APRIL

S'abonner à flux APRIL
L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 34 min 33 sec

Réunion à distance du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 25 juin 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15)

mar, 06/23/2020 - 12:38
Start: 25 Juin 2020 - 17:15End: 25 Juin 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation ?

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas). Dans la période actuelle, les réunions ont lieu à distance.

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu jeudi 25 juin 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment.

Nous allons notamment passer en revue les propositions d'amendements au quiz sur les enjeux de l'informatique (voir ci-dessous) et réfléchir à la formulation de nouvelles questions.

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo

Quiz enjeux de l'informatique

C'est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Les questions, du type QCM ou vrai/faux, sont au cœur de l'expérience de sensibilisation dans le Jeu du Gnou (voir ci-dessous). En même temps, elles constituent une ressource de sensibilisation à part entière et pourront être utilisées et partagées dans beaucoup de contextes différents (stands, ateliers, sites web, etc.).

Le pad avec les questions déjà (ou presque) finalisées (à partir de la ligne 82).

Le pad pour proposer de nouvelles questions.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Décryptualité du 23 juin 2020 - Faut-il plus de police sur internet ?

mar, 06/23/2020 - 00:34

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 23 juin 2020 (15 minutes)

Alors que la loi Avia vient d'être vidée de son contenu par le conseil constitutionnel, la lutte de la haine sur internet ne passe-t-elle pas par plus de moyen pour la police ?
Decryptualité sur Mastodon

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Revue de presse de l'April pour la semaine 25 de l'année 2020

lun, 06/22/2020 - 21:38

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[ouest-france.fr] Rostrenen. Esprit FabLab lutte contre l’exclusion numérique

Le dimanche 21 juin 2020.

Avec le confinement et la mise en place de la continuité pédagogique, l’association Esprit Fablab, à Rostrenen (Côtes-d’Armor) a été alertée sur l’exclusion numérique pour certaines familles.

[ZDNet France] Libre et open source: Hambourg, pseudonymisation Etalab, cloud libre Rapid.Space, mécénat Code Lutin, Smile

✍ Thierry Noisette, le samedi 20 juin 2020.

Express: l’Allemagne portée sur les logiciels libres, un outil d’IA de pseudonymisation, du cloud 100% en code libre, mécénat pour projets libres, un VP e-commerce chez Smile.

[Leblogauto.com] Volkswagen: l'Open Source pour affiner l'OS du véhicule

✍ Elisabeth Studer, le samedi 20 juin 2020.

Volkswagen souhaite utiliser une approche Open Source pour affiner les éléments du système d’exploitation du véhicule basé sur un logiciel développé par le constructeur. C’est ce qu’indique Christian Senger, membre du conseil d’administration responsable des services et logiciels numériques.

[ZDNet France] Pseudonymisation des données: la plateforme Health Data Hub sommée d'éclaircir ce point devant la CNIL

✍ Clarisse Treilles, le vendredi 19 juin 2020.

La plus haute juridiction administrative estime globalement, dans une décision publiée ce vendredi, que le projet de plateforme centralisée des données santé France n’a pas lieu de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et à la protection des données personnelles.

Voir aussi: [Le Monde.fr] La loi Avia contre la haine en ligne largement retoquée par le Conseil constitutionnel

✍ Martin Untersinger et Alexandre Piquard, le jeudi 18 juin 2020.

Les obligations pesant sur les réseaux sociaux de retirer en vingt-quatre heures les contenus illégaux n’ont pas été jugées compatibles avec la liberté d’expression.

Et aussi:

La désinformation, une facette d'Internet - Décryptualité du 15 juin 2020

lun, 06/22/2020 - 13:49


Titre : Décryptualité du 15 juin 2020 - La désinformation, une facette d'Internet
Intervenant·e·s : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 15 juin 2020
Durée : 14 min 30
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 24 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Publicum, Wikimedia Commons - Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic, 1.0 Generic.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

L'article de Next INpact sur les organismes de désinformation russes est l'occasion de parler de cette facette d'Internet qui sévit à plus ou moins grande échelle un peu partout.

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 24. Salut Manu.

Manu : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : Nous allons commencer directement par la revue de presse.

Nolwenn : France Culture, « Les Communs » : une alternative à la propriété ou une propriété alternative ? », un article de la rédaction.

Manu : Qui regroupe, parce que c’est France Culture, différentes conférences et bouts de conférences. C’est assez intéressant parce que c’est un sujet super innovant et à la mode.

Nolwenn : Le Monde.fr, « Logiciels libres et école à distance : la sortie de la suite « Apps.education » précipitée par le confinement », un article de Bastien Lion.

Manu : Ça reparle d’un sujet qu’on a déjà abordé. Ça met en avant apps.education, un site qu’on espère conserver avec le temps parce qu’utiliser des logiciels libres pendant le déconfinement mais aussi pendant le reste de l’année ça peut paraître intéressant.

Luc : Il y a des écoles où ce n’est pas utilisé, des profs qui ne le connaissent pas.

Manu : C’est dommage !

Luc : N’hésitez pas à en parler, à solliciter les enseignants de vos enfants, etc., pour que ça se diffuse.

Nolwenn : usine-digitale.fr, « Que reproche-t-on au Health Data Hub attaqué devant le Conseil d’État ? », un article d’Alice Vitard.

Manu : Il y a plein de trucs qu’on reproche au Health Data Hub parce que ça nous embête que les données médicales des citoyens français soient envoyées notamment à Microsoft aux États-Unis. Ça nous embête et on sait que nécessairement, avec leurs lois, ils auront le droit d’y accéder.

Luc : On rappelle que la santé et la banque sont annoncées comme étant les nouveaux eldorados des GAFAM dans les années à venir, donc c’est doublement inquiétant.

Nolwenn : LeMagIT, « Visioconférence sécurisée : les options françaises ou open source », un article de la rédaction.

Manu : On a déjà abordé plein de fois le sujet, la visioconférence ça marche bien par le logiciel libre, la preuve on est en train de s’enregistrer sur BigBlueButtom1.

Nolwenn : ZDNet France, « Les vulnérabilités des projets open source populaires ont doublé en 2019 », un article de Catalin Cimpanu.

Manu : C’est une liste de vulnérabilités, il y en a des dizaines. C’est classé par logiciel. En premier, malheureusement, c’est la base de données PostgreSQL que personnellement j’adore. Ça n’empêche, il faut les utiliser. Des vulnérabilités qui apparaissent ça veut dire aussi qu’elles vont rapidement disparaître, car on est au courant qu’elles sont là donc les développeurs peuvent se lancer dessus. C’est un peu l’avantage du modèle.

Luc : C’est peut-être aussi que ça a été testé. Là où on n’a rien qui sort c’est peut-être aussi que personne ne regarde.
Pour le sujet de la semaine, j’avais proposé qu’on parte d’un article de Next INpact, un très bon article. On va élargir un petit peu pour ne pas juste les plagier. Ils ont sorti un article qu’ils ont appelé « Les poupées russes de la désinformation à travers des médias "alternatifs" français », qui relève le travail d’une association belge pour essayer de comprendre les mécanismes de la politique de désinformation de la Russie. C’est un sujet qu’on avait un petit peu évoqué la semaine dernière quand on a parlé de souveraineté, du coup je trouvais que ce n’était pas mal. J’ai toujours eu, au-delà de cette question purement russe, une question qui me taraude de savoir quelle est l’ampleur des gens qui vont essayer de faire changer les opinions, de manipuler les idées, etc., sur Internet parce que ça existe et je pense que c’est beaucoup plus fréquent que ce qu’on peut le penser.

Nico : Dans la revue de presse on avait déjà parlé de sites internet un peu fantômes, d’ailleurs Manu je crois que tu avais récupéré des articles de chez eux à une époque. En fait, on ne savait pas trop d’où ça sortait. En commençant à creuser c’est vrai que c’est assez tentaculaire et on ne comprend pas vraiment le véritable but de ces choses-là. On sait aussi que récemment il y a des agences de communication qui se sont fait avoir à manipuler Wikipédia en essayant d’éditer les articles pour les positiver un petit peu et essayer de placer un peu de communication de la part de politiques, d’entreprises ou autres, pas forcément bien cotés.

Luc : On parlait du cas de Lætitia Avia, la députée. Très récemment, il y a quelques semaines, ses anciens assistants parlementaires ont expliqué qu’elle leur avait donné pour ordre d’effacer les informations compromettantes puisqu’elle a quelques petites affaires de comportement aux fesses, pour soigner sa réputation et qu'ils avaient fait du nettoyage sur Wikipédia, sans succès je crois. Mais voilà, ça peut être divers et varié.

Nolwenn : Il n’y a seulement des modifications d’informations, ça peut aussi être juste glisser une photo, par exemple pour placer un produit. C'est déjà arrivé qu’il y ait des pages Wikipédia, je crois que c’était Quechua à l’époque où un agent avait mis une photo d’une personne qui faisait du sport dans une montagne pour justement mettre en avant le produit. Ça ne s’est pas vu tout suite, mais quand ça s’est vu, par contre, ils se sont fait taper très fort sur les doigts.

Luc : Le Web ce n’est pas que Wikipédia. On comprend assez facilement cette démarche commerciale et sur les sites bizarres dont on avait parlé il y a quelques mois qui ressortaient dans la revue de presse de Manu.

Manu : Des sites fantômes.

Luc : Qui étaient manifestement des sites générés automatiquement, on pouvait facilement imaginer que c’était quelque chose pour générer de la publicité et, en gros, faire des sites à la pelle en se disant « on gagnera de l’argent ». Dans le même genre, si on veut acheter du matériel et qu’on cherche des tests, il existe des tonnes de sites sur Internet qui vont faire le top 10 de tel type de matériel. Ils vont prendre du matos qui existe, ils le mettent dans un ordre on ne sait pas pourquoi, par contre il y a des liens Amazon derrière et on imagine qu’ils gagnent à chaque fois que quelqu’un clique dessus. Là on parle plus de cette question de désinformation, pas uniquement de gagner de l’argent ; ça peut être complètement lié puisqu’il y a des gens qui racontent n’importe quoi pour gagner de l’argent.

Nico : Là il y a aussi une question politique. Ce sont en particulier les Russes qui essayent de louvoyer un peu pour placer leurs pions et orienter les politiques étrangères. Il y a déjà eu le cas avec Clinton et autres, ce qui avait quand même bien changé les élections aux États-Unis. C’est vrai que c’est assez difficile aujourd’hui de cerner exactement l’ampleur du problème et de voir ce qui relève du fantasme et ce qui relève vraiment de la stratégie de manipulation de la part de puissances étrangères.

Manu : Là, dans l’article, ils remontent une ONG bruxelloise qui s’appelle EU DisinfoLab. Eux auraient essayé justement de retrouver un petit peu ce qui se passe et de remonter des informations fiables, d’après ce qu’ils disent. Ils ont fait un rapport d’une soixantaine de pages qui essaierait d’expliquer un petit peu ce réseau, ce réseau flou de désinformation ou de contrôle de l’information ou de manipulation générale. Ils ont l’air de mettre en avant que c’est essentiellement la Russie qui fait ça, mais pas que.

Nico : L’enquête est compliquée. Ça se réfugie derrière des sociétés qui sont des sociétés écran, des prête-noms, des choses comme ça. Même eux ont avoué dans leur article qu’ils ne peuvent pas publier toutes données qu’ils ont parce qu’il y en a beaucoup qu’ils n’arrivent pas même à qualifier. Il semble qu’il y a un problème, mais ils n’arrivent pas à trouver l’origine, comment l’info se propage et ils ne peuvent pas aller leur dire « voilà ce qui se passe ». Il y a juste une espèce de pifomètre journalistique sur le sujet, mais même eux ont reconnu qu’ils ne pouvaient tout publier parce que ça repose sur du vent.

Nolwenn : Du pifomètre journaliste ? Quand c'est inventé, ce n'est pas que du pifomètre.

Luc : Ce qu’ils disent dans l’article c’est qu’ils n’ont justement retenu que les cas dont ils étaient sûrs, donc ils ont quand même des choses solides. Ils sont allés voir des trucs tout bêtes, comme le Whois, c’est-à-dire voir qui a déposé le nom de domaine. Ils ont également constaté qu’il y avait des bouts de code qu’on retrouvait sur plusieurs sites différents et qui étaient identiques. Ils ont même retrouvé certains sites d’information qui pouvaient être des sites en français, mais quand il y a des messages d’erreur, le message d’erreur est en russe, ce qui fait tâche.

Nolwenn : On a le droit de se faire héberger en Russie !

Luc : C’est ça. Ce qui est intéressant dans le mécanisme, c’est notamment qu’ils citent une sorte de site de quelqu’un qui est censé produire des articles et qui est très peu suivi, donc ils posent cette question en disant « mais quel est l’intérêt si on veut de faire de la désinformation d’avoir un site avec aussi peu d’abonnés ? ». Ils montraient que les articles étaient ensuite repris, repartagés sur des réseaux sociaux et notamment sur un grand nombre de sites d’information « alternatifs » dans lesquels on trouve énormément de choses, notamment ce type d’articles.

Nico : Ils profitent aussi — ce n’est pas dans l’article mais c’est quelque chose qui se voit assez régulièrement — de la notoriété par exemple de journaux type Mediapart qui ont une plateforme blog où n’importe qui peut publier dessus, donc ils espèrent jouer sur l’amalgame entre un article officiel de Mediapart et un article qui vient du blog de Mediapart. Si vous allez sur les blogs de Mediapart, vous allez trouver plein d’articles sur la théorie du complot, sur la 4G, sur le Wifi, sur les ondes, sur plein de choses. Les gens profitent de cette notoriété-là pour faire leur pub et dire « regardez, je l’ai lu dans Mediapart, ça doit forcément être vrai », en plus avec beaucoup de commentaires, beaucoup de personnes qui ont relayé ça. C’est vrai que ça sert après de caisse de résonance à ces contenus qui n’auraient jamais percé s’ils n’avaient pas été sur ces sites un peu plus fréquentables.

Nolwenn : Après, là ça peut aussi porter préjudice à Mediapart parce qu’il y a beaucoup de gens qui vont dire « ça vient de Mediapart, donc ça vient de la rédaction », alors qu’au final ce sont des blogs qui sont proposés justement aux abonnés de Mediapart pour qu’ils puissent publier. Le Monde le fait également. Par exemple je suis beaucoup un journaliste qui est aussi médecin sur Réalités Biomédicales, il a son blog sur Le Monde. Quand il publie ce n’est pas un article du Monde c’est un article que lui-même a écrit.

Luc : Je pense qu’il y a effectivement une différence entre inviter des gens que tu as sélectionnés à avoir des blogs chez toi et faire un truc où n’importe qui peut ouvrir un blog et tu te retrouves effectivement avec ce genre de choses.
Ce que je trouve important dans les descriptions qui sont données c’est qu’il citait un cas, ce n’est pas sur cette étude-là mais ils citaient une autre étude qui avait été faite, où une même entité de ce type-là de désinformation avait pu sortir 15 versions différentes autour du même fait, qui toutes n’étaient pas compatibles les unes avec les autres. On n’est pas dans un système où on défend une version différente, on est bien dans un système où on va raconter n’importe quoi, se contredire. On n’est pas du tout dans la défense d’un point de vue.

Manu : Ce qui est original parce qu’effectivement on pourrait s’attendre à ce qu’il y ait une direction bien précise, une volonté bien précise. Mais non ! C’est plutôt une manière de saper la volonté d’une alternative, peut-être de l’Occident en général. Il faut voir ça à un niveau qui est un peu plus complexe que juste un désir en particulier.

Nico : Ça perd aussi l’adversaire qui, du coup, va se retrouver avec 15 versions d’un même sujet à aller débunker ou, en tout cas, à aller essayer de contrer. Comme il y a plein de détails qui changent à chaque fois, eh bien il est obligé d'attaquer sur tous les fronts. On est complètement perdu. Plutôt que d’essayer de casser une théorie du complot et de la démonter une fois pour toutes, on est en permanence sous la flotte et avec une inondation de choses à combattre, du coup ça laisse moins de temps pour son propre combat et ses propres idées. C’est vrai qui ça peut être aussi une théorie qui marche assez bien et noyer l'ennemi sous le déluge ça peut être efficace.

Nolwenn : C’est combien ? C’est dix heures de redonner une bonne information sur une désinformation. C’est ça ?

Nico : Il faut dix minutes pour balancer quelque chose, c’est dix heures de boulot derrière pour le contrer.

Manu : Ça ne marche pas toujours ! Par exemple il suffit de voir les théories sur la 5G qui pullulent et qui ont explosé avec l’épidémie de covid. Effectivement ça paraît être impossible à bloquer ce truc, ce genre de désinformation, une fois qu’elle est sortie, on ne peut plus la rentrer dans sa boîte de Pandore.

Nolwenn : S’il y a beaucoup de personnes qui vont dire exactement la même chose, alors c’est que ça va être vrai. Ça paraît idiot, mais on est câblé comme ça, on va avoir tendance à croire la masse plutôt que celui à côté qui va dire « ce sont des bêtises, il ne faut pas écouter ».

Manu : La masse ou la personne importante.

Nolwenn : Ou la personne importante.

Luc : On est au courant que Manu tue des chatons quand même !

Manu : J’ai arrêté ! Officiellement stop !

Luc : On sait que la Russie finance des partis politiques. Il y avait cette affaire un peu louche, notamment d’Alexandre Benalla qui avait un contrat très juteux avec un oligarque russe. En fait il s’est retrouvé coincé, sa conversation privée a été enregistrée et, à ma connaissance, on ne sait toujours pas comment.

Manu : Les hommes politiques derrière le Brexit avaient des liens plus ou moins directs avec la Russie aussi.

Luc : Et Trump également. Au point de vue géopolitique manifestement les Russes sont les spécialistes de ça. Après, il y a une contestation qu’on pourrait faire c’est dire « regardez les grands médias français, ils appartiennent massivement à quelques intérêts privés, essentiellement des grosses boîtes françaises, quelques milliardaires, au final il n’y a pas d’information qui soit neutre ! »

Nolwenn : Quand tu t’intéresses à l’histoire du journalisme, au départ c’était l’État qui gérait, après ça a été dispatché, c’était plutôt des bourgeois. Même si tu es dans un journal un peu indépendant, il y a toujours quelqu’un qui apporte la monnaie.

Nico : On voit aujourd’hui que les sites de presse, en tout cas ceux qui sont indépendants, ont toujours du mal à survivre alors que les gros médias, contrôlés par deux/trois têtes en France, se gavent de subventions ou d’aides parce qu’ils ont aussi les bons lobbies ou les bonnes entrées auprès des politiques. Forcément, aujourd’hui les médias entre guillemets mainstream en France sont très orientés, vous n’en trouverez quasiment pas à taper sur la politique de Macron. Il faut aller vers des journaux indépendants type Mediapart pour faire le boulot.
On l’a vu par exemple sur l’IGPN, il n’y a que Mediapart qui a dit non, est monté au créneau. Vous allez dans Le Figaro, L’ExpressLe Canard enchaîné est peut-être un peu à côté —, tout le monde se nourrit de la soupe de Macron.

Luc : Et Next INpact pour l’informatique.

Nico : Next INpact pour l´informatique.

Manu : Il y a quelques sites qui se sont regroupés, qui essayent justement de ne pas être juste vendus à des intérêts privés mais qui sont financés par leurs utilisateurs. Luc, Nicolas, vous êtes abonnés à ce genre de sites justement ?

Luc : C’est la presse libre dont Next INpact est membre et on retrouve dedans d’autres choses qu’on connaît bien comme Arrêt sur images par exemple. Il y a, je crois, un journal qui s’appelle Les Jours, que je ne connais pas plus que ça, mais il y en a toute une série avec une charte derrière pour assurer qu’ils sont réellement indépendants.

Manu : C’est quoi le site web pour aller se connecter dessus ?

Nico : lapresselibre.fr2

Luc : Par rapport à ces questions-là, la différence pour moi est quand même que dans l’exemple de l’article on est sur de la désinformation, c’est-à-dire avec nos 15 versions différentes d’un même fait. Même si rien n’est parfait, c’est quand même important de savoir qui parle au moins pour remettre une information dans le contexte. Or, avec Internet c’est moins évident parce qu’on peut faire plein de sites dans tous les sens, on peut avoir de multiples sources d’information. Si on veut éviter de se faire un peu promener il faut au moins essayer de pouvoir avoir en tête qui parle, quels sont ses intérêts, est-ce que ces gens se contredisent et est-ce que les faits qu’ils rapportent sont vérifiables par d’autres personnes pour au moins éviter de se faire trop promener.

Nico : Du coup vous pouvez aller sur lapresselibre.fr. Aujourd’hui il y a six médias qui sont regroupés derrière ça et Mediapart risque d’être le septième qui va arriver bientôt.

Manu : Sur ce, à la semaine prochaine.

Luc : À la semaine prochaine à tout le monde.

Nolwenn : Salut.

Nico : Salut.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 9 juin 2020

lun, 06/22/2020 - 10:41


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 9 juin 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Marie-Odile Morandi - Christiane Féral-Schuhl - Marc Rees - Luk - Étienne Gonnu - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 9 juin 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration :
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook »
  2. « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne, avec Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, avocate spécialiste des nouvelles technologies et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact
  3. Chronique « La pituite de Luk » sur Parcoursup et l'éducation en général
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? Nous en discuterons dans le sujet principal avec également au programme de l’émission du jour « Dans la tête de Mark Zuckerbeg » et la pituite de Luk sur Parcoursup.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Cause Commune, sur la bande FM, c’est de midi à 17 heures puis de 21 heures à 4 heures en semaine, du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures ; sur Internet c’est 24 heures sur 24. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile et la radio diffuse désormais en DAB+, la radio numérique terrestre, 24 heures sur 24. Capter le DAB+ est gratuit, sans abonnement, il faut juste avoir un récepteur compatible.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Étienne Gonnu chargé d’affaires publiques pour l’April.
Le site web de l’April est april.org. Vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission, et également les moyens de contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Je précise, comme depuis plusieurs semaines maintenant, dans une logique de sécurité sanitaire, que l’émission est entièrement réalisée à distance, notamment grâce au logiciel libre d’audioconférence Mumble.

Nous sommes mardi 9 juin 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme détaillé de cette émission :

  • nous commencerons par la chronique de Marie-Odile Morandi, « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook » ;
  • d’ici une quinzaine de minutes nous aborderons notre sujet principal. Nous discuterons et déconstruirons un argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne selon qui Internet serait une zone de non-droit. J’aurai le plaisir de recevoir Christiane Féral-Schuhl, avocate spécialisée dans le droit des nouvelles technologies et présidente du Conseil national des barreaux, et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact et habitué de Libre à vous ! ;
  • en fin d’émission nous aurons la pituite de Luk qui portera sur Parcoursup et l’Éducation en général.

À la réalisation de l’émission, William Agasvari.

Tout de suite place au premier sujet.

Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook »

Étienne Gonnu : Marie-Odile, tu dois être avec nous par téléphone je crois.

Marie-Odile Morandi : Oui, je suis là. Bonjour.

Étienne Gonnu : Bonjour Marie-Odile. À toi la parole.

Marie-Odile Morandi : Aujourd’hui je voulais vous présenter une chronique un peu particulière.
Depuis le mois de février 2020, une nouvelle émission intitulée Le code a changé, animée par Xavier de La Porte sur France Inter, a attiré mon attention. « En quoi toutes ces technos changent quelque chose à nos vies ? » est la question que se pose Xavier de La Porte avec l’intention de réaliser une vingtaine d’épisodes. Divers podcasts ont été transcrits et publiés par le groupe Transcriptions, vous pouvez les retrouver sur le site de l’April.
La forme de l’émission est intéressante : Xavier de La Porte émet des hypothèses qu’il soumet à son intervenant.

Aujourd’hui, très modestement, je souhaitais revenir particulièrement sur deux épisodes qui traitent de Facebook et de son créateur. Le premier épisode intitulé « Mark Zuckerberg est-il un génie ? » revient aux origines de Facebook. Le second épisode, « Mark Zuckerberg est-il dangereux ? », souhaite permettre de comprendre ce qu’est Facebook. Chacun de ces épisodes, enregistrés en avril 2020, dure environ 28 minutes.

Certains libristes avec lesquels je communique ont dit : « À la vue de ces noms, je passe immédiatement mon chemin, je tourne la tête ». Cependant il me semble qu’il est bon de revenir sur la genèse et sur la façon dont de ce phénomène a évolué, car qu’en sait-on réellement ? Qu’en savent jeunes et moins jeunes ?
Dans les deux épisodes l’intervenant est Julien Le Bot, expert sur le sujet puisqu’il a récemment publié un livre intitulé Dans la tête de Mark Zuckerberg.

On apprend que, très jeune, Mark avait créé un réseau informatique qui reliait les machines de sa famille à celles du cabinet dentaire de son père qui s’intéressait aux ordinateurs, importance du père dans la carrière du fils. Il est doué, surdoué et dans la Silicon Valley l’idée a couru qu’il avait un syndrome d’Asperger, mais c’est un personnage bien plus complexe que cela. À l’université, il choisira d’étudier en priorité la psychologie des foules et non l’informatique comme on aurait pu le penser. Avec un ami il crée, à 20 ans, un premier logiciel de recommandation de fichiers musicaux et déjà à l’époque ce travail avait intéressé Microsoft.
Facemash, son premier réseau social, a pour but de comparer les photos de deux filles pour les noter et savoir laquelle est la plus sexy. Comme dit Julien Le Bot, site un peu cradingue !
À la sortie d’un dîner, il entend que des étudiants souhaiteraient disposer d’un trombinoscope en ligne pour avoir de bonnes informations sur les filles, encore ! Quelques mois plus tard il lance un projet qui remplace les albums papier distribués chaque année aux étudiants avec deux choses essentielles : le nom et la photo. Le succès est immédiat : 30 000 étudiants inscrits au bout de deux mois. Facebook était né.

Plateforme très simple, fonctionnalités qui correspondent à une demande.
Quoi que plus bénin que de cliquer sur l’expression « Je partage » pour recommander à ses amis même un contenu qui ne provient pas de Facebook ? Cela permet de savoir ce que ressentent les internautes, quelles sont les thématiques qui les intéressent.
Quoi de plus simple que d’arriver sur un site et pouvoir se loguer avec son compte Facebook sans avoir à créer un nouveau compte ? Facebook devient un intermédiaire entre les internautes et des sites qui n’ont rien à voir avec Facebook.
Ces fonctionnalités deviennent à leur tour des outils de mesure au service de futurs algorithmes.

Pour Mark Zuckerberg, une partie de la vie privée doit être abolie. Les usagers sont surveillés. Facebook sait ce qu’ils font même quand ils ne sont pas sur Facebook et c’est très pernicieux parce que toutes ces informations sont livrées librement ; on n’a pas l’impression de se dévoiler à une entreprise privée.
Ce modèle économique, le capitalisme de surveillance avec développement de fonctionnalités qui captent l’attention des internautes pour qu’ils restent le plus longtemps possible sur la plateforme, permet ensuite à Facebook de monétiser cette attention. Facebook est une immense régie publicitaire. Les bases de données personnelles toujours plus complètes, grâce aussi à des applications comme Instagram, WhatsApp rachetées par Facebook, sont vendues aux annonceurs, leur permettant de cibler encore mieux.
Certes, quand on reste sur des choses anodines, cela peut ne pas sembler très grave. Mais quand il s’agit de questions politiques, de questions religieuses, ça devient très inquiétant parce que cela donne beaucoup de pouvoirs à Zuckerberg, d’autant plus quand on apprend que plus de la moitié des Américains disent aujourd’hui s’informer prioritairement par Facebook.

Mark Zuckerberg admire Bill Gates, l’homme grâce auquel il y a un PC dans toutes les maisons, tout le monde a les mêmes logiciels et communique avec les mêmes outils. Avec Facebook, tout le monde est sur le même réseau social. Il est convaincu que relier les gens, les connecter, suffit à faire le bien et à améliorer le monde.
De telles convictions dues à une naïveté feinte ou réelle, font que Zuckerberg a mis longtemps à réaliser les dommages collatéraux provoqués par ce mépris manifeste de la vie privée. Il a été obligé de reconnaître les dérives de Facebook, certes du bout des lèvres quand on écoute les réponses lapidaires qu’il fournit lors de son interrogation par une commission parlementaire au sujet du scandale Cambridge Analytica, entreprise qui avait utilisé des données de Facebook pour adresser des messages politiques ciblés à des électeurs avant la présidentielle américaine. Cette vidéo dans laquelle Zuckerberg se fait laminer a été diffusée ; les « like » des internautes voulant dire « on est en colère » ont donné des indices sur leurs opinions politiques, reversées, selon Julien Le Bot, dans la régie publicitaire pour encore cibler des catégories d’individus et encore en tirer profit.
Paradoxe des uns, cynisme de l’autre.

Aujourd’hui Facebook est valorisé aux alentours de 600 milliards de dollars ; la fortune de Zuckerberg, 36 ans, estimée à 60 milliards de dollars. Richesse qui va de pair avec la puissance. Il est à la tête d’une sorte de pays numérique, un lieu fréquenté par 2,4 milliards de personnes, un tiers quasiment de l’humanité, et il sait sur chacun de ces habitants autant de choses, voire plus, que les États dont ils dépendent.
Une des seules passions intellectuelles avouée de Zuckerberg c’est l’Empire romain, il a d’ailleurs étudié le latin, le grec aussi. Il est reçu comme presque un égal par les chefs d’État parce qu’ils savent que LUI est l’empereur d’un monde sur lequel ILS ont peu de pouvoir, le monde numérique.
Dans ce monde il fabrique les lois, les « conditions générales d’utilisation » que personne ne lit jamais mais que personne n’est censé ignorer non plus du moment où il est sur Facebook. Ce réseau social a réalisé le cauchemar de Lessig exprimé en 1999 dans son essai Code is Law, le code informatique fait la loi. Le code entier de la plateforme, dont on ignore tout, n’exerce-t-il pas une sorte de tyrannie informatique sur ses utilisateurs consentants ?
La programmation informatique est une activité politique. Facebook est une puissance géopolitique. La vision de Zuckerberg lui donne l’impression d’emmener les gens dans son projet de fusionner l’humanité. Il est persuadé que sa plateforme est une force positive et peut-être espère-t-il qu’on se rendra compte dans deux cents ans que Facebook était une étape fondamentale dans l’histoire de l’humanité.
Facebook inquiète. Des critiques de plus en plus féroces sont adressées à Zuckerberg. Il est devant une machine devenue aujourd’hui complètement folle et il devient très compliqué de redresser la barre. De plus en plus de gens plaident pour un démantèlement de Facebook, mais est-ce techniquement possible ? Peut-on continuer à laisser les citoyens offrir leur vie privée, leurs pensées les plus intimes à une entreprise cynique, irresponsable, entraînant de multiples dangers pour nos démocraties ?

Les transcriptions sont relues avant d’être finalisées et publiées sur le site de l’April. Un des relecteurs avait commenté : « Comment est-ce encore possible que des gens continuent à utiliser ce réseau. C’est inouï ! »
Bien entendu j’encourage les auditeurs à écouter ces deux podcasts, à lire ou relire leurs transcriptions. Cela donnera des éléments de réflexion et des arguments aux personnes qui souhaitent conseiller des réseaux interopérables, basés sur des logiciels libres, et qui ont à cœur de susciter autant que possible, auprès de toutes et tous, l’utilisation d’une informatique respectueuse de la vie privée, protégeant les libertés informatiques, thème cher à l’April.

Étienne Gonnu : Super Marie-Odile. Merci beaucoup. C’est un très bon texte et tu nous offres une introduction parfaite à notre sujet à venir. Encore une fois les transcriptions s’avèrent être un outil très riche, justement dans ce que tu nous décrivais, une manière de former et de faire passer du savoir pour libérer notre informatique.
En tout cas un grand merci Marie-Odile, encore une fois.

Marie-Odile Morandi : C’est toi que je remercie. À la prochaine. Bonne continuation.

Étienne Gonnu : À la prochaine. Merci. Bonne journée Marie-Odile.
Avant de passer à notre sujet principal nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter L'Étoile danse (part.1) par Meydän. On se retrouve juste après. Une belle journée à l’écoute de Cause Commune, 93.1 FM, la voix des possibles.

Pause musicale : L'Étoile danse (part.1) par Meydän .

Voix off : Cause Commune. 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter L'Étoile danse (part.1) par Meydän, disponible sous licence libre Creative Commons, Attribution. C’est de la musique libre, la musique libre c’est justement le partage et ça passe aussi par la mise en valeur des artistes qui sont derrière. Nous avons donc contacté cet artiste de 27 ans qui nous dit composer pour le plaisir depuis de nombreuses années et qui publie justement la majorité de son travail sous licence libre. Il dit, c’est intéressant, avoir découvert le monde du Libre via GNU/Linux puis s’être rendu compte que la démarche du Libre dépassait largement le cadre des seuls systèmes d’exploitation. Pour lui, ses morceaux sont sa contribution au vaste monde du Libre.
Merci à Meydän pour ce retour et puis pour sa musique.
Vous retrouverez toutes ces références sur le site de l’April, april.org, et notamment une page pour soutenir Meydän.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April.
Nous allons maintenant passer à notre sujet principal.

« Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne, avec Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, avocate spécialiste des nouvelles technologies et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact

Étienne Gonnu : « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? » comme semblent le revendiquer certaines personnes, plus généralement le revendiquer à des fins politiques comme nous allons le voir.
Je vais ouvrir une très courte parenthèse avant cela, sans vouloir m’étaler sur les détails de ma vie personnelle. Lorsque j’ai repris mes études de droit en droit du numérique en 2013, j’avais deux références, deux sources principales d’information : Next INpact d’un côté, en particulier les articles de Marc Rees et de Xavier Berne, c’était vraiment ma référence pour faire ma veille juridique, mon actualité sur les questions numériques, et puis l’ouvrage Cyberdroit - Le droit à l'épreuve de l'Internet de Christiane Féral-Schuhl qui était un peu ma bible et celle de mes camarades de classe. C’est avec un grand plaisir, avec beaucoup de plaisir que j’accueille aujourd’hui nos deux invités du jour pour discuter de notre sujet « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? »
Comme je vous le disais, c’est un argument qui est régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne. Encore récemment d’ailleurs et on va s’arrêter un moment, je pense, sur la loi Avia contre les propos haineux où il était répété ad nauseum que ce qui n’est pas toléré dans la rue n’a pas sa place sur Internet.
Pour discuter de cela, déconstruire ce sophisme, nous sommes donc avec Christiane Féral-Schuhl, avocate spécialisée du droit des nouvelles technologies et présidente du Conseil national des barreaux, et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact et habitué de l’antenne de Libre à vous !.
Christiane Féral-Schuhl bonjour. Merci d’avoir accepté notre invitation. Vous êtes avec nous ?

Christiane Féral-Schuhl : Bonjour. Absolument. Je suis là, je suis bien là.

Étienne Gonnu : Parfait. Est-ce que vous souhaitez compléter cette présentation succincte ?

Christiane Féral-Schuhl : Non, tout a été dit. En fait le cyberdroit [le droit relatif à Internet, NdT] permet de pallier très largement beaucoup de problèmes. J’ai trouvé que l’introduction était extrêmement intéressante et va permettre d’illustrer très bien la réponse à apporter qui est évidemment que nous ne sommes pas dans une zone de non-droit.

Étienne Gonnu : On voit bien et je pense qu’il y aura largement de quoi dire dans les cinquante minutes d’antenne à venir.
Marc Rees, que je vais tutoyer puisqu’on a régulièrement l’habitude… Tu es avec nous par téléphone il me semble.

Marc Rees : Bonjour Christiane. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Marc. Je vous propose donc d’attaquer.
Christiane Féral-Schuhl, puisque vous êtes justement une spécialiste, comme on le disait, des questions du droit et d’Internet, peut-être une bonne première chose c’est de se poser cette question : comment le droit appréhende-t-il l’objet qu’est Internet ? C’est quoi Internet juridiquement, si cette question fait sens d’ailleurs ?

Christiane Féral-Schuhl : Internet, si nous revenons à la définition, c’est un réseau de communication en ligne et c’est vrai que la principale difficulté – d’ailleurs vous avez raison de le positionner sous le nom d’objet – la principale difficulté a été cette confrontation du droit à l’Internet pour finalement appréhender les questions nouvelles posées.
Ça va me permettre de revenir sur ce concept de vie privée qui a été très bien exprimé en introduction. On vit dans une société et la question est s’il y a un droit à la vie privée à l’ère du numérique, confronté à l’Internet.
Je rappelle que certains, je pense au journaliste Jean-Marc Manach qui avait publié un livre très provocateur, en tous les cas le titre l’était, avec La vie privée, un problème de « vieux cons » ?. La question était : est-ce que la vie privée a encore du sens ? On a parlé de Mark Zuckerberg et c’est une très bonne chose parce que lui prône une nouvelle norme sociale. Il considère que les gens sont désormais à l’aise avec l’idée de partager plus d’informations différentes, plus ouvertes, avec plus d’internautes. Il est vrai que tout est fait pour que les internautes soient incités à communiquer des informations les concernant, largement encouragés par la culture de cette notion de l’exposition de soi. Ils n’hésitent pas à se dévoiler en toute impudeur et ils livrent des pans entiers de leur vie privée, voire des aspects extrêmement privés de la vie de tiers, celle de leur famille, celle de leurs amis. Où est le problème dans ce cas-là ? C’est l’absence de définition légale du concept de vie privée. Cette notion a évolué à travers le temps. Elle est différente d’un pays à l’autre. Par exemple, la notion de vie privée en Angleterre n’a rien a à voir avec la nôtre. On voit bien toute la difficulté d’appréhender cela.
C’est vrai qu’il y a un droit, mais un droit qui s’est construit à travers le temps. Il y a une jurisprudence qui s’est construite, il y a une appréciation. Et puis l’Internet, finalement, c’est presque un miroir déformant qui va se confronter à un droit qui n’est pas inscrit dans le marbre. En fait, on a ces deux éléments qui évoluent. La vraie difficulté c’est quoi ? Ce n’est pas le droit. Le droit va s’appliquer. Vous avez évoqué la loi Avia, on pourra y revenir. Le droit s’applique pour autant dans les limites de ces définitions. La difficulté va se situer où ? Elle va se situer dans l’appréhension de l’infraction, si on est sur le terrain de l’infraction, comment on va identifier, comment on va faire la preuve, comment on va identifier l’auteur d’une infraction, et puis ça va être comment l’exécuter parce que l’Internet est transnational.
En fait vous avez tous les éléments du problème.
Ensuite on peut le détricoter de toutes les manières. Vous le voyez, les incriminations pour discours violent ou incitant à la haine raciale demeurent, existent. Il n’y a pas besoin de loi pour ça. Les droits d’auteur existent et demeurent protégés. Les infractions d’injure, de diffamation existent. On voit bien quelle est la difficulté : c’est cette confrontation.
Lorsque le législateur décide de créer une loi, la difficulté par rapport justement à l’Internet, ça va être l’évolution des questions posées par rapport à la capacité de légiférer. Le meilleur exemple que je puisse vous donner c’est la loi pour la confiance dans l’économie numérique de 2004. On a mis dix ans à construire cette loi en essayant de faire une distinction claire entre l’hébergeur qui n’est pas responsable du contenu sauf notification d’un contenu illicite, manifestement illicite. On a identifié le fournisseur d’accès qui n’a pas de responsabilité, qui bénéficie de ce principe d’exonération de responsabilité. On avait bien situé l’éditeur, donc on voit bien les catégories émerger. Et puis, au moment où sort la loi, qu’est-ce qui se passe ? Vous avez les Dailymotion, les Facebook qui apparaissent et qui revendiquent le statut d’hébergeur, alors que les ayants droit vont leur dire « pas du tout, vous n’êtes pas un hébergeur, vous êtes un éditeur », et vous avez là à nouveau 15 années de jurisprudence pour essayer de décortiquer.
Donc ce n’est pas une zone de non-droit, mais Internet est confronté au droit ou plutôt c’est le droit qui est à l’épreuve des technologies mais qui résiste bien, qui résiste même plutôt très bien.

Étienne Gonnu : C’est une très belle introduction, très complète. C’était exhaustif.
Je vais vous inviter à couper votre micro, ça crée un écho, je ne sais pas si je suis le seul à l’entendre. On est sur Mumble, c’est une problématique technique, mais on s’adapte à la situation.
Je pense que c’est une introduction très complète, ça a couvert, à mon avis, la plupart des choses qu’on va être amené à voir. D’une part c’est sa spécificité, mais les règles qui s’appliquent dans notre vie quotidienne, les règles de responsabilité notamment, sont indifférentes aux outils qu’on va utiliser si on est responsable ; ce n’est pas un espace qui échappe aux règles habituelles, fussent-elles notamment légales, de notre société. Et se pose la question, on verra si on peut en parler aussi, de ce qu’est une bonne loi, comment on crée de la loi : on pose des principes généraux finalement indifféremment des spécificités techniques, des objets, enfin, des médias utilisés.
Marc Rees, de Next INpact, qu’est-ce que tu souhaiterais rajouter à ce propos ? Tu es, en plus, quelqu’un qui suit depuis longtemps l’actualité du droit du numérique. Tu as pu voir ces évolutions, notamment cette idée qu’Internet serait une zone de non-droit. Comment tout cela a-t-il évolué ?

Marc Rees : D’abord merci Christiane pour ce large panorama, ce qui n’est jamais un exercice très facile.
Qu’est-ce que je peux rajouter ? Déjà, lorsque j’entends un parlementaire ou un représentant du gouvernement nous expliquer qu’Internet est une zone de non-droit, qu’il faut des règles, etc., il y a deux solutions : soit c’est de l’ignorance absolue, c’est-à-dire qu’ils ne connaissent pas les textes en vigueur, ce que je ne peux pas imaginer ; soit c’est une forme d’escroquerie mentale qui sert justement comme moteur pour justifier la remise à niveau ou la mise à niveau des textes en vigueur.
Internet est un réseau de communication. Juridiquement, techniquement, technico-juridiquement on a des flux et on a du stock et il y a différents acteurs qui interviennent dans cette drôle de scène qui nous passionne depuis des années : un émetteur, un récepteur, parfois et souvent conjugués au pluriel, et puis des intermédiaires, des intermédiaires qui sont les fournisseurs d’accès pour gérer le flux et l’hébergeur qui est là pour gérer le stock. Dans cette distribution des rôles, chacun va endosser une casquette qui va lui être propre avec des obligations spécifiques. Et ça c’est en vigueur depuis la nuit des temps, notamment il y a cette fameuse loi sur la confiance dans l’économie numérique de 2004 qui est quand même un des textes ultra importants du secteur qui est bouleversée aujourd’hui et par la directive sur le droit d’auteur et par la loi Avia qui est aujourd’hui auscultée par le Conseil constitutionnel.
Dire qu’Internet est une zone de non-droit ! Avec mon collègue Xavier Berne, je m’étais amusé dans le premier numéro du magazine à dresser une espèce de panorama des différents textes. Je peux vous garantir qu’on a des dizaines et des dizaines de textes qui sont en vigueur pour gérer aussi bien des infractions ultra graves dans l’échelle normative sociale au pénal type pédopornographie, lutte contre terrorisme. On a des infractions dites de presse qui sont des infractions venues de la bouche ou de la plume, la diffamation, l’injure. On a des infractions qui touchent au droit d’auteur et là, pour le coup, on a du monde au balcon puisque c’est un sujet qui mobilise de longue date les sociétés de gestion collective et les sociétés de défense des ayants droit au sens large. Bref ! À dire vrai, j’ai du mal à concevoir qu’il puisse exister cette fameuse zone de non-droit. En fait, encore aujourd’hui je ne sais pas si elle existe vraiment, s’il y a des strates qui seraient, comme ça, hors champ normatif.
Le droit a ceci d’intéressant que de pouvoir s’appliquer à des situations qui n’ont pas encore été imaginées lors de la production de la norme. C’est peut-être ça aussi la qualité d’une bonne loi, on pourra le voir plus tard.
Dès que j’entends cette expression, je saute sur ma chaise, voire j’en tombe, parce que c’est vraiment faire preuve d’une mauvaise foi ou d’une ignorance crasse.

Étienne Gonnu : Oui, cynisme ou naïveté pour faire le pont avec la chronique de Marie-Odile. C’est vrai qu’on voit bien que cette injonction, ce prétexte d’une zone non-droit qui se traduit, paradoxalement ou pas, par un empilement de strates de lois. D’ailleurs on peut se demander comment ça se traduit. Déjà ça va, tel que je le comprends de ce que vous avez pu dire, Christiane Féral-Schuhl et Marc Rees, finalement avec des lois supplémentaires qui vont faire redondance. C’est-à-dire qu’en plus de la loi générale qui pourrait s’appliquer à des faits, à différentes cause – par exemple à la diffamation qui peut exister sans passer par l’outil qu’est Internet mais par une autre voie – peut-être pas dans le cas de la diffamation, mais on va avoir une nouvelle loi, des lois supplémentaires qui vont porter sur le même objet simplement parce que l‘usage d’Internet va être présent. Il me semble qu’on peut avoir des cas où l’usage d’Internet va pouvoir être considéré comme un facteur aggravant, on va avoir peut-être des peines plus lourdes. Il me semble qu’il y a ce genre de choses assez inquiétant qui va créer peut-être une forme de criminalisation des usages d’Internet. Est-ce que je vais trop loin en disant ça, Christiane Féral-Schuhl par exemple ?

Christiane Féral-Schuhl : Non, vous n’allez pas trop loin. J’ai envie de dire que la logique aujourd’hui, la tendance évidente c’est que quand un parlementaire voit un problème il cherche une loi. Or, nous sommes à l’intersection de plein de textes et c’est cet empilement de textes qui brouille parfois les messages et brouille l’analyse qu’on pourrait faire d’une situation. On a tous les textes, tous les fondamentaux. Vous remontez jusqu’à la loi Godfrain, vous avez tous les textes fondamentaux.
Tout à l’heure je vous disais que la loi résiste plutôt bien, mais vous constaterez que la loi résiste bien lorsque est sur une notion de principe. Je vais vous donner deux exemples.

Le premier exemple c’est celui de l’exception de copie privée. Vous savez que l’exception de copie privée c’est la possibilité qui a été donnée à une personne de faire une copie d’un texte original et de pouvoir l’utiliser, mais ça a été pensé dans un environnement analogique. Il n’y a jamais eu aucune confusion possible entre l’original et la copie. Cela a résisté aux fax, ça a résisté à la photocopie, il n’y avait pas de difficultés et il n’y avait jamais de doute possible.
À un moment donné on est passé dans l’environnement numérique et le problème vient de quoi ? Il vient de cette notion de clone qui apparaît à un moment donné et qui fait que si on mélange l’original et le clone, eh bien on ne sait plus quel est l’original, on ne sait plus quelle est copie.
On a assisté à toute la jurisprudence sur le téléchargement. Il a fallu là aussi 15 années de jurisprudence pour constater que le téléchargement, l’acte de copie est possible – à partir du moment bien sûr où on copie sur un site légal – lorsque c’est pour une utilisation privée, et pour déconnecter cet acte de téléchargement pour une utilisation propre avec l’acte de communication qui va consister à repartager l’information avec d’autres utilisateurs. Mais on est resté sur un fondamental qui est l’exception de copie privée et on n’y a pas touché.
L’autre exemple que je voulais donner c’est la loi informatique et libertés. La loi informatique et libertés, certes on vient de la remanier, nous avons eu en juin 2018 un toilettage important suite au RGPD, mais les fondamentaux de la loi informatique et libertés sont restés et vous avez tous les principes. En fait, la Commission nationale informatique et libertés a fait quelque chose d’intéressant, elle a créé les recommandations. Moi j’ai mis très longtemps à comprendre qu’une recommandation ce n’est pas une recommandation au sens premier et que ça a force d’autorité. Les recommandations ont permis de s’adapter à l’évolution des technologies, mais on est toujours resté sur un texte. Je ne sais plus combien il y avait d’articles mais, avec sa cinquantaine d’articles, la loi informatique et libertés a survécu à 40 années d’évolution des technologies. Simplement chaque fois l’évolution de la technologie faisait qu’il y avait une recommandation, parfois suppression d’une recommandation pour en mettre une nouvelle, mais la dynamique a été constructive.
Pour aller dans votre sens et ce que vous venez tous les deux de très bien expliquer, oui, nous avons trop de textes, nous avons des textes de circonstance qui n’anticipent pas l’évolution des technologies. Quand on revient aux fondamentaux, le droit tient la route. Et les difficultés que l’on rencontre sont souvent sur des textes de circonstances qu’on a rencontrées.

Étienne Gonnu : Merci beaucoup. Vous y êtes revenue plusieurs fois et à raison ; c’est un point essentiel et je trouve que c’est la meilleure façon de le formuler : le droit tient la route. Je pense qu’on va revenir sur ce qu’est une bonne loi justement par comparaison à la loi Avia, on y reviendra. Une loi qui dure dans le temps, qui est solide, une bonne loi doit finalement intégrer un maximum de réalités pour pouvoir s’adapter aux contextes, aux évolutions du temps, des usages et des technologies.
Ces derniers temps, on entend souvent parler de solutionnisme technologique comme s’il suffisait de lancer une technologie pour répondre magiquement à un problème. Quelque part j’ai l’impression là aussi qu’il y a une forme de solutionnisme juridique où, tout d’un coup, il suffirait de proposer un nouveau texte de loi, une nouvelle strate de réglementation qui serait vue comme la réponse à des problèmes sociaux et politiques dont, en fait, les technologies comme Internet ne sont que des révélateurs. J’ai l’impression qu’on fait face à quelque chose comme ça et que c’est aussi un peu ça que vous avez exprimé.
Puisqu’on parle de copie privée, mais vous n’êtes pas obligés de répondre là-dessus, je sais que c’est un des dadas de Marc, je ne trouve pas de meilleure manière de le dire, est-ce que tu souhaites rajouter quelque chose Marc ?

Marc Rees : Tout cela est très juste. C’est vrai que l’exception pour copie privée a été évoquée dans des actions en contrefaçon par des personnes qui téléchargeaient. Le problème c’est que dans la mesure où initialement l’œuvre, notamment en réseau peer to peer, a été proposée à la communauté entière des utilisateurs, il suffisait de se baisser et de se servir, eh bien automatiquement la copie n’était plus privée, elle avait, dans son existence, dans son ADN, une graine publique qui a corrompu, quelque part, toute la chaîne de transmission.
Ce qui est rigolo c’est que là où les ayants droit ont obtenu gain de cause, ils ont justifié du fait que dès lors qu’il y a à un moment donné communication au public d’une œuvre, c’est-à-dire à tous les internautes, automatiquement on ne peut plus parler de copie privée dans les strates successives. Dans le même temps les études d’usage qui étaient menées en commission copie privée, elles, mélangeaient aussi bien les copies illicites que les copies licites afin de maximiser les études d’usage. Bon ! Je ne veux pas rouvrir le dossier parce qu’il pourrait faire l’objet d’une publication ou d’une émission dédiée. En tout cas, ce qui est sûr c’est que les ayants droit ont maximisé les études d’usage qui servent à jauger les pratiques de copie auprès d’un panel en tenant compte des copies licites. Pendant des années et des années, ils ont tenu compte des copies licites pour gonfler au maximum le taux de la redevance qui s’appliquait d’abord sur les supports analogiques comme l’a très bien rappelé Christiane et ensuite sur les supports numériques.
Sinon, sur cette inflation législative, oui, c’est vraiment une plaie des démocraties actuelles, voire des autres systèmes politiques, que de découvrir un problème ou de feindre de découvrir un problème et puis d’imaginer une loi taillée pour la circonstance, ces fameuses lois de circonstance.
Dans le même temps, ce que j’aimerais qu’il soit systématiquement rappelé, c’est ce chiffre qui a été donné par le Trésor, par les services de Bercy lors du grand débat mené par Emmanuel Macron l’an dernier, de l’argent public qui est attribué à la justice. Il y a un tableau que vous trouvez sur le site de Bercy qui explique que pour 1000 euros de dépense publique on a 4 euros qui vont à la justice. Dans ces 4 euros on a aussi le pénitentiaire.
C’est bien beau d’empiler des textes pour répondre à des problèmes spécifiques, c’est magnifique d’avoir comme ça ce réflexe législatif. Mais, d’un autre côté, si la justice n’est pas là et n’a pas les moyens attendus à la hauteur des prétentions décrites et définies par le politique, on arrive à des mesures d’affichage ou du n’importe quoi. C’est-à-dire que la loi va avoir une efficacité devant les micros, sous la plume, dans les journaux, sur Internet, mais c’est tout. C’est tout ! Derrière on a des juges qui sont, excusez-moi du terme, à la ramasse, qui sont les derniers wagons du train et qui n’arrivent pas à suivre parce que, sur leur bureau, trônent des centaines et des centaines de dossiers d’instances en cours qu’ils n’arrivent pas à digérer. Il est là le vrai problème. Il est vraiment là !

Étienn Gonnu : Oui, c’est un point très juste.

Christiane Féral-Schuhl : Il est là, je suis totalement d’accord avec vous et ça évoque pour moi une affaire, la première affaire dont j’avais eue à m’occuper, une affaire de virus. Le premier virus qui avait été trouvé dans un CD qui avait été pressé et vendu avec une revue. Je ne sais pas si vous vous en souvenez.

Marc Rees : Je m’en souviens.

Christiane Féral-Schuhl : Cette affaire avait fait beaucoup de bruit. J’avais eu le privilège de défendre le prévenu et cette affaire est allée jusqu’en cassation, elle a duré des années. Je me souviendrai toujours de mon dernier échange avec lui puisqu’il a obtenu une relaxe mais au bout de je ne sais pas combien d’expertises et de débats parfois, je dois le dire, assez fumeux ; il m’avait dit : « Je n’ai qu’un vœu, vous m’avez très bien défendu, mais je souhaite ne plus jamais entendre parler d’informatique ni d’Internet ». Je pense qu’il s’est retiré et qu’il n’a plus voulu faire quoi que ce soit.
C’est vrai que d’une certaine manière, entre temps, pendant toutes ces années, on avait parlé, compris qu’il faut aussi que les juges se forment, apprivoisent. C’est un problème qui se gère avec les générations qui se succèdent, forcément. Il y a les concepts juridiques, mais il y a aussi l’enquête en amont, les preuves numériques. Il a aussi fallu faire appréhender toutes ces notions. Et encore une fois, une fois que vous avez la décision, il faut la faire exécuter et quand vous avez cette approche transnationale de l’Internet, c’est compliqué. Donc il faut que tous les acteurs montent en puissance en termes de compétences, les juges comme vous l’avez dit, les avocats, bien sûr, parce qu’il y a encore une marge de progression et je trouve qu’ils ne sont pas encore suffisamment présents sur des sujets comme la cyber-sécurité et d’autres domaines, mais il y a aussi les cyber-policiers, les cyber-gendarmes, les cyber-enquêteurs, il y a tout cela qui participe de l’œuvre de justice. Si vous avez une belle décision mais que vous ne pouvez pas l’exécuter, vous y avez passé des années, le résultat vous ne l’avez pas.

Étienne Gonnu : C’est vrai qu’on entend très souvent, enfin on rappelle très souvent la nécessité des moyens de la justice ou s’il n’y a pas les moyens mis en œuvre pour donner corps à un nouveau droit écrit, il reste lettre morte. C’est quelque chose de très important. Je pense que ça re-situe aussi la question des relations, tout ça s’inscrit également dans des relations de pouvoir. Je croise des choses qui ont été évoquées mais, pour revenir sur un point qui est très important il me semble, c’est la responsabilité des intermédiaires techniques. Je fais un parallèle.

Marc Rees : Étienne, si tu veux je peux résumer.

Étienne Gonnu : On parlait justement de copie privée, il y a des enjeux économiques, des enjeux politiques. Tout ça s’inscrit là-dedans et là où ces zones de non-droit sont le plus invoquées, là où ces arguments un peu fallacieux sont invoqués, on voit que c’est beaucoup sur les lois sécuritaires et sur le droit d’auteur, parce que tout ça s’inscrit dans un contexte politique. Sur cette notion de responsabilité, Marc, je vais te repasser le micro.

Marc Rees : La responsabilité des intermédiaires techniques, c’est une des pierres angulaires du droit du numérique. Quelle est l’idée ? L’idée a été évoquée, après bien des années, dans le cadre d’une directive de 2000 sur le commerce électronique, qui a été transposée en France en 2004 avec la fameuse loi sur la confiance dans l’économie numérique. Elle s’attache tout particulièrement à la question des hébergeurs. Les hébergeurs, qui sont-ils ? Ce sont des acteurs qui opèrent, pas forcément à des fins financières, mais ce sont des acteurs qui opèrent et qui vont stocker des informations, des contenus à la demande des internautes. Puis, éventuellement, ces contenus vont être mis à disposition des tiers. Dit comme ça ce n’est pas très compréhensible mais, quelques années plus tard, YouTube est arrivé. YouTube est un réceptacle dans lequel des personnes vont mettre en ligne des vidéos qui vont être possiblement partagées ou possiblement stockées ou possiblement non partagées puisqu’on peut se servir de ce réceptacle uniquement comme d’une espèce de tiroir, comme d'un disque dur distant.
Pour gérer la responsabilité de ces acteurs, que ce soit Twitter, Facebook ou les hébergeurs purement techniques, peu importe, trois angles ont été choisis. Il a fallu trouver une solution qui puisse protéger la liberté d’entreprendre, puisque c’est une liberté fondamentale, la vie privée des internautes aussi, mais également la nécessaire lutte contre les infractions.
Le principe qui a été défini en 2000 puis transposé en France en 2004 c’est qu’un hébergeur n’est pas responsable des contenus qu’il stocke, qui sont éventuellement mis à disposition des tiers, mais il le devient dès lors que ces contenus sont manifestement illicites, c’est-à-dire dont l’illicéité est flagrante ou parce qu’un tribunal lui a demandé de les retirer.
Lorsqu’un intermédiaire technique se retrouve face à un contenu qui présente ces deux adverbes, ces deux qualités, donc manifestement illicite, il doit retirer cette fois-ci promptement, c’est-à-dire sans attendre, en fonction du contexte.
Voilà le socle de responsabilité qui a été imaginé dès le début. Sauf que vous pensez bien que ce régime-là n’a pas satisfait tout le monde. Christiane a rappelé très justement la problématique des ayants droit qui ont pesté contre ce régime. Pourquoi ? On va imaginer : si un site comme Flickr ou comme YouTube, peu importe lequel, héberge un contenu sur lequel moi je revendique une paternité, je contacte YouTube et je dis « attendez, cette vidéo qui a été mise en ligne par Kevin Michu, en fait elle m’appartient ; c’est mon œuvre ». Le problème c’est : est-ce qu’on est bien face, là, à une violation manifeste ? Est-ce qu’on est manifestement face à quelque chose d’illicite ? Le problème c’est que l’intermédiaire technique, il est intermédiaire technique, il n’est pas spécialiste en droit d’auteur. Pour être éligible à la protection du droit d’auteur, il faut que l’œuvre soit originale et surtout empreinte de la personnalité individuelle de celui qui se prétend être le père ou la mère. Les ayants droit ont pesté contre cette difficulté parce que cela signifiait aussi pour eux de devoir adresser des notifications extrêmement détaillées où ils devaient revendiquer la paternité d’une œuvre, exposer moult arguments pour inciter les YouTube et les Twitter et les Facebook et les Flickr et tout ce que vous voulez à retirer ces éléments-là. C’est aussi pour ça qu’ils ont fait pression d’abord en France et ensuite à l’échelle européenne pour que, dans la directive sur le droit d’auteur, soit adopté ce fameux article 17 qui industrialise le filtrage sur certaines plateformes afin de régler cette question du manifestement illicite ou du retrait prompt.
Si, en quelques mots, je devais définir cette problématique, eh bien ce serait cela.

Étienne Gonnu : Tu es parfait Marc ! Tu as clarifié mon moment de confusion. Je pense que c’est important de se tourner vers ça parce qu‘on voit bien l’importance de l’enjeu. Il y a des droits complexes comme le droit d’auteur, il y en d’autres, et on va avoir cette tendance, il me semble, de déléguer aussi l’application du droit à des entités privées en leur faisant porter une responsabilité excessive. Ça va être le cas dans le droit d’auteur et on va le voir, je pense après la pause, avec la loi Avia sur la liberté d’expression en elle-même, sur ce qu’est la liberté d’expression.
On va bientôt attaquer la pause mais Christiane Féral-Schuhl, je pense que vous vouliez prendre la parole. Je vous laisse dire un dernier mot avant que nous fassions la pause.

Christiane Féral-Schuhl : Oui, merci. Je pense que les toutes récentes explications mettent en exergue le pouvoir des GAFA. Ce sont ces acteurs auxquels on délègue le pouvoir régalien du juge. Vous l’avez très bien dit, l’appréciation doit se faire dans un contexte donné. En fait, quand vous évoquiez la justice tout à l’heure, qu’est-ce qui est important ? Quel est le rôle de l’avocat ? Ce n’est pas de dire le droit, ce n‘est pas de faire rentrer une affaire sous une bannière juridique, c’est d’expliquer un contexte et mettre en relief le contexte de manière à voir comment la règle de droit va s’appliquer. Avec l’évolution des textes et tout particulièrement avec cette dimension à la fois extraordinaire et parfois anxiogène d’Internet, certains problèmes ont finalement dépassé les limites qui avaient été imaginées par le rédacteur. La question a toujours été de voir si ça résistait à cette évolution.
Ensuite, vous avez la loi nationale confrontée au reste du monde. Nous l’avons bien vu avec des affaires comme Google Spain et d’autres dans lesquelles on obtient bien une décision à un moment donné pour retirer des éléments qui causent grief à une personne au regard de sa vie privée, de ses données personnelles et, en face, un acteur comme Google qui dit « moi je l’applique régionalement. Dans le reste du monde, ce que vous, juge local, avez décidé, n’a pas vocation à s’appliquer ailleurs ». Il a fallu remonter au créneau, il a fallu que le RGPD s’en mêle, il a fallu cette contamination positive, d’une certaine manière, de valeurs fondamentales pour que les données personnelles, donc la vie privée, prennent l’importance que ça a pris. Ici encore c’est par contamination que l’on voit émerger des voix sur la vie privée un petit peu partout. Je pense que c’est l’occasion de souligner que la France a été moteur sur ce terrain-là. En 1978 on a eu cette loi de principe qui a rappelé que l’informatique était au service de l’humain, et cette disposition existe encore dans cette formulation, que vous pouvez ensuite transposer puisqu’on ne parle plus d’informatique : le numérique est au service de l’humain, il ne doit jamais perdre cette dimension humaine. Mais je vous dis la même chose pour la justice : on peut utiliser tous les outils technologiques, on voit bien ce que ça peut apporter, faciliter et autres, mais attention à la part d’humain. Au moment où on rentre dans l’intelligence artificielle, dans l’utilisation des algorithmes, dans les risques des biais, on voit bien que de nouvelles questions se posent et que ce n’est pas une loi qui va régler ça. C’est une prise de conscience collective avec des principes fondamentaux comme la Charte des principes énoncés par le Conseil de l’Europe pour l’élaboration des algorithmes. C’est la notion d’ethic by design ou ethic by default comme le privacy by design ou le privacy by default. On voit bien que l’éthique prend sa place dans le dispositif et va permettre d’organiser l’utilisation de l’Internet, mais il va falloir trouver des dénominateurs communs au niveau de la planète.

Étienne Gonnu : Marie-Odile dit « très intéressant » sur notre salon web et je ne peux qu’être d’accord. Pour faire écho à ce que Marie-Odile mentionnait dans sa chronique précédente, elle a parlé de ce Code is Law de Lessig. Par rapport à ce que vous dites, ce respect, que l’informatique ne doit pas servir à l’oppression des humains, je pense que justement le logiciel libre, l’éthique du logiciel libre est une des réponses extrêmement importante puisqu’elle replace aussi, finalement, un contrôle populaire, le contrôle humain sur la manière dont est développé le code informatique, comment on le développe collectivement dans une approche de transparence, en fait dans une approche démocratique. C’est vrai que tout cela est fondamental.
C’est passionnant, mais je vous propose quand même de s’oxygéner un peu le cerveau avec un peu de musique. Nous allons donc faire une petite pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter Confluence par Cloudkicker. On se retrouve juste après. Une belle journée à l’écoute de Cause Commune 93.1 FM, la voix des possibles.

Pause musicale : Confluence par Cloudkicker.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Confluence par Cloudkicker, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April. Nous discutons avec Christiane Féral-Schuhl, avocate spécialisée dans le droit des nouvelles technologies, et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact, afin de voir justement qu’Internet n’est pas une zone de non-droit.
De nombreuses références ont été évoquées, la loi Godfrain de 1988 sur la fraude informatique, l’arrêt Google Spain, la loi informatique et libertés de 1978, la loi sur la confiance numérique de 2004. Vous retrouverez toutes ces références, nous les mettrons en ligne sur la page april.org. Ne vous inquiétez pas.
On l’a souvent évoquée, j’aimerais bien qu’on parle un petit peu de la loi Avia, d’une part parce que c’est l’actualité récente, une des rares lois passées dans l’urgence [dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, NdT]. Visiblement il y avait urgence à passer cette loi contre, je cite, la haine en ligne, et parce qu’elle est, je pense, extrêmement emblématique de ce qu’on a pu évoquer.
Marc Rees, en tant que journaliste, tu as suivi, tu as consacré vraiment beaucoup de temps à décortiquer cette loi. Est-ce que tu pourrais, s’il te plaît, nous en donner le sel ?

Marc Rees : Effectivement, c’est la première hors question covid qui a été adoptée durant l’état d’urgence. En ça elle est assez symbolique et c’est sans doute un écho à la LCEN ; elle est aussi importante que la loi sur la confiance dans l’économie numérique de 2004.Quand je dis « important» ça ne veut pas dire qu’elle est très bien, je réserve mon avis là-dessus.
Sur ce texte en question, quelle est l’idée ? L’idée serait qu’Internet serait cette fameuse zone de non-droit et qu’il convient, pour certaines infractions, de prévoir un dispositif très particulier de retrait des contenus manifestement illicites, mais pas tous. Pas tous ! Uniquement ceux qui ont trait, notamment, à l’injure raciale, à l’injure pour handicap, au racisme en ligne, etc. On a aussi l’apologie du terrorisme dedans, la pédopornographie, également l’accès des mineurs à la pornographie, donc c’est assez bizarre comme fourre-tout.
L’idée de la loi Avia, quelle est-elle ? Elle explique ça à l’article 1. Tout à l’heure je vous ai dis que, dans la loi de 2004, l’idée était de laisser aux intermédiaires techniques, aux hébergeurs, le soin de jauger le manifestement illicite d’un contenu mis en ligne, à savoir que lorsque je notifie quelque chose à YouTube, si ce quelque chose est manifestement illicite, YouTube va le retirer promptement. Voilà l’idée. La loi Avia corrige un petit peu ces adverbes. Elle dit que s’il y a des contenus qui se raccrochent à une espèce de liste noire, c’est la liste des infractions que je vous ai mentionnées tout à l’heure, à ce moment-là l’hébergeur ne doit pas le retirer promptement, ce n’est pas ça, il doit le retirer en 24 heures. Et là, ça change tout ! Ça change tout pourquoi ? Parce qu’on a va laisser à Twitter, à Facebook, à YouTube, à Snapchat, à Instagram, à des hébergeurs techniques ou autres, un délai de 24 heures pour jauger le caractère manifestement illicite d’un contenu et, si ce caractère est avéré, il doit le retirer, il doit impérativement le retirer.
Le problème, vous l’imaginez assez facilement, c’est qu’un hébergeur, par définition, se frotte à beaucoup d’internautes. Donc quand vous avez un acteur comme Twitter qui n’a pas du tout les mêmes moyens que Facebook, on n’est pas du tout sur la même planète financière, qui reçoit des tombereaux de notifications, eh bien traiter en 24 heures ces contenus-là et surtout contextualiser les contenus qui seraient manifestement illicites, c’est extrêmement difficile. Le problème c’est que la loi Avia a un effet couperet, c’est-à-dire que si au bout de 24 heures plus une seconde le contenu est toujours présent, un juge pourra décider de sanctionner cette plateforme à 250 000 euros multiplié par cinq lorsque c’est une personne morale. Donc 1 million et 250 000 euros d’amende à l’acteur qui n’aura pas retiré dans le délai imparti ces contenus.
Le problème est assez vite vu, c’est-à-dire que l’amende pour défaut de retrait d’un contenu manifestement illicite n’a pas d’équivalent en cas de sur-censure. C’est-à-dire que si Twitter retire un contenu qui finalement n’est pas manifestement illicite, eh bien il n’existe pas une amende similaire pour sanctionner cette atteinte à la liberté d’expression.
Donc le problème et toute l’idée, tout le moteur aussi, j’allais même dire la motivation, la stratégie qui a été développée par les instigateurs de ce texte, et je pense particulièrement à Lætitia Avia, ça a été de créer ce déséquilibre pour inciter à une espèce de nettoyage en profondeur des réseaux. Le problème, je pense que Christiane Féral-Schuhl pourra nous le rappeler, c’est que la Cour européenne des droits de l’homme nous a longtemps expliqué que la liberté d’expression ce n’est pas forcément de parler que des Bisounours, de l’arc-en-ciel et des petits oiseaux qui chantent. C’est aussi flirter avec l’expression presque outrageante, à la limite de la diffamation, à la limite de l’injure, parce que le monde est complexe et l’humain est parfois énervé. Je crains vraiment des effets délétères pour la liberté d’expression dans la conception même de ce texte.

Étienne Gonnu : Christiane Féral-Schuhl, puisque vous êtes justement invitée.

Christiane Féral-Schuhl : Merci. Marc a dit beaucoup de choses et je le rejoins dans ses explications.
En fait il n’y a pas de parallélisme qui existe entre la victime d'un propos qui va en exiger le retrait et la victime du retrait abusif. En fait il n’y a pas de chemin pour rétablir des propos qui auraient été anormalement considérés comme haineux, abusifs ou autres. Le parallélisme n’existe pas.
Pour nous, le problème important c’est celui de la délégation du pouvoir de censure à des organismes privés, à des plateformes. C’est, quelque part, une renonciation au pouvoir régalien du juge dans l’appréciation. L’appréciation est compliquée, elle nécessite un véritable savoir-faire et c’est vrai que le montant de l’amende peut inciter à retirer plutôt qu’à aller regarder de plus près si réellement il y a une difficulté ou pas.
On est sur quelque chose qui est très fondamental dans un pays démocratique, c’est le contrôle de la liberté d’expression, une liberté fondamentale dont l’appréciation ressort du seul pouvoir judiciaire normalement. Donc ça donne, dans le contexte actuel, une acuité particulière à la solution qui a été apportée parce qu’aujourd’hui vous entendez partout parler de la souveraineté numérique nationale, vous entendez partout parler de l’indispensable contrôle par les autorités étatiques des flux numériques. Et qu’est-ce qu’on constate ? Eh bien que sur ce sujet qui est un sujet important et, encore une fois, Marc et moi sommes évidemment d’accord qu’il y a des propos haineux, insupportables sur lesquels il faut agir pour les retirer, mais on est en train de trouver une solution qui retire à l’État, à la justice d’un État, le pouvoir de contrôle. Et on dit finalement que, dans le cadre d’une collaboration à mener avec des plateformes, on va trouver la solution.
Je ne vous parle pas, si ce n’est quand même pour insister sur le traitement différencié selon que l’on est auteur ou victime du propos haineux, le signalement par une victime entraîne la suppression préventive et le contrôle subsidiaire du contenu. Donc on est en train de mettre en place une procédure qui facilite la censure hors contrôle judiciaire. Pardon d’insister, mais c’est véritablement cela qui est important.
Le Conseil national des barreaux avait demandé un retrait à titre provisoire du contenu signalé dans l’attente de la décision du juge judiciaire s’il y avait une contestation. Ce juge judiciaire aurait pu être saisi de façon systématique par l’opérateur de la plateforme pour chaque retrait. Mais bon ! Nous ne l’avons pas obtenu et c’est vrai que nous sommes dubitatifs sur l’efficacité. Nous sommes typiquement dans une situation où l'on comprend les griefs énoncés, la loi sur la presse peut être compliquée à mettre en œuvre à cause d’un certain nombre de critères, de délai de saisines, un formalisme qui est pesant, mais on pouvait l’adapter. On a réussi pour les propos sexistes à le faire, donc on peut étendre l’application de la loi, on peut, encore une fois avec les outils qui existent, arriver à trouver des solutions.
On est, pour nous, dans l’élaboration d’un texte qui risque de poser des difficultés d’application, mais en tous les cas le principal c’est de dire que quelque part on renonce au contrôle judiciaire.

Étienne Gonnu : On l’a senti et on a pu le voir sur la directive droit d’auteur et là c’est la même chose mais en pire, quelque part, puisque là on a touché au fondamental de la liberté d’expression. Je vais citer très rapidement une tribune de Laurent Chemla, qui correspond pile à notre sujet, une tribune de 2013, qui a déjà sept ans, « La liberté dans sa plus simple expression ». Il dit, et je le rejoins : « Internet est le seul outil qui fasse de ce droit — donc la liberté d’expression — autre chose qu’une pétition de principe. Vouloir « encadrer l’expression publique sur Internet » ou « réguler » « autoréguler » ou — pour les moins xylolaliques — « censurer », nous dit-il, ce n’est pas contrôler l’utilisation d’un nouveau média, c’est toucher — sans oser le dire — au principal fondement de ce qui fait la différence entre une démocratie et une dictature. La liberté d’expression du citoyen, à ce jour, n’existe QUE sur Internet ». La liberté d’expression active et pas seulement passive par exemple à travers la télévision. On voit d’autant plus le danger de déléguer son contrôle, l’exercice de cette liberté d’expression, aux plateformes privées.
D’ailleurs j’avais l’impression qu’il y avait un paradoxe dans les débats lorsque la loi a été discutée en hémicycle, si je me souviens bien, tout d’un coup finalement le droit revenait puisque, lorsqu’on leur opposait cette asymétrie des formes et les risque de sur-censure, on disait « vous pourrez aller devant le juge et faire constater la sur-censure ». Tout d’un coup, finalement, le droit normal revenait lorsqu’il s’agissait d’évoquer cette sur-censure.
C’est vrai que l’enjeu de la haine en ligne et l’expression est importante. En plus, on voit bien la difficulté de qualification de ce que va être un propos haineux, ce qui a été qualifié de zone grise, ce qui est, en plus, déjà difficile pour des magistrats, on parlait de la formation. Il y a peut-être aussi cet aspect difficile du travail en termes de formation. Je veux bien votre regard là-dessus également. On parlait de la formation, des moyens de la justice pour contrecarrer ça. Est-ce que ça suffit ? Est-ce qu’il suffit de donner plus de moyens à un magistrat parce qu’il y a aussi une réalité : tous ces propos haineux, tous ces antagonismes qu’on observe en ligne, toutes ces tensions ne sont, en fait, que le reflet développé sur Internet peut-être comme une chambre d’écho. Mais ça s’inscrit aussi dans un contexte politique et on a peut-être tendance un peu à oublier ça. Les moyens de la justice sont effectivement une réponse indispensable, mais est-elle vraiment suffisante, si on ne fait pas aussi ce travail de politique publique ?

Marc Rees : Là-dessus on peut aussi compter sur l’effet des décisions, l’effet épouvantail des décisions. Lorsqu’une personne est condamnée publiquement à une peine juste et sévère pour des propos absolument abjects qui auraient été tenus en ligne, ça peut également servir d’épouvantail et d’effet exemplaire au regard des autres qui seraient tentés. Le droit pénal a aussi cette vocation de servir d’exemple, faire des peines exemplaires pour inciter les autres à ne pas reproduire de telles choses.
Mais là, avec la loi Avia, on n’est pas du tout dans cette stratégie. La stratégie, comme l’expliquait Christiane, c’est cette privatisation, cette délégation d'un service public qui est confié aux mains des acteurs du numérique. On parle des GAFA mais peut-être d’autres aussi, puisque c’est un décret qui viendra fixer le seuil d’activité au-delà duquel la loi Avia va s’appliquer, et on ne sait pas encore ce qu’est ce seuil d’activité. Il y a un flou là-dessus et on va déléguer à ces personnes-là le soin de jouer au juge, jouer au juge mais en 24 heures. Un magistrat, c’est quelqu’un qui est le fruit d’une formation solide faite de stages et de cours théoriques, c’est quelqu’un qui va ausculter des textes, qui va ausculter des dossiers, qui va surtout contextualiser et qui va décider. Il va estimer que là, non, on est dans les limites de la liberté d’expression ; là, par contre, on a été au-delà, ici c’est de l’humour. Je parle d’humour parce que l’OCLCTIC, l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication, qui est une excroissance du ministère de l’Intérieur, qui est chargé de certaines infractions sur Internet, avait demandé un retrait administratif d’un tweet, or il n’avait pas compris que ce tweet était humoristique. C’est finalement la personnalité qualifiée de la CNIL, qui s’appelle Alexandre Linden, qui l’avait remis dans le droit chemin. Il a couché noir sur blanc ce que je dis là dans son rapport annuel, je crois que c’était l’an dernier.
Voilà ! La contextualisation est importante. On ne peut pas s’imaginer ou s’initier magistrat en deux secondes d’un claquement de doigts ; il faut peser le pour et le contre. Là on a des libertés qui sont en jeu, on a la dignité de la personne humaine d’un côté, on a la liberté d’expression, et il faut jouer des plateaux, il faut jouer d’équilibre et savoir s’il n’y a pas un déséquilibre qui est manifeste, auquel cas il faut plaider pour cette suppression. Il faut aussi que les personnes qui tiennent ce genre de propos soient condamnées et il faut qu’elles puissent être condamnables. Mais là, le choix qui a été fait par Lætitia Avia, cette délégation massive pour la plupart des infractions liées à la liberté d’expression, pour moi c’est une erreur forte si ce n’est tragique qui a été faite par le législateur. Je vous rappelle que le texte est actuellement ausculté par le Conseil constitutionnel et on attend sa décision dans les jours à venir.

Étienne Gonnu : Oui, décision qui sera extrêmement importante. Christiane Féral-Schuhl, je vous laisse peut-être le mot de la fin parce que je vois qu’on arrive sur la fin du temps qui nous est alloué.

Christiane Féral-Schuhl : D’abord je voudrais vous remercier de m’avoir donné la possibilité de revenir sur beaucoup de sujets.
En fait, quand on regarde l’Internet, cette zone dite de non-droit, on voit bien que la particularité de l’Internet c’est que certains garde-fous qui existent dans nos textes ont du mal à s’appliquer. Par exemple je pensais à la prescription ou la publicité d’un jugement. En fait, la publicité d’une décision de justice est une sanction. J’ai le souvenir d’avoir plaidé pour ou contre le fait que la décision qui allait être rendue serait publiée ou pas. Aujourd’hui ça n’a plus de sens parce que le jugement est public, le jugement est à la dimension de la planète. On voit bien que la particularité de l’Internet, c’est que, finalement, une situation préjudiciable peut être préjudiciable pour la victime, elle peut aussi dépasser la sanction qui va être prononcée parce qu’on va avoir les vidéos braquées, on voit bien que lorsqu’on parle de la justice médiatique qui se fait en marge, on a à la fois les projecteurs sur ce qui se passe à l’intérieur du tribunal et sur les réseaux. On voit bien que cette notion de justice est tentaculaire et que cette mémoire d’éléphant de l’Internet fait que le préjudice n’est pas réparable, n’est jamais réparable.
En vous écoutant tout à l’heure, je me suis souvenue que j’avais eu un débat avec une journaliste qui était beaucoup sur la liberté d’expression à un moment où moi je rappelais qu’il y avait des fondamentaux dans la justice et notamment le respect du contradictoire, le secret professionnel. Il y a des valeurs qui existent et qui, pour conduire à une justice sereine, nécessitent que tout ne soit pas déballé sur Internet. C’était en lien avec ce rapport qui avait été rendu public par, est-ce que je me trompe, Kenneth Starr qui était le procureur de Bill Clinton au moment de toute cette histoire et où son rapport avait été diffusé sur Internet et, finalement, il n’y avait pas eu de débat contradictoire, on ne savait pas où allait cette affaire.
Tout ça pour vous dire que sur Internet tout est géant. La difficulté est d’arriver à tout canaliser. Et dans cette espèce de boucle gigantesque, il y a, et je terminerai par là, des concepts qui naissent, qui n’ont pas besoin de loi. On va parler du logiciel libre puisque nous sommes sur ce concept. Le concept de partage est né de cette inspiration mutualiste communautaire qui s’est développée avec ce concept et, vous le savez, il y a ces deux notions de gratuité et de liberté, mais, en fait, sur quoi s’appuie le logiciel libre ? Sur la notion de propriété à l’envers. Quand vous analysez ce dont on parle, la caractéristique principale réside dans une liberté encadrée. C’est, à un moment donné, un auteur qui n’a pas renoncé au droit né de la création, qui va dire « c’est parce que je détiens ce droit que je décide que l’utilisation en sera libre ». Il ne pourrait pas le faire autrement. On voit qu’à travers l’Internet sont nés des concepts, des concepts qui n’ont pas été encadrés par la loi et qui, néanmoins, ont fait jurisprudence.
J’en reviens à ce que j’ai déjà évoqué, à savoir que ce qui est important, c’est la prise de conscience de l’individu, du possible et de tout ce qu’on peut faire avec l’Internet. Ce n’est pas parce que c’est un champ illimité que le droit n’a pas vocation à s’y appliquer. Il peut être compliqué de l’exercer, mais il ne faut pas renoncer à l’exercer. C’est ce code de la route, d’une certaine manière, qui fait que les principes d’éthique, toutes ces notions qui émergent, permettent de cadrer les comportements. Et c’est la collectivité, c’est cette approche communautaire, qui permet de réguler. Pour le logiciel libre on y est bien arrivé. Pour le reste on peut y arriver, question de volonté, question de détermination, question de conscience, de conscience individuelle et collective.

Étienne Gonnu : Merci. C’était passionnant et ça méritait largement de prendre ce temps. Vous concluez exactement où je voulais conclure, que la liberté se pense aussi collectivement.
Merci beaucoup Christiane Féral-Schuhl. Merci beaucoup Marc Rees pour cet échange passionnant sur un sujet extrêmement vaste, néanmoins indispensable politiquement.
Je vous souhaite une excellente fin de journée, merci encore d’être intervenus sur Libre à vous !

Marc Rees : Merci beaucoup.

Christiane Féral-Schuhl : Merci. Bonsoir à Marc. Merci à vous et bonne soirée.

Marc Rees : Au revoir Étienne.

Étienne Gonnu : Je vois qu’il est 16 heures 50. Nous allons changer nos habitudes. On va éviter la pause musicale pour être sûrs que Luk puisse tranquillement proposer sa pituite et nous enchaînerons éventuellement ensuite sur la pause musicale.

Chronique « La pituite de Luk » sur Parcoursup et l'éducation en général

Étienne Gonnu : Luk est-ce que tu es avec nous ?

Luk : Oui, tu m’entends ?

Étienne Gonnu : Je t’entends bien.

Luk : Excuse-moi, je ne peux pas parler trop fort, je me suis planqué pour t’appeler. J’avais prévu de venir, mais je crois que je suis victime d’un bug majeur de Parcoursup. Depuis l’audit de la Cour des comptes on sait que son code source est d’une extrême médiocrité, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point. C’est un peu embarrassant à dire, mais bon !
Mon souhait initial était de prendre contact avec une authentique maîtresse, du genre sévère, qui aurait fait chauffer mon petit cul à coups de cravache. Mais ça a mal tourné, j’ai dû me planter de site ou alors Parcoursup a des ramifications inattendues. Le résultat est que je suis affecté à une classe de primaire, coincé avec une authentique maîtresse d’école et c’est bien pire ! Déjà, parce qu’enseigner dans l’Éducation nationale, ça rend pervers. Oui ! Être massivement à gauche tout en faisant tourner un colossal système de reproduction des inégalités sociales est un paradoxe majeur qui marque forcément la santé mentale. Ensuite, parce que l’école c’est comme la prison. Je sens la mauvaise note poindre mais, pour les inégalités, c’est Bourdieu qui l’a dit et, pour la prison, c’est Foucault. Moi, je ne fais que cafter.

L’école où je me trouve est un établissement pilote qui regroupe le top de la pédagogique digitale numérique. Ça reste une authentique école de la République malgré tout. C’est écrit Liberté, Égalité, Fraternité au-dessus de la porte blindée de l’entrée, verrouillée par un contrôle d’accès biométrique et, en plus de ça, équipée d’un portique qui bipe quand on porte du métal. Nos empreintes servent à rentrer dans toutes les classes ou à manger à la cantine. C’est ça, la révolution digitale !
Hier on a fait notre sortie pédagogique à l’Apple Store. En constatant les prix, toute la classe a eu l’ambition de devenir millionnaire. On ne peut pas compter sur l’iPad fourni par l’école. C’est une vieille bouze corrézienne de 2010. Elle était encore accompagnée de son bulletin de vote pour François Hollande quand je l’ai déballée.
A côté du tableau blanc électronique en panne, se trouvent les kits pédagogiques Hadopi avec lesquels on apprend à profiter de l’offre légale. Apprendre à devenir un bon consommateur, c’est important !
Grâce à l’accord Microsoft/Éducation nationale, les gamins téléversent toute leur jeunesse sur Office 365 et ce genre de services qui sont offerts à vil prix. Apprendre à devenir un bon produit, c’est important aussi.

Au fond de la classe, il y a le cadavre momifié du dernier élève qui a utilisé l’ENT [espace numérique de travail], sa page n’a pas encore fini de charger. Du coup, les gamins sont attentifs, ils n’osent pas regarder derrière eux par peur de ses orbites vides qui semblent fixer quiconque le regarde.
Mais bon, ça fait quand même moins peur que la photo qui est affichée au coin où sont assignés les enfants pas sages. On a Najat Vallaud-Belkacem quand elle était ministre de l’Éducation et qu’elle signait l’accord avec Microsoft. J’ai personnellement passé dix minutes au coin avec son sourire de psychopathe à bout portant ; j’ai fait des cauchemars toute la nuit et j’ai même pissé au lit.

La vie scolaire, c’est un peu comme en Chine. Les individus se résument à des notes. On n’a pas encore la reconnaissance faciale dans les classes pour évaluer le niveau d’attention comme là-bas, mais il faut garder espoir.

Bon, il ne faut pas que je traîne de trop parce que je prends des risques. L’autre jour, Manu, un camarade d’école avait tagué « la propriété intellectuelle, c’est le vol » sur le mur. On l’a retrouvé pendu avec une corde à sauter dans les toilettes deux jours plus tard. On a eu une double ration de sensibilisation aux dangers d’Internet et du piratage en cours d’éducation civique après ça.
Et il faut savoir que le renseignement a déployé des IMSI-catchers tout autour de l’école. En plus, c’est aujourd’hui que Castaner vient faire son cours sur le bon usage du LBD 40. S’il me choppe avec un téléphone, il va voir jaune fluo.
En plus ça me coûte une blinde. Un petit morveux me loue un téléphone de contrebande au prix exorbitant d’un Booster Pokemon par minute. Ceci dit, j’ai de la chance d’avoir rencontré cette graine de délinquant ; ça fait longtemps qu’il est dans le business, il a été repéré par les algos prédictifs de Sarkozy quand il avait trois ans. Il a dit qu’il peut me mettre en relation avec une cellule clandestine de libristes de l’Éducation nationale. J’espère pouvoir sortir pour la chronique du mois prochain.

Étienne Gonnu : On espère aussi Luk, que tu puisses enfin nous rejoindre en studio.

Luk : Je crois qu’ils s’approchent. Je te laisse.

Étienne Gonnu : Courage ! Courage à toi !
Après un échange sur la pénalisation d'Internet, on voit bien aussi son utilisation pour restreindre les libertés dans leur ensemble.
Je vois que le temps file et nous arrivons sur la fin de notre émission le temps de quelques annonces.

[Virgule musicale]

Annonces

Étienne Gonnu : Je vous annonce une réunion spéciale du groupe Sensibilisation de l‘April consacrée au projet du Jeu du gnou et plus spécifiquement au quiz sur les enjeux de l’informatique. Elle aura donc lieu jeudi 11 juin 2020 entre 17 heures 30 et 19 heures 30 à distance en utilisant l’instance Jitsi qui est un logiciel de vidéoconférence du Chapril. Les détails sont sur le site.
Ce quiz est le centre du Jeu du gnou qui est un des projets du groupe Sensibilisation animé par ma collègue Isabella Vanni, qui anime notamment la chronique « Le libre fait sa com’ » sur Libre à vous !. Pas besoin d’être spécialiste ni même membre de l’April, la réunion est ouverte à toutes les bonnes volontés et toutes les personnes intéressées par le sujet.

La saison 3 de Libre à vous ! touche à sa fin, la dernière émission devrait se tenir le mardi 30 juin ou le 7 juillet. Les personnes faisant vivre l’émission vont se réunir vendredi 18 juin au matin pour faire un bilan de cette saison écoulée, préparer la quatrième saison qui reprendra en septembre. Là aussi toute contribution est bienvenue par courriel. Vous pouvez nous écrire, nous dire ce qui vous a plu, ce que vous souhaiteriez pour la prochaine saison, ce qui vous a déplu, toute contribution est la bienvenue. Il faut nous écrire avant le 18 juin à libreavous tout attaché @ april.org [libreavous@april.org]. On me dit que cette réunion sera publique via Mumble. On vous redonnera, bien sûr, toutes les informations nécessaires.

Notre émission se termine. Je vais remercier toutes les personnes qui ont participé à cette émission : Marie-Odile Morandi, Christiane Féral-Schuhl, Marc Rees, l’incroyable Luk.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari depuis le studio de Cause Commune
Merci également à Sylvain Kuntzmann, bénévole à l’April, Olivier Grieco, directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts. Merci également à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpe le podcast complet en podcasts individuels par sujets, et à Frédéric Couchet, délégué général de l’April et principal artisan de Libre à vous!.

Vous retrouverez toutes les références utiles sur notre site, april.org, ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes les remarques et questions sont les bienvenues à l’adresse libreavous@april.org comme mentionnée plus tôt.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et également à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

Nous vous souhaitons de passer une très belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 16 juin à 15 heures 30, le sujet est encore en construction, en tout cas d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (23 juin 2020)

ven, 06/19/2020 - 15:55
Start: 23 Juin 2020 - 15:30End: 23 Juin 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

70e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 23 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • sujet principal : le réemploi informatique, le reconditionnement pour la réutilisation avec Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique
  • la chronique « Partager est bon  » de Véronique Bonnet, professeur de philophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide ».
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son retour d'expérience sur la recherche d'un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 23 juin 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 23 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Réunion à distance du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 18 juin 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15)

mer, 06/17/2020 - 11:46
Start: 18 Juin 2020 - 17:15End: 18 Juin 2020 - 17:15

Le groupe de travail Sensibilisation ?

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas). Dans la période actuelle, les réunions ont lieu à distance.

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu jeudi 18 juin en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment.
Nous allons notamment passer en revue les propositions d'amendements au quiz sur les enjeux de l'informatique (voir ci-dessous) et réfléchir à la formulation de nouvelles questions.

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo

Quiz enjeux de l'informatique

C'est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Les questions, du type QCM ou vrai/faux, sont au cœur de l'expérience de sensibilisation dans le Jeu du Gnou (voir ci-dessous). En même temps, elles constituent une ressource de sensibilisation à part entière et pourront être utilisées et partagées dans beaucoup de contextes différents (stands, ateliers, sites web, etc.).

Le pad avec les questions déjà (ou presque) finalisées (à partir de la ligne 82).

Le pad pour proposer de nouvelles questions.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

#69 – Au cœur de l’April – Label Territoire numérique libre – StopCovid - « Libre à vous ! » diffusée mardi 16 juin 2020 sur radio Cause Commune

mar, 06/16/2020 - 15:30

Au programme : « au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement ; la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez sur l'application StopCovid ; présentation du label Territoire Numérique Libre.

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 69e émission :

  • sujet principal : « au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April (Antoine Bardelli, Magali Garnero, Quentin Gibeaux, Isabella Vanni, Laurent Poujoulat, Frédéric Couchet) parlent des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Posez-nous toutes vos questions, soit avant l'émission, soit pendant le direct, nous y répondrons
  • la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui porte sur l'application StopCovid sous l'angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices
  • Interview de Béatrice Pradillon, de l'ADULLACT, pour présenter le label Territoire Numérique Libre
  • diverses annonces
Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

-->

S'abonner au podcast

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour la chronique de Noémie Bergez
  3. Références pour la partie « Au cœur de l'April »
  4. Références pour la partie sur le label Territoire Numérique Libre
  5. Références pour la partie sur les annonces diverses
  6. Pauses musicales
  7. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Magali Garnero, administratice de l'April
  • Antoine Bardelli, bénévole à l'April
  • Quentin Gibeaux, bénévole à l'April
  • Laurent Poujoulat, bénévole à l'April
  • Béatrice Pradillon, responsable communication de l'ADULLACT
  • Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune
  • William Agasvari, de radio Cause Commune, à la régie

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble. Vous pouvez tester et utiliser ce logiciel sur Chapril.org.

Références pour la chronique de Noémie Bergez Références pour la partie « Au cœur de l'April » Références pour la partie sur le label Territoire Numérique Libre Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2020

lun, 06/15/2020 - 21:30

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[France Culture] «Les Communs»: une alternative à la propriété ou une propriété alternative?

Le vendredi 12 juin 2020.

Jardins partagés, habitats participatifs, plateformes d'échanges de services, logiciels libres…, : « Les Communs » sont de plus en plus présents dans notre quotidien.

[Le Monde.fr] Logiciels libres et école à distance: la sortie de la suite «Apps.education» précipitée par le confinement

✍ Bastien Lion, le mardi 9 juin 2020.

En pleine crise sanitaire, le ministère de l’éducation nationale a déployé la première version d’une plate-forme d’outils numériques pour les professeurs, composée de logiciels respectueux des réglementations sur les données des utilisateurs.

Et aussi: Voir aussi: [usine-digitale.fr] Que reproche-t-on au Health Data Hub, attaqué devant le Conseil d'Etat?

✍ Alice Vitard, le mardi 9 juin 2020.

Le déploiement du Health Data Hub est attaqué devant le Conseil d’Etat. Les requérants estiment que cette base de données médicales portent atteinte à la vie privée des 67 millions de Français. Le choix de l’hébergeur, Microsoft, est au centre des plaintes.

Et aussi: Voir aussi: [LeMagIT] Visioconférence sécurisée: les options françaises ou open source

Le mardi 9 juin 2020.

Pour les fonctions et les conversations critiques, il existe de nombreuses alternatives simples, françaises ou open source, afin d’éviter un risque d’espionnage désormais inutile.

Voir aussi: [ZDNet France] Les vulnérabilités des projets open source populaires ont doublé en 2019

✍ Catalin Cimpanu, le lundi 8 juin 2020.

Jenkins et MySQL sont les projets dont les vulnérabilités ont le plus souvent été exploitées par des attaquants au cours des cinq dernières années.

Assemblée générale de l'April

lun, 06/15/2020 - 15:16
Start: 27 Juin 2020 - 14:00End: 27 Juin 2020 - 17:00

L'assemblée générale de l'April, qui devait se tenir samedi 21 mars 2020 à l'Université Paris 8 à Saint-Denis, avait dû être reportée suite au confinement de la population. Au vu des conditions sanitaires actuelles il n'est pas possible d'organiser l'assemblée générale dans les conditions habituelles, c'est-à-dire avec un rendez-vous physique, convivial.

L'assemblée générale se déroulera exclusivement en ligne. L'assemblée générale aura lieu le samedi 27 juin 2020 à partir de 14h, grâce à la solution de visioconférence BigBlueButton, sur un serveur mis gracieusement à notre disposition par la société Octopuce que nous remercions chaleureusement. Cette solution permettra aux membres à jour de cotisation de voter en direct le 27 juin. Il sera également possible de voter avant l'assemblée générale grâce à l'outil de vote en ligne habituel.

Samedi 27 juin, à partir de 13h, connectez vous sur votre espace membre. Vous aurez alors un lien pour accéder au salon BigBlueButton qui sera utilisé pour l'assemblée générale.

Pour toute question d'ici le 27 juin, les membres peuvent nous contacter par courriel.

Réunion de bilan « Libre à vous ! » saison 3 et préparation de la saison 4

lun, 06/15/2020 - 12:50
Start: 19 Juin 2020 - 10:30End: 19 Juin 2020 - 12:00

L'April propose depuis mai 2018 l'émission « Libre à vous ! », chaque mardi de 15h30 à 17h sur radio Cause Commune. La fin de saison pour l'émission approche, dernière émission a priori le 7 juillet 2020, puis pause estivale, avec un objectif de reprise au mardi 1er septembre. L'heure d'un point d'étape auquel vous pouvez participer.

Nous organisons une réunion pour échanger sur le bilan de la saison 3, et préparer la saison 4. Cette réunion aura lieu vendredi 19 juin de 10h30 à 12h maximum. Cette réunion sera ouverte à toute personne qui le souhaite. Elle aura lieu sur le serveur Mumble de l'April dont l'adresse est mumble.april.org, dans le salon Cause Commune. N'hésitez pas à vous connecter avant 10h30 pour d'éventuels tests.

Si vous ne pouvez pas participer à cette réunion, n'hésitez pas à contribuer avant la réunion en nous signalant ce qui vous plaît dans l'émission, des points de vigilance/d'amélioration, des suggestions pour la saison 4.

Vous pouvez le faire sur le bloc-notes dédié à l'émssion à partir de la ligne 953 (ou cherchez « bilan après 3e saison et préparation de la saison 4 »). Vous pouvez également le faire par courriel.

Participer à la réunion via Mumble

Pour participer à la réunion, il faut installer soit installe un client Mumble sur votre ordinateur, soit utiliser un navigateur web et se connecter à l'adresse https://mumble.april.org/.

Sur la version web, par défaut, pour pouvoir parler il faut appuyer et maintenir appuyées les touches Ctrl et Majuscule (shift) (c'est le mode Appuyer pour parler).

Sur le client Mumble cela dépendra de la configuration que vous choisirez, le plus simple est d'utiliser l'assistant de configuration qui vérifier casque, micro et permettra de configurer le mode pour pouvoir parler.

Pour installer le client Mumble sur ton poste il y a un bon tutorial fait par Framasoft. Au moment de la configuration il faut remplacer le serveur Mumble de Framasoft par celui de l'April : mumble.april.org avec le port par défaut.

Pour la réunion utilisera le salon Cause Commune. Il faut faire un double-clic sur le nom du salon pour le rejoindre.

La souveraineté numérique, c'est quoi en fait ? - Décryptualité du 8 juin 2020

jeu, 06/11/2020 - 14:19


Titre : Décryptualité du 8 juin 2020 - La souveraineté numérique, c'est quoi en fait ?
Intervenant·e·s : Mag - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 8 juin 2020
Durée : 14 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 23 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Point d’interrogation bonhomme blanc 3D, Fotomelia - Creative Commons Deed CC0.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

La notion de souveraineté dans le domaine de l'informatique refait son apparition de temps à autre. Mais de quoi s'agit-il au final ?

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 23. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc. Je t’ai manqué hein !

Luc : Mais qui êtes-vous Madame ? Qu’a-t-on au sommaire cette semaine ?

Mag : On a quatre petits articles, mais ils ne sont pas mal.
Techniques de l'Ingénieur, « Souveraineté numérique : une fausse bonne idée ? », par Philippe Richard.

Manu : La souveraineté numérique c’est un sujet vaste qu’on va essayer d’aborder juste après parce qu’il y a plein de choses qui tournent autour de ça.

Mag : Le Monde Informatique, « Hambourg évalue une migration de Microsoft à l'open source », par Jacques Cheminat.

Manu : Il s’agit effectivement d’une migration qu’on a déjà abordée pour Munich et qui concerne là une autre ville. Le sujet est à peu près du même ordre. Il est vrai qu’il y a beaucoup d’alternances politiques qui font qu’il y a des choix qui en découlent, qui sont des choix sur le logiciel libre ou sur le logiciel privateur.

Mag : Alternatives-economiques, « Masques, valves, ventilateurs… L'impression 3D au secours des soins », par la rédaction.

Manu : Il s’agit de matériel libre et le fait de pouvoir imprimer rapidement des outils qui sont utiles, notamment dans le cadre de la pandémie, qui met en avant toute cette notion, toute cette nouvelle manufacture en utilisant l’impression 3D ; c'est quelque chose d’assez novateur finalement. On en parle déjà depuis quelque temps mais là ça a percolé, ça a vraiment percé.

Luc : Parallèlement à ça il y a un certain nombre d’articles qui sont parus sur le fait que les makers lâchent le morceau parce que maintenant que l’urgence est passée on leur dit que leur matériel n’est pas conforme aux normes et, évidemment, il faut être un industriel bien installé si on veut respecter toutes ces normes-là.

Mag : Contrepoints, « Tirer profit du Big Data sans compromettre nos libertés », par Philippe Mösching.

Manu : C’est un sujet assez original par rapport à ceux qu’on aborde d’habitude. Il s’agit de vie privée, de données personnelles et une idée qui viendrait, je crois, d’un parti libéral français, met en avant cette possibilité de donner une valeur monétaire à nos données personnelles pour s’assurer que quand Facebook ou une autre entreprise les utilise, les partage, les travaille, eh bien elle doit nous compenser en retour d’une certaine somme qui serait à déterminer, par exemple sous forme de contrat, en tout cas sous une forme de propriété.

Mag : De quoi on parle ce soir ?

Luc : On avait dit qu’on parlait de souveraineté numérique, un sujet qu’on avait déjà abordé un petit peu sous un certain angle, en racontant notamment ce qui s’était fait en France sur le sujet. Il y a cet article dans la revue de presse qui en parle et qui pose la question : est-ce que c’est une bonne idée ou pas ?

Manu : Eux commencent en abordant le sujet du point de vue de StopCovid parce qu’il s’agit de quoi ? Il s’agit notamment d’une souveraineté : la France veut pouvoir contrôler ce qui se passe pour le contrôle de la pandémie.

Luc : Du coup ça pose plein de questions parce que c’est une application qui surveille qui rencontre qui et on peut très facilement deviner où. En termes de libertés publiques ça pose plein de problèmes, mais, en même temps, certes, on pourra dire que quand on est dans une situation grave, de danger, avec plein de morts à la clef, eh bien il y a un moment où les règles tranquilles doivent sauter pour laisser la place à un système beaucoup plus bordé.

Mag : En gros, tu es en train de dire c’est trop tard. StopCovid c’était bien pendant le confinement, mais maintenant qu’on en est sorti et qu’on applique les gestes barrières, c’est inutile ?

Luc : Je n’en sais rien. En tout cas certaines personnes le disent et on peut se dire qu’il y aura peut-être une deuxième vague et que ça serait utile. Je crois savoir qu’en Australie ils ont un logiciel comme ça qui a donné des résultats extrêmement médiocres. Après il y a toujours cette question de dire : est-ce qu’il faut avoir un système de surveillance complet sur la totalité de la population alors qu’on a peut-être d’autres solutions qui ne sont pas aussi risquées en termes de libertés publiques.

Manu : Justement, c’est ça qui nous intéresse du point de vue de la souveraineté. il y a des solutions que d’autres pays ont mises en avant. Parfois c’est l’Europe qui essaye de travailler là-dessus. La Grande-Bretagne a aussi une solution à elle qu’elle est en train d’essayer de déployer et qui a l’air d’être très problématique techniquement. Il y a Google, Microsoft et Apple qui, par l’intermédiaire de leurs téléphones portables et de leurs systèmes d’exploitation, essayent aussi de mettre des applications à eux mais qui, justement, ne sont pas gérées par les États ce qui pose encore d’autres problèmes ; ce sont les entreprises ou les nations.

Mag : Je ne me vois pas aller mettre mes données personnelles chez Apple, Microsoft ou Facebook !

Luc : Tu es une exception ! En fait plein de gens le font et c’est une des choses qui est critiquée. À partir d’un certain moment, on posait la question la semaine dernière : quand est-ce qu’on cesse de considérer ce genre de très grosse entreprise, ces gros réseaux sociaux comme des réseaux privés et qu’on dit qu’ils sont devenus tellement énormes que ça devient des biens publics ? Eh bien, de la même façon, ils commencent à avoir tellement de poids et ils vont se répandre dans la santé et dans la banque également que ça pose aussi cette question de dire : est-ce qu’ils ne sont pas en train de prendre des missions dites régaliennes qui sont tellement importantes qu’ils vont finir par avoir le pouvoir et rendre nos systèmes politiques complètement caduques.

Mag : Je trouve ça assez tragique que des entreprises soient plus puissantes que des États.

Luc : Oui. Après tu peux dire que ça dépend de l'État et que ça dépend de l’entreprise. Effectivement, une entreprise c’est géré par la recherche du profit, c’est le principe de base. Un État, en tout cas on l’espère, est censé se doter de systèmes de contre-pouvoirs, de contestation, tout ça est très loin d’être parfait bien entendu, mais ce sont des choses qu’on n’a pas dans une entreprise où effectivement c’est le profit, c’est privé, c’est comme ça.

Manu : C’est intéressant. Il y a un rapport1 du Sénat qui est sorti et l’April2 est en train de les travailler un peu au corps pour faire comprendre que le logiciel libre c’est une alternative, les licences libres sont utiles pour l’État et les administrations, et pour éviter d’enfermer les gens. Ça n’empêche oui, les logiciels peuvent être libres, peuvent être décentralisés, mais les données elles-mêmes souvent c’est plus compliqué. On a entendu parler il y a quelques semaines que notamment les données de santé françaises sont en train d’être exportées, je crois que c’est à Microsoft aux États-Unis. Je pense que ce sera un sujet qu’on abordera une prochaine fois parce que c’est assez touffu et assez large. C’est Health Data Hub3, il me semble, et ça devrait être un sujet en soi.

Luc : On a l’équivalent en Grande-Bretagne. L’équivalent de la Sécurité sociale là-bas a signé un accord avec Amazon pour que les Britanniques puissent choisir de déléguer la gestion de leurs données de santé à Amazon.
Derrière, évidemment, c’est beaucoup d’argent, il y a une dimension économique.

Manu : On dit souvent que c’est le pétrole du 21e siècle.

Luc : Oui. Il ne faut pas le négliger puisque c’est important. Sur cette question de la souveraineté on rappelle qu’on en avait parlé à l’occasion de ce qui avait été tenté il y a quelques années avec le cloud souverain.

Manu : Oui. Ça fait rire Magali juste à côté.

Mag : Je suis désolée !

Manu : Pourtant c’était des milliards et des milliards, des milliards de l’État français.

Luc : Des milliards je ne sais plus, en tout cas des centaines de millions. L’idée était d’avoir des entreprises françaises qui puissent héberger les données, en gros faire du cloud. Je crois que c’est le grand emprunt de Sarkozy qui avait servi à financer ça, des boîtes avaient été montées dans lesquelles on avait retrouvé toutes les grosses boîtes françaises habituelles, les Orange, les Thalès, les machins comme ça, qui sont des grosses boîtes dans lesquelles les grands fonctionnaires pantouflent ; il y a des allers-retours, ce sont des copains. Ça avait fait beaucoup jaser parce que déjà l’époque il y avait des PME françaises qui offraient des services en cloud. Peut-être que si on avait voulu un cloud souverain il aurait fallu financer ces gens qui savaient déjà faire pour qu’ils fassent mieux et plus vite et non pas donner de l’argent aux copains qui ont démarré de zéro et qui se sont plantés.

Manu : Il me semble que c’est même pire que ça, c’est qu’avec ces nouvelles boîtes qui s’étaient créées à côté ils sont allés faire du braconnage et récupérer des talents qui travaillaient dans ces boîtes déjà existantes, déjà installées, qui ne fonctionnaient pas mal. Et les nouvelles qui se sont installées, avec ces projets, elles ont grossi, elles se sont mises en place et finalement elles ont fait pouf ! Elles se sont écroulées.

Luc : Eh oui, parce qu’en fait elles n’ont pas généré vraiment d’activité, c’était en déficit assez considérable et, en plus de ça, il n’y avait pas de vision claire sur la stratégie, donc tout le monde s’est étripé.
Par rapport à ce truc-là et par rapport à cette notion de souveraineté, pour moi ça éclaire aussi cette vision, indépendamment de l’intérêt économique et du pantouflage que je mentionnais, c’est aussi qu’avoir des PME françaises qui offrent des services, ça ne rentre pas manifestement pas dans la notion de souveraineté. On va se dire qu’avoir nos gros champions nationaux où on a nos copains qui sont à la tête, là ça devient souverain. On retombe sur cette question qu’on évoquait tout à l’heure avec Stop-Covid, cette question de maîtrise et le fait d’avoir du pouvoir sur le système. Effectivement, si ce sont des PME qui ne sont redevables de rien par rapport à l’État et disent « on mène nos affaires comme on a envie », l’État se dit « on n’est pas dans du souverain puisqu’on n’a pas le pouvoir dessus, ou pas beaucoup ».

Manu : Ça paraît bien correspondre. Effectivement, on peut entendre souverain comme j’ai la main, j’ai le pouvoir, je contrôle, j’organise et ça, ça marche bien quand ce sont des grosses boîtes avec lesquelles je travaille d’habitude et peut-être que les petites, oui, ce sont des choses qui t’échappent. On connaît d’autres exemples : il y a des États qui sont moins libéraux, on va dire, et qui essayent de contrôler plus que leur cloud, qui essayent de contrôler leur internet, leur informatique, les machines et qui y arrivent dans une certaine mesure.

Luc : La Chine y arrive plutôt bien !

Manu : Je rajouterais la Russie qui a déjà mis en place un Internet un peu contrôlé. Ils ont fait des expériences pour tester et il semblerait qu’ils ont réussi à se couper du reste d’Internet. Donc ils arrivent à avoir un Internet à eux et qui, à priori, peut se débrancher quand ils en ont besoin.

Luc : Du coup, c’est un vrai projet pour eux. C’est un truc où ils se sont dit il faut qu’on soit indépendants. Il faut qu’on puisse se couper du reste d’Internet. En Chine, tous les grands services, les réseaux sociaux, les grands sites marchands, etc., tout ça est chinois ; la population est très largement surveillée, les services sont chinois, les entreprises sont main dans la main avec le pouvoir politique. Les gens sont très largement surveillés avec le système de notation chinois qu’on avait évoqué ici. C’est du business, ça fait de l’argent, ça leur en rapporte beaucoup, mais il s’agit bien de contrôler son économie, sa population.

Mag : Mais là vous êtes dans le contrôle, vous êtes dans le côté négatif. Le souverain ce n’est pas forcément négatif, on peut très bien faire du local, du local bio et du local bien.

Luc : Dans ce cas-là pour moi ce n’est pas souverain. Dans ce cas-là c’est du local.

Manu : À mon avis, on est sur des notions qui sont proches et effectivement il y a des choses à ne pas mélanger. Parfois, quand j’entends parler de souverain, moi je vois venir, même si on n’y est pas forcément, national. National, nationaliste, c’est un lien qu’il faut éviter de faire, je trouve, dans beaucoup de cas.

Luc : Après, ça dépend du sens que tu mets dessus. Si on fait un parallèle avec un sujet non informatique qui va être par exemple la crise du Covid-19, à un moment l’État dit « restez chez vous c’est confinement ». De deux choses l’une, soit les gens font, dans ce cas-là on peut dire que l’État fonctionne et qu’il y a une forme de souveraineté. Soit les gens disent massivement « eh bien non, on n’en a rien à foutre, vous pouvez raconter ce que vous voulez, on ne reconnaît aucune autorité à l’État et on décide de ne pas le respecter », eh bien l’État ne peut rien faire. Si la population dans son ensemble refuse d’obéir, il ne peut pas se mettre à tirer dans le tas ! Il peut le faire, mais on voit tout de suite que ça ne va pas très loin en fait.
Pour moi la souveraineté c’est ça, c’est une notion politique : est-ce que le pays est gouvernable avec des gens qui décident de reconnaître une légitimité à un État qui va leur donner des ordres et ce genre de choses ou pas.

Manu : Ça marche assez bien, ce sont les limites. C’est justement quand l’État veut contrôler en utilisant Stop-Covid — c’est une manière de contrôler ou, en tout cas, d’avoir un levier sur la population et sur la pandémie —, mais il faut qu’ils aillent jusqu’au bout d’un État démocratique qui ne veut pas juste contrôler. Il faut qu’ils mettent leur logiciel en libre, complètement, il faut qu’ils le partagent et il faut qu’ils essayent de le travailler à l’international, c’est-à-dire monter une communauté, partager avec d’autres États, avec des entreprises — c’est justement une des particularités du Libre, on ne se limite pas — et s’assurer que ce logiciel n’est pas qu'un logiciel franco-français fait par l’administration.

Luc : Pour moi, cette question de la souveraineté est d’abord politique ; c’est une question de pouvoir. Le logiciel libre est un outil qui peut être très utile pour l’État, mais ce n’est pas une solution en soi, peut-être même au contraire parce que les libertés individuelles, d’une certaine façon, peuvent se heurter à la volonté de pouvoir.
Je pense que cette question de souveraineté va s’exprimer à l’avenir par rapport à des questions de rivalité entre États. Quand on pense aux usines à trolls, au site d’information russe qui, en parallèle, va mener des campagnes pour essayer de peser sur des élections, tout ça c’est, du point de vue de ces pays-là, tu avais cité la Russie, également de la souveraineté numérique, c’est-à-dire qu’ils vont utiliser Internet et leur informatique comme un outil, comme une arme pour peser dans les rivalités entre pays.
Je pense que la crise du covid a révélé ça, ne serait-ce que sur la dépendance qu’on avait aux usines chinoises. Les élections de Trump, notamment, ont souligné ça et je pense que ça commence à faire pas mal de domaines dans lesquels le pouvoir politique a pris conscience de son impuissance sur Internet.

Manu : Avec tous ces changements qui sont en cours et qui vont arriver, on a parlé de l’impression 3D, c‘était un des exemples pour ramener des choses et les produire localement ; avec l’impression 3D je crois qu’on est précisément dedans. Mais oui, on peut relocaliser, on peut réintroduire une forme de pouvoir sur ce qu’on a et sur ce qu’on fait et oui, le logiciel libre, la communauté du Libre c’est quand même un bon levier pour ça.

Mag : Si les politiques se rendent compte qu’ils n’ont aucun pouvoir de contrôler Internet, ils vont peut-être passer à autre chose et arrêter d’essayer de contrôler. Ce serait bien ça, non ? OK ! Je retourne dans mon monde de Bisounours.

Luc : Je fais une prédiction, j’aime bien de temps en temps, ce sera faux nécessairement, mais je fais la prédiction que d’ici à quelques années la question géostratégique de la sécurité militaire, de l’espionnage, de la désinformation, déstabilisation par les puissances étrangères va prendre de plus en plus d’ampleur et que ça viendra télescoper nos libertés sur Internet.

Manu : C’est un peu négatif. On espère et on va travailler à ce que n’arrive pas et qu’on puisse garder nos libertés entre nos mains et les faire fructifier telles qu’elles sont là.
Je vous dis à la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Luc : À la semaine prochaine. Salut.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (16 juin 2020)

jeu, 06/11/2020 - 09:57
Start: 16 Juin 2020 - 15:30End: 16 Juin 2020 - 17:00 <?php add_metadata_social_networks("https://april.org/files/libre-a-vous/lav-1200x630-2.jpg","Bannière de l'émission"); ?>

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

69e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 16 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • notre sujet principal : « au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Posez-nous toutes vos questions, soit avant l'émission, soit pendant le direct, nous y répondrons
  • la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera sur l'application StopCovid sous l'angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices
  • Interview de Béatrice Pradillon, de l'ADULLACT, pour présenter le label Territoire Numérique Libre

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 16 juin 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 16 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Collectivités, participez à l'édition 2020 du label Territoire Numérique Libre

jeu, 06/11/2020 - 08:51

Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label « Territoire Numérique Libre » avant le 15 octobre 2020 minuit.

Le label « Territoire Numérique Libre » est une initiative de l'ADULLACT (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales), destinée à mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises. Depuis sa première édition en 2016 son objectif est aussi d'y promouvoir l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts ainsi que la mise à disposition de données ouvertes.

L'April fait partie du Comité d'Orientation du label et du jury, et a travaillé de concert avec d'autres acteurs ainsi qu'avec l'ADULLACT pour produire et mettre à jour le questionnaire et le règlement de ce label.

Pour en savoir plus et pour candidater, consulter le site web du label « Territoire Numérique Libre ».

#68 - Internet, une zone de non-droit ? - Mark Zuckerberg - Parcoursup - « Libre à vous ! » diffusée mardi 9 juin 2020 sur radio Cause Commune

mar, 06/09/2020 - 15:30

Au programme : « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne. La chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook ». La pituite de Luk sur Parcoursup et l'éducation en général.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 68e émission :

  • notre sujet principal : « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne. Nous en discuterons avec Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, avocate spécialiste des nouvelles technologies et Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact.
  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook », à partir de la transcription de deux épisodes de l'émission Le code a changé.
  • la chronique « La pituite de Luk » sur Parcoursup et l'éducation en général.
  • nous terminerons par diverses annonces
Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

-->

S'abonner au podcast

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi « les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture »
  3. Références pour la partie sur le droit et internet
  4. Références pour la Pituite de Luk
  5. Références pour la partie sur les annonces diverses
  6. Pauses musicales
  7. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcription et administratrice de l'April
  • Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, avocate spécialiste des nouvelles technologies
  • Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact.
  • Luk

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble. Vous pouvez tester et utiliser ce logiciel sur Chapril.org.

Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi « les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » Références pour la partie sur le droit et internet Références pour la Pituite de Luk Références pour la partie sur les annonces diverses
Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 11 juin 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mar, 06/09/2020 - 12:48
Start: 11 Juin 2020 - 17:15End: 11 Juin 2020 - 19:30 Le groupe de travail Sensibilisation ? L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement. Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. Dans la période actuelle, les réunions ont lieu à distance.

Une réunion spéciale consacrée au projet « Quiz enjeux de l'informatique » (voir ci-dessous) aura lieu jeudi 11 juin 2020 à distance. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. Nous allons notamment réfléchir à la formulation de questions sur les libertés fondamentales garanties par le logiciel libre.

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo

Quiz enjeux de l'informatique

C'est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Les questions, du type QCM ou vrai/faux, sont au cœur de l'expérience de sensibilisation dans le Jeu du Gnou (voir ci-dessous). En même temps, elles constituent une ressource de sensibilisation à part entière et pourront être utilisées et partagées dans beaucoup de contextes différents (stands, ateliers, sites web, etc.). Le pad avec les questions déjà (ou presque) finalisées. Le pad pour proposer de nouvelles questions.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers). L'équipe doit atteindre la fin du parcours en un nombre de tour pré-défini. Au passage, elle se trouve confrontée à des dangers qui peuvent être éliminés à l'aide de protections. Ces protections peuvent être acquises à certains endroits du parcours ou transmises par un autre joueur. Cette acquisition nécessite de répondre correctement à un quiz. La page wiki du projet.

Décryptualité du 8 juin 2020 - La souveraine numérique, c'est quoi en fait ?

mar, 06/09/2020 - 00:49

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 8 juin 2020 (14 minutes)

La notion de souveraineté dans le domaine de l'informatique refait son apparition de temps à autre. Mais de quoi s'agit-il au final ?

Decryptualité sur Mastodon

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Revue de presse de l'April pour la semaine 23 de l'année 2020

lun, 06/08/2020 - 20:49

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Alternatives-economiques] Masques, valves, ventilateurs… L'impression 3D au secours des soins

Le vendredi 5 juin 2020.

Des phases de croissance accélérée de la pandémie de Covid-19 ont débouché sur des crises sanitaires fulgurantes. Celles-ci ont conduit à des cas de saturation de l’infrastructure hospitalière et des dispositifs médicaux.

[Techniques de l'Ingénieur] Souveraineté numérique: une fausse bonne idée?

✍ Philippe Richard, le vendredi 5 juin 2020.

Le lancement de l’application de traçage StopCovid a été l’occasion d'évoquer à nouveau l’idée de souveraineté numérique. Plusieurs projets ont été lancés en France pour relever ce défi. Sans grande réussite…

Voir aussi: [Le Monde Informatique] Hambourg évalue une migration de Microsoft à l'open source

✍ Jacques Cheminat, le mercredi 3 juin 2020.

Open Source: Suivant les traces de Munich, la ville de Hambourg a entamé une réflexion pour adopter des logiciels libres à la place des solutions Microsoft.

[Contrepoints] Tirer profit du Big Data sans compromettre nos libertés (4/5)

✍ Philippe Mösching, le lundi 1 juin 2020.

Analyse de la proposition de Génération Libre qui souhaite voir nos données rémunérées en échange de leur collecte. Une idée qui ne protège pas nos libertés..

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 2 juin 2020

lun, 06/08/2020 - 17:55


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 2 juin 2020 sur radio Cause Commune
Intervenants : Nicolas Dandrimont - Christian Quest - Laurent Costy - Étienne Gonnu - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 2 juin 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration :
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Entretien avec Nicolas Dandrimont, ancien président de Debian France et membre de l'équipe travaillant sur le projet Software Héritage
  2. Échange avec Christian Quest, collaborateur de la députée Paula Forteza, coprésidente du groupe Écologie Démocratie Solidarité, sur le travail parlementaire à l'Assemblée nationale
  3. Entretien avec Laurent Costy, vice-président de l'April, en charge du groupe Libre Association, comment les associations ont pu s'adapter au confinement
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
L’envers du décor du travail parlementaire, c’est le sujet principal de l’émission du jour avec également au programme des nouvelles de Nicolas Dandridont avec qui nous échangerons sur Debian et sur Software Heritage, des nouvelles de Laurent Costy sur les associations dans la période de confinement.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Cause Commune sur la bande FM c’est de midi à 17 heures puis de 21 heures à 4 heures en semaine, du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures ; sur Internet c’est 24 heures sur 24. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile et elle diffuse désormais en DAB+ 24 heures sur 24 ; le DAB+ c’est la radio numérique terrestre avec notamment un meilleur son et c’est le terme officiel choisi par le CSA. Le DAB+ est gratuit, sans abonnement, pour le capter il faut juste avoir un récepteur compatible avec la réception DAB+.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Étienne Gonnu chargé des affaires publiques pour l’April.
Le site web de l’April est april.org. Vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission, et également les moyens de contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours en indiquant ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.

Nous sommes mardi 2 juin 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme détaillé de cette émission.

  • Nous commencerons donc par prendre des nouvelles de Nicolas Dandrimont de la communauté Debian et qui travaille sur le fabuleux projet Software Heritage.
  • D’ici 15/20 minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur le travail parlementaire. Nous devions recevoir la députée Paula Forteza mais, étant finalement indisponible, nous aurons le plaisir de recevoir un de ses collaborateurs parlementaires, libriste convaincu, Christian Quest.
  • En fin d’émission nous prendrons des nouvelles de Laurent Costy, vice-président de l’April, animateur du groupe Libre Association et nous ferons un point avec lui sur comment les associations ont pu, ont dû même s’adapter pendant la période de confinement.

À la réalisation de l’émission, William Agasvari.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Entretien avec Nicolas Dandrimont, ancien président de Debian France et membre de l'équipe travaillant sur le projet Software Héritage

Étienne Gonnu : Normalement j’ai le plaisir d’être avec Nicolas Dandrimont. Est-ce que tu es avec nous ?

Nicolas Dandrimont : Oui bonjour.

Étienne Gonnu : Comment ça va déjà ?

Nicolas Dandrimont : Tout va bien avec ce beau temps et les oiseaux qui chantent dehors c’est assez chouette.

Étienne Gonnu : Oui, ça fait du bien au moral, c’est sûr.
On avait eu le plaisir de te recevoir dans une émission sur les distributions GNU/Linux, le 30 avril 2019, on mettra le lien sur la page de l’April, pour nous parler de Debian puisque tu es très engagé dans la communauté de cette distribution libre, tu as même été président de Debian France, si je ne me trompe pas. Pour nos auditeurs et auditrices qui n’auraient pas le plaisir de te connaître, est-ce que tu pourrais te présenter rapidement s’il te plaît ?

Nicolas Dandrimont : Oui. Nicolas Dandrimont, je suis développeur de logiciels libres, depuis longtemps maintenant, ça va faire 12 ans à peu près. Je suis pas mal actif effectivement dans Debian et je travaille en tant qu’ingénieur dans le projet Software Heritage qui est un projet d’archivage de tout le patrimoine logiciel de l’humanité.

Étienne Gonnu : Une belle ambition en tout cas.
Du coup j’imagine que le confinement a dû potentiellement t’impacter, comme tout le monde d’ailleurs. Professionnellement dans le cadre de ton travail sur Software Heritage et dans le cadre de ton engagement associatif dans la communauté Debian, en commençant par l’un ou par l’autre comme tu le sens, est-ce que tu peux nous expliquer comment a pu se passer cette période pour toi et pour le projet ?

Nicolas Dandrimont : Je crois que le changement principal c’est bien sûr la distanciation physique et le fait que ce soit très compliqué de se rencontrer physiquement. C’est moins vrai sur Debian qui est quand même un projet sur lequel les gens travaillent en ligne, donc on a l’habitude de travailler de manière désynchronisée et à distance. Plus encore, effectivement, pour mon travail au jour le jour sur Software Heritage : c’était assez bizarre de se retrouver du jour au lendemain isolé chez soi sans pouvoir discuter avec son équipe à la pause café. On va dire que ça nous a mis tête la première dans une modalité complètement remote. Je pense que c’est quelque chose qui va continuer au moins pendant quelques mois, puisqu’il y a assez peu de chance qu’on retrouve nos bureaux avant la fin de l’été si ce n’est plus tard.

Étienne Gonnu : Du coup je te propose qu’on commence par Software Heritage puisque tu abordes la question. Vous avez été amenés à télétravailler, j’imagine que du fait de vos profils de travail ce n’était pas trop compliqué techniquement, mais tu pourras me corriger. C’est quelque chose que vous avez déjà l’habitude de faire ou est-ce que ça a été provoqué justement par la situation ?

Nicolas Dandrimont : C’est quelque chose qu’on est habitués à faire à la marge, c’est-à-dire qu’actuellement en tout cas, tous les membres de l’équipe travaillent sur le même site, du coup on se retrouve au bureau tous les jours en temps normal. Mais là, effectivement, on s’est retrouvés à passer en distant par défaut et je pense qu’il y a du bon et du moins bon. C’est assez clair que c’est important pour un projet comme le nôtre qui a une portée mondiale et qui fait un gros travail de collaboration de faire en sorte que nos échanges puissent être suivis même à l’extérieur. Tout notre travail est ouvert à l’extérieur, d’ailleurs c’est quelque chose qu’on veut encore plus favoriser à l’avenir. Par exemple, là on a commencé à travailler sur l’archivage d’une forge de logiciels qui s’appelle Bitbucket, qui a annoncé il y a quelques mois qu’ils allaient fermer au mois de mars – ils ont repoussé cette fermeture avec la pandémie. On a travaillé avec la NLnet Foundation qui est une fondation internationale pour le financement et avec Octobus qui est une entreprise française pour la réalisation du travail d’archivage de Bitbucket, en collaborant, du coup, avec une équipe extérieure, ce qui est une nouveauté pour nous.

Étienne Gonnu : OK. C’est important.
Tu as déjà évoqué Software Heritage. Je pense que tout le monde n’a pas forcément en tête ce qu’est Software Heritage et que ça pourrait justement éclairer ces informations que tu nous donnes. On avait reçu en février 2019 Roberto Di Cosmo qui est à l’initiative du projet, on mettra le lien vers l’émission. Il faut quand même souligner à quel point ce projet est démentiel et fondamental dans son principe. Est-ce que tu pourrais nous le vendre un petit peu ? Nous rappeler un peu ce que c’est dans les grandes lignes ? Plus concrètement, on sait que le projet est porté au sein de l’Inria, c’est vraiment un projet de recherche, je ne sais pas combien vous êtes maintenant à bosser dessus. Est-ce que tu pourrais nous donner ces quelques éléments pour remettre dans le contexte ?

Nicolas Dandrimont : Bien sûr. J’aurais certainement dû le mentionner au début. Software Heritage c’est la bibliothèque d’Alexandrie du logiciel. L’objectif du projet c’est de construire une archive pérenne et intégrale de tout le code source des logiciels développés par l’humanité, que ce soit des logiciels qui sont développés aujourd’hui sous la forme de logiciels libres ou des logiciels plus anciens que l’on souhaite archiver pour la postérité.
En fait, notre projet c’est effectivement une plateforme qui est impulsée par Inria, le grand laboratoire de recherche publique en informatique en France. Ce projet est à vocation internationale, il a vocation aussi à sortir de juste un projet de recherche et à être un projet qui est utilisé évidemment par la communauté de la recherche, mais aussi par l’industrie pour ses besoins et même en tant qu’objet d’héritage culturel de notre société.

Étienne Gonnu : Clairement en tant que libriste, défendant l’éthique du logiciel libre, on voit immédiatement à quel point garder ces archivages pour finalement maintenir la connaissance accessible est extrêmement important. Peut-être qu’on peut même dire que pendant cette période de pandémie où les outils de communication ont joué un rôle fondamental, on voit peut-être là, encore une fois, l’importance d’avoir des outils de qualité dans la durée, sur lesquels on pourra reconstruire. Peut-être que je suis un peu utopiste dans la manière dont je le décris, mais il me semble que c’est à nouveau révélateur de l’importance d’avoir ce genre de bibliothèque.

Nicolas Dandrimont : Je pense que tu as tout à fait raison. Je pense que ce n’est pas utopique et, effectivement, cette situation de pandémie nous l’envoie en pleine face en fait : on a besoin de partager les connaissances de manière massive pour la collaboration de la société toute entière. Pour faire ça, on a besoin de se préparer pour le futur et de construire des infrastructures qui soient transverses, pérennes, collaboratives, sur lesquelles des gens peuvent collaborer de manière ouverte.
Par exemple nous, à Software Heritage, on a pu avoir des retours de certaines personnes qui nous disent on a retrouvé des logiciels qui étaient des objets de recherche il y a cinq ans, dont l’hébergement a disparu et qui, aujourd’hui, reprennent un intérêt nouveau. Je crois que ça c’est le cœur de notre mission et de notre volonté.

Étienne Gonnu : Il y a quand même eu un impact de cette pandémie, des enjeux qui en ressortent pour Software Heritage du coup.
Pour revenir à ton cas personnel, pour revenir un peu à cette idée du télétravail parce que ça a été un peu une arlésienne nos chroniques de prises de nouvelles, comment s’est passé pour toi le télétravail ? Est-ce que c’est vraiment un truc que tu avais, même à la marge, l’habitude de faire, que tu apprécies ou, au contraire, que tu n’aimes pas ? Comment tu as pu te mettre par rapport à ton travail sur ce projet ?

Nicolas Dandrimont : Le télétravail c’était vraiment quelque chose que je n’ai jamais fait entre guillemets « sérieusement ». C’est-à-dire que chez moi je n’ai pas d’installation correcte pour faire du télétravail en temps normal. Là j’ai eu la chance de pouvoir me déplacer chez ma compagne dans un espace plus grand, dans lequel on a pu s’organiser pour avoir chacun des espaces pour travailler sans s’embêter les uns les autres. J’ai récupéré du matériel de mon bureau, en fait j’ai reconfiguré mon bureau chez moi. Mais, comment dire, si on passe à un mode plus pérenne de travail à distance, de télétravail, il est clair que toutes les bonnes pratiques d’ergonomie, de séparation du privé et du travail ne sont pas vraiment mises en place aujourd’hui, donc on est toujours, entre guillemets, sur du « télétravail d’urgence » et pas sur du pérenne.

Étienne Gonnu : OK. Effectivement, donc pour la qualité du travail j’imagine que ça peut avoir un impact.
Est-ce que tu voulais rajouter quelque chose sur Software Heritage, n’hésite pas à en faire de la pub, sinon on peut passer à l’autre sujet qui t’intéresse.

Nicolas Dandrimont : J’ai juste une petite mention. Je parlais de notre collaboration avec l’équipe d’Octobus pour l’archivage de Bitbucket. On a d’autres bourses qui sont ouvertes grâce à la fondation Sloan. Donc si des gens sont intéressés à collaborer avec nous pour améliorer la couverture de notre archive sur les codes sources de logiciels, il y a sur notre site web, sur notre blog softwareheritage.org tout attaché, un appel à projet qui est ouvert pour les gens qui seraient des développeurs et qui seraient intéressés à venir nous aider.

Étienne Gonnu : Ça marche. On ne manquera pas de relayer et je te redemanderai les liens qu’on pourra mettre sur la page consacrée à l’émission pour que les personnes les retrouvent facilement, tu as cité Bitbucket, Sloan Foundation, Octobus, on pourra mettre les liens là-dessus. En tout cas le message est passé.
Du coup je te propose de parler de Debian qui a en plus une actualité ce week-end, les MiniDebConférences on line. C’était une nouveauté il me semble, ou j’ai peut-être mal lu, et j’imagine que c’est en répercussion à la situation de pandémie et de distanciation.

Nicolas Dandrimont : Oui, c’était une première, effectivement. Le projet Debian est un projet qui vit sur Internet. C’est un projet qui est complètement distribué. Les gens sont aux quatre coins du monde et contribuent au projet. On a régulièrement des événements en présentiel, des Debconfs, des conférences Debian, et on a des MiniDebConfs qui sont des minis conférences Debian qui ont lieu à peu près sur un week-end, qui sont des événements de plus petite nature où développeurs, utilisatrices et tous les gens intéressés par Debian peuvent effectivement venir et voir ce qui se passe dans la distribution.
Ça fait quelques mois, un peu plus d’un an qu’on discute d’améliorer la participation à distance à ces événements parce que, d’un point de vue écologique par exemple, faire voler la moitié de la planète vers un site commun ça a un impact très important. Peu importe le pays que tu choisis pour héberger un événement, tu empêches des gens de s’y déplacer pour des raisons politiques, pour des raisons sociales, etc., donc ça fait un bon moment qu’on se dit que ce serait intéressant de faire des événements un peu plus distribués, un peu moins physiques.
Là, effectivement, on a pris un peu – je dis « on », mais c’est le travail d’une équipe, j’ai juste participé à la marge – la balle au rebond cette situation de pandémie mondiale pour organiser notre première MiniDebConf on line. Donc pendant le week-end passé, des développeurs, des développeuses se sont rassemblés et ont fait des présentations de leur travail dans Debian et autour de Debian avec des interactions en ligne, à distance. C’était une première, je pense que ça a été un succès. Évidemment, aujourd’hui ce sont des conférences qui étaient plutôt axées développeurs, c’est vrai que les MiniDebConfs ont plus de discussions techniques en profondeur que la DebConf, la grosse conférence DebConf. C’est aussi en anglais, donc ce n’est pas forcément très accessible à tout le monde, mais ce sont des formes d’interaction et de conférences qu’on est en train de développer.

Étienne Gonnu : Super. Tu devances une question d’un auditeur qui nous pose exactement ces questions-là : est-ce qu’il n’y aura pas une volonté d’inclure des conférences plus grand public vu le niveau de connaissance technique exigé et la barrière potentielle de la langue. Écoute, tu devances, du coup, la question.
Quel bilan en tires-tu ? J’imagine que ça a été riche pour toi, d’une part parce qu’il y avait peut-être un peu d’enjeu technique à mettre ça en place et après dans la qualité est-ce que tu as senti un impact ? Est-ce que c’était finalement la même qualité que celle que tu as pu trouver dans des MiniDebConfs précédentes ? Qu’en tires-tu finalement ?

Nicolas Dandrimont : D’un point de vue technique, c’était assez intéressant parce que l’équipe vidéo s’est concentrée sur l’utilisation d’outils libres à 100 % avec du déploiement, à ma connaissance, sur Debian. Du coup c’était un bon test, peut-être pas un test de stress, mais au moins un test d’intégration de tous les outils ; il y avait de l’IRC pour la discussion en direct, il y avait du Jitsi pour la prise de parole des conférencières et conférenciers. Effectivement, on avait un petit peu d’infrastructure à mettre en place ; ça s’est plutôt bien intégré à notre système habituel de diffusion en direct, c’était assez confortable. On va se retrouver à devoir faire la grande DebConf, celle qui dure une semaine complète, à distance aussi, à priori, il me semble que la décision finale a été prise cette semaine. Du coup, là on va effectivement avoir un vrai test des modalités d’interaction, parce que toutes ces rencontres entre développeurs ont un gros impact sur la qualité de la collaboration entre ces gens qui sont tous distribués à droite à gauche sur la planète. Ce sont des événements où tu peux avoir des conversations avec une bande passante très élevée de manière synchrone, donc ça permet de résoudre tout un tas de problèmes que tu peux avoir si tu es à distance. Pour ça, effectivement, on a réussi à avoir ce qu’on appelle en anglais une hallway track, c’est un peu, comment dire, la série de conférences du couloir, en gros c’est un salon de discussions libres où tu peux discuter de choses et d’autres. Ça ne remplace pas des interactions de vive voix, mais c’était quand même assez chouette de voir une partie des copains et des copines en direct.

Étienne Gonnu : J’imagine ! Tu parles de discussions informelles à distance. Il y a eu potentiellement un enjeu, j’imagine, de modération pour que ça reste audible, pour que les personnes qui souhaitent s’exprimer puissent le faire, ce qui est déjà un enjeu en présentiel physique parce qu’on sait qu’il y a des personnes pour lesquelles la prise de parole est peut-être moins évidente, d’autres qui ont tendance à prendre plus de place. Est-ce que c’est quelque chose que vous aviez anticipé ? Est-ce que vous avez laissé faire les choses naturellement ? Comment ça s’est passé de ce point de vue ?

Nicolas Dandrimont : En tout cas, pour ce qui est des conférences qui étaient planifiées, on avait une seule discussion de groupe. Pour cette discussion-là, en fait, on avait séparé les intervenantes et intervenants dans un chat Jitsi séparé, avec un mot de passe. Du coup ils se modéraient entre eux et on n’a pas fait spécifiquement de système pour améliorer l’équité dans la prise de parole, c’est quelque chose qu’on ne fait pas non plus en vrai. Je pense que c’est aussi un problème en vrai, mais on n’a pas encore travaillé sur des solutions pour ça, malheureusement.

Étienne Gonnu : OK. Après, par itération, j’imagine qu’on améliore, c’est aussi l’intérêt d’améliorer à chaque fois, au moins d’être vigilant sur les potentiels problèmes.
On nous pose une question sur le salon #libreavous de Cause Commune : les conférences ont-elles été captées, j’imagine que oui, et seront-elles visionnables bientôt ?

Nicolas Dandrimont : Les conférences ont effectivement été enregistrées en direct. Je pense qu’il y a déjà une partie des conférences qui est disponible sur notre archive vidéo, j’ai vu des discussions de gens de l’équipe vidéo sur la publication. Si ce n’est pas le cas, ce sera le cas, je pense, d’ici la fin de la semaine et ce sera aussi publié sur notre instance de PeerTube et sur YouTube parce qu’il y a des gens qui utilisent toujours ça.

Étienne Gonnu : Précisons PeerTube, je n’aime pas forcément le terme « alternative », mais un système de partage de vidéos basé sur du logiciel libre qui avait été mis en place par Framasoft. C’est toujours bien aussi de s’appuyer sur ces outils, même si on sait qu’ils n’ont pas la même portée. Il faut les faire vivre, justement, c’est un super projet.
Je vois que le temps avance. Est-ce que qu'il y a une dernière chose que tu aurais aimé dire sur Debian, MiniDebConf, sur un autre sujet qui te tient à cœur et qui n’a pas été évoqué ?

Nicolas Dandrimont : Sur Debian, pendant cette MiniDebConf, il y a eu une tendance qui se confirme qui est que le projet a de plus en plus conscience de sa difficulté à recruter de nouvelles bonnes volontés et commence à travailler sérieusement pour améliorer l’intégration de nouvelles contributrices, de nouveaux contributeurs. Si vous avez envie de contribuer, quel que soit votre niveau de compétence, il ne faut surtout pas hésiter à vous rapprocher des associations locales, il y a une association Debian France qui est active en France. On a prévu une MiniDebConf au mois d’octobre, si je ne dis pas de bêtises, j’espère que la situation sanitaire permettra qu’elle ait lieu dans les meilleures conditions. Je vous invite à vous rapprocher de Debian France si ça vous intéresse de contribuer.

Étienne Gonnu : Le message est à nouveau passé. Il me semble, en plus, que vous avez quand même historiquement à Debian une vraie vigilance pour créer des espaces accueillants, sécurisants, pour toutes les personnes, en fait, quelle que soit leur situation, pour les femmes notamment, pour les personnes transgenres, pour les personnes racisées. Il me semble qu’il y quand même une vigilance de ce point de vue, peut-être que je me trompe.

Nicolas Dandrimont : Non, tu as raison, c’est un travail de longue haleine. En tout cas j’ai l’impression qu’il y a des améliorations visibles de mois en mois sur ce sujet.

Étienne Gonnu : Dernière question de métrique et après on te laissera : cpm demande combien de confs et combien d’intervenants il y a eu ce week-end ?

Nicolas Dandrimont : Ce week-end il y a eu une dizaine de conférences et, je pense, une quinzaine d’intervenantes et d’intervenants en tout. Mon comptage des personnes qui ont visionné le stream c’est autour de 230/250, c’est en nombre d’adresses IP, c’est une surestimation du nombre de personnes qui ont vu les conférences en direct.

Étienne Gonnu : En direct, ça me paraît tout à fait honorable pour une première.

Nicolas Dandrimont : C’est assez impressionnant vu la communication limitée qui a été faite autour de la conférence, c’est une très bonne surprise.

Étienne Gonnu : Parfait. Vous le méritez, je trouve.
Un grand merci, Nicolas Dandrimont de Debian et de Software Heritage. Grand merci d’avoir pris ce temps avec nous et je te souhaite une excellente fin de journée.

Nicolas Dandrimont : Merci beaucoup de m’avoir reçu et bonne émission.

Étienne Gonnu : Merci.
Nous allons faire une pause musicale avant de passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Nous allons écouter Intro par Quantum Jazz. On se retrouve juste après. Je vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commune, 93.1 FM, la voix des possibles.

Pause musicale : Intro par Quantum Jazz.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Intro par Quantum Jazz. Intro bien sûr étant l’introduction de leur excellent album, disponible sous licence libre Creative Commons, Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April.
Nous allons maintenant passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Échange avec Christian Quest, collaborateur de la députée Paula Forteza, coprésidente du groupe Écologie Démocratie Solidarité, sur le travail parlementaire à l'Assemblée nationale

Étienne Gonnu : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui porte donc sur le travail parlementaire.
Comme je vous le disais nous devions recevoir la députée Paula Forteza, connue notamment pour avoir été rapporteure sur la loi de transposition du Règlement général sur la protection des données. Étant finalement indisponible, nous avons le plaisir de recevoir un de ses collaborateurs parlementaires, Christian Quest. Christian est connu dans les milieux libristes notamment pour sa forte implications dans le projet OpenStreetMap, nous l’avions d’ailleurs reçu pour en parler lors de notre émission du 24 septembre 2019, mais ce n’est pas le sujet du jour. Aujourd’hui, ce qui va nous intéresser c’est essayer de comprendre, comme je vous le disais, l’envers du décor du travail parlementaire, comment fonctionnent les équipes des députés, l’importance centrale du travail en commission – on a surtout l’image de l’hémicycle mais c’est vraiment en commission que se trouve le cœur du travail – le travail de préparation des amendements, les relations avec les représentants d’intérêt, l’April en est un, les groupes politiques, chose importante. Le sujet est vaste, on va essayer de couvrir un maximum de terrain dans le peu de temps, finalement, que nous avons. N’hésitez pas à participer à notre conversation sur le salon web dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
J’ai donc le plaisir d’être avec Christian Quest. Bonjour Christian.

Christian Quest : Bonjour.

Étienne Gonnu : Tu m’entends ?
Tu es donc collaborateur parlementaire de la députée Paula Forteza. Déjà depuis combien de temps ça pourrait être intéressant, mais je pense que c’est aussi une bonne manière de commencer le sujet du travail parlementaire par la question : c’est quoi un collaborateur parlementaire ? Quel est son rôle ?

Christian Quest : Il peut avoir plein de rôles. C’est, en fait, d’assister le parlementaire dans sa mission de représentant du peuple à l’Assemblée. Il y a beaucoup de choses à faire. Il y a évidemment du travail de secrétariat, ce qui est assez évident : gérer l’agenda, répondre aux sollicitations, répondre aux e-mails. Et puis il y a tout le travail législatif d’étude des textes qui arrivent, voire de proposition de nouveaux textes, donc tout ce qui est amendements et tout ça.

Étienne Gonnu : Vous êtes combien dans votre équipe de collaborateurs ?

Christian Quest : Actuellement on est cinq, on a aussi des stagiaires. C’est à peu près la moyenne, je pense, peut-être un petit peu au-dessus de la moyenne.

Étienne Gonnu : Il me semble qu’on dit souvent que l’équipe, qu’un bureau de parlementaire c’est presque une TPE, PME. Il me semble qu’ils sont autonomes dans leurs choix, ils se servent de ce qu’on appelle leur réserve parlementaire, tu me corrigeras si je me trompe, donc il y a une certaine autonomie de ce point de vue-là. Ils recrutent qui ils veulent, en somme, et vous avez un contrat de travail classique j’imagine.

Christian Quest : Au niveau du financement il y a ce qu’on appelle l'AFM, l’avance de frais de mandat, qui permet de subvenir à certaines dépenses. Il y a une enveloppe prévue pour la rémunération des collaborateurs qui est d’environ 10 000 euros tout compris. Ensuite, oui, on est sous contrat, on a un contrat assez particulier, c’est un CDI, donc à durée indéterminée mais déterminée par le mandat. C’est-à-dire que si le parlementaire perd son mandat, s’il démissionne ou si, par exemple, il devient ministre, eh bien on perd son job.

Étienne Gonnu : Oui, ça fait penser quelque part à l’entreprise que ça représenterait qui, finalement, disparaît, le contrat de travail part avec. Il y a une certaine cohérence.
Ça ne va pas être le cœur de notre échange, mais puisqu’on est une association qui promeut le logiciel libre, ce qui est intéressant aussi c’est peut-être la question des outils techniques qui ont, j’imagine, une place importante dans votre travail quotidien. Là, à nouveau, les parlementaires doivent être assez autonomes, j’imagine, dans leurs choix. Vous êtes complètement autonomes ? On imagine que l’Assemblée a des services techniques. Est-ce qu’ils vous proposent des outils ? Est-ce que vous êtes justement autonomes ? Est-ce qu’il y a des rapports avec eux ? Comment tout ça se met en place ?

Christian Quest : L’Assemblée offre tout un ensemble de services aux parlementaires. On a à disposition du matériel, on a aussi à disposition une infrastructure donc de la connexion réseau, des services de messagerie, des services de type partage de fichiers, ce genre de choses. Il y a aussi tous les services internes de l’Assemblée, la gestion même de l’Assemblée, c’est-à-dire l’agenda, toute la gestion législative des textes, on va dire l’intranet de l’Assemblée. On a une autonomie, évidemment, on n’est pas du tout obligé de passer par les services que propose l’Assemblée par exemple en termes d’outils. On peut très bien déployer ses propres outils si on a des besoins qui ne sont pas satisfaits ou qu’on n’est pas satisfait de ce qui est proposé.

Étienne Gonnu : Je connais malheureusement un peu le sens de la réponse, mais j’imagine que la plupart des services proposés ou utilisés au sein de l’Assemblée ne sont pas tous du logiciel libre.

Christian Quest : Oui, pas tous, c’est un euphémisme. Il n’y a pas beaucoup de logiciel libre dans ce qui est déployé. C’est essentiellement des outils Microsoft, donc c’est de l’Outlook, c’est du webmail Outlook, Exchange, etc. Ce n’est pas l’idéal pour quelqu’un comme moi. Ce n’est pas grave, j’ai ma machine et je suis autonome !

Étienne Gonnu : Paula Forteza fait partie des députés qui sont plutôt, on va dire, spécialistes des questions relatives aux enjeux du numérique, elle est notamment connue pour utiliser du logiciel libre, il me semble, parmi les outils qu’elle utilise. Je crois que son site est sous WordPress. Elle a un agenda qui est librement accessible sous Nextcloud, il me semble tu m’as expliqué que c’est justement toi qui a mis en place ce système. C’est bien sûr un exemple qu’on peut saluer. Est-ce qu’il y a eu des difficultés à mettre ça en place ? Est-ce que ça a fait des émules parmi d’autres parlementaires ? Comment ça se passe ?

Christian Quest : Il n’y a pas eu de difficultés à mettre en place. Vu qu’on est autonomes, on loue un serveur dédié que j’administre complètement, sur lequel j’ai déployé les outils dont j’avais besoin. Mon prédécesseur avait fait de même, avait utilisé des solutions un petit peu différentes mais toutes libres ; c’est vraiment, comment dire, dans l’ADN de Paula Forteza d’utiliser des outils libres et open source et aussi d’en faire la promotion. Donc on a vraiment utilisé et exploré, dans les outils qui existent, ceux qui peuvent être bien adaptés à un travail quotidien, un travail en confidentialité, en sécurité, etc., puisque ce sont des points qui sont quand même assez importants quand on parle du Parlement.

Étienne Gonnu : Tu parles d’autonomie, des outils. Lorsqu’on a discuté un peu avant l’émission, on a évoqué que la difficulté qu’il peut y avoir sur l’interconnexion puisque les systèmes ont besoin de communiquer entre eux, de se passer des informations. Peux-tu nous expliquer comment ça se résout ou pas ? Vous utilisez certains outils qui ne sont pas forcément les mêmes que les autres, est-ce qu’il peut y avoir des frictions par rapport à ça ?

Christian Quest : Il y a des frictions qui peuvent être liées à des problèmes d’interopérabilité et il y a aussi des frictions qui viennent des règles de sécurité du système d’information de l’Assemblée ce qui fait que, par exemple, même si on peut gérer un agenda avec les outils que nous propose l’Assemblée, il est impossible de le partager à l’extérieur. Du coup, on est obligé d’avoir un agenda qui ne soit pas géré par ce que nous propose l’Assemblée parce qu’on ne pourrait pas le partager. Donc il y a des choses comme ça qui tiennent soit de l’interopérabilité soit de règles de sécurité qu’on peut comprendre mais qui sont un peu contraignantes quand on veut être un petit peu plus ouvert que la moyenne.

Étienne Gonnu : On en discutait : la période de confinement, enfin cette situation de pandémie, a amené son lot de difficultés et j’imagine la nécessité d’avoir des outils de visioconférence, d’échange de textes, etc. Peut-être que ça a heurté des manques qu’il peut y avoir, que ça a sans doute été un révélateur. Comment l’as-tu perçu et ton bagage technique notamment t’a-t-il offert un regard particulier sur ce sujet ?

Christian Quest : On a déjà l’habitude de faire du télétravail. Moi, à titre personnel, je fais déjà une grande partie de mon travail à distance, donc ça ne m’a pas beaucoup perturbé sauf le fait de ne pas voir mes collègues ce qui est quand même, au bout d’un certain temps, un petit peu gênant.
On était assez habitués à travailler d’une façon très dématérialisée et qui ne pose pas de problème avec du télétravail. On a l’habitude d’utiliser des pads, on a l’habitude d’utiliser ce genre d’outils, donc ça ne nous a pas vraiment posé de gros problèmes.
J’ai déployé des petits outils nouveaux. On a profité un peu de ce temps atypique pour tester de nouveaux outils, par exemple CryptPad que je ne connaissais pas trop et que j’ai beaucoup apprécié, un logiciel qui est développé essentiellement en France, c’est intéressant de le signaler aussi. C'est un pad sécurisé avec du chiffrement de bout en bout et plus qu’un pad, on peut avoir du tableur, ce genre de choses. On a aussi utilisé et abusé de Jitsi, il y a eu pas mal d’instances publiques qui ont été installées, je pense par exemple aux instances de Scaleway, mais il y a aussi la Fondation de l’entreprise Free qui en a installé et il y en a d’autres. On a utilisé ces outils-là, qu’on avait déjà un peu l’habitude d’utiliser, mais là on les a utilisés beaucoup plus régulièrement, ça c’est sûr.

Étienne Gonnu : Justement tu parles d’outils, Cryptpad, Jitsi, on a fait des émissions avec les personnes qui gèrent, qui pilotent un peu ces projets, les émissions 61 et 63 pour être précis. On mettra les liens sur notre page pour les personnes qui souhaitent creuser la question. Merci pour ces précisions.
Je propose qu’on avance et qu’on passe un petit peu à ce qui va faire le sel du travail parlementaire, c’est-à-dire la production finalement de textes législatifs, la production de la loi qui est même le rôle déterminant de l’Assemblée. On a évoqué l’importance du travail en commissions. Il va y avoir des projets de loi, des propositions de lois, des propositions de textes, comment vous les accueillez ? J’imagine que vous vous répartissez le travail en fonction des spécialités de chacun, vous allez produire des amendements. Pour dire les choses de manière très générale, comment attaquez-vous un texte ?

Christian Quest : Tu as raison de préciser qu’il y a une grosse partie du travail de l’Assemblée qui n’est pas le travail en hémicycle. L’hémicycle c’est la partie visible de l’iceberg, mais l’iceberg est gigantesque en dessous.
Le choix par rapport aux textes qui arrivent, sur lesquels on va beaucoup plus s’investir, travailler ? Il y a tellement de textes qui sont mis à l’ordre du jour que c’est extrêmement difficile, sauf à faire un travail superficiel, de s’exprimer sur tous les textes.

Il y a des textes sur lesquels, naturellement, certains parlementaires ont plus d’appétence et vont, du coup, beaucoup plus s’investir parce que c’est un sujet qu’ils connaissent bien, c’est un sujet qu’ils maîtrisent, donc il va y avoir beaucoup plus de travail, des choses beaucoup plus fouillées ; c’est ça qui fait la qualité du travail de construction de la loi. Évidemment, quand des gens connaissent certains sujets, eh bien ça évite d’avoir, on va dire, des amendements de principe ou de posture, pour avoir des choses un peu plus techniques, qui vont dans des détails qui peuvent être parfois très importants : une virgule mal placée dans un texte de loi peut en changer le sens, donc il faut être très attentif à la façon qu’on a d’écrire mais aussi à la façon dont les autres ont écrit certains textes pour dire « attention là ça ne va pas, il ne faut pas que ça soit écrit comme ça, il faut que ça soit écrit autrement ».
C’est un travail énorme en commissions mais même en amont, parce qu’il faut travailler, préparer les amendements, les répartir, lister un petit peu tout ce qui a besoin d’être revu dans le texte qui est proposé et le faire en collaboration avec d’autres parlementaires avec qui on travaille régulièrement.

Étienne Gonnu : Oui, ce que j’allais te demander, on voit justement le travail : les textes sont inscrits à l’ordre du jour, la commission saisie au fond, parce qu’il y a plusieurs commissions sur le sujet, va se saisir du texte, c’est là où il va y avoir les premières réunions de travail, mais même en amont tout cela se prépare, comme tu le dis, ça demande énormément de préparation.
Paula Forteza est membre de la commission des lois, si je ne me trompe pas. On sait que c’est une commission qui est quand même assez importante, elle touche notamment à des textes importants du point de vue de l’April tout ce qui va être droit d’auteur, je confonds avec le niveau européen. Pardon. Est-ce qu’il y a des spécificités sur ce travail en commission des lois ?

Christian Quest : Ce n’est pas trop mon domaine, donc je ne vais pas pouvoir beaucoup vous renseigner sur la partie purement législative. Je sais qu’en fonction du type d’amendements et du type de sujets, ce n’est pas quelque chose qu’on peut voir dans n’importe quelle commission. Un député ne peut pas, non plus, siéger dans un grand nombre de commissions, il ne peut pas être partout ni par volonté, ni par définition ; il y a des choix, des attributions qui sont faites. C’est pour ça aussi qu’il y a un travail entre les députés : si un député doit faire avancer un amendement dans une commission alors que c’est une commission de laquelle il ne fait pas directement partie, il va le faire soutenir par quelqu’un d’autre, etc. Donc il y a tout ce travail un peu d’équipe. Le travail d’un député n’est pas qu’un travail en solo.

Étienne Gonnu : C’est là où je voulais en venir. Dans ce travail en amont il y a déjà la partie rédactionnelle qui est très importante pour faire des propositions d’amendements, prendre connaissance des autres et essayer de voir s’il y a des propositions similaires en termes d’arrangement. Je pense qu’il a aussi beaucoup de travail de relations pour créer des rapports de force, pour s’organiser. Comment cela s’organise-t-il ? J’imagine qu’il y a des contacts plus ou moins formels entre les députés, il y a des réunions préparatoires sans doute aussi au sein des groupes. Qu’est-ce que tu pourrais nous en dire ?

Christian Quest : Oui, quand il y a des nouveaux textes, le texte est analysé par le groupe pour déjà voir un petit peu quels sont les points de principe actuels du groupe par rapport au texte, voir ce qui a besoin d’être rectifié, d’être amélioré, d’être peaufiné. Et puis, comme je disais, vu que les parlementaires ne sont pas dans toutes les commissions qui vont étudier un texte, ils peuvent avoir besoin d’un collègue qui va porter des amendements en commission. Il y a vraiment ce besoin de fonctionnement entre les députés, ce qui rend finalement les groupes parlementaires assez importants, quand même, parce que du coup il y a une forme de travail d’équipe qui s’instaure et pas simplement le travail solitaire d’un député qui aurait de bonnes idées d’amendement, mais il ne peut pas les porter tout seul, il faut qu’il ait un peu de soutien, il faut éventuellement qu’il y ait quelqu’un qui le présente à sa place parce qu’il n’est pas dans la bonne commission, etc. Donc il y a vraiment besoin du travail du parlementaire et de son équipe mais aussi d’un travail avec le reste du groupe et de ses collègues.

Étienne Gonnu : Du coup, ça c’est à l’échelle d’un texte. Tu en parlais, les textes sont extrêmement nombreux, donc, en plus, ça peut avoir un impact. Comment tu perçois, le terme ne se veut pas péjoratif mais presque du service rendu, « tiens tu me soutiens sur ce texte, je vais te soutenir sur l’autre », il y a un peu ces rapports-là et ça fait partie de la création, sur le long terme, d’un rapport de force. Je pense, enfin j’imagine que c’est une réalité du travail parlementaire.
Il me semble, à titre personnel, que tu étais déjà intéressé par les questions du travail parlementaire. Maintenant tu es passé de l’autre côté des coulisses, un petit peu, quelle est ta vision du travail ? Comment ça a pu faire évoluer ta vision du travail parlementaire, si ça l’a changée ?

Christian Quest : C’est vrai que j’avais un regard extérieur là-dessus. Mais je l’avais connu aussi quand je travaillais à la mission Etalab, entre autres quand on a travaillé sur la loi Lemaire, la loi pour une République numérique, on a beaucoup suivi l’avancée de ce texte, là c’était un texte. Après, c’est vrai qu’observer de l’extérieur et observer de l’intérieur ce n’est pas la même chose.
Je découvre surtout le rythme effréné qu’il y a pour travailler sur les textes. Aujourd’hui l’essentiel des textes passe en procédure d’urgence, ça veut dire des délais relativement raccourcis, des allers-retours qui sont moins nombreux, ce genre de choses. Et ça force à aller toujours plus vite ce qui, parfois, ne permet pas de prendre le temps et le recul pour que des textes de loi soient, on va dire, plus des fondations pour construire des choses sur le long terme que souvent des replâtrages de textes précédents qui ont été sortis aussi un peu vite. L’impression que j’ai c’est un peu celle d’une fuite en avant dans la quantité de productions législatives et puis un peu aussi des textes de circonstance, d’affichage, qui sont très discutables. Je n’ai pas envie de rentrer dans des questions politiques, je pense que ce n’est pas tellement le sujet de Libre à vous !, mais voilà ! Vous avez sûrement beaucoup discuté de la loi Avia. Plus récemment on a pu discuter, on a été nombreux à discuter de la fameuse application StopCovid. Il y a des choses pour lesquelles on sent que c’est pour boucher des choses à court terme et, malheureusement, pas tellement pour construire sur du long terme.

Étienne Gonnu : Je dirais même que c’est le cœur du sujet, on est finalement dans ce qui fait le sang du travail parlementaire. Il y a toute une logistique, toute une procédure, toute une manière de faire correctement, on va dire, un bon travail législatif, mais ça reste du travail politique et toutes ces coulisses, les rapports de force qu’il peut y avoir derrière pour faire passer des lois, c’est exactement le sujet.
Clairement, d’un point de vue extérieur, quand on travaille sur ces questions, je suis d’accord : on a effectivement l’impression que les procédures d’urgence sont devenues la norme, qui ont d’ailleurs pour effet de limiter le nombre d’allers-retours donc la qualité, le nombre de débats, la capacité aussi à des contributions extérieures de se faire, donc c’est très important.
Évidemment on a parlé de loi Avia qui mériterait tout un sujet, je pense qu’on en parlera beaucoup la semaine prochaine puisqu’on parlera justement de la sur-législation, on va dire, d’Internet. La loi Avia, on peut le dire en deux mots, est une loi absolument terrifiante à tel point elle est liberticide. Oui c’est le sujet.
Puisqu’on parle de rapports politiques, il y a cette question qu’on entend souvent sur les lobbies, des représentations extérieures qui vont proposer des choses. L’April fait du travail de lobbying, de relations extérieures, puisqu’elle propose des amendements, mais elle essaie de le faire en transparence et selon ce qu’elle considère être l'intérêt général de son point de vue, selon son éthique, je pense ce n’est pas le sens de toutes les propositions. J’imagine que vous recevez énormément de propositions d’amendements, comment ça se passe au sein de votre équipe ? Comment vous le percevez ? Comment vous traitez ces propositions ?

Christian Quest : Ce n’est pas forcément sous la forme de propositions d’amendements, là ça va déjà très loin. Ce sont souvent des contacts pour expliquer, en fait, la problématique de ceci cela. Par exemple sur la loi pour l’économie circulaire, j’ai eu l’occasion de rencontrer des lobbies au niveau des fabricants de matériel électronique ou ce genre de choses, qui ont parfois des arguments qui sont tout à fait recevables ; il y a des choses qui peuvent être tout à fait recevables sur le réalisme. Il ne faut pas non plus qu’on écrive des textes idéalistes et qui ne peuvent pas être applicables, donc il y a des moments où il faut quand même avoir une vue pas trop éloignée de la réalité pour pouvoir faire évoluer réellement les choses et pas simplement avoir des textes de principe finalement inappliqués parce que inapplicables.
C’est toujours intéressant, de toutes façons, d’écouter les différents avis, même si on n’est pas d’accord avec. Par contre, il faut effectivement faire attention à, on va dire, de la manipulation, c’est-à-dire de l’information totalement tronquée, partiale, qui ne correspond pas vraiment à la réalité. Je ne citerai pas de nom, mais un grand réseau social a fait des ateliers pour, comment dire, expliquer aux députés ce qu'est le travail de modération sur un réseau social. Il fallait quand même avoir un peu d’esprit critique pour démonter leur argumentation. Il y a parfois un côté manipulatoire de certains lobbies qui peut être assez dangereux, surtout dans des domaines qui ne sont pas vraiment maîtrisés par les députés.

Étienne Gonnu : Si on va par là, je vais me lancer, j’imagine que tu parles de Facebook, ça pourrait être d’autres réseaux. J’imagine que c’est en lien avec la loi Avia puisque Facebook va être amené à jouer le rôle de l’État, de la justice, et décider ce qui va relever d’une parole légitime. Facebook est quelque part dans son rôle. C’est le rôle du député et je pense que c’est aussi tout ça le travail législatif, c’est aux députés et à leurs équipes d’être capables d’avoir l’esprit critique et le recul sur les informations qu’ils vont recevoir pour pouvoir intelligemment construire une loi. Malheureusement, sur certaines prises de parole de certains députés, tous bords confondus, on se demande parfois où est ce recul critique. Bien sûr, on est tous contre la haine en ligne, pour continuer à parler de la même loi. Les enjeux sont quand même bien plus complexes que simplement mettre à la charge de Facebook. Je pense que l’enjeu est difficile à trancher et qu’il faut peut-être éviter de blâmer uniquement l’acteur privé mais l’esprit critique et la capacité d’analyse des équipes législatives du Parlement.

Christian Quest : Oui. Là je parlais d’un lobbying qui, comment dire, tient plus dans certains cas d’une forme de manipulation que d’une claire information des parlementaires.
Qu’un lobby explique quels problèmes ça va causer, etc., c’est une chose. Quand les informations qui sont données sont fausses, ça pose d’autres questions. C’est juste ça que je voulais signaler et je n’ai pas dit de qui je parlais.

Étienne Gonnu : Je me suis permis d’imaginer, de tirer mes propres conclusions, je ne te mets pas les mots dans la bouche.
Je pense qu’il peut être intéressant qu’on aborde ensuite quels sont les outils justement pour permettre un travail informé, notamment dans les commissions, en amont de l’hémicycle par rapport à permettre aux parlementaires d’avoir des votes informés.
On va faire une petite pause musicale avant pour s’aérer un peu la tête. Je vous propose d’écouter Waiting For Nothing par The Fisherman. On se retrouve juste après. Je vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commune 93.1 FM, la voix des possibles.

Pause musicale : Waiting For Nothing par The Fisherman.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Waiting For Nothing par The Fisherman, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Comme la pause précédente il s’agit d’un morceau que nous avons découvert grâce au site auboutdufil.com qui, en plus, donne tout un panel d’informations, tout un tas d’informations, d’historique sur les groupes. On ne peut que vous inviter à découvrir auboutdufil.com. Vous retrouverez bien sûr les références sur le site april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu en charge des affaires publiques pour l’April et nous discutons avec Christian Quest, collaborateur parlementaire de la députée Paula Forteza, sur l’envers du décor du travail parlementaire.
N’hésitez pas à participer à notre conversation via le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Avec Christian, on discutait un petit peu. Il y a beaucoup d’informations, potentiellement de tentatives de manipulation, mais je pense que c’est un peu le jeu politique aussi. Comment les parlementaires, les équipes parlementaires font-elles le tri dans ça, quels sont les outils à leur disposition pour avoir un avis informé, individuellement mais aussi collectivement, au sein de la commission, des groupes politiques, etc. ?

Christian Quest : Il n’y a pas vraiment d’outils. Il y a des outils mis en place par l’Assemblée pour gérer les textes, c’est-à-dire pour proposer des amendements, ce genre de choses. Par contre, des outils pour travailler de façon collaborative sur les textes, ce n’est pas quelque chose qui a l’air d’être très développé. Évidemment, je ne connais pas le fonctionnement de tous les groupes, de tous les partis, qui peuvent avoir des modes assez différents.
Je suis actuellement dans un passage particulier. Un nouveau groupe a été créé avec comme co-présidente Paula Forteza, donc je suis impliqué pour donner un coup de main, pour proposer des outils pour qu’il y ait un travail collaboratif un peu plus efficace qui se mette en place. On est en train de réfléchir à certains outils pour aider les parlementaires à faire le travail législatif un petit peu autrement et d’une façon, je ne peux pas dire plus moderne, mais sortir des simples outils bureautiques qui sont très utilisés mais qui ne sont pas forcément ce qu’il y a de plus efficace pour suivre tout un projet.

Étienne Gonnu : Tu abordes effectivement quelque chose de très intéressant, les outils collaboratifs. Finalement on nous vend beaucoup la startup nation et même sans rentrer dans ce terme péjoratif, on a des outils à disposition qui doivent permettre une meilleure collaboration.
Quand je parlais d’outils, sans aller jusqu’à la commission d’enquête, mais on voit parfois quand on suit des auditions, des auditions d’experts. Par exemple, vous pouvez demander certaines auditions, je crois que ce sont plutôt les groupes qui vont pouvoir demander des auditions. Comment ça se passe ? Par exemple comment un réseau social, quel qu’il soit, peut venir au sein du Parlement proposer les informations qui manipuleraient pour arriver à ses fins ?

Christian Quest : Je ne comprends pas très bien ta question, je suis désolé.

Étienne Gonnu : On sait qu’il y a des auditions en amont de certains textes : pour avoir de l’information, on va chercher et faire venir des experts. Comment on décide qui on invite ? Comment est-ce que ça se met en place ? Je pense que c’est au niveau de la commission ou des commissions qui vont avoir cette possibilité. Tu nous disais qu’il va y avoir par exemple des entités privées, donc un réseau social, qui vont, au sein de l’Assemblée, proposer des conférences ou des choses, proposer leurs informations, leur vérité, elles sont dans leur rôle, ça aussi comment ça se met en place ? Je ne sais pas si c’est plus clair comme ça.

Christian Quest : Pour les auditions et tout ça, il y a des listes de gens qui sont proposés pour les commissions. Je ne connais pas le mécanisme précis. En général il y a le président et les rapporteurs de la commission qui gèrent un petit peu l’agenda des auditions qui vont être faites. Il y a des personnes qui sont sélectionnées pour être entendues sur tel ou tel sujet. Je ne sais pas s’il y a des mécanismes pour que des personnes se proposent pour être entendues, je ne peux pas vraiment dire.
Je vois aussi sur le chat que parfois il y a des huis clos en commission. Oui, c’est possible, certaines commissions ne sont pas totalement ouvertes. Il y a des raisons qui peuvent se comprendre, d’autres où ça peut être un peu plus compliqué. Je pense par exemple à la commission de la défense, ça peut se comprendre que tout ne soit pas sur la place publique. Pour d’autres commissions ça peut être un peu plus compliqué, mais ça permet aussi, parfois, de libérer la parole des gens qui vont être auditionnés ; le fait de savoir que c’est à huis clos, ils peuvent s’exprimer plus librement. Donc ce n’est pas forcément négatif.

Étienne Gonnu : Oui. Je pense qu’il y a un vrai débat là-dessus. Après, on pourrait dire que tout est transparent et que tout le public devrait pouvoir suivre et avoir un débat complètement informé. Je pense que c’est un débat qui est important. On en avait parlé avec Regards Citoyens quand ils étaient intervenus.
Je soulevais aussi cette question-là puisque qu'on parlait potentiellement des influences extérieures et l’April, parfois, va prendre contact avec des parlementaires sur des textes pour proposer aussi nos argumentaires, notre point de vue ; la question c’est de le faire en transparence. C’est aussi tout l’enjeu des rapports de force pour une structure comme l’April d’avoir un historique, d’avoir plus de 4000 membres, pour arriver avec un poids politique. Je pense qu’il y a là des arbitrages à faire. On sait que les groupes politiques vont négocier peut-être aussi entre eux.

Tu parlais des groupes dans les outils de collaboration. Le temps avance, je pense que c’est un sujet qui est intéressant notamment parce que Paula Forteza était avant dans le groupe majoritaire LREM et elle a créé un groupe. On sait que les groupes politiques sont des instances extrêmement importantes dans le travail parlementaire. Tu as été finalement collaborateur d’une députée LREM et maintenant d’une députée de l’opposition, comment tu perçois ce changement ? Quelle est pour toi l’importance des groupes ? Je te laisse la parole, qu’est-ce que tu peux nous dire là-dessus ?

Christian Quest : Pour mon travail ça n’a pas changé grand-chose, je continue à faire de la veille et du conseil sur les sujets numériques et puis d’entretenir toute une partie d’outils et d’infrastructures. Donc si tu veux, quel que soit le parti auquel elle est rattachée, ça ne change pas grand-chose pour moi. Il y a juste, peut-être, plus de possibilités aujourd’hui d’être entendus au niveau du groupe, certes beaucoup plus petit. Il y a ça, il y a beaucoup plus de choses à construire avec ce groupe tout nouveau, tout frais. C’est assez intéressant de ce point de vue-là de partir, pas d’une feuille blanche, mais il y a quand même beaucoup de choses encore à écrire dans ce groupe sur la façon de fonctionner, sur les outils. J’essaye d’apporter mes connaissances, je ne cherche pas à imposer, je pense que c’est un peu la règle avec le Libre, il faut arriver à convaincre et pas forcer les gens à basculer en leur montrant que oui on peut utiliser autre chose que Google Docs. Ça se fait petit à petit.

Étienne Gonnu : En discussion générale sur StopCovid qui est une application dont on peut dire beaucoup de mal tant elle est liberticide et intrusive et qu’elle s’oppose vraiment à l’éthique du Libre en étant vraiment dans un rapport de surveillance, ce n’est pas le sujet, en tout cas Paula Forteza a d’ailleurs pris une position plutôt bonne et on a senti, du moins j’ai senti une expression plus libérée dans sa parole.
D’un point de vue, d'un regard extérieur que tu as peut-être eu avant de travailler là-dedans, on voit ce qu’on appelle la discipline du groupe majoritaire qui finalement impose, qui limite la capacité de sortir du sentier prévu. comment l'as-tu vécu ? Est-ce que tu as vu qu’il y avait effectivement une discipline de groupe forte, ou pas ?

Christian Quest : C’est sûr qu’à partir du moment où on est dans un groupe, eh bien il y a aussi un fonctionnement du groupe, des règles du groupe, des rapports de force qui font qu’il faut faire des compromis. Je pense que même au sein d’une association on retrouve la même chose, on ne peut pas vraiment faire les choses tout seul, on a besoin d’être ensemble pour porter certains sujets un peu plus loin.
Après, quand on ne se sent plus bien avec le fonctionnement d’un groupe, eh bien oui, on prend ses distances, on forke et on essaye de faire un petit peu autrement. On connaît bien tout ça dans le Libre !

Étienne Gonnu : Bien sûr. C’est vrai qu’on parle des groupes et il faut dire qu’être dans un groupe c’est extrêmement important pour un député ou une députée, c’est-à-dire que hors groupe on a beaucoup moins de temps de parole, on a beaucoup moins de capacité de poser des questions écrites ou orales, les dépôts de propositions de textes sont beaucoup plus difficiles. On voit aussi l’importance, mais quelque part c’est normal, de devoir créer finalement des compromis avec d’autres personnes pour avoir un groupe. Être dans un groupe est très important, le risque d’être exclus d’un groupe est aussi une réalité politique pour les parlementaires.

Christian Quest : C’est sûr. Il y a une chose qui est importante à l’Assemblée, c’est son règlement qui est un beau pavé, il y a quand même pas mal de pages dedans. Il y a beaucoup de choses qu’un député ne peut pas faire seul, ne peut pas faire directement, qu’il ne peut faire qu’à travers son groupe parlementaire ou bien il n’y a que le groupe parlementaire qui peut le faire et pas un député tout seul.
Être non-inscrit, c’est-à-dire dans aucun groupe, c’est d’une certaine façon une liberté totale si on regarde un côté de la pièce, mais, de l’autre côté, c’est moins de possibilités parce que, justement, on n’est dans aucun groupe. Il y a des avantages et des inconvénients. Les députés qui sont non-inscrits, qui ne sont dans aucun groupe, sont quand même très peu nombreux et ce n’est pas pour rien. Il y a beaucoup plus de possibilités quand on est à l’intérieur d’un groupe. Quand il y a un certain nombre de députés qui sont non-inscrits ou qui souhaitent un peu changer les choses, ils se reconstituent sous forme d’un groupe. Là, en dix jours, on en a vu deux nouveaux qui se sont créés, le neuvième et le dixième groupes. Il y a de temps en temps des changements comme ça.

Étienne Gonnu : Je vois malheureusement que le temps nous échappe un peu. Il y a des questions qui ont été posées ; je pense que si on refait un sujet on pourra les aborder. Merci beaucoup Christian, sauf peut-être si tu as un dernier mot que tu aurais aimé partager, sinon je te souhaite une bonne après-midi. Je ne vais pas te censurer.

Christian Quest : Je vois quand même des questions, je vais essayer de répondre très rapidement : écrire aux députés ça marche ? Oui, ils reçoivent des mails, ils les lisent. Ensuite, répondre systématiquement à tout le monde, on essaye tous de le faire. Après, il faut voir la quantité. Soit on renvoie, malheureusement, un mail un peu générique et pas forcément avec un suivi, ce qu’on essaye d’éviter, mais quand vous recevez beaucoup de messages c’est effectivement compliqué. On essaye de faire au mieux, mais ce n’est pas toujours parfait.

Étienne Gonnu : Oui, c’est avec du mail qu’ils reçoivent les informations.
Christian, vraiment merci d’avoir passé ce temps avec nous. Je te souhaite une très bonne fin de journée et à bientôt.

Christian Quest : Je reviendrai pour d’autres sujets, on parlait d’archive de logiciels avant, je ne sais pas si tu es au courant, je m’occupe d’archiver l’open data, c’est peut-être un autre sujet.

Étienne Gonnu : Rendez-vous est pris.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : On va faire une petite pause musicale avant de passer à notre dernier sujet. Nous allons écouter La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est. On se retrouve juste après. Je vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commune 93.1 FM.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Pause musicale : La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est disponible sous licence Art libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Je vois que le temps file vite. Nous allons passer tout de suite passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Entretien avec Laurent Costy, vice-président de l'April, en charge du groupe Libre Association, comment les associations ont pu s'adapter au confinement

Étienne Gonnu : Nous allons prendre des nouvelles de Laurent Costy qui est vice-président de l'April, responsable du groupe Libre Association. Bonjour Laurent.

Laurent Costy : Bonjour à toutes et tous. Je ne sais pas si vous m’entendez.

Étienne Gonnu : Parfaitement.

Laurent Costy : Super. Très bien.

Étienne Gonnu : Parfait. Comme pour le premier sujet, l’objet de notre échange c’est de prendre des nouvelles par rapport à toi, tes prismes, tes occupations. Comment ça va pour toi ? Comment s’est passée cette période de confinement d’un point de vue associatif à travers l’April et professionnellemnt ?

Laurent Costy : Professionnellement et personnellement, j’ai eu la chance de pouvoir me confiner en région avec une maison et un jardin, ça n’a sans doute pas été le cas de tout le monde. Je dirais que le confinement a sans doute été moins pénible pour moi que pour d’autres personnes qui étaient contraintes de rester dans des appartements et sans capacité de pouvoir bénéficier de la nature autour. Ça c’est plutôt une chance.
En termes de rythme de travail ça n’a pas changé grand-chose parce que je dirais que la fédération dans laquelle je travaille était préparée, majoritairement on va dire, à travailler en télétravail, donc en termes de rythme de travail ça n’a pas changé grand-chose, c’est juste le cadre qui a changé, mais ce n’est quand même pas négligeable. Donc on a beaucoup télétravaillé, le rythme a très peu changé.

Étienne Gonnu : Tu parlais de fondation, donc MJC, je pense que c’est intéressant aussi. Est-ce que tu peux nous dire ce que sont les MJC ?

Laurent Costy : Ce sont les Maisons des jeunes et de la culture. C’est une fédération qui est née après la guerre, au sortir de la guerre, en 1945/48, je vous épargne l’histoire dans le détail, mais c’est issu de la suite de la guerre. Ça avait pour objet d’avoir des équipements dans les quartiers, pas forcément dans les quartiers en particulier au départ, mais en tout cas d’avoir des équipements pour pouvoir, au départ, occuper les jeunes, c’était ça la grande préoccupation du gouvernement à l’époque. En tout cas, l’idée c’était quand même de doter les territoires d’équipements pour que les jeunes puissent avoir des activités, être accompagnés, formés, etc.
C’est une fédération d’éducation populaire, c’est quelque chose auquel je tiens beaucoup, parce que l’idée c’est quand même de rendre les gens capables et autonomes, les jeunes en particulier. Après, évidemment, le projet s’est élargi. C’est bien une logique intergénérationnelle qui est poussée dans tous les projets des MJC sur les territoires.

Étienne Gonnu : On peut voir l’importance de tout ça dans une période comme celle que nous traversons.
Avançons. Tu es membre du groupe Libre Association, on sait que tu as un rapport qui va défendre l’intérêt du logiciel libre auprès des associations. Tu travailles beaucoup dans le milieu associatif, c’est vraiment, il me semble, une chose qui te tient beaucoup à cœur.

Laurent Costy : Oui. C’est tout ce lien-là entre l’éducation populaire et le logiciel libre qui me parait une évidence depuis très longtemps. C’est vrai que c’est quelque chose qui m’a toujours questionné, intéressé. J’ai toujours essayé d’œuvrer, au sein de l’April, dans le groupe Libre Association, pour essayer d’augmenter les liens qui pouvaient exister entre l’univers libriste, on va dire, et le milieu associatif.
De fait, dans les associations, on constate qu’il y a des militants sur les territoires, dans les diverses fédérations d’éducation populaire, toutes les autres fédérations. On trouve toujours des gens passionnés qui ont aussi compris que l’éducation populaire et le logiciel libre avaient à travailler ensemble parce que la convergence de valeurs est forte. Mais après, c’est vrai que pour réussir à passer le cap, à mettre en œuvre, ça reste très compliqué parce que, en tout cas jusqu’à il n'y a pas longtemps, ces questions-là n’étaient pas traitées politiquement au sein des conseils d’administration et c’était systématiquement renvoyé comme question technique, donc qui ne concerne pas le conseil d’administration. Or, fondamentalement c’est une erreur. Il commence à y avoir des prises de conscience. Effectivement depuis Snowden, depuis le RGPD ça s’accélère un peu et les associations comprennent qu’il y a aussi des enjeux sur ce plan-là, mais c’est vrai qu’au départ c’était extrêmement compliqué de faire entendre l’importance de penser son informatique dans le milieu associatif.

Étienne Gonnu : RGPD, Réglement général sur la protection des données, c’est vrai que c’est un enjeu ; on voit que c’est très vrai dans le milieu associatif qui, en plus, généralement défend une certaine éthique. Et politiser le rapport aux outils techniques est aussi au cœur de notre combat, d’où toute la pertinence de ton action au sein de l’April de ce point de vue.
Une question qu’on voulait aussi aborder, tu travailles beaucoup avec les associations. On imagine bien que toute la difficulté qu’a pu représenter cette période-là, toute cette période de confinement pour les associations, chacune avec ses spécificités, et comment certains outils, les outils libres notamment, ont été mis à disposition par des associations comme l’April, Framasoft à travers le Collectif CHATONS, etc., on mettra les liens puisqu’on en a parlé au sein de Libre à vous !. Comment as-tu perçu ça, puisque tu as pu voir comment les associations ont pu et ont dû s’adapter au confinement ?

Laurent Costy : Il y a plusieurs échelles en fait, c’est important de considérer les échelles.
Par exemple si je parle du territoire, du local, une MJC est sur un territoire qui, en général, permet systématiquement la rencontre physique. Et c’est vrai que, du coup, le travail à distance ce n’est pas quelque chose qui est dans les gènes parce qu’il n’y en pas un besoin fort. Bien sûr on peut coproduire des documents, on peut prendre une date de réunion à distance, etc., mais fondamentalement la logique d’une association de ce type-là, comme une maison de quartier, comme un centre social, c’est bien d’être au contact avec les habitants, les adhérents.
C’est vrai que quand il a fallu, du coup, être confiné et garder du contact, il a fallu se mettre un peu en ordre de bataille par rapport à tous les outils qui permettaient de le faire. De fait, un des premiers outils ça a quand même été le téléphone pour rester en contact avec les adhérents, avec les personnes qui pouvaient avoir des difficultés, les personnes âgées qui devaient faire les courses, etc. Il y a eu plein de petites choses, comme ça, qui se sont mises en place et évidemment tous les outils de contact à distance, le mail, ont été amplifiés, ont permis de continuer à entretenir le lien. C’est entre autres ce qui s’est passé en local.
Après, pour l’échelle en réseau, quand on est plus loin dans la logique fédérale, on est un peu plus équipé, normalement, pour pouvoir travailler avec des outils déjà en place. C’est vrai qu’on n’était pas complètement préparé mais, en tout cas, je dirais que l’infrastructure principale était posée pour qu’on puisse continuer à travailler. Il a fallu faire quelques petits réglages, ça a permis de passer en production un peu rapidement des serveurs qui étaient en train d’être installés, pour tester, pour pouvoir soutenir les habitudes de travail.
Il faut bien considérer les niveaux de cette manière-là.

Étienne Gonnu : Très intéressant.
Est-ce que tu as un bilan que tu tires justement de cette période-là ou un autre point que tu souhaiterais évoquer parce qu’on touche déjà presque à la fin de l’émission ?

Laurent Costy : Je ne sais pas. Je peux peut-être en profiter pour lancer un sujet qu’on aura dans l’émission dans les semaines ou les mois à venir qui sera l’outil YunoHost qui, justement, est un serveur qui peut être installé assez facilement et qui permet de déployer plein de petits services. Du coup j’ai expérimenté ça pendant le confinement, vraiment à titre expérimental, mais ça a aidé un peu. On peut installer très rapidement un pad, donc avoir son propre pad, gérer ses propres pads, installer l’équivalent d’un serveur Framateam, je ne sais plus sur quel logiciel c’est appuyé. Il y a la capacité d’installer assez simplement un serveur. Il faut quelques compétences, je ne suis pas informaticien, mais effectivement j’ai acquis de la compétence au fil des années. On essaiera d’ouvrir une émission sur ce sujet-là parce que je pense que pour la décentralisation et le sujet que vous avez déjà abordé autour des chatons, c'est quand même une voie extrêmement intéressante pour les associations qui souhaitent prendre un peu en main leurs données et les maîtriser.

Étienne Gonnu : Tout à fait. C’était très clair. Vivement, finalement,la réalisation de l’émission.

Laurent Costy : Je ne sais pas combien de temps il nous reste. Bénévalibre continue d’être utilisé, déployé, expérimenté par les associations.

Étienne Gonnu : Du coup, tu peux nous dire en deux mots ce qu’est Bénévalibre puisque tu le mentionnes ?

Laurent Costy : C’est un logiciel libre qui permet de faciliter la valorisation du bénévolat dans les associations. Le CRAJEP, Comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire de Bourgogne-Franche-Comté, a porté le projet, a réuni les financements et a permis de financer la SCIC Cliss XXI pour le développement de cet outil qui est désormais opérationnel sur benevalibre.org. Sur leur lancée, à titre complètement autonome, on peut même signaler que Cliss XXI a développé un logiciel qui s’appelle GvoT qui permet maintenant de faciliter les votes à distance pour les associations. C’est pareil, c’est un outil qui était franchement bienvenu, il est au tout début de son exploitation mais n’hésitez pas à aller voir sur le site de Cliss XXI cet outil-là qui pourra peut-être vous aider pour votre prochaine AG ou vous prochains CA à distance si vous n’avez pas encore la possibilité de les organiser en présentiel, et peut-être pour être complémentaire du présentiel.

Étienne Gonnu : Parfait. On mettra le lien sur notre site et tu soulèves une question qui va nous intéresser dans nos annonces.
Un grand merci Laurent, désolé pour ce temps court. En tout cas un grand merci pour ces différentes informations. C’était un plaisir de t’avoir.

Laurent Costy : Pas de souci. Merci à vous toutes et tous. Au revoir.

Étienne Gonnu : Bonne fin de journée.

Annonces

Étienne Gonnu : L’émission touche à sa fin. Comme je vous le disais quelques annonces rapides.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Laurent parlait d’assemblée générale. Celle de l’April avait été reportée du fait du confinement. Une nouvelle date a été posée. L’assemblée générale de l‘April aura lieu le 27 juin à 14 heures, à distance. À priori nous utiliserons le logiciel libre de visioconférence BigBlueButton.
Le groupe de travail Traductions de la philosophie GNU a publié en ligne la traduction de deux nouveaux textes de Richard Stallman, un sur la mise de vidéos en ligne et sur le fait que dire non à l’informatique injuste, même une seule fois, ça aide.

L’émission touche à sa fin. Je remercie les personnes qui ont participé : Nicolas Dandrimont, Christian Quest, Laurent Costy.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, bénévole à l’April, Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts, Merci à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpe les podcasts complets en podcasts individuels par sujet, et Frédéric Couchet, délégué général de l’April et principal artisan de Libre à vous !>

Vous retrouverez sur notre site web, april.org, toutes les références utiles qu’on a pu citer pendant l’émission. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plus, les points d’amélioration, toutes vos remarques sont les bienvenues à l’adresse libreavous@april.org.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 9 juin 2020 à 15 heures 30. Nous tenterons de répondre à la question que les adversaires des libertés informatiques aiment poser : Internet est-il une zone de non-droit ?, ou plutôt aiment affirmer. Nous aurons l’honneur de recevoir Marc Rees, rédacteur en chef de Next INpact et Christiane Féral-Schuhl, avocate spécialisée dans le droit des nouvelles technologies et présidente du Conseil national des barreaux.

Nous vous souhaitons de passer une très belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 9 juin et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Pages