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Mis à jour : il y a 47 min 53 sec

#03 - « La playlist de Libre à vous ! » diffusée mercredi 22 avril 2020 sur radio Cause Commune

mer, 04/22/2020 - 13:00

Troisième émission spéciale La playlist de Libre à vous ! diffusée en direct mercredi 22 avril 2020 de 13 h à 14 h : diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin et Baptiste qui co-animent deux émissions sur la radio (Les joyeux pingouins en famille et Saturday night fraîcheur).

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Émission spéciale avec diffusion commentées de musiques libres.

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Le podcast sera disponible peu après la diffusion de l'émission.

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N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour les musiques
  3. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

Références pour les musiques Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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#63 - Musique libre - Visioconférences - École - Crytpad - Confinement - « Libre à vous ! » diffusée mardi 21 avril 2020 sur radio Cause Commune

mar, 04/21/2020 - 15:30

Au programme : interview de Laurent Leemans The Imaginary Suitcase qui fait de la musique libre ; chronique d'Emmanuel Revah sur le thème merci le libre ; interview avec Vincent-Xavier Jumel, professeur de mathématiques dans un lycée de Sain-Denis (93), sur l'école et le confinement ; chronique d'Isabella Vanni sur son expérience personnelle avec les outils de visioconférence libres en temps de confinement, les réactions de son entourage, etc ; interview de Ludovic Dubost sur Cryptpad.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 63e émission :

  • interview de Laurent Leemans The Imaginary Suitcase qui fait de la musique libre. C'est l'ancien chanteur du groupe Ceilí Moss dont on a déjà diffusé des musiques dans l'émission
  • la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur le thème merci le libre ou Be Kind Document
  • interview avec Vincent-Xavier Jumel, professeur de mathématiques dans un lycée de Sain-Denis (93), sur l'école et le confinement
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son expérience personnelle avec les outils de visioconférence libres en temps de confinement, les réactions de son entourage, etc.
  • interview de Ludovic Dubost, créateur du logiciel XWiki, PDG de la société XWiki SAS qui développe XWiki et Cryptpad
  • diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour la chronique d'Emmanuel Revah
  3. Références pour l'interview de Laurent Leemans
  4. Références pour l'interview de Vincent-Xavier Jumel
  5. Références pour la chronique d'Isabella Vanni
  6. Références pour l'interview de Ludovic Dubost sur Cryptpad
  7. Références pour la partie sur les annonces diverses
  8. Pauses musicales
  9. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Laurent Leemans - The Imaginary Suitcase
  • Emmanuel Revah
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Vincent-Xavier Jumel, professeur de mathématiques dans un lycée de Sain-Denis (93), et bénévole à l'April
  • Ludovic Dubost, créateur du logiciel XWiki, PDG de la société XWiki SAS qui développe XWiki et Cryptpad
  • William Agasvari, bénévole à la radio Cause Commune (à la régie)

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble.

Références pour la chronique d'Emmanuel Revah Références pour l'interview de Laurent Leemans Références pour l'interview de Vincent-Xavier Jumel Références pour la chronique d'Isabella Vanni Références pour l'interview de Ludovic Dubost sur Cryptpad Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 14 avril 2020

mar, 04/21/2020 - 10:46


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 14 avril 2020 sur radio Cause Commune
Intervenants : Éric Fraudain - Christian-Pierre Momon - Vincent Calame - Marc Rees - Étienne Gonnu - William de Cause Commune à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 14 avril 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Interview d’Éric Fraudain à propos d’auboutdufil.com, un site dédié à la musique libre
  2. Des nouvelles du Chapril avec Christian-Pierre Momon, administrateur de l’April
  3. L'archivage des courriels dans la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April
  4. Interview de Marc Rees, journaliste et rédacteur en chef de Next INpact
  5. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
De la musique libre avec auboutdufil.com, un point sur le Chapril, l’archivage des courriels et des nouvelles de Marc Rees, journaliste et rédacteur en chef de Next INpact, nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Cause Commune sur la bande FM c’est de midi à 17 heures puis de 21 heures à 4 heures en semaine, du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures. Sur Internet c’est 24 heures sur 24. La radio diffuse désormais également en DAB+ en Île-de-France, c’est la radio numérique terrestre, 24 heures sur 24. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April.
Si vous êtes une auditrice ou un auditeur réguliers mais que vous avez manqué notre émission du 31 mars, ce changement de voix vous aura peut-être étonné. Rassurez-vous, Frédéric va bien et vous le retrouverez dès la semaine prochaine. L’objectif est simplement de se répartir la charge et que Libre à vous ! soit aussi peu dépendant que possible d’une unique personne, une pratique de pérennisation qui vaut aussi bien pour un logiciel que pour une émission de radio.

Le site web de l’April c’est april.org, vous y trouverez une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission, également les moyens, bien sûr, de nous contacter
N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

Nous sommes le 14 avril 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Je précise que depuis l’émission du 17 mars nous diffusons dans des conditions exceptionnelles suite au confinement de la population. Toutes les personnes qui participent à l’émission sont donc chez elles. D’un point de vue technique, nous utilisons le logiciel libre Mumble.
Nous espérons que tout se passera bien et je vous prie de nous excuser par avance si des problèmes se produisent, problèmes techniques ou humains, après tout ce n’est que la deuxième fois que j’ai le plaisir de présenter Libre à vous !.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission hashtag libreavous, dièse libreavous en bon français [#libreavous].
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme de cette émission :
nous commencerons par parler de musique libre avec Éric Fraudain auteur du site auboutdufil.com, une source régulière de pauses musicales de Libre à vous ! ;
nous ferons ensuite un point sur le Chapril, le chaton de l’April, avec Christian-Pierre Momon animateur et contributeur du projet et administrateur de l’April ;
nous parlerons ensuite de la question épineuse de l’archivage des courriels, ce sera la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame ;
enfin nous prendrons des nouvelles de Marc Rees, journaliste et rédacteur en chef de nextinpact.com et ami de longue date de l’April .
À la réalisation de l’émission William de la radio Cause Commune.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Interview d’Éric Fraudain à propos d’auboutdufil.com, un site dédié à la musique libre

Étienne Gonnu : Nous allons commencer par auboutdufil.com, un site dédié à la musique de libre diffusion et, comme je vous disais, une source précieuse pour les pauses musicales de Libre à vous !
Nous avons le plaisir d’avoir aujourd’hui avec nous l’auteur de ce site, Éric Fraudain. Bonjour Éric, est-ce que tu pourrais déjà te présenter s’il te plaît ?

Éric Fraudain : Je suis Éric Fraudain et je suis effectivement le webmaster du site auboutdufil.com. C’est un site que j’ai créé en 2006, ça fait maintenant bientôt 14 ans. C’est un site qui fait la promotion de musiques libres, essentiellement des musiques sous licence Creative Commons, donc c’est auboutdufil.com. Mon fils dort, je ne sais pas à quelle heure il va se réveiller, il est possible qu’il crie, je m’en excuse d’avance.

Étienne Gonnu : On a prévenu, conditions exceptionnelles, ça fait partie des contextes de la situation !

Éric Fraudain : Pour me présenter brièvement j’ai 40 ans et c’est vrai que la musique a toujours été une dominante dans ma vie. J’ai eu la chance de pouvoir l’appréhender sous plusieurs formes. Durant mon adolescence, j’ai joué dans des groupes de rock, j’ai joué de la guitare, essentiellement, et quelques années plus tard j’ai fait de la danse latine, du West Coast Swing. Avec le site, je suis, modestement je dirais, critique musical. J’ai la chance de pouvoir appréhender la musique sous plusieurs formes. Je reste quelqu’un d’assez ouvert et créatif et très curieux. En fait le site, finalement, a été la résultante de ma passion principale qui est la musique avec également de la création de sites web. Finalement c’est le fruit de mes deux passions.

Étienne Gonnu : Super. On voit effectivement le croisement que ça peut produire, c’est très intéressant. On a une partie de nos auditeurs et auditrices qui s’intéressent aux aspects techniques, on pourra voir plus tard pour le site, on y reviendra plus tard. Je pense qu’il est plus intéressant, d’ailleurs tu as commencé, d’évoquer ta motivation qui est derrière, à la fois technique pour la création de sites et ta passion pour la musique.
Déjà, ce qui est très intéressant et ce qui nous motive à puiser dans les propositions musicales que tu fais c’est que tu as un attachement aux musiques libres, notamment aux licences Creative Commons que tu évoquais. Peux-tu, peut-être, nous expliquer pourquoi cet attachement aux musiques libres ? Comment ça t’est venu ? Est-ce que ça a été immédiat pour toi ? Est-ce que c'est venu du logiciel libre ? Est-ce que c’est l’inverse ? Est-ce que tu peux nous préciser cet attachement justement aux musiques librement diffusables et partageables ?

Éric Fraudain : Ma conception de la musique reste au niveau amateur, elle l’a toujours été. Je pense que l’art, et la musique en particulier, devrait être accessible au plus grand nombre. Et les licences Creative Commons ou les licences de libre diffusion en général permettent justement cette accessibilité. Et puis j’ai toujours été un petit peu à contre-courant de ce qu’on pouvait nous imposer dans les médias traditionnels, à la radio, à la télé, etc. Je suis toujours un peu partagé sur les moteurs de recommandation musicale artificiels qui, quelque part, nous bloquent dans notre découverte musicale. C’est mon avis sur le sujet, je trouve que c’est un peu artificiel et ça enlève le côté humain justement de la musique libre. Pour moi la musique libre c’est quelque chose de très concret et l’avantage, également, c’est que les artistes sont beaucoup plus accessibles car forcément moins populaires, donc on peut échanger avec eux, donner notre impression. Ça c’est quelque chose qui est pour moi vraiment important.
Ça va faire 14 ans que je diffuse de la musique libre, je suis entré en contact avec de nombreux artistes. La plupart du temps on a des contacts réguliers par e-mail, etc., et ce qui m’intéresse aussi c’est de savoir pourquoi ils ont choisi la libre diffusion, quels sont les avantages qu’elle leur apporte, quels sont les inconvénients aussi parce qu’il n’y a pas que des avantages, il y a aussi pas mal d’inconvénients et je pense que ce serait peut-être l’occasion d’en discuter dans un autre sujet. Et surtout pourquoi la musique libre ? Parce que, pour moi, il y a des artistes qui méritent véritablement d’être connus et qui sont actuellement dilués dans la masse numérique, si j’ose dire.

Étienne Gonnu : C’est intéressant. Du coup ce que tu dis, mais je pense qu’on peut quand même l’évoquer rapidement, ne serait-ce que ton sentiment, ça fait effectivement 14 ans que tu fais ce travail, tu échanges donc avec des artistes.

Éric Fraudain : Ce n’est pas vraiment un travail. C’est quelque chose que je fais par plaisir.

Étienne Gonnu : D’accord. Je distingue. C’est vrai que c’est tout un autre débat distinguer ce qu’est un métier, un travail, etc., mais ça a une vraie valeur.

Éric Fraudain : Tout à fait. C’est d’ailleurs pour ça que ça dure, c’est parce que je le fais vraiment par passion et c’est ce qui m’anime.

Étienne Gonnu : Ça se ressent quand on navigue sur le site, on voit notamment la qualité éditoriale.
Si tu pouvais juste, peut-être, étoffer un petit peu. Tu me dis que tu t’intéresses à la démarche des artistes et ça nous paraît essentiel, pourquoi ils souhaitent mettre sous licence libre. Peux-tu nous donner ce que tu ressens ? Il y a quelque chose de récurrent dans les réponses de chacun ? C’est très personnel ?

Éric Fraudain : Ce qu’il faut savoir c’est qu’en général quand un artiste choisit la libre diffusion de ses musiques, c’est essentiellement pour avoir un boost au niveau de sa visibilité sur Internet et c’est d’autant plus le cas depuis ces dernières années, ça s’accélère avec des plateformes comme SoundCloud et Bandcamp notamment.
Pourquoi il y a de nombreux artistes aujourd’hui qui cherchent la libre diffusion ? C’est tout simplement parce que la musique se diffuse beaucoup plus facilement grâce à ces licences qui permettent vraiment d’améliorer la visibilité de l’artiste. Il y a des artistes qui peuvent avoir des centaines de milliers de vues rien que sur des plateformes de libre diffusion. Je ne suis pas le seul à le faire, évidemment, il y en a plein d’autres. Pour moi, le principal intérêt des licences Creative Commons c’est d’avoir une meilleure visibilité sur Internet.

Étienne Gonnu : Oui, c’est très juste. D’ailleurs tu mentionnes par exemple le fait que d’autres le font et je pense que ce travail dans un sens, cette activité, a aussi l’intérêt de montrer que la réputation de la musique libre d’être, entre guillemets, de la musique un peu « bas de gamme » est de moins en moins vraie : on voit bien que grâce à des sites comme auboutdufil que c’est complètement faux, qu’il y a de la musique particulièrement belle, qu’il y a de la très belle musique sous licence libre qui peut toucher.
Tu évoques le fait que plein d’autres le font. J’imagine, ce que je comprends, Antoine, c’est peut-être que tu es seul derrière auboutdufil. Je ne sais pas si tu as de l’aide, si peut-être tu cherches de l’aide ? Dans la continuité de cette question, comment se passe ta démarche de recherche ? Est-ce que ce sont les artistes qui te contactent ? Est-ce que c’est toi qui vas le contacter ? Comment s’opère ton choix ?

Éric Fraudain : J’ai toujours été seul depuis 2006. Depuis un an, j’ai quelqu’un qui m’aide à rédiger les reviews. C’est quelqu’un qui est aussi passionné par la musique, qui fait de très belles rédactions ; la rédaction n’a pas été spécialement mon point fort à la base, il y a des personnes qui font ça beaucoup mieux que moi. En revanche, c’est moi qui déniche, si j’ose dire, les pépites, c’est quelque chose que j’adore faire. Ce qui me rend vraiment fier c’est de pouvoir trouver des petites pépites dans des styles complètement improbables et mon ouverture musicale est incroyable : à la base, quand j’ai commencé, je n’écoutais que du rock, je me suis ouvert musicalement en écoutant toutes les musiques et ça m’a vraiment fait un bien fou. Je ne dirais pas que je suis un spécialiste de l’electro, mais maintenant j’adore l’electro, j’adore écouter de l’electro, l’instrumental, alors qu’avant pour moi c’était inconcevable.
Je ne me souviens plus de la question que tu m’avais posée !

Étienne Gonnu : C’était une question très ouverte : ta démarche, comment tu fais tes recherches, si tu as des critères particuliers, mais tu as déjà répondu. Je voulais juste souligner que cette ouverture se ressent parce que c’est très éclectique, il y a vraiment de tous les styles sur auboutdufil ; cette ouverture se ressent énormément.

Éric Fraudain : Oui. C'est voulu. J’essaye aussi de faire des reviews même sur des styles sur lesquels je n’étais pas forcément très ouvert et étoffer, au fur et à mesure, des styles musicaux. Là, par exemple, je vais peut-être créer une nouvelle section qui s’appelle la trap, c’est très tendance en ce moment, c’est un nouveau mouvement rap US qui vient d’Atlanta ; sur des plateformes comme SoundCloud il y a beaucoup d’artistes qui font ce nouveau style. Ce n’est pas quelque chose que j’affectionne de prime abord, mais je suis toujours à la découverte des nouveaux genres, des nouvelles tendances parce qu’il ne faut pas toujours rester, je dirais, un vieux con dans son coin avec son petit truc, il faut rester très ouvert aux nouvelles tendances, aux nouvelles vagues. Donc je m’efforce d’être le plus ouvert possible et j’essaie surtout de mettre en avant les artistes.
Là je parle, je n’ai pas l’habitude de moi, je crois que c’est même la première fois que je parle de moi, je préfère parler des artistes plutôt que de parler de moi. Mais bon ! On ne peut pas inviter tout le monde à la radio !

Étienne Gonnu : La démarche est géniale et on sent aussi cette passion dans le travail éditorial. Dans le travail éditorial on sent aussi cette mise en avant des artistes et je trouve ça très appréciable. On sent la passion notamment dans la qualité du site lui-même. Sur le salon quelqu’un nous dit nous dit que le site est très bien fait, ce que je trouve aussi.
Tu évoquais le fait de ce plaisir. Nous, à une échelle moindre et puis ça fait moins de temps aussi, on cherche des pauses musicales, c’est d’ailleurs comme ça qu’on est tombé sur auboutfufil et c’est vrai qu’il y a un vrai plaisir. On écoute pas mal, ça nous pousse à écouter de la musique, et quand on tombe sur un truc qui nous plaît vraiment il y a ce plaisir d’une découverte et de tomber sur une pépite comme tu l’évoquais, c’est vrai que c’est très plaisant.

Éric Fraudain : C’est ça. C’est exactement ça. Je suis tellement heureux déjà d’avoir découvert par moi-même ça, de pouvoir aider l’artiste derrière et si je pouvais tout faire pour l’aider, je le ferais.
J’ai vu sur le chat qu’il y a une personne, @macousine, qui vient de me poser une question : est-ce que ce sont les artistes qui me contactent ? Oui et non je vais dire. Il y a des artistes qui m’envoient leurs démos, leurs pages SounCloud ou leurs pages Bandcamp, mais c’est vrai que c’est assez rare que je les diffuse. Le site est complètement subjectif, c’est-à-dire qu’en fonction de la qualité de l’enregistrement, de la qualité de la musique, si ça me parle pas ou pas, je décide seul de le diffuser ou pas sur mon site. C’est un site personnel, c’est un blog à la base. Donc oui, de temps en temps, il y a des artistes et l’artiste Meydän qu’on va diffuser je crois…

Étienne Gonnu : Troisième pause musicale, tout à fait.

Éric Fraudain : Troisième pause musicale. C’est quelqu’un qui m’a contacté. Des fois il y a même d’autres artistes qui se connaissent entre eux qui font passer le message et, du coup, j'ai aussi diffusé un ami de cette personne qui s’appelle Loik Brédolèse, un excellent compositeur au piano qui diffuse aussi sous licence Creative Commons By, Attribution.

Étienne Gonnu : Super. Je vois que le temps avance vite.

Éric Fraudain : Je parle.

Étienne Gonnu : C’est un plaisir c’est dommage, finalement, qu’on soit contraint mais c’est aussi la nécessité de la radio.
Puisque tu participes à cette émission on t’a demandé de nous suggérer trois pauses musicales, donc les trois pauses musicales seront celles proposées par Éric Fraudain et sont listées sur auboutdufil. Je vais t'inviter à nous présenter la première, mais avant ça, assez rapidement, on mentionnait les licences. Ce que je trouve très agréable sur ton site c’est que les licences sont très claires, on peut filtrer par licence et ça c’est une démarche que forcément, d’un point de vue April, on apprécie énormément. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots rapidement de ce dont tu te sers techniquement pour le site ?

Éric Fraudain : Techniquement j’utilise un CMS qui n’est plus maintenu depuis 2008, c’était LoudBlog, par contre je crois que le site est toujours actif [loudblog.com]. Forcément, vous vous doutez bien que j’ai dû moi-même faire toutes les mises à jour. Techniquement parlant je me base sur du Apache, PHP, MySQL. À une époque MySQL était libre, était un logiciel libre, je ne sais pas si c’est toujours le cas.
J’ai fait évoluer moi-même, j’ai repris en main le moteur du CMS LoudBlog, j’ai fait toutes les mises à jour PHP, je suis sur la dernière version de PHP. J’ai développé moi-même les extensions. Sur le site j’ai rajouté petit à petit des fonctionnalités qui n’étaient pas présentes à la base dans le CMS de LoudBlog. LoudBlog c’était le squelette qui m’a permis de développer le site, mais derrière j’ai développé moi-même énormément de plugins en PHP. C‘est pour ça que c’est du sur-mesures, c’est du fait main sur-mesures. Tout est fait à la main, à l’ancienne je dirais.

Étienne Gonnu : Ce qui en fait vraiment un blog personnel comme tu le disais et c’est bien. Tu as le carcan et le contenu qui sont personnels.
Je disais que la première pause musicale va être Ilotona par Zero Project. Est-ce que tu veux en profiter pour faire le lancement, nous présenter un peu ce morceau ? Pourquoi tu l’as sélectionné ? Pourquoi tu l’a référencé sur auboutdufil.com ?

Éric Fraudain : Ça fait partie de mes plus belles trouvailles. Derrière Zero Project il y a une personne qui s’appelle Nikos, ce n’est pas le même Nikos qu’on connaît, qui est à la télé. C’est un Grec. Pourquoi il a appelé son site Zero Project ? En fait, il avait en tête qu’au commencement de chaque chose il y a le zéro. C’est pour ça qu’il l’a appelé Zero Project. Chacune de ses musiques, je l’ai expliqué dans ma review, est vraiment conçue comme un voyage à part entière, c’est vraiment une musique qui nous fait voyager : quand on écoute sa musique on est ailleurs. Il a réussi à avoir un style très personnel, très expressif, je dirais à la limite de l’hypnose. Quand on l'écoute on est vraiment ailleurs, enfin c’est mon cas.

Étienne Gonnu : Oui, j’ai un peu ressenti ça aussi, tu le dis très bien.

Éric Fraudain : En ces temps de confinement, j’espère que cette musique va vous permettre de vous évader quelques minutes.
Juste pour votre info, il y a deux versions de cette musique. Il y a une version d’un peu plus de trois minutes qui est destinée aux passages radio. Si vous aimez vraiment, vous pouvez aller sur le site zero-project.gr où vous pourrez télécharger légalement et gratuitement l’extended version qui fait, je crois, huit minutes.

Étienne Gonnu : D’accord. On mettra tout ça, on rajoutera les références sur la page dédiée. Vraiment un grand merci Éric, on sent ta passion, c’est génial.

[Virgule musicale]

Je vous propose du coup de ne pas retarder la chose. On va écouter tout de suite Ilotona par Zero Project.
Encore merci à toi Éric. Bonne journée.

Éric Fraudain : Merci. Bonne journée.

Pause musicale : Ilotona par Zero Project.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Ilotona par Zero Project, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site april.org. Je vous invite à aller sur ces références qui vont amèneront directement sur auboutdufil.com où vous aurez aussi accès au travail éditorial fourni par Éric Fraudain que nous venons d’entendre. Je précise qu‘il a oublié un point qui lui semble extrêmement important et qui est effectivement très important : de la même manière qu’on peut soutenir les projets libres il faut aussi soutenir les artistes qui mettent leurs contenus sous licence libre, les soutenir par le don et aussi, simplement, par les messages pour leur dire que leur musique vous a beaucoup plu.

Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April et nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Des nouvelles du Chapril avec Christian-Pierre Momon, administrateur de l’April

Étienne Gonnu : Nous allons poursuivre avec Christian Pierre Momon, cpm pour les intimes, bénévole inestimable de l’April, avec qui nous allons discuter du Chapril, le chaton de l’April.
Pour remettre dans le contexte CHATONS, le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires est une initiative essentielle en général mais particulièrement dans cette période de confinement : on voit bien que les outils de partage et de collaboration à distance sont cruciaux. C’est dans ce cadre-là que nous avons pris des nouvelles la semaine dernière, par la voix de Angie Gaudion, de Framasoft. D’ailleurs je ne peux que vous inviter à écouter ce podcast de Libre à vous !, numéro 61, que vous retrouvez sur april.org.
Dans la continuité de cette émission de la semaine dernière, il nous apparaît logique de prendre des nouvelles du Chapril, le chaton de l’April, et c’est pour ça que j’ai le grand plaisir d’accueillir Christian pour nous en parler, qui est donc l’animateur de ce projet et un contributeur bien sûr.
Bonjour Christian. Déjà comment vas-tu ?

Christian Pierre Momon : Bonjour. Bonjour Étienne, bonjour tout le monde. Je vais du mieux possible.

Étienne Gonnu : Dans le contexte, c’est déjà bien.
Est-ce que tu peux déjà nous présenter un peu le Chapril, maintenant on sait que c’est un chaton. Combien y a-t-il de services ? Combien y a-t-il de contributeurs et de contributrices ? Faire un petit topo de la situation ?

Christian Pierre Momon : Quand Framasoft a lancé cette initiative de Collectif CHATONS pour ne plus être la seule structure qui mette des services numériques libres en ligne, qui montre que c’est possible, qui permette aux utilisateurs de s’évader des GAFAM et de reprendre leurs libertés numériques.

Étienne Gonnu : Les GAFAM, ces fameux géants du Web, Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft.

Christian Pierre Momon : Voilà. La question s’est posée au sein de l’April de savoir si on allait se lancer ou pas par rapport à cette initiative et la décision a été prise de le faire. Il y a eu un élan pour le faire, donc nous avons monté une plateforme. Après, nous avons commencé à mettre des services en place. Nous avons recruté des animateurs pour gérer ces services-là, parce que le Chapril c’est une équipe, une dizaine de personnes aujourd’hui. Nous gérons sept services et on compte encore en rajouter régulièrement.
Aujourd’hui, en tant que services, nous avons un éditeur de texte collaboratif en ligne, un pad, nous avons Framadate, une instance Framadate pour faire des rendez-vous, nous avons un outil de réseau social Mastodon, nous avons un outil de collaboration, de partage d’agenda, de fichiers, de contacts, qui s’appelle Nextcloud. On a plein de choses, il faut que je regarde la liste parce qu’on en a tellement !

Étienne Gonnu : Oui et ça s’incrémente assez rapidement. De toute façon, même si tu en oublies un, tout est listé sur le site chapril.org, qui liste tous ces différents services, qui explique. Site d’ailleurs magnifique, réalisé par Antoine Bardelli, un autre bénévole, graphiste de l’April, et qui liste très clairement ces différentes initiatives.

Christian Pierre Momon : Absolument.
Au début du confinement s’est posée la question de savoir ce que pouvait faire le Chapril pour apporter de nouveaux services. On ne se précipitait pas pour créer de nouveaux services. On faisait en sorte d’avoir des bénévoles pour le porter. Nous avons des bénévoles qui gèrent l’infrastructure du Chapril, tout ce qui est technique, les VM [virtual machines], le routage, le courriel, les aspects un peu techniques d’une plateforme et, de l’autre côté, on a les services proprement dits. Nous on essaye de faire en sorte que les gens, les animateurs n’aient que ça à gérer pour que ça reste plaisant à faire et d’une charge raisonnable. On a tous aussi des vies à côté, donc il faut arriver à pouvoir gérer les services au cours du temps sans que ça prenne trop de temps.

Étienne Gonnu : Tu soulèves un point qui est important : le Chapril est entièrement bénévole. Il y a un point qui me paraît important peut-être à préciser : effectivement, l’infrastructure du Chapril est autonome par rapport à celle de l’April ; des bénévoles font de l’administration système pour l’April, parfois on retrouve les mêmes personnes, mais elles s’occupent indépendamment de l’infrastructure de Chapril ce qui nécessite aussi une certaine pérennité. Pour la pérennité, il faut des personnes motivées qui s’engagent, qui s’engagent bénévolement et c’est toute l’importance de mettre en place une base solide.

Christian Pierre Momon : Absolument. C’est pour ça qu’on est une dizaine et c’est pratique de se répartir la charge de travail.
Dans la vie de la mise en place d’un service, il y a une grosse charge de travail au début parce que oui, il faut mettre des choses en place. Après, en principe, le service tourne, il n’y a que les mises à jour à faire et c’est relativement plaisant et léger. Il y a aussi la modération à faire, il faut répondre aux courriels des gens, aux demandes des gens ou aux encouragements des gens, ça demande trois à quatre heures par semaine, donc ça devient raisonnable.

Étienne Gonnu : C’est un vrai travail bénévole. Comme tu le dis c’est un service, il y a une certaine continuité et, pour que ce soit pérenne, il faut justement assurer aussi cela et c’est important ce travail-là. D’ailleurs bravo parce que c’est quand même une belle réussite !
Donc une dizaine de personnes. J’imagine que vous recrutez. Est-ce qu’il y a des projets dans les tuyaux ?

Christian Pierre Momon : On recrute.
Effectivement ce ne sont que des bénévoles, mais on essaye de faire ça le plus professionnellement possible. On a une belle plateforme, on a des sauvegardes, on a de la supervision, on a de la redondance, donc c’est quand même assez solide derrière.
Au début de la période de confinement s’est posée la question de savoir ce qu’on pouvait faire pour participer, parce qu’on savait que les gens allaient faire un énorme effort pour être confinés, que ce n’est pas drôle, que les gens ont besoin de faire des échanges, d’avoir des contacts, de communiquer, donc on s’est posé la question de quels services on pouvait mettre en place. On s’est lancé dans l’étude des services disponibles.
On avait déjà des services qui étaient prévus, mais on attendait d’avoir l’animateur qui allait les prendre en charge. Là, du coup, on a pris sur nous de ne pas attendre l’animateur. Typiquement on a donc déployé un service d’audioconférence qui s’appelle Mumble avec la possibilité d’avoir une interface web ; c’est quelque chose de nouveau qu’on a découvert au passage, on en a profité. Mumble c’est quelque chose qui existe depuis très longtemps.

Étienne Gonnu : C’est d’ailleurs le logiciel qu’on utilise là.

Christian Pierre Momon : Exactement, et qui a un client lourd, qui existe pour plusieurs plateformes, qui permet donc, avec une très petite bande passante, on peut avoir une connexion très faible, d’avoir une très bonne qualité d’échange au bout du monde, de l’autre côté de la planète ou même par téléphone et ça, ça marche bien et avec beaucoup de monde. On n’a pas de problème de nombre d'utilisateurs. Récemment, on a découvert qu’il y avait quelqu’un qui avait fait une interface web qui rend la chose encore plus accessible au plus grand nombre. Du coup on a déployé un serveur Mumble et son client web, c’est disponible sur mumble.chapril.org. N’hésitez pas, c’est fait pour et c’est super de pouvoir avoir des contacts avec les gens.

Étienne Gonnu : Tu mets justement le point sur une question importante : qui peut utiliser les services du Chapril ? On sait qu’il y a eu un travail important sur les conditions d’utilisation ; j’imagine que certains services sont restreints et peut-être pas d’autres. Est-ce que tu peux nous faire un point sur cet aspect s’il te plaît ?

Christian-Pierre Momon : Les membres qui mettent à disposition des services numériques libres au sein du Collectif ça peut être des entreprises, ça peut être des associations, et ils peuvent mettre des conditions à l’utilisation des services, par exemple être adhérent.
Au sein de l’April, la stratégie, la politique, c’est de donner accès au plus grand nombre avec le moins de barrières possibles, donc, sur le Chapril, tous les services sont utilisables par tout le monde.

Étienne Gonnu : Il suffit d’aller sur le site et on peut utiliser le service sans avoir besoin d’être membre, sans avoir besoin de montrer patte blanche ?

Christian Pierre Momon : Absolument. Bien sûr vous êtes encouragé à adhérer, à soutenir l’association. Nous avons besoin de vous, 4000 adhérents c’est bien, mais il nous en faut plus pour pouvoir faire encore plus de belles choses. N’hésitez pas, utilisez-les, parlez-en autour de vous, c’est fait pour.

Étienne Gonnu : Parfait ! Peut-être qu’on peut revenir. On a besoin de personnes qui adhèrent, mais on a peut-être aussi besoin de compétences notamment au sein du Chapril. Est-ce qu’il y a des compétences en particulier que tu aimerais appeler à rejoindre le Chapril ou, j’imagine, toutes les bonnes volontés, quelles qu’elles soient, sont les bienvenues ? Est-ce qu’il y a des compétences en particulier qui seraient utiles ?

Christian Pierre Momon : Il y a plusieurs rôles pour pouvoir participer au Chapril et pas que des rôles techniques. On a besoin de gestion de projet parce qu’il faut animer l’ensemble des services, les tickets, les réunions, les personnes.

Étienne Gonnu : C’est quoi un ticket ?

Christian Pierre Momon : Un ticket c’est une tâche à faire, soit une question soit un incident soit une tâche à faire plus tard.

Étienne Gonnu : OK. Donc ça peut venir d’un utilisateur, ça peut venir d’une autre personne qui contribue au Chapril qui dit « tiens j’ai ce problème-là » ou « tiens, moi en tant qu’utilisateur je n’arrive pas faire ça ». C’est une manière de signaler quelque chose.

Christian Pierre Momon : Exactement. Aujourd’hui, sur le Chapril, on gère environ 150 tickets ouverts. Voilà !

Étienne Gonnu : C’est impressionnant !

Christian Pierre Momon : Donc il y a vraiment une gestion de projet. On a sept services ouverts mais en fait, à côté, on a des services d’infrastructure et tout ça il faut suivre, il faut savoir où on en est et les tickets ça aide.
Donc il y a de la gestion de projet. Il y a de la modération. Il y a du rédactionnel, il faut pouvoir rédiger les fiches des services, faire des tutoriels et puis des articles ou des conférences. Et d’un point de vue technique, effectivement on a quand même besoin de techniciens qui vont être capables d’installer un service, de le comprendre et de s’en occuper pour le faire vivre. Donc effectivement, on est preneurs de ça pour avoir encore plus de services, notamment on est en train d’étudier la mise en place d’un service de visioconférence Jitsi Meet qui est le produit qui ressort en ce moment et qui est très utile pour les gens pour avoir une communication visuelle. Comme il y a beaucoup d’instances qui ont été créées, il y a des centaines d’instances qui ont été créées, on va le faire, mais en prenant notre temps.

Étienne Gonnu : Oui, pour faire les choses bien et aussi pour qu’elles durent !
En parlant de Jitsi, une des personnes qu’on a reçues sur Libre à vous !, lors du Libre à vous ! ! de la semaine dernière, c’est le fondateur et le responsable du projet Jitsi. Vous pouvez retrouver le podcast sur notre site, on mettra bien sûr la référence.

Christian Pierre Momon : Le monde est petit ! C’était une formidable rencontre !

Étienne Gonnu : Une question nous a été posée sur IRC pendant la semaine, qui est un outil de discussion en ligne par clavardage comme on dit : est-ce qu’il y a un outil de traduction comme Pootle ou Zanata ? Je ne connais pas ces outils, je ne suis pas informaticien. Est-ce ça c’est en projet par exemple ?

Christian Pierre Momon : Je ne connais pas ces outils. Nous sommes prêts à étudier les propositions d’outils : si c’est libre, que ça peut être utile et que les ressources demandées sont compatibles avec notre plateforme qui est quand même assez solide, il n’y a aucune raison qu’on ne le fasse pas. Et ça pourrait être très pertinent parce que la traduction en ligne c’est effectivement quelque chose qui est très utile.

Étienne Gonnu : Il y a plein d'outils utiles et celui-là, effectivement, l’est. Tu viens de lister de manière très claire les critères. Effectivement tous les logiciels, toutes les propositions sont bienvenues à condition que quelqu’un puisse faire ce travail-là parce que ce n’est jamais anodin, que le logiciel soit libre et bien sûr qu’il y ait les ressources derrière, mais ça, ça se fera au travers de la discussion justement avec le Chapril lui-même et les bonnes volontés.
Une autre question par Clache également, c’est le pseudonyme de la personne qui pose la question : est-ce qu’il est envisagé d’héberger des comptes utilisateurs IRC, donc cet outil de discussion, pour les membres de l’April ?

Christian Pierre Momon : Je n’ai pas compris la question, je suis désolé.

Étienne Gonnu : La question pourra être reformulée peut-être plus tard sur IRC, je ne saurais pas te la retraduire plus clairement, ce n’est pas grave.

Christian Pierre Momon : Il est possible qu’on mette un client IRC effectivement disponible. Après, c’est vrai que dans IRC on peut enregistrer des comptes. Du coup, il faudrait voir précisément l’idée qui est derrière et là je ne la vois pas. Désolé Clache, on en reparle sur IRC. Vous êtes invité sur le canal IRC April, venez nous voir, on peut en parler.

Étienne Gonnu : Finalement c’est aussi ça et, en fait, cette période de confinement montre justement la force du logiciel libre, ses capacités d’adapter, de faire remonter des questions, des échanges et à travers l’échange, en repartant des besoins identifiés par les premières personnes concernées, de développer. On avait besoin d’un client web pour Mumble, eh bien des gens se sont saisis de la question. Là une personne a une question, eh bien par l’échange elle va peut-être pouvoir trouver une solution ou se rendre compte, qu’en fait, il y a d’autres solutions qu’elle n’avait pas envisagées. Toute cette richesse et toute cette souplesse qu’amène le logiciel libre !
Christian, le temps avance, est-ce que tu aurais un dernier message à faire passer, une dernière chose à dire avant qu’on enchaîne sur la pause musicale ?

Christian Pierre Momon : Oui. La période n’est pas facile et elle va certainement être encore moins facile à la sortie. Il ne faut pas que les gens pensent qu’ils sont isolés, seuls, dans leur coin, et qu’il n’y a pas d’outils disponibles pour eux. Il y a le Logiciel Libre. C’est un outil, ce n’est pas la solution, mais c’est un outil pour pouvoir faire des choses soi-même et les faire avec les autres.
Donc ne pas hésiter à contacter les clubs d’utilisateurs de logiciels libres, les GULL. Ne pas hésiter à contacter les chatons, les membres du Collectif CHATONS. Il y a des choses à faire ensemble pour passer les moments difficiles.
Du coup, je voudrais citer un lien c’est entraide point chatons avec un « s » point org [entraide.chatons.org], qui est une page qui a été faite par le Collectif auquel on a participé, qui permet d’accéder très facilement à plein de services numériques libres en ligne qui sont répartis sur l’ensemble des membres du Collectif et qui permettent, comme ça, d’absorber la charge et, en même temps, de faire découvrir plein de libertés qui sont à votre disposition. N’hésitez pas.

Étienne Gonnu : Angie Gaudion a parlé la semaine dernière de ce site et tu fais bien d’en reparler parce qu’il est vraiment super. L’idée derrière est géniale, la réalisation est très simple mais extrêmement efficace. C’est un site à recommander. On mettra bien sûr le lien en référence.
Tu parlais de ces groupements d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres, une bonne manière de les trouver c’est le site agendadulibre.org. On mettra bien sûr cela en référence.
Je trouve que c’est une très belle conclusion. Christian, je te remercie d’avoir passé ce moment avec nous et je te dis à bientôt. Bonne journée.

Christian Pierre Momon : Avec plaisir. Belle journée à vous.

Étienne Gonnu : Salut Christian.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons faire une pause musicale. Je vous propose d’écouter une proposition d’Éric Fraudain pour auboutdufil.com, Feel Sorry par A Virtual friend. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Feel Sorry par A Virtual friend.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Feel Sorry par A Virtual friend, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April. N’hésitez pas à participer à notre conversation sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat » ; le salon est d’ailleurs très vivant aujourd’hui.
Passons maintenant au sujet suivant.

[Virgule musicale]

L'archivage des courriels dans la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April

Étienne Gonnu : Nous allons poursuivre avec la chronique de Vincent Calame, « Jouons collectif », qui va aujourd’hui nous parler de la question épineuse s’il en est de l’archivage des courriels. Bonjour Vincent.

Vincent Calame : Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Comment vas-tu ?

Vincent Calame : Très bien.

Étienne Gonnu : Dans le contexte.

Vincent Calame : Oui, dans le contexte, tout à fait, on ne va pas insister là-dessus.
Je vais parler de la question des courriels mais, pour commencer, je vais partir du constat qu’on peut voir depuis quelques années, une multiplication d’outils à disposition des collectifs pour organiser leur communication via des systèmes de messagerie instantanée.
Pour en citer un seul dans le domaine du Libre, je pense par exemple à Rocket.Chat, c’est un système qui propose différents salons de discussion, dans lesquels vous pouvez accéder à tout l’historique de la discussion. Ces outils ont une ambition commune, c’est proposer une alternative au bon vieux courriel, en particulier en fluidifiant les échanges.
À titre personnel, je ne sais pas si l’objectif est atteint ou non parce qu’il y a souvent une question pratique et de culture de la messagerie instantanée, mais je dois bien reconnaître que ces systèmes ont deux avantages : vous n’avez pas à vous préoccuper de la gestion des destinataires parce que vous écrivez dans un salon et l’historique des discussions est facilement accessible.

Étienne Gonnu : Oui, ce n’est pas forcément original et novateur. Dans les courriels on sait que la liste de diffusion existe depuis longtemps : on écrit à la liste, les archives sont publiques ou non au gré des administrateurs. C’est vrai qu’à l’April on utilise beaucoup cet outil pour nos groupes de travail.

Vincent Calame : Oui, tout à fait, ce n’est pas une solution qui date d’hier. Pour moi, à titre personnel, la liste de diffusion c’est l’outil que je préfère, mais j’observe sur le terrain que cette culture de la liste de diffusion n’est pas très partagée. J’ai l’exemple en tête d’un petit groupe de travail auquel je participe, j’ai mis en place une liste de diffusion et pourtant les personnes continuent d’écrire en faisant une copie à tous de façon très classique.
En fait, vous utiliserez efficacement la liste de diffusion si vous maîtrisez un tant soit peu votre courrielleur, votre logiciel de gestion de courriel, et en particulier la fonction des filtres.

Étienne Gonnu : Qu’est-ce que c’est ces filtres ?

Vincent Calame : Les filtres, en tout cas c’est le terme qui est utilisé dans le logiciel Thunderbird, c’est ce qui permet de classer automatiquement les courriels reçus en fonction des éléments du message. Par exemple, les listes de diffusion ont souvent préfixé un petit identifiant. Donc quand vous faite un filtre sur cet identifiant, le courriel va pouvoir atterrir directement dans le dossier, ce qui permet de ne pas surcharger votre dossier entrant, de classer immédiatement le courriel et de pouvoir consulter au moment qui vous arrange le dossier qui correspond à la liste de diffusion.
Sous Thunderbird toujours, quand c’est combiné avec l’option de discussion groupée qui, au lieu d’afficher les courriels les uns à la suite des autres permet de les avoir sous la forme d’une arborescence avec une discussion sujet par sujet, ça permet d’avoir vraiment une vue globale et rapide de tous les échanges. Franchement, moi je ne connais pas mieux comme système. Pourtant il m’est souvent arrivé de présenter justement cette fonction de filtre sous Thunderbird à des utilisateurs pour faire un peu de promotion, mais je crois que je n’ai jamais réussi à convaincre qui que ce soit d’en configurer.

Étienne Gonnu : Pour quelle raison à ton avis ?

Vincent Calame : Je ne peux émettre que des hypothèses. Mon sentiment c’est que le courriel reste quelque chose, finalement, de très personnel. Même lorsqu’il s’agit d’une adresse professionnelle, c’est quand même quelque chose qui est à son nom. Chacun gère un peu sa boîte comme il l’entend, il n’y a pas de norme collective.
Dans le cadre de mon travail, j’interviens quelque peu mais très peu sur les comptes des personnes qui pourtant ont un courriel avec le nom de leur structure et, lorsque j’interviens, je constate des pratiques vraiment très différentes de classement : ça va d’une arborescence très fouillée et très détaillée à un fourre-tout où tout reste dans le courrier entrant, j’ai même pu voir un courrier entrant avec plus de 3000 courriels non lus, c’était un peu inquiétant ; dans ce cas-là je préfère vite passer mon chemin, ça prendrait beaucoup trop d’énergie pour changer de telles habitudes de travail de la personne. Il y a vraiment une approche personnelle dans la gestion du courriel, d’ailleurs ce caractère personnel, même d’une adresse professionnelle, est reconnu par la jurisprudence d’après ce que j’ai pu glaner comme informations sur le sujet sur Internet. L’usage de son adresse professionnelle pour des raisons privées est tout à fait accepté dans les limites du raisonnable, et si vous identifiez clairement votre correspondance privée dans vos dossiers, par exemple en la mettant dans un dossier appelé personnel ou privé, votre employeur n’a pas le droit d’y accéder, ce qui peut être aussi utile dans le cas d’activités syndicales.
Comme c’est très personnel, du coup l’archivage des courriels est un vrai casse-tête. Que faire par exemple quand une personne quitte une structure ? Est-ce qu’on doit supprimer son compte ? Le problème c’est que souvent le courriel est aussi l’outil principal de communication, donc il y a certaines informations et certains historiques de discussion qui ne sont présents que dans le compte. Dans ce cas-là on est obligé d’aller fouiller et on est vite perdu face à l’arborescence de dossiers qui suit une logique de classement qu’on a du mal à déchiffrer, qui est celle de la personne qui est partie. Au final d’ailleurs, on se rend compte que la manière la plus efficace pour retrouver c’est de rechercher par les adresses des interlocuteurs.
Étienne, je ne sais pas comment tu fais pour classer tes courriels. Moi, mis à part les filtres que j’ai évoqués, quand je classe je le fais par adresses et non par thèmes.

Étienne Gonnu : C’est vrai que j’essaie de m’appuyer au maximum sur des filtres. Pour les courriels qui n’entrent pas dans ces cases, à part quelques dossiers que je crée, on va dire ad hoc, pour garder une archive spécifique par exemple s’il y a une réunion importante avec beaucoup d’échanges, un appel à signer une tribune avec pas mal d’allers-retours, d’amendements, etc., j’aime bien avoir une archive dédiée. Sinon, je ne suis pas sûr que ce soit forcément recommandable, mais je crois que je fais un peu ce que tu évoquais, je laisse un peu dans ma boîte de réception principale, ma boîte entrante et je m’appuie beaucoup sur la fonction de recherche de mon courrielleur, notamment sur le champ expéditeur. Je m’appuie pas mal sur ma mémoire, ce n’est pas forcément idéal et, je sens que j’ai une large capacité d’amélioration, mais les habitudes sont ancrées. Parfois il faut peut-être se secouer !

Vincent Calame : Oui. Les habitudes se changent effectivement, par contre c’est son outil à soi, donc, au fond, tant qu’on se retrouve dans son propre foutoir, pour ne pas utiliser d’autres termes, ça fonctionne et c’est vrai que j’ai souvent entendu des gens dire « un jour j’archiverai, un jour j’archiverai » et je n’archiverai pas. D’ailleurs dans Thunderbird il y a une fonction « Archives » mais qui se contente, finalement, de classer par année les courriers électroniques.
C’est vrai que d’un point de vue collectif parce que de l’autre côté, du collectif, cette liberté de chacun à mettre son information comme il veut est un peu plus problématique. Là on voit bien l’avantage qu’ont ces systèmes dont j’ai parlé en début de chronique où on organise de manière centralisée les discussions sur un serveur commun, donc on force finalement les utilisateurs à structurer un peu plus leur information.
Cela dit, moi je pense que pour une structure, la seule solution valable c’est de pousser ses membres à archiver en dehors des courriels les informations vraiment importantes, quitte, je pense, même à transformer une correspondance en fichier de traitement de texte et là, à mieux les classer. C’est mon avis. Chacun doit avoir une expérience différente là-dessus, une opinion là-dessus, mais il n’y a pas de meilleure solution. Je pense que le mieux est de faire l’effort d’une sélection et d’une extraction de ses informations importantes vers un système plus structuré.

Étienne Gonnu : Effectivement. D’ailleurs, de manière générale, on incite plutôt les gens, quel que soit l’objet en question, à faire des sauvegardes à différents endroits parce qu’en termes de pérennité c’est vachement important, surtout pour les informations importantes.
Sur le salon @macousine, et je suis tout à fait d’accord, dit l’importance de l’objet, de bien nommer les courriels parce que ça facilite la recherche ensuite. Je pense que ça fait écho et c’est que ce que tu amènes souvent dans tes chroniques, l’importance du collectif, réfléchir collectivement, se former collectivement, peut-être avoir une certaine rigueur dans les nommages, peut-être partager certains nommages dans nos objets. C’est aussi une pratique collective qui peut, peut-être, faciliter pour chacun son archivage, cet archivage de tout le monde.

Vincent Calame : Typiquement dans les conventions de nommage il y a l’exemple des identifiants des listes de diffusion qui sont souvent entre crochets, placés au début du message, et c’est très utile qu’on fasse des filtres ou non pour se repérer dans la masse d’informations. On voit bien que les deux informations importantes c’est le sujet et l’expéditeur, ce sont les deux qu’on va retrouver dans toutes les listes, et mieux ce sera rédigé, mieux ce sera pour tout le monde, c’est sûr.

Étienne Gonnu : Merci beaucoup Vincent.
Il nous reste un petit peu de temps et vu qu’on est dans le confinement, avec Libre à vous ! on aime bien prendre des nouvelles. J’imagine que comme beaucoup de personnes tu travailles à distance, tu es en télétravail.

Vincent Calame : Oui.

Étienne Gonnu : Est-ce que pour toi c’est un grand changement de tes habitudes ? Est-ce que tu trouves des techniques ? Est-ce que tu avais déjà l’habitude de télétravailler ? Est-ce que tu as des recommandations à faire ?

Vincent Calame : Oui et non parce que, en fait, j’avais comme coquetterie de ne pas avoir de connexion internet chez moi pour dire « je travaille au bureau » parce que je pouvais, en plus, accéder à mon bureau à n’importe quelle heure, en travaillant tard je travaillais du bureau, donc je rentrais chez moi et il n’y avait pas de connexion, pas d’écran. C’était une manière de se vider l’esprit. Là j’ai été obligé, évidemment, de prendre la fibre. Je vais faire de la publicité, mais c’est vrai que je remercie Free d’être venu pendant le confinement m’installer la fibre puisque je profitais du wifi du voisin. Cela dit, c’est aussi un bon moyen de se rappeler que quand on a des problèmes de connexion c’est plus compliqué. Quand on a la fibre au travail ou ce genre de chose, on oublie que tout le monde n’a pas un giga de bande passante au quotidien, donc c’est un bon rappel.
Sinon pour le reste, effectivement, la nature de mon travail a peu changé. J’ai l’impression d’avoir un pistolet sur la tempe pour me forcer à terminer justement des choses qui traînaient depuis longtemps.

Étienne Gonnu : D’accord. Merci beaucoup. Je vais te dire au mois prochain, peut-être même au studio. Qui sait !

Vincent Calame : J’espère !

Étienne Gonnu : Croisons les doigts et que ça soit fait de manière à peu près raisonnable, je ne vais pas non plus te précipiter.
Merci beaucoup Vincent, je te souhaite une belle journée.

Vincent Calame : De rien. À bientôt.

Étienne Gonnu : Je vous propose de passer à notre dernière pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Toujours sur suggestion de Éric Fraudain de auboutdufil.com, nous allons écouter Synthwave Vibe par Meydän. On se retrouve juste après. Une belle journée à vous à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Synthwave Vibe par Meydän.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Synthwave Vibe par Meydän, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April et nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Interview de Marc Rees, journaliste et rédacteur en chef de Next INpact

Étienne Gonnu : Pour notre dernier sujet nous allons prendre des nouvelles de Marc Rees, journaliste et rédacteur en chef de Next Inpact.
Salut Marc, comment ça va ?

Marc Rees : Salut Étienne, ça va très bien même si la situation est évidemment un peu bizarre actuellement, mais ça va très bien. Merci.

Étienne Gonnu : Tu appliques bien les gestes barrière ?

Marc Rees : Oui. Moi ça fait 20 ans que je travaille en télétravail, donc je connais bien ces gestes barrière, je ne sors pas beaucoup.

Étienne Gonnu : Effectivement, il me semblait bien que tu pratiquais déjà le télétravail. Du coup, par rapport à la situation normale, est-ce que tu sens une différence dans ta pratique du télétravail depuis le confinement ?

Marc Rees : Oui. Il y a quand même une différence parce que ça fait 20 ans que je télétravaille, mais ça fait aussi 20 ans que je me déplace très régulièrement pour les conférences de presse dans les ministères, etc. Là, actuellement, tout est stoppé, donc cette fois-ci c’est vraiment du télétravail à 100 %. Ça me manque tout de même un petit peu. D’un point de vue j’allais dire fonctionnel, les actualités sont en pause totale, puisque tout est concentré sur la pandémie actuelle et c’est tout à fait normal, alors que dans le même temps tous les gros dossiers législatifs qui devaient arriver dans l’agenda, tout a été repoussé à plus tard. Donc c’est complètement un changement de braquet. J’ai dû revoir tout mon agenda pour m’adapter à flux tendu aux conditions actuelles.

Étienne Gonnu : Je serais surpris que des gens ne connaissent pas Next INPact, tu en es rédacteur en chef, tu es aussi un journaliste spécialisé dans le droit des nouvelles technologies, ce sont ces sujets-là qui te parlent. Est-ce que tu peux nous présenter un peu ce qu’est Next INpact, et toi, ta spécialité, finalement quels sont les sujets sur lesquels tu travailles habituellement, hors pandémie ?

Marc Rees : Comment résumer Next Inpact ? Ça fait une vingtaine d’années que Next INpact existe. Ça a commencé avec un tout petit blog créé sur un coin de table et c’est devenu par la suite une SARL de presse qui est totalement indépendante. On n'appartient à personne d’autre que nous-mêmes. On n’est disponible qu’en ligne même si, depuis peu, on a un magazine papier qu’on essaye d’industrialiser. On est spécialisé dans le secteur du numérique de manière historique même si on s’ouvre aujourd’hui à d’autres sujets.
Quant à moi, eh bien j’ai une formation de juriste, j’ai fait quelques années de droit à Marseille, Aix-en-Provence et Lyon et je me suis lancé dans le droit du numérique à la fin des années 90, début 2000. Je n’ai pas fait de formation universitaire en droit du numérique, mais j’ai découvert ce secteur, je l’ai apprécié parce que, comme bon nombre de personnes de ma génération, j’étais mordu de nouvelles technologies et d’informatique, d’abord familiale, et j’ai rejoint Next INpact en 2005 et je suis devenu par la suite rédacteur en chef du site. Je mets un point d’honneur à suivre toute l’actualité de régulation des contenus en ligne notamment qui est extrêmement riche aujourd’hui.

Étienne Gonnu : Ton résumé est très clair. Je pense qu’on peut souligner, tu ne l’as peut-être pas fait par modestie, que tu es une référence notamment sur le droit d’auteur et particulièrement sur la notion de copie privée, sur le RGPD aussi, le Réglement général des données, tu as fait un dossier extrêmement complet sur Next INpact.
Donc il y a abonnement, mais il me semble qu’au bout d’un mois en général vous mettez en libre accès, corrige-moi si je me trompe.

Marc Rees : Le modèle commercial est un petit peu particulier. Au début on était complètement gratuit. Ensuite on a dû basculer sur une formule payante sur abonnement. Ce changement d’habit a été un petit peu compliqué parce qu’il a fallu faire preuve de pédagogie auprès du plus grand nombre, parce qu’on avait une forte communauté, et ça n’a pas été simple de faire switcher ces personnes.
On a opté pour un modèle reposant sur deux lignes directrices, à savoir un abonnement très peu cher puisque c’est une quarantaine, cinquantaine d’euros sur l’année, et surtout les actualités sont réservées aux abonnés sur une durée maximale d’un mois, entre une semaine et un mois, tout va dépendre du contenu, du temps passé, etc. Au bout d’un mois tout le monde y a accès. C’était aussi un point d’honneur, pour nous, de faire en sorte que les contenus soient accessibles à un moment donné au plus grand nombre parce qu’on a bien conscience que les personnes ne peuvent pas s’abonner à l’ensemble des titres de presse et parce que personne n’a des moyens illimités. On a essayé de ménager les susceptibilités, les besoins, les capacités des uns et des autres en optant pour ce système, sachant aussi qu’on a fait le choix de ne pas avoir de trackers, donc on n’a pas de trackers publicitaires, etc., qui viennent pister les internautes jusque dans leurs faits et gestes en ligne. On n’a pas tout ça. Les cookies se limitent uniquement aux cookies techniques, à savoir pour l’authentification ou l’identification sur le site. On se limite vraiment au strict minimum.
C’est un choix qui est douloureux en termes de chiffre d’affaires, mais peu importe pour nous puisque ça correspond tout à fait à notre philosophie. On ne peut pas avoir d’un côté des articles qui vont prôner le respect des données personnelles, la sacro-sainte nécessité de respecter le RGPD et, de l’autre côté, mitrailler des centaines de cookies pour alpaguer les informations personnelles des lecteurs dans leur dos.

Étienne Gonnu : Félicitations parce que je pense que ce n’est pas forcément évident quand on ne s’intéresse pas à ces sujets d’avoir conscience de l’engagement que ça représente. C’est unique comme situation dans le sens où, effectivement, je ne suis pas sûr qu’il y a beaucoup d’autre presse en ligne qui fasse cet effort-là. On a bien vu pendant certains dossiers législatifs, notamment sur le droit de la presse au niveau européen où il y a beaucoup de grands noms qui critiquaient allègrement Google qui viendrait piller leurs ressources, mais qui, pourtant, s’appuient énormément sur leurs outils qui pompent les données personnelles, on a bien vu que Next INpact a eu cette vigilance, a eu cette cohérence-là.
Par ailleurs je fais partie des abonnés, ça fait des années que je suis Next INpact. J’ai apprécié cet effort que tu as évoqué justement de pédagogie. Comment ça a été reçu par votre communauté ? Il me semble bien, mais…

Marc Rees : Oui, bien. Après il y a eu des personnes qui ont râlé de manière sans doute très légitime parce que, quand on est habitué à un environnement qui repose sur la gratuité, eh bien c’est difficile de changer comme ça de régime, d’environnement, ce n’est vraiment pas simple. On avait entendu ces critiques, c’est pour ça qu’on a vraiment essayé de ménager les différents intérêts en présence, on a essayé de choisir quelque chose d’équilibré, je pense, maintenant. Effectivement, c’est une solution qui est unique entre ces articles qui sont libérés au bout d’un certain temps, l’absence de trackers, l’abonnement qui est à un tarif relativement raisonnable, je dis bien relativement parce que je sais que pour certaines personnes 50 euros, même sur l’année, c’est une somme qui n’est pas neutre. On a conscience de tout cela. Moi je n’ai pas la liste des abonnés. On a une segmentation extrêmement forte entre la partie entre guillemets « commerciale » et la partie rédactionnelle sur laquelle j’officie, mais on a des grands comptes, etc. J'ai eu écho, mais peu importe, on reste sur ce schéma-là pour l’instant et on essaye de tenir ainsi.

Étienne Gonnu : Parfois j’ai pu constater, comme je suis abonné je le vois moins, mais on a pu voir que sur des sujets que vous considérez presque d’utilité publique, il vous est arrivé de mettre des articles en ligne directement en libre accès lorsqu’ils touchaient des sujets pour lesquels vous avez considéré qu’il était important d’informer directement. Je trouve que c’est une pratique assez remarquable que je tenais à souligner.

Marc Rees : On le fait parfois, effectivement, quand il y a des articles qui sont d’une impérieuse importance, les actualités sont diffusées directement ou alors elles sont mises en libre accès durant une période déterminée de 24 heures. Toujours cet aiguillon qui est le nôtre qui est celui d’assurer la diffusion la plus large possible des informations qui touchent ce qui concerne aujourd’hui notre quotidien, à savoir le numérique.

Étienne Gonnu : Et finalement la cohérence ce n’est jamais noir et blanc, ce n’est jamais si simple si c’est un travail permanent. On voit que les personnes les plus cohérentes sont celles qui acceptent que ce n’est pas si simple et qu’on s’adapte au fur et à mesure tant qu’on est à l’écoute. C’est vraiment le sentiment que j’ai à propos de Next INpact. Je vous passe beaucoup de crème, mais vous le méritez.
On me signale sur le site web, et c’est très juste, que vous faites partie d’un collectif beta.lapresselibre.fr, La Presse Libre, on mettra le lien, qui est un modèle avec d'autre presse en ligne qui partage à peu près vos soucis.

Marc Rees : La Presse en ligne reposait sur ce principe-là qui était de fédérer différents titres, comme Arrêt sur image notamment, pour faire des offres d’abonnement groupé, là encore avec cette idée que les internautes ne peuvent pas s’abonner à l’ensemble des sites. Donc c’est une espèce de caddy, un peu de panier commun dans lequel il est possible de cocher puis d’avoir un tarif préférentiel pour différents titres. On fait ça avec quelques acteurs et dans l’équipe c’est David Legrand qui est mon collaborateur, collègue, qui s’est occupé tout particulièrement du développement, de la mise en ligne et aussi de la partie commerciale de cette plateforme

Étienne Gonnu : Super. Tu évoquais la spécialité de Next INpact et plus spécifiquement celle qui est la tienne, effectivement l’actualité est très concentrée sur la pandémie, mais on voit poindre des sujets qui touchent directement aux questions des libertés numériques et au droit des technologies de communication. Il y a eu les problèmes avec Zoom, un logiciel de visioconférence qui a montré des vraies failles et problématiques en termes de respect de la vie privée. Là on voit poindre une application, Stop Covid, qui est quand même particulièrement inquiétante dans ce qu’elle représente en termes d’idéologie, cette idée de solutionnisme technologique, je reprends ce terme à dessein puisqu’il est au cœur d’un article qui a été publié sur Next INPact. Comment tu perçois la place qu’occupe la technologie dans cette période ?

Marc Rees : Effectivement la notion de solutionnisme technologique qui a été utilisée par Marie-Laure Denis, la présidente de la CNIL, est assez bien vue parce que la crainte serait celle de déployer une espèce d’application mirage qui ferait croire que grâce à quelques lignes de code on arriverait à endiguer cette pandémie. D’ailleurs le nom même de l’application, Stop Covid, me fait sursauter parce que ce n’est pas une application qui va stopper le Covid, l’épidémie en question. C’est une application qui est destinée à alerter le graphe social d’une personne si jamais l’une d’elle se signale comme étant porteur, avec ce dispositif. Je trouve que c’est bon un « stress test » pour le dispositif au regard des dispositions notamment européennes, en particulier ePrivacy ou le RGPD, si il y a de la donnée personnelle non anonymisée dedans. C’est un bon test de l’application du RGPD et aussi de l’attention qu’on attend aujourd’hui de la CNIL [Commission nationale de l'informatique et des libertés], parce qu’il ne faudrait surtout pas que la CNIL se dise « dans la mesure où la situation est gravissime – et elle l’est – eh bien je me mets un petit peu en retrait ». Je crois, au contraire, qu’il faut impérativement que celle-ci n’abandonne pas ses terres et accentue au maximum ses pouvoirs de contrôle sur pièce, sur place pour se faire communiquer le maximum d’informations, pour éviter que n’importe quoi soit fait avec nos données personnelles.
Cédric O lui-même, le secrétaire d’État au Numérique, a signalé qu’il y aurait des faux positifs et des faux négatifs, donc c’est quand même assez gravissime comme solution. Je ne sais pas, si j’ai une application, que je reçois une telle alerte qui ne correspond à rien, je ne vous explique pas ce que ça va générer psychologiquement pour moi ou pour une autre personne, ça peut être extrêmement grave !
Au-delà de tout c’est aussi la possibilité, si l’application est mal sécurisée – le principe de sécurité c’est un grand principe du RGPD – qu’un tiers mal intentionné puisse avoir accès à ces informations et sache que monsieur Michu, madame Michu ou le fils Michu soient finalement porteurs, malheureusement, de cette fichue maladie. Donc il y a des contraintes en termes de données de santé, de données personnelles, qui sont extrêmement importantes.
S’agissant de Zoom, oui. D’ailleurs j’étais justement avant l’émission et je regarde encore d’un œil cette diffusion en direct : actuellement au Sénat on a Cédric O qui est auditionné. C’est une diffusion restreinte pour laquelle j’ai pu obtenir une invitation avec quelques autres journalistes, eh bien la diffusion se fait sur Zoom. C’est juste hallucinant puisque les services de Bercy recommandent tout sauf Zoom. Je ne comprends pas très bien le choix technologique de cette solution alors qu’on a quand même des solutions logicielles qui sont poussées par les services français et notamment par l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information]. Donc voilà ! C’est une drôle de période ! C’est une drôle de période, vraiment.

Étienne Gonnu : Rappelons que Cédric O aime répéter un peu tout va qu’il est important de redéployer une certaine souveraineté numérique, qu’il faut recentrer les champions numériques en Europe, je ne sais plus quels sont ses termes, mais on voit finalement que souvent les actes ne suivent pas les paroles. Je suis assez atterré par l’exemple que tu donnes.
D’ailleurs ça pose question, c’est assez étonnant qu’il y ait une diffusion restreinte d’une audition publique dans cette période où, justement, la transparence semblerait être une nécessité démocratique particulièrement importante dans cette crise.

Marc Rees : Ma réponse sera brève : oui. Oui, ça m’étonne aussi. Je n’ai pas eu l’explication pour l’instant, je ne l’ai pas demandée non plus, ce qui explique pourquoi je ne l’ai pas eue.
Le principe de souveraineté numérique, je n’aime pas trop cette expression parce que ça laisse entendre une espèce de logique très gauloise et, dans un monde ouvert dans lequel les codes, les lignes, etc., les services circulent de tous les côtés, avoir des solutions franco-françaises je ne sais pas si ça veut dire quelque chose exactement. Par contre, avoir des solutions qui soient respectueuses des personnes, des utilisateurs, qui soient solidement codées, idéalement qu’elles soient ouvertes afin de pouvoir assurer auprès des sachants un contrôle technique de ce qui est fait de ces informations, ça me semble vraiment le strict minimum pour assurer tout simplement un respect.
La notion de souveraineté numérique a un relent un petit peu gaulois et très économique et ça n’a vraiment pas de sens aujourd’hui dans un univers ouvert.

Étienne Gonnu : Je ne peux qu’être d’accord. Après il s’agit de définir la notion de souveraineté, mais tout de suite on voit bien ce que ça peut véhiculer comme idéologie. Je ne peux qu’être d’accord avec tout ce que tu dis.
J’aime bien quand je taquine sur Twitter notamment Cédric O, le troller, dire qu’en fait on n’a pas besoin de champions, on ne veut pas de champions on veut des chatons, ces services décentralisés, respectueux des utilisateurs, basés sur le logiciel libre, on sait comment ça fonctionne, etc.
Puisqu‘on parlait de télétravail, pour revenir aussi sur la situation actuelle, il y a des personnes pour qui le télétravail n’est pas du tout inné. On peut imaginer à quel point ça peut être difficile dans la période. Est-ce que tu as des outils à recommander et notamment sur la question de la veille parce qu’on sait très bien que pour les journalistes la veille est très importante. Est-ce que tu as des recommandations à faire pour les personnes qui nous écoutent ?

Marc Rees : Sur les méthodes de télétravail. Moi ça fait 20 ans que je fais du télétravail et je suis passé par tous les stades. Au début je trouvais ça assez sympa d’autant plus que j’étais payé à la pige sur un autre titre. En fait c’était un gros piège parce que, finalement, on travaille tout le temps : je travaillais tout le temps, jour, nuit, j’avais une vie complètement décousue et c’est quelque chose qui peut être psychologiquement extrêmement douloureux au sens médical du terme, c’est-à-dire burn-out, etc. Donc c’est vraiment un faux confort que de se dire « je vais pouvoir télétravailler en pantoufles », ça ne marche pas comme ça.
Pour les grosses astuces, ce que je fais, j’ai une espèce de rite quotidien, je vais rentrer dans des détails très personnels, en fait je fais comme si je partais à l’extérieur, en bureau, sur Paris ou ailleurs, je n’habite même pas Paris, mais je fais comme si je partais, donc je me prépare, je m’apprête, mais au moment de prendre un moyen de transport eh bien je m’arrête et je vais dans mon bureau. J’ai des horaires qui sont imposés par mon contrat de travail, mais je m’impose aussi des horaires très stricts et je fais en sorte de les respecter religieusement sauf, évidemment, s’il y a une urgence ou si l’information prime. Donc je fais en sorte de respecter ces éléments-là et je m’accorde des moments de pause, je respecte l’heure des repas, je fais en sorte d’éviter d’être connecté h24 même si, en pratique, c’est un peu délicat.
Quelle autre astuce donner ? Avoir un chat ce n’est pas mal, c’est un animal de compagnie très agréable mais tout le monde ne peut pas le faire. Qu’est-ce que je peux donner encore ? Surtout essayer de sortir si c’est possible, avoir une petite activité physique à côté, s’accorder des moments de marche, course, n’importe quoi dans le quartier, dans la campagne, dans les ruelles, faire un tour, sortir et aussi discuter avec ses collègues par téléphone ou par des outils numériques pour garder le lien. Garder le lien c’est super important parce que sinon on est complètement dans une bulle, sclérosé, on est coupé de tout, même de l’espace temps et on n’a plus de conscience sur le temps qui passe. Psychologiquement c’est extrêmement dur.
Après, il faut aussi penser à l’environnement familial. L’environnement familial ce n’est pas simple, les relations ne sont pas simples, pour les enfants aussi. Par exemple savoir que sa maman, son papa, peu importe, doit être dans une petite bulle, confiné, qu’il ne faut pas trop le déranger, donc il faut faire preuve, là aussi, de pédagogie.
Voilà, des petites astuces comme ça.

Étienne Gonnu : C’est assez fondamental, je pense, notamment dans le rythme que tu évoquais et garder le lien. C’est marrant, du coup ça reboucle un peu avec le point sur Chapril et sur CHATONS de la semaine dernière, avoir des outils, et c’est pour ça que c’est extrêmement important d’avoir ces outils. Plutôt qu’utiliser Zoom utiliser Mumble ou Jitsi comme peuvent proposer par exemple le Chapril et d’autres chatons, c’est vrai que c’est très important.
En termes de veille est-ce que tu as des méthodes, des outils, des recommandations pour faire de la veille efficace ?

Marc Rees : Jean-Marc Manach, mon collègue aussi, fait assez souvent des gros yeux parce que lui travaille beaucoup avec des outils automatisés. Moi je travaille tout à l’artisanat, je fais tout a la mano. J’ai toute une liste de sites : Assemblée nationale, Sénat, Parlement européen, Commission européenne, les pages des parlementaires, le Journal officiel évidemment, les questions parlementaires, les propositions de loi qui sont déposées, les projets de loi qui sont déposés, les études d’impact, les décisions du Conseil d’État, de la Cour de cassation, de la CJE, la jurisprudence de la CEDH, la Cour européenne des droits de l’homme, etc. Je fais tout ça à la main, j’ai tout un périple que je fais. Chaque matin je me lève très tôt et je fais une espèce de grande vielle sur l’ensemble de ces sources.
En fait. je ne fais pas confiance aux outils automatisés, c’est débile mais c’est comme ça, je ne fais pas confiance parce que j’ai toujours l’impression que cette machine va ignorer, dans sa bêtise informationnelle, une décision qui finalement pourrait m’intéresser. Donc je préfère faire ça a la mano et voilà ! Je me balade sur toutes ces sources d’information.
Après, la veille juridique ce n’est pas donné à tout le monde. Pourquoi ? Parce que le vocabulaire est extrêmement compliqué, le vocabulaire est très propre et parfois sous une expression toute neutre – je vais donner un exemple – il y a derrière des implications qui sont extrêmement fortes et une personne qui n’a pas ce vocabulaire, et on ne l’a pas d’instinct, va passer à côté.
Un exemple, je pense à celui des « informations et documents » entre guillemets, qui a été utilisé et sur-utilisé dans la loi renseignement, qui autorise les services à se voir communiquer des « informations et documents » de la part des prestataires de services en ligne. « Information et documents », en fait, on ne savait pas très bien ce que c’était. Il a fallu une QPC, une question prioritaire de constitutionnalité, qui a été posée par les Exégètes et La Quadrature du Net pour essayer de connaître exactement le périmètre de cette notion. Dès lors qu’on a une connaissance du périmètre on a une connaissance de l’atteinte ou du respect des droits et libertés. Donc c’est super important d’avoir ce vocabulaire.

Étienne Gonnu : C’est un métier quoi !

Marc Rees : Oui, c’est un métier. Aujourd’hui on a la chance d’avoir quand même pas mal de sources ouvertes qui sont là, ce n’était pas le cas au début, dans les années 90, en droit du numérique. On arrive à faire ça, mais ça demande là aussi une pratique, une espèce de rite là encore pour avoir une espèce de panorama à 360 degrés de l’ensemble des informations qui arrivent en ligne.

Étienne Gonnu : Merci beaucoup Marc, il nous reste trois minutes d’émission. Est-ce que tu as, en une minute, un dernier point que tu souhaiterais évoquer ? Une dernière chose que tu souhaiterais dire ?

Marc Rees : Je suis nul en improvisation, même si je fais un peu de guitare. Toujours douter de la parole politique, toujours, toujours. Toujours douter de la parole politique. En fait, ce que je fais, c’est que je doute toujours systématiquement de cette parole-là et mon exercice favori c’est de prendre un mètre ruban et de mesurer la distance entre la parole politique et ce qui est transcrit dans les textes. Ce qui est transcrit dans les textes c’est une forme de vérité et ça permet de voir un petit peu ce qui va exactement se passer. Parfois la distance entre chacune de ces bornes est extrêmement importante. Donc il est impératif de surveiller cela, soit soi-même soit en faisant appel à ce qu’on trouve sur les réseaux sociaux, peu importe, mais auprès de sachants. Il faut toujours se méfier surtout dans une période extrêmement complexe comme elle l’est aujourd’hui où les atteintes aux droits et libertés pourraient être plus facilement justifiées par le risque sanitaire qui est aujourd’hui le nôtre.

Étienne Gonnu : Merci. Très belles paroles de fin. Effectivement avoir ce doute, mais au-delà même de la parole politique, toujours avoir cette petite hésitation ; cette envie d’être sûr est très importante.
Un grand merci Marc pour ton intervention et pour tout le boulot que vous faites à Next INpact. Tes actions sont très précieuse pour les actions de l’April.
Un grand merci. Je te souhaite une bonne journée.

Marc Rees : Très bonne journée. Merci à tous, merci aux auditeurs. À bientôt.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous approchons de la fin de l’émission. Je vais faire très rapidement des annonces, même très, très rapidement vu le temps.

Annonces

Étienne Gonnu : On l’avait déjà fait la semaine dernière, la playlist de Libre à vous !, une compilation des musiques libres déjà diffusées dans l’émission, commentées par Valentin qui anime deux émissions musicales sur la radio. Le podcast de l’émission de la semaine dernière est disponible sur notre site. Et demain mercredi 15 avril, de 13 heures à 14 heures, nous allons faire une deuxième émission dédiée aux musiques.
Vous retrouverez sur le Chapril le service Mumble qui a été fait.
Vous trouverez les actus sur les dossiers qui avancent, parce qu’on fait quand même quelques actions, on suit l’actualité. Vous trouverez les dossiers sur le site de l’April.

Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Éric Fraudain, Vincent Calame, Marc Rees, Christian-Pierre Momon. Aux manettes de la régie aujourd’hui William.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, bénévole à l’April, Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts.
Merci également à Christian ou Quentin, bénévoles tous les deux à l’April, qui s’occupent à tour de rôle des podcasts.
Vous retrouverez sur notre site web toutes les références utiles. N’hésitez pas à nous faire des retours pour nous indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

La semaine prochaine, mardi 21 avril à 15 heures 30, nous nous retrouverons. Nous allons continuer comme aujourd’hui et la semaine dernière à parler, à prendre des nouvelles des amis de l’April, des personnes qui contribuent à nos actions pour qu’elles puissent présenter tout ce qu’elles font.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 21 avril et d’ici là prenez soin les uns et les unes des autres.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Décryptualité du 20 avril 2020 - Accès aux sources, science et logiciel même combat

mar, 04/21/2020 - 02:23

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 20 avril 2020 (15 minutes)

La science ouverte est un sujet de plus en plus présent dans la presse. Comme en informatique, accéder aux données et à leur traitement est une nécessité pour établir la confiance. L'exemple des erreurs d'une publication économique influente de 2010 en fournit l'illustration dans un domaine encore bien différent. La remise en cause d'un criminologue médiatique en est encore une autre.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 16 de l'année 2020

lun, 04/20/2020 - 22:14

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[francetv info] 'Internet peut redevenir un bien commun si nous nous emparons des outils alternatifs aux Gafam': entretien avec Maxime Guedj, co-auteur de 'Déclic'

✍ Laure Narlian, le samedi 18 avril 2020.

Les Gafam, ces géants d’internet, n’ont jamais eu autant de pouvoir. Comment résister à leur emprise? Une profusion d’outils alternatifs et de solutions respectueuses existent. Le confinement est le bon moment pour les découvrir.

[Next INpact] StopCovid: Cédric O saisit le Conseil national du Numérique

✍ Marc Rees, le vendredi 17 avril 2020.

Cédric O a saisi ce 14 avril le Conseil national du numérique sur le projet StopCovid, l’application de suivi de contact. Next INpact diffuse la lettre de saisine.

Et aussi: [Numerama] Pourquoi l'administration française a-t-elle autant de mal à remplacer Zoom?

✍ François Manens, le mardi 14 avril 2020.

Zoom a tellement de problèmes de sécurité que les institutions déconseillent son usage. Mais la qualité de son expérience utilisateur le rend très compliqué à remplacer.

[Decideo.fr] Open Data: Et si la donnée partagée révolutionnait l'administration française?

✍ Raphaël Allègre, le

Le partage collaboratif des données en temps réel a permis de comprendre avec plus de précision le monde dans lequel nous évoluons. À l’instar de nombreux acteurs du privé, les institutions françaises se sont elles aussi lancées dans le grand bain de la transformation digitale en utilisant notamment l’Open Data. Malgré son potentiel (accessibilité, utilisation, analyses etc.), ce mouvement soulève également des problématiques d’éthique, d’intégrité et de sécurité.

Et aussi:

Émission « La playlist de Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (22 avril 2020)

lun, 04/20/2020 - 11:02
Start: 22 Avril 2020 - 13:00End: 22 Avril 2020 - 14:00

Troisième émission spéciale La playlist de Libre à vous ! en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mercredi 22 avril 2020 de 13 h à 14 h. Nous diffuserons certaines des musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques seront commentées par Valentin qui co-anime deux émissions sur la radio (Les joyeux pingouins en famille et Saturday night fraîcheur).

Intervenir pendant le direct (mercredi 22 aril 2020 de 13h à 14h) :

Écouter le direct mercredi 22 avril 2020 de 13 h à 14 h   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (21 avril 2020)

lun, 04/20/2020 - 09:21
Start: 21 Avril 2020 - 15:30End: 21 Avril 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

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63e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 21 avril 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • interview de Laurent Leemans The Imaginary Suitcase qui fait de la musique libre. C'est l'ancien chanteur du groupe Ceilí Moss dont on a déjà diffusé des musiques dans l'émission
  • la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur le thème merci le libre ou Be Kind Document
  • interview avec Vincent-Xavier Jumel, professeur de mathématiques dans un lycée de Sain-Denis (93), sur l'école et le confinement
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son expérience personnelle avec les outils de visioconférence libres en temps de confinement, les réactions de son entourage, etc.
  • interview de Ludovic Dubost, créateur du logiciel XWiki, PDG de la société XWiki SAS qui développe XWiki et Cryptpad

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 21 avril 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 21 avril 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

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Ça sent le sapin pour le brevet logiciel - Décryptualité du 13 avril 2020

dim, 04/19/2020 - 16:36


Titre : Décryptualité du 13 avril 2020 - Ça sent le sapin pour le brevet logiciel
Intervenant·e·s : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 13 avril 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 15 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Panneau danger brevets April - Licence : sauf mention contraire, LAL version 1.3 ou ultérieure, CC-BY-SA version 2.0 ou ultérieure et GNU FDL version 1.3 ou ultérieure
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Avec la récente décision allemande contre le brevet unitaire, le spectre de l'avènement du brevet logiciel en Europe s'éloigne un peu plus.
Une bonne nouvelle qui laisser espérer en finir une fois pour toute avec cette absurdité.

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 15. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Luc.

Luc : On vous a à distance, nous sommes tous confinés. Qu’a-t-on dans la revue de presse ?

Manu : Une plutôt grosse revue de presse qui parle bien sûr beaucoup de Covid.

Nico : On commence avec InformatiqueNews.fr, « ERP et Open Source une équation génératrice de valeur », un article Mehdi Nagati.

Manu : ERP ce sont des gestionnaires d’entreprise, en gros, qui font plein d’outils, plein de choses et la personne qui fait l’article travaille dans une boîte qui peut vous aider à mettre en place ce genre de chose, mais en Libre.

Nico : Usbek & Rica, « Pourquoi le Covid-19 va (aussi) propager le mouvement maker », un article de Bastien Marchand.

Manu : Le mouvement maker c’est tout ce qui est imprimante 3D et autres innovations un peu matérielles.

Luc : Plein d’autres choses, la microélectronique, la découpe laser, plein de trucs.

Manu : Tout le monde en parle en ce moment parce qu’on est en manque de masques, on est en manque d’outils, de respirateurs pour les hôpitaux et là, les gars brillent parce qu’ils peuvent sortir leur imprimante 3D et fournir rapidement des petits outils qui sont très utiles. Ça fait beaucoup parler.

Nolwenn : La question que je peux me poser c’est : combien de temps les makers vont pouvoir fournir les hôpitaux en ressources ?

Manu : Oui, parce que les filaments vont peut-être manquer au bout d’un moment, c’est possible.

Luc : L’impression 3D ce n’est pas la bonne méthode pour faire un grand nombre de produits parce que c’est très long d’imprimer. Après, il y a des tas de gens qui ont leur imprimante chez eux et qui peuvent faire chacun dans leur coin des produits, mais ce ne sont pas des solutions. C’est plutôt bien pour faire des prototypes et pour avoir des gens qui se débrouillent, qui trouvent des solutions rapides avec peu de moyens, mais ce ne sont pas des usines.

Nico : L'usine Nouvelle, « Les premiers détails de “Stop Covid”, le projet d'application de tracking du gouvernement », un article de Marion Garreau.

Manu : Une grande idée de nos institutions c’est de nous tracer grâce à nos téléphones portables et au Bluetooth, il n’y a pas que la France qui table sur genre d’idée. Ça fait très peur parce que la vie privée en France et dans plein d’autres pays c’est important mais, en même temps, on veut des outils pour essayer de tracer la façon dont se diffusent les virus dans la population. Ça peut être une idée intéressante, mais il faut qu’on fasse attention, que ce soit bien libre notamment.

Nico : La Tribune, « Covid-19 : le monde d’après sera innovant ou ne sera pas », un article de David Menga et Xavier Dalloz.

Manu : Ça parle d’innovation, c’est plutôt intéressant et au niveau mondial. Là encore le Libre, la diffusion des connaissances c’est important parce que quand on innove mais qu’on diffuse à tout le monde à égalité c’est quand même encore plus sympa !

Nico : france bleu, « Dans le Poitou-Charentes, des bénévoles recensent les commerces ouverts sur une carte participative », un article de la rédaction.

Manu : On en a déjà parlé un petit peu la semaine dernière. C’est notamment pour recenser tous les commerces qui sont ouverts. Là il y a des GULL [Groupes d'utilisateurs de logiciels libres] locaux qui s’installent et qui travaillent sur ce genre de choses de manière dématérialisée, il faut profiter de ce temps de confinement.

Nico : Le Point, « Jitsi, le service né en France qui veut vous faire oublier Zoom et Houseparty », un article de Guillaume Grallet.

Manu : je ne connais pas bien Houseparty, c’est la première fois que j’en entends parler. En tout cas il y a Jitsi, c’est du logiciel libre, plein de logiciel libre de plus ou moins bonne qualité, autour de la table, autour du micro on n’est pas toujours d’accord.

Luc : Ça dépend aussi de l’hébergement.

Manu : Ça dépend de l’hébergement. En tout cas ça fait beaucoup parler parce que c’est un service libre français, eh oui, bien français.

Nico : Et ça a complètement explosé avec Framasoft qui mettait des instances à disposition. L’Éducation nationale s’est ruée dessus en faisant exploser toute l’association. Ils ont dû dire « stop, nous on n’est pas là pour remplacer l’Éducation nationale, on met des services pour d’autres personnes, mais s’il vous plaît ! »

Manu : Ça a bien évolué. Il y a eu plein d’instances qui se sont installées un peu partout. Effectivement c’est assez intéressant comme évolution.

Nico : Dalloz, « Brevet : sale temps pour la juridiction unifiée du brevet », un article de Cédric Meiller et Vincent Chapuis.

Manu : C’est un article un peu long mais, ce qui nous intéresse, c’est que ça peut être le sujet de la journée.

Luc : De la semaine même ! À moins qu’on produise quotidiennement maintenant, mais je n’étais pas au courant !

Manu : Non, effectivement. Le brevet unifié c’est un vieux sujet qui traîne en Europe depuis des années, contre lequel on se bat, notamment à l’April. Il y a eu beaucoup de combats depuis le début des années 2000, il me semble que ça doit dater à peu près de cette époque.

Luc : Brevet unifié c’est plus récent que ça. Le brevet unifié c’était une initiative qui visait à ce que, en Europe, on ne soit pas obligé de déposer un brevet dans chaque pays, ce qui est aujourd’hui le cas. L’initiative n’est pas nécessairement stupide, mais, à l’intérieur, c’était l’occasion d’essayer de réintroduire le brevet logiciel qui était un des vieux combats de l’April, pour le coup qui remonte au début des années 2000, qui est une des priorités de l’April : le brevet logiciel c’est vraiment caca.

Nico : On va peut-être commencer par rappeler ce qu’est un brevet et à quoi ça sert ?

Manu : Oui, c’est une bonne idée. Alors vas-y, comment tu le décris, toi ?

Nico : Le brevet1 c’était à la base pour les gens qui inventaient des nouvelles technologies, qui se retrouvaient à devoir faire de la R&D, investir des sous, des moyens, etc. Quand ils publiaient leur œuvre, ils se la faisaient voler et ils ne pouvaient pas profiter de leur recherche parce que tout le monde commençait à recopier, etc. Donc ils ont mis en place un système de brevet qui est, en gros, un droit d’usage, un monopole pendant une durée déterminée.

Luc : Le brevet a été inventé il y a longtemps et, à l’époque, on se battait aussi contre l’ancien monde qui était celui des secrets de fabrication des artisans. Les artisans gardaient jalousement leurs secrets et s’assuraient que ça ne soit jamais diffusé pour garder leur avantage.

Manu : Parfois ils les emmenaient dans leur tombe !

Luc : Ça n’allait pas du tout dans l’intérêt collectif d’améliorer la performance des activités de l’économie, de l’industrie, etc. Donc le brevet avait aussi cette volonté, c’était initialement une des dimensions du brevet.

Manu : C’était il y a deux siècles, on peut dire que ça beaucoup évolué depuis. Peut-être qu’il y avait notamment des artisans, des inventeurs de génie qui arrivaient dans leur coin à façonner des nouveaux aciers, des nouveaux matériaux et qui les protégeaient pour les exploiter temporairement ; maintenant on ne protège plus vraiment la nouvelle manière de fabriquer un acier. Aujourd’hui c’est beaucoup, et ça fait notamment partie des sujets qu’on a, c’est toute la créativité humaine qu’on peut avoir dans plein de domaines, l’innovation en général, et ça va s’appliquer dans les téléphones portables mais aussi dans les logiciels, dans les idées, les mathématiques, les algorithmes, et puis ça pouvait s’appliquer dans plein d’autres cas. Aux États-Unis on a vu des cas où des procédures médicales pouvaient être brevetées parce que c’était nouveau et qu’on devait pouvoir accorder à l’auteur d’une nouvelle procédure médicale une protection d’exploitation pendant un certain temps, ce qui, bien sûr, est intolérable.

Nico : C’est pour ça qu’on s’est retrouvé avec des brevets sur des médicaments, sur de l’ADN, des animaux, des semences. Il y a à peu près tout et n’importe quoi qui est brevetable aux États-Unis.

Nolwenn : Par exemple l’ADN de John Craig Venter est breveté.

Manu : De qui ?

Nolwenn : John Craig Venter qui faisait partie, si je ne dis pas de bêtise, du projet génome humain qui avait pour projet de séquencer le génome humain, au début des années 2000.

Manu : Donc il s’est auto-breveté.

Nolwenn : Si je me souviens bien, oui, donc tout son génome à lui est breveté, on ne peut pas y toucher.

Manu : Au moins pendant la période pendant laquelle un brevet protège, je crois que ça doit être 14 ans aujourd’hui.

Luc : Les brevets posent plein de problèmes, d’un part parce que ça peut être dévoyé. C’est le cas massivement aujourd’hui dans le sens où, en théorie, la description du brevet devrait être une publication pour que d’autres puissent faire pareil et après que le brevet soit élevé dans le domaine public. En l’occurrence, aujourd’hui on a des brevets qui sont rédigés de façon extrêmement large et de façon totalement obscure parce que, en fait, ce sont des outils de guerre économique et juridique et non plus de la documentation de la façon de faire. Il y a des gens qui se mettent là-dessus notamment ce qu’on appelle les « trolls de brevets » qui sont des boîtes de juristes qui s’en servent, en gros, pour menacer notamment les PME. Aujourd’hui il n’y a que les grosses boîtes qui peuvent se permettre de payer des brevets et éventuellement d’en tirer de l’argent. En général les PME sont sûres de se faire avoir dans le processus. Dernier point : ça ne peut pas marcher dans un monde où il y a maintenant des millions d’intervenants économiques, encore plus dans l’informatique où plein de gens peuvent avoir la même idée en même temps dans plein de coins du monde et où, en fait, c’est impossible de suivre qui fait quoi.

Nico : Surtout dans l’informatique. On parle de logiciel, c’est assez facile de reprendre un code déjà existant, d’ajouter une petite fonction, d’améliorer un peu le système. C’était quand même assez différent et assez difficile quand on était sur une machine, généralement la machine avait un but et la détourner c’était assez complexe. Maintenant n’importe qui peut tout changer. Les morceaux de code se refilent à droite à gauche et, au final, c’est assez difficile d’avoir quelque chose de vraiment innovant. Même toutes les applications qu’on a vues aujourd’hui sur téléphone mobile ou autre, ça n’a pas vraiment innové, ça reste des applications comme on faisait avant, ça a rajouté la géolocalisation avec Uber, connecter plusieurs personnes avec Facebook, mais ce n’était pas des choses qui étaient nouvelles ; c’était juste la manière de faire avec l’informatique. Du coup les brevets derrière n’ont pas de sens. Tout a commencé à être breveté, en tout cas aux États-Unis. En France et en Europe les brevets logiciels ont toujours été limités voire interdits. Mais aux États-Unis aujourd’hui, n’importe qui va rajouter le bouton, la couleur, etc. et va mettre un brevet par-dessus.

Manu : Je ne sais pas si vous vous rappelez du meilleur brevet de la meilleure idée, la plus grande, c’était le bouton où quand vous cliquez dessus ça passe une commande et ça paye automatiquement la commande.

Luc : C’est le 1-Click, je crois que c’était Amazon qui avait fait ça.

Manu : Il me semble que c’était Amazon et c’était il y a déjà quelques années.

Nico : Il y a eu aussi des brevets sur des clics de souris, il y a eu des brevets sur la notion de fenêtre sur un écran.

Nolwenn : Sur l’écran du smartphone aussi, je crois.

Nico : Oui, la forme du smartphone, les onglets dans votre navigateur. C’est vraiment devenu le bordel pour des choses qui sont relativement anodines au final.

Manu : Et ça a donné lieu à beaucoup de jugements et d’attaques en justice qui ont débouché sur des milliards de dollars en dommages et intérêts.

Luc : On en a abondamment parlé dans la revue de presse il y a quelques années, notamment quand l’iPad était sorti. D’autres constructeurs avaient sorti des tablettes et Apple avait attaqué tous azimuts en disant « ce sont nos brevets ! ». C’était aussi d’autres parties de la propriété intellectuelle, les designs, les modèles et les choses comme ça. Ils avaient utilisé tout ce qu’ils pouvaient pour essayer d’interdire la concurrence.
Il y a une autre dimension dans l’informatique qui fait que le brevet n’est pas adapté, c’est que l’informatique est couverte par le droit d’auteur. Il y a un domaine dans lequel on ne pose pas de brevet c’est le domaine des idées, notamment de la création artistique.

Manu : Et des mathématiques, c’est assez lié finalement.

Luc : Aujourd’hui on n’a pas de brevet sur le fait de mettre une araignée géante dans une histoire. Or, si on fait le compte de toutes les histoires dans lesquelles il y a des araignées géantes, il y en a quand même pas mal et personne ne bloque le truc en disant « c’est une histoire avec une araignée géante, ça m’appartient ! »
Dans le code c’est un peu la même idée puisque, en fait, quelqu’un qui code est un auteur et il peut exprimer une idée de plusieurs façons, mais on est bien à exprimer des idées et ça n’a pas grand sens de bloquer l’expression d’une idée.

Nico : Ça a d’ailleurs donné le problème avec le procès fleuve entre Google et Oracle, où ils sont en train de s’écharper sur le détail de « tu as collé une fonction minimum et une fonction maximum – non c’était mon idée et tu n’as pas le droit de la reprendre », ça fait pas loin de dix ans maintenant qu’ils sont en train de batailler en justice pour savoir qui a raison et qui détient la propriété du minimum et du maximum.

Luc : Le brevet logiciel2 est plutôt en perte de vitesse aux États-Unis.

Manu : Récemment. Quelques années.

Luc : Ça fait déjà quelques années que la Cour suprême avait fait un arrêt qui calmait un peu le jeu. On en parlait la semaine dernière, il y a pas mal d’industriels qui rejoignent des pools de brevet parce que, évidemment, comme c’est la guerre des tranchées, en informatique nécessairement on va mettre les pieds sur le terrain vu que les brevets sont extrêmement larges, en fait c’est une guerre des tranchées à celui qui a le plus de brevets en disant « tu enfreins mon brevet – mais tu enfreins 40 des miens – mais c’est comme ça ». Enfin bref ! On voit de plus en plus de grosses boîtes qui ont mis des milliards pour acheter des brevets, qui du coup les mettent tous ensemble en se disant « on les garde juste pour se défendre au cas où on nous attaque ». On voit, quelque part, que le système est arrivé au bout de sa logique. Ils se sont aperçus qu’ils ont mis des dizaines voire des centaines de milliards dans un truc qui, au final, est une forme de guerre sans fin qui fait le bonheur des juristes. Certaines boîtes ont gagné de l’argent avec tout ça.

Manu : Beaucoup d’avocats ! Beaucoup d’avocats ont gagné de l’argent et beaucoup d’argent !

Luc : Et beaucoup de boîtes ont perdu beaucoup d’argent.

Manu : On pourrait revenir sur la version européenne des brevets, avec l’OEB3, Office européen des brevets, qui n’est pas juste l’Europe usuelle, ça comprend l’Angleterre, je crois que ça comprenait même la Turquie, c’est quelque chose d’assez large.

Luc : Ce n’est pas vraiment une institution européenne.

Nolwenn : C’est plutôt le continent que l’Union européenne.

Manu : Et l’OEB, à priori ce ne sont des méchants, ils interdisent normalement théoriquement les brevets logiciels, les brevets mathématiques, ça a toujours été hors du cadre des brevets, mais il semblerait, il y a plein de gens qui ont remonté ça, qu’il y a des dizaines de milliers de brevets enregistrés et validés par l’OEB actuellement, qui sont des brevets logiciels, c’est juste qu’ils n’avaient pas force de loi parce que c’était marqué dans le règlement intérieur de l’OEB qu’il n’y avait pas de brevet logiciel, donc ils étaient enregistrés mais non utilisables.

Nico : Il faut savoir que breveter quelque chose, en fait, il n’y a pas de vérification à priori de ce qu’on brevette.

Manu : On peut.

Nico : Tu peux mais c’est très compliqué généralement et on n’a jamais la certitude de. Du coup, généralement ce que font les gens, c’est : ils ont une idée, ils la brevettent tout de suite, ils vont payer des centaines de milliers d’euros pour la déposer partout et, le jour où il y aura une attaque en justice ou autre, c’est là où on ira étudier si la chose était valide ou pas. Du coup on se retrouve avec des tonnes de brevets qui n’ont absolument aucun sens, d’autres qui n’ont même pas d’intérêt et qui sont, de toute façon, illégaux dès le dépôt, mais on ne le saura que le jour où il y aura une attaque en justice. Ce qui pose problème justement avec les patent trolls4 c’est que eux se réfugient derrière plein de brevets qui sont tous plus ou moins illégaux et tant que quelqu’un ne va pas en justice, ils ont la menace de « on va vous faire fermer, on va vous faire payer et vous allez raquer ».

Luc : Ce système est d’autant plus problématique qu’une institution comme l’OEB n’est pas une institution européenne. C’est un des sens de la décision allemande qui enterre ce brevet unitaire qui visait, entre autres choses, à ramener les brevets logiciels : ils ont estimé que l’OEB serait à la fois juge et partie. Il y a quelques années il y avait eu une affaire où le patron de l’OEB avait félicité ses troupes en disant « grâce à vous on a gagné plein d’argent, prenez cette prime ». Du coup il s’était pris une grève ou je ne sais plus…

Manu : En tout cas un petit scandale interne.

Luc : Un petit scandale interne disant « mais on est censé aider les entreprises à faire des choix et on n’est pas là pour faire du bénéfice ». Pour avoir discuté avec quelqu’un qui travaille à l’INPI [Institut national de la propriété industrielle] qui est un truc à peu près équivalent en France, il y a la même logique derrière, au niveau des instances dirigeantes, qui consiste à faire du bénéfice avec ce procédé.

Manu : Pour le coup c’est ce qui s’est passé avec la cour allemande. Ils ont regardé un petit peu le fonctionnement de l’OEB et ils ont considéré que l’OEB avait un côté vicié : ils sont financés par ceux qui posent les brevets et ils sont financés à hauteur du nombre de brevets qui sont accordés. Donc c’est vicieux et effectivement c’est ce côté un peu juge et juré, mais avec un intérêt pour l’institution. On sait qu’il y a des institutions qui n’ont d’intérêt qu’à se perpétuer et là c’est particulièrement le cas.

Luc : Du coup on comprend bien, comme disait Nicolas, pourquoi ils acceptent les brevets même s’ils ne sont pas légaux en disant « ça servira bien un jour », en attendant ils font de l’argent.
Du coup c’est une très bonne nouvelle !

Manu : Enfin ! Des années et des années de combat qui peut-être arrivent à la fin.

Luc : On sentait bien que cette question du brevet logiciel commençait à battre de l’aile depuis plusieurs années, mais on n’est jamais sûr de rien. Donc cette décision, à priori, met un gros clou dans le cercueil du brevet logiciel et c’est une bonne nouvelle.

Manu : On peut espérer que ça va aller partout, c’est-à-dire que l’Europe institue quelque chose. La Cour suprême américaine avait déjà, comme tu disais, mit un frein au brevet logiciel, mais on peut espérer que ça va aller encore plus loin et qu’on va abandonner cette idée débile. Effectivement breveter des gènes, breveter par exemple des éléments de la vie qui sont un petit peu dans cette même idée, eh bien on va arrêter avec ces idées débiles pour, au contraire, mettre en commun les nouvelles inventions.

Luc : Nous on va continuer à tout mettre en commun jusqu’à la semaine prochaine puisqu’on n’a pas le choix.

Nolwenn : Oui. On est confinés.

Nico : Encore pour au moins un mois !

Manu : Su ce, on vous dit à la semaine prochaine.

Nolwenn : à la semaine prochaine.

Nico : Bonne semaine à tous.

En Confinement - JOUR 10 - Le Monde Moderne - Avec Olivier Tesquet

sam, 04/18/2020 - 09:35


Titre : En Confinement - JOUR 10
Intervenants : Olivier Tesquet - Alexis Poulin - Antoine Gouritin
Lieu : La République Inaltérable - Le Monde Moderne
Date : 27 mars 2020
Durée : 29 min
Écouter le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Location de la collection Material Design Icons, Wikimedia Commons - Licence Creative Commons Attribution 4.0 International
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Des outils de surveillance technologique ont été utilisés partout dans le monde avec la promesse de ralentir la propagation du virus et la France devrait suivre. Antoine et Alexis font le point avec Olivier Tesquet, spécialiste de la question, journaliste chez Télérama et auteur.

Transcription

Voix off de Agnès Buzin, ministre des Solidarités et de la Santé : Les risques de propagation du virus dans la population sont très faibles.

Voix off de Michel Cymes, médecin animateur de radio et de télévision : Si chaque année on fait des dépêches chaque fois qu’il y a un mec qui a la grippe !

Voix off de Muriel Pénicaud, ministre du Travail : Le travail a repris, je crois que dans la plupart des endroits aujourd’hui le problème est derrière nous.

Voix off de Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement : L’Italie, il y a quelques semaines, a pris des mesures, je pense par exemple au contrôle des températures à l’arrivée de vols en provenance de zones à risque, qui n’ont pas permis d’enrayer l’épidémie. Nous n’avons pas pris ce type de mesures.

Voix off de Emmanuel Madron, président de la République : Normalement vous aurez moins de contraintes qu’il n’y a en a face d’eux et un. Je ne dis pas de bêtise monsieur ?

Alexis Poulin : Stop. Nous voilà. On a dit qu’on ne compte pas parce que maintenant on se trompe, on est un peu perdus.

Antoine Gouritin : Non, à chaque fois on se trompe de jour, on ne compte plus, c’est deuxième semaine, deuxième semaine de confinement, en semaine c’est mieux. Hier on parlait des JO, du Covid, savoir qui va passer devant quel pays, qui aura la plus belle courbe. Aujourd’hui on reçoit Olivier Tesquet, journaliste à Télérama, pour parler de la surveillance de masse qui est en train de s’installer, comme si ce virus était un peu un cheval de Troie des États anciennement démocraties, qui vont petit à petit prendre goût à ce que fait la Chine en se disant « finalement ce n’est pas mal, est-ce qu’on ne pourrait pas profiter de ce virus pour mettre en place plein de mesures d’exception, des lois scélérates pour le contrôle des populations, notamment le contrôle numérique ? »
Tu as d’ailleurs fait un article sur ce qui était dangereux et ce qu’il fallait suivre de près. Est-ce que tu peux nous résumer un peu ce à quoi il faut s’attendre sur le contrôle des télécommunications en temps de crise, en temps de virus ?

Olivier Tesquet : Là, ce qui se dessine c’est qu’en fait on a peu trois étages de la fusée.
Le premier est l’étage avec notamment les discussions au niveau européen avec la Commission. Thierry Breton [commissaire européen au Marché intérieur] a eu des échanges avec les opérateurs téléphoniques en Europe et l’idée, en fait, c’est qu’ils puissent transmettre des métadonnées, donc des données anonymisées, qui permettent, on va dire à un premier niveau, de faire de la modélisation, de l’épidémiolopgie, savoir un peu comment le virus se propage. Concrètement c’est Stéphane Richard [président-directeur général de Orange] qui va chez Europe 1 ce matin pour expliquer que 20 % des Franciliens ont quitté l’Île-de-France ou que la population de l’Île de Ré a augmenté de 30 %. Ça c’est vraiment le premier étage. C’est aussi ce sur quoi travaille Orange avec l’Inserm [Institut national de la santé et de la recherche médicale] en France.
Ensuite on a un deuxième étage qui pourrait être plus intrusif – je mets du conditionnel partout parce que, pour l’instant, aucune de ces solutions n’a été concrètement éliminée, on va dire, de la table, tout est sur la table, donc on est obligé d’évoquer un peutoutes ces possibilités – c’est de faire ce qu’on appelle du contact tracing c’est-à-dire qu’on retrouve quelqu’un qui a été infecté par le virus et on retrace ses contacts pour savoir avec quelles personnes il a pu interagir. C’est ce que font notamment la Corée du Sud ou Israël, donc on a pu déterminer, c’est un exemple assez connu en Corée du Sud, le cas de la patiente 31 qui a assisté à un office religieux à Daegu puis est allée dans un buffet d’hôtel pour se restaurer et, en retraçant comme ça son itinéraire, on s’est rendu compte qu’elle avait été en contact avec 1160 personnes, donc on peut non plus faire de la modélisation anonymisée au niveau d’un pays pour débusquer de nouveaux foyers, mais vraiment faire du pilotage un peu plus serré pour imposer des mesures potentiellement privatives de liberté sur des personnes qui seraient susceptibles d’avoir été infectées.
Ensuite il y a le troisième étage de la fusée qui est le plus intrusif, qui est mis en place à Taïwan, qui est aussi mis en place en Pologne par exemple, plus près de nous, c’est de contrôler le respect du confinement ou de la quarantaine avec notamment des applications. Par exemple à Taïwan il y a un tweet qui a beaucoup tourné ces derniers jours d’un jeune journaliste qui disait que son téléphone était tombé en rade. Il a eu la surprise de découvrir les forces de police qui sont venues toquer à sa porte. En Pologne, vous recevez une notification sur l’application, qui n’est pas obligatoire, mais si vous n’installez pas l’application ou si vous n’envoyez pas un selfie quand vous recevez une notification à l’intérieur de cette app, eh bien la police vient frapper à votre porte pour s’assurer que vous respectez bien les règles du confinement.
Aujourd’hui on est face à ces trois gradations, l’une qui reste, on va dire, modérément invasive et les deux autres qui le sont beaucoup plus, sachant que évidemment, dans le cas notamment des deux modalités les plus intrusives et particulièrement pour le contact tracing ça n’a aucun sens si on ne fait pas de dépistage massif par ailleurs. Si on ne sait pas qui est infecté c’est un peu compliqué de tracer les personnes qui seraient susceptibles de l’avoir été.

Alexis Poulin : Ça c’est sur le virus. En Chine, est-ce qu’ils ont eu d’autres façons de faire ? Il y a cette histoire du nombre d’abonnés au téléphone portable qui a chuté massivement ces derniers mois. Est-ce qu’on a des explications ? Ils confisquaient les téléphones portables, j’avais entendu parler de ça. Est-ce qu’il y a d’autres outils que les Chinois utilisent ?

Olivier Tesquet : C’est vrai que la tentation de regarder la pandémie à travers le prisme chinois est assez forte parce que la Chine est quand même assez unanimement considérée, et plutôt à juste titre, comme un pays un peu moteur, on va dire, en matière de contrôle social numérique.
En fait, avec le coronavirus, on se rend bien compte que toutes les méthodes assez modernes et rutilantes chinoises n’ont pas forcément été d’un grand secours pour contenir le virus ; la reconnaissance faciale n’a pas beaucoup aidé. On a vu quelques petits exemples par-ci par-là de choses relativement spectaculaires avec les drones, etc., mais au final, ce qui a vraiment permis d’endiguer l’épidémie, c’est quand ils ont imposé un confinement à Wuhan et que c’est un confinement, finalement, qui ressemble un peu au confinement dans lequel on est aujourd’hui.
Par contre, ce qu’ils ont fait en Chine, qui se rapproche un peu de cette analyse de données, c’est qu’à un moment ils avaient installé des checkpoints physiques. En fait, on examinait l’historique de géolocalisation des personnes qui essayaient de circuler parce que les opérateurs avaient évidemment accepté de coopérer et, en fonction de l’examen de ces données de géolocalisation, on s’assurait qu’on n’était pas allé dans une province infectée, eh bien on pouvait passer ou non le checkpoint. Là il y a une vraie gémellité, mais finalement aujourd’hui l’exemple à regarder, plus que l’exemple chinois, je trouve que c’est vraiment l’exemple coréen. D’ailleurs, Jean-François Delfraissy qui préside le conseil scientifique dit lui-même que dans les mesures qui sont envisagées post-confinement, puisque c’est bien de ça dont on parle, toutes ces mesures-là ont plutôt vocation à être déployées dans un second temps, il dit évidemment que la solution coréenne est une solution envisageable, ça a l’air de fonctionner, par contre c’est une atteinte aux libertés. Évidemment c’est un dilemme éthique, moral, juridique aussi, à trancher, auquel on va être confronté dans les semaines qui viennent.

Alexis Poulin : Cette solution c’est le code-barre, c’est ça, et les checkpoints partout dans les villes ?

Olivier Tesquet : La solution à la coréenne c’est d’avoir une application, qui n’est pas une application obligatoire, mais qui, effectivement, impose quand même aux personnes de rester chez elles quand elles ont été infectées, et surtout ça une vraie conséquence sur le tissu social. Ce qui s’est passé en Corée c’est qu’en fait les autorités se sont mises à envoyer des textos à la population en disant « telle personne, de tel âge, a été infectée à tel endroit et voici son historique de déplacement, voilà les endroits où elle est allée, vous êtes susceptible de l’avoir croisée à tel ou tel endroit ». L’effet que ça a c’est que, tout de suite, ça crée des effets de stigmatisation, de délation qu’on imagine assez bien. En France on a vu aux premières heures du confinement toute cette haine qui s’est déchaînée sur les Parisiens qui étaient partis se réfugier en province. Si demain on décide de faire du contact tracing, qu’on découvre qu’un Parisien infecté est allé à l’île de Ré et qu’on retrace ses déplacements, pour peu qu’on connaisse ou qu’on découvre son identité – c’est assez facile à faire parce qu’on se rend compte que l’anonymat des données, dans ce genre de données, est quand même relativement facile à remonter – eh bien à ce moment-là on peut effectivement avoir des phénomènes de stigmatisation d’autant plus qu’on a des normes qui sont finalement assez fragiles en la matière.
En faisant mon article j’ai retrouvé des vieilles archives qui montrent qu’en 2016 le New York Times publiait, en page intérieure, le nom et l’adresse des personnes qui étaient infectées par la polio. On parle, finalement, d’une époque qui n’est pas si lointaine que ça. La vraie question que je me pose c’est à quoi ressemblera le secret médical dans six mois, dans un an, dans un an et demi. Est-ce que, finalement, notre état de santé pourrait être partagé avec des dizaines, des centaines de milliers voire des millions de personnes ?

Alexis Poulin : Aujourd’hui c’est une vraie question, c’est une vraie problématique. Je ne sais pas si tu as vu qu’il y a des appels, pas à projet, mais ce sont des appels à sources de logiciels notamment pour tout ce qui est télémédecine. La direction générale des achats fait, en fait, un sourcing de solutions en disant « si votre solution n’est pas RGPD [Règlement général sur la protection des données], si votre solution n’est pas hébergement données de santé, ce n’est pas grave, montrez-nous quand même ce que vous avez parce qu’on cherche des solutions ». Cet appel à sourcing c’est le 30 juin, donc ils sont vraiment pour l’après, pour tracer, pour enregistrer, pour suivre, en fait, les malades.

Olivier Tesquet : Ce qu’on sait c’est que le confinement, quand il va se terminer, parce qu’il va bien se terminer un jour, ça ne va pas être levé d’un coup, on ne va pas tout d’un coup revenir à la normale en disant « ça y est, vous êtes libres d’aller et venir et puis ça y est, c’est terminé, tout ça est derrière nous ». Le virus sera toujours là, l’épidémie sera toujours là. Je relisais l’étude qu’a faite l’Imperial College de Londres qui explique que les mesures de distanciation sociale vont probablement durer 18 mois ou plus en fonction du temps qu’il faudra pour élaborer un vaccin. Donc 18 mois c’est long, ça veut dire que pendant ce laps de temps on est susceptible d’imposer de nouveau des mesures de confinement, de quarantaine, d’isolement, à certaines personnes, dans certaines régions, en fonction de l’endroit où ça frappe, du nombre de personnes qui sont infectées.
Quand on voit aussi le comité [Comité analyse recherche expertise] qui a été mis sur pied par l’Élysée pour réfléchir à ces questions d’identification des personnes qui ont été en contact avec le virus, qui est présidé par Françoise Barré-Sinoussi qui est virologue et prix Nobel, eh bien la question qui se pose, en tout cas la question qui est à l’étude en ce moment c’est cette question de l’après : qu’est-ce qu’on fait une fois qu’on a levé ce confinement général ?

Alexis Poulin : Parce que finalement le confinement c’est la solution la plus simple, de dire restez chez vous comme ça on n’a pas à gérer les flux. Mais comme le problème c’est l’activité économique, les mesures derrière et ce que tu disais c’est faire la balance entre les libertés et la santé. Qu’est-ce qu’on est prêt à accepter en tant que population européenne habituée à nos libertés par rapport au cas des pays asiatiques ?

Olivier Tesquet : Il y a évidemment un point culturel parce qu’on a des verrous qui sautent ou qui risquent de sauter, c’est-à-dire à quoi ressemblera la vie privée dans un an ? À quoi ressemblera le secret médical dans un an ? Ce sont des vraies questions auxquelles aujourd’hui je n’ai pas nécessairement la réponse. Ça reste minoritaire, mais depuis quelques jours on voit des personnels soignants qui rentrent chez eux et on leur a laissé un mot sur le paillasson en leur disant « on sait que vous êtes infirmière, ce serait bien que vous alliez dormir ailleurs le temps de la pandémie parce qu’on n’est pas complètement rassurés et on ne voudrait pas être infectés » . Aujourd’hui on a tout un tas de catégories de population qui sont plutôt des précaires qui sont obligées de continuer à travailler : on a des caissiers, des caissières, des éboueurs, des livreurs en tous genres, des coursiers, etc., qui continuent à être au contact de la population. Il y a des injonctions très contradictoires sur qui devrait continuer l’activité ou pas, moi j’ai du mal à suivre tout ce dit Muriel Pénicaud à ce sujet-là.
Est-ce que demain si on découvre que ces populations-là sont des vecteurs plus importants du virus et ça ne semble pas délirant de l’imaginer – par exemple, pendant la dernière épidémie d’Ebola, on s’est rendu compte qu’en Afrique de l’Ouest les taxis partagés étaient des vecteurs particuliers du virus, ce qui n’est pas complètement aberrant dans la mesure où c’est un espace confiné, il y a beaucoup de gens qui circulent, donc c’est un vecteur peut-être plus que d’autres catégories de population. Si demain on découvre que ces populations plus précaires, qui sont au contact de la population parce qu’elles continuent à travailler, sont un vecteur du virus, la question que je me pose c’est déjà : est-ce que ces populations-là vont être encore plus stigmatisées qu’elles ne l’étaient avant et est-ce que c’est sur elles que vont s’abattre des mesures justement privatives de libertés ? Peut-être qu’on estimera que ce sont des populations qui sont plus à risque.
Ces dernières années on a beaucoup parlé du risque à l’ordre public, là on va beaucoup parler du risque sanitaire et ça me semble être un vrai élément à prendre en considération à partir du moment où, déjà, on voit bien qu’on n’est pas tous égaux devant le confinement.

Alexis Poulin : Oui, puisqu’il y a cette directive de l’Intérieur de dire que finalement le confinement ce n’est pas une priorité dans les quartiers où on sait que les policiers vont avoir du mal à le faire respecter, donc laissez tomber. L’après pourrait, par contre, être liberticide pour ces populations-là, comme tu le dis.

Olivier Tesquet : En tout cas il y a une vraie interrogation à partir du moment où on est dans l’état d’urgence sanitaire, qu’on s’avance quand même en territoire relativement peu cartographié, qu’on voit qu’il y a déjà des voix qui s’élèvent justement contre cet état d’urgence sanitaire en estimant que ça impose, finalement, une forme de nouvelle loi scélérate et puis parce qu’on voit bien que ça suspend tout un tas de dispositions normales de la vie en société ; ça suspend le code du travail. Tout à coup on n’a plus de temps de travail, on n’a plus de congés payés. Il y a tout un tas de choses qui sont momentanément paralysées au nom de cet impératif prépondérant de santé publique mais qui, encore une fois, va durer quand même dans le temps. A minima, je pense que c’est important de se poser au moins ces questions-là pour ne pas être pris au dépourvu si demain il y a des mesures qui doivent être prises. On voit bien, en tout cas en ce moment, qu’il y a des discussions et l’atteinte aux libertés est prise en considération, elle est verbalisée. Quand j’entends, encore une fois, le conseil scientifique qui nous avertit sur les atteintes potentielles aux libertés, ça veut dire que parmi les moyens de répondre à la crise sanitaire, il y a des moyens qui vont menacer des libertés fondamentales.

Alexis Poulin : C’est quand même assez inquiétant parce que c’est un penchant assez large des États depuis longtemps d’essayer de réduire les libertés, notamment via le numérique. On a eu la loi contre les discours de haine, la loi Avia1, on a plein d’autres choses. Est-ce qu’on peut avoir aussi, en parallèle à cette censure physique des libertés, des lois de censure qui vont aussi arriver pour assurer à une certaine catégorie de nouvelles d’arriver et pas une autre, comme on a vu en Chine avec les blogueurs qui ont disparu avec, finalement, le contrôle de l’information pour le bien commun ? C’est déjà un peu le cas sous le couvert, bien sûr, de respecter le secret médical, de dire que seulement les directeurs d’établissement sont habilités à dire qui est infecté ou pas, combien. Est-ce qu’il pourrait y avoir également des lois de censure qui se mettraient en place, notamment sur les réseaux sociaux ?

Olivier Tesquet : On a quand même déjà voté l’année dernière une loi sur les fake news2 en période électorale. On pourrait tout à fait imaginer que, dans une période de crise sanitaire, on puisse avoir des dispositions sensiblement analogues.
Après, la question c’est où on met le curseur. Par exemple aujourd’hui on a plein de débats sur le professeur Raoult, la chloroquine, etc., on a des séquences médiatiques assez lunaires où on a Christian Estrosi [maire de Nice] interviewé sur BFM qui nous dit : « J’ai essayé la chloroquine, ça marche du feu de dieu, je suis guéri ! » Objectivement on peut quand même se poser la question de la toxicité de séquences de ce genre-là, en tout cas l’irresponsabilité de diffuser des choses pareilles. Ça va être une vraie question. On n’aura pas des choses comme en Chine avec des gens qui vont mystérieusement disparaître ou la police qui va venir interpeller des gens qui seraient susceptibles des fausses nouvelles ou des délires conspirationnismes sur les réseaux sociaux. Par contre, il peut y avoir la tentation, comme on a eu la tentation de réguler en période électorale, de se prémunir contre la diffusion d’un certain nombre d’informations par temps de pandémie. D’ailleurs on voit bien, que ce soit Facebook, que ce soit Twitter, ils ont quand même lancé la chasse aux fake news spécifiquement sur le Covid et en travaillant quand même assez étroitement avec les autorités.

Alexis Poulin : Tout à fait. C’est d’autant plus inquiétant que plusieurs leaders, dont Emmanuel Macron, ont choisi d’utiliser la vulgate guerrière, de dire qu’on est en guerre et, en période de guerre, la propagande joue à plein pour ce qui est de contrôler les populations, de contrôler l’information. C’est en ça que moi je trouve que c’est inquiétant. On a déjà ce petit discours d’union nationale, de dire que ce n’est pas le moment de critiquer, qu’il faut tous être unis derrière le leader, etc. Est-ce que la suite ne pourrait pas être, justement maintenant, le ministère de la propagande va se charger de vous dire n’importe quoi tous les jours et ce sera ça et rien d’autre ?

Olivier Tesquet : Il y a deux choses qui m’inquiètent un peu par rapport à ça.
La première c’est effectivement ce discours guerrier, belliciste, « nous sommes en guerre » répété six fois quand il a pris la parole il y a une semaine, et puis maintenant l’opération résilience, vraiment cette idée qu’on est face à un ennemi, qu’on est des soldats, qu’il y aune première ligne, une deuxième ligne, une troisième ligne, si on croise ça avec une stigmatisation potentielle de certaines catégories de population. Dans les semaines et les mois qui viennent, ce qui me semble un vrai danger alors qu’aujourd’hui c’est la concorde nationale, tout le monde applaudit à deux mains à 20 heures le personnel soignant, est-ce qu’on aura certaines catégories de la population qui, parce qu’elles sont plus dangereuses que d’autres sur le plan sanitaire, seront considérées comme des ennemis ? Est-ce qu’on va se retrouver avec des ennemis qui ne sont plus des ennemis invisibles, ce virus, mais qui seraient des ennemis intérieurs qui sont les gens qui ne respectent pas le confinement, qui sont les gens qui sont malades et qu’il faut isoler ? Ça, ça me semble être un effet assez pervers de ce type de rhétorique.
La deuxième c’est qu’on voit en ce moment à travers les discours politiques, les prises de parole, qu’il y a une forme de continuité, on a parlé de l’état d’urgence sanitaire, on a une forme de continuité avec l’état d’urgence « classique » entre guillemets, tel qu’on l’a vécu après 2015. On voit que ce qui s’est passé avec l’état d’urgence classique auquel Édouard Philippe [Premier ministre] a d’ailleurs fait allusion au tout début des discussions parlementaires au Sénat en disant qu’il ne s’agissait pas ici d’assigner des gens à résidence ou de procéder à des perquisitions – sur l’assignation à résidence un peu quand même, il y a une forme de continuité méthodologique et sémantique, même si, évidemment, ça s’applique à toute la population. On voit que ce qui s’est passé avec l’état d’urgence, « le vrai » entre guillemets, c’est que ça été prorogé une fois, deux fois, trois fois, quatre fois et on a fini par le faire entrer dans le droit commun. Donc aujourd’hui l’interrogation de beaucoup de gens, de beaucoup de praticiens du droit, c’est de se dire comment on prévoit le retour à la normale de l’état d’urgence sanitaire et comment on s’assure que toutes ces dispositions exceptionnelles ne vont pas, là aussi, basculer dans le droit commun par petits bouts, par gros morceaux ? C’est là aussi une vraie interrogation d’où la nécessité, d’ailleurs, d’avoir un contrôle performant de l’état d’urgence sanitaire. Je lisais ce matin Nicole Belloubet qui était assez gênée que, finalement, le contrôle intervienne si tôt. Je trouve au contraire que c’est très sain qu’il y ait un contrôle dès le premier jour de cet état d’urgence sanitaire et de la façon dont il s’applique.

Alexis Poulin : Qui le contrôle aujourd’hui ? Qui est contrôleur de l’état d’urgence ?

Olivier Tesquet : Sur l’état d’urgence sanitaire aujourd’hui c’est le Parlement qui s’en charge. Ce qui gênait Nicole Belloubet c’était la mise en place d’une commission d’enquête, de la même manière qu’il y a eu une commission d’enquête sur la manière dont l’état d’urgence s’est mis en œuvre. Ça me semble plutôt sain, dans une démocratie parlementaire, que le Parlement précisément, et surtout dans un contexte exceptionnel où il est consulté d’une manière très rapide parce que la situation l’impose, puisse avoir un contrôle en temps réel de l’application de cet état d’urgence. Quand il y avait l’état d’urgence sécuritaire après les attentats de 2015, il y avait cette espèce de petit rituel de la commission des lois quand elle était présidée par Urvoas où il y avait des points chiffrés sur le nombre de perquisitions, sur le nombre d’assignations à résidence.
Je pense qu’aujourd’hui on a besoin d’être collectivement informés de la manière dont cet état d’urgence sanitaire se met en œuvre et va se mettre en œuvre dans les semaines qui viennent, notamment quand on sera sortis du confinement.

Alexis Poulin : Parce que l’information c’est bien là tout le problème. On a vu la difficulté qu’on a eue à connaître l’état des stocks de masques FFP2, FFP1, la difficulté qu’on a eue à connaître le nombre de malades, de morts, la comptabilité qui reste encore sujette à caution. Effectivement, avoir au moins ce verrou-là, sachant, en plus, que le gouvernement a maintenant les mains libres pour légiférer par ordonnance, pour aller très vite, passer au-dessus du Parlement.
Le risque, comme tu le disais, c’est de voir ça s’installer dans la durée. Je crois que les lois d’exception sont prévues jusqu’en décembre pour certaines. Si on regarde l’épidémie on est parti pour un an et demi de n’importe quoi à peu près, jusqu’en 2022 quasiment !

Olivier Tesquet : C’est vrai que la question de la temporalité se pose vraiment parce que, encore une fois, ça ne va prendre fin avec le confinement. Les mesures de distanciation sociale vont durer, l’épidémie va durer. Il continuera à y avoir des pics épidémiques. On ne sait absolument pas aujourd’hui – je ne suis pas épidémiologiste ni virologue et je laisse aux spécialistes le soin de s’exprimer là-dessus –, mais tout le monde s’accorde à dire qu’il va falloir qu’on atteigne, sinon au moins le point de l’immunité collective, qu’on ait suffisamment de personnes qui aient été infectées pour qu’il n’y ait plus de danger épidémique et on ne sait pas encore quand est-ce qu’on va atteindre ce point-là. Effectivement, il y aura probablement des dispositions qui vont devoir être prolongées, il va y avoir des choses qui vont être décidées par ordonnance.
Sur les mesures privatives de liberté, sur les dispositifs de surveillance, je pense que ça va être très important. Il y a ces comités d’experts, avec les scientifiques qui ont aujourd’hui ont un poids extrêmement fort justement dans la délibération politique, il va falloir qu’on puisse aussi, quand même, avoir un semblant de débat public autour de ces questions-là parce qu’on voit bien, on l’a vu sur les mesures sécuritaires, une fois qu’on met en place il y a un vrai effet cliquet, c’est-à-dire que c’est très difficile de défaire ces mesures-là. Pour prendre une mesure sécuritaire très simple telle Vigipirate. On n’est jamais sorti de Vigipirate instauré en 1995 ! Donc comment on s’assure qu’un certain nombre de dispositifs qui pourraient être mis en œuvre, sur la rétention des données par exemple, ne soient qu’un régime dérogatoire et qu’à échéance d’un certain calendrier on revienne à la normale. On se rend bien compte, de manière empirique, que, pour l’instant, ça incite plutôt à la prudence par rapport à ce genre de chose parce que, bien souvent, il n’y a pas de retour en arrière

Alexis Poulin : Il va falloir être extrêmement vigilant. Tu vas, j’imagine, travailler beaucoup sur ces thèmes-là. Est-ce que tu as déjà des articles dans les tuyaux sur ce qui se passe en France ou ailleurs ?

Olivier Tesquet : Je suis un peu au quotidien l’évolution de ces questions-là. Ça bouge assez rapidement. Je voyais par exemple en trois jours à Singapour il y a 600 000 personnes, soit à peu près 10 % de la population, qui ont installé une application qui permet, là aussi, de suivre les personnes qui ont été infectées par le virus. Notamment avec le Bluetooth on est capable de dire si telle ou telle personne a été dans un rayon de moins de deux mètres autour d’une personne infectée pendant au moins 30 minutes. On voit qu’on arrive à aller à un degré de précision assez fort et on voit que ça peut pénétrer, comme ça, une population assez rapidement et que le consentement peut se recueillir de manière assez aisée quand il y a un impératif sanitaire comme celui-là.
Moi je fais vraiment ce travail de recension, de cartographie, c’est aussi la suite du travail que je mène sur la surveillance depuis assez longtemps. Je pense que je vais pouvoir rajouter un chapitre sur le Covid à mon bouquin [À la trace. Enquête sur les nouveaux territoires de la surveillance], clairement.
Il va falloir suivre un peu ce qui se passe, il va falloir suivre ce qui se passe à échéance du confinement, après le confinement et je pense qu’il y a beaucoup de choses qui vont bouger dans les semaines qui viennent. Il faut rester en alerte, on va dire.

Alexis Poulin : OK. On va rester en alerte.
Merci d’avoir été avec nous, Olivier, pour tes lumières sur les risques sur nos libertés . Sans doute qu’on refera un point en fonction du nombre de semaines, comme on va rester confinés et puis quand on sortira du confinement, aussi, pour suivre, pour voir un peu ce qui va être mis en place ou pas, code-barres ou pas, et faudra-t-il avoir tout le temps son portable contre soi pour être traqué ? On en reparlera, bien entendu.
Je te remercie beaucoup, à bientôt et prends soin de toi.

Olivier Tesquet : À bientôt. Bon courage.

Alexis Poulin : Voilà un témoignage extrêmement intéressant de Olivier Tesquet, journaliste à Télérama qui connaît bien toutes ces questions de surveillance numérique. On va voir un peu comment on va sortir progressivement de nos pénates pour retrouver la rue, mais ce sera d’une manière différente de ce qu’on a connu et ça, pendant plusieurs mois sans doute.
Antoine, comment ça se passe dans le cluster de Grenoble, on n’a pas pris de nouvelles en début d’émission ?

Antoine Gouritin : La météo est incroyable, il fait vraiment beau, c’est doux ; peu de choses à dire sinon. C’est de plus en plus anxiogène de se déplacer en ville. J’ai fait mes courses. J’ai fait mon attestation, le nouveau modèle, j’ai bien mis l’heure départ et l’heure d’arrivée pour aller acheter des pâtes. C’est anxiogène. Je ne sais pas comment tu le vis, si tu te déplaces encore.

Alexis Poulin : Non, je ne bouge pas. J’ai bricolé un fusil d’assaut avec ce qui me restait d’un vieux Canon, je ne sais pas si ça va marcher, au moins ça fera peur aux pigeons. Sinon je mange des pâtes crues, j’économise un maximum de…

Antoine Gouritin : De tout ce que tu peux !

Alexis Poulin : J’ai rempli d'eau la baignoire, j’ai rempli plein de bassines, j’ai une chambre avec une piscine. J’ai beaucoup d’eau parce que je sais qu’on va nous couper l’eau bientôt.

Antoine Gouritin : Moi c’est l’essence que j’ai stockée dans la baignoire. J’ai un mètre cube de fuel.

Alexis Poulin : C’est bien. Il y a un mec qui est mort comme ça pendant la première guerre d’Irak.

Antoine Gouritin : Il avait fait un stock d’essence, Il ne comprenait pas pourquoi tous les jours il y en avait un peu moins.

Alexis Poulin : C’est triste ! Je ne sais pas si c’est une légende urbaine ou un vrai truc, mais c’est possible, c’est tout à fait possible.
Maintenant que vous avez suffisamment de PQ et de pâtes pour tenir un siège, eh bien restez chez vous, comme on vous le dit chaque jour, sortez vraiment quand c’est nécessaire. Continuez d’écouter la République en confinement. On vous remercie d’être toujours aussi nombreux au rendez-vous quotidien.

Alexis Poulin : Oui. À ma grande surprise les chiffres augmentent et tous les jours on bat des records.

Alexis Poulin : Vous êtes de plus en plus nombreux, donc merci beaucoup.
N’hésitez pas à vous abonner, bien sûr à parler de ce podcast de la fin du monde, ce n’est pas la fin du monde mais c’est quand même un peu particulier comme moment qu’on vit tous. Prenez soin de vous, prenez soin de votre famille, des vôtres, bon courage et à demain si vous le voulez bien, comme aurait dit Lucien Jeunesse dans un autre temps.

Alexis Poulin : Exactement.

Antoine Gouritin : À demain Alexis. Ciao.

#02 - « La playlist de Libre à vous ! » diffusée mardi 15 avril 2020 sur radio Cause Commune

mar, 04/14/2020 - 17:31

Deuxième émission spéciale La playlist de Libre à vous ! diffusée en direct mercredi 15 avril 2020 de 13 h à 14 h : diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin qui co-anime deux émissions sur la radio (Les joyeux pingouins en famille et Saturday night fraîcheur).

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Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Émission spéciale avec diffusion commentées de musiques libres.

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  1. Personnes participantes
  2. Références pour les musiques
  3. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

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Références pour les musiques Licences de diffusion, réutilisation

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#62 - Auboutdufil - Archivage des courriels - Next INpact - Chapril - « Libre à vous ! » diffusée mardi 14 avril 2020 sur radio Cause Commune

mar, 04/14/2020 - 15:30

Au programme : l'interview d'Éric Fraudin à propos d'auboutdufil.com, un site dédié à la musique libre, l'archivage des courriels, des nouvelles de Marc Rees, journaliste et rédacteur en chef de Next INpact, un point sur le Chapril.

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Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 62e émission :

  • Interview d'Éric Fraudin à propos d' auboutdufil.com, un site dédié à la musique libre
  • L'archivage des courriels, dans la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April,
  • Interview de Marc Rees, journaliste et rédacteur en chef de NextINpact
  • Des nouvelles du Chapril avec Christian-Pierre Momon, administrateur de l'April
  • diverses annonces
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  1. Personnes participantes
  2. Références pour l'interview d'Éric Fraudin
  3. Références pour la chronique « Jouons collectif »
  4. Références pour l'échange avec Marc Rees
  5. Références pour le point Chapril
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April
  • Éric Fraudin, auteur du site auboutdufil.com
  • Vincent Calame, bénévole à l'April
  • Marc Rees, journaliste et rédacteur en cheft de Next INpact
  • William, de radio Cause Commune, à la régie

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble.

Références pour l'interview d'Éric Fraudin Références pour la chronique « Jouons collectif » Références pour l'échange avec Marc Rees Références pour le point Chapril Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

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Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 7 avril 2020

mar, 04/14/2020 - 12:41


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 7 avril 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Luk - Angie Gaudion - Laurent Joëts - Emil Ivov - Frédéric Couchet - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 7 avril 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « La pituite de Luk » sur le confinement
  2. Nouvelles de Framasoft et du Collectif CHATONS, Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, avec Angie Gaudion
  3. Le confinement et l'école avec Laurent Joëts, professeur de technologie en collège et référent numérique de son établissement
  4. Présentation de Jitsi, logiciel libre de visioconférence, avec Emil Ivov son créateur
  5. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Nous allons parler aujourd’hui de Jitsi, logiciel libre de visioconférence. Également au programme des nouvelles de Framasoft et du Collectif CHATONS, Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Également l’interview d’un professeur de technologie en collège et on commencera par une chronique sur le confinement, bien entendu.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org, vous y trouvez déjà une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.
N’hésitez pas à nous faire également des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration ou poser toute question.

Nous sommes mardi 7 avril 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Je précise que comme les deux éditions précédentes, l’émission est diffusée dans des conditions exceptionnelles suite au confinement de la population. Toutes les personnes qui participent à l’émission sont chez elles. D’un point de vue technique, ce coup-ci nous utilisons Jitsi car nous aurons le plaisir d’avoir en fin d’émission le créateur de Jistsi.
Nous espérons que tout se passera bien et je vous prie de nous excuser par avance si des problèmes se produisent.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant le direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.

Je vais commencer par le programme détaillé de l’émission du jour :
nous aller commencer dans quelques secondes par la chronique « La pituite de Luk » qui va nous parler de confinement ;
ensuite nous prendrons des nouvelles de Framasoft et du Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, c’est-à-dire le CHATONS avec Angie Gaudion ;
puis nous prendrons des nouvelles de Laurent Joëts qui est professeur de technologie en collège ;
et en fin d’émission nous aurons le plaisir d’avoir avec nous Emil Ivov, le créateur de Jitsi, solution libre de visioconférence très utilisée en cette période de confinement .
À la réalisation de l’émission aujourd’hui William de la radio Cause Commune. William anime deux émissions sur la radio Cybercultrure le samedi 14 heures et Et pour cause le mardi à 21 heures.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « La pituite de Luk » sur le confinement

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par la chronique « La pituite de Luk » intitulée « Ça sent le confiné ». Luk, est-ce que tu es avec nous ?

Luk : Oui Fred, je suis là, je suis à la porte du studio. Tu m’ouvres ?

Frédéric Couchet : Tu es à la porte du studio ? Donc tu es chez moi !

Luk : Pourquoi ?

Frédéric Couchet : Parce que c’est le confinement. Il n’y a personne au studio.

Luk : Ah d’accord ! L’émission se fait à distance, mais moi j’ai risqué ma peau pour venir ! Il y a des patrouilles de police partout ! J’ai rampé sous des barbelés et évité des patrouilles cynophiles. Je ne voulais pas mourir de saturnisme foudroyant en pleine épidémie de Covid, ça ferait con ! Du coup, je suis prudent. J’ai emballé mon téléphone dans du papier alu pour qu’Orange ne puisse pas me traquer. Je sens malgré ça le souffle chaud de Stéphane Richard sur ma nuque. Je suis sûr qu’il me stalke.

Si j’ai pris tous les risques pour venir c’est que ça fait trois semaines que ma vie n’a plus aucun sens. Assigné à résidence, je tourne en carré : lit, WC, cuisine, salon. Ma vie est devenue un cauchemar. Avant je rêvais que j’avais oublié mon froc en partant au boulot, je réalisais soudain, avec effroi, que j’avais les fesses à l’air. Maintenant ce n’est plus un cauchemar. Ça m’arrive tout le temps en vrai et ça ne me fait ni chaud ni froid parce que le chauffage est bien réglé.
Il faut dire que coupé du reste du monde, je me laisse aller. Avec la visioconférence, le bas de mon corps n’a plus d’existence sociale. Les rares fois où je prends une douche, je ne lave plus que la partie frontale située au-dessus du nombril. La surcharge de la bande passante m’épargne au moins un tour de douche supplémentaire parce que la vidéo est trop moche pour qu’on puisse voir les mouches. Ne sacrifions pas la neutralité du réseau pour favoriser le télétravail, il faut que ça reste comme ça.

À ce propos, mention spéciale à Jitsi qui permet de choisir la qualité de sa vidéo. Je suis admiratif de voir que la user story, « j’ai une hygiène négligée, mais je conserve ma dignité », est couverte. S’il vous plaît, continuez à bien faire et n’implémentez surtout pas l’odorama !
La masse musculaire de mes guibolles a été réduite de 50 % à force de ne pas les utiliser. J’ai l’énergie d’un stagiaire photocopie de l’ISS [International Space Station] de retour à la maison. J’envisage même de me faire amputer des deux jambons. Qui a encore besoin de ses membres inférieurs quand son univers se résume à un écran, un clavier et une souris ?

Certains gardent le moral en faisant des masques, des respirateurs sous licence libre ou mettent en place des chatons. Moi je ne sers à rien, confiné que je suis ! J’ai bien réglé un truc ou deux à la maison, mais il ne faut pas être une lumière pour changer une ampoule et surtout, ça ne change pas la face du monde.

À un moment, j’ai cru que mes chroniques apportaient un peu de réconfort à mes voisins, vu qu’ils sortent tous à 20 heures pour applaudir. En fait non ! J’ai découvert que c’est destiné au personnel hospitalier alors qu’on a pas d’infrastructure médicale dans le quartier. Après avoir stocké des kilomètres de PQ, ils applaudissent des gens qui ne sont pas là. Cette vie n’a vraiment plus aucun sens !

Seul face à moi-même, je ne découvre que le néant. « Si tu plonges longtemps ton regard dans l'abîme, l'abîme te regarde aussi » a dit Nietsche. Mon regard plonge bien, je ressens l’angoissant appel du vide. En revanche, l’abîme ne me calcule pas. Il se refait plutôt les dix saisons de Friends. Il en est à l’épisode 112, celui où les protagonistes discutent dans un appartement.

Il y a au moins un truc qui fait sens dans cette crise : l’informatisation de la société nous évite le pire et pas seulement de mourir d’ennui. Certains se disent que ce monde à l’arrêt est l’occasion de repartir sur des bases saines. Ce n’est pas gagné car même si la fin du confinement et le début de la crise économique seront assurément des catalyseurs, il y a aussi pas mal de gens qui attendent la fin du Covid-19 pour recevoir le colis de contrôle social qu’ils ont commandé sur Ali-Express.
À l’heure où plein de confinés sont littéralement sans culotte, peut-on espérer la fin des privilèges et retrouver nos libertés ? Quand y pense on peut très bien faire la révolution depuis son canapé quand on est admin-sys. Pas besoin de sortir sur un rond-point pour bloquer le pays. La révolution en télétravail est à portée de clic.
Ils pourraient alors confier la gestion de l’épidémie à un service support. Des gens habitués à s’exprimer sans se contredire, en s’appuyant sur l’avis d’experts qui répondent à côté de la plaque. On piloterait le monde comme un gros projet informatique. Je ne vois pas ce qui pourrait mal se passer.
Finalement, j’aurais peut-être dû rester confiné, l’avenir semble se jouer sur mon canapé.

Frédéric Couchet : Luk, merci pour cette belle chronique. Je me permets de t’applaudir ; je ne vais peut-être pas le faire parce que ça va faire beaucoup de bruit sur le micro. J’espère quand même qu’on aura le plaisir de te voir au studio le mois prochain, ça voudrait dire que le confinement est terminé.

Luk : Celle-ci était la bonne normalement !

Frédéric Couchet : Normalement, celle-ci était la bonne. J’ai l’impression que tu le fais un petit peu exprès. Bon !
C’était la chronique « La pituite de Luk », de l’incroyable Luk avec un « k » et son site c’est incroyableluk.org.
Luk, on se retrouve le mois prochain soit toujours en confinement soit peut-être à la porte du studio soit à l’intérieur du studio.

Luk : Très bien. Eh bien merci.

Frédéric Couchet : Merci bonne soirée à toi.
Exceptionnellement nous n’allons pas faire de pause musicale parce que nous avons un programme chargé.

[Virgule musicale]

Nouvelles de Framasoft et du Collectif CHATONS, Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, avec Angie Gaudion

Frédéric Couchet : Après cette chronique sur le confinement de notre ami Luk, nous allons prendre des nouvelles d’acteurs importants dans le monde du Libre évidemment. C’est Framasoft et le Collectif CHATONS dont on va expliquer un petit peu ce que c’est. Normalement nous avons avec nous Angie Gaudion de Framasoft. Angie ?

Angie Gaudion : Bonjour.

Frédéric Couchet : Bonjour Angie. Comment vas-tu ?

Angie Gaudion : Ça va bien, confinée au soleil.

Frédéric Couchet : Confinée au soleil. Ah ! Voilà. C’est vrai qu’en plus aujourd’hui il fait beau.
L’idée de cet échange c’est de prendre un petit peu des nouvelles de Framasoft et du Collectif CHATONS, notamment depuis le début du confinement.
Je vais préciser aux personnes qui écoutent l’émission que nous avons déjà reçu Angie à deux reprises pour parler notamment de Framasoft et du Collectif CHATONS, c’était dans l’émission du 16 avril 2020 et dans l’émission du 18 juin 2020. Vous retrouverez les podcasts sur april.org et sur causecommune.fm. On a aussi fait une Antenne libre sur le CHATONS plus récemment dans le cadre du confinement, c’était le 19 mars 2020. Pareil le podcast est disponible sur les deux sites.

Angie Gaudion : Si je peux me permettre de te corriger, c’était 2019 les deux premiers parce que avril 2020 c’est…

Frédéric Couchet : J’ai dit 2020 ?

Angie Gaudion : Ce n’est pas grave ! Les gens vont croire que tu as anticipé les prochaines émissions.

Frédéric Couchet : Effectivement, c’est 16 avril 2019 et 18 juin 2019 pour l’émission consacrée à CHATONS et l’Antenne libre c’était plus récemment, c’était le 19 mars 2020. Merci d’avoir corrigé.
On va prendre un petit peu des nouvelles de Framasoft et donc du Collectif CHATONS. On va commencer par Framasoft, donc le site framasoft.org, site bien connu qui propose un ensemble de services libres. Avec le confinement et avec les problèmes à l’Éducation nationale notamment dont on parlera après avec Laurent Joëts, Framasoft a été au centre de plein, comment dire, d’attentes, d’utilisation des services. Comment avez-vous vécu ça ? Qu’avez-vous fait ces dernières semaines ?

Angie Gaudion : Effectivement, dès l’annonce du confinement, on s’est dit au sein de l’asso qu’on allait forcément avoir une recrudescence d’utilisateurs et d’utilisatrices sur nos services. Dans un premier temps on a essayé de pallier cette charge qui arrivait de manière globale. Donc la plus grosse partie de nos activités, au tout début de la période de confinement, vraiment sur la première semaine, ça a été de maintenir et de renforcer nos services. On a monté des nouvelles instances pour les services les plus utilisés qu’on a, à savoir Framapad qui fait de la rédaction collaborative, Framatalk qui est une instance Jitsi et Framadrop pour le transfert temporaire de fichiers. On a estimé, ce qui est assez compliqué parce que comme on ne récolte absolument pas de données personnelles sur ces services on ne sait pas exactement le nombre d’utilisateurs, mais on a eu des montées de charge vraiment très importantes, donc il a fallu qu’on trouve le moyen de pouvoir accueillir un maximum de monde tout en faisant le choix d’indiquer que l’Éducation nationale, en tout cas les enseignants et les élèves n’étaient pas les bienvenus sur nos services, non pas qu’on ne veut pas qu’ils soient là – ce n’est pas qu’on ne veut pas leur fournir le service – c’est que si, effectivement, on 800 000 enseignants et 12 millions d’élèves qui débarquent, on était incapables de supporter ça avec nos petits serveurs et ça aurait tout fait planter. Donc on a fait le choix que nos services soient disponibles davantage pour les télétravailleurs, des petites structures – PME, associations – plutôt que pour le ministère. Ce qui, du coup, a fait un peu causer effectivement de ce côté-là, mais, à un moment, on a considéré que le ministère avait largement le temps de préparer une infrastructure technique. Depuis des années, ils auraient pu faire ça, à priori ils ne l’ont pas bien fait puisque les enseignants se sont retrouvés assez démunis. Mais ça a été notre discours initial, qu’on a changé depuis, c’est-à-dire que depuis la semaine dernière on n’a plus ce message sur les pages d’accueil de nos services.

Frédéric Couchet : Il n’y a plus le message ?

Angie Gaudion : Non. Aujourd’hui on est en mesure d’absorber de charge puisqu’on a davantage d’instances.
On a aussi fait quelque chose avec Framapad et Framatalk : on a renvoyé vers d’autres instances externes. C’est-à-dire qu’on a identifié d’autres structures qui proposent ces instances-là et quand vous créez un pad sur ces outils, du coup vous ne le créez pas forcément chez nous, vous pouvez aussi le créer à l’extérieur. On a fait le choix de répartir la charge entre différentes organisations dont la majorité sont effectivement des membres du Collectif CHATONS dont on parlera tout à l’heure.

Frédéric Couchet : On précise peut-être que le terme instance ce sont des sites web, quelque part, pour que les gens comprennent. Une instance c’est une version du site web qui permet par exemple de faire de la visioconférence, de la téléphonie ou effectivement du bloc-notes.
Sur le salon web de la radio, on nous demande de préciser de quel ministère il s’agit, c’est le ministère de l’Éducation nationale bien entendu. Je te laisse poursuivre.

Angie Gaudion : Du coup on s’est rendu compte, avec cette charge sur de nos services, qu’il y avait aussi besoin d'enrichir les logiciels qu’on utilisait avec quelques fonctionnalités. Mes collègues techniciens ont résolu des bugs, ajouté un certain nombre d’éléments sur plusieurs logiciels et en particulier Etherpad qui permet de faire de la rédaction collaborative en ligne.
On a aussi mis en place une instance du logiciel Mumble, du coup on a installé sur nos serveurs un Mumble public – on en avait déjà un qu’on utilisait plutôt en interne au sein de l’asso – qui fait de l’audio conférence, on n’est pas sur de la visio, et ensuite on a même proposé une interface web pour éviter que des internautes aient besoin d’installer un logiciel ou d’installer une application sur leurs appareils. Maintenant il y a une interface web qui permet d’y accéder sans avoir besoin d’installer quoi que ce soit.

Frédéric Couchet : C’est effectivement une très bonne chose. Nous aussi, à l’April, on a Mumble. J’ai passé beaucoup de temps, notamment aussi dans le cadre de la radio, à essayer d’expliquer aux gens comment installer le client Mumble ; ça paraît relativement simple mais ça n’est pas aussi simple que ça pour tout le monde. Le fait d’avoir un accès web directement à Mumble, donc à de l’audioconférence, permet vraiment à n’importe qui de pouvoir l’utiliser avec une qualité audio qui est quand même nettement supérieure à celle de beaucoup d’autres outils. Donc c’est vraiment une très bonne chose.

Angie Gaudion : C’est vrai que sur notre service Mumble on peut accueillir jusqu’à 6500 personnes en même temps. Donc en termes d’accueil, pour le coup, on est sur un service qui permet d’accueillir vraiment beaucoup de monde de manière simultanée sans que ça nous impacte au niveau technique.

On a aussi, sur le plan technique, mis en place un outil suite à la demande qu’on a reçue de médecins qui étaient un peu embêtés avec le fait qu’ils devaient faire de la prise de rendez-vous via les services habituels qu’on connaît, Doctolib et compagnie, ce qui ne leur semblait pas super classe en termes de protection des données personnelles de leurs patients. Donc on a monté, via le logiciel Nextcloud, une interface qui s’appelle RdV Médecins, qui leur permet justement de proposer à leurs patients de prendre rendez-vous par ce biais-là en étant dans un contexte sécurisé qui ne récupère pas les données, etc. Mes collègues techniques ont vraiment développé quelque chose qui est totalement adapté à ce besoin.

Frédéric Couchet : C’est un outil qui est donc réservé à des médecins pour la prise de rendez-vous.

Angie Gaudion : C’est ça, exactement, pour faire de la prise de rendez-vous

Frédéric Couchet : Je précise qu’on mettra les liens directement sur la page consacrée à l’émission de tous les sites que va citer Angie, que ce soit sur april.org ou sur causecommune.fm. Sinon, en allant sur framasoft.org, vous les retrouverez assez facilement.

Angie Gaudion : Les premiers moments c’était vraiment faire que nos services puissent continuer à fonctionner et qu’ils puissent être disponibles pour le plus grand nombre d’internautes.
En parallèle, on a documenté notre activité pendant le confinement. Au sein de l’asso on s’est dit que c’était vraiment très important d’avoir un journal de confinement qui raconte comment on vit cette situation. Sur notre blog, qui s’appelle Framablog, on a un certain nombre d’articles qui expliquent comment on a vécu les premiers jours, comment on s’est organisé sachant que, par exemple, une partie de l’équipe salariée de Framasoft n’était pas en télétravail, même si une grande partie était déjà en télétravail donc pour elle c’était plutôt facile de s’y mettre, comment on vivait la situation, qu’est-ce qu’on faisait, dans quel ordre on s’organisait, etc. On a cet aspect documentation de notre présent, de notre vécu sur cette période, parce qu’on se dit aussi que dans quelques années ce sera quelque chose d’assez intéressant à regarder pour voir comment on gère une crise au sein d’une petite association qui fait du service libre. Tout ça peut se trouver sur le Framablog.

Frédéric Couchet : framablog.org.

Angie Gaudion : Pierre-Yves Gosset, qui est le directeur général de l’association, s’est lancé dans un travail monumental d’un mémo sur le télétravail, parce que, justement, on a une expérience intéressante dans ce cadre-là puisque ça fait des années qu’au sein de l’association une grande partie d’entre nous télétravaillons. Donc on a, du coup, créé cet espace où effectivement on donne notre avis, des conseils, nos façons de fonctionner, nos méthodes d’organisation pour aider toutes les personnes qui se sont retrouvées du jour au lendemain à devoir télétravailler sans avoir aucune idée de comment s’organiser. C’était un outil qu’on fournissait, qui allait permettre en tout cas à ceux qui le souhaitaient de piocher dedans des bonnes conduites, des méthodes, etc.

Frédéric Couchet : C’est un mémo qui est important. Ce confinement doit aussi être l’occasion, effectivement, de développer plus de télétravail, mais il faut que les structures employeuses aient quand même conscience que c’est un télétravail particulier, on l’a déjà dit sur cette antenne, parce que c’est en période de confinement donc émotionnellement et d’un point de vue mental c’est plus compliqué pour les gens et il y a aussi, tout simplement, le confinement des enfants, donc les personnes qui ont des enfants à la maison, eh bien le télétravail ce n’est pas forcément évident. Il faut tenir compte de ça et en profiter effectivement pour améliorer les procédures et les mécanismes de télétravail dans l’avenir, ce qui est quand même quelque chose de très bien.

Angie Gaudion : On a aussi, bien sûr, enrichi la documentation sur nos services puisque plus on a d’utilisateurs et d’utilisatrices de nos services, plus on a de gens qui comprennent pas comment ils fonctionnent, donc on a eu aussi une montée en charge de demandes sur notre support. Pour renseigner au mieux ces utilisateurs et utilisatrices, on a agrémenté, enrichi la partie documentation qu’on propose. Par exemple sur le Mumble web, puisqu’on n’en avait pas avant, il a fallu écrire intégralement cette documentation : comment on fait pour se rendre sur notre Mumble web ? Comment ça marche ? Comment on rejoint un salon ? Etc. On l’a fait aussi pour Jitsi, notre service Framatalk, et on l’a fait aussi sur RdV Médecins pour que justement les médecins et leurs patients qui souhaitent prendre rendez-vous puissent comprendre comment fonctionnent ces interfaces.

Frédéric Couchet : C’est important parce que ces documentations sont très bien faites, en plus il y a des copies d’écran, on peut suivre très facilement. C’est vrai que c’est une des grandes qualités qu’a aussi Framasoft, c’est-à-dire mettre en place des services mais également la documentation qui va avec pour permettre à la personne qui débarque de pouvoir suivre une documentation et utiliser le service.

Angie Gaudion : Pour nous, en plus de ça, quand on a des questions assez basiques qui arrivent via le support, on peut directement faire un lien vers la documentation sans avoir besoin de réécrire et de répondre systématiquement en réfléchissant : on va chercher directement l’info, donc on gagne aussi du temps par rapport au soutien à nos utilisateurs.
Cependant, on a quand même eu effectivement énormément de demandes via notre formulaire de contact, donc on a créé sur notre forum Framacolibri une catégorie spécifique pour le temps du confinement, qui s’appelle Entraide, où on a très clairement appelé la communauté Frama à nous aider à accompagner les internautes quand ils avaient des questions. Ça a très bien pris. Les gens posent davantage leurs questions sur le forum et ce ne sont pas forcément les membres de Frama qui répondent à ces questions, ce qui permet de répartir, on va dire, cette tâche d’accompagnement entre un plus grand nombre d’accompagnateurs.

Frédéric Couchet : Ça c’est sur framacolibri.org. Évidemment, les personnes qui veulent aider Framasoft, qui se disent comment on peut aider Framasoft, eh bien une façon d’aider c’est d’accompagner les autres en répondant aux questions.

Angie Gaudion : Tout à fait. Et enfin, on a été sollicités par plein d’acteurs divers et variés pour mettre en évidence leurs initiatives. Ce sont parfois des partenaires avec lesquels on est déjà en contact, je pense par exemple au Collectif Continuité pédagogique qui s’est monté en trois jours à partir du moment où il y a eu l’annonce du confinement. On fait des coups de projecteur sur ces initiatives afin de leur donner davantage de visibilité qu’ils ne pourraient en avoir puisqu’ils sont souvent très nouveaux et qu’ils n’ont pas forcément le réseau. On parle de ce qu’ils font, on explique ce qu’ils font, on le fait en partenariat eux et c’est important.
On a aussi repris quelques articles qui avaient été publiés sur des blogs externes pour les rendre plus visibles. Je pense par exemple à l’article de Stéphane Bortzmeyer sur l’Internet pendant le confinement qui permet aussi de repréciser : au tout début du confinement, je ne sais pas si vous vous souvenez, les gens pensaient que l’Internet allait craquer, que ça allait lâcher, que ça n’allait pas tenir. Stéphane Bortzmeyer qui a une compétence dans ce domaine-là expliquait en quoi cette frayeur pouvait être évacuée. D’ailleurs on le voit bien, trois semaines plus tard ça fonctionne toujours donc tout va bien !

Frédéric Couchet : Si je peux me permettre, Stéphane Bortzmeyer a écrit l’an dernier un livre qui s’appelle Cyberstrtucture. On l’a reçu dans Libre à vous !, vous retrouverez le podcast et le livre doit être disponible en EPUB sur le site de l’éditeur. Vous cherchez Cyberstrtucture, Stéphane Bortzmeyer, c’est une lecture potentielle pendant le confinement pour mieux comprendre Internet. Je te laisse poursuivre.

Angie Gaudion : Après on a continué à communiquer sur des projets qui étaient déjà lancés pré-confinement et qui arrivaient, on va dire, en mise en œuvre.
Typiquement le partenariat sur un libre cours, qui est un cours en ligne sur la culture libre, qui a d’ailleurs commencé hier. On a fait un petit article expliquant ce qu’est ce cours, comment on peut s’y inscrire, etc. Les sessions sont pleines. Ce cours se lance, on a une vingtaine d’apprenants qui apprennent le monde de la culture libre et des licences libres.
On a fait un petit article sur comment les acteurs du Libre se mobilisent justement dans le cadre de la solidarité numérique/confinement. On a listé les différentes initiatives qu’on a identifiées, qu’on a vu passer ou qu’on nous a fait connaître dans ce cadre-là. C’est un article qui marche assez bien parce que c’est vrai qu’on y retrouve plein d’éléments pour, tout simplement, être plus à l’aise dans cette situation particulière tout en mettant en valeur les acteurs du Libre qui ont fait énormément de choses au début du confinement, qui se sont activés vraiment très fortement.
En fait on accueille, on continue à accueillir.
En parallèle on fait ce qu’on faisait déjà, différentes interviews dans les médias pour expliquer notre position par rapport à ce confinement et en particulier par rapport à l’Éducation nationale, mais aussi, tout simplement, la découverte des outils. C’est une activité on va dire plus régulière mais qui a pris un peu plus de place dans notre activité ces trois dernières semaines.
Ça c’est ce qu’on a fait sur les trois dernières semaines.
Pour vous dire, le confinement nous touche toutes et tous au sein de l’association Framasoft. Les deux premières semaines ont été épuisantes, vraiment, parce qu’il y avait énormément de choses à faire. C’est très dynamisant de se retrouver dans une situation de pression, comme ça, où il faut s’activer. Ce qui fait quand même qu’au bout de deux semaines on a été très fatigués, au moins psychologiquement. Et depuis la semaine dernière et sur les semaines à venir on a décidé, de manière collective, qu’il ne fallait pas qu’on s’épuise trop, que l’urgence n’était plus une urgence et qu’il fallait qu’on pense à sortir de cette urgence donc repenser, effectivement, à ce qu’on allait faire dans les semaines à venir, avec, du coup, un souci vraiment très fort au sein de l’association du bien-être des membres. On prend très souvent des nouvelles les uns des autres, on se questionne sur comment on vit ces situations, on s’assure qu’il n’y ait pas de membres qui se retrouvent dans des situations délicates. En tout cas on essaye au maximum d’accompagner celles et ceux parmi nous qui ont des situations de vie qui sont plus complexes ou, tout simplement, qui vivent moins bien, qui angoissent plus. Ça c’est aussi un élément très propre à l’association Framasoft, cette espèce de bienveillance sachant qu’on a toujours dit qu’on est une association basée sur l’humain et que ce qui nous importe davantage ce sont les humains qui composent l’association, il faut que ces humains soient bien.

Frédéric Couchet : Je partage tout à fait ça, effectivement pour nous aussi l’humain c’est le principal. Des outils comme Mumble, Jitsi ou d’autres outils permettent de garder ce contact visuel notamment, audio aussi. On peut faire ça tous les jours ou une fois par semaine, faire le point, prendre des nouvelles, etc. C’est vraiment très important.
Angie, le temps file. On vient, justement, de parler des humains. Si on parlait un petit peu des adorables petites bêtes qu’on appelle les chatons. Les chatons, où ça en est ?

Angie Gaudion : Le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires a réagi lui aussi au quart de tour au moment de l’annonce du confinement avec une différence notable c’est qu’à Frama on est une seule structure, en plus avec des salariés, donc on peut aller assez vite finalement dans les éléments. Au sein du Collectif ce sont 70 structures différentes dont la majorité n’a pas forcément de salariés. On va dire que la mise en œuvre de solutions a été un peu plus lente, forcément, du fait qu’il n’y avait pas du tout la même quantité d’énergie. Globalement qu’est-ce qui s’est passé du côté des chatons ? On s’est tendu compte que les gens étaient hyper-perdus en termes d’outils, dès le début, ils ne savaient pas du tout quels outils utiliser, donc on a enrichi ce qu’on appelle notre litière – toute une métaphore autour du monde des chats – qui est tout simplement un wiki du Collectif. Au sein de cette litière on a créé une nouvelle catégorie, les outils du télétravail, où, pour chaque outil, chaque logiciel libre possible, on a fait des fiches qui présentent les fonctionnalités de l’outil, on a recensé des tutoriels d’utilisation, des tutoriels d’installation pour les personnes qui techniquement seraient en mesure d’installer et de configurer justement ces outils sur leurs serveurs. Et puis une liste d’instances publiques identifiées. Au tout début, je me souviens que tout le monde disait : « Je vais où pour retrouver Jitsi ? » On a vraiment répondu à ce besoin très rapidement en essayant d’identifier un maximum d’instances. On l’a fait sur plein de logiciels, Jitsi, Mumble, Mattermost, Rocket.Chat. Il y a une liste assez importante sur la litière qui est vraiment de la documentation et de l’accompagnement des internautes dans la découverte de ces outils.
En parallèle on a travaillé sur un nouveau site qui s’appelle entraide.chatons.org, chatons au pluriel, qui est, en fait, un portail d’accès simplifié à des services en ligne, sans inscription, qui répondent aux besoins les plus courants des internautes. L’intérêt de ce site web c’est que, du coup, on a une interface simplifiée qui permet d’accéder très vite à ces outils sans se poser la question de chez qui je vais pour trouver l’outil. Sachant qu’on a un système : à chaque fois que vous vous connectez vous n’allez pas avoir les outils chez les mêmes opérateurs, chez les mêmes hébergeurs. On a pris parmi les chatons tous ceux qui proposaient un service logiciel et ça tourne pour que la charge soit répartie entre l’ensemble des structures qui composent CHATONS et que ça ne surcharge pas l’un d’entre nous plutôt qu’un autre.

Frédéric Couchet : En fait, pour que la charge repose sur le Collectif des différents sites d’hébergement.

Angie Gaudion : Voilà. Exactement.

Frédéric Couchet : C’est entraide.chatons.org avec chatons au pluriel.

Angie Gaudion : Au pluriel. Exactement.
Créer un site web rapidement c’est beaucoup d’énergie, il y a un petit groupe de travail qui s’est monté pour arriver à faire ça dans des délais très rapides. Ça c’était la plus grosse partie pour le Collectif. Bien sûr, on a un forum au sein du Collectif CHATONS qui est un forum public, les échanges sont visibles par tous, donc on a aussi une arrivée de plein de gens sur notre forum qui viennent nous poser des questions, donc on a toute cette alimentation du forum pour répondre aux différentes questions qu’on nous pose. C’est super parce que, du coup, ça dynamise énormément le Collectif dans son ensemble.

Frédéric Couchet : Super. Là c’est l’actualité. En deux/trois minutes maximum : pour demain est-ce qu’il y a des projets, des visions ?

Angie Gaudion : Côté Frama on n’a pas vraiment réglé la question aujourd’hui. La question qu’on se pose c’est qu’on avait identifié une feuille de route pour 2020, qu’on avait publiée en novembre dernier, et on se rend bien compte qu’on ne va pas pouvoir tenir cette feuille route. On a fait autre chose ces trois dernières semaines et on va sûrement faire autre chose que cette feuille de route encore dans les semaines à venir. Aujourd’hui on s’interroge sur comment on va pouvoir faire certaines parties de ce qu’on avait annoncé. Comment on gère le fait qu’on ne va peut-être pas réaliser sur cette année la partie de cette feuille de route ? Typiquement, on avait annoncé qu’on allait faire une collecte pour financer la v3 du logiciel PeerTube et, très clairement, le contexte fait qu’on ne va pas être en mesure de faire ça. En plus, on avait prévu cette collecte de début mai jusqu’à fin juin, là on n’est pas du tout prêts pour arriver à faire ça dans les temps. Donc on est en train d’essayer de voir comment on va pouvoir changer la forme de cette collecte. On ne sera plus du tout sur un crowdfunding habituel. Ce n’est pas encore défini, on est encore dans le questionnement sur comment on va améliorer ça.
En revanche, ce qui va sortir à priori courant mai, qui était déjà prévu courant mai : on avait lancé un questionnaire pour recenser les acteurs, les actrices de l’accompagnement au numérique libre. On est en train de faire le travail de synthèse pour, tout simplement, pouvoir sortir de ces différents acteurs parce qu’on se rend bien compte aujourd’hui que cette liste manque sur l’aspect médiation numérique, on a vraiment besoin que ce travail sorte, donc il devrait arriver dans les semaines à venir.
On va maintenir ce qu’on avait annoncé en septembre sur la fermeture de services. On avait annoncé qu’on allait fermer un certain nombre de services donc ça va continuer à se faire. En parallèle on continue à travailler sur ce qu’on appelle les pages alternatives : quand un service ferme, on a une page qui indique « OK, le service ferme chez nous, mais on ne vous laisse pas tout seuls dans la mouise, on vous propose d’aller voir à tel ou tel endroit pour avoir un service équivalent ». Donc il y a un travail de préparation de toutes ces pages.
Depuis le début de la semaine on se rend compte que ça y est, nos deux développeurs, chocobuzz sur PeerTube et tcit sur Mobilizon, sont un peu moins mobilisés sur le maintien des services existants, donc vont pouvoir recommencer leur activité habituelle qui est de coder, programmer, développer ces logiciels, tout simplement. Ça va revenir petit à petit, sûrement pas autant qu'en contexte plus normal, mais ils vont pouvoir remettre un peu plus le nez dedans pour continuer à avancer sur ces développements.
Enfin, on avait annoncé un projet de cloud. Là, aujourd’hui, on ne sait vraiment pas si on va être capables de le fournir d’ici la fin de l’année. On en est vraiment au stade de la réflexion, on est dans une phase, depuis quelques jours, qui est : comment on va faire, qu’est-ce qu’on fait. Ce n’est pas hyper-défini, on est encore beaucoup dans cette réflexion et je pense qu’on prend justement le temps de réfléchir avant de repartir bille en tête en essayant de faire exactement ce qu’on avait annoncé alors que le contexte a changé.

Frédéric Couchet : D’accord. En tout cas ça nous donnera l’occasion de prendre des nouvelles. Je vais juste préciser qu’on a parlé de PeerTube, c’est un service de partage de vidéos décentralisé, on peut dire, et Mobilizon c’est un outil pour permettre aux organisations de s’organiser, de se mobiliser, partager des évènements. C’est ça ?

Angie Gaudion : Oui. Souvent on le présente comme l’alternative aux évènements et aux groupes sur Facebook.

Frédéric Couchet : D’accord. OK. En tout cas on va reprendre des nouvelles bientôt. On te souhaite le meilleur ainsi qu’à tous tes collègues et à tous les membres de Framasoft et merci pour ce que vous faites.

Angie Gaudion : Je transmettrai.

Frédéric Couchet : Tu leur fais des bises virtuelles de notre part, avec grand plaisir.
C’était Angie Gaudion de Framasoft. Vous retrouverez tous les liens qu’elle a cités évidemment sur framasoft.org, sur chatons.org avec un « s », également sur le site de la radio causecommune.fm et sur le site de l’April, april.org, dans les pages consacrées à l’émission.
Angie, je te remercie et je te souhaite de passer une belle fin de journée ensoleillée donc.

Angie Gaudion : En tout cas merci beaucoup pour l’invitation. À très bientôt.

Frédéric Couchet : À bientôt Angie.
Cher maestro William, nous allons passer une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Cool nights par Dixxy et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Cool nights par Dixxy.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Cool nights par Dixxy, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Je suis toujours Frédéric Couchet, le délégué général de l’April, et nous prenons des nouvelles de personnes avec lesquelles nous avons déjà échangé dans le cadre de l’émission.

[Virgule musicale]

Le confinement et l'école avec Laurent Joëts, professeur de technologie en collège et référent numérique de son établissement

Frédéric Couchet : Maintenant nous allons parler avec Laurent Joëts qui est professeur de technologie en collège, référent numérique de l’établissement et qui avait participé à l’émission Libre à vous ! consacrée aux logiciels libres dans le monde éducatif, collège, émission du 4 février 2020, les podcasts sont disponibles sur causecommune.fm et sur april.org. Laurent tu es avec nous ?

Laurent Joëts : Oui. Bonjour.

Frédéric Couchet : Bonjour Laurent. Je rappelle aux personnes qui veulent participer à notre conversation que vous pouvez nous rejoindre sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat », salon #libreavous.
Déjà Laurent comment ça va ?

Laurent Joëts : Ça va bien. Ça a été une période un peu compliquée en tant que référent numérique de l’établissement et, comme pour tous les enseignants aussi, pour préparer les cours et prendre en charge les élèves à distance. Ce n’est pas simple. C’est assez fatigant, mais super riche, en fait.

Frédéric Couchet : Justement. On va parler un peu de ce retour d’expérience. Juste avant on avait Angie de Framasoft qui nous a parlé un petit peu de comment ils avaient vécu ça de leur côté. Il était intéressant d’avoir aussi un retour d’expérience côté enseignement. Le premier point que tu souhaitais aborder, c’est l’importance des outils décentralisés déjà en place.

Laurent Joëts : En fait, cette histoire de CHATONS dont on entend parler depuis longtemps avec Framasoft et cette demande qu’on a vu apparaître de Framasoft qui dit : « Vous êtes gentils, vous avez bien testé nos outils, mais maintenant il faut vous débrouiller tout seuls sans nous », ça fait un petit moment déjà que dans mon établissement on l’a mise en place. Je n’ai pas fait ça tout seul et j’ai bien conscience que je ne suis pas dans un établissement qui est forcément représentatif de tous les établissements de France. Nous sommes une communauté de libristes qui avons mis ça en place dans nos établissements déjà depuis un moment, notamment en utilisant des serveurs pédagogiques SambaÉdu associés à des serveurs Nexctloud qui permettent aux élèves d’accéder de chez eux au partage du réseau. On le faisait déjà en temps normal depuis plusieurs années. Donc ce type d’usage-là, accéder de chez soi aux documents qui sont stockés au lycée, nos élèves savaient faire. Du coup, pour cette partie-là, on a été assez indépendants, notamment de Framasoft, et comme on l’a vu aussi, les ENT, les espaces numériques de travail qui sont mis à notre disposition par les conseils généraux, les conseils régionaux, etc. – oui, c’est ça, départements pour les collèges, régions pour les lycées – on a bien vu que pour tenir le choc face à l’afflux de connexions des premiers jours de confinement, il a fallu qu’on se débrouille sans. On était bien contents d’avoir notre Nextcloud à nous

Frédéric Couchet : On a parlé de Nextcloud dans une émission Libre à vous ! il y a quelques semaines, je vous renvoie sur le site de la radio ou sur le site de l‘April, c’est un logiciel libre qui permet de mettre en place un service de partage de fichiers, d’agenda, de photos, d’outils collaboratifs. C’est quelque chose qui se développe de plus en plus.
Ce que tu dis, et tu as précisé que tu n’es pas forcément représentatif de l’ensemble des établissements, c’est que vous, vous étiez entre guillemets « prêts » parce que vous aviez déjà des outils qui vous permettaient de travailler à distance et d’avoir un accès décentralisé, quelque part, à vos outils pour vous en tant qu’enseignants et pour vos élèves. C’est ça ?

Laurent Joëts : Exactement, c’est ça. On savait qu’on avait déjà ça en place donc on n’était pas obligé d’avoir besoin de se connecter à l’ENT pour faire du partage de documents. Et puis, dès le vendredi soir quand on a appris qu’on allait être confinés, qu’on ne retournerait pas dans les établissements, on a très vite réfléchi avec d’autres collègues et d’autres établissements aux alentours à comment on allait pouvoir mettre en place un moyen de communiquer avec les élèves, pour faire court faire de la vision en quelque sorte. On connaissait Jitsi. On avait bien conscience que si on allait tous taper dans Framatalk ça ne marcherait pas, donc on a cherché des alternatives.
Notre ENT, en Île-de-France, était en train de mettre en place aussi dans l’urgence un outil qui s’appelle BigBlueButton intégré à l’ENT, mais on était aussi conscients que la connexion à l’ENT serait compliquée les premiers jours, donc on s’est dit « pourquoi on ne prendrait pas, nous, en charge l’installation de ce logiciel libre BigBlueButton, le mettre sur notre infra d’établissement ? » Je répète que je suis pas forcément représentatif : dans mon établissement on a un gros serveur avec des machines virtuelles Proxmox, on a une liaison fibre 50 mégas et on avait un bloc d’IP dont une IP libre, donc on s’est monté notre serveur de visio spécifique à l’établissement en urgence, pendant le week-end.

Frédéric Couchet : Ce que tu appelles IP, c’est ce qui permet de se connecter à un serveur via une adresse en fait.

Laurent Joëts : Voilà. L’installation de BigBlueButton est un petit peu technique si on ne dispose pas d’une IP publique sur Internet.

Frédéric Couchet : D’accord. Juste avant que tu continues sur BigBlueButton et que tu nous en parles un petit peu, il y a une question sur le salon web : sur le cloud de ce lycée y a-t-il eu une grosse augmentation de la consommation pendant le confinement ? Seconde question : comment les utilisateurs et utilisatrices sont-ils connectés sur le cloud ?

Laurent Joëts : Pour répondre à la première question on s’est amusés à sortir les graphes de la première semaine, on a donc des courbes avec le flux entrant et le flux sortant, le débit entrant et le débit sortant. Ce qui est très rigolo, c’est que les courbes se sont inversées. On n’a pas du tout saturé sur notre lien fibre, mais tout ce qui était en entrée les semaines précédentes est passé, en fait, à peu près en sortie ; c’est juste symétrique, c’est vraiment étonnant.
Pour répondre à la question de comment ils s’identifient sur Nextcloud ? Ça c’est la force du projet SambaÉdu. On a un serveur qui gère un annuaire et les élèves sont identifiés avec l'identifiant habituel qu’ils utilisent en classe. La force de ce projet SambaÉdu c’est aussi de permettre d’avoir le même identifiant que sur l’ENT, la synchro est totale entre le serveur qui est dans l’établissement, l’ENT qu’ils utilisent, qui est extérieur, et tous les outils qu’on va mettre en place à côté, que ce soit le Nextcloud qui permet d’accéder au partage, que ça soit l’outil de visio BigBlueButton, c’est pareil, c’est interfacé sur le LDAP, donc sur l’annuaire, et puis on a une fonctionnalité complètement ahurissante qui vient de sortir il y a quelques jours, c’est la possibilité pour les élèves d’accéder de chez eux, dans un navigateur, aux machines de l’établissement en RDP [Remote Desktop Protocol]. En fait ils se connectent sur le serveur SambaÉdu et on a découvert et mis en place un outil qui est maintenu par le projet Apache qui s’appelle Guacamole – c’est toujours rigolo ces noms-là, ça me fait marrer – qui permet, dans un navigateur, de voir ce que verrait l’élève sur l’écran de son ordinateur en classe. C’est excessivement fluide. On fait tourner des applications comme ceux qui enseignent en SI connaissent peut-être.

Frédéric Couchet : Tu as dit SI, ça veut dire quoi ?

Laurent Joëts : Sections d’ingénieur. [Sciences de l’Ingénieur].

Frédéric Couchet : Sections d’ingénieur. D'accord.

Laurent Joëts : Bref ! Les grands lycéens on va dire, moi je suis plutôt collège. Ce qui est assez impressionnant c’est que c’est complètement fluide, c’est bluffant. Le prof va diffuser l’écran de son ordi du lycée dans l’outil de visio du lycée aux élèves qui sont chez eux mais qui sont connectés avec les identifiants du lycée ou de l’ENT.

Frédéric Couchet : C’est effectivement intéressant d’un point de vue usage, mais ça montre aussi l’hyperactivité de ce projet dont tu parles, d’accès serveurs, qui est donc SambaÉdu ; vous trouverez les références, c’est sambaedu.org si vous cherchez sur Internet. Ce projet est vraiment hyperactif parce que cette fonctionnalité a été rajoutée récemment.

Laurent Joëts : Exactement. En fait, la force du projet SambaÉdu, c’est que c’est fait par des profs pour des profs. Donc on répond exactement aux besoins des enseignants. On ne peut pas faire plus direct que du producteur au consommateur, du demandeur au codeur ; on ne peut pas faire plus direct ! Ça nécessite certes des compétences, tout le monde ne les a pas, mais tout le monde peut participer rien qu’en remontant des bugs, en faisant des demandes sur GitLab, etc. J’ai presque envie de dire qu’on va profiter de cette période un petit peu compliquée pour faire connaître toutes les possibilités qui étaient sous-jacentes au projet depuis très longtemps, pour lesquelles les différentes personnes, les décideurs n’étaient pas conscients de ce que ça pouvait apporter.
C’est là où on voit une force vraiment exceptionnelle de la localisation à la fois des compétences et des infrastructures dans les établissements scolaires. On voit bien, les ENT OK, on a des très grosses compétences, mais les serveurs ne sont pas dans les établissements, donc tout le monde passe par le même tuyau. Là, dans un établissement on a au maximum 1000, 2000 élèves, 2500 élèves. 2500 élèves sur une fibre de 100 mégas ce n’est rien du tout !

Frédéric Couchet : C’est intéressant d’avoir effectivement la localisation des serveurs, des compétences et finalement d’être préparé.
Je vais juste préciser parce qu’on nous fait remarquer sur le salon que tu n’es pas forcément représentatif, comme on l’a dit tout à l’heure. Lors de l’émission Antenne libre qu’on a faite le 19 mars 2020 – les podcasts sont disponibles sur april.org et sur causecommune.fm – nous avions notamment Vincent-Xavier Jumel qui est enseignant en lycée en Seine-Saint-Denis et dont les conditions ne sont pas du tout les mêmes. Je renvoie les personnes à l’écoute de cette Antenne libre qui avait duré deux heures. Justement il avait expliqué les problèmes qu’il pouvait avoir et comment il fait en mode confinement ; c’était au tout début du confinement.
On va revenir sur BigBlueButton pour que tu nous expliques un petit peu à quoi sert cet outil. Qu’est-ce qu’il a finalement de magique ? Donc BigBlueButton.

Laurent Joëts : En fait, c’est un équivalent assez étonnement ressemblant à l’outil qui est mis en place par le CNED, c’est-à-dire qu’on fait de la classe virtuelle. C’est comme Jitsi sauf qu’il y a un peu des fonctionnalités en plus. Ça tient bien la charge quand on est vraiment très nombreux. On a fait notre AG d’association à 40 dans un salon et ça tient la charge sans problème. Il y a des systèmes de vote, on peut lever la main, etc. On peut définir quelqu’un comme présentateur qui va passer par exemple un diaporama que tout le monde va pouvoir visualiser en même temps. On peut partager des vidéos que tout le monde va voir en même temps. On peut partager un écran, une fenêtre de son écran, etc., et on peut aussi donner ces droits-là aux autre utilisateurs.
Jitsi, qui sera présenté tout à l’heure, peut sans doute faire beaucoup de ces choses-là, mais on est partis sur BigBlueButton et ça marche vraiment très bien. On est assez bluffés par les performances.
Pour revenir un petit peu sur le commentaire qui a été évoqué juste avant, par Vincent-Xavier Jumel je crois, j’en suis très clairement conscient. Je suis en plus dans un établissement assez spécifique puisque je suis dans un lycée Erea qui accueille des élèves porteurs de handicap moteur pour certains, donc on a énormément d’usages informatiques autant dans l’établissement que les élèves à la maison. Et ça, clairement, ce n’est pas le cas partout. On voit, avec cette histoire de visio et de confinement, qu’on a quand même perdu quelques élèves. Ceux qui n’ont par exemple qu’un smartphone c’est très compliqué. Ceux qui ont un ordinateur à la maison, mais ils sont cinq gamins plus la maman qui travaille en visio, etc., eh bien il faut trouver les créneaux, ce n’est pas toujours possible et on en est tout à fait conscients. C’est un vrai écueil et c’est aussi pour ça que je participe à titre personnel à des install-parties organisées à La Villette, notamment par l’association Parinux qui organise les Premier samedi. Je vois bien que c’est super important.

Frédéric Couchet : Peux-tu rappeler ce qu’est une install-partie, s’il te plaît ?

Laurent Joëts : En fait, on vient à une install-partie avec son ordi qui ne marche plus et on repart avec un ordinateur qui marche !

Frédéric Couchet : On reçoit de l’aide pour se faire installer un système libre soit sur l’ordinateur soit sur le téléphone, on va dire.

Laurent Joëts : Voilà. On voit bien qu’il y a une vraie fracture numérique au niveau familial en fait. Il y a des familles où chaque enfant a son ordi dans sa chambre et il y a des familles où il est partagé ou il n’y a même pas d’ordi.

Frédéric Couchet : Tes collègues sont aussi aguerris que toi en termes de paramétrage de salon, tout ça, ou ils ont plus de mal ?

Laurent Joëts : La première semaine, même dès le premier week-end de mémoire, on a fait des visios entre profs pour faire de la formation à la visio. C’est assez rigolo parce que, quand on fait ça, on a l’écran qui se remplit à l’infini. Je les ai formés assez rapidement. C’est quelque chose que le référent numérique de l’établissement a l’habitude de faire. En général on fait ça après 16 heures 30, dans une salle, quand tous les élèves sont partis et on a deux/trois collègues qui sont intéressés par le sujet et les autres ont leur vie à côté, on comprend très bien qu’ils ne viennent pas forcément. Là, en travaillant à distance et avec le besoin qui se faisait sentir, on était excessivement nombreux.
Après, tout le monde n’est clairement pas au même niveau d’aisance avec l’outil, c’est tout à fait compréhensible et on ne peut pas non plus exiger d’un enseignant qui a des enfants en bas-âge de se connecter à heures fixes pour faire de la visio avec ses élèves depuis son domicile. Ce n’est pas possible, il y a des cas où on ne peut pas, ça c’est clair !

Frédéric Couchet : En plus, je crois que tu l’as déjà dit tout à l’heure, l’expérience montre que la visio c’est quand même épuisant. Il y a un côté, d’un point de vue cognitif, qui est beaucoup plus fatigant, en fait, qu’avec des cours classiques en présentiel.

Laurent Joëts : Oui, c’est épuisant parce que tenir une classe, après tout dépend de la classe, des élèves, ça dépend aussi de comment on est prof, on est tous différents par rapport à ça, on ne fait pas la discipline de la même manière : un regard au gamin qui est peut-être un peu déconcentré, des fois ça le recadre tout de suite. Ce sont des choses qui ne s’expliquent pas forcément, qu’on acquiert avec l’expérience et c’est complètement différent en visio, c’est très clair. Déjà, il faut relancer très régulièrement à l’oral parce qu’on ne met pas forcément la webcam. Au début les élèves mettaient leur webcam et, au fur et à mesure que la période avance, on sent que le matin ils sont en pyjama, donc ils ne mettent plus la webcam.
Par contre, moi je m’arrange pour toujours la mettre, pour qu’ils me voient parce que je pense que c’est important de garder un contact. Et quelque chose de rigolo : à la fin de mes cours en visio je leur laisse toujours cinq minutes, je laisse le salon ouvert, je coupe mon micro, je coupe ma caméra et entre eux ils échangent. C’est important aussi ces moments-là.

Frédéric Couchet : Tu les laisses entre eux. Ça c’est bien.

Laurent Joëts : Oui. À tel point que notre CPE [conseiller principal d'éducation] va essayer de mettre en place pour la rentrée, dans 15 jours, puisque là, en région parisienne, on est en vacances scolaires, des récréations en visio avec un adulte présent dans le salon, CPE ou surveillant, pour permettre aux élèves d’échanger un peu, surtout en essayant qu’ils évitent les Discord, WhatsApp, etc., dans la mesure du possible. C’est un vrai plus qu’on a avec SambaÉdu, c’est que les élèves sont forcément identifiés en passant par un serveur de visio qui est lié au compte ENT, alors que quand on voit un petit peu ce qui se passe dans l’outil du CNED. Il suffit d’aller lire un petit peu…

Frédéric Couchet : Justement, je me permets de te couper, parce que tu dois être sur le salon en même temps.

Laurent Joëts : Non, je ne suis pas sur le salon en même temps.

Frédéric Couchet : Il y a quelqu’un qui pose la question sur le salon web : y a-t-il eu des intrusions dans la solution de visio utilisée par Laurent qui est BigBlueButton, comme on en a entendu parler pour la solution du CNED qui est BBcollab ? C’est ce dont tu es en train de parler.

Laurent Joëts : Pour BBcollab, en fait le prof va générer un lien pour sa classe et il va le diffuser par tout moyen possible. Ça peut être par mail perso, ça peut être sur un groupe WhatsApp, je n’en sais rien, en fonction de comment il communique avec ses élèves parce qu’on a tous été contraints de faire des choses par franchement RGPD compliant au début, notamment l’extraction des adresses mails des élèves depuis l’ENT pour pouvoir prendre contact avec eux puisque l’ENT ne marchait pas !
Après, n’importe quel gamin va poster ce lien sur Twitter ou sur n’importe quel réseau ouvert et n’importe qui peut rentrer dans le salon. À ma connaissance BBcollab va mettre en place très rapidement un système de salle d’attente où, en fait, le prof pourra aller piocher ses élèves pour les mettre dans la classe, que n’importe qui ne puisse pas s’introduire. Nous on n’a pas ça avec l’outil de visio BigBlueButton, justement parce qu’il est interfacé avec le LDAP, avec l’annuaire de notre serveur.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est super. Le temps file et je vois que Emil Ivov nous a également rejoints sur Jitsi. Dernière question, j’ai une question de Marie-Odile qui me disait : « La presse locale a montré des enseignants de technologie de collège fabricant des pièces avec des imprimantes 3D pour les objets sanitaires utilisés actuellement. » Elle dit : « N’est-ce pas là une belle reconnaissance de la discipline, donc la technologie, de la fabrication qui doit s’y pratiquer – et elle pose la question – est-ce que les décideurs politiques comprendront un jour les nécessités de cette discipline, travail en groupe, matériel ? » Est-ce que tu es optimiste de ce point de vue-là ?

Laurent Joëts : Oui, je suis assez optimiste. Je suis un peu embêté parce que j’adorerais le faire, j’ai deux imprimantes au lycée mais mon établissement est fermé et, en plus, j’habite assez loin de mon établissement. J’habiterais à côté j’y serais, surtout que j’ai du stock de filament, etc. J’ai vu tout ça passer. Mon problème c’est le temps. En tout cas c’est clair que j’aurais adoré participer à ça. J’ai des copains, notamment au fab lab de Mulhouse, qui se sont lancés dans des productions assez industrielles de masques au fab lab, je ne sais pas combien ils ont récupéré d'imprimantes et ils impriment des trucs de fou.
De toute façon, là je pense qu’on est face à une situation tellement inhabituelle qu’on va avoir plein d’initiatives comme ça qui, j’espère, vont faire réfléchir un petit peu les politiques.
Je vais revenir un petit peu prêcher pour ma chapelle, mais ce qu’on arrive à faire avec le projet SambaÉdu, on sait, nous, qu’on sait le faire depuis très longtemps, mais les politiques n’avaient pas encore compris la puissance de l’outil.

Frédéric Couchet : Comme dirait Marie-Odile, Laurent Joëts ministre de l’Éducation pour mettre en place et généraliser ça.

Laurent Joëts : Moi j’aime bien rester un petit peu dans l’ombre !

Frédéric Couchet : Tu aimes bien faire des choses utiles !

Laurent Joëts : C’est ça.

Frédéric Couchet : On va arrêter de troller là-dessus.
En tout cas je te remercie grandement et plus tard, n’hésite pas si tu as envie de faire un retour d’expérience.
Évidemment, comme on l’a dit tout à l’heure, Laurent est dans un cadre un peu particulier comme il l’a expliqué. Je renvoie aussi à l'Antenne libre du 19 mars 2020 pour un retour d’expérience dans d’autres conditions, notamment dans les lycées de Seine-Saint-Denis que je connais bien vu que je suis en Seine-Saint-Denis, notamment avec Vincent-Xavier Jumel.

Laurent Joëts : Je crois que j’échange régulièrement avec Vincent-Xavier sur Mastodon. Bonjour.

Frédéric Couchet : Oui. Tout à fait. Il n’est pas là, il était dans l'Antenne libre.

Laurent Joëts : D’accord.

Frédéric Couchet : En tout cas c’était Laurent Joëts, professeur de technologie en collège, référent numérique de l’établissement et qui était notamment intervenu dans l’émission Libre à vous ! consacrée aux logiciels libres dans le monde éducatif, notamment en collège, le 4 février 2020, podcast sur april.org et sur causecommune.fm.
Laurent, je te souhaite de passer une belle fin de journée.

Laurent Joëts : C’est très gentil. Merci beaucoup aussi pour la visibilité qu’on peut donner à un projet comme SambaÉdu dans ce type d’émission.

Frédéric Couchet : Merci Laurent. À bientôt.

Laurent Joëts : À bientôt.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : William, nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter Moon par LEMMiNO et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Moon par LEMMiNO.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Moon par LEMMiNO, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Visiblement mon micro était allumé pendant la pause musicale, vous avez peut-être entendu l’un de mes enfants me poser une question. Elle demandait qui était qui était la personne à l’écran. Je peux lui répondre, la personne à l’écran c’est Emil Ivov qui vient de nous rejoindre.

Emil Ivov : Bonjour.

Présentation de Jitsi, logiciel libre de visioconférence, avec Emil Ivov son créateur

Frédéric Couchet : Bonjour Emil. On a donc le grand plaisir d’avoir le créateur de Jitsi, Emil Ivov, qui est une solution libre notamment de messagerie instantanée et de visioconférence. Bonjour Emil.

Emil Ivov : Bonjour. Enchanté. Merci pour l’invitation. Le plaisir est pour moi.

Frédéric Couchet : C’est super. On a parlé juste avant avec Laurent Joëts d’un autre outil qui s’appelle BigBlueButton, mais Jitsi est un outil très utilisé, de plus en plus utilisé depuis le début du confinement. L’idée c’est un petit peu d’avoir une présentation de Jitsi, de ses fonctionnalités et des projets d’avenir. Première question, une petite présentation personnelle rapide, qui es-tu Emil ?

Emil Ivov : Je suis Emil. Encore une fois merci pour l’invitation.
Pour ce qui est de ma présentation personnelle, je suis né en Bulgarie, je suis arrivé en France quand j’avais 21 ans, en 2001, c’était un programme Erasmus. Je suis tombé très vite sous le charme, j’aime la France, j’ai fini par devenir Français et ça s’est très bien passé par la suite. Aujourd’hui je vis aux États-Unis et je continue toujours de travailler sur Jitsi depuis bientôt 17 ans.

Frédéric Couchet : D’accord. Avant de parler de Jitsi et des fonctionnalités, ce qui est intéressant c’est le fait que le projet Jitsi, je ne savais pas du tout, a donc commencé en France, à Strasbourg, dans le cadre de ta thèse de doctorat. C’est toi qui as démarré ce projet quand tu étais étudiant en France.

Emil Ivov : Oui, tout à fait. D’ailleurs, ça a même commencé un peu plus tôt, c’était au début des IPv6. Je suis allé chez mon directeur de stage à l’époque, par la suite directeur de thèse, Thomas Noël, à l’Université de Strasbourg et j’ai dit : « J’ai envie de faire un téléphone sur IP ». Il a dit : « Ça tombe bien on en a besoin d’un qui marche sur IPv6 », et c’est comme ça que le projet est né. Ensuite on a continué à le développer. On a l’utilisé beaucoup comme outil de validation pour ma thèse qui était dans la communication temps réel. Ensuite la communauté a pris de la vitesse, le projet a fini par être assez conséquent. Avec mon partenaire Yana Stamcheva on a créé une entreprise autour du projet pour fournir un service de consultation et de développement à la demande. Ça a duré quelques années. On a augmenté l’équipe. On a rajouté les fonctionnalités de visioconférence, le projet a « morphé » [s'est transformé, NdT], au début c'était un peu un Messenger, un peu comme une combinaison de Ekiga – ces noms rappellent des souvenirs – et de Pidgin.

Frédéric Couchet : Oui, c’est vieux ça. En gros, de messagerie instantanée à la fois audio et textuelle.

Emil Ivov : Exactement. Par la suite on a vraiment mis l’accent sur le côté audio et visioconférence, on a pris le cœur de Jitsi, on l’a mis dans le réseau et c’est devenu Jitsi Videobridge avec tous les composantes autour et ça a donné Jitsi Meet. Par contre, il y a toujours des lignes de code, pas beaucoup, mais il reste toujours des lignes de code qui ont été faites en 2003. C’est quand même le même ADN.

Frédéric Couchet : D’accord. J’ai une question sur le salon web de la radio, je rappelle que c’est sur causecommune.fm, bouton « chat », si les personnes qui écoutent l’émission veulent nous rejoindre, ce dont tu nous parles là c’était en France ou il y a une partie après que tu aies migré aux États-Unis.

Emil Ivov : Jusque-là, tout ce que j’ai dit ça s’est passé en France. Oui.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est intéressant de savoir ça, parce que je pense que pour beaucoup de gens Jitsi c’est un logiciel qui était principalement fait aux États-Unis, en fait ça vient de quelque chose qui a été fait en France à l’Université de Strasbourg.

Emil Ivov : Oui, ça a démarré à l’Université de Strasbourg et ça a continué pas mal de temps dans cette forme d’entreprise de service, de petite startup qu’on a montée autour. Pendant cinq/six ans on a fait ça. On a fini par se faire racheter par Atlassian ce qui a complètement préservé l’aspect open source du projet. À un moment Atlassian a décidé de sortir de l’industrie de communication temps réel, donc on a migré, on a été racheté à ce moment-là par 8x8 ; on a eu beaucoup de chance parce qu’ils ont été encore plus dévoués à l’aspect open source. Ils font vraiment beaucoup pour soutenir la communauté, surtout dans ces temps difficiles, ils récupèrent l’addition pour Meet Jitsi. Il y a pratiquement toutes les personnes qui bossaient à l’époque pour le projet qui sont toujours dedans, sauf qu‘aujourd’hui la boîte qui paye les salaires c’est 8x8 et ce n’est plus la petite startup de l’époque.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est intéressant d’aborder ce point-là, je voulais l’aborder un peu plus tard, mais on va le faire maintenant. Pour bien comprendre, le projet a démarré en France il y a quelques années, principalement par toi et un de tes collègues. Aujourd’hui tu travailles pour une société qui s’appelle 8x8 qui continue, en fait, à développer et à payer des gens pour développer Jitsi, toujours dans un modèle logiciel libre ?

Emil Ivov : Absolument. Tout ce qu’on développe, dès que ça a du sens, ça part d’abord sur le projet open source. On récupère les paquets Debian du projet open source, comme tout le monde, et on rajoute les customisations qui sont nécessaires pour le déploiement par 8x8.

Frédéric Couchet : D’accord. OK. C’est intéressant parce que c’est un projet qui démarre, finalement, d’un projet de thèse. Il y a combien de personnes qui développent sur le projet Jitsi aujourd’hui ?

Emil Ivov : Ça dépend beaucoup de la définition. Si on prend la liste des contributeurs sur GitHub on est sur une centaine, ensuite on va dire une trentaine pour ceux qui sont à plein temps dessus.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est quand même un projet assez important.
Quelles sont les principales fonctionnalités de Jitsi, tu as commencé à en parler, et pourquoi aujourd’hui les gens utilisent Jistsi plutôt que d’autres solutions ?

Emil Ivov : En fait, c’est un outil de rendez-vous de visioconférence. C’est important. Ce n’est pas un outil téléphonique, on ne peut pas s’appeler avec, on est censé se mettre d’accord d’abord sur un point de rendez-vous et on s’y retrouve. Donc c’est un outil de meeting pour dire ça plus couramment. J’ai fait un plan ! C’est quoi la deuxième partie de la question, excuse-moi !

Frédéric Couchet : Quelles sont les principales fonctionnalités et pourquoi, finalement, les gens aujourd’hui utiliseraient Jitsi plutôt que d’autres solutions, on va citer des solutions privatrices comme Zoom ?

Emil Ivov : Parmi les principales fonctionnalités, on va vraiment trouver l’essentiel de ce dont on a besoin pour avoir des rendez-vous de travail. C’est quand même un outil qui cible le monde professionnel : on peut partager son écran, on peut échanger des messages, on peut lever la main, on peut partager des vidéos, on peut partager le son. Dans sa forme, Jitsi se veut un medium de communication pour qu’on puisse remplacer le médium physique par un médium à distance.
Après, ce ne sont pas vraiment des fonctionnalités qui le démarquent des autres, même si on peut partir dans les détails, ce qui est plus important, ce qui fait aujourd’hui vraiment la différence, ce sont deux choses principales : il y a la facilité d’utilisation. On a beaucoup travaillé sur la friction de l’utilisateur, on s’est vraiment assuré qu’on peut très vite rentrer dans un salon, très vite créer un salon, ça c’est important. Et ce qui est vraiment encore plus important dans ce domaine-là, c’est qu’en travaillant sur la friction, on s’est aussi assurés qu’on peut utiliser cet outil de façon complètement anonyme. On l’a fait à moitié dans un souci d’usabilité, d’ergonomie, mais aussi dans un souci de respect de la vie privée, ce qui a toujours été au centre du projet Jitsi depuis ses premiers jours. Ce respect de la vie privée et de la sécurité se montrent de plusieurs façons : la possibilité d’utiliser de façon complètement anonyme en est une.
Ce qui le démarque aussi vraiment et qui le rend parfaitement unique, c’est qu’aujourd’hui si vous voulez avoir des conversations hautement confidentielles, très privées, vous pouvez installer votre propre serveur Jitsi en 15 minutes. On travaille beaucoup pour s’assurer que ça soit le cas. On a des containers de cœur, on a des paquets Debian, ça prend vraiment 15 minutes de monter sa propre machine, ce qui fait qu’à ce moment-là vous êtes dans une sécurité parfaite puisque toutes les données qui partent sur le réseau sont chiffrées, à partir du moment où vous faites confiance au serveur, vous êtes protégé de tout ce qui pourrait…

Frédéric Couchet : Oui, des problèmes de fuites de données personnelles ou autres qu’il peut y avoir.

Emil Ivov : Même au-delà, juste l’écoute. Vous avez des personnalités, par exemple Edward Snowden utilise sa propre instance Jitsi Meet et il donne souvent ses rendez-vous dessus ; sur France Inter, en septembre dernier, il a utilisé Jitsi. Vous avez la Freedom of the Press Foundation qui recommande aux journalistes de faire de même. C’est vraiment quelque chose de très spécifique à Jitsi.

Frédéric Couchet : D’accord. Je confirme, pour avoir installé une instance Jitsi sur un serveur Debian – Debian est un système d’exploitation libre – que c’est vrai que ça prend une quinzaine de minutes, c’est très simple à installer et ensuite, en termes d’usage, c’est facile à utiliser.

Emil Ivov : Merci.

Frédéric Couchet : C’est clair ! Franchement, c’est très simple à installer. Sur le salon web j’ai justement une question : est-ce que Emil peut expliquer la différence entre Jitsi et Jitsi Meet ? Est-ce qu’il y a une différence ?

Emil Ivov : On est très forts en nommage ! Les gens qui se sont intéressés au projet ont dû se dire « qu’est-ce que ces gens-là ont bu ! »
On va dire que Jitsi c’est le nom du projet. Il y a plusieurs petites composantes, plusieurs petits produits, le nom de la communauté c’est Jitsi. Ensuite Jitsi Meet, si on veut être complètement correct, c’est ce qu’on utilise en ce moment, c’est le JavaScript que vous chargez dans votre browser, c’est aussi un projet open source qui est une des composantes de l’écosystème Jitsi. Souvent, quand vous installez votre propre instance, on va dire que vous installez Jitsi Meet, même si techniquement derrière il y a aussi Jitsi Videobridge il y a Jicofo, il y a Jigasi, je vous ai dit qu’on est très forts en nommage. Donc Jitsi Meet c’est ce projet-là.
Après souvent, quand on parle de Jitsi, il y a aussi l’instance qui est, on va dire, le déploiement de référence, qui est censée faire la démonstration de toutes les fonctionnalités, de tout ce qui est possible avec Jitsi. On parle là de meet.jit.si. Ça c’est une instance de Jitsi Meet qui est maintenue par l’équipe 8x8, normalement c’était dans le but de faire une démonstration de tout ce qui est supporté par le projet Jitsi. Aujourd’hui, vu la charge, c’est aussi dans le but d’aider un petit peu dans ces temps difficiles à permettre aux gens de se retrouver plus facilement.

Frédéric Couchet : On va préciser que c’est l’instance qu’on utilise pour diffuser l’émission du jour. On diffuse l’émission via Jitsi et William, ensuite, diffuse sur le serveur de la radio et après ça passe en FM.
Justement, tu parles de la situation actuelle. Je suppose qu’avec le confinement il y a eu une augmentation de l’utilisation de Jitsi, à la fois peut-être les téléchargements de l’outil pour installer des instances, mais aussi l’usage de « l’instance principale », entre guillemets qui est meet.jit.si. Est-ce que tu as des statistiques de cette partie-là avec, peut-être, une séparation entre Europe et États-Unis ou dans le monde ? Est-ce qu’il y a des statistiques ?

Emil Ivov : La charge de trafic sur Meet Jitsi a augmenté à peu près de 50 à 100 fois selon qu’on regarde la passante, les participants simultanés ou les participants totaux. Ça a été monstrueux. À l’époque on avait, on va dire, une cinquantaine de serveurs partout dans le monde. Aujourd’hui on frôle les 4000, donc ça a été extrêmement conséquent. Ça eu des effets très positifs sur le projet lui-même puisqu’on a révélé pas mal de bottlenecks, de goulots d’étranglement dans les différents projets de Jitsi. Il y a plein de choses qui ont été corrigées, il y a plein de choses qui ont été corrigées dans l’infrastructure pour qu’aujourd’hui on puisse avoir une mise à l’échelle très rapide, très automatique. On va dire qu’il y a eu plusieurs nuits blanches avec plusieurs alarmes qui se déclenchent dans la nuit, Paris est tombée, c’était comme à la guerre. Depuis une bonne dizaine de jours on va dire qu’on a réussi : tout est très stable et les gens peuvent communiquer.
Après, sur le téléchargement, les gens installent les instances. On n’a presque pas de statistiques dessus, ça fait partie du jeu. Je ne peux malheureusement pas trop en fournir.

Frédéric Couchet : Oui, pour respecter l’anonymat.

Emil Ivov : Voilà.

Frédéric Couchet : D’accord. OK. En annonçant le rendez-vous avec Emil, j’ai reçu pas mal de questions diverses et variées, je vais te les poser. Il y a une question qui revient souvent : Jitsi fonctionne mieux avec Chrome, Chromium qu’avec Firefox ? Pourquoi Firefox n’est-il pas complètement supporté par Jitsi et qu’en est-il pour l’avenir ? Est-il prévu côté Jitsi ou de la Fondation Mozilla de travailler sur l’intégration, enfin la prise en compte de Firefox pour Jitsi ?

Emil Ivov : C’est une prise en compte mutuelle. On est en train de travailler avec Niels et le reste de l’équipe WebRTC de Firefox pour s’assurer que tout fonctionne. Je pense qu’il y aura, au plus tard d’ici deux semaines, la première série de pull requests qui va arriver et cela va largement améliorer le support de Firefox.

Frédéric Couchet : On va dire que des pull requests ce sont des modifications dans le code, pour simplifier.

Emil Ivov : Oui. Ce sont les premières modifications qui vont atterrir en production et les gens pourront les utiliser sur Meet Jitsi ou sur leur propre instance Jitsi Meet.
Ensuite il y a des modifications qui sont nécessaires, là il y a aura quelques petits problèmes, comme la gestion de la perte de paquets, comme l’estimation de bande passante, qui sont des fonctionnalités nécessaires du côté de Firefox. Ils ont complètement re-priorisé ces fonctionnalités, justement pour le cas de Jitsi, et ils ont annoncé que ça devrait arriver dans les versions stables d’ici six semaines. Donc d’ici deux semaines l’expérience devrait être largement améliorée et d’ici six semaines on devrait être bons.
La raison pour laquelle c’est comme ça, comme souvent, c’est que l’évolution de WebRTC est très complexe. C’est un écosystème extrêmement complexe qui est vraiment nouveau, il y a plein de nouveaux standards qui ont été développés dessus, il y a plein de choses qui ont changé en cours de route et il y a plein de solutions qui ont été développées d’une manière et après le standard a dévié un petit peu, changé de direction. Il a fallu du temps aux différentes implémentations, que ça soit dans les browsers ou dans les produits comme Jitsi, pour s’y retrouver. Donc ce n’est pas vraiment une question de choix stratégique, c’est simplement la vitesse d’implémentation technique.

Frédéric Couchet : Une question technique. On va rappeler ou expliquer que WebRTC, en gros, c’est une interface de programmation qui permet de faire de la communication en temps réel sur le Web et notamment au niveau des navigateurs. Justement j’ai une question, on m’a fait remonter une question : Jitsi s’appuie sur du WebRTC donc du pair à pair, de la communication pair à pair, pourquoi il peut y avoir quand même des surcharges ? Quelle est la raison technique ?

Emil Ivov : C’est une très bonne question. En fait, Jitsi est en pair à pair uniquement pour les conversations à deux, quand il n’y a que deux personnes vous êtes mis en direct, en connexion l’un avec l’autre. Ce n’est pas possible de vraiment bien implémenter ça au-delà de deux personnes puisque, en gros, vous avez besoin de multiplier d'autant de fois vos propres flux. Si vous discutez avec dix personnes, il va falloir envoyer vos flux en HD dix fois, donc les demandes sur votre bande passante passent de 3 mégabits à 30, sans même parler du fait que vu la façon dont WebRTC est implémenté, vous serez aussi obligé de faire 30 fois le même encodage, donc vous n’aurez tout simplement pas les ressources. Ce qu’on fait c’est Jitsi Videobridge qui est un routeur vidéo. Il est dans le réseau, il n’a pas besoin de décoder les paquets, par contre il les root. Frédéric, maintenant, on est à trois, William toi et moi. Quand tu envoies tes flux sur Jitsi Videobridge, il ne les décode pas, il va peut-être choisir de ne pas en renvoyer certains puisqu’on fait de l’encodage vidéo en couches de plusieurs résolutions. En fonction de ce que tu regardes, est-ce que moi je suis en plein écran, est-ce que je suis en petit carré sur le côté, en fonction de ça tu vas recevoir soit en flux haute qualité soit en flux basse qualité. le Jitsi Videobridge va se charger également d’estimer la bande passante qui est disponible jusque chez toi pour t’envoyer ce que tu peux te permettre de recevoir. Donc il y a quand même une charge serveur qui est très conséquente pour tout ce qui n’est pas une conversation pair à pair.
Même dans les conversations pair à pair il est possible, des fois, qu’une connexion directe ne soit simplement pas possible pour des questions de réseau. À ce moment-là on passe par des relais Turn, donc là aussi on a besoin d’infrastructure pour assurer ça.

Frédéric Couchet : C’est le cas notamment quand les personnes sont par exemple derrière des box filtrées ou autre, c’est pour des raisons techniques. On ne va peut-être pas trop rentrer dans le détail. En tout ça c’est intéressant de savoir effectivement cette notion : quand on est deux, généralement c’est du pair à pair et au-delà c’est autre chose.
Je continue avec la liste des questions tout en suivant l’horaire parce que le temps avance. Tout à l’heure tu as parlé de respect de la vie privée qui est quelque chose qui vous tient à cœur et quelqu’un m’a fait remonter la question : pourquoi dans les serveurs que vous utilisez il y a les Google Analytics, c’est-à-dire les analyses web de Google ?

Emil Ivov : C’est une super question. D’abord il n’y en a plus, depuis à peu près une semaine, il n’y a plus de Google Analytics dedans. Déjà si on avait pensé, si on avait cru que ça enfreignait la vie privée on ne l’aurait pas fait. Notre estimation de l’époque était que les données qui arrivent à Google, qui sont principalement des données techniques dans notre cas d’utilisation, sont dans le respect de la vie privée ; il n’y a pas d’optimisation de marketing qui soit utilisé. On le faisait simplement pour observer l’utilisation du trafic, pas l’utilisation du service. Effectivement Google Analytics inquiétait des gens, donc on s’est débrouillé pour s'assurer de récupérer ailleurs les statistiques techniques de maintenance du service. On a enlevé Google Analytics.
Par contre, il faut quand même rappeler que pour maintenir un service il faut pouvoir l’observer, c’est nécessaire, donc il y a toujours besoin des analytics. Je comprends que des fois il y ait des gens qui ne sont pas OK avec ça, c’est pour cette raison-là qu’il est très facile d’installer sa propre instance Jitsi Meet.

Frédéric Couchet : D’accord. Je continue avec les questions et là il y a une question qui est sur le salon web, qu’on m’avait déjà remontée, je vais la reposer : pourquoi limiter la publication des vidéos à travers un truc privateur comme YouTube et pourquoi pas avec PeerTube dont on a parlé tout à l’heure ?

Emil Ivov : Ce n’est pas une question de limitation, c’est simplement une question d’histoire de cette fonctionnalité. Cette fonctionnalité a été rajoutée pendant qu’on était encore chez Atlassian dans le cadre d’une initiative qui était de supporter les assemblées globales d’Atlassian sur Jitsi. YouTube, pour des raisons diverses, était le service le plus compatible pour les besoins de ce cas d’usage, donc on a tout simplement démarré par là. Il y a pas mal de gens qui sont OK avec ça. On a aussi la notion, qu’en gros, quand vous faites un flux public, il est public quoi ! Il n’y a pas tellement de questions de vie privée qui se posent.
Il faut dire que là il s’agit de l’instance Meet Jitsi. Le projet qui supporte cette fonctionnalité s’appelle Jibri, il est très facilement modifiable. La destination qui est choisie pour envoyer les flux est dans un petit script, donc c’est très simple d’aller mettre d’autres services.
À ce propos, justement, on a nos problèmes avec YouTube, principalement parce qu’il est assez difficile d’implémenter un bon cas d’usage. On aimerait bien quand il y a live stream et que vous arrivez dans le meeting, que vous voyiez d’abord le live stream pour que vous n’ayez pas besoin de continer vers la conférence elle-même, qu’il y ait d’autres boutons ensuite qui permettent de le faire si vous en avez besoin. Ce genre d’intégration est plus complexe, la gestion des URL, tout ça, c’est très difficile à mettre en œuvre avec YouTube, donc on est en train de regarder PeerTube justement pour avoir notre propre infrastructure de live streaming.
Encore une fois ce n’était pas une question de « on va faire YouTube et rien d’autre ». YouTube c’était juste le premier pas le plus facile par lequel on a démarré ce projet.

Frédéric Couchet : D’accord. Super. Il nous reste environ trois minutes. Je vais te donner les deux dernières questions en même temps : est-ce que Emil compte commercialiser une version plus aboutie de Jitsi ? Ensuite, dernière question c’est : quelles sont les prochaines fonctionnalités qui vont être intégrées dans Jitsi ?

Emil Ivov : Une version commerciale qui intègre les technologies de Jitsi existe déjà, proposée 8X8, ce n’est pas une question de plus aboutie. Comme je l’ai dit on utilise les mêmes projets open source pour ce service pour tout le monde. Meet Jitsi est un service anonyme, on n’a pas l’identité, donc on ne peut pas proposer des services qui ont besoin de l’identité, genre ceux qui vous permettent de sauvegarder vos enregistrements, avoir un historique de vos rendez-vous, synchroniser les différents équipements que vous utilisez, tout cela ce n’est tout simplement pas faisable sur Meet Jitsi vu que c’est un service anonyme. C‘est ce genre de service qui est proposé par 8X8.com pour la version commerciale.
Ensuite, la deuxième question, les fonctionnalités sur lesquelles on travaille. Là il y a un truc qui m’excite énormément. On a beaucoup parlé du cryptage, du chiffrement end to end, de bout en bout, j’aimerais bien passer une minute à parler de ça. Aujourd’hui, comme je l’ai dit, avec Jitsi toutes les données qui sont envoyées sur le réseau sont chiffrées. Par contre les outils de chiffrement qui sont utilisés aujourd’hui font que le serveur établit son propre contexte de chiffrement avec chaque participant. Ces contextes sont différents, donc on a besoin de récupérer les données d’une personne, les décrypter et les encrypter de la manière dont l’autre personne souhaite les recevoir. Ce n’est pas possible d’avoir un chiffrement où le serveur n’est pas capable de regarder dans les paquets. Nous on n’a vraiment pas besoin d’avoir cet accès pour proposer le service, on ne veut pas l’avoir, mais techniquement c’est impossible d’y arriver ou, en tout cas, ça l’était jusqu’à récemment. Il y a des nouvelles fonctionnalités qui arrivent dans les browsers, qui vont nous permettre de le faire. Donc très rapidement on espère faire des annonces qui vont justement permettre à tout le monde d’avoir le chiffrement de bout en bout dans Jitsi.
Je veux juste rappeler que normalement c’est une problématique qui ne devrait pas vous poser de souci si vous avez votre propre instance puisque vous la contrôlez, il n’y a pas de souci, mais ça devrait vous permettre d’utiliser des choses comme Meet Jitsi avec plus de confiance. Vous n’aurez pas besoin de nous faire confiance, ce sera tout simplement dans le protocole. Ça c’est quelque chose qui nous excite énormément.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est super. J’encourage les personnes à suivre les annonces sans doute sur jitsi.org, à tester aussi sur meet.jit.si. On a parlé juste avant des chatons, du Collectif CHATONS qui propose notamment des instances Jitsi. Vous pourrez les retrouver sur le site entraide point chatons avec un « s » point org, des instances qui sont principalement gérées en France et vous pouvez, comme l’a dit Emil, installer vos propres instances très facilement sur des serveurs libres.
Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose, Emil ?

Emil Ivov : Merci encore une fois pour l’invitation. Si vous souhaitez aborder des sujets dans le futur avec plus de détails, vous savez où me trouver. Merci.

Frédéric Couchet : Exactement. En tout cas merci de ta participation. On a fait l’échange sur une instance Jitsi, l’instance meeet.jit.si avec Emil Ivov du projet Jitsi. Je te souhaite de passer une bonne fin de journée Emil et à bientôt.

Emil Ivov : Merci Frédéric. À bientôt.

Frédéric Couchet : En tout cas merci.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : L’émission se termine, je vais regarder vite fait les annonces finales.
La principale annonce c’est que demain, mercredi 8 avril 2020, de 13 heures à 14 heures, nous ferons une première émission spéciale avec la diffusion de musiques libres diffusées dans l’émission. Les musiques seront commentées par Valentin de l’émission Les Joyeux Pingouins en Famille, toujours sur radio Cause Commune. N’hésitez pas à nous retrouver demain de 13 heures à 14 heures sur causecommune.fm. Ce n’est qu’une première émission, nous en ferons sans doute d’autres.
Je précise également que les cahiers du débutant sur Debian ont été mis à jour avec la dernière version stable de Debian. C’est sur le site debian-facile.org, lecture utile et exercices potentiels pendant cette période de confinement pour apprendre à utiliser ce système d’exploitation libre qui s’appelle Debian. Un grand bravo pour le travail effectué par la personne.

Je remercie toutes les personnes qui ont participé à l’émission : Angie Gaudion, Luk, Laurent Joëts, Emil Ivov. Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari.
Je remercie également Sylvain Kuntzmann et Olivier Grieco, le directeur d’antenne, qui s’occupent de la post-production des podcasts.

On se retrouve mardi 14 avril 2020 de la même façon qu’aujourd’hui. Nous prendrons des nouvelles de personnes, donc il y aura trois ou quatre sujets. Suivez les annonces sur april.org et sur causecommune.fm.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 14 avril et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Décryptualité du 13 avril 2020 - Ça sent le sapin pour le brevet logiciel

mar, 04/14/2020 - 00:33

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 13 avril 2020 (15 minutes)

Avec la récente décision allemande contre le brevet unitaire, le spectre de l'avènement du brevet logiciel en Europe s'éloigne un peu plus. Une bonne nouvelle qui laisser espérer en finir une fois pour toute avec cette absurdité.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 15 de l'année 2020

lun, 04/13/2020 - 20:06

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[InformatiqueNews.fr] ERP et Open Source une équation génératrice de valeur

✍ Mehdi Nagati, le jeudi 9 avril 2020.

Longtemps l’apanage des PME, l’open source séduit de plus en plus les grands groupes. Plus flexible et paramétrable? Moins coûteux? La réponse n’est pas toujours évidente tant les situations diffèrent. Voici quelques questions qu’il est utile de se poser avant de choisir l’open source pour son projet ERP.

[Usbek & Rica] Pourquoi le Covid-19 va (aussi) propager le mouvement maker

✍ Bastien Marchand, le jeudi 9 avril 2020.

Face à la crise sanitaire, nos dirigeants, même les plus libéraux, brandissent des solutions économiques qui dans «le monde d’avant» auraient été écartées d’un revers de main ou bien n’avaient pas tenu leurs promesses: open source, impressions 3D, revenu universel, relocalisation de la production… Passage en revue des solutions maker à qui la situation offre une seconde chance.

Et aussi: [Dalloz] Brevet: sale temps pour la juridiction unifiée du brevet

✍ Cédric Meiller et Vincent Chapuis, le mercredi 8 avril 2020.

Après l’annulation, le 20 mars, par la Cour constitutionnelle fédérale allemande de la loi ratifiant l’Accord sur la juridiction unifiée du brevet (JUB), un retour sur la construction de cette juridiction ainsi qu’un point sur ses perspectives s’imposent.

Voir aussi: [L'usine Nouvelle] Les premiers détails de "Stop Covid", le projet d'application de tracking du gouvernement

✍ Marion Garreau, le mercredi 8 avril 2020.

Le cabinet du secrétaire d‘Etat en charge du numérique Cédric O a dévoilé, mercredi 8 avril, les contours d’un projet baptisé Stop Covid. Piloté en France par l’Inria, il vise à développer une application mobile qui alerte les individus précédemment croisés par une personne infectée.

Et aussi: [La Tribune] Covid-19: le monde d'après sera innovant ou ne sera pas

✍ David Menga et Xavier Dalloz, le mardi 7 avril 2020.

Alors que le COVID-19 se propage dans le monde entier, elle oblige l’humanité à innover, c’est-à-dire à faire plus, mieux, à moindre coûts, de meilleure qualité avec les mêmes ressources.

[france bleu] Dans le Poitou-Charentes, des bénévoles recensent les commerces ouverts sur une carte participative

Le lundi 6 avril 2020.

Pour éviter les déplacements inutiles, des cartographes bénévoles ont créé ‘Ça reste ouvert’, une carte collaborative où tout le monde peut indiquer l’ouverture ou la fermeture d’un commerce, ainsi que ses horaires. Des passionnés dans le Poitou-Charentes nous expliquent.

[Le Point] Jitsi, le service né en France qui veut vous faire oublier Zoom et Houseparty

✍ Guillaume Grallet, le lundi 6 avril 2020.

Confinement oblige, ce service de visioconférence gratuit et open source, lancé en 2013, rencontre un vif succès, avec la bénédiction d’Edward Snowden.

Voir aussi:

La reconnaissance vocale aux prises avec la réalité sociologique - Décryptualité du 6 avril 2020

lun, 04/13/2020 - 18:05


Titre : Décryptualité du 6 avril 2020 - La reconnaissance vocale aux prises avec la réalité sociologique
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 6 avril 2020
Durée : 14 min 30
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 14 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Page d'accueil du site Common Voice - Licence Creative Commons Public Documents
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Régulièrement, les systèmes informatiques censés reproduire des capacités humaines démontrent des incapacités majeures. Récemment, c'était le tour de la reconnaissance vocale. L'occasion de parler de Mozilla Voice et de se demander si ces systèmes auront ou non la capacité d'être satisfaisants un jour.

Transcription

Voix off : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 14. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Je ne te demande pas ce qu’on a au sommaire puisque c’est moi qui vais le lire. The Conversation, « Comment le coronavirus a réveillé l'intelligence collective mondiale », un article de Marc Santolini.

Manu : Super sujet. Article très intéressant. L’intelligence collective c’est quelque chose dont on parle régulièrement ici et ça met en avant un petit peu ce qui se passe en ce moment au niveau du Covid : des scientifiques qui arrêtent de travailler chacun sur leur domaine et leur spécialité pour essayer de travailler sur des solutions globales à la pandémie, des moyens de travailler sur du matériel qui va être utile. Là, tout le monde est en train de s’orienter vers un usage de cette intelligence collective, ce qui est plutôt intéressant. On verra s’il y a des retombées à terme.

Luc : Clubic.com, « Jitsi, l'alternative open source à Zoom, a été téléchargée plus de 1,4 million de fois en mars », un article de Pierre Crochart.

Manu : Jitsi, Zoom, ce sont deux applications qui font de la vidéoconférence et qu’on a utilisées tous les deux.

Luc : Moi j’utilise Zoom au boulot, je connais bien, ça marche bien, mais ça a quelques petites casseroles.

Manu : Oui, il y a même des scandales en ce moment.

Luc : Le premier c’est sur la question des données des gens. C’est chiffré entre chacune des personnes qui utilisent l’outil, par contre, dès que ça arrive sur les serveurs de Zoom, tout est en clair et il semblerait qu’ils revendent des données personnelles.

Manu : Ça a un petit peu fait jaser et, en plus de ça, leur sécurité n’a pas l’air d’être superbe.

Luc : La semaine dernière ils ont écrit à leurs utilisateurs, on a reçu des mails disant « faites des mises à jour maintenant, tout de suite ». Ce n’est pas toujours très bon signe.

Manu : Jitsi1, par ailleurs très bon outil, j’aime beaucoup, je recommande, je l’utilise en famille, avec les amis, ça permet de faire de la vidéoconférence à pas mal de monde.

Luc : Jitsi c’est quand même un logiciel pour lequel il faut un serveur, c’est quelque chose qui doit être installé par quelqu’un qui s’y connaît, donc 1,4 millions de téléchargements c’est quand même bien pour un logiciel de ce type-là.

Manu : C’est considérable, il y a plein de gens qui le proposent, des entreprises, des associations qui proposent cette instance.

Luc : Et les fameux chatonsCHATONS, l'initiative lancée par Framasoft. Plein d’associations, en France, proposent des services pour pouvoir bénéficier de ce service-là et de plein d’autres. Bravo à tout ce monde-là !
Next INpact, « Parcoursup : consécration du droit constitutionnel d'accès aux documents administratifs », un article de Marc Rees.

Manu : L’accès à ces documents c’est un sujet qui intéresse l’April, notamment pour voir un petit peu ce qui se passe au niveau des logiciels libres, des données, des licences, des choses de ce type-là, et effectivement, il y a une commission qui s’appelle la CADA, Commission d’accès aux documents administratifs, qui fait un gros travail pour essayer d’ouvrir tout ça, et là, maintenant, c’est reconnu au niveau constitutionnel, rien que ça ! C’était dans le cadre de Parcoursup, donc l’Enseignement supérieur, les algorithmes de sélection des étudiants, des choses assez intéressantes qu’il faut ouvrir et mettre en accès à tout le monde !

Luc : ZDNet France, « Comment Huawei cherche à protéger ses brevets », un article de Steven J. Vaughan-Nichols.

Manu : Huawei revient. On a déjà discuté du sujet à la suite de ce que Trump avait fait vis-à-vis de leur accès au marché américain.

Luc : Tous des espions !

Manu : Exactement. Donc au nom de la protection contre les espions, les Américains ont essayé de bloquer les accès à leur marché mais aussi aux marchés de tous leurs alliés des pays occidentaux.

Luc : Eh oui, parce que ça bloque leur monopole, ce n’est quand même pas terrible !

Manu : Il y a de ça, clairement.

Luc : En Europe on est plutôt en train de dire « OK, quitte à se faire espionner autant mettre un peu de chaque côté ! »

Manu : Et là, pour essayer de se protéger, notamment contre les attaques de brevets – ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée, il faut se protéger – ils mettent en commun dans un pot qui s’appelle L’OIN l’Open invention network, on aime beaucoup. En mettant dans ce pot commun défensif, si quelqu’un les attaque, eh bien normalement ils pourront utiliser les autres brevets pour, eux-mêmes, contre attaquer. C’est une initiative intéressante, même si ça reste du brevet logiciel.

Luc : C’est le résultat d’un système absurde dans lequel on va mettre plein d’argent pour se défendre contre d’autres gens qui marchent dans ce système absurde.
Arcinfo, « L'Université de Neuchâtel souhaite donner des armes juridiques à l’open source matériel », un article de Loïc Marchand.

Manu : C’est ce qu’on appelle souvent le matériel libre et effectivement, ce n’est pas toujours clair la manière dont on peut défendre le matériel libre, dont on peut le mettre en commun. On a vu qu’il y a des initiatives qui se font de construire, de mettre des inventions dans des imprimantes 3D par exemple en lien avec le Covid-19. Il faut protéger et réfléchir à des licences qui seraient adaptées à ce matériel. Il y a une université qui se penche sur le sujet.

Luc : Presse Citron, « L'équipe d'Elizabeth Warren rend ses outils de campagne accessibles en open source », un article de Jean-Yves Alric.

Manu : Il s’agit de la campagne pour les primaires américaines, globalement les présidentielles, et on sait que les candidats, chaque fois, déploient des quantités d’efforts pour développer des logiciels, des outils qui vont leur permettre de faire leur campagne ; là, elle a décidé de mettre en commun. Ce sont des outils qui vont être en lien avec des envois de SMS, des mailing-lists, des suivis, pour dire où est-ce qu’il faut aller taper aux portes. Il semblerait qu’il y a pas mal d’outils qui ont été développés. Elle a perdu les primaires, mais au moins elle redonne à la communauté, c’est une optique qui est quand même assez intéressante.

Luc : ZDNet France, « "Ça reste ouvert", une carte collaborative créée par des contributeurs d'OpenStreetMap », un article de Thierry Noisette.

Manu :  »Ça reste ouvert » est un service web basé sur une carte, tout simplement. Vous voyez les commerces qui sont ouverts en ce moment, c’est très utile, ça peut vraiment vous aider à sortir de manière utile quand vous allez dans un magasin ; vous savez ce qui fonctionne ou pas, en ce moment c’est particulièrement important.

Luc : Sujet du jour, on va reprendre certains éléments notamment sur cette question de l’intelligence collective qui était dans un des articles, pour parler un petit peu, notamment, de reconnaissance vocale et de la nécessité, ou pas, que les humains, que les développeurs interviennent pour qu’un système automatique soit pertinent. Le point de départ c’est un article2 que j’ai vu dans Next INpact qui reprend quelque chose publié par The Verge un magazine américain. Ils ont repéré que les outils de reconnaissance vocale identifiaient mal les mots dans 19 % des cas quand les entretiens étaient faits avec des Blancs et dans 35 % des cas quand c’était fait avec des Noirs américains. Est-ce que le système est raciste ?

Manu : Le système est peut-être raciste, en tout cas il a des comportements qui le semblent et qui maltraitent les utilisateurs du système. C’est quelque chose qu’on retrouve avec les images : les images ont l’air d’être calibrées par des gens qui sont blancs et qui n’arrivent pas à bien gérer des images de gens noirs.

Luc : Pour moi c’est comparable mais pas ce n’est pas tout à fait la même chose parce que tu ne parles pas différemment que tu sois noir ou blanc. En revanche, aux États-Unis, il y a une dimension sociologique très importante : on sait que les populations noires américaines sont très majoritairement défavorisées, donc vont potentiellement avoir des accents liés à leurs groupes sociaux qui vont être plus populaires, etc., des façons de parler, indépendamment du fait que leur peau soit noire, le phénomène physique lié à ça n’a aucun lien, c’est simplement qu’ils vont être sous-représentés dans les échantillons de gens qui vont parler ou ce genre de choses. Sur les images, par contre ?

Manu : Par contre, là ce sont les programmeurs qui vont calibrer les images et les dispositifs de prise d’images, et qui vont plutôt orienter dans un sens ou dans un autre. Souvent, quand les programmeurs mettent en place ces outils, c’est eux-mêmes qu’ils utilisent comme point de départ et c’est leur groupe, leur entourage d’une manière générale, donc ils vont calibrer en partant sur des visages blancs traditionnels.

Luc : Après, ils vont éventuellement prendre des tas de paquets de photos et ils vont aller taper dans des photos où si la population est majoritairement blanche il y aura beaucoup de gens blancs et, potentiellement, des banques de photos de trucs qui les intéressent, en tout cas qui leur semblent correctes, du coup il va y avoir des biais. Il y a eu le même type de problèmes avec la reconnaissance faciale des visages asiatiques par exemple, parce que, pareil, les systèmes sont mal alimentés. Donc il n’y a pas besoin qu’il y ait un projet derrière, c’est juste que c’est aussi le reflet du milieu social dans lequel naviguent les gens qui mettent ça en place.

Manu : J’aurais tendance à dire, c’est une expression d’informaticien, GIGO, garbage in, gabage out. En gros, si on met du caca dedans on va obtenir du caca à l’extérieur. Dans le monde du Libre, il y a des gens très intéressants qui essayent d’obtenir des données pour ensuite en faire quelque chose, notamment sur la reconnaissance vocale. On a des amis à Mozilla qui bossent là-dessus.

Luc : Il y a un projet Mozilla, c’est Common Voice3, comme la voix en anglais, voice.mozilla.org, dans lequel, selon la bonne logique du Libre où chacun apporte quelque chose et de l’intelligence collective, tout le monde peut venir contribuer, parce que, évidemment, ce genre de système a besoin de beaucoup d’échantillons et de gens qui écoutent. On peut à la fois enregistrer sa voix et écouter les échantillons enregistrés par d’autres personnes pour que le système sache si c’est un bon échantillon sur lequel travailler ou pas. On a regardé vite fait et on va vous faire écouter une partie validation d’un des échantillons sur lequel on est tombé. Pour moi il illustre très bien le problème.

Voix off : Une partie de la chanson réside dans sa sonorité, avec les thèmes « archetypique ».

Luc : Le mot « archetypique » n’existe pas, c’est archétype, ça s’écrit « ch », le mot est un peu compliqué, la personne qui parle se prend les pieds dans le tapis, elle ne connaît probablement pas le mot. Typiquement, là on voit la phrase qui fait que quelqu’un qui a un petit peu moins de culture littéraire que quelqu’un d’autre va se planter. Peut-être que cette personne aura un accent de certaines catégories sociales moins éduquées, mais qui vont avoir du mal à être représentées dans ce cas-là.

Manu : C’est quelque chose qu’on va avoir dans tous les cas et c’est là où on espère que l’intelligence collective, comment on pourrait dire, soit bien regroupée, récupérée, tamisée, pour en ressortir les bonnes informations. Ce n’est pas facile, je pense qu’il y a un gros effort à faire derrière pour éviter les biais.

Luc : Un autre truc là-dessus, j’en ai écouté plein, je me suis amusé à les valider, c’est 80 % d’hommes qui parlent. Il y a très peu de femmes dans les enregistrements de Mozilla. On voit qu’en laissant ça ouvert, finalement Mozilla récupère des gens qui sont plutôt libristes, qui sont souvent des hommes, souvent bien éduqués. Rien que dans le choix des textes, des fois il y a des noms de villes ou des noms propres étrangers, super durs à dire.

Manu : On avait eu des cas, qu’on avait trouvés amusants tous les deux, de données qui avaient été fournies à des machines et qui avaient dégénéré derrière, notamment dans des cas d’assistants conversationnels qui essayaient de discuter avec les individus sur Internet et qui étaient devenus pseudo-nazis.

Luc : Microsoft avait fait ça, ils avaient mis une IA et on pouvait aller tchatter avec parce que c’était trop cool. Évidemment tout le monde s’est amusé à la troller et en 48 heures, je crois, elle est devenue nazie, misogyne, à peu près le pire qu’on puisse imaginer, parce que c’était rigolo.

Manu : C’est là qu’on se rend que la machine elle-même, si on ne lui donne que des mauvaises informations, elle ne va pas en tirer autre chose que des mauvaises informations.

Luc : Tu pourrais trouver de bonnes conclusions avec des mauvaises informations : le propre de l’intelligence naturelle c’est d’être capable de comprendre les choses par rapport à leur contexte. Or, la machine ne comprend pas, n’a pas cette capacité-là, donc elle ne crée aucun sens. Elle se contente de faire des traitements statistiques d’une base de données. Il y a des gens qui disent « on va lui donner vraiment des tonnes et des tonnes de données, des milliards de données, du coup ça va aller ». Ce que je pense c’est qu’on peut avoir les trucs les plus puissants du monde et mettre des quantités de données pas possibles, le système ne s’en sortira jamais parce qu‘il n’est pas capable de comprendre le contexte. Il faut que quelqu’un lui mette le contexte.

Manu : Ça c’est un sujet qu’on a déjà eu entre nous, clairement.

Luc : Et on n’est pas d’accord !

Manu : Et on n’est pas d’accord ! C’est peut-être mon côté informaticien : j’ai l’impression que si on donnait à un ordinateur toutes les données du monde, à un moment donné il en retirerait une information contextualisée qui lui suffirait pour passer pour nous. Clairement passer le fameux test de Turing par exemple.

Luc : Non ! Je pense que non parce qu’elle n’est pas contextualisée. Le contexte est hyper-variable et à moins que quelqu’un soit capable de décrire le monde tout entier, constamment, de dire « dans tel contexte ceci, dans tel contexte cela », sachant que le contexte change tout le temps puisqu’on a tous des capacités à inventer des mots, à faire de la poésie, des analogies, des machins, etc., la culture change constamment, c’est une mission impossible en fait.

Manu : Moi je rétorquerai, mon côté informaticien, que oui, effectivement, on n’y arrive pas aujourd’hui. Clairement avoir un contexte qui soit malléable, évolutif, qui soit capable de prendre en compte peut-être même des choses personnelles, ça va être difficile pour l’ordinateur, mais ce n’est qu’une question de quantité. La quantité est une qualité et on peut transformer, c’est ce qu’essayent de faire les géants du Web, les Google, les Uber même avec leurs outils de conduite automatique, ils essayent, à partir de masses de données, d’en retirer quelque chose. Est-ce que ce sera une intelligence ? Non. Est-ce que ce sera quelque chose qui aura un bon sens ? Non, parce que je ne suis même pas sûr qu’on puisse définir entre nous ce qu’est un bon sens. C’est comme la conscience. Allez définir la conscience ! Moi je pense que ce n’est pas définissable, parce que peut-être même que ça n’existe pas et que nous, en tant qu’humains, finalement nous ne sommes que la masse des données qui nous constituent, de manière imparfaite parce qu’on se va se planter régulièrement, on va régulièrement se tromper dans les contextes qu’on utilise nous-mêmes, comme un ordinateur, parfois pire qu’un ordinateur, on va faire des erreurs de bon sens, dans le sens où toi tu l’entends.

Luc : C’est là-dessus qu’on n’est pas d’accord, donc on n’arrivera pas à se mettre d’accord ici. Pour moi c’est une différence fondamentale dans la façon dont l’information est traitée et on peut en mettre des tonnes, ça n’améliorera pas la situation, même si on fait des erreurs, il y a des erreurs absolument grossières qu’on ne fera pas. De la même façon que tu as même des animaux qui sont capables de catégoriser des éléments en en ayant vu très peu ; en fait, c’est cette question de la compréhension du contexte. Sauf à ce que la technologie évolue et qu’on passe sur des systèmes d’analyse qui soient radicalement différents, pour moi on va continuer comme depuis les années 50 en pensant qu’on va y arriver parce que ce sera plus puissant, qu’on aura plus de données.

Manu : Il est possible effectivement, comme on le dit depuis 60 ans, « dans 20 ans, l’intelligence artificielle sera au niveau d’un être humain ». Et aujourd’hui encore on dit souvent « dans 20 ans ça y est, on y est » . Donc c’est possible que ce soit toujours le cas, que ce soit toujours à l’infini.
En tout cas on peut se mettre d’accord, déjà aujourd’hui, c’est qu’on fait beaucoup de conneries avec l’informatique, il y a beaucoup d’algorithmes dont il faut se méfier, il y a beaucoup d’usages qui sont mauvais et, effectivement, il faut qu’on y regarde de près. Éviter que les machines deviennent racistes, qu’elles deviennent misogynes, xénophobes et qu’elles nous entraînent dans des comportements qui seront vraiment gravés dans le silicium parce que ce serait particulièrement mauvais pour nous. Là il faut y faire attention, c’est pour ça que le Libre est important.

Luc : Et garder le contrôle de l’informatique.

Manu : Exactement. Là on est d’accord, je pense, et il faut qu’on y bosse.

Luc : Très bien. Allez tous sur voice.mozilla.org si vous n’avez rien à faire, surtout si vous êtes une femme, si vous avez des accents qu’on n’entend pas ailleurs, allez-y, c’est simple, ça ne prend pas beaucoup de temps, on peut faire ça en quelques secondes et c’est sympa.

Manu : Je te dis à la semaine prochaine.

Luc : À la semaine prochaine tout le monde. Salut

Émission « La playlist de Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (15 avril 2020)

dim, 04/12/2020 - 10:25
Start: 15 Avril 2020 - 15:30End: 15 Avril 2020 - 17:00 <?php add_metadata_social_networks("https://april.org/files/libre-a-vous/lav-1200x630-2.jpg","Bannière de l'émission"); ?>

Deuxième émission spéciale La playlist de Libre à vous ! en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mercredi 15 avril 2020 de 13 h à 14 h. Nous diffuserons certaines des musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques seront commentées par Valentin qui co-anime deux émissions sur la radio (Les joyeux pingouins en famille et Saturday night fraîcheur).

Intervenir pendant le direct (mercredi 15 aril 2020 de 13h à 14h) :

Écouter le direct mercredi 15 avril 2020 de 13 h à 14 h   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

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Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (14 avril 2020)

ven, 04/10/2020 - 10:53
Start: 14 Avril 2020 - 15:30End: 14 Avril 2020 - 17:00

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62e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 14 avril 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Interview d'Éric Fraudin à propos d' auboutdufil.com, un site dédié à la musique libre
  • la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April
  • Interview de Marc Rees, journaliste et rédacteur en chef de NextINpact
  • Des nouvelles du Chapril avec Christian-Pierre Momon, administrateur de l'April

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 14 avril 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 14 avril 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

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Brevet unitaire, quand le château de cartes fini enfin de s'écrouler

jeu, 04/09/2020 - 14:58

La cour constitutionnelle allemande, le 20 mars 2020, a déclaré inconstitutionnelle la ratification nationale de l'accord portant création d'une juridiction unifiée du brevet, ou UPC pour Unified Patent Court en anglais. Loin d'être anodine, cette décision pourrait bien enterrer définitivement ce projet : la ratification allemande est une des conditions d'entrée en vigueur de l'accord, elle-même condition d'entrée en vigueur du réglement créant le brevet unitaire. Un château de cartes !

L'entrée en vigueur du règlement créant le brevet unitaire (PDF) est conditionnée, article 18 du règlement qui en porte création, par celle de l'accord sur une juridiction unifié du brevet (PDF), l'UPC, dont la fonction serait en somme de centraliser à un niveau européen la délivrance, le contrôle et les contentieux sur les brevets. L'accord sur cette juridiction n'entrant quant à lui en vigueur qu'à la condition que « les trois États membres dans lesquels le plus grand nombre de brevets européens produisaient leurs effets au cours de l'année précédant » sa signature l'aient ratifié au niveau national (article 89, en l’occurrence l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni). En déclarant inconstitutionnelle la ratification par le législateur allemand qui n'aurait pas respecté les conditions de majorité qualifiée, la cour constitutionnelle de cet État a fait s'écrouler tout l'édifice d'un projet qui faisait porter un danger très sérieux sur le logiciel libre. On notera d'ailleurs que la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, le « Brexit », avait déjà mis un sérieux coup aux fondations puisqu'il n'était plus dès lors un « État membre ».

L'UPC serait juge et partie d'un système dont elle tire ses revenus, donc les moyens même de son action : plus elle délivre de brevets, mieux elle se porte. Et par sa fonction de juge, elle serait en mesure de dessiner une jurisprudence à l'interprétation très généreuse des critères de licéité des brevets délivrés. Par exemple ce qui est qualifiable ou de « programmes d'ordinateur » qui, « en tant que tels », sont exclus du champ des inventions brevetables (article 52 de la convention sur le brevet européen). Le pouvoir d'interpréter, de dire, est déterminant en droit.

L'April, qui avait activement participé à la lutte contre la mise en place du « pack du brevet unitaire » dans le cadre de sa lutte plus large contre les brevets logiciels, ne peut que se réjouir de cette décision salutaire de la haute cour allemande, même si le coup de grâce vient davantage d'une question de technicité juridique, aussi importante soit-elle, que d'une réelle décision politique contre un projet inique de privatisation des savoirs logiciels. Difficile d'affirmer sans l'ombre d'un doute que ce projet ne renaîtra pas de ses cendres. Mais, suite à cette décision, il ne le pourra qu'au prix d'importants efforts, donc de temps, et sans doute pas sans devoir faire peau neuve.

Pour en savoir plus sur le brevet unitaire et sur la lutte qui fut menée contre ce projet, vous pouvez visiter le site brevet-unitaire.eu. Il n'est plus mis à jour depuis la validation de l'accord par le Parlement européen en mai 2015, mais il contient de nombreuses informations. Nous vous invitons également à lire l'interview de Gibus — auteur du site et conseil bénévole sur les brevets pour l'April — donné à PC INpact en 2012 (devenu NextINPact depuis).

« La playlist de Libre à vous ! » diffusée mardi 8 avril 2020 sur radio Cause Commune

mer, 04/08/2020 - 13:00

Première émission spéciale La playlist de Libre à vous ! diffusée en direct mercredi 8 avril 2020 de 13 h à 14 h : diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin qui co-anime deux émissions sur la radio (Les joyeux pingouins en famille et Saturday night fraîcheur).

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Émission spéciale avec diffusion commentées de musiques libres.

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toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour les musiques
  3. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

Références pour les musiques Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Émission « La playlist de Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (8 avril 2020)

mer, 04/08/2020 - 09:51
Start: 8 Avril 2020 - 13:00End: 8 Avril 2020 - 14:00

Première émission spéciale La playlist de Libre à vous ! en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mercredi 8 avril 2020 de 13 h à 14 h. Nous diffuserons certaines des musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques seront commentées par Valentin qui co-anime deux émissions sur la radio (Les joyeux pingouins en famille et Saturday night fraîcheur).

Intervenir pendant le direct (mercredi 8 aril 2020 de 13h à 14h) :

Écouter le direct mercredi 8 avril 2020 de 13 h à 14 h   S'abonner au podcast

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