment que j’ai bien aimé. Il y en a un qui s’appelle The Art of Gathering de Priya Parker. Je sais que proposer un bouquin sur l’art de se réunir à une époque où on ne peut pas se réunir c’est un peu paradoxal, mais c’est un bouquin que j’ai beaucoup aimé, ça m’a rappelé un dîner TEDx, ça m’a amusé, j’ai écrit un article là-dessus et j’ai mis une photo de toi dedans.

Frédéric Couchet : Oui, j’ai vu.

Alexis Monville : C’est un bouquin super intéressant parce que ça nous rappelle les principes de comment on se réunit, pourquoi on se réunit et ça donne envie de le faire en ligne même quand on ne peut pas le faire. Je trouve ça intéressant.
Il y a un deuxième bouquin que j’ai bien aimé qui s’appelle Talking to Strangers de Malcolm Gladwell. J’ai bien aimé ce bouquin parce qu’il y a beaucoup de gens qui vous disent qu’instantanément ils sont capables de se faire une opinion sur les gens et qu’ils savent comment sont les gens, ils savent les lire instantanément. Talking to Strangers explique vraiment bien pourquoi ce n’est pas vrai et ça c’est super important parce que, du coup, ça permet de se dire « je n’aime pas trop cette personne, je devrais faire un petit effort pour essayer de la connaître un peu mieux », parce que c’est probablement là qu’est le problème. Du coup c’est intéressant.
Et puis podcast, si, j’ai un podcast que j’aime beaucoup, qui m’amuse énormément, ça s’appelle Command Line Heroes, c’est Saron Yitbarek qui fait un boulot extraordinaire de narration. Ça parle d’ailleurs un peu des origines du logiciel libre au départ, la quatrième saison est sur le matériel. Le deuxième ou le troisième épisode est très drôle parce qu’il parle du Altair 8800 et ça parle aussi du moment où le logiciel va devenir quelque chose qui est quelque chose qu’on pourrait peut-être vendre. Je trouve ça très intéressant de se replacer au début de l’histoire où le logiciel n’est pas encore soumis au copyright, où ce n’est pas encore arrivé en fait. Je trouve ça très amusant. Je vous recommande cet épisode-là, entre autres, de Command Line Heroes.

Frédéric Couchet : D’accord. On mettra les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm. Pour les personnes qui veulent prendre et relire les valeurs, les principes agiles dont vient de parler Alexis, la page Wikipédia les liste. Méthode agile, page Wikipédia, vous trouverez la lecture conseillée par Alexis Monville.
Alexis je te remercie grandement de cette participation à cette émission à distance. Je rappelle, Alexis, que tu es membre de l'équipe de leadership de l'engineering chez Red Hat. Je te souhaite une belle fin de journée et à bientôt.

Alexis Monville : Merci beaucoup Frédéric. À bientôt. Merci à tous.

Frédéric Couchet : Merci à toi.
On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

On va écouter Requiem for a fish. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Requiem for a fish par The Freak Fandango Orchestra.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Requiem for a fish par The Freak Fandango Orchestra. Aujourd’hui on a choisi des musiques qui bougent parce qu’il faut bouger. C’est disponible sous licence libre Creative Commons Attribution Partage à l’identique. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix de possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer mainetenant au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Le libre fait sa comm’» d'Isabella Vanni sur le projet du jeu du Gnou, avec une interview de mohican, bénévole à l'April

Frédéric Couchet : Parler d’actions de type sensibilisation menées par l’April, annoncer des évènements libristes à venir avec éventuellement des interviews de personnes qui organisent ces évènements, c’est la chronique « Le libre fait sa comm’ » de ma collègue Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsables projets à l’April.
Isabella va nous parler aujourd’hui avec mohican, bénévole à l’April, du jeu du Gnou. Je leur passe la parole. C’est à toi Isabella.

Isabella Vanni : Merci Fred. Bonjour à toutes et à tous. J’espère que vous m’entendez bien. Je voulais déjà savoir si mohican est avec nous.

mohican : Oui, Bonjour. Vous m’entendez ?

Isabella Vanni : Le son est très faible, mais perso je t’entends. On va essayer de faire notre échange. Merci tout d’abord d’être avec nous aujourd’hui, d’avoir accepté notre invitation. Pour commencer je te propose de te présenter et de nous dire comment et quand tu es devenu bénévole à l’April et plus particulièrement au sein du groupe Sensibilisation ?

mohican : Je suis mohican. En fait ça faisait un moment que je suivais les publications de l’April et quand j’ai vu qu’il y avait une réunion de ce groupe Sensibilisation je suis venu voir puisque moi je fais déjà, à ma petite échelle, de la sensibilisation auprès du grand public, j’ai un blog qui s’appelle « Libère ton ordi » qui est consacré à ça. Quand j’ai vu que l’April commençait à travailler sur un projet de jeu, ça m’a intéressé d’autant plus que j’ai moi-même inventé des jeux à une certaine époque.

Isabella Vanni : Très bien. Donc tu as lié deux grandes passions. Je suis l’animatrice du groupe de travail Sensibilisation de l’April, j’aimerais que ce soit toi à nous en dire plus sur le jeu du Gnou. En quoi ça consiste ? En quoi il s’agit, par exemple, d’un jeu coopératif et d’un jeu pédagogique ?

mohican : L’objectif du jeu c’est évidemment la sensibilisation. On s’est dit que pour sensibiliser aux notions de logiciel libre, c’était important que le jeu ait lui-même une forme, bien sûr il est sous licence libre, mais au-delà de ça, en fait il promeut aussi la coopération puisque c’est une des valeurs du Libre. Donc on en a fait un jeu coopératif où tous les joueurs qui sont autour de la table forment une même équipe et vont pouvoir s’entraider pour atteindre l’objectif du jeu.

Isabella Vanni : En fait il s’agit d’un jeu de plateau, c’est-à-dire qu’on a un pion unique qui représente l’équipe de toutes les personnes qui participent. Le jeu a évolué, on a aussi rajouté pas mal de quiz. En fait c’est un jeu de plateau avec des choses qui peuvent se passer, des questions auxquelles il faut répondre. C’est à travers ce jeu de quiz qu’on en apprend plus sur les enjeux numériques et sur ce qu’on peut faire pour se protéger.

mohican : La partie coopérative du jeu peut se faire de deux façons différentes. Comme tu l’as dit, il y a des quiz auxquels les joueurs doivent répondre. Il y a un joueur qui tient la carte avec la question dessus, mais les autres joueurs peuvent l’aider, ils peuvent donner leur opinion et essayer de l’aider à répondre à la question. C’est la première façon de faire. La deuxième façon de coopérer dans ce jeu : au fur et à mesure qu’on progresse sur le parcours, on tombe sur des cases « danger » et on peut acquérir des protections contre ces dangers. En fait, la coopération peut se faire lorsque par exemple un joueur arrive sur une case « danger » pour laquelle il n’a pas de protection, mais si un autre joueur de l’équipe a une protection il peut tenter de la lui transférer. Donc c’est en ça que ça devient aussi coopératif.

Isabella Vanni : Exactement. C’est le transfert de la protection qui a beaucoup plu aux bénévoles de l’Ubuntu Party en novembre dernier. Ils nous ont vraiment complimentés pour cet aspect du jeu. Est-ce que tu peux nous faire quelques exemples de dangers sur lesquels on peut tomber sur le plateau du jeu ?

mohican : On a conçu le jeu pour qu’il parle des enjeux du numérique d’une façon assez large, donc pas seulement les questions de logiciel libre. Il y a des dangers qui sont liés, bien sûr, au logiciel privateur, des dangers qui sont liés aux abus du copyright, mais il y a aussi des dangers notamment sur le fait d’être traqué sur l’Internet ; il y a des dangers par rapport à la centralisation des services internet. Je ne me souviens plus du cinquième, en tout cas il y a cinq dangers qui couvrent un petit peu quelque chose d’assez large pour les enjeux du numérique. Le dernier enjeu ce sont les actions liberticides, donc l’aspect plutôt juridique.

Isabella Vanni : J’aimerais dire que le jeu, en fait, a évolué. Au départ on n’avait pas les cartes quiz, on posait des questions aux personnes, mais il y avait un grand blanc, surtout si les personnes qui participaient étaient néophytes, voire pas du tout sensibilisées. L’idée d’ajouter des cartes quiz avec des questions QCM ou « oui ou non », « vrai ou faux », en fait est venue suite à un test, une sorte d’atelier qu’on a fait auprès du siège de Belugames, c’est-à-dire un éditeur de jeux coopératifs. On a eu la chance d’être accueillis et de pouvoir faire un test avec des professionnels du jeu coopératif.
mohican, est-ce que tu peux nous dire à quelle étape du projet du jeu du Gnou nous sommes aujourd’hui et, chose très importante, est-ce que les gens qui nous entendent peuvent déjà jouer au jeu du Gnou s’ils le souhaitent ?

mohican : On est dans une version bêta mais qui est assez aboutie. C’est-à-dire que ce qui nous manque maintenant c’est juste de réviser un peu tous les textes, ceux qui sont sur ces questions quiz et les différents descriptifs. Il faut qu’on affine les textes, il faut qu’on affine les graphismes, mais le jeu déjà en tant que tel est tout à fait jouable. On l’a déjà utilisé à plusieurs reprises. On continue à le tester, mais en réel, c’est-à-dire qu’on a déjà imprimé le jeu, c’est un brouillon bien sûr, mais on continue à l’utiliser vraiment.

Isabella Vanni : Les personnes peuvent télécharger les éléments graphiques. On mettra bien évidemment toutes les références, elles sont d’ailleurs déjà sur la page de l’émission d’aujourd’hui. Puisque c’est toi qui as fait beaucoup d’ateliers, de tests sur le jeu, je voulais savoir quels sont les retours de la part du public.

mohican : Ce sont des retours qui sont positifs parce que c’est quand même un sujet qui intéresse les gens. Ils ont toujours l’impression d’apprendre quelque chose en participant au jeu. Ce que je voudrais dire aussi, qui est très important sur ce mode de sensibilisation, par comparaison par exemple avec une conférence, c’est que là on a vraiment les participants qui sont actifs. Ils sont actifs et surtout ils interagissent entre eux. Ce n’est pas juste l’animateur qui va porter la bonne parole ; là on donne vraiment aux participants l’occasion d’échanger entre eux, de raconter leurs expériences, de se poser des questions ensemble, de chercher des réponses ensemble. Donc ils sont actifs et ça c’est important aussi pour les motiver et faire qu’ils s’intéressent vraiment à la chose et qu’ils se sentent entendus.

Isabella Vanni : Je te remercie pour ce retour. J’ai pu constater, en ayant animé des ateliers, que c’est très important aussi pour les animateurs parce qu’on se rend compte en fait de comment on peut améliorer le jeu et c’est important aussi pour les personnes qui pensent en savoir beaucoup. Il y a des personnes qui se sont présentées en disant « je suis libriste, je connais très bien ». Eh bien il y a des personnes qui n’ont pas répondu correctement par exemple à des questions concernant l’idée reçue de la gratuité du logiciel libre. Donc même les personnes qui pensent savoir peuvent apprendre des choses. C’est plutôt plaisant pour un jeu comme le nôtre.
Comme tu disais, on peut déjà jouer, mais il y a encore de la relecture, de la rédaction à faire concernant notamment les cartes quiz, les textes qui accompagnent le jeu. On a aussi trouvé un bénévole qui va réaliser la partie design. Est-ce que tu peux nous dire comment contribuer au jeu ?

mohican : C’est vrai qu’en ce moment c’est un peu difficile de se rencontrer et c’est quand même important de pouvoir faire des réunions pour discuter. On en a fait une, bien sûr en vidéoconférence, il y a quelques jours. C’est vrai que pour les gens qui seraient nouveaux, qui voudraient contribuer sans faire partie du groupe Sensibilisation, ça va être un peu plus compliqué. Par contre, je pense que pour ce qui est de la relecture des textes par exemple, ça peut se faire de façon assez simple. Il faudra télécharger les quiz, tous les intitulés des questions et les réponses et relire. Ce dont on a besoin, par exemple, c’est de deux choses : c’est d’une part que les textes soient vraiment compréhensibles pour un public relativement jeune ; avec ce jeu, d’une part on vise le grand public. Et ce jeu peut se jouer dès l’âge du collège, donc on veut aussi que le vocabulaire utilisé, les tournures de phrase soient compréhensibles pour des jeunes. Ça c’est la première chose à bien regarder.
La deuxième chose c’est que ça soit formulé, que les questions soient formulées de façon non ambiguë pour qu’il n’y ait pas d’hésitation sur ce qu’il faut répondre, oui ou non, à telle ou telle question.

Isabella Vanni : Très bien. C’est important. On a besoin de relecteurs, de personnes qui nous aident à rédiger de nouvelles questions éventuellement. On me dit que notre temps est terminé.
mohican, je te remercie beaucoup d’avoir participé et j’espère qu’on pourra voir notre jeu finalisé bientôt. Merci beaucoup.

mohican : Merci à vous.

Frédéric Couchet : Merci à Isabella et à mohican. C’était le jeu du Gnou. Vous retrouverez les références sur april.org et sur causecommune.fm.

Annonces

Frédéric Couchet : Je vais faire les annonces finales, peut-être pas toutes parce que je regarde le temps. Quelques-unes.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Jeudi dernier on a fait une Antenne libre April/Cause Commune sur les services en ligne libres, éthiques, la continuité pédagogique et les CHATONS, le Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Le podcast est disponible sur le site causecommune.fm et sur le site april.org. Consultez le site des CHATONS avec un « S », chatons au pluriel point org. [chatons.org]
Demain soir il y a une Antenne libre Cause Commune donc mercredi 25 mars à 22 heures sur le thème de vivre mieux le confinement avec des membres des différentes équipes de la radio. Soyez au rendez-vous.
On vous a mis également en ligne une playlist des morceaux de musique libre diffusés dans Libre à vous !, donc huit heures de musique. Un grand merci aux artistes qui ont fait ces titres de musique libre. N’hésitez pas à l’écouter.
On a également toujours besoin d’aide pour le traitement des podcasts pour soulager Sylvain Kuntzmann et Olivier Grieco.
C’était les principales annonces que je fais assez rapidement pour tenir.

À 17 heures, pour les personnes qui nous écoutent sur Internet et en DAB, il y a une émission, je lis : les relations numériques au travail. C’est l’émission Cause à effet à 17 heures en DAB+ et sur Internet.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Emmanuel Revah, Alexis Monville, mohican, Isabella Vanni.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Asgavari.
Merci également à Sylvain Kuntzmann qui va s’occuper du traitement du podcast. Merci à Quentin Gibeaux qui va s’occuper de la découpe du podcast.
Vous retrouverez sur notre site web april.org toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d’amélioration. Toutes vos remarques et questions sont, bien sûr, les bienvenues. Vous pouvez nous contacter notamment par courriel.

Nous vous remercions d'avoir écouté l’émission qui a été, comme je vous l’ai dit au début, enregistrée dans des conditions particulières suite au confinement. Toutes les personnes étaient chez elles. Chez moi j’avais demandé un peu le silence, mais je ne l’ai pas trop obtenu.
Si vous avez aimé l’émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites également connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 31 mars 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur la politique logiciel libre de la ville de Fleury-les-Aubrais.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi prochain et d’ici là, prenez soin de vous et des autres.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Faites des conférences audio avec notre nouveau service Chapril basé sur Mumble

lun, 03/30/2020 - 10:29

L'équipe Chapril a le plaisir d'annoncer l'ouverture d'un nouveau service pour faire des conférences audio basé sur Mumble :

https://mumble.chapril.org/

Utilisez notre service dans votre navigateur web. Ou installez un logiciel client sur votre machine. Vous pouvez consulter une documentation.

En ces temps de confinement, un tel outil est important pour maintenir les échanges et les liens entre les gens. Un des intérêts majeur de Mumble est sa capacité à fonctionner avec de petites connexions. Ces autres points forts sont sa qualité audio et sa fiabilité. Passé le cap de la configuration, c'est un outil libre formidable. N'hésitez pas à l'utiliser pour vous ou votre entourage.

Pour rappel, le Chapril est une plateforme de l'April qui met à disposition de tout le monde des services libres en ligne. Ouvert en 2018, le Chapril se fait en tant que membre du projet CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) lancé par Framasoft.

Venez découvrir tous les services du Chapril :

Comment se défendre face aux géants d’internet - Grand bien vous fasse - France Inter

lun, 03/30/2020 - 08:38


Titre : Comment se défendre face aux géants d’internet (GAFA) ?
Intervenant·e·s : Anne-Sophie Jacques - Maxime Guedj - Hélène (auditrice) - Pierre-Yves Gosset (en off) - Giulia Foïs - Ali Rebeihi
Lieu : Émission Grand bien vous fasse, France Inter
Date : février 2020
Durée : 45 min [la chronique « Pas son genre » de Giulia Foïs n'est pas transcrite]
Écouter ou enregistrer le podcast
Présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Association, image Pixabay - Pixabay License
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Ali Rebeihi : Bonjour à tous Soyez les bienvenus en direct ou en podcast.
Comment se défendre face aux titans d’Internet ? Le combat est-il déjà perdu d’avance ? Quelles sont les armes des consommateurs et des citoyens face à la puissance jamais égalée de Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft. Les GAFAM, les fameux cinq cavaliers qui ont pris d’assaut notre vie sociale, privée, intime, professionnelle, publique. Cinq cavaliers qui ont bien sûr facilité notre quotidien mais qui ont également capté notre attention, notre temps de cerveau de disponible, nous ont rendus accros à leurs outils et services numériques. Comment a-t-on pu accepter cette servitude volontaire sans se défendre ? Est-il encore possible d’échapper à cette emprise ? Quelles sont les pistes pour jouir d’un Internet libre et sans entrave ? Nos invités vous délivrent quelques conseils pour reprendre un peu de pouvoir face aux GAFAM.
Avec nous ce matin la journaliste Anne-Sophie Jacques et le consultant Maxime Guedj.
Et vous, comment vous défendez-vous face aux géants d’Internet ? Au contraire, avez-vous aboli toute velléité d’autodéfense numérique en faisant confiance aux GAFAM ? 01 45 24 7000, sans oublier l’appli France Inter et la page Facebook de Grand bien vous fasse.
Vers 11 heures moins 25 vous retrouverez la combattante Giulia Foïs pour sa chronique « Pas son genre ».
Bienvenue dans Grand bien vous fasse, la vie quotidienne, mode d’emploi.

Voix off : France Inter. Grand bien vous fasse. Ali Rebeihi.

Ali Rebeihi : Bonjour Anne-Sophie Jacques.

Anne-Sophie Jacques : Bonjour.

Ali Rebeihi : Vous êtes journaliste indépendante. Bonjour Maxime Guedj.

Maxime Guedj : Bonjour.

Ali Rebeihi : Vous êtes ingénieur, consultant, indépendant également et vous publiez ensemble aux Arènes Déclic ou « Comment profiter du numérique sans tomber dans le piège des géants du Web ». Dans ce livre vous militez pour un Internet libre, sans surveillance et sans dépendance. C’est encore vraiment possible Anne-Sophie Jacques ?

Anne-Sophie Jacques : Oui, c’est encore vraiment possible. En fait toute la découverte de ce livre, quand on a commencé la rédaction avec Maxime, c’est de réaliser, déjà à partir du constat que vous venez de dresser en introduction, qu’effectivement on est quand même très coincés vis-à-vis de ces géants du Web, vous l’avez dit, qui nous manipulent, qui créent des services, qui nous rendent complètement accros.

Ali Rebeihi : Mais qui ont également amélioré notre quotidien !

Anne-Sophie Jacques : Certes, ils ont amélioré notre quotidien, mais à quel prix ! C’est l’objet du livre aussi et du constat que l’on fait. Dans notre enquête, ce qu’on a surtout réalisé, ce qu’on n’avait pas encore vu avant de commencer, c’est qu’il y a énormément de gens qui se battent pour les libertés sur Internet. Il y a une communauté qui est énorme, avec un enthousiasme qui est fou et pas depuis hier, depuis au moins 30 ans. De toute façon le Web c’est tout jeune, ça a à peine 30 ans, ce n’est rien du tout, c’est une grosse génération.

Ali Rebeihi : Maxime Guedj.

Maxime Guedj : Ce qu’on peut dire c’est que c’est vrai que ça amélioré certaines choses, ça nous fait peut-être gagner du temps en termes d’efficacité. Maintenant, on voit qu’il y a quand même pas mal de gens qui cherchent aussi à faire des vacances détox, à se déconnecter de plus en plus, donc c’est aussi ça qui, en partie, nous a poussés à la nécessité d’écrire ce livre. Au fur et à mesure que cette défiance monte également au sein du monde des technologies et puis de la part des usagers, il y a une forme de défiance qui se construit autour de ça. L’idée c’est aussi de dire qu’il ne faut peut-être pas tout jeter, mais en fait à l’intérieur, dans le numérique, il y a aussi d’autres façons d’envisager le numérique, d’autres façons de le concevoir pour que ça respecte aussi les citoyens, nos libertés et notre vie privée.

Ali Rebeihi : Rappelez-nous quelle est la puissance actuelle des géants du Web, que l’on appelle donc les GAFAM, Google Amazon, Facebook Apple et Microsoft. Ces GAFAM n’ont jamais autant concentré de pouvoirs dans l’histoire de l’humanité ?

Maxime Guedj : C’est étonnant, mais quand on regarde en termes de capitalisation boursière aux États-Unis, Google, Amazon, Microsoft et Apple sont à mille milliards de dollars ; Facebook est autour de 500/530 je crois. Pour une comparaison, c’est Exxon qui est à 250 milliards.

Ali Rebeihi : La compagnie pétrolière.

Maxime Guedj : Voilà, la compagnie pétrolière. Donc on voit qu’on est passé dans une autre phase. Bien sûr que l’extraction des minerais sur la planète continue, mais je dirais que le nouveau minerai à extraire aujourd’hui, qui a le plus de valeur, c’est la donnée et ce minerai est extrait à travers toutes ces plateformes que l’on utilise chaque jour.

Ali Rebeihi : Sans tomber dans la paranoïa, peut-on dire que ces géants du Web ont pris le pouvoir dans nos vies, que nous sommes tous devenus dépendants de leurs outils et services ?

Anne-Sophie Jacques : C’est vrai qu’on est dépendants, mais comme le disait Maxime, ce qui va intéresser ces géants qui sont devenus énormes, c’est en fait notre donnée, c’est ce qui nous appartient, c’est tout ce qu’on fait, tout ce qu’on mange, tout ce qu’on voit, tout ce qu’on lit, tout ce qu’on aime. C’est ça qui les intéresse. Les outils peut-être qu’ils nous rendent service, mais ces outils sont là pour capter le plus de choses sur nous.
Donc on réalise que cette grande phrase qui est connue aujourd’hui « quand c’est gratuit c’est nous le produit » va bien au-delà de ça. Nous ne sommes plus qu’un produit, il n’y a plus que ça qui les intéresse. C’est là où il faut effectivement faire un pas de côté et se dire qu’on n’a pas envie d’être juste un consommateur à la solde de ces géants qui ont pris un pouvoir énorme et qu’on peut faire autrement.

Ali Rebeihi : Nous autres citoyens et consommateurs ne sommes pas à armes égales, c’est un peu comme si sur un ring Mike Tyson combattait contre Jean-Claude Dusse des Bronzés. C’est un peu ça le rapport de force.

Anne-Sophie Jacques : C’est vrai qu’on pourrait parler d’un combat du pot de terre contre le pot de fer, mais il y a des combats de pot de terre qu’il faut mener. Je pense que c’est vraiment capital et je pense qu’on est pile au moment, là, dans l’histoire de ce Web, où on peut nous, citoyens, essayer de faire basculer les choses et rejoindre un mouvement dont je disais tout à l’heure qu'il est ancien et sur lequel on peut s’appuyer, duquel on peut s’inspirer. On peut parler de Edward Snowden qui est assez connu du grand public, qui a révélé en 2013 que les services secrets américains surveillaient l’ensemble des compatriotes de Edward Snowden1, surveillaient toute la population, voire toute la population du monde. Ils se sont servis pour cela des plateformes que sont Facebook et compagnie. On peut s’inspirer de ces gens qui ont fait ces révélations, qui se sont privés eux-mêmes de liberté pour sauver nos libertés à nous.

Ali Rebeihi : Le problème c’est que nous sommes tous très accrochés, nous sommes une grande majorité à nous considérer comme dépendants de nos objets connectés. Pour beaucoup, oublier son smartphone ou ne plus avoir de batterie c’est une source d’angoisse avec cette peur de rater quelque chose. C’est le fameux FOMO, Fear of missing out, en français je crois que ça s’appelle nomophobie. On est tous accrochés, Maxime Guedj

Maxime Guedj : Oui, c’est vrai que c’est devenu indispensable et certains peuvent même le décrire presque comme une extension de notre corps. Après, est-ce que finalement c’est son caractère indispensable qui est si problématique ? Notre frigo, notre machine à laver nous sont indispensables, pour autant ça ne semble pas nous poser autant de problèmes que le téléphone.
Je pense que ce qui s’est passé c’est qu’on avait à la base un outil technologique. Un outil c’est à notre service et, au départ, l’informatique c’était effectivement pour nous simplifier la vie et faciliter un certain nombre de choses, faire de nouvelles découvertes scientifiques et le Web, à la base, c’était ça, c’était un espace de partage de la connaissance. Sauf que voilà, il y a eu cette bascule avec le modèle économique qui a été découvert, notamment par Google, à travers la captation de données et qui s’est généralisé maintenant à l’ensemble des produits en ligne qui s’adressent au grand public.
Par contre j’aurais tendance à dire, et ce qu’on a essayé de montrer dans le livre c’est aussi ça, c’est-à-dire qu’on aimerait un peu dire qu’on n‘est pas bloqués, contrairement peut-être, si vous voulez, à d’autres secteurs où effectivement on est très dépendants de grosses industries et où effectivement les petits pas permettent de changer les choses, mais pas forcément tout, avec le numérique, si vous voulez, on change d’application. On parle à l’intérieur du livre par exemple de Signal par rapport à Messenger.

Ali Rebeihi : Rappelez ce qu’est Signal.

Maxime Guedj : Signal est une application de discussion instantanée qui est chiffrée, qui est recommandée par Edward Snowden, ce n’est pas très compliqué de le faire et une fois qu’on le fait on invite aussi ses amis à le faire et là, collectivement on peut déjà retrouver de l’espace en termes de vie privée.

Ali Rebeihi : En 20 ans nous avons assisté à une extension du numérique dans tous les domaines de notre vie, nous rendant disponibles, flexibles, multitâches, réactifs tout le temps, jour et nuit ; tout cela a des conséquences bien réelles sur nos vies, Anne-Sophie Jacques. Nous sommes devenus impatients et tous ces outils et services ont pompé notre attention. Ce sont des vampires numériques pour vous ?

Anne-Sophie Jacques : Vous avez dit tout à l’heure que nous sommes tous accros, ce qui est vrai, on est quand même tous assez accros de notre petite machine, mais ce n’est pas un hasard en fait. Il faut savoir que ces géants-là embauchent des armées de psychologues, de gens qui étudient la façon dont notre cerveau fonctionne pour faire en sorte qu’on y reste le plus longtemps possible.
Quand on a commencé ce livre, on se disait c’est un peu comme si on réalisait que matin, midi et soir on mangeait des plats surgelés, peut-être des pizzas, des hamburgers, des frites, on buvait du soda et que, en fait, on pouvait aussi commencer à refaire de la cuisine, à retourner sur le marché le matin, à découvrir d’autres aliments, à se réapproprier des recettes qui ont été accaparées par ces géants qui en font un business de fou.

Ali Rebeihi : Maxime Guedj, ces géants du Web, ce sont des vampires numériques qui vident nos capacités de concentration, d’attention ?

Maxime Guedj : Oui. J’aurais tendance à tempérer cette vision un peu diabolisante, on va dire, des géants. Je pense que c’est ce qu’on s’est attachés à expliquer dans le livre : on a essayé de déplier tout ça. C’est aussi le résultat d’un mode de financement particulier dans le monde des startups qui est fait aussi de pressions économiques. Est-ce que c’était forcément une volonté à la base de capter nos données ?

Ali Rebeihi : Non. Je ne crois pas.

Maxime Guedj : En tout cas ce qui s’est passé, c’est ce qui s’est retrouvé à être le plus rentable économiquement et effectivement, pour une entreprise comme Google, ce sont des entreprises lucratives, la recherche c’est d’augmenter le profit. C’est pour ça qu’on regarde aussi dans le livre des alternatives d’organisation autour des associations, de coopératives, d’autres entreprises aussi mais qui prennent des modes de structuration différents, qui ne cherchent pas forcément à lever des fonds par les leviers classiques pour essayer de s’extraire effectivement de ces pressions.

Ali Rebeihi : Au départ, Internet fut d’abord un immense terrain de liberté, Maxime Guedj.

Maxime Guedj : Oui. Personnellement je m’en souviens.

Ali Rebeihi : À la soif de connaissance et de liberté s’ajoute très vite la soif de profit.

Anne-Sophie Jacques : C’est vrai que c’est comme si on avait découvert un immense territoire, un territoire pour le coup très foisonnant. Je ne sais pas si vous vous souvenez de vos premiers pas sur Internet quand on découvrait les blogs, les sites d’info faits de bric et de broc, il y avait des choses très inventives et c’était vraiment un endroit conçu pour qu’on partage la connaissance. Il faut bien avouer qu’aujourd’hui la connaissance est plutôt capturée, elle est plutôt enfermée et il est peut-être temps de se dire qu’Internet est un bien commun. Je ne dis pas qu’à ses départs le Web était merveilleux, était fabuleux, mais c’était comme un pays très complet avec des choses plus ou moins belles, plus ou moins fortes, et ce pays-là, en fait, il nous a été confisqué.

Ali Rebeihi : Maxime Guedj.

Maxime Guedj : Pour tirer la métaphore, je dirais qu’il faut peut-être décoloniser en fait ce territoire des GAFAM et retrouver notre indépendance.

Ali Rebeihi : C’est fort comme terme !

Maxime Guedj : Si vous voulez, c’est fort, après ça dépend de chacun et de ce qu’il entend, la connotation qui va être reliée à ce terme, mais aujourd’hui on n’est pas indépendants. Si vous êtes sur Messenger pour parler à vos amis, Messenger qui est l’application de messagerie instantanée proposée par Facebook, si un de vos amis veut communiquer avec vous et que vous êtes sur Messenger eh bien cet ami sera obligé de se soumettre aux conditions générales d’utilisation de Facebook pour pouvoir communiquer avec vous. Ce n’est pas du tout le cas par exemple avec les opérateurs téléphoniques. Si demain Orange vous disait que vous ne pouvez plus appeler ni envoyer de textos à des personnes qui sont chez Free, Bouygues ou autre, eh bien ce serait tout à fait scandaleux. Pourtant c’est ce qui se passe aujourd’hui dans le domaine du numérique avec ces géants.

Ali Rebeihi : Avec quelle recette les GAFAM ont-ils connu une expansion et une telle domination au cours de ces 20 dernières années ?

Anne-Sophie Jacques : Avec quelle recette ? Comme Maxime le disait tout à l’heure, c’est vraiment avec le fait de comprendre que plutôt que de nous vendre un service on allait proposer des choses gratuites sur Internet, un service gratuit et que, en échange, ce qui allait nourrir leur modèle économique, c’est la donnée. La donnée c’est de savoir, comme je le disais, ce qu’on fait. Mais en fait, la donnée c’est même plus intime que ça, c’est-à-dire que là on va chercher au fond de nous, au cœur de nous, de nos émotions, de nos pensées, et c’est ça qui est dangereux en fait.

Maxime Guedj : Maintenant on parle beaucoup d’intelligence artificielle qui n’est que la suite de ces algorithmes qui deviennent juste de plus en plus perfectionnés, c’est-à-dire qu’ils ont tellement de données que maintenant le but du jeu, si j’ose dire, c’est d’anticiper.

Ali Rebeihi : De prédire.

Maxime Guedj : De prédire nos prochains comportements et on voit bien que ça peut avoir tout un tas d’applications effectivement dans le monde commercial.

Ali Rebeihi : Comment se défendre face aux géants du Web, les GAFAM, Google, Amazon Facebook, Apple, Microsoft ? N’hésitez pas à témoigner au 01 45 24 7000. Alexia Rivière, Julia Macarez et Clément Martin m’ont aidé à préparer cette émission réalisée par Claire Destacamp. Belle journée à l’écoute de France Inter.

Pause musicale : Vertige de l'amour par Alain Bashung.

Ali Rebeihi : Alain Bashung, Vertige de l'amour.

Voix off : Hou la, la, je capte mal la Wifi.
Grand bien vous fasse
Il faut peut-être redémarrer la box.
Ali Rebeihi.
Tu sais que moi aussi je vais sur le Facebook.
Sur France Inter.

Ali Rebeihi : 10 heures 23, comment se défendre face aux géants d’Internet, les fameux GAFAM, Google, Amazon, Facebook, Apple Microsoft ? Toutes vos questions au 01 45 24 7000.

Voix off : Cette nuit Léa a fait un cauchemar. La ville était contrôlée par un géant tellement partout dans les rues, dans les existences, que c’était comme s’il avait sucé la vie et le cerveau des gens. Léa a rêvé de l’ogre GAFAM.
GAFAM, c’est un mot qui reprend la première lettre de Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, les marques les plus cool du monde. Pourquoi parler d’ogre alors ?
Parce que GAFAM désigne plus largement ces géants des technologies à ce point importants dans l’économie et dans nos vies qu’ils en deviennent inquiétants, car ce sont tout d’abord des entreprises qui cherchent à faire du profit.
Au début le rêve était cool, le géant, appelons-le Georges, était prêt à tout pour aider tout le monde : besoin d’un bon resto, Georges avait la réponse et, en plus, il disait comment y aller. Et pour acheter des livres, des vêtements, de la musique, n’importe quoi, il était encore là. Et puis le rêve devenait angoissant. Le père de Léa est commerçant, si Georges ne parlait pas de lui, il n’avait pas de clients ! À la fin, on réalisait qu’en échange de ses services Georges avait pris le contrôle, il vous suçait le cerveau, les infos persos et toute votre mémoire. Le pire, c’est qu’il vendait toutes ces données à des publicitaires ou mieux ! à des hommes politiques pour manipuler Léa. Le rêve était devenu un cauchemar.
C’est ça le géant GAFAM : un monstre qui prend tout l’oxygène, qui empêche toute diversité.

Ali Rebeihi : Extrait des Clefs du Numérique2, écrit et narré par notre camarade Bruno Duvic.
Maxime Guedj, Anne-Sophie Jacques, vous publiez donc Déclic, « Comment profiter du numérique sans tomber dans le piège des géants du Web ». Vous l’avez dit tout à l’heure, les GAFAM collectent nos données pour analyser nos comportements mais désormais il faut prédire nos désirs, synonyme de nouveaux marchés à conquérir. Les GAFAM ont largement investi un domaine comme la recherche cognitive. Quels sont les grands domaines de recherche Maxime Guedj ? Je pense aux biais cognitifs. Je rappelle qu’un biais cognitif ça tort la réalité en l’analysant avec des raisonnements irrationnels et illogiques et les GAFAM investissent beaucoup dans ce domaine-là.

Maxime Guedj : Oui. C’est vrai. Si vous voulez, le design des interfaces va définir – les interfaces c’est l’écran qu’on voit quand on utilise ces applications – va définir nos capacités d’usage mais aussi, potentiellement, influencer nos comportements.
Donc pour l’étape qui a suivi et qui, effectivement, devient de plus en plus étudiée au sein de cette industrie, c’est de comprendre, même à un niveau psychologique, que si je vais mettre le bouton de notification en rouge, en vert, en bleu, ça va agir différemment sur l’usager.
Pour revenir au niveau des biais cognitifs, il y en a tout un tas qui ont été très bien listés par l’économiste Daniel Kahneman3 qui a eu le prix Nobel d’économie pour ça. C’est important de les connaître pour s'en sortir.

Ali Rebeihi : Exemple, le biais de confirmation qui consiste à privilégier la recherche d’informations qui confirme nos idées préconçues.

Maxime Guedj : Voilà. Exactement. Ça c’est parfait aujourd’hui pour les algorithmes qui vont trier toutes les informations qu’on a dans nos fils d’activité, que ce soit sur Facebook ou Instagram, qui vont continuer de nous fournir des informations qui restent dans notre confort et qui vont ainsi avoir tendance à renforcer encore plus ce biais cognitif et à réduire, finalement, nos capacités à penser les choses autrement ou même à voir qu’il y a d’autres possibilités de voir les choses.

Ali Rebeihi : Anne-Sophie Jacques.

Anne-Sophie Jacques : Tout à l’heure, dans l’extrait, on a entendu le mot « manipulation » ; on en est vraiment là. Il y a eu un scandale qui a été formidable pour justement comprendre ce principe de manipulation, c’est le scandale de Cambridge Analytica, découvert en 2018 grâce à un lanceur d’alerte. Cambridge Analytica4 c’est le nom d’une agence marketing en Angleterre qui a avoué sur son site que son but c’est de prendre les données des utilisateurs notamment de Facebook et de se servir de ces données pour les manipuler, pour leur donner des consignes de vote. En l’occurrence, le scandale de Cambridge Analytica nous a montré que l’élection de Trump a été favorisée par toute cette armée de marketeurs qui ont ciblé des gens qui ne savaient pas encore pour qui voter, mais qui ont reçu, sur leur fil Facebook, tout un tas de vidéos qui leur ont fait finalement voter Trump, une façon, pour eux, de voir le monde selon Trump. C’est assez inquiétant.

Ali Rebeihi : Vous rappelez dans vote livre que les GAFAM dépensent des sommes considérables pour acheter ou inventer des services qui ont pour but de collecter toujours plus de données.

Anne-Sophie Jacques : C’est ça. En fait à chaque service offert on peut dire « chouette, Google sort un nouveau service » ou « chouette, Google rachète une grosse entreprise » et ils en rachètent énormément, ils ont énormément de moyens. En fait, non ! Tout ça a pour seul but de faire en sorte d’extraire toujours plus de données.

Ali Rebeihi : Bonjour Hélène, bienvenue.

Hélène : Bonjour.

Ali Rebeihi : Vous appelez d’où Hélène ?

Hélène : J’appelle de Marseille.

Ali Rebeihi : Comment faites-vous pour vous défendre face à ces géants du Web avec vos petits moyens ?

Hélène : En fait, les géants du Net n’ont de pouvoir que parce que nous leur en donnons finalement, parce nous utilisonsleurs services. Il y a des alternatives à Facebook – il y a Diaspora5 par exemple ; à Google Chrome – il y a des navigateurs libres. À côté des géants il y a énormément d’alternatives qui existent, qui ont été créées de façon collaborative et qui sont créées justement pour éviter la captation du pouvoir par un géant privé. Il y a un site qui existe, qui s’appelle degooglisons-internet.org6, qui liste la totalité des alternatives à tous les logiciels possédés par des GAFAM. C’est super intéressant.

Ali Rebeihi : Comment vous faites au quotidien ? Donnez-nous un exemple Hélène.

Hélène : Un exemple je n’ai pas Google Chrome. J’utilise Qwant [Firefox, NdT]. Je ne vais jamais faire de recherches sur Google, je vais sur DuckDuckGo. En fait, j’ai changé tous les logiciels de mon ordinateur, je suis d’ailleurs sur un système libre, Linux [GNU/Linux], ce n’est pas Microsoft par exemple. Je fais tout simplement attention à ne pas utiliser les services des GAFAM.

Ali Rebeihi : Anne-Sophie Jacques.

Anne-Sophie Jacques : Très intéressant le témoignage d’Hélène. C’est bien. Elle a vraiment compris une chose fondamentale, c’est que si ces géants existent c’est aussi parce qu’on les utilise et qu’on peut très bien utiliser des outils qui existent par ailleurs. Elle a cité « Dégooglisons Internet » qui est une initiative de l’association Framasoft7, qu’on vous engage à découvrir, qui est une association qui est super, on en parle beaucoup dans le livre, qui permet et qui donne accès à tout un tas d’outils qui sont libres. En fait, ce sont des outils simples qui ne vont pas récupérer nos données, qui ne vont pas nous pister, qui ne vont pas nous surveiller. Ils sont là, ils attendent juste qu’on les prenne et qu’on s’en empare.

Ali Rebeihi : Merci beaucoup Hélène de nous avoir appelés.
Il n’y a pas que d’affreux gauchistes ou libertaires qui tirent la sonnette d’alarme. Certains piliers de l’industrie du Web s’alertent. Je pense à Roger McNamee, l’un des premiers investisseurs de Facebook. Pour Roger McNamee, Facebook est en train de tuer, dit-il, la démocratie. Il dénonce également le comportement, irresponsable selon lui, d’Alphabet, Alphabet c’est la maison mère de Google. C’est fort ce que nous dit Roger McNamee.

Maxime Guedj : Oui. Tout à fait, c’est extrêmement fort et si vous voulez, à l’intérieur de cette industrie, il y a de plus en plus de gens qui s’en rendent compte. Moi aussi j’ai cru aux promesses des start-ups et de ce milieu-là et aujourd’hui on voit bien que c’est extrêmement compliqué. Les pressions économiques qui sont en place permettent difficilement de trouver d’autres modèles. C’est pour ça qu’on parle de ces autres outils, de ces autres initiatives. Je remercie beaucoup Hélène d’avoir parlé de ces outils qu’on liste notamment dans le livre et j’espère que de plus en plus de gens vont les découvrir.

Ali Rebeihi : Et Sean Parker, toujours actionnaire de Facebook et premier président de Facebook, déclare que Facebook rend délibérément ses utilisateurs accrocs. Il s’inquiète des comportements encore inconnus sur les enfants. Anne-Sophie Jacques.

Anne-Sophie Jacques : Oui. Il faut les écouter, parce que eux ont vraiment fait partie de la machine, en font peut-être même encore partie et quand on parle de dangers pour la démocratie ce ne sont pas des mots en l’air, il faut les prendre très au sérieux. Quant à ce que l’utilisation des écrans sur nos enfants peut engendrer, on n’a pas encore trop d’idées, j’imagine que ça va être très documenté. Quand il compare Snapchat qui est une messagerie, une application plutôt pour les ados, qui est très utilisée – mon fils passe un temps fou sur cette appli.

Ali Rebeihi : Le massage est passé.

Anne-Sophie Jacques : J’espère qu’il lira le livre. On en parle souvent. Quand il compare Snapchat à de l’héroïne !

Ali Rebeihi : Il vous dit ça ?

Anne-Sophie Jacques : Non, pas mon fils !

Maxime Guedj : C’est Justin Rosenstein, de chez Facebook, qui compare le pouvoir addictif de Snapchat à l’héroïne et il en sait quelque chose ! C’est lui qui a inventé le bouton « like » sur Facebook.

Anne-Sophie Jacques : Ce ne sont pas des mots en l’air, en fait. C’est vrai que quand on en parle avec les parents, qu’on leur dit : « Tu sais, il compare à de l’héroïne », les parents disent : « Oui, mais qu’est-ce que tu veux, ils sont devant leurs écrans » et c’est assez étonnant, assez inquiétant aussi qu’on ne fasse pas le rapport et qu’on ne dise pas : « Si ton fils avait une seringue dans la chambre est-ce que tu lui laisserais la seringue à portée de main ? » Non, on ne le fait pas encore, mais je pense qu’il y a quand même une prise de conscience qui est en train d’arriver et qui va porter tout ça.

Ali Rebeihi : Comment agissez-vous avec votre fils ?

Anne-Sophie Jacques : Je ne suis pas un bon exemple. Il est grand maintenant, donc ce n’est pas facile de lui piquer son portable, d’ailleurs ça n’aurait aucun sens. J’ai assez confiance en fait en cette génération qui arrive, qui est effectivement toujours plantée devant son écran, mais j’ai assez confiance en elle sur le fait de se dire qu’ils peuvent aussi récupérer énormément de liberté en s’en débarrassant, que eux aussi ont le choix de faire autre chose. Voilà ! Je pense que s’ils doivent passer par cette étape complètement accros au téléphone, à le regarder jour et nuit, je pense qu’ils vont passer aussi par l’étape de « ah, ah, il y a un autre monde vachement plus libre, vachement plus sain, où je récupère de mon temps de cerveau et ce monde-là va être génial à investir. »

Ali Rebeihi : Est-ce que le Réglement général sur la protection des données est vraiment utile, le fameux RGPD, censé protéger nos données ? Expliquez-nous peut-être d’abord comment ça fonctionne. Qu’est-ce que c’est concrètement ce RGPD8 ?

Anne-Sophie Jacques : C’est un règlement européen qui a été adopté par la Commission européenne en 2013 [par le Parlement européen le 27 avril 2016, NdT] si mes souvenirs sont bons. L’avantage du Règlement c’est qu’il s’applique à l’ensemble des pays membres de l’Union européenne et ce Règlement impose à tout service, tout site qui récupère nos données personnelles – nos noms, nos prénoms et plus – de nous en informer, de nous dire qu’il les récupère et à nous de dire si on est on est d’accord ou pas. C’est pour ça qu’aujourd’hui quand vous ouvrez un site, vous avec un bandeau. Des fois le bandeau est tout petit, des fois les boutons, on a parlé des boutons tout à l’heure, sont un peu cachés, on ne les voit pas, c’est un petit peu compliqué. Il faut savoir que ce Règlement est hyper-important. On peut penser que ça ne va pas assez loin, mais l'Europe on est les seuls au monde à s’être protégés de l’extraction de nos données via ce règlement.

Ali Rebeihi : Comme beaucoup, par exemple moi je clique sur « oui », parce que je suis un peu pressé, que je n’ai pas envie de cocher d’autres cases. On est beaucoup à être comme ça, à dire « oui », à accepter.

Maxime Guedj : Oui. C’est vrai.

Ali Rebeihi : C’est mon problème !

Maxime Guedj : La CNIL [Commission nationale de l'informatique et des libertés] travaille beaucoup à ce niveau-là. C’est la question du consentement, c’est-à-dire que normalement il faudrait que le bouton « Refuser » soit de la même taille, exactement pareil, à côté du bouton « Accepter ».
Je voudrais ajouter sur le RGPD, ce que le RGPD change véritablement et apporte c’est que jusque-là il n’y avait pas vraiment de statut quant à nos données personnelles et sur le fait qu’elles pouvaient être commercialisées. On disait après tout si vous utilisez Google, c’est qu’elles appartiennent à Google. Ce que le RGPD apporte c’est de dire : vos donnés sont personnelles. Le propriétaire, la propriétaire des données c’est la personne qui génère ces données. Ça, c’est quand même un changement radical vis-à-vis de notre position avec les données. On peut espérer que ça va engager de plus en plus les entreprises à nous respecter.

Ali Rebeihi : Dans quelques instants vous nous délivrerez vos conseils de base, quelques conseils d’autodéfense numérique. En attendant il est temps de retrouver la chronique « Pas son genre » de Giulia Foïs.

Chronique « Pas son genre » de Giulia Foïs, non transcrite.

Voix off : Grand bien vous fasse sur France Inter.

Ali Rebeihi : 10 Heures 46. Comment se défendre face aux géants d’Internet, les fameux GAFAM, Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft ? Toutes vos questions au 01 45 24 7000.
Maxime Guedj, Anne-Sophie Jacques, je rappelle que vous publiez aux Arènes Déclic. L’une des clefs pour reprendre le pouvoir face à ces géants du Web c’est peut-être de basculer vers le logiciel libre. Expliquez-nous comment ça fonctionne. C’est l’équivalent d’une recette de cuisine en accès libre où chacun peut améliorer la recette ? C’est un peu ça ?

Maxime Guedj : Si vous voulez un logiciel, quand il est exécuté par un ordinateur, on ne peut pas véritablement savoir quelle est sa recette, en fait. On parlait de plats préparés, on ne peut pas remonter à la recette.
La différence avec un logiciel libre c’est que son code source, c’est-à-dire les instructions qui ont été écrites par des développeuses, des développeuses pour faire fonctionner ce logiciel, est public, donc on peut inspecter comment fonctionne ce logiciel et s’assurer qu’à l’intérieur il n’y a pas de mouchards ou de choses qui n’iraient pas dans le sens de l’usager.
L’autre chose que ça apporte c’est qu’on peut modifier ce logiciel, donc on peut l’adapter à nos propres besoins. Il y a un exemple qu’on évoque dans le livre qui est particulièrement intéressant de ce point de vue, c’est une femme qui a un pacemaker. Il faut se rappeler qu’aujourd’hui on a des logiciels partout, ce n’est pas que dans nos téléphones, c’est aussi dans plein de dispositifs. Donc cette femme a un pacemaker, elle était enceinte, elle a eu des palpitations et ça faisait fonctionner son pacemaker d’une mauvaise manière, ça l’activait alors qu’il ne fallait pas. Elle a contacté l’industriel qui faisait ce pacemaker pour lui indiquer qu’il y avait ce problème, simplement il ne voulait pas changer le logiciel puisque ce n’était pas forcément rentable de s’intéresser juste à cette petite part de la population, ce cas extrême. Si le logiciel de ce pacemaker avait été libre, eh bien elle aurait pu soit elle-même soit avec des développeurs ou des développeuses le modifier pour l’adapter à son cas particulier.
Même d’un point de vue respect de l’environnement c’est aussi intéressant puisque ça peut permettre de lutter contre l’obsolescence programmée. On sait qu’il y a des logiciels, par exemple Microsoft Windows X : Microsoft a annoncé dernièrement qu’il ne maintiendrait plus les prochaines mises à jour, ce qui laisse tout un tas personnes bloquées avec ce logiciel, donc soumises à devoir faire une mise à jour. Si le logiciel était ouvert, c’est le cas de Linux [GNU/Linux] dont on parle dans le livre, eh bien ou pourrait avoir des personnes qui pourraient continuer de l’améliorer, de le modifier pour garder ce logiciel utilisable même si on a une ancienne machine.

Ali Rebeihi : Giulia Foïs.

Giulia Foïs : Moi je suis fascinée par tout ça, de toute façon, à partir du moment où on rentre dans ce monde. Les réseaux sociaux ça va encore, mais dès que ça devient un petit peu technologique, mon cerveau se met à la fois en apnée et en admiration, donc j’écoute et je bois.

Ali Rebeihi : Qu’est-ce que l’open source ? Maxime Guedj. C’est aussi un moyen de rééquilibrer ses forces face aux géants du Web.

Maxime Guedj : L’open source s’inspire beaucoup de l’éthique des logiciels libres qui a démarrée avec Richard Stallman9. L’open source a été une manière, si vous voulez, de récupérer l’intérêt que les industriels ont découvert vis-à-vis de l’ouverture de cette source, puisque ça permet de maintenir le code par des équipes qui sont aussi bénévoles, etc. Il y a finalement tout un intérêt économique à développer des logiciels avec une source ouverte. La différence c’est que l’open source va permettre certaines méthodes de commercialisation que le logiciel libre n’autorise pas, donc le logiciel libre participe vraiment à créer du commun. Quand on fait un logiciel libre il faut le garder ouvert et, à l’intérieur de cette licence-là, si vous modifiez ce logiciel, y compris si vous en faites un logiciel commercial, vous vous engagez à le garder ouvert. Cet engagement ne s’applique pas forcément avec l’open source.

Ali Rebeihi : Un exemple concret d’open source ?

Maxime Guedj : Par exemple Facebook, Google, etc., utilisent énormément de technologies open source, mais, comme elles sont open source, ils vont pouvoir derrière les ré-encapsuler, les refermer dans des interfaces et des programmes qui, eux-mêmes, sont fermés. Ce qui fait que nous on n’a pas accès au code source de Facebook, par contre ça ne les empêche pas, à l’intérieur du fonctionnement de Facebook d’utiliser ce type de technologie ouverte.

Ali Rebeihi : Écoutons Pierre-Yves Gosset, directeur de l’association Framasoft, militant du logiciel libre.

Voix off de Pierre-Yves Gosset : Ce qu’on veut c’est construire et coproduire des logiciels libres au service de la société de contribution. Si vous voulez développer des biens communs, il faut être prêt à y participer. C’est une société de l’effort, c’est évident. Ce n’est pas ce qui nous est vendu en face, évidemment ; on est plutôt dans une société du confort avec la société de surconsommation. La société de contribution est une société de l’effort qui va nécessiter de prendre du temps, de prendre sur soi, de mettre de l’énergie dans le maintien et le développement de ces biens communs. Il est difficile aujourd’hui quand on regarde cette société de la surconsommation, de se dire qu’elle a un avenir d’égalité et de fraternité pour beaucoup de gens. Concrètement dans cinq ans, dans dix ans, si jamais on ne développe pas le logiciel libre, on aura quoi ? On aura un « Googleternet » sur lequel vous pourrez consommer des vidéos, sur lequel vous pourrez publier des contenus, mais tous ces contenus seront validés, monétisés et on va vous encourager à produire des contenus qui n’existent pas ou qui ne sortent pas trop du cadre.

Ali Rebeihi : Extrait du documentaire Internet ou la révolution du partage10 de Philippe Borrel, diffusé en 2019. J’aimerais que vous partagiez quelques conseils d’autodéfense numérique, peut-être d’abord le mot de passe, Maxime Guedj, c’est dans la partie pratique de votre livre, dans la deuxième partie.

Maxime Guedj : C’est vrai qu’on a tendance, avec les mots de passe, à entrer des mots de passe qui sont très réduits en termes de taille et qui vont être facilement cassables. De ce point de vue, une des choses les plus importantes, c’est d’avoir un mot de passe qui va être différent sur chaque plateforme.

Anne-Sophie Jacques : Anne !

[Rires]

Maxime Guedj : C’est compliqué. Je suis d’accord que c’est compliqué. Il y a un logiciel dont on parle qui peut vous aider à les mémoriser ou bien il y a une autre technique, c’est-à-dire que vous pouvez retenir par exemple un mot de passe qui est assez long, qui est assez compliqué et, à l’intérieur de ce mot de passe, vous pouvez avoir une partie que vous allez changer en fonction de l’URL du site sur lequel vous êtes. Comme ça il n’y a pas besoin de retenir.

Giulia Foïs : Vous voulez ma mort psychique !

Maxime Guedj : Non, en l’occurrence ce n’est pas vrai. Par contre il y a d’autres qui s’intéressent à vous surveiller.

Anne-Sophie Jacques : Pierre-Yves Gosset, qu’on a entendu à l’instant, dit une chose qui est capitale c’est qu’effectivement il va falloir faire un effort. Tout à l’heure, Ali, vous nous disiez que vous ne preniez pas le temps d’appuyer…

Ali Rebeihi : Pas toujours.

Anne-Sophie Jacques : Pas toujours, on est d’accord. Moi je ne veux pas du tout vous culpabiliser, on est beaucoup à ne pas le faire. Vous nous demandez quelles sont les alternatives, j’en ai une pour vous, puisqu’on ne clique pas toujours sur ce bouton-là : on peut installer comme navigateur sur son ordinateur un navigateur qui s’appelle Firefox11, qui est un navigateur libre. Il offre des extensions dont une qui s’appelle uBlock Origin12, on en parle dans le livre. C’est vraiment très facile.

Giulia Foïs : Il vous regarde !

Anne-Sophie Jacques : En trois clics c’est fait. Cet outil-là va empêcher les pisteurs de vous pister. Vous n’avez même plus besoin de cliquer sur le « Oui », sur le « Non », tous les pisteurs qui sont sur les sites seront totalement bloqués. Ce qui est assez amusant c’est que quand on l’installe, on voit des chiffres apparaître, on se dit « que sont ces chiffres ? », on les regarde et on voit toutes les régies publicitaires qui ont accès à ce que nous on fait sur ce site. Ça peut être le site de Météo-France, ça peut être le site du Monde, tous les sites en fait. Là on les bloque avec ce petit outil que est assez fabuleux.

Ali Rebeihi : Comment naviguer de façon anonyme ?

Anne-Sophie Jacques : Là c’est plus compliqué. Dans le livre on a effectivement toute une partie sur les outils qui nous permettent de naviguer sans se faire repérer. Maxime, peut-être qu’on pourrait toucher un mot un des VPN ?

Ali Rebeihi : C’est quoi un VPN ?

Maxime Guedj : Un VPN [Réseau privé virtuel - Virtual Private Network], c’est une machine intermédiaire à laquelle vous allez vous connecter et qui va vous amener le site que vous souhaitez regarder. L’intérêt c’est que le lien entre vous et cette machine est chiffré. Quand vous essayez de vous connecter mettons à DuckDuckGo qui est une alternative, un moteur de recherche alternatif à Google, si vous y allez directement, votre opérateur voit la requête passer dans ses tuyaux et sait que vous accédez à ce site. Si vous utilisez un VPN, il va juste voir que vous vous connectez à une machine qui est toujours la même, mais il ne saura pas ce que vous faites vis-à-vis de cette machine.

Anne-Sophie Jacques : C’est un peu comme si vous aviez envie de manger plein de pizzas, mais vous n’osez plus aller à la pizzeria le soir parce qu’on vous a repéré, on sait que vous venez tous les soirs. Vous demandez à une tierce personne d’aller l’acheter pour vous, elle va l’acheter comme ça vous êtes tranquille, vous pouvez manger votre pizza et personne ne vous embêtera.

Ali Rebeihi : J’ai tout compris. Quelle messagerie instantanée vous conseillez ?

Anne-Sophie Jacques : Dans le livre on conseille la messagerie Signal13.

Ali Rebeihi : Pourquoi ?

Anne-Sophie Jacques : Parce que c’est une messagerie qui, quand on s’envoie des messages, tous les messages sont cryptés, c’est déjà une bonne chose. C’est une messagerie qui s’engage également à ne pas utiliser la façon dont on navigue. Elle ne réutilise pas le fait de savoir si on a envoyé des photos, des vidéos. Voilà ! Vous voyez de quoi je veux parler ?

[Rires]

Ali Rebeihi : Non pas du tout ! Quel moteur de recherche conseillez-vous ?

Anne-Sophie Jacques : Tout à l’heure Maxime a évoqué le moteur de recherche DuckDuckGo14 qui est effectivement aujourd’hui un des plus performants, qui est une super alternative à Google. Il y en a plein d’autres qui sont cités dans le livre.

Ali Rebeihi : Il y a Searx.

Maxime Guedj : Searx15 c’est autre chose, mais c’est également un moteur de recherche.

Ali Rebeihi : C‘est autre chose, c’est à-dire ?

Maxime Guedj : C’est-à-dire que là vous êtes complètement indépendant. Vous avez DuckDuckGo ou Qwant qui fonctionnent sur des machines qui ne vous appartiennent pas, qui sont à une entreprise, donc il peut toujours y avoir quelque part un risque de se dire « qu’est-ce qu’elles font avec ces recherches ? », eh bien Searx c’est un logiciel qu’on peut installer soi-même sur sa propre machine ou le faire installer sur une machine de quelqu’un qui s’y connaît. Ce logiciel est ce qu’on appelle un métamoteur, donc il va chercher de manière anonyme sur tous les autres moteurs, Google, etc., en vous permettant de garder l’anonymat.

Ali Rebeihi : Vous conseillez également, dans votre livre, par exemple de ne plus recevoir de notifications sur son smartphone.

Anne-Sophie Jacques : On parle des outils, mais il y a aussi une façon de vivre et de comportement à avoir. Effectivement, par exemple si on est un peu accroc aux réseaux sociaux, je ne sais pas si c’est votre cas.

Ali Rebeihi : Je ne suis pas sur les réseaux sociaux.

Giulia Foïs : Il n’est accro de rien !

Anne-Sophie Jacques : On peut aussi, par exemple, supprimer l’application de Facebook ou de Twitter de notre téléphone ce qui déjà nous évite de les regarder quand on fait la queue cinq minutes à la boulangerie. Effectivement, on peut aussi décider de ne pas recevoir les notifications qui captent notre attention, qui font qu’on est moins disponible pour le reste.

Ali Rebeihi : Question très intéressante qu’on vient de recevoir : si j’ai coché « Oui » pour consentement à l’utilisation des donnés, puis-je revenir sur ma décision ?

Anne-Sophie Jacques : Oui, bien sûr. Je crois que dans les paramètres il y a toujours la possibilité. Après c’est un petit peu la limite, on peut toujours revenir, mais avant de trouver de trouver la page qui nous permet de changer et de faire un choix différent, ce n’est pas toujours simple ! On invite aussi les sites à être un petit plus en conformité avec le Règlement européen, le RGPD, pour faire en sorte que le consentement soit un vrai consentement.

Ali Rebeihi : Marie nous dit : « Se passer des GAFAM c’est presque possible. J’ai un iPhone mais au quotidien j’ai réussi à me passer de Google. J’ai fermé mes comptes Facebook, Instagram, WhatsApp. J’utilise Signal à la place. J’ai arrêté Amazon. C’est un processus qui s’est fait sur environ en deux ans. Je ne suis absolument pas bloquée dans ma vie quotidienne numérique et j’ai toujours des amis.

Anne-Sophie Jacques : Ce qui est dingue, c’est que non seulement on n’est pas bloqué. C’est vrai que c’est long, il faut se déshabituer, ce n’est pas facile, ce n’est pas confortable de changer nos habitudes, mais on se rend compte qu’on récupère énormément de temps et qu’on en profite pour faire autre chose.

Ali Rebeihi : Je recommande votre livre qui est également un guide. Merci Anne-Sophie Jacques et Maxime Guedj. Déclic « Comment profiter du numérique sans tomber dans le piège des géants du Web, c’est publié aux Arènes. Merci d’être venus ce matin.
Demain nous serons en direct du salon de l’Agriculture. Venez nombreux dès 9 heures 45 Porte de Versailles, nous évoquerons les plaisirs de la pomme de terre…

Des solutions libres face au COVID-19 - Décryptualité du 23 mars 20

ven, 03/27/2020 - 17:04


Titre : Décryptualité du 23 mars 2020 - Des solutions libres face au COVID-19
Intervenant·e·s : Manu - Mag - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 23 mars 2020
Durée : 14 min 30 s
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 12 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : The Jitsi logo, Wikipédia - Licence Creative Commons BY-SA 3.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Face à la pandémie, de nombreuses initiatives s'appuient sur le libre et ses principes pour proposer des solutions rapides et faciles à mettre en œuvre et mieux travailler ensemble.

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 12. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Manu : On a cinq articles qui, globalement, parlent du sujet du jour, du moment, du mois, de l’année.

Luc : L’affaire Griveaux ? Non ?

Manu : Non.

[Rires]

Mag : Le Monde Informatique, « Les failles des logiciels open source bondissent en 2019 », par Jacques Cheminat.

Manu : On l’a mis en premier pour s’en débarrasser parce que c’est un sujet qui était déjà là la semaine dernière.

Mag : Pas intéressant ? Pardon !

Manu : Non c’est intéressant. Il y a plein de failles qui viennent d’apparaître, mais ce sont des failles qui apparaissent parce qu’il y a beaucoup de tests qui ont été faits et, avec le logiciel libre, on peut faire plus facilement ces tests, donc ils sont en cours de correction.

Luc : On en a parlé la semaine dernière.

Manu : On a quatre gros articles qui suivent et qui parlent tous plus ou moins du Covid-19, c’est normal.

Mag : Ou en tout cas des alternatives qu’apporte le Libre pour subir cette maladie.

Luc : En tout cas la façon dont le Libre est invoqué, utilisé, face à ces difficultés, on voit que ça part dans tous les sens, ce qui est très intéressant.

Manu : Oui.

Mag : Le Monde Informatique, « Télétravail : pourquoi ne pas s'inspirer de l'Open Source », par Matt Asay.

Manu : Et plusieurs autres articles secondaires qui sont intéressants. Il y a notamment une interview, une discussion avec Linus Torvalds qui travaille à distance pour faire le noyau Linux et l’outil utilisé par tous les développeurs, un truc phénoménal qui s’appelle Git. Linus Torvalds bosse vraisemblablement en robe de chambre, avec son chat, et on ne le dérange pas avec des visioconférences, il considère que c’est inutile. Globalement il y a du télétravail dans l’open source, donc dans le monde du logiciel libre, c’est plus ou moins la même chose et effectivement, il y a des choses dont il faut s’inspirer.

Luc : Il y a aussi des méthodes de travail dans l'informatique qu’on peut utiliser dans d’autres domaines. Sur la question de la téléconférence et du télétravail, j’aime bien rencontrer des gens en vrai, je n’aime pas trop le télétravail et je pense que ça dépend vraiment des boulots qu’on fait. Effectivement quand on code, je sais même si je ne code pas moi-même, qu’il y a des moments où on a vraiment besoin d’être isolé et que les téléphones, les notifications dans tous les sens font que les gens ne sont plus concentrés sur ce qu’ils font. Tout le monde un, ne fonctionne pas pareil et tout le monde n’a pas le même boulot qui nécessite les mêmes choses. C’est une forme d’inspiration mais à chacun, après ça, de l’adapter à ce qu’il fait.

Manu : Comment tu pourrais adapter cette inspiration dans le monde de la librairie ? Ça va être difficile.

Mag : Je me vois très bien ouvrir un Jitsi1 constamment et les gens qui veulent me commander des livres se banchent et ils me les commandent à voix haute et moi il faudra que j’entende. Ça peut être une idée, en tout cas ça m’a bien donné envie de l’envoyer à certains de mes clients pour dire « eh, venez causer avec moi ». Est-ce qu'ils ont envie de causer avec moi, ça c’est une autre question.

Manu : Je crois que tu pourrais envisager des clubs de lecture, notamment quand tu discutes avec des clients de livres en commun sur un sujet particulier, là, la visioconférence pourrait apporter quelque chose, en ce moment, en tout cas.

Mag : En ce moment uniquement, parce que sinon c’est mieux s’ils viennent à la librairie.

Mag : Article suivant : ZDNet France, « Comment l'open source fait face à la crise du COVID-19 », par Steven J. Vaughan-Nichols.

Manu : C’est une petite liste rapide de sujets qui sont en lien avec le COVID-19, bien sûr, mais qui parlent de fabrication de matériel, de travail en commun pour essayer de résoudre ce qui manque en ce moment. Il y a d’autres articles secondaires qui abordent de manière plus précise, mais notamment des masques, du matériel de test, du matériel dans les respirateurs, il y a des problématiques de valve, notamment en Italie.

Mag : Attention ! En Italie, il y a une équipe qui a fait des valves avec un coût de 1 euro au lieu de 10 000 euros faits par une entreprise pour aider un hôpital et pas de chance !

Manu : Scandale !

Luc : Scandale ! Effectivement, ce sont des hôpitaux italiens qui n’avaient plus de valves pour leurs respirateurs, c’est 11 000 euros la valve.

Manu : Officiellement, en tout cas c’est ça que le fabricant fait..

Luc : Quand le fournisseur la donne. Après, il faut voir ce qu’il y a derrière puisque s’ils n’ont plus de valves c’est peut-être qu’ils n’ont pas fait de stocks, ils n’ont peut-être pas bien prévu les choses. Effectivement, quand on voit la différence, on se dit que c’est énorme. En tout cas ce qui c’est passé c’est qu’après qu’ils ont fait ces valves imprimées en 3D, le fournisseur officiel a dit « on va vous faire un procès parce que vous n’avez pas le droit, c’est la propriété intellectuelle, etc. »

Mag : C’est honteux. Ce mec-là qui va faire un procès à des gens qui vont aider en pleine crise, comme ça, il ne ferait pas mieux de se taire !

Luc : C’est ambigu parce que tu peux imaginer que la fiabilité des valves ne soit pas du tout la même et, du coup, que ces valves imprimées en 3D soient relativement dangereuses. Mais après tu diras qu’entre pas de valve du tout et une valve qui marche moins bien, il n’y a pas photo !

Mag : Ils se dépêchent d’en reproduire et les valves qui sont faites sont là en urgence le temps que les nouvelles arrivent, mais tu ne fais pas un procès !

Luc : C’est ça le problème, vu l’urgence tu peux effectivement essayer d’arrondir les angles en disant « utilisez vos valves, on vous en envoie d’autres, vous nous envoyez les factures, on se dépêche, on essaye d’être au taquet pour sauver des vies ». C’est là où effectivement ça fait mal.

Mag : Un euro la valve, ne me dites pas qu’ils font du bénef dessus !

Luc : C’est toujours difficile à estimer dans le sens où, quand tu produis un outil quelconque, il y a toute la recherche et les gens tu les payes. Après ça, tu vas avoir toute la maintenance, il faut qu’il y ait des gens qui soient constamment disponibles, etc. Après, peut-être qu’ils se font des bénefs de fou furieux dessus, ils ne seraient pas les premiers à être sur des marchés de niche où ils s’en mettent plein les poches ; c’est très possible aussi.

Mag : J’y crois moyen.

Luc : Avec ce niveau de différence, c’est très possible.

Manu : sur les respirateurs il y a des médecins qui font preuve d’inventivité, je suppose que c’est le bloc qui pousse l’air pour pousser sur quatre patients en même temps, et effectivement ils ont mis en place des petites pièces qui permettent de dériver le flux d’air et de le réutiliser. C’est un peu à l’arrache, parce qu’ils n’en ont pas assez, mais ça a l’air d’être de l’inventivité au moment où on en a besoin. Sachant qu’il y a plein de gens qui sont en train de faire des masques en ce moment, de plein de manières différentes, avec différents niveaux de qualité, y compris des particuliers.

Luc : On parle de médecine de catastrophe. Donc il s’agit de s’adapter à des situations exceptionnelles avec beaucoup de gens qui vont mourir, donc on pare au plus pressé.

Mag : À la guerre comme à la guerre !

Luc : Ce que je trouve aussi intéressant par rapport à ces démarches open source, une des démarches de certains projets en tout cas, c’est de faire des appareils qu’on puisse construire soi-même avec des gens compétents, mais pas nécessairement avec des outils de folie, donc pas nécessairement des trucs qui vont être de top qualité, mais qu’on peut construire rapidement et avec des moyens modestes. C’est hyper-intéressant pour les pays moins développés. On sait que la maladie est en train d’arriver en Afrique et il va y avoir potentiellement beaucoup de morts parce qu’il y a un manque de moyens et là, effectivement, un respirateur qui puisse être produit localement rapidement, même si ce n’est pas du aussi haut niveau que du matériel professionnel très cher, eh bien il a le mérite d’exister là où il n’y aurait rien. Et ça aussi c’est une valeur énorme.

Mag : Article suivant : korii, « Wikipédia gagne la guerre contre la désinformation sur le COVID-19 », par Antoine Hasday.

Luc : Voilà une autre démonstration de la puissance du Libre. Évidemment, avec des évènements pareils, il y a des tas d’informations qui circulent dans tous les sens.

Manu : De désinformation et de rumeur.

Luc : On voit que Wikipédia, derrière, a su mobiliser des gens déjà fiables, sérieux, compétents aussi, qui ont réussi à faire le tri et à faire le ménage.

Mag : Ce qui est extraordinaire c’est que toutes les conneries qu’on peut entendre sur le COVID sont aussi sur Wikipédia. Ils ont fait une page spéciale désinformation2 avec une petite section pour les conneries de l’administration Trump. Aller voir pour se marrer.

Luc : C’est ça que je trouve assez fabuleux, c’est que finalement on arrive dans une situation où il y a un certain nombre d’institutions publiques qui devraient en théorie être les trucs sérieux en qui on devrait avoir confiance, Trump tout particulièrement, qui racontent d’énormes conneries, donc participent à la désinformation et à l’ambiance de parano.

Manu : On ne peut jamais tout à fait faire confiance à certaines administrations. Après tout la Chine c’est le premier cas, on sait qu’ils ont bloqué l’information, on en a déjà parlé dans le passé et on ne peut jamais être certain exactement de ce qu’ils nous fournissent comme information : ils contrôlent et ils ont d’autres intérêts qui sont en jeu. Ce n’est pas beaucoup mieux avec les hommes politiques qu’on a en Europe. Par exemple, dans quelle mesure on fait toujours confiance à tout ce qu’ils nous disent parce que des fois il y a des choses qui peuvent aller à l’encontre de leur carrière, de leurs décisions passées, qui peuvent se révéler mauvaises à un moment donné. Ils peuvent être tentés de les retenir pour les orienter dans d’autres directions.
Il est même question que la Russie puisse utiliser le COVID-19 pour perturber des élections futures. N’oublions qu’il y a les élections de Trump [élections américaines, NdT] qui arrivent et là, si c’est bien le cas que la Russie à cet intérêt à créer de la dissension dans les pays occidentaux, il y a une occasion phénoménale pour eux sachant qu’à côté ils revendiquent le fait de ne pas avoir beaucoup de malades dans leur pays.

Luc : L’article sur cette question de Wikipédia parle aussi des GAFAM. Il dit que les GAFAM devaient peut-être s’inspirer de Wikipédia. Mais là où ça ne marchera pas c’est que Wikipédia c’est beaucoup d’humains qui sont de bonne volonté et qui ont envie de bien faire alors que les GAFAM sont là pour gagner de l’argent, donc ils font appel à des systèmes automatiques pour que ça leur coûte moins.

Manu : Dans une certaine mesure.

Luc : Dans une certaine mesure ou à des gens payés au lance-pierre qui font ça en boucle toute la journée et qui, du coup, ne sont pas là pour faire bien, ils sont là pour gagner leur vie avec un boulot pas facile.

Manu : Pire encore, les personnels qu’ils utilisent, qui sont payés au lance-pierre, ressortent de tout ça avec des stress post-traumatiques parce qu’on leur montre en permanence, toute la journée, des choses qui sont juste affreuses. Sans même parler du COVID-19 et de la désinformation, il y a plein de cas où ces gens-là sont juste en burn-out à la sortie. On ne connaîtra jamais forcément parce que c’est toujours dans d’autres pays. Ils se débrouillent pour mettre ça dans d’autres pays.

Luc : En plus, je pense que les gens qui font ce genre de boulot de base ça doit être des sous-traitants, je pense que les GAFAM ne les embauchent pas directement. Ce sont des gens à qui on ne demande pas d’être intelligents, on leur demande juste d’appliquer bêtement une consigne, genre on ne veut pas voir de téton.

Manu : Ah oui, pas de téton, ça jamais, jamais !

Luc : Donc on imagine ce que ça donne dans des situations comme ça avec des intérêts divergents, de la panique, des trucs comme ça. Forcément c’est compliqué.

Manu : Ils font quand même des efforts, ils ont besoin de montrer qu’ils font des efforts. Il y a Facebook qui revendique d’avoir un groupe qui travaille à des pompes open source. On pourrait peut-être aller par là.

Luc : Sur ce coup-là, Facebook ne revendique rien du tout, ce sont juste des gens qui s’organisent sur Facebook pour travailler sur un de ces projets. Rappelons qu’en faisant ça, tout ce qu’ils mettent dans Facebook, ils le cèdent à Facebook, même s’ils le mettent sous une licence libre, ils ont cédé leurs droits à Facebook. De l’intérêt de réfléchir aux outils qu’on utilise.

Mag : Le dernier article : Heidi.news, « Les biohackers se mobilisent contre le coronavirus », par Fabrice Delaye.

Manu : C’est une initiative, l’Open-Source-COVID-19, qui a été lancée par des militants d’après l’article. On ne connaît pas trop la profondeur, la disparité des gens qui interviennent là-dedans, mais en gros son but c’est d’être un laboratoire géant au niveau de la planète pour créer des moyens de détection plus simples, moins chers, pour détecter le virus et éventuellement trouver ensemble des moyens de contrecarrer sa propagation ou de traiter les effets secondaires. C’est quelque chose qui est intéressant, mais on ne sait pas encore ce que ça va donner ou ce que ça peut donner.

Mag : En tout cas, ça sera une information qui va être distribuée à tout le monde, quel que soit son pays, sa langue et ses moyens financiers. Rien que pour ça, ça mérite d’être salué.

Luc : Oui, parce que, encore une fois, tous les pays du tiers-monde qui n’ont pas les moyens, ce ne sont pas des marchés rentables pour les grosses boîtes, elles ne vont pas miser là-dessus. Aujourd’hui on parle beaucoup de la potentielle efficacité d’un remède contre le paludisme, or c’est typiquement une maladie qui touche énormément de gens dans le monde mais qui n’a pas beaucoup été étudiée, sur laquelle on n’a pas beaucoup misé, un peu mais pas tant que ça. Les premiers à vraiment s’intéresser c’étaient plutôt les militaires américains parce qu’ils envoyaient des troupes à droite à gauche et c’était plutôt pour eux. Du coup, on voit comment avec le Libre on arrive à avoir quelque chose de beaucoup plus humain. Comme on n’est pas là pour faire du profit, on peut faire des choses qui permettent à des gens qui n’ont pas les moyens de se soigner et d’éviter d’être soumis à tout ça.

Mag : C’est incroyable toutes les choses positives qui peuvent arriver en temps de crise. Il faut reconnaître ça. Je préférerais éviter les crises, mais il y a plein de choses collaboratives qui sont faites et ça mérite d’être salué.

Manu : En partie grâce à Internet et au logiciel libre, on pourrait parler de l’intelligence des foules, l’intelligence du monde quand on lui demande de contribuer.

Luc : Il y a les deux. Toutes ces histoires me font penser à ce qui se passe, on en a déjà parlé dans le podcast il y a longtemps, heureusement, qui sont les groupes qui s’organisent pour offrir des services cartographiques en cas de catastrophe, que ce soit des guerres, autour d’OpenStreetMap3, même si ce n’est pas un projet d’OpenStreetMap même, mais je suppose qu’on devrait trouver pas mal de gens dedans qui sont OpenStreetMap par ailleurs. Ce sont des gens qui sont formés pour ça, qui sont des bénévoles, et quand il y a un tremblement de terre, une guerre, ils récupèrent des photos aériennes, des photos satellites et ils vont bosser pour produire très rapidement une carte qui permette aux gens sur le terrain d’intervenir, de savoir où les routes passent, où elles ne passent pas, etc.

Manu : Je crois que c’était à Haïti où effectivement, grâce à leurs cartes, les gens qui intervenaient sur place pouvaient avoir une idée de ce qui avait été bougé, mais aussi de là où les gens s’étaient finalement installés. On voit les tentes et on voit les regroupements de personnes, ça permet de mieux intervenir. Sans que ce soit parfait c’est un travail en constant développement. Là on est au début de quelque chose qui pourrait donner lieu à ce genre d’initiative.

Mag : En tout cas, c’est toujours mieux que de ne rien avoir.

Luc : Ce que je trouve intéressant aussi, c’est qu’on voit que quand il y a urgence et quand il y a des gros enjeux, eh bien on va vers ce genre de solution dans le partage. Dans les articles il y avait également un laboratoire Pfizer qui n’est pas du tout dans le partage et qui finalement dit : « On va mettre en open source des outils qu’on a pour que tout le monde puisse progresser ». On voit que tous ces systèmes de fermeture ne sont pas du tout dans l’intérêt général. Ce sont vraiment des trucs pour que l’intérêt particulier s’en mette plein les poches et garde du contrôle là-dessus.
Ce que je trouve intéressant et après cette crise-là, ça va être aussi le rôle de l’informatique parce qu’aujourd’hui il y a énormément de choses qui sont organisées au travers de ça, sur savoir où sont les malades, où sont les places d’hôpital, etc. On a des GAFAM lorgnent sur les données de santé. On rappelle qu’il n’y a pas très longtemps Amazon a passé un accord avec l’équivalent de la sécurité sociale britannique pour que Amazon puisse taper dans les données, organiser et gérer toutes les données de santé des Britanniques. Je ne serais pas étonné qu’ils viennent avec des solutions clés en main en cas d’épidémie.

Manu : Ça fait un moment que Google lorgne là-dessus. Ils sont en association avec des assurances et ils voudraient pouvoir optimiser les données de santé. Parfois il y a des choses qui sont louables : essayer d’utiliser les données de la foule pour en retirer des informations qui permettent ensuite de faciliter les traitements, mais c’est rageant que ça passe par des nœuds comme les GAFAM. Leur donner d’autant plus de pouvoir c’est un peu énervant alors que, finalement, à qui on devrait le donner ? Eh bien aux médecins, on devrait le donner à des groupes qui sont constitués de manière internationale, l’OMS aurait peut-être son mot à dire. Il ne faut pas centraliser, éviter autant que possible, décentraliser tout ça, faire en sorte que ce soit utilisable et réutilisable par tout le monde.

Mag : Du coup je vous dis à la semaine prochaine.

Manu : À la semaine prochaine.

Luc : Salut tout le monde.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (31 mars 2020)

ven, 03/27/2020 - 15:26
Start: 31 Mars 2020 - 15:30End: 31 Mars 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

60e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 31 mars 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal portera sur la politique logiciel libre de Fleury-les-Aubrais, avec William Gonzalez, délégué à la protection des données, et membre de l'April.
  • Le sujet principal se poursuivra par un échange avec William Gonzalez sur son livre : « Une expérience libre ».
  • La chronique « Les transcription qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April, qui partagera son analyse de l'évolution des sujets du Décryptualité de ce dernier mois.

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 31 mars 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 31 mars 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Pages