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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 7 min 48 sec

Interview bonus en vidéo d'Étienne Gonnu

il y a 7 heures 42 min

Découvrez la seconde interview bonus en vidéo (3 minutes 43) pour l'émission Libre à vous !. Trois questions posées à Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April.

Étienne participe à la préparation des émissions, anime certaines discussions lors des émissions et fait partie des personnes qui s'occupent de la régie.

Vous vous proposons une courte interview vidéo d'Étienne

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Lors de son interview, Étienne recommande la lecture de « Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce », de Corine Morel Darleux, et de regarder la série « The End of the F***ing World ».

Pour voir la première interview bonus : Interview bonus en vidéo de Vincent Calame (chronique « Jouons collectif »).

« Libre à vous ! » diffusée mardi 21 janvier 2020 sur radio Cause Commune

mar, 01/21/2020 - 15:30

Au programme : la politique de la ville de Fontaine concernant le logiciel libre et les données publiques, avec Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « quand le logiciel libre n'est pas supérieur, en pratique » ; chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème « Rétrospective sur les chroniques Pépites libres de 2019 ».

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 50e émission :

  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April, sur le thème « Rétrospective sur les chroniques Pépites libres de 2019 »
  • sujet principal : collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview de Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information de la ville de Fontaine
  • la chronique « Partager est bon de » Véronique Bonnet, professeur de philophie et administratrice de l'April, sur le thème « quand le logiciel libre n'est pas supérieur, en pratique »
  • diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la partie consacrée à la « rétrospective sur les chroniques Pépites libres de 2019 »
  4. Références pour la partie consacrée à la ville de Fontaine et sa politique logiciel libre
  5. Références pour la chronique de Véronique Bonnet
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcription et administratrice de l'April
  • Véronique Bonnet, professeur de philosophie et administratrice de l'April
  • Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information de la ville de Fontaine
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April (à la régie)
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la partie consacrée à la « rétrospective sur les chroniques Pépites libres de 2019 » Références pour la partie consacrée à la ville de Fontaine et sa politique logiciel libre Références pour la chronique de Véronique Bonnet Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 3 de l'année 2020

lun, 01/20/2020 - 22:09

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Ballast] La part anarchiste des communs

✍ Édouard Jourdain, le vendredi 17 janvier 2020.

Face à la submersion néolibérale et à la privatisation généralisée du monde, la notion de «commun» est revenue en force. On ne compte plus les ouvrages et les discours louant la nécessité des «communs» ou du «bien commun», qu’il s’agisse de ressources naturelles (une forêt), matérielles (un musée) ou immatérielles (un logiciel).

[RTBF Info] Clap de fin pour Windows 7, l'occasion de passer à l'open source Linux?

✍ M.A., le mercredi 15 janvier 2020.

Depuis ce mardi 14 janvier, Microsoft a mis fin au support de Windows 7. Dans un article publié au mois de septembre de cette année et mis à jour ce 13 janvier nous abordions la nécessité ou pas de passer à Windows 10. Mais finalement est-ce là…

Et aussi: Voir aussi: [L'ADN] Comment Bellingcat a enquêté sur le crash du Boeing Ukrainien en Iran?

✍ David-Julien Rahmil, le mercredi 15 janvier 2020.

Peu connu du grand public, Bellingcat est le premier média à avoir popularisé le concept d’enquête open source. C’est grâce au travail de cette rédaction que l’Iran a reconnu sa responsabilité dans le récent crash du Boeing à Téhéran.

[cio-online.com] La Défense Nationale va-t-elle basculer sur un poste de travail libre?

✍ Bertrand Lemaire, le mercredi 15 janvier 2020.

En répondant à la question d’une sénatrice sur le contrat dit «Open-Bar» au Ministère des Armées, le gouvernement envisage un PC open-source.

Et aussi: Voir aussi: [Silicon] Open Source, DevSecOps, Cloud-Native: trois prédictions pour 2020

✍ Nabil Bousselham, le mercredi 15 janvier 2020.

Quelle sera la place de l’open source dans la création du code? Le DevSecOps sera-il incontournable? Le Cloud Native est certes tentant, mais rimera-t-il avec sécurité? Veracode livre quelques prédictions et tendances pour 2020.

Et aussi: [usine-digitale.fr] Que faire en cas de non respect d'un contrat de licence de logiciel?

✍ Pascal Agosti, le mercredi 15 janvier 2020.

Généralement, le droit d’utiliser un logiciel est concédé pour un usage spécifique via la conclusion d’un contrat de licence. Les éditeurs reprochent, à ce titre, fréquemment à leurs clients licenciés des actes constitutifs de contrefaçon en se fondant sur le non-respect du contrat. Dès lors, la nature de l’action - contractuelle ou délictuelle - permettant au titulaire des droits de propriété intellectuelle d’obtenir réparation en cas de non-respect des termes de la licence par un utilisateur est une question épineuse.

Bientôt un poste de travail entièrement libre au ministère des Armées ?

lun, 01/20/2020 - 16:41

Le ministère des Armées a annoncé mener actuellement une étude pour s'équiper d'un poste de travail entièrement libre (système d'exploitation et logiciels de bureautique). Cette annonce est faite dans la réponse à une question écrite de la Sénatrice Christine Prunaud le 9 janvier 2020. Il s'agira, bien entendu, de traduire l'annonce en actes et le ministère donne, dans cette réponse, quelques signes encourageants. L'April souhaite la publication de l'étude une fois celle-ci finalisée et demande au ministère si le contrat Open Bar qui le lie à Microsoft a déjà été renouvelé pour la période 2021-2025

L'objet de la question de la Sénatrice Christine Prunaud porte sur la prise en compte du « critère de la maîtrise des codes sources » lors du possible, voire probable, renouvellement du contrat Open Bar entre Microsoft et le ministère des Armées. La sénatrice en profite pour souligner les conditions préoccupantes de passation du premier contrat et la « discrétion totale » sur son renouvellement en 2017 (pour quatre ans). Autant d'interrogations qui poussaient l'April a se demander si le ministère allait enfin entamer sa cure de désintoxication.

La temporalité de cette question, ainsi que la focale sur la « maîtrise des codes sources », n'est évidemment pas anodine puisqu'elle s'inscrit dans les suites de la publication, le 1er octobre 2019, du rapport de la commission d'enquête du Sénat sur la souveraineté numérique, commission par laquelle l'April avait été auditionnée, qui soulignait page 155 que « la lisibilité totale des codes sources des programmes informatiques pouvait être une des conditions essentielles de la souveraineté de l’État sur ses moyens numériques ».

Un changement de discours en faveur du logiciel libre

L'entrée en matière de la réponse peut permettre de douter que le ministère soit d'ores et déjà prêt à sérieusement entamer sa cure de désintoxication. Microsoft, seule, serait capable de fournir les prestations demandées : du logiciel Microsoft. Argument pour le moins tautologique, qui fait l'impasse sur le fait que ces logiciels ne sont pas les seuls à pouvoir répondre aux besoins, notamment en matière de bureautique, du ministère.

Cependant, un certain changement de ton semble s'opérer. S'il reste à traduire cela en actes, l'April y sera attentive, la réponse marque une évolution dans le discours vis-à-vis du logiciel libre. En particulier, la réponse ministérielle annonce « une étude pour s'équiper d'un poste de travail entièrement libre (système d'exploitation et logiciels de bureautique), sur le périmètre de son réseau internet dédié. »

Une étude pour s'équiper d'un poste de travail entièrement libre (système d'exploitation et logiciels de bureautique), sur le périmètre de son réseau internet dédié. L'accès au code source des solutions numériques est effectivement un facteur facilitant la maîtrise de ces solutions, dans une optique tant de sécurité que de souveraineté numérique.

Cette annonce fait écho à la réponse à une autre question écrite de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, datant du 24 août 2018, dans laquelle le ministère informait qu'« une feuille de route pour le ministère des Armées, indiquant à la fois le calendrier et les applications pour lesquelles il serait pertinent de passer au logiciel libre, sera établie courant 2018 ».

Si l'on oublie les réserves habituelles d'usage, « un coût global de risques et d'efficacité [qui doit être] comparables à ceux des grands éditeurs », le logiciel libre semble enfin reconnu dans le discours, non pas comme un modèle économique alternatif, mais, avec ses vertus intrinsèques spécifiques, comme une approche, pour ne pas dire une éthique, au développement logiciel. En particulier, le fait de pouvoir accéder aux sources du logiciel est reconnu comme un facteur de sécurité et un gage de confiance. Loin donc du fantasme d'une sécurité garantie par l'opacité des logiciels qui semblait être la norme jusqu'à il y a peu dans ce genre de réponse.

Mise à jour de la « politique logicielle » du ministère

Pour vanter son engagement vis-à-vis des logiciels libre, la réponse ministérielle indique que sa « politique logicielle », publiée en 2019 (en PDF), « prône l'ouverture aux logiciels libres », modulo les réserves évoquées de coût et d'efficacité.

Les objectifs de cette politique sont bien de favoriser l'interopérabilité par un recours aux standards, protocoles et formats d'échange ouverts, de garantir la souveraineté (tant sur la confiance que la sécurisation) numérique, de maîtriser et rationaliser les choix technologiques, de promouvoir le partage et la réutilisation des composants logiciels et d'exposer les ressources (données et services).

Notons ici que malgré l'annonce de l'accessibilité du document, il ne semble y avoir eu aucune publication officielle et nous n'avons obtenu aucune réponse à nos demandes de communication de mai 2019. Le seul document en notre possession date du 11 février 2019 et a été rendu public par le journaliste Émile Marzolf, travaillant pour Acteurspublics.fr. Il serait sans doute opportun de la part du ministère de communiquer le document via un canal officiel, pas seulement sur un site tiers/privé, comme celui de l'April.

La politique logicielle précédente remonte au 17 octobre 2006. Il s'agissait d'un document cohérent et intéressant, particulièrement sur les questions d'interopérabilité, qui marquait déjà un engagement vis-à-vis du logiciel libre, affirmant même que « le ministère de la Défense engage une démarche volontariste vis-à-vis des logiciels libres ». Cela n'aura malheureusement pas empêché la mise en place de la servitude volontaire à Microsoft.

Si la mention de cette « démarche volontaire » n'a malheureusement pas été reproduite dans cette nouvelle version, le fond du document semble toujours marquer un engagement vis-à-vis du logiciel libre. Le sujet y est d'ailleurs plus détaillé, notamment dans l'annexe III qui définit la notion et précise le fonctionnement des licences et des « modèles économiques ».

Une politique qui reconnaît, enfin, la valeur des communautés du logiciel libre

Une considération qui ressort de cette politique logicielle mérite en particulier notre attention.

Le rôle des communautés du logiciel libre est essentiel à la fois pour bénéficier de codes de qualité, maintenus, plus sûrs et améliorés en permanence, pour mutualiser les ressources et les expertises entre les services de l'État, mais également pour s'ouvrir vers l'extérieur. C'est un moyen de dynamiser les projets et de contribuer à leur pérennité.

Ce rapport au « rôle des communautés » n'est pas anodin et marque une reconnaissance importante qui semblait jusqu'alors loin d'être évidente. Particulièrement sur les questions relatives à la sécurité, enjeu fondamental pour le ministère des Armées.

Sur ce point d'ailleurs, à la lecture de la réponse ministérielle on pouvait regretter que la considération de « sécurité » soit limitée à la seule capacité d'accès au code source. S'il s'agit évidement d'une considération importante, l'intérêt ne se limite pas à la liberté individuelle d'accéder aux sources. Il est systémique. C'est parce que cette liberté est garantie à toutes et tous, en combinaison avec les libertés d'usage, de modification et de partage, qu'une communauté se forme et que la charge de cet « audit » est distribuée, améliorant le niveau global de sécurité du logiciel et la confiance qu'on peut lui porter. La « politique logicielle » établie par la DGNUM ne semble d'ailleurs pas dire autre chose.

Gageons que l'étude annoncée, pour un poste de travail entièrement libre, sera menée avec la rigueur que mérite la situation et qu'il s'agira d'un premier pas décisif dans la désintoxication à Microsoft. À l'instar de la Gendarmerie nationale qui a parfaitement réussi sa migration vers le logiciel libre1. Le ministère des Armées, comme l'ensemble des administrations, aura tout à gagner à s'engager dans une priorité effective au logiciel libre, en s'appuyant sur les communautés qui les font vivre.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 14 janvier 2020

lun, 01/20/2020 - 15:51


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 14 janvier 2019 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Magali Garnero - Emmanuel Charpentier - Olivier Simon - Étienne Gonnu - Vincent Calame - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 14 janvier 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Notes de lecture du livre consacré à Aaron Swartz Ce qu'il reste de nos rêves de Flore Vasseur, par Magali Garnero et Emmanuel Charpentier
  2. Collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview d'Olivier Simon, directeur Nancy Ville Numérique
  3. Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème de « la tentation de la réécriture »
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Pourquoi la ville de Nancy considère que le logiciel libre est un vrai vecteur de transformation du service public en général et des collectivités locales en particulier ? Le livre consacré à Aaron Swartz, militant des libertés numériques et intitulé Ce qu’il reste de nos rêves. Quels sont les problèmes de la tentation de la réécriture ? Eh bien nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’association c’est april.org. Vous y trouvez une page consacrée à cette émission avec les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.

Nous sommes mardi 14 janvier 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct ou participer à la discussion, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous ainsi sur le salon dédié à l’émission.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme de l'émission.
Nous commencerons par une note de lecture du livre Ce qu’il reste de nos rêves de Flore Vasseur consacré à Aaron Swartz, militant des libertés numériques, décédé à l’âge de 26 ans le 11 janvier 2013.
D’ici dix à quinze minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur la politique « logiciel libre et données publiques » de la ville de Nancy, récente récipiendaire d’un label Territoire Numérique Libre de niveau 5.
En fin d’émission nous aurons la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame sur le thème de « la tentation de la réécriture ».
À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Notes de lecture du livre consacré à Aaron Swartz Ce qu'il reste de nos rêves de Flore Vasseur, par Magali Garnero et Emmanuel Charpentier

Mag : Salut à tous.
À l’occasion de la commémoration de sa mort le 11 janvier 2013, j’ai très envie de vous parler de Aaron Swartz, donc du livre Ce qu’il reste de nos rêves écrit par Flore Vasseur aux Éditions des Équateurs. C’est un livre qui est paru en 2019, donc c’est quand même assez récent, mais comme je ne pourrais pas avoir l’auteur avec moi, j’ai demandé à un connaisseur de venir. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Manu, tu es responsable de la revue de presse de l’April.

Manu : Et je suis informaticien par ailleurs.

Mag : Et de l’Agenda du Libre.

Manu : Oui, que j’ai codé dans sa version actuelle.

Mag : J’en profite, je te fais de la pub !

Manu : Ça ne peut faire de mal !

Mag : Aaron Swartz est né en 1986, il est mort en 2013 à 26 ans. C’est une vie très courte mais très, très riche.

Manu : Il vient d’une famille dans laquelle le père est informaticien.

Mag : Il a des frères tout aussi intelligents que lui. Il est brillant, c’est un élève surdoué — on va le voir par la suite — qui a fait énormément de choses.

Manu : Il a commencé à quel âge ?

Mag : À 12 ans il crée The Info Network. The Info Network c’est une encyclopédie, une sorte de prémisse de Wikipédia.

Manu : Oui, un peu en avance, mais déjà un début. Ça n’a pas pris à l’époque, effectivement il était un peu jeune, ça ne doit pas aider.

Mag : Peut-être aussi qu’il ne devait pas avoir les connaissances. À 12 ans on n’a pas le réseau que pouvaient avoir les fondateurs de Wikipédia. Mais déjà là, il est pour le partage des connaissances, la libre circulation des informations. À 13 ans il reçoit un prix, je ne vous dirai pas le nom du prix parce que c’est en anglais, mais, en gros, la récompense de ce prix c’est une visite au MIT [Massachusetts Institute of Technology].

Manu : Donc un endroit où il y a plein d’informaticiens. On pourrait même dire qu’il y a un nid et il va y rencontrer des gens importants pour sa vie plus tard.

Mag : Il y rencontre Lawrence Lessig.

Manu : Notamment, un grand défenseur du droit d’auteur, du domaine public plus précisément, qui est un des créateurs des Creative Commons, donc quelqu’un d’important.

Mag : À 14 ans, il participe au format RSS. C’est quoi le RSS ?

Manu : C’est quelque chose d’assez technique qui permet de s’abonner aux sites web pour avoir leur actualité. C’est très utile mais ça reste assez technique. Donc quelque chose qui a vraiment beaucoup aidé à partager de l’information sur Internet. À son époque, ça a fait vraiment fureur.

Mag : Et c’est toujours d’actualité.

Manu : C’est toujours d’actualité, même si d’une certaine manière ça a évolué, donc il y a d’autres choses.

Mag : À 15 ans il s’intéresse au droit d’auteur et aux licences des Creative Commons.

Manu : Justement créées par Lawrence Lessig, un ami à lui.

Mag : Un mentor.

Manu : Un mentor, on peut le dire.

Mag : En tout cas au début c’était son mentor et après, manifestement, les choses se sont inversées, ça vous le découvrirez dans les interviews du livre de Flore Vasseur.

Manu : Les Creative Commons c’est quelque chose qu’on peut utiliser quand on diffuse des contenus sur Internet notamment, et ça touche à peu près tous les contenus qu’on peut imaginer. C’est très à la mode, notamment aujourd’hui sur Wikipédia.

Mag : À 16 ans il rentre à l’université de Stanford.

Manu : Donc c’est plutôt jeune, mais c’est bien !

Mag : À 17 ans il devient ou il commence à devenir très actif dans Wikipédia. Forcément, vu que son encyclopédie n’a pas marché, autant être actif là où ça marche, Wikipédia, ça marche.
À 19 ans il rejoint les fondateurs de Reddit. C’est quoi Reddit ?

Manu : C’est une sorte de site où on partage des liens et où on discute. C’est un nid à trolls, c’est un forum gigantesque.

Mag : À trolls.

Manu : Il y a plein de trolls sur Reddit, c’est assez incroyable !

Mag : Des débats.

Manu : Des débats. Il y a plein de débats sur Reddit. C’est un milieu qui est très bougeant, ça remue dans tous les sens.

Mag : Je ne me couche pas tant que quelqu’un a tort sur Internet, c’est ça ?

Manu : Exactement. Ceci dit, il n’y est pas resté non plus.

Mag : Non, parce que Reddit a été racheté par Condé Nast et manifestement la politique a changé ce qui fait qu’il s’est barré.

Manu : Ce n’est déjà pas mal, il a quand même participé encore à quelque chose d’assez important sur Internet.

Mag : À 21 ans, il fait partie des membres du W3C et du RDF.

Manu : Le W3C [World Wide Web Consortium] c’est l’organisme qui gère un peu le Web, donc une grosse partie d’Internet tel qu’on le connaît aujourd’hui, c’est quelque chose de gigantesque, d’important.
RDF [Resource Description Framework] est un des formats qui est utilisé, qui est spécifié par le W3C, qui est en lien avec le RSS justement, donc quelque chose d’assez important qui est toujours utilisé aujourd’hui sur des métadonnées, globalement, et des formats de fichiers.

Mag : Tu vois, heureusement que tu es là !
C’est aussi à cet âge-là qu’il élabore le langage de balisage léger Markdown. Ça je sais, parce que je l’utilise.

Manu : Parce que tu l’utilises !

Mag : Quand je vais sur mon site internet j’utilise du Markdown pour dire « attention, ce texte sera en gras, en italique, il faut aller à la ligne, c’est un titre » et ainsi de suite. C’est quelque chose qui est extraordinaire le Markdown ! Et il a trempé là-dedans.

Manu : C’est un des créateurs et ce mécanisme-là est un des mécanismes qui est beaucoup utilisé dans les wikis, dans les outils comme Wikipédia, même si ce n’est pas toujours la même syntaxe. Il y a eu beaucoup de difficultés à mettre en place des syntaxes communes et aujourd’hui Markdown est l'une des syntaxes les plus utilisées quand on veut écrire à la mode wiki.

Mag : La classe !

Manu : Vraiment quelque chose de très important et assez incroyable parce qu’il y a beaucoup de ces syntaxes qui se sont battues les unes avec les autres.

Mag : Il continue. À 22 ans il participe à Tor2web. C’est un proxy http pour les services cachés de Tor. Déjà il va falloir que tu m'expliques ! Proxy, http et Tor.

Manu : On ne va pas forcément aller dans les détails. Tor c’est un outil pour être anonyme sur Internet, un outil en oignon, on passe par plusieurs couches et, grâce à toutes ces couches, au moins trois, c’est ce qui recommandé, on est supposé être à peu près anonyme si on ne fait pas d’erreur par ailleurs. Les proxys ce sont des intermédiaires par lesquels on passe. Donc développer des proxys pour aller sur le Web, c’est utile. Je ne sais pas si la brique en question est encore utilisée aujourd’hui, mais c’est quelque chose d’important qu’il a dû mettre en place pour faciliter la vie et pour rester anonyme sur Internet, donc quelque chose de fondamental.

Mag : Il s’investit aussi dans Watchdog, en 2008. En gros c’est de l’open data qui force plus ou moins les gouvernements à mettre des données en transparence, en libre accès.

Manu : Open data, ce qu’on en dit aujourd’hui, c’est effectivement quand les administrations partagent des données, les horaires de trains, des données sur les budgets, des choses comme ça, qui sont partagées, qui sont diffusées, c'est très utile notamment pour nous les citoyens, pour les entreprises et pour les autres administrations aussi. Donc oui, il a trempé là-dedans, encore !

Mag : Incroyable ! Mais pas que ça ! Il a aussi fait l’Open Library.

Manu : Ah ! Ça doit te plaire puisque tu es libraire.

Mag : Je suis libraire effectivement. L’Open Library c’est énormément de livres en libre accès. C’est-à-dire que tout ce qu’il a pu avoir sous la main il l’a envoyé et on peut y accéder gratuitement, librement.

Manu : Vraisemblablement des livres du domaine public.

Mag : Et il y en déjà pas mal !

Manu : Il y en a beaucoup et c’est un effort qui est louable parce qu’il faut les diffuser, il faut les reprendre et il me semble qu’il a fait ça notamment pour essayer de damer le pion à Google qui, lui aussi, avait des projets dans ce sens-là, mais ce n’était pas forcément des projets ouverts.

Mag : Déjà, en 2008, il se méfiait de Google !

Manu : Effectivement, il a senti qu’il y a avait des acteurs qui étaient trop importants, qu’il ne fallait pas leur laisser tout faire.

Mag : Bien sûr, nous on le connaît pour autre chose. Enfin, on le connaît !

Manu : En tout cas pour sa dernière affaire on va dire, son dernier combat.

Mag : L’affaire JSTOR.

Manu : En soi ce n’était pas la plus connue mais c’est effectivement la diffusion de journaux scientifiques.

Mag : Ce sont des jounraux qu’il est allé récupérer sur le site du MIT.

Manu : Et qu’il a ensuite diffusés sur Internet, mais, en tout cas, on ne lui avait pas donné la permission de le faire, donc c’était considéré un accès illégal et une diffusion illégale.

Mag : Il n’y avait rien qui empêchait de le faire. Le MIT était quand même reconnu pour garder ce genre de données ouvertes.

Manu : Oui, en interne, mais le fait qu’il les a diffusées ça a été à l’encontre de la politique officielle du MIT. Même si le MIT ne s’en est pas plaint officiellement, il y a quelqu’un qui lui est tombé dessus, un procureur des États-Unis qui l’a mis en accusation pour avoir diffusé et hacké des informations qu’il n’aurait pas dû mettre en partage sur Internet.

Mag : C’est un procureur des États-Unis, Carmen Ortiz, qui va porter plainte, va gérer l'affaire sachant que JSTOR n’a pas porté plainte et va menacer Aaron de 35 ans d’emprisonnement et, je crois, de un million de dollars, quelque chose de totalement loufoque comme somme !

Manu : C’était de la démesure et effectivement, certains considèrent que c’était devenu une forme d’acharnement judiciaire. Elle voulait vraisemblablement faire un exemple de Aaron Swartz qui était déjà très connu à cette époque, donc le mettre en face de ses responsabilités, on va dire, l’accuser. Lui faire plier l’échine aurait été un succès, on peut imaginer, pour cette procureur.

Mag : Il faut savoir qu’Aaron Swartz avait des problèmes de santé, que ce soit sa santé alimentaire mais aussi un peu psychique et il s’est pendu. Il s’est pendu dans le costume qu’il avait acheté pour aller au tribunal, donc il n’y a pas eu de jugement.

Manu : Il a mis fin à cette affaire, mais effectivement c’est sa vie qu’il a mise en jeu, c’est un peu dommage. On ne sait pas dans quelle mesure c’est l’affaire qui l’a poussé à cela, en tout cas aujourd’hui il est considéré un petit peu…

Mag : Comme un martyr. Allez, un martyr du Libre, eEn tout cas une figure incontournable du mouvement du logiciel libre, des droits d’auteur et de tout ce qui est licences et open source.

Manu : C’est un combattant du partage d’informations, du partage d’informations scientifiques, de la collaboration, de la mise en commun et des formats qui vont sous-tendre ces mises en commun. C’est quelqu’un d’important parce qu’il a marqué son époque. Il y a des pétitions qui ont circulé en sa mémoire, notamment contre la procureure. Lawrence Lessig continue à parler de lui assez régulièrement. C’est quelqu’un qui, malgré son jeune âge, a contribué de manière marquante à la vie d’Internet.

Mag : Il a marqué les esprits. Il y a plein de choses qui sont dites sur lui, même après sa mort. D’ailleurs on commémore sa mort.

Manu : Et on écrit des livres sur sa vie, sur sa courte vie.

Mag : On écrit des livres.
Ce que j’ai aimé dans ce livre, donc dans cette biographie, c’est qu’elle est écrite comme un roman. Pour ceux qui ne sont pas trop biographie, qui préfèrent les romans, n’hésitez pas à aller la lire parce qu’on suit vraiment toute son histoire. Il y a le témoignage de sa famille, il y a le témoignage de ses amis, de ses proches. Il y a aussi le témoignage de ses mentors puisque Lawrence Lessig y participe énormément, d’ailleurs c’est peut-être grâce à lui que cette biographie existe. C’est bien ficelé, il y a plein de références à l’actualité, donc on n’est pas perdu. Je trouve que c’est une manière très intelligente de nous prévenir et de nous sensibiliser aux dérives des GAFAM mais aussi des gouvernements puisque là, en l'occurrence, c’est le gouvernement qu’il s’est pris en pleine face notre Aaron Swartz. Il se sentait innocent et, malgré tout, les jugements, la pression, la prison puisqu’il a été arrêté, ça l’a mis dans un état qui l’a conduit au suicide.

Manu : C’est une vie marquante, courte. J’espère qu’on continuera à parler de lui régulièrement, il n’y a pas de raison qu’on l’oublie. En tant que martyr des libertés, c’est toujours important de parler de lui.

Mag : Je pense que tant que Lawrence Lessig sera vivant on parlera de lui. Il a vraiment été marqué par ce gamin qui réfléchissait et lui donnait des pistes de réflexion auxquelles il ne s’attendait pas forcément.
Avant de conclure, je voudrais parler un petit peu de Flore Vasseur. Flore Vasseur c’est une Française.

Manu : Donc l’autrice de la biographie.

Mag : L’autrice de la biographie. En 1999, elle est partie s’installer à New-York. Elle travaillait dans une entreprise de luxe. Elle a monté sa propre société de marketing. Et là paf ! Attentats du 11 septembre 2001. Elle ne doit pas être très loin des tours, on sent que ça la marque et elle va totalement changer de vie. Ces attentats c’est une sorte de déclic et elle change tout. Elle devient journaliste, chroniqueuse, elle quitte New-York, elle revient en France. Elle va commencer à faire des chroniques sur France Culture, sur Le Monde, sur Le Figaro, sur Le Journal du dimanche. Elle fait des articles sur pas mal de gens. Elle s’intéresse énormément aux lanceurs d’alerte qu’elle a connus quand elle a fait un documentaire, en 2016, sur la rencontre entre Lawrence Lessig, Snowden et Birgitta Jónsdóttir.

Manu : Qui ça ?

Mag : Birgitta Jónsdóttir.

Manu : Ce n’est pas facile !

Mag : Je ne suis pas sûre de le prononcer correctement en plus. Birgitta c’est une femme, Islandaise, qui a fondé le Parti pirate. Donc en 2010 elle fonde le Parti pirate, elle était très proche de Julien Assange de WikiLeaks, elle s’en est un peu éloignée après, elle prône les droits d’auteur, le partage de la connaissance, la liberté sur Internet, enfin c’est une femme bien. Elle a fait un documentaire sur la rencontre de ces trois personnes-là qui est fabuleux. Je vous conseille d’aller voir ce documentaire et même d’aller lire d’autres livres de Flore Vasseur parce que c’est quand même quelqu’un qui réfléchit, qui partage, et c’est intéressant de lui consacrer un peu de temps.

Manu : À priori elle défend des droits d’auteur logiques et bien délimités et pas des droits d’auteur un peu fous qui seraient défendus notamment par des procureurs qui ont envie de marquer le coup et d’obtenir une cible, d’obtenir une cible un peu forte.

Mag : Je propose qu’on s’arrête là. Merci Manu d’avoir joué les experts avec moi et merci à tous de nous avoir écoutés. Bye-bye.

[Transition sonore]

Frédéric Couchet : Nous avons écouté Magali Garnero et Emmanuel Charpentier, bénévoles à l’April, qui ont enregistré une note de lecture du livre Ce qu’il reste de nos rêves de Flore Vasseur consacré à Aaron Swartz, militant des libertés numériques. C’est aux Éditions des Équateurs, le livre a été publié en janvier 2019, il fait à peu près 400 pages et je vous encourage à le lire. Comme le dit Magali, ce livre, au-delà de raconter la vie d’une personne, est un livre sur une famille. Dans les pages consacrées à l’émission sur april.org et causecommune.fm j’ai également mis un lien vers une vidéo de Flore Vasseur, d’une dizaine de minutes, une interview vidéo publiée l’an dernier.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale ]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter La petite Britney par le groupe « 6 Février 1985 ». On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : La petite Britney par le groupe « 6 Février 1985 ».

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter La petite Britney par le groupe « 6 Février 1985 », une musique disponible sous licence Art libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer maintenant au sujet principal.

[Virgule musicale ]

Collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview d'Olivier Simon, directeur Nancy Ville Numérique

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur la politique de la ville de Nancy concernant le logiciel libre et les données publiques avec Olivier Simon directeur de Nancy Ville Numérique et je vais passer la parole à mon collègue Étienne Gonnu qui va animer cette discussion. Étienne c’est à toi.

Étienne Gonnu : Merci Fred.
Effectivement, pour cette rentrée 2020, nous avons décidé de consacrer deux sujets longs, donc aujourd’hui puis la semaine prochaine, le 21 janvier, aux collectivités qui œuvrent pour le logiciel libre et plus largement pour les libertés informatiques. Donc aujourd’hui nous avons le plaisir de recevoir par téléphone Olivier Simon directeur de Nancy Ville Numérique. Vous êtes bien avec moi Olivier ?

Olivier Simon : Oui. Bonjour à tous.

Étienne Gonnu : Bonjour. Effectivement, l’engagement de Nancy pour le logiciel libre, politiquement et concrètement a été démontré, c’est aussi pour ça qu’on a plaisir à vous recevoir. Déjà je pense qu’on peut citer par acte de transparence mais également parce que je trouve c’est significatif et que ça montre l’engagement de Nancy, le maire de Nancy, Laurent Hénart, qui est signataire, en 2010, au moment des Régionales, puis en 2014 au moment des Municipales, du Pacte logiciel libre de l’April, par lequel, à l’époque, on appelle les personnes candidates lors des élections à s’engager à promouvoir et à défendre le logiciel libre. Donc on a le plaisir de voir que monsieur Hénart, dans ses mandats, respecte et s’engage concrètement sur ce Pacte et puis, Frédéric l’a mentionné en introduction de l’émission, vous avez récemment été récompensé d’un label Territoire Numérique Libre de niveau 5, le niveau maximum, et vous êtes, en plus, la première collectivité à obtenir ce niveau 5. Pour préciser, le label Territoire Numérique Libre a été créé en 2016 à l’initiative de l’ADULLACT qui est l’Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres dans les administrations et les collectivités territoriales, label pour lequel l’April est membre du jury. C’est un label qui est destiné à mettre en valeur l’utilisation des logiciels libres, des systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises ainsi que l’usage des données publiques ouvertes, accessibles et réutilisables, ce qu’on appelle souvent open data. Vous avez donc eu le niveau maximal, félicitations à nouveau.

Olivier Simon : Merci beaucoup.

Étienne Gonnu : Peut-être, en quelques mots, est-ce que vous pouvez, justement, présenter les motivations de cet engagement ? Pourquoi est-ce que Nancy œuvre pour les logiciels libres ? Finalement pourquoi est-ce qu’elle a obtenu, selon vous, ce niveau 5 ?

Olivier Simon : Déjà c’est un honneur. C’était notre deuxième participation, l’année dernière nous avions obtenu le niveau 4 et on aura peut-être l’occasion d’y revenir, mais ces labels sont capitaux pour conduire une politique publique puisque c’est important de pouvoir s’évaluer et ce n’est pas tant le label qui était important, même si c’est facile à dire quand on a le niveau 5, mais c’était surtout les recommandations pour progresser qui étaient importantes.
Comme vous l’avez bien précisé Étienne, c’est vrai que monsieur le maire était signataire de la charte de l’April, ce qui a permis, dès son élection, dans le projet de ville, de voir apparaître le numérique en bonne place et à chaque fois la notion du logiciel libre à la fois dans le projet politique mais aussi dans le projet de l’administration. L’open source est synonyme de transparence, d’interopérabilité et de co-construction, de co-conception et c’est ça qui nous a aidés aujourd’hui à faire que le logiciel libre a complémentent transformé le management interne de la collectivité dans sa création, dans son suivi et son développement. C’est vrai que c’est une expérience réussie, ce sont plusieurs expériences réussies ; ce sont des rencontres d’acteurs du Libre qui portent des valeurs de transparence, de démocratie participative, de choses qui ont à la fois retenu une écoute forte de la part des politiques mais aussi de l’administration et surtout des administrés.

Étienne Gonnu : Très bien. Quand on a préparé l’émission, vous aviez fait une distinction que j’ai trouvée intéressante — vous pourriez d’ailleurs présenter ce qu’est un directeur Ville Numérique de Nancy —, vous précisiez que vous n’étiez pas directeur des systèmes d’information, DSI. C’est quelque chose qu’on juge important, auquel on était attentif lors de l’évaluation des différentes candidatures pour le label Territoire Numérique Libre, ces relations, on va dire, entre les élus et les équipes en interne, les équipes techniques et comment elles travaillent ensemble. Il m’a semblé comprendre que vous avez justement une position intéressante. Quel est le rôle du directeur Ville Numérique à Nancy ?

Olivier Simon : Le rôle du directeur Ville Numérique à Nancy. Déjà, on évolue dans un environnement particulier, Nancy c’est la ville centre d’une métropole, une métropole qui comprend 20 communes, sur un bassin de vie de 280 000 habitants et qui, depuis 1999, a pris la décision de mutualiser son service informatique, donc il y a une DSI mutualisée pour 19 des 20 communes. DSI qui a pour mission, traditionnellement, de mettre un environnement technique et technologique.
C’est vrai que lors de l’élaboration du projet numérique de la ville de Nancy, il a été convenu que la technologie devait se mettre au service de et non pas être au cœur. C’est vrai qu’à partir de là, tout naturellement, l’idée d’une direction du numérique qui est centrée sur les usagers et sur les usages, avec des particularités de droit à l’expérimentation, de droit à l’échec – on a essayé de ne pas trop en avoir mais quelquefois qui dit expérimentation dit retour en arrière par moments – a fait que, du coup, on a un mode de développement bien particulier et la DSI, elle, est un des partenaires parmi d’autres, c’est-à-dire qu’on l’associe sur des choix technologiques mais pas forcément sur des choix d’usage.
C’est vrai que la direction Nancy Ville Numérique que j’ai la chance d’animer, se situe directement au niveau du directeur général, je suis donc membre de l'équipe de direction, une équipe de direction resserrée puisqu’il y a sept personnes, qui est managée par un comité de pilotage présidé par monsieur le maire et l’adjoint au numérique, qui se réunit régulièrement. Ça veut dire qu’il y a des circuits de décision très courts, des circuits d’information très courts qui nous permettent justement de réagir vite sur des expérimentations.

Étienne Gonnu : En gros, de ce que vous nous dites, c‘est un sujet politique.

Olivier Simon : Absolument, c’est ça. Et c’est vrai que très souvent lorsqu’on intervient auprès de collectivités ou qu’on reçoit des collègues, il est clair qu’une des raisons de la réussite, en dehors du fait qu’on est probablement très intelligents, mais ça je ne suis pas sûr en fait, c’est surtout qu’il y a eu un portage politique très fort. C’est-à-dire que l’implication de monsieur le maire, l’implication du directeur général et l’implication de l’équipe de direction font que ça donnait du crédit à nos propositions, ça a été appuyé au plus haut niveau et ça permettait, ensuite, de donner du crédit à nos actions finalement.

Étienne Gonnu : Très bien. Dans tout ce que vous nous décrivez, en quoi, finalement, le logiciel libre répond ? Je n’ai pas besoin d’être convaincu, mais je pense qu'il peut être intéressant justement de montrer que le logiciel libre, j’imagine, arrive en conclusion comme un objet politique et répond à des aspirations politiques.

Olivier Simon : De plus en plus aujourd’hui, l’habitant a plusieurs soucis. Ça fait longtemps qu’on travaille dans ce domaine et on a vu les usagers et les habitants, les politiques et nos collègues fonctionnaires, changer de paradigme. Avant, à un moment donné, l’informatique c’était le tout puissant, on pouvait imposer les fonctionnements. Aujourd’hui ce n’est absolument plus le cas : on a des habitants qui sont éduqués, qui connaissent, qui ont l’habitude, finalement, de commenter sur telle ou telle plateforme des produits qui viennent de n’importe où, de les suivre au quotidien. Par contre, ce n’est pas forcément très évident de leur expliquer que quand ils viennent déposer une demande de permis de construire, ils mettent leur dossier dans une grosse boîte noire et ils doivent attendre deux mois pour une réponse.
C’est vrai qu’à partir de là, le mode de réflexion a été de dire « essayons de donner de la transparence, de donner des garanties et de rendre les choses faciles et interopérables ». À chaque fois qu’on a mis ces conditions immuables, on est retombés sur l’idée du logiciel libre qui présentait toutes ces qualités, c’est-à-dire ses garanties de transparence, ses garanties d’interopérabilité et aussi ses garanties d’indépendance parce que tout le monde a aujourd’hui le souci de ses donnés, en tous les cas un usager, lorsqu’il confie ses données à l’administration, il est exigeant. C’est vrai qu’il fallait qu’on puisse répondre au niveau d’exigence de nos usagers.

Étienne Gonnu : C’est intéressant. J’ai trouvé que c’était très intéressant quand on a préparé l’émission, justement vous avez évoqué un argument qui est de dire, en fait, que ce n’est pas seulement plus que du GAFAM et on n’est pas seulement dans une réflexion d’alternative aux GAFAM. C’est vrai qu’on entend souvent ces arguments qui ont certes une valeur, mais l’intérêt du logiciel libre va effectivement bien au-delà et il permet de développer des usages spécifiques, c’est ce que j’entends, en tout cas, dans ce que vous développez.

Olivier Simon : Tout à fait.

Étienne Gonnu : Je pense aussi que ça peut-être intéressant de revenir sur cette mutualisation, c’est justement un facteur très intéressant que permet le logiciel libre. Vous parliez de différentes communes qui travaillent effectivement de concert à développer des usages communs et des outils communs.

Olivier Simon : Oui, c’est ça. C’est-à-dire que dans l’intercommunalité, au niveau de la métropole du Grand Nancy, on va trouver la commune de Nancy qui fait 105 000 habitants, mais on va aussi trouver des communes plus modestes, avec des financements ou des niveaux d’organisation différents et, pour autant, chacune d’elles est contrainte par le code des marchés publics, des procédures d’achat très réglementées, sans rentrer dans le détail, mais c’est vrai que l’existence du logiciel libre permet effectivement très facilement de travailler ensemble, de paramétrer. Finalement on n’achète pas des licences, on achète de la formation, on achète de la prestation, on achète de l’accompagnement et, du coup, c’est quelque chose qui permet à tous de travailler ensemble.
On avait la joie ce matin finalement de préparer la réunion de lancement pour la métropole du Grand Nancy qui se lance dans le même système de gestion de relation au citoyen qu’on utilise depuis trois ans. En fait, ça permet d’ajuster des pratiques, de s’harmoniser et surtout d’avoir un management qui est concret, concrètement centré sur l’utilisateur. C’est-à-dire que trop souvent les outils qu’on a eus jusqu’ici étaient trop fixés, trop figés, et c’est vrai qu'avec le logiciel libre, eh bien on rencontre des prestataires qui sont tournés vers l’utilisateur et qui ne sont pas tournés vers leur chiffre d’affaires.

Étienne Gonnu : Ce qui m’évoque aussi un autre argument qu’on défend souvent lorsqu’on parle de logiciel libre et de collectivités : souvent on dit que les prestataires de logiciels libres sont beaucoup plus souvent inscrits dans le tissu économique local. Est-ce que c’est quelque chose que vous constatez également à Nancy ? Est-ce que vous travaillez effectivement de manière plus locale ?

Olivier Simon : Non, on ne peut pas dire qu’on travaille plus sur l’aspect local, puisque, malgré tout, on a la quasi-totalité de la chaîne relation-usager qui est basée sur le logiciel libre et des logiciels qui communiquent entre eux. Le sujet local n’est pas un critère de choix. Par contre, ce qui est net, c’est qu’on voit maintenant dans nos relations avec l’université, dans nos relations avec les formations, beaucoup plus de stagiaires, le département de l’IUT de Nancy qui a développé une licence professionnelle logiciel libre, qui se rapproche de nous pour faire pas mal d’actions, des écoles d’ingénieur et ainsi de suite. Je dirais qu’on le verrait plutôt dans ce sens-là.
Par contre, sur les prestataires locaux ce n’est pas tout à fait le cas puisque, malgré tout, on cherche à avoir des solutions partagées avec d’autres collectivités de taille similaire.

Étienne Gonnu : Entendu. Puisqu’on parle aussi de mutualisation et ainsi de suite, il y a un aspect qui est important, qui est aussi au cœur de l’évaluation des candidatures pour le label Territoire Numérique Libre, qui est la question des données publiques ; il me semble que Nancy agit en ce sens. On peut rappeler l’enjeu : souvent on parle d’open data, c’est déjà rendre effectivement les données publiques qui sont d’ailleurs les données produites par les administrations, qui sont, de droit, accessibles au public, à n’importe qui et on doit être également en mesure de les réutiliser. Comment tout cela s’inscrit dans la politique Ville Numérique de Nancy ?

Olivier Simon : Là pour le coup, depuis trois ans, dans le cadre de ce projet de développement numérique à la ville on a désigné un DPO [Data Protection Officer], un Data Manager qui suit les données et on a fait le choix de prendre quelqu’un qui est issu du service des archives. C’est-à-dire qu’on a cherché, on a essayé de comprendre et on s’est dit que les personnes qui étaient les plus à même dans la collectivité à gérer les données, ce n’était pas les informaticiens, c’était les archivistes parce qu’eux ont une autre façon d’appréhender les données. Depuis trois ans maintenant, tous les projets numériques, dès le début, sont suivis par cette personne-là qui fait la cartographie au coup par coup et qui nous permet, à cette heure-ci, d’avoir déjà une première vision intéressante de nos données.
Depuis maintenant plus de six mois on a décidé de proposer à la métropole du Grand Nancy de mutualiser la création d’une plateforme commune. Donc la métropole a pris l’initiative de créer une plateforme open data commune et, pour ne pas déroger à notre règle, on a fait le choix d’une plateforme bien entendu libre ; la plateforme est faite par le prestataire Data4Citizen. C’était intéressant aussi d’avoir une plateforme open data libre. Cette plateforme est en train de se monter et sera mise à la disposition de l’ensemble des collectivités avec un rôle, j’allais dire un petit peu d’évangélisation que notre archiviste fait aujourd’hui dans les différentes communes de l’agglomération avec nos collègues de la métropole.

Étienne Gonnu : Quand vous dites « accessibles à différentes collectivités », j’imagine qu’elles ne seront pas seulement accessibles aux collectivités, vous voulez dire qu’elles seront réutilisables.

Olivier Simon : Oui, bien sûr, je me suis mal exprimé je vous prie de m’en excuser. Elles auront la possibilité de déposer leurs données, c’est-à-dire qu’on a rédigé un certain nombre de guides sur les données essentielles, sur comment travailler auprès des services pour que ce soit les services qui soient moteurs dans leurs dépôts de données. Elles auront la possibilité de déposer des données et, à la fois, la possibilité, bien entendu, de les utiliser ou de les consolider.

Étienne Gonnu : On sait aussi que c’est important que les données soient mises on va dire de manière propre, facilement accessibles, dans un format qui soit facilement réutilisable, notamment faciles à rechercher et je pense que c’est intéressant ce que vous disiez sur les archivistes. On imagine bien que quand il s’agit de rechercher sur des jeux de données et de données qui peuvent très importantes en nombre, très hétérogènes, avoir une plateforme qui permet de s’y retrouver facilement, donc une formation pour les personnes qui vont déposer ces données pour le faire de manière cohérente et rationnelle est effectivement un facteur important.
Du coup vous avez commencé à constater des usages intéressants de ces données qui se développent à partir de la société civile ou c’est encore trop récent ?

Olivier Simon : C’est encore récent. On parlait tout à l’heure du milieu économique, là, par contre, le milieu économique se manifeste très rapidement. C’est-à-dire qu’on a un certain nombre de startups locales, de pépinières d’entreprises, de choses comme ça, et là il y a beaucoup de demandes en particulier sur beaucoup de données cartographiques puisque même avant d’avoir la plateforme beaucoup de données ont été déposées sur OpenStreetMap pour rendre les données déjà libérées avant de disposer de la plateforme officielle. Là on a pas mal de startups qui se sont intéressées, qui utilisent nos données et qui en réclament d’autres, naturellement. Il y a en particulier beaucoup de demandes autour des différentes fréquentations de nos établissements culturels parce qu’il y a une société qui essaye de faire quelque chose autour de ce domaine-là. C’est dans la même lignée que le travail que je citais tout à l’heure au sujet de l’université, sur les formations, les stages et ce genre de choses.

Étienne Gonnu : Super. D’accord. Je vais revenir sur un terme que j’ai utilisé tout à l'heure, j’avais évoqué les GAFAM. Pour nos auditeurs et auditrices préciser qu’il s’agit d’un acronyme qui nous permet en général de nous référer à Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft et, plus largement, à toutes ces multinationales des technologies souvent privatrices.
D’ailleurs, de ce point de vue, il pourrait être intéressant d’avoir un retour d’expérience après plusieurs années maintenant : est-ce que, lors de la mise en œuvre de vos différentes politiques numériques, vous avez pu rencontrer des freins particuliers ? Est-ce qu’il y a des succès particuliers, des surprises, finalement des choses pour lesquelles vous aviez pensé devoir lutter qui, finalement, se sont mises en place de manière plus simple que prévu et qui ont été bien accueillies ? Que pouvez-vous en dire ?

Olivier Simon : Honnêtement, la première action forte qu’on a lancée c’est le choix de la gestion de relation au citoyen. Globalement, on l’avait résumée dans un premier temps à la mise en place de formulaires en ligne et de suivi des demandes. Ça a été fait sur la base d’une plateforme en logiciel libre et ça a été une vraie réussite du fait de la conduite du projet avec des ateliers et avec des résultats évidents. C’est-à-dire qu’en trois mois 60 démarches en ligne et très vite plus de 150 agents qui l’utilisent. Ça a été le succès. On dit souvent que ce genre de projet si, quand il démarre, il démarre par une success story, c’est assez facile.
Les freins sont venus, on les a, on en a encore malgré les réussites. Le premier vient de la culture informatique de notre DSI qui est basée sur du logiciel purement propriétaire, avec des applications classiques de comptabilité, de finance, d’urbanisme et là il y a une petite crainte, l’absence de sécurité – le logiciel libre n’est pas sécurisé – il y a des failles, des choses comme ça. Donc on a dû montrer, prouver, expliquer. C’est vrai qu’aujourd’hui ces freins-là sont tombés un peu les uns derrière les autres. Ils [La DSI] sont encore un petit peu réticents de temps en temps pour faire la maintenance, ils nous laissent, ils nous disent que si on a choisi on n’a qu’à se débrouiller, mais les mentalités avancent bien du fait du succès.
La deuxième difficulté qu’on a rencontrée, on migre la quasi-totalité de notre parc bureautique de la suite Microsoft vers la suite LibreOffice, ça représente quand même 800 postes. Là, il y a quand même dans l’inconscient collectif l’impression qu’on est en train de leur mettre une version à bas coût, que c’est parce qu’on veut gagner de l’argent. Il faut expliquer, accompagner. Je dirais que l’individu, tant que c’était des applications, ça ne l’a pas dérangé, lorsqu’on est sur la suite bureautique, on rentre presque dans l’intime. Là on a eu un peu plus de difficultés, l’accompagnement est un peu plus long. On pensait qu’un an nous suffirait pour faire cette migration, on est à 18 mois actuellement.

Étienne Gonnu : D’accord. Pour faire ces formations ce sont des choses que vous faites en interne ou vous faites appel à des compétences, des connaissances externes ?

Olivier Simon : Au début on est partis sur de l’externe pour la formation à LibreOffice et puis, assez vite, on a vu qu’il fallait un accompagnement beaucoup plus personnalisé. Donc dans ce cadre-là, maintenant on a embauché une personne qui s’est formée, qui accompagne, qui fait du coaching, qui anime des ateliers réguliers. On utilise aussi les technologies qui sont liées au brainstorming, à l’innovation, c’est-à-dire qu’on organise des petits-déjeuners du Libre, des ateliers réguliers, des sensibilisations, des tutoriels. C’est très classique, mais il y a un accompagnement au quotidien.

Étienne Gonnu : D’accord. Ce qui me semble effectivement essentiel. On commence à toucher à quelque chose d’extrêmement important et sur lequel je voulais qu’on passe un peu de temps, qui est justement cette notion de comment ça se passe en interne par rapport aux agents, dans l’accompagnement et vous avez commencé à l’évoquer. C’est quelque chose qu’on voit souvent dans les politiques d’accompagnement au changement, comme on les nomme souvent, qui sont fondamentales ; on voit que ça peut être difficile et que ça peut prendre du temps. D’ailleurs quelque chose qu’on nous oppose parfois, les politiques, les coûts cachés du logiciel libre. Vous avez d'ailleurs commencé par évoquer que c’est plus un déplacement des coûts, donc on voit bien que c’est un investissement.

Olivier Simon : Clairement. À aucun moment on a déployé l’argument coût dans les raisons du choix du logiciel libre. On ne souhaitait pas, on ne voulait pas que l’argument de dire « ce sont des solutions au rabais, forcément » soit utilisé. On ne voulait pas que ce soit utilisé, mais, en plus, ce n’est pas le cas. C’est simplement, comme vous l’avez dit, un déplacement des coûts, c’est-à-dire que l’argent qu’on ne met pas dans l’achat de licences, on le met dans l’acquisition de prestations d’accompagnement, dans la personnalisation et ça, ça fonctionne très bien. Je cite toujours le cas de la gestion de relation au citoyen, aujourd’hui on a 250 utilisateurs journaliers, qui sont dessus tous les jours, et on n’a pas fait de formation en tant que telle, on a animé des ateliers, beaucoup d’ateliers de personnalisation, des ateliers de gestion des workflows et on voit que l’appropriation s’est faite de façon naturelle et c’est bien plus facile.
On constate aussi c’est que comme on peut faire plus d’ateliers, comme on peut faire plus de choses, on remet les gens à niveau. L’arrivée de LibreOffice permet, par exemple, de reformer les gens à des fonctions qu’ils ignoraient. On a, dans une maison comme la nôtre où il y a 1300 agents, des gens qui sont arrivés en poste, qui se sont mis devant un ordinateur et puis qui ont fait avec ce que le voisin leur avait expliqué et ça tournait comme ça. L’arrivée de LibreOffice nous permet de les reformer, de leur remontrer ce qu’est un publipostage, un tableau dynamique croisé, des choses comme ça qui font qu’en plus ça s’accompagne d’une montée en compétence. On le constate pratiquement sur toutes les opérations qui ont été faites. La mise en œuvre de logiciels libres fait qu’on amène les gens à travailler entre eux, à reparler, à retravailler sur leur poste et leur mission, sur comment les logiciels doivent causer entre eux et on a une montée en compétence.

Étienne Gonnu : C’est très intéressant. Souvent on parle du logiciel libre comme d’un vecteur d’émancipation ou de développement des agents, et là on voit leur montée en compétence. Je pense que c’est plus valorisant en plus dans leur travail.

Olivier Simon : Parfaitement.

Étienne Gonnu : On pourra peut-être évoquer un peu plus en détail la question de l’acquisition au niveau politique et comment justement vous acquérez en priorité, j’imagine, du logiciel libre. Avant cela nous allons faire une courte pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons effectivement faire une pause musicale pendant cette passionnante discussion. Nous allons écouter Hard Country par Townhouse Woods. On se trouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Hard Country par Townhouse Woods.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Hard Country par Townhouse Woods, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Mon collègue Étienne Gonnu échange en ce moment avec Olivier Simon directeur de Nancy Ville Numérique sur la stratégie logiciel libre et données publiques de la ville de Nancy. Je leur repasse la parole.

Étienne Gonnu : Merci Fred.
Olivier, je pensais qu’il serait intéressant d’évoquer avec vous la politique d’acquisition. Comment vous acquérez du logiciel et comment vous faites en sorte d’acquérir plutôt du logiciel libre ? Est-ce que vous avez une procédure spécifique ou c’est dans le cahier des charges ?

Olivier Simon : Pour les gens qui ne connaissent pas, dans l’achat public on a une obligation de mise en concurrence donc réaliser des marchés publics. Ça veut dire écriture d’un cahier des charges, publication d’un appel d’offres et ensuite choix des prestataires sur des critères qui sont déterminés à l’avance.
Il est certain que lancer un appel d’offres en disant « je souhaite un logiciel libre » est un critère qui ne convient pas, on ne peut pas se permettre de faire ça. Donc comment on procède ? On procède finalement différemment aujourd’hui. La première phase c’est toujours une co-construction des besoins avec des groupes d’utilisateurs, des usagers lorsque c’est possible et lorsque le domaine le permet. Ensuite on élabore les besoins et on observe, on regarde un peu ce qu’il y a sur le marché. Une fois qu’on trouve un logiciel libre qui convient, on lance des appels d’offres non pas pour choisir le logiciel puisque, finalement, on vient de le choisir, mais plutôt pour chercher un prestataire qui va nous installer ce logiciel. C’est une procédure tout à fait légale qui nous permet d’être conformes à la législation. Ça le premier point.
Le deuxième point par contre dans ce cahier des charges, ce que l’on souhaite, on fait toujours l‘acquisition à la fois d’installation et d’accompagnement mais aussi des prestations de maintenance, c’est-à-dire que tous les logiciels que l’on a acquis font l’objet de contrats de maintenance pour assurer, j’allais dire, l’équilibre économique de notre prestataire, je devrais plutôt dire de notre partenaire.

Étienne Gonnu : C’est intéressant effectivement. S’il y a des juristes qui nous écoutent et sans rentrer dans les détails il y a un arrêt important du Conseil d’État qui justement précise ce que vous avez dit, c’est-à-dire qu’il dit très clairement qu’il est possible, pour une collectivité, de prendre un logiciel libre, et puisque c’est un logiciel libre, qui est librement accessible à tous, dont les spécifications sont connues, de faire un appel à prestation sur ce logiciel libre. En fait, finalement, on n’acquiert plus un objet, mais on va plutôt aller chercher de l’intelligence, chercher un savoir-faire.

Olivier Simon : C’est ça. On fait un marché de prestation de service et non plus un marché d’acquisition de logiciel. Ce qui permet donc ensuite de mutualiser. Par exemple nos collègues du Grand Nancy ou d’une autre commune peuvent dire « on prend le même logiciel », simplement ils n’ont pas obligation de prendre le même prestataire, s’ils trouvent un autre intégrateur le problème n’est pas le même, mais du coup on peut se causer facilement. Ça c’est vraiment la solution qui nous permet maintenant d’avoir quelque chose de très fiable.
Mais j’insiste bien sur cette notion : on fait bien le choix d’avoir des logiciels avec des contrats de maintenance, c’est-à-dire qu’il faut qu’on continue à travailler ensemble, il faut qu’on continue à avoir une prestation et un travail de partenariat avec des rémunérations qui sont à la hauteur de nos demandes.

Étienne Gonnu : Est-ce que vous avez une politique de développement en interne ?

Olivier Simon : Non. Pour le coup on a peu de politique de développement. Plutôt, de façon très régulière, on fait développer des connecteurs, on fait développer des fonctionnalités qui, bien entendu, sont forcément remises immédiatement sur les forges, remises dans le domaine du Libre, mais nous n’avons pas de politique de développement. On est une toute petite équipe de cinq personnes et quelques stagiaires nous font des petits modules, des petites adaptations, mais sans grande ambition.

Étienne Gonnu : Les forges ce sont des espaces en ligne, des plateformes où on met les codes en ligne pour qu’ils puissent être réutilisés par d’autres et où, finalement, un logiciel va être développé de manière collaborative en ligne et c’est quelque chose d’extrêmement important pour le logiciel libre. Cette politique de remettre sur les forges c’est une vigilance que vous avez pour que les prestataires le fassent ou vous laissez faire les prestataires qui le font généralement ? C’est plus par contrat ou c’est une action volontaire ?

Olivier Simon : Non, il faut absolument que ça soit fait par les prestataires, c’est demandé et c’est demandé parce que c’est la notion des biens communs. Ça fait vraiment partie du cahier des charges et des contrats qu’on fait ensemble.

Étienne Gonnu : Vous parliez de nouvelles fonctionnalités. Comment les agents publics sont inscrits là-dedans ? J’imagine que ce sont eux qui font remonter des besoins ? Est-ce qu’il y a un processus, une procédure qui est mise en place pour ces remontées de besoins ?

Olivier Simon : Oui, clairement. On va remonter un petit peu d’un cran. Après avoir constaté tout le bénéfice qu’on tirait de ce fonctionnement par ateliers, de ces fonctionnements récurrents, on a souhaité développer ça sur l’ensemble des projets et assez vite la mission Nancy Ville Numérique a recruté un ingénieur innovation et cette ingénieure innovation, puisqu’il s’agit d’une jeune femme, accompagne l’ensemble des projets dans leur suivi en organisant des modules d’expression, de co-construction et de suivi de l’ensemble des applications, ce qui nous permet d’avoir des panels d’utilisateurs. Un exemple qu’on cite souvent parce qu’on est assez fiers de ça, sur les services en ligne on a un panel de testeurs d’accessibilité. Il s’agit d’une dizaine de personnes suivies par le Centre communal d’action sociale qui sont soit porteurs de handicap soit en situation de grande difficulté sociale et qui testent, de façon très régulière, nos services en ligne. Cela permet, en permanence, d’avoir des ateliers pour les modifications et de remonter ensuite à la société Entr’ouvert les difficultés qu’on rencontre soit sur les termes graphiques soit sur de simples libellés : des phrases trop longues, des termes inappropriés, du jargonnage y compris dans les formulaires, enfin des choses comme ça. On est intimement persuadés que c’est cette philosophie du Libre qui nous a amenés à basculer tout doucement vers ces techniques d’innovation permanente.

Étienne Gonnu : Innovation permanente. C’est intéressant, est-ce que vous pouvez développer sur cette idée ?

Olivier Simon : C’est-à-dire que maintenant tous les projets se font sous la forme de réunions de co-design, de co-construction, ce qu’on appelait finalement, il y a quelque temps, du brainstorming, mais avec des méthodes qui sont adéquates. C’est-à-dire que ce sont des groupes qui vont élaborer du maquettage, des possibles et qui, du coup, sur la base des logiciels dont on dispose, vont pouvoir imaginer de nouvelles fonctionnalités et ensuite les proposer aux différents concepteurs. Du coup, c’est vrai que le fait qu’un certain nombre d’usagers soit présents ou d’associations, finalement ça nous aide à être au plus près de l’usager et c’est vrai que la souplesse des éditeurs de logiciels libres, des concepteurs de logiciels libres, nous permet d’imaginer cela. C’est beaucoup compliqué à faire avec des logiciels propriétaires puisqu’il y a des enjeux économiques forts, il y a des choses comme ça qui font qu’ils ont leur roadmap sur des mois et ils ne veulent pas en bouger.

Étienne Gonnu : Ce que je trouve intéressant dans ce que vous dites c’est cette manière de se réapproprier cette notion d’innovation. C’est vrai que c’est un terme qu’on entend un peu à tout bout de champ et qui est un peu vidé de son sens. Cette manière de se le réapproprier collectivement, de repartir de la pratique des agents, du vécu des utilisateurs et des utilisatrices, je trouve que ça redonne du sens et ça montre aussi l’intérêt, ce à quoi répond le logiciel libre et comment ce sont des objets communs qui permettent une réappropriation collective d’un outil dont, finalement, on est tous dépendants dans nos relations sociales, dans nos relations avec les administrations et les collectivités. Donc je trouve que c’est très intéressant comme approche et ça répond bien, aussi, aux enjeux du logiciel libre.

Le temps file, on a pas mal parlé de ce qui se passe en interne. Vous aviez un peu commencé à évoquer l’aspect plus externe du coup, la relation avec les usagers, avec les administrés, et comment une politique Ville Numérique tournée vers les libertés informatiques s’inscrit du coup du point de vue de la relation aux usagers ?

Olivier Simon : Les usagers sont beaucoup sensibilisés, on communique pas mal sur la notion de logiciel libre et aussi sur la notion de transparence. C’est vrai qu’il y a un rôle. On s’est refusés à ce que notre projet s’appelle Smart City parce qu’on trouvait que c’était un terme tarte à la crème et, quant à être smart, on a préféré travailler sur la notion de smart citoyen. On s’est dit qu’avant de se lancer dans la Smart City il fallait peut-être déjà qu’on montre que nos usagers étaient assez compétents pour ensuite nous aider à définir ce qu’ils attendaient sur la Smart City. Dans ce cadre-là, un grand nombre d’associations – je pense essentiellement à l’Office des personnes âgées et à notre médiathèque-bibliothèque – font beaucoup d’initiations autour du logiciel libre. OpenStreetMap est souvent invité pour faire des cartoparties, des choses comme ça, donc une grosse sensibilisation dans ce domaine. Et aussi un rôle qu’on assume tout doucement, j'allais dire d’évangélisateurs au niveau de la région Grand Est puisqu’on fait pas mal d’évènementiel dont un gros événement – pour nous c’est important – une fois par an, qu’on appelle le Libre sur la Place, sur cette belle place Stanislas à Nancy. On réunit les acteurs publics, on est entre 150 et 200 personnes et on réfléchit. D’abord, un, on montre que c’est possible. En novembre dernier nous avions, par exemple, la Gendarmerie nationale qui est venue expliquer que c’est possible. Oui, c’est possible, ce n’est pas pour les petits, ce n’est pas pour les gros, c’est pour tout le monde, tout le monde peut faire. Et dire que plus on sera autour de ça, plus on va pouvoir fédérer, faire des groupes de plus en plus larges, plus loin on pourra avancer.

Étienne Gonnu : Vous parlez de cartoparties. J’ai l’impression que la notion de party est souvent utilisée dans les communautés du Libre, cette idée de travailler en commun. Je n’ai plus l’émission spécifique en tête, mais on avait fait une émission avec les personnes d’OpenStreetMap, il était question de ces cartoparties, on mettra le lien sur le site de l’April. Je pense que c’est une très belle illustration du travail en commun, qu’on pourrait développer si vous le souhaitez. J’imagine que les utilisateurs et les utilisatrices de cet outil qu’est OpenStreetMap se mettent en commun justement pour améliorer les cartes, améliorer finalement les cartes de leur lieu de vie.

Olivier Simon : C’est ça. Le dernier exemple en date c’est un conseil de quartier qui avait envie de créer des itinéraires de découverte d’un des quartiers qui n’est pas le quartier le plus touristique de Nancy, mais qui estimait qu’il y avait un certain nombre de jardins remarquables en arrière-cour et qui, par le biais d’une cartopartie, a établi des parcours de découverte avec l’aide de nos collègues d’OpenStreetMap. Et là on a vraie dynamique qui s’instaure et aussi une culture du collaboratif, c’est-à-dire comment on peut faire ensemble et ça c’est vraiment quelque chose qui, par la suite est bien plus. Ces mêmes personnes vont assez vite se proposer lorsqu’on veut travailler sur des nouveaux logiciels ou des nouveaux services.

Étienne Gonnu : Juste pour préciser, l’émission c’est celle du 11 juin 2019, l’émission 29, où nous avions reçu des personnes d’OpenStreetMap.
Vous parlez de cette culture du collaboratif, est-ce que vous avez senti un développement, une prise en main de ces sujets par la population de Nancy, une appétence qui se développe, des initiatives nouvelles depuis que vous menez ces politiques tournées vers le logiciel libre ?

Olivier Simon : On va trouver les usages traditionnels des réseaux sociaux, mais il y a plusieurs domaines dans lesquels, finalement, on fait des choses intéressantes. Il y a tout un travail autour des amis des musées, des associations des musées, sous l’animation de l’équipe des musées, mais il y a eu tout un travail au niveau de ce qui a été appelé un « Wikithon », c’est-à-dire une mise à jour de Wikipédia et de Wikimedia sur la description d’une grande partie des œuvres des différents musées. Du coup, ce sont des groupes qui continuent maintenant à travailler. Ils ont été formés avec les équipes du musée et maintenant ils viennent enrichir cette grande encyclopédie collaborative. On va trouver aussi les conseils de quartier, donc sept conseils de quartier qui, finalement, se sont auto-saisis de la plateforme de participation digitale qui, bien entendu, est une plateforme de logiciel libre pour s’en faire des dispositifs propres à eux. Aujourd’hui ils sont capables d’organiser des concertations, ils sont capables d’organiser justement des débats collaboratifs en prévision de leurs assemblées générales. On voit que c’est quelque chose qui s'étend : au fur et à mesure, que cette culture prend, c’est-à-dire qu’on a des gens qui ont envie de faire plus et qui imaginent des usages ; par exemple, pour les conseils de quartier, on n’y avait pas forcément pensé nous-mêmes, ce sont eux qui sont venus nous solliciter et c’était vraiment très intéressant.

Étienne Gonnu : Tout l’intérêt du logiciel libre !

Olivier Simon : Pour le coup, le fait que ce soit un logiciel libre, c’est simple à mettre en œuvre, on n’a pas de coûts supplémentaires, on peut leur mettre facilement à disposition, on n’a qu’à les accompagner en termes de formation et ça s’est très bien passé.

Étienne Gonnu : Ce sont de belles illustrations. Il nous reste quelques petites minutes. Est-ce qu’il y a un sujet particulier que vous souhaiteriez évoquer ou développer ?

Olivier Simon : Écoutez, j’en ai parlé rapidement. Aujourd’hui, pour les collectivités territoriales, il y a une grosse sollicitation de la part de grosses entreprises pour ce qu’on appelle la Smart City, surtout pour les collectivités territoriales de notre taille, des outils d’hypervision et ainsi de suite. Nous on trouve qu’on est à côté de tout ça, que ce n’est pas ça qu’il faut. que ce n’est pas de ça dont on a besoin.
C’est vrai qu’à côté du logiciel libre et d’un gros projet de transition écologique, aujourd’hui on travaille beaucoup, à travers le logiciel libre justement, sur la notion d’informatique et de numérique responsables. C’est vrai que sur la notion de responsabilité sur l’impact carbone du numérique, sur des choses comme ça, le logiciel libre en lui-même nous permet maintenant d’avoir un nouvel axe de travail sur le projet de transition écologique de la ville. À travers ça, du fait qu’on a des logiciels qui doivent maintenant non seulement être libres mais être aussi conformes à des règles d’écoconception, de consommation, d’interopérabilité, c’est quelque chose sur lequel on est très intéressés, on regarde de très près les travaux du nouvel Institut du numérique responsable. Le sujet du numérique et de l’open source à travers la notion d’écologie est un sujet qui nous paraît aujourd’hui très important et qui, quelquefois, est complètement oublié au profit des Smart Cities où on fait plutôt un concours de capteurs, dans la ville, de celui qui a inventé un nouveau capteur sans trop savoir ce qu’on allait faire, mais surtout content parce que personne n’y avait pensé.

Étienne Gonnu : C’est vrai que souvent, quand on entend parler de Smart City, vous parliez d’un terme tarte, je ne peux qu’être d’accord, c'est vrai que ça a un côté très marketing, vous parliez de capteurs, on voit une inquiétude grandissante parmi les personnes qui défendent les libertés informatiques.

Olivier Simon : Bien sûr.

Étienne Gonnu : Les Smart Cities s’inscrivent généralement plutôt dans des politiques sécuritaires, de contrôle, donc finalement on crée des villes assez aliénantes et complètement aplaties, déshumanisées. Réintroduire, avec ce que vous évoquez à fort juste titre, un numérique responsable mais qui appartient aux citoyens et aux citoyennes, qui appartient aux populations, me paraît non seulement intéressant mais assez fondamental. Quand on parle de responsabilité écologique et ainsi de suite ça veut peut-être dire, vous pourrez me corriger, un meilleur numérique mais peut-être aussi moins de numérique.

Olivier Simon : Bien sûr. C’est pour ça souvent que la notion d’hypervision… On a le même phénomène qu’on a eu à un moment donné sur les services informatiques. Une hypervision ! Pourquoi avoir une hypervision ? Déjà ce terme est bizarroïde, mais, en plus, pour quoi faire ? C’est en cela où, quand on explique qu’on a des smarts citoyens, des gens qui se sont appropriés des produits, maintenant on va pouvoir leur demander ce qu’ils veulent, comment ils veulent qu’on les utilise et, à ce moment-là, on va leur faire des choses qu’ils pourront contrôler et qui font bien ce qui est attendu. Et on est bien dans la définition de l’open source.

Étienne Gonnu : Ce projet c’est quelque chose que vous faites vraiment centré sur Nancy. Est-ce que vous essayez de faire à plus grande échelle peut-être avec d’autres collectivités ?

Olivier Simon : Non. C’est quelque chose qu’on essaie de faire à plusieurs collectivités parce que là, pour le coup, c’est nécessaire. On arrive sur des projets, sur des produits qui doivent rentrer dans le bien commun et, pour ce faire, on travaille ou on commence à travailler avec d’autres collectivités qui ont à peu près la même vision. En l’occurrence, on va en reparler très prochainement puisqu’on a une rencontre à Nevers la semaine prochaine. C’est vrai que par exemple une ville comme Nevers a des initiatives et a des idées qui sont très proches des nôtres et on se dit qu’il faut qu’on travaille ensemble aujourd’hui. Il y a des gros groupes aujourd’hui qui démarchent tous les maires de toutes les grandes métropoles pour leur proposer des solutions clés en main avec le contrôle de l’éclairage, pourquoi pas de la reconnaissance faciale ou des choses comme ça. Il faut qu’on puisse travailler différemment, mais tout en ayant, j’allais dire suffisamment de force pour pouvoir répondre aux attentes des élus qui veulent bien qu’on réfléchisse mais qui veulent aussi qu’on ait des résultats.

Étienne Gonnu : C’est sûr qu’il y a un marché qui se développe là-dessus avec des problématiques internes de respect des données personnelles, d’intrusion dans l’intimité des personnes. D’où la nécessité aussi que les pouvoirs publics s’investissent sur ces questions et un vrai rapport politique sur les usages que ça permet, sur l’intérêt de ces usages, pas seulement, finalement, en termes de praticité, sécuritaires, etc., mais ce que ça signifie politiquement, comment on se les accapare et comment on intègre les populations, j’imagine, dans ces décisions et dans la définition des usages pertinents.

Olivier Simon : Absolument.

Étienne Gonnu : Vous parliez de Nevers, on peut citer Nevers comme étant également labellisée Territoire Numérique Libre.

Olivier Simon : Oui, Territoire Numérique Libre niveau 4, avec des acteurs très forts.

Étienne Gonnu : Je vous avais interrompu, pardon, sur la capacité des populations à se ressaisir de ces sujets. Cela dit vous aviez déjà pas mal évoqué cette question.

Olivier Simon : Oui. Dans la notion d’informatique responsable, de numérique responsable, il y a aussi la notion d’inclusion numérique, c’est-à-dire que tous ces outils-là doivent aussi, toujours, donner le pendant numérique responsable et je ne l’ai pas dit, mais tout ce développement de services numériques et de mise en place ne s’est jamais fait ici au détriment de l’usage traditionnel, j’allais dire guichet, et c’est vrai que c’était une contrainte forte du maire de Nancy : aucun service ne se fait exclusivement en ligne. On peut faire pratiquement tous les services, toutes les démarches vous pouvez les faire en ligne, mais il n’y en a aucune qui se fait exclusivement en ligne et c’est vrai que derrière, pour nous, le média universel c’est le téléphone. C’est le téléphone, donc du coup il y a tout un travail qui a été fait pour que, lorsqu’il y a des choses qui doivent se faire en ligne, elles se font via le téléphone avec des intermédiaires, des médiateurs, des choses comme ça.

Étienne Gonnu : Très intéressant. Vous parliez de la notion d’accessibilité, on sait que c’est une question qui est difficile. Vous avez peut-être un mot rapide sur la question ?

Olivier Simon : Oui. Il y a la prise en compte permanente de l’accessibilité dans le respect des règles classiques. Il y a ces fameux testeurs d’accessibilité dont je vous ai parlé. Là c’est l’humain, c’est-à-dire qu’on a beau avoir des sites qui respectent le RGA niveau2, niveau 3, niveau or, niveau bronze puisque les choses évoluent au fil du temps.

Étienne Gonnu : Référentiel général d’accessibilité.

Olivier Simon : Ce sont des normes, Référentiel général d’accessibilité qui est un référentiel qui donne les règles techniques et technologiques pour qu’un site internet et tous les sites publics soient accessibles aux personnes en situation de handicap avec des couleurs, des conditions d’agrandissement, des choses comme ça. Nous on a donc ces fameux testeurs d’accessibilité qui se réunissent une fois par an ou deux fois par an et qui passent en revue tous les services en ligne, les nouveaux services, et qui nous disent des choses. On était très fiers de notre page de formulaires et j’ai toujours en tête cette personne qui nous a dit : « Moi je n’arrive pas bien à lire. Il y a trop de phrases, il y a trop de mots dans l’introduction de votre formulaire. Je n’arrive pas à lire, je ne comprends rien ! » Une fois qu’on a eu ce genre de personne, ça nous amène à réfléchir autrement et puis il y a un certain nombre de services sur l’accessibilité qui se sont mis en place, typiquement pour les personnes sourdes et malentendantes avec un service en ligne qui est carrément une prestation cette fois-ci. Les gens, lorsqu’ils appellent la mairie et qu’ils se déclarent en situation de défaillance auditive, passent par des médiateurs, par l’équivalent d’une visioconférence où là il y a des gens qui sont capables de signer, de lire la langue des signes ou le langage labial, donc lire sur les lèvres classiquement, et puis transcrire par écrit ou en oral à l’autre opérateur. C’est pour ça que je dis que le téléphone est central sur cet aspect-là. Par exemple on est très attentifs au nouveau dispositif proposé par l’État qui s’appelle Aidants Connect, qui est en cours de montage et sur lequel on essaye d’avoir une participation active, qui consiste à utiliser des médiateurs autorisés cette fois-ci à remplir des formulaires sensibles à la place de.

Étienne Gonnu : D’accord, C’est passionnant, mais je vois qu’on arrive vraiment sur les dernières secondes. Vraiment c’était passionnant, je vous remercie, je trouve très intéressant qu’on finisse cet échange sur la centralité du téléphone et de l’humain dans tout ce dispositif.
En tout cas Olivier, directeur Ville Numérique pour Nancy, un très grand merci à vous et je vous souhaite une très bonne journée. Merci d’avoir été avec nous.

Olivier Simon : Merci beaucoup. Au revoir.

Étienne Gonnu : Au revoir.

Frédéric Couchet : Mon collègue Étienne Gonnu échangeait avec Olivier Simon, directeur de Nancy Ville Numérique sur la stratégie logiciel libre et données publiques de la ville de Nancy. Évidemment le téléphone est aussi central à la radio pour faire notamment des interviews !

Nous allons passer une pause musicale avant le sujet suivant.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Juste a Smile par Emmanuel Saracco. On se retrouve juste après. Souriez, vous êtes sur Cause Commune !

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Juste a Smile par Emmanuel Saracco.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Juste a Smile par Emmanuel Saracco, disponible sous licence Art libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur causecommune.fm. Emmanuel Saracco est un libriste qui travaille pour la société Easter-eggs, que nous avons déjà reçue dans l’émission et avec qui, d’ailleurs, nous partageons des locaux. Si vous rencontrez un jour Emmanuel, offrez-lui une raclette, c’est un grand amateur de raclette.

Vous écouter l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème de « la tentation de la réécriture »

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l’April, qui nous a rejoints dans le studio. Vincent, bonjour.

Vincent Calame : Bonjour.

Frédéric Couchet : Tu souhaites nous parler aujourd’hui de la « tentation de la réécriture ».

Vincent Calame : Oui. Je vais un peu décevoir nos auditeurs, en matière de tentation il n’y aura rien de sulfureux ou de licencieux dans ce que je vais raconter, nous restons dans le domaine de l’informatique, bien loin des œuvres de Satan s’acharnant sur le pauvre Saint-Antoine dans le désert.
Si la tentation dont je vais vous parler est bien innocente, il n’en reste pas moins que nombreux sont les informaticiens qui y ont été soumis à l’occasion de la reprise d’un site web ou de tout autre projet informatique qui avait été initié par d’autres qu’eux que, ce soit d’ailleurs dans un cadre militant ou dans un cadre professionnel.

Frédéric Couchet : En quoi consiste cette tentation ?

Vincent Calame : La tentation de la réécriture c’est de repartir de zéro plutôt que de corriger l’existant. En effet, reprendre un code existant ce n’est pas un exercice de tout repos. Il faut comprendre la logique de vos prédécesseurs, retrouver quel bout de code fait quelle action, tester des modifications en espérant que tout va continuer de fonctionner et parfois se plonger dans un logiciel, voire un langage inconnu ou tout du moins mal maîtrisé.
J’en ai fait récemment l’expérience, c’est ce qui m’a inspiré pour cette chronique, en intervenant en mode pompier, c’est-à-dire un peu dans l’urgence, sur la nouvelle version d’un site web auquel il ne manquait plus grand-chose pour être mis en ligne, mais dont le développeur ne donnait plus aucun signe de vie.

Frédéric Couchet : Ça arrive souvent qu’un développeur ou une développeuse disparaisse comme ça dans la nature ?

Vincent Calame : Ce n’est pas rare. J’ai déjà vu le cas trois ou quatre fois. Je pense que le monde associatif est particulièrement vulnérable à ce risque parce que, comme les budgets sont faibles la plupart du temps, on fait souvent appel à des prestataires indépendants et ce sont eux qui sont le plus susceptibles soit d’abandonner leur activité ou, à l’opposé, de se voir proposer des postes et des projets beaucoup plus intéressants et lucratifs que de faire un site web, donc ils ne donnent plus de signes de vie.
Le problème aussi, quand le site est fait par un bénévole, c’est qu’il peut se lasser au bout de quelques années et il va voir avoir. Dans ces cas-là il faut trouver une autre personne qui doit se pencher sur la question et celle-ci va devoir se plonger dans le code, souvent sans qu’aucune passation de témoin n’ait été faite.

Frédéric Couchet : Avant de poursuivre sur mes questions, ça me fait penser au fameux bus factor en informatique. Le bus factor c’est le nombre de personnes qui doivent passer sous un bus pour qu’un projet meure. Là c’est un bus factor de un, c’est-à-dire que s’il n’y a qu’une seule personne et que cette personne passe sous un bus, le projet est, en fait, quelque part mort.

Vincent Calame : Voilà. Je n’utilise pas l’image du bus. L'image que j'utilise c’est si jamais la personne a une crise mystique et part au Tibet dans un ashram, effectivement, ça revient au même.

Frédéric Couchet : Ton image est très bien ! Poursuivons ! Qui dit tentation dit évidemment danger d’y céder. En quoi est-ce dangereux de céder à la tentation de la réécriture ?

Vincent Calame : C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. On peut ne pas aimer la façon de coder de ceux qui nous qui ont précédé. Oui, on peut ne pas aimer le logiciel ou le langage utilisés pour gérer le contenu du site. Oui, on peut penser qu’on s’en sortirait mieux si on appliquait d’autres méthodes, en particulier les siennes. Pour autant, je crois qu’il ne faut pas présumer de ses forces et de son talent. La réécriture peut vous emporter très loin et, comme le diable est dans les détails, on peut facilement réécrire à 90 % un site, par exemple, mais tomber sur un os dans la dernière ligne droite. Bref ! Ce n’est pas une décision qu’il faut prendre à la légère et ça ne va pas être juste un simple caprice de développeur. Le problème c’est que c’est une décision d’autant plus tentante qu’elle sera encore plus efficace si elle est prise tôt.

Frédéric Couchet : Pour quelles raisons ?

Vincent Calame : Pour reprendre l’expression « quand il y a un site bancal, ça peut être un cautère sur une jambe de bois » : on bricole une solution, mais elle ne tient pas sur la durée. Bref, on perd du temps, on s’acharne et, au final, on lance la réécriture parce que c’est la seule solution pour le site, réécriture qu’on avait repoussée jusque-là. Donc on a perdu du temps. D’ailleurs c’est un peu le sentiment que j’ai sur le site sur lequel je travaille en ce moment. J’ai tout d’abord répondu à une série de demandes urgentes auxquelles je n’ai pas eu de difficultés à répondre, le code existant est tout à fait correct, je ne vais pas casser du sucre sur le dos de mon prédécesseur, mais juste avant la mise en ligne, j’ai reçu une dernière salve de commentaires, de suggestions de l’équipe en charge de la structure. La plupart sont assez bénignes, ce sont surtout des ajustements de mise en forme, de disposition d’éléments sur la page web, rien de bien méchant à priori. Mais en fait, certaines demandes se révèlent redoutables, parce que ce ne sera pas si simple d’y répondre vu, justement, la manière dont est organisé le code actuellement. Et surtout, ce que je ne sais pas, c’est si ces demandes sont réellement les dernières avant la mise en ligne.

Frédéric Couchet : Forcément non !

Vincent Calame : Forcément non, évidemment ! Au contraire, ce sont plutôt les premières d’une longue série, puisqu’une fois mis en ligne les gens vont vraiment se pencher sur le site et vraiment découvrir tous les petits problèmes. Si c’était réellement les dernières, quelques rustines pourraient suffire, mais comme ça risque de ne pas être les dernières, il faut réfléchir sérieusement à un plan B puisqu’après l’accumulation de solutions bricolées, de rustines, ne peut conduire qu’à un monstre informatique difficile à maintenir. Là, je pense que si je continue dans cette voie, pour le coup ce sera la personne qui me succédera un jour dans le développement du site, si je vais dans un ashram au Tibet par exemple, qui elle pourra légitimement dire, quand elle lira mon code, que j’ai fait n’importe quoi et que j’ai codé avec mes pieds. Bref ! Donc la grande question c’est réécrire ou ne pas réécrire un code. On a toujours cette tentation, on ne sait pas à quel moment on doit faire la bascule : est-ce qu’on se lance dans un projet encore plus délirant que simplement corriger ? L’expérience peut permettre de juger un petit peu, mais c’est parfois un coup de dés.

Frédéric Couchet : Ça peut être un coup de dés, peut-être que ça peut dépendre aussi de la découverte d’un nouveau langage, de l’évolution du langage de programmation et on se dit « finalement avec ce nouveau langage, en tout cas avec ce langage que je viens de découvrir, la réécriture du code est intéressante parce qu’elle va permettre peut-être d’être plus efficace, d’être plus rapide, plus modulaire », je ne sais pas. Ça peut être une des raisons qui peut pousser, à un moment, à réécrire ce code.

Vincent Calame : Oui. Parfois il est bon d’attendre, de regarder, de faire beaucoup de veille, de faire de la veille des autres cas et se dire que finalement le bricolage auquel on pensait peut être résolu de manière beaucoup plus élégante, de manière beaucoup plus maintenable par une nouvelle solution. Parfois aussi il est urgent d’attendre.

Frédéric Couchet : Le problème, comme tu dis, si on attend trop on se retrouve avec un monstre et personne ne veut se lancer dans la réécriture. Après, on se rend compte qu’il y a une personne qui maintient et c’est toujours la difficulté. On va dire que souvent les cordonniers sont les plus mal chaussés parce qu’à l’April on connaît ça sur un de nos logiciels. La question, comme tu le dis, c’est réécrire ou ne pas réécrire et céder à la tentation, comme disait Oscar Wilde, il faut des fois y céder, ou pas.
Dans ton expérience tu as souvent eu cette question-là ? Tu t’es souvent posé cette question-là ? Ou c’est juste récemment avec ce code-là ?

Vincent Calame : Dans le cas présent, le problème vient du fait que c’est, en plus, la nouvelle version du site qui a le problème. Il y a déjà eu un investissement pour refaire une nouvelle version, donc là c’est un peu problématique parce qu’on se dit « on a investi de l’argent, c’est difficile de tout jeter ». Ce que j’ai plutôt rencontré c’est que quand il y a une tentation de réécriture on se dit effectivement, dans ce cas-là, on fait une nouvelle version du site, on reprend tout à zéro, on ne reprend pas uniquement le code, finalement reprenons le contenu, reprenons la structure, reprenons les objectifs du site. Au fond, quand j’ai été face à ce problème, c’est plutôt la position de dire « reprenons tout à zéro et pas seulement la partie informatique ».

Frédéric Couchet : D’accord. Merci Vincent. C’était la chronique « Jouons collectif » de Vincent calame, bénévole à l’April et dans d’autres structures. Vous allez avoir l’occasion de découvrir un peu plus Vincent, j’en parlerai tout à l’heure dans les annonces.
On se retrouve sans doute le mois prochain ?

Vincent Calame : Oui, avec plaisir.

Frédéric Couchet : On va passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Avec Vincent on parlait juste à l’instant de la création de nouvelles versions de sites web, ça tombe bien parce que dans les actualités à venir pour l’April, il y a trois sites web. Un site web qui va être consacré aux transcriptions que fait l’équipe Transcriptions et surtout Marie-Odile Morandi, la géniale bénévole qui fait des transcriptions pour l’April. Il y aura un nouveau site web pour l’April qui va justement être fait avec un nouvel outil de gestion de site web et dont on va revoir l’architecture, mais surtout il va y avoir un site web dédié à l’émission Libre à vous !. Si vous écoutez l’émission, si vous écoutez actuellement c’est que vous l’écoutez, ou si vous la découvrez plus tard dans un podcast, n’hésitez pas à nous indiquer ce que vous souhaiteriez trouver sur ce futur site. Sur les références sur april.org et causecommune.fm, dans les pages consacrées à cette émission, vous trouverez un lien pour faire des commentaires. Nous espérons mettre ce site en ligne au cours du premier trimestre 2020 donc assez rapidement.

Dans les nouveautés 2020 pour Libre à vous !, il y a la vidéo et nous allons notamment essayer de mettre en place des petites vidéos bonus, de deux trois minutes, des personnes qu’on invite et la première personne qui va se prêter à l’exercice c’est justement Vincent Calame. Nous allons enregistrer tout à l’heure la vidéo en lui posant deux-trois questions et nous mettrons en ligne la vidéo sur le site de Cause Commune et sur le site de l’April.

Dans les annonces plus classiques, il y a l’Apéro Parisien du Libre le 15 janvier 2020, c’est au Piano Vache, 8 rue Laplace dans le 5e arrondissement à Paris, c’est à 19 heures.
Jeudi 16 janvier, il y a la soirée de contribution au Libre à la FPH où Vincent a ses bureaux et contribue beaucoup au Libre. C’est 38 rue Saint-Sabin Paris 11e à partir de 19 heures.
Le même soir il y a la réunion du groupe Sensibilisation de l’April qui aura lieu exceptionnellement au local de l’April, 44-46 rue de l’Ouest dans le 14e arrondissement avec l’accueil à partir de 18 heures 30 ou 19 heures, je crois, en tout cas les informations sont sur april.org.
Nos amis marseillais du CercLL, CercLL d’Entraide et Réseau Coopérative autour des Logiciels Libres, organisent leur assemblée générale samedi 18 janvier 2020 de 16 heures à 19 heures au Foyer du peuple qui se situe 50 rue Brandis à Marseille. C’est un foyer qui accueille pas mal d’évènements, nous y avons d’ailleurs fait un April Camp l’an dernier, nous en ferons un nouveau sans doute l’an prochain [à priori 2e semestre 2020, NdT]. N’hésitez pas à rejoindre nos amis du CercLL ce samedi pour leur assemblée générale.

Tous les autres évènements vous les trouverez évidemment sur l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

L’émission se termine. Je remercie toutes les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Olivier Simon, Vincent Calame, Magali Garnero, Emmanuel Charpentier, mon collègue Étienne Gonnu qui non seulement a assuré le sujet long mais la régie en même temps. Grande première, bravo Étienne !
Merci également à Sylvain Kuntzmann et à Olivier Grieco qui vont traiter le podcast avant sa mise en ligne.
Vous trouverez sur le site de l’April, april.org et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm, toutes les références utiles concernant l’émission du jour et également les moyens de nous faire des retours pour nous indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes vos remarques et questions sont évidemment les bienvenues.

Nous vous remercions d'avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites connaître Libre à vous !. Faites connaître la radio Cause Commune.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 21 janvier à 15 heures 30. Notre sujet principal portera de nouveau sur les collectivités et le logiciel libre avec normalement les ville de Fontaine et de Voisins-le-Bretonneux.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 21 janvier 2020 et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Cri du cœur : les mots de passe - Décryptualité du 13 janvier 2020

ven, 01/17/2020 - 14:50


Titre : Décryptualité du 13 janvier 2020 - Cri du cœur : les mots de passe
Intervenant·e·s : Mag - Manu
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 13 janvier 2020
Durée : 14 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 2 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Point d'interrogation, Peggy_Marco, Pixabay - Licence Pixabay
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Manu : Semaine 2, année 2020. Bonjour Mag.

Mag : Salut Manu.

Manu : Comment ça va ? On n’a pas de Luc cette fois-ci.

Mag : Non, il est en voyage.

Manu : Oui, pour le travail.

Mag : Ce n’est pas cool pour le travail, on ne profite pas de là où on est, c’est dommage.

Manu : Il nous racontera en revenant. D’ici là on a une jolie revue de presse cette semaine.

Mag : Plusieurs articles. On va commencer par Le Monde Informatique, « Open source et financement : une relation ambiguë », par Matt Asay.

Manu : Qui se base sur une étude qui a été faite notamment à propos de librairies JavaScript et qui montre que les plus populaires peuvent rapporter de l’argent mais que ça reste compliqué. J’ai noté dans l’article que notamment l’auteur de Vue.js, une library de JavaScript très connue, gagne 16 000 dollars par mois. C’est du Libre, il est très aidé par beaucoup d’entreprises parce que c’est une library vraiment très populaire en ce moment. C’est assez extraordinaire, mais ce n’est pas le cas pour la plupart des auteurs de logiciels libres en général, donc il faut quand même les aider.

Mag : Et c’est fort dommage ! De nouveau Le Monde Informatique, « Jean-Séverin Lair prend ses fonctions à la tête du programme Tech.gouv », par Bertrand Lemaire.

Manu : C’est une nomination que l’on suit parce que ce genre de poste va ensuite avoir des impacts sur ce que l’on fait en général au niveau institutionnel, à l’April notamment ; ça concerne le logiciel libre, l’open data et plein d’initiatives qui sont en lien.

Mag : Next INpact, « Qwant Mail : le #fail de Linagora (¤ », par Jean-Marc Manach.

Manu : C’est compliqué comme sujet. On en a déjà beaucoup parlé parce que Qwant c’est le Google à la française, soi-disant. En plus de ça, récemment, ils ont décidé que les administrations françaises allaient l’installer par défaut sur les postes, ce qui est plutôt bien, en tout cas moins pire que ce l’on avait souvent. Par ailleurs Qwant n’a pas mal de soucis, de difficultés. Là c’est le PDG qui part, il y a des difficultés avec une des briques qu’ils étaient en train de monter, qui était là pour faire du mail, qui a normalement été faite par Linagora et qui est un échec.

Mag : C’est de nouveau un article de Jean-Marc Manach qui continue, du coup, sur sa lancée « qwantienne ». Silicon, « Le Bot de demain : vers un service citoyen universel? », par Doriane Dupuy-Lenglet.

Manu : Bot, c’est plutôt dans un sens particulier que c’est utilisé ici, ce sont les robots que l’on a sur Internet : quand vous êtes sur un site web, vous aidez à utiliser le service à poser des questions, avoir des réponses plus facilement. C’est très à la mode en ce moment. Il y a beaucoup de développement sur ceux-là, il y a beaucoup de difficultés aussi. En tout cas on peut s’attendre à ce que ce soit quelque chose qui va aider tous les citoyens et qui va de plus en plus nous permettre d’accéder facilement aux services de l’État par exemple.

Mag : Si ça reste neutre et libre, moi ça me va !

Manu : Justement, il faut que ce soit libre et que ça s’appuie sur de l’interopérabilité, de l’open data, pour vraiment être citoyen au sens noble du terme.

Mag : ZDNet France, « Pus de 100 000 œuvres d'art de musées parisiens en libre accès sur la toile », par Clarisse Treilles.

Manu : C’est de la dématérialisation de biens culturels et c’est vraiment très bien, une superbe initiative. Ce sont des œuvres qui sont en général déjà dans le domaine public mais qui ne sont pas diffusées ou pas facilement accessibles sur Internet, de qualité en plus. Donc c’est une initiative qui est juste géniale.

Mag : C’est d’ailleurs une très bonne nouvelle. Et le dernier article : LeMagIT, « Avec un ami comme AWS, qui a besoin de l'open source ? », par Cliff Saran.

Manu : AWS, comme tu as hésité à le dire, c’est Amazon Web Services.

Mag : Ah !

Mag : Amazon fait plein de choses sur Internet, du cloud, du nuage et, dans ses nuages, il y a beaucoup de logiciels libres et justement, une problématique, c’est que ces logiciels libres sont cachés derrière un brouillard des services qui sont fournis par Amazon, qui sont sûrement très utiles et pratiques, mais ils ne jouent pas tout à fait le jeu, on va dire, d’une communauté de développement libre, d’innovations mises en commun.

Mag : Ce n’est pas étonnant venant d’Amazon !

Manu : Ce n’est pas tout à fait étonnant, donc il y a beaucoup de bagarres qui s’appuient notamment sur les licences pour essayer de les obliger à jouer le jeu en utilisant des licences, mais malheureusement, pour le coup, qui ne sont pas tout à fait libres. Donc ça reste compliqué, il y a tout un combat qui va continuer et je suis sûr qu’on va en reparler parce que le nuage c’est quand même un gros sujet en informatique et dans le logiciel libre notamment.

Mag : Affaire à suivre donc.

Manu : Maintenant de quoi va-t-on parler ?

Mag : D’un cri du cœur.

Manu : Un cri du cœur ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

Mag : Hier soir on avait une conversation avec des amis sur les mots de passe.

Manu : Les mots de passe. Où est le problème ?

Mag : Il y a plein de problèmes avec les mots de passe. Typiquement ce matin j’ai perdu deux heures à essayer de me connecter sur mon propre logiciel de comptabilité. J’ai essayé tous les mots de passe et on me disait « non, non » et je ne comprenais pas pourquoi ces mots de passe ne fonctionnaient pas et que je n’arrivais pas à me connecter. Je me disais « décidément je n’ai pas de chance aujourd’hui ! » Cet après-midi je vais sur le site de ma banque et là je recommence avec un mot de passe, je me trompe trois fois et j’ai été totalement révoquée.

Manu : Blocage complet. Bonne chance pour accéder à tes comptes.

Mag : Blocage total, je ne pouvais même plus accéder à ma banque et je me suis dit « je suis maudite quoi ! » En moins de 24 heures je perds énormément de temps avec des mots de passe et je me dis « comment font les autres ? » Est-ce qu’on peut en parler ce soir ?

Manu : Effectivement, les stratégies de mots de passe c’est un sujet qui est vaste et qui est généralement lié à la sécurité pour les accès à nos comptes. Les mots de passe sont là pour, soi-disant, nous protéger, éviter que n’importe qui accède, mais, en même temps, régulièrement ils nous protègent tellement bien que même nous on n’arrive plus à accéder, la preuve. On a tous des stratégies pour les gérer et il y a toute une palette de ces stratégies qui vont de la plus simple à la plus compliquée, de la plus performante à la plus nulle. Là, il faut croire que ta stratégie n’est pas bonne.

Mag : Ça se discute mon problème de stratégie ! Parce que pour mon premier problème, mon mot de passe était le bon, c’était mon identifiant qui n’était pas bon !

Manu : Ah ben oui ! Il y a toujours un couple !

Mag : Mot de passe ça veut dire « identifiant, mot de passe », ça fait deux informations à retenir, si on est un peu fatigué, eh bien pouf ! On peut se tromper sur l’une des deux. Et le deuxième, l’après-midi, c’est mon mot de passe qui était faux, je n’avais pas noté le bon !

Manu : Maintenant qu’est-ce que tu vas faire ? Tu vas les noter tes mots de passe : un Post-it, une feuille de papier.

Mag : Il y a effectivement la méthode de noter son mot de passe, il y a des gens qui font, comme tu dis, Post-it, papier, petit truc qui traîne. Il y a même des éditeurs, je me rappelle, je crois que c’est First qui avait dans sa collection « Le Petit Livre de… » à 2,95 euros, qui avait dit : « Notez tous vos mots de passe ». Donc vous avez un petit livre.

Manu : Un petit livre papier.

Mag : Un petit livre papier et vous remplissez le site, le mot de passe, le site le mot de passe, le site le mot de passe, donc identifiant et mot de passe. Je vous le conseille, ce n’est pas mal comme idée sauf que si ça tombe entre de mauvaises mains !

Manu : Si on le perd, s’il est brûlé ou s’il est abîmé, il a pris l’eau, il est resté dans un pantalon pendant la machine à laver, on est mal !

Mag : On perd tout !

Manu : On perd tout. Donc ça c’est une première stratégie qui n’est pas forcément recommandée. Effectivement, c’est un peu l’équivalent du Post-it et ça fait toujours rire. Chez les informaticiens que je côtoie c’est le genre de chose qui nous fait toujours très peur parce qu’un Post-it c’est facilement accessible à d’autres personnes que celle à laquelle c’est destiné. Une autre solution c’est d’utiliser toujours le même mot de passe. Non ?

Mag : Ça c’est aussi dangereux, parce qu’il suffit qu’on récupère le mot de passe, n’importe qui.

Manu : Pour un site.

Mag : Pour un site, et il peut être utilisé pour tous les autres sites.

Manu : Pourtant il y a plein de gens qui font ça et, au final, c’est presque obligé étant donné que régulièrement, quand on est des citoyens d’Internet comme on l’est tous les deux, on a plein de sites auxquels on doit se connecter en permanence, des dizaines peut-être même des centaines de sites différents, donc avoir un mot de passe pour tous ou à peu près un mot de passe.

Mag : C’est une mauvaise idée, laisse tomber !

Manu : Oui. Mais c’est une stratégie qui est viable pour notre mémoire.

Mag : C’est une mauvaise idée. Si tu veux vraiment faire travailler ta mémoire, eh bien tu la fais travailler en retenant tous tes mots de passe.

Manu : Mais pour des dizaines et des centaines de sites web ça me paraît impossible, en tout cas je n’arrive pas à dépenser cette énergie-là.

Mag : Oui, mais à 75 ans tu auras encore de la mémoire.

Manu : Si jamais je m’entraîne à faire ça ? Je ne sais pas si c’est une recommandation qu’on peut faire à tout le monde. En plus de ça, il y a des sites qui t’obligent à changer régulièrement ton mot de passe. Tous les trois mois, tous les six mois ils te disent : « Au nom de notre politique de sécurité vous devez changer votre mot de passe » et non seulement on peut t’obliger à changer ton mot de passe, je l’ai fait en tant que programmeur, mais, en plus, on peut t’empêcher de réutiliser un de six derniers mots de passe que tu avais utilisés dans le passé. Et ça c’est vraiment très pénible, mais je crois que c’était des recommandations que le FBI mettait en avant à une époque. Je te rassure, la personne qui a fait ces recommandations, obliger les utilisateurs à changer leurs mots de passe régulièrement, a depuis changé d’avis et considère que c’est une très mauvaise pratique parce que les utilisateurs qu’est-ce qu’ils font ? Ils rajoutent 1, 2, 3, 4, 5, 6 à leur mot de passe initial et ça fait l’affaire, même si c’est juste nul et pénible.

Mag : Vraiment nul ! Autre méthode, c’est se poser des règles, des principes qui vont permettre, suivant le site où on est, d’avoir un mot de passe qui sera généré.

Manu : Donc une sorte d’algorithme : je suis sur un site donné, il a une couleur bleue, il a des fontes en blanc, donc je vais mettre un mot de passe à base de bleu, blanc, quelque chose.

Mag : Ou alors le mot de passe sera très long : je suis sur un site avec un fond bleu et blanc.

Manu : Il faut bien s’en rappeler alors !

Mag : Il faut bien s’en rappeler, mais c’est un moyen mnémotechnique.

Manu : Pour le coup souvent va avoir une base, donc là « je suis sur un site » et le reste va dépendre du site sur lequel on est et, effectivement, ça permet de générer des mots de passe qui sont à peu près différents d’un site à l’autre, sauf si tu passes à un site qui a les mêmes couleurs à chaque fois.

Mag : Là ce n’est pas de chance !

Manu : Ce n’est pas de chance ! En tout cas ça fait quelque chose d’assez solide et plutôt long.

Mag : Il avait quelque chose qui était très à la mode à une époque, on remplaçait certaines lettres par des chiffres : le « e » était remplacé par le « 3 », le « o » par des « 0 », le « a » par des « 4 » et on prenait un moyen mnémotechnique avec des chiffres qui remplaçaient certaines lettres.

Manu : Ça s’appelle le leet speak, leet écrit « l33t », en fait ça vient d’« élite », c’est la façon de parler d’une manière soi-disant élitiste, ça marche bien avec les claviers mais ça ne marche pas à l’oral, forcément. Effectivement il y a plein de gens qui utilisent ce genre de mécanisme pour s’amuser avec les lettres. Remplacer, par exemple, un « o » par un « 0 », c’est assez simple et ça permet de passer outre certaines règles : on est obligé de mettre un chiffre dans un mot de passe, eh bien voilà, on remplace un « o » par un « 0 », cette règle est remplie automatiquement, c’est assez pratique.

Mag : Ça me rappelle les jeux débiles que je faisais avec ma Casio : je tapais des chiffres et quand je retournais la Casio ça faisait un mot.

Manu : C’est exactement ça. Pour information, je me suis intéressé au sujet : il y a des crackers de mots de passe qui existent sur Internet, donc des outils qui vont essayer, à base de dictionnaires et à base de différentes règles, de deviner des identifiants et des mots de passe sur différents sites, et malheureusement le leet speak est assez utilisé par ces crackers, ils vont faire plein de substitutions qui sont les substitutions les plus communes, par exemple un « o » en « 0 », je pense que ça fait partie des substitutions qu’ils vont souvent tester. Donc ce n’est pas forcément la meilleure stratégie qui soit, mais, ceci dit, c’est quand même une bonne idée d’avoir une sorte d’algorithme selon le site sur lequel et, grâce à cela, générer un mot de passe qui sera à chaque fois différent.

Mag : Autre solution, mais là c’est quand on est vraiment sur un ordinateur privé, il ne faut pas le faire sur n’importe quel ordinateur et surtout pas sur un ordinateur public, avoir confiance dans son navigateur.

Manu : Si on utilise son navigateur pour accéder à ses mails, à sa banque, à ses comptes de comptabilité, effectivement ça peut marcher. Ça va marcher dans tous les cas ? Qu’est-ce qui se passe si jamais ton navigateur est attaqué, ton ordinateur est récupéré par quelqu’un ? Et qu’est-ce que si se passe si tu veux accéder à tes sites depuis un autre ordinateur ou depuis un téléphone portable ?

Mag : Alors voilà ! Ça ne marche qu’avec l’ordinateur qu’on a à la maison dans l’espoir qu’il ne meure pas soudainement et qu’il vous laisse le temps récupérer vos données dans le cas où vous vouliez en changer et que vous ne vous le fassiez pas voler, bien sûr. Mais c’est efficace. Pour des sites bateaux où il n’y a aucun risque, Firefox a un petit onglet où vous pouvez même aller même les récupérer, ils sont masqués, il suffit de demander qu’ils soient démasqués, mais vous pouvez récupérer vos mots de passe, récupérer l’intégralité de vos mots de passe quand vous changez d’ordinateur.

Manu : Moi, pour information, c’est effectivement un mécanisme que j’utilise beaucoup et qui est très pratique : Firefox1 normalement ; Chrome aussi le permet. Ils peuvent stocker les mots de passe, ils peuvent avoir un mot de passe maître qui sera nécessaire pour débloquer tous les autres mais pas toujours utilisé malheureusement. Ceci dit, c’est une couche de sécurité assez solide en plus et, normalement, il y a moyen de partager ses mots de passe en utilisant des services Google ou Mozilla qui vont les héberger sous des formes normalement peu lisibles, mais ça va permettre de les réutiliser entre ces différentes plateformes, en tout cas c’est ce que j’en comprends, parce que je n’utilise ça pas personnellement.

Mag : Aller faire héberger mes mots de passe ailleurs que chez moi ! Je ne suis pas très confiante !

Manu : Il y en a qui se promènent avec des clés sur lesquelles ils stockent tout et comme cela ils sont à peu près protégés du fait d’avoir leur ordinateur qui va disparaître, de vouloir se connecter sur un autre poste. Avec cette clé-là ils ont une sorte d’indépendance, par contre il faut faire attention à la clé.

Mag : Voilà. Il ne faut pas la perdre. Et puis il y a la méthode geek.

Manu : La méthode la plus difficile, quoi !

Mag : la plus difficile ! Je ne sais pas si c’est difficile parce que quasiment tous nos potes geeks le font, ils ont un gestionnaire de mots de passe.

Manu : C’est l’équivalent de ce que fait Firefox, mais dans un logiciel dédié.

Mag : Voilà. Et à priori, basé sur leur propre serveur auquel ils peuvent accéder quel que soit l’ordinateur sur lequel ils sont, enfin j’imagine.

Manu : Ça dépend des logiciels gestionnaires de mots de passe. Je ne les connais pas tous, mais les quelques-uns que j’ai vus, effectivement il y en a qui permettent de stocker un fichier chiffré où on veut, mais ce n’est pas toujours utilisé comme cela, ce n’est pas toujours facile à utiliser. Il existe des services qui te proposent de le faire, d’héberger pour toi tes fichiers de mots de passe.

Mag : Je ne suis toujours pas sereine de le faire ailleurs que chez moi !

Manu : Dans ces cas-là, si on utilise un gestionnaire de mots de passe, bien sûr on a un mot de passe maître, en tout c’est ce qui est recommandé.

Mag : Il ne faut pas l’oublier celui parce que sinon tu es foutu !

Manu : Il ne faut pas l’oublier et le gestionnaire de mots de passe à des mécanismes pour te faciliter la vie, avec le login, avec l’identifiant, pour pouvoir le copier facilement, remplir ou préremplir le navigateur quand on va aller sur le navigateur. Il y a des mécanismes qui facilitent la vie, mais ce n’est quand même pas aussi bien intégré que le gestionnaire interne de mots de passe de Firefox.
Ça veut dire que maintenant tu vas te mettre au gestionnaire de mots de passe centralisé ou, en tout cas, au gestionnaire de mots de passe dédié ?

Mag : J’y réfléchis.

Manu : Tu y réfléchis parce que là, franchement, tu as souffert en plus pour te rendre compte que tu t’étais trompé sur les identifiants, c’est un peu dommage !

Mag : On ne se moque pas !

Manu : Non. En même temps je ne vais pas me moquer longtemps parce que ça m’arrive aussi régulièrement.

Mag : D’ailleurs je remercie tous les copains de Framasoft2 qui m’ont envoyé des câlins sur Signal3 pour me réconforter de mon énervement « mots de passe ».

Manu : Ça arrive à tous, on est bloqué à la porte. C’est vraiment l’équivalent de devoir demander à un serrurier de passer : vous avez peut-être même la clé ou vous l’avez cassée ou la serrure est cassée pour une autre raison, le serrurier va venir débloquer tout ça, mais quand on est en informatique ce n’est pas toujours possible d’avoir un serrurier qui vienne aider.

Mag : Et c’est là où on voit les sites intelligents, ceux qui vous disent : « Vous avez oublié votre passe, générez-en un nouveau » et ceux qui ne disent rien !

Manu : Se méfier ! D’ailleurs ce qui m’amuse toujours ce sont les sites web qui te proposent de te renvoyer ton mot de passe et ça c’est mauvais signe, parce que s’ils connaissent ton mot de passe ça veut dire qu’ils l’ont quelque part en clair.

Mag : En clair !

Manu : Et ça c’est très mauvais signe. Par contre, régénérer un mot de passe ou régénérer un lien sur lequel il faut cliquer pour accéder à nouveau au site web, ça c’est plutôt solide, en tout cas en comparaison, par contre il faut faire attention à son adresse e-mail et s’assurer que personne d’autre n’y a accès, qu’on ne l’a pas perdue, parce que tout passe par là.

Mag : Et éviter de révoquer les mots de passe sur vos comptes bancaires. Bref, on ne remerciera pas le Crédit Mut et on saluera la BRED qui a fait un meilleur site.

Manu : Sur ce je te propose qu’on rediscute de tes aventures la semaine prochaine peut-être. Je te dis à la semaine prochaine.

Mag : À la semaine prochaine.

Interview bonus en vidéo de Vincent Calame (chronique « Jouons collectif »)

ven, 01/17/2020 - 10:58

Découvrez la première interview bonus en vidéo (2 minutes 43) pour l'émission Libre à vous !. Trois questions posées à Vincent Calame, qui propose chaque mois la chronique « Jouons collectif ».

Dans sa chronique, Vincent Calame, informaticien libriste et bénévole à l'April, nous fait partager son témoignage d'un informaticien « embarqué » au sein de groupes de néophytes : « Choses vues, entendues et vécues autour de l'usage des logiciels libres au sein de collectifs (associations, mouvements et équipes en tout genre) ».

Vous vous proposons une courte interview vidéo de Vincent

Écouter ou lire les chroniques de Vincent

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (21 janvier 2020)

ven, 01/17/2020 - 10:17
Start: 21 Janvier 2020 - 15:30End: 21 Janvier 2020 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

-->

50e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio), mardi 14 janvier 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal portera sur le thème des collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview de Nicolas Vivant, directeur des systèmes d'information de la ville de Fontaine
  • la chronique « Partager est bon de » Véronique Bonnet, professeur de philophie et administratrice de l'April sur le thème « quand le logiciel libre n'est pas supérieur, en pratique »
  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April, sur le thème de la musique classique libérée

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 21 janvier 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 21 janvier 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Obsolescence logicielle : la commission mixte paritaire conforte les quelques avancées en termes de droit à l'information votées à l'Assemblée

jeu, 01/16/2020 - 16:54

Le 8 janvier 2020 s'est tenue la commission mixte paritaire sur le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et pour une économie circulaire. Sur les questions relatives à l'obsolescence logicielle c'est la version de l'Assemblée nationale, soft, qui a fait office de compromis.

Composée paritairement de membres du Sénat et de l'Assemblée nationale, cette commission a pour objet de trouver un compromis entre les points restant en divergence après les votes dans les deux chambres. Sur les questions relatives à l’obsolescence logicielle, le texte issu de la commission est quasiment identique à celui voté par l'Assemblée nationale en séance plénière. Le terme « appareils numériques » a été remplacé par « biens comportant des éléments numériques ». Une approche, comme nous l'avions déjà constaté, essentiellement axée sur le droit à l'information.

On citera ainsi les articles 4 quater C, 4 quater D et 4 quater E (issu d'une proposition de l'April) :

Article 4 quater C
I. – Le chapitre unique du titre IV du livre IV du code de la consommation est complété par des articles L. 441-3 à L. 441-5 ainsi rédigés :
« Art. L. 441-3. – Toute technique, y compris logicielle, par laquelle un metteur sur le marché vise à rendre impossible la réparation ou le reconditionnement d’un appareil hors de ses circuits agréés est interdite.
« Un arrêté définit la liste des produits et les motifs légitimes, notamment la sécurité ou la santé des utilisateurs, pour lesquels le professionnel n’est pas tenu par cette obligation.
[…] Article 4 quater D
« Art. L. 217-21. – Le fabricant de biens comportant des éléments numériques informe le vendeur de la durée au cours de laquelle les mises à jour des logiciels fournis lors de l’achat du bien restent compatibles avec un usage normal de l’appareil. L’usage du bien est considéré comme normal lorsque ses fonctionnalités répondent aux attentes légitimes du consommateur. Le vendeur met ces informations à la disposition du consommateur. Les modalités d’application du présent article sont précisées par décret.
« Art. L. 217-22. – Pour les biens comportant des éléments numériques, le vendeur veille à ce que le consommateur soit informé des mises à jour, y compris des mises à jour de sécurité, qui sont nécessaires au maintien de la conformité de ces biens. Le vendeur veille à ce que le consommateur soit informé de façon suffisamment claire et précise sur les modalités d’installation de ces mises à jour. Le consommateur peut les refuser. Le vendeur informe le consommateur de la conséquence du refus d’installation. Dans ce cas, le vendeur n’est pas responsable d’un éventuel défaut de conformité qui résulterait de la non-installation de la mise à jour concernée.
« Art. L. 217-23. – Le vendeur veille à ce que le consommateur reçoive les mises à jour nécessaires au maintien de la conformité des biens au cours d’une période à laquelle le consommateur peut raisonnablement s’attendre. Cette période ne peut être inférieure à deux ans. Un décret fixe dans quelles conditions cette période peut être supérieure à deux ans et varier selon les catégories de produits eu égard au type et à la finalité des biens et éléments numériques et compte tenu des circonstances et de la nature du contrat. »
II. – Dans un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement remet au Parlement un rapport sur la durée de vie des appareils numériques et connectés, sur l’obsolescence logicielle et sur les options pour allonger la durée de vie des équipements concernés. Le rapport étudie l’opportunité de modifier la législation afin d’obliger les fabricants d’appareils électroniques et les fabricants de logiciels à proposer des mises à jour correctives compatibles avec un usage normal de l’appareil pendant une durée déterminée. Le rapport présente notamment les pistes envisageables pour limiter les risques d’obsolescence logicielle liés aux mises à jour du système d’exploitation et des logiciels fournis en même temps que l’achat du bien ainsi que pour imposer une dissociation entre les mises à jour de confort et les mises à jour de sécurité. Article 4 quater E
Au 5° de l’article L. 111-1 du code de la consommation, après le mot : « interopérabilité, », sont insérés les mots : « à l’existence de toute restriction d’installation de logiciel, ».

Sauf très grosse surprise, ce texte issu de la commission mixte paritaire sera adopté le 21 janvier à l'Assemblée nationale et le 30 janvier au Sénat. Comme annoncé par la secrétaire d'État Brune Poirson, la prochaine occasion pour avancer sur le sujet sera la transposition des directives « ventes de biens » et « contenus et services numériques » au premier semestre 2020. On peut donc encore espérer obtenir des mesures effectives pour réduire les facteurs d'obsolescence logicielle, on pense en particulier aux mesures de restrictions d'installation type secureboot.

L'April se mobilisera à nouveau pour rappeler que c'est seulement en redonnant la maîtrise de leurs équipements aux utilisateurs et utilisatrices, en leur donnant les moyens d'être indépendants face aux choix commerciaux des fabricants et des éditeurs de logiciels privateurs, avec des logiciels libres, que l'on peut répondre à l'objectif de réparabilité et de durabilité des équipements informatiques.

Nancy et le logiciel libre - « Libre à vous ! » diffusée mardi 14 janvier 2020 sur radio Cause Commune

mar, 01/14/2020 - 15:30

Au programme : la politique de la ville de Nancy concernant le logiciel libre et les données publiques, avec Olivier Simon, directeur de Nancy Ville Numerique; chronique de Vincent Calame sur « la tentation de la réécriture »; chronique de Véronique Bonnet sur « quand le logiciel libre n'est pas supérieur, en pratique ».

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 49e émission :

  • sujet principal : collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview d'Olivier Simon, directeur Nancy Ville Numerique
  • la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème de « la tentation de la réécriture »
  • notes de lecture du livre Ce qu'il reste de nos rêves de Flore Vasseur, consacré à Aaron Swartz
  • diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la partie consacrée à Aaaron Swartz
  4. Références pour la partie consacrée à la ville de Nancy et sa politique logiciel libre
  5. Références pour la partie sur les annonces diverses
  6. Pauses musicales
  7. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Olivier Simon, directeur Nancy Ville Numerique
  • Vincent Calame, bénévole à l'April
  • Magali Garnero, administratrice de l'April
  • Emmanuel Charpentier, bénévole à l'April
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la partie consacrée à Aaaron Swartz Références pour la partie consacrée à la ville de Nancy et sa politique logiciel libre Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 2 de l'année 2020

lun, 01/13/2020 - 19:58

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Le Monde Informatique] Open source et financement: une relation ambigüe

✍ Matt Asay, le dimanche 12 janvier 2020.

Une étude s’est intéressé sur le rôle joué par l’argent dans le succès des frameworks JavaScript les plus populaires. Au-delà, la délicate question du rapport argent et développement des projets open source reste posée.

[Le Monde Informatique] Jean-Séverin Lair prend ses fonctions à la tête du programme Tech.gouv

✍ Bertrand Lemaire, le vendredi 10 janvier 2020.

Nomination: Comme annoncé en Novembre 2019, Jean-Séverin Lair a pris la tête de Tech.gouv après Vitam, toujours à la DINUM.

[Next INpact] Qwant Mail: le #fail de Linagora (¤)

✍ Jean-Marc Manach, le vendredi 10 janvier 2020.

L’ex PDG de Qwant avait expliqué le retard de QwantMail par un «problème de sécurité qui nous a poussé à tout reprendre». Son équipe SSI avait en effet découvert de nombreuses failles sur une plateforme de Linagora, le «leader français du logiciel libre», destinée à tester QwantMail. Plusieurs ex-salariés déplorent une éthique «privacy by design» de façade.

Et aussi: [Silicon] Le Bot de demain: vers un service citoyen universel?

✍ Doriane Dupuy-Lenglet, le jeudi 9 janvier 2020.

Quel est donc l’avenir de ces petits robots décrits comme le nouveau canal de communication entre une entreprise et ses clients? Aujourd’hui orientés vers une logique «transactionnelle», ils seront demain «conversationnels», c’est à dire autonomes pour vous communiquer ce dont vous avez besoin à un moment donné.

[ZDNet France] Pus de 100 000 oeuvres d'art de musées parisiens en libre accès sur la toile

✍ Clarisse Treilles, le jeudi 9 janvier 2020.

Et si l’art devenait demain un bien culturel dématérialisé libre d’accès pour tous? Un consortium de musées parisiens met à disposition du grand public ses oeuvres d’art numérisées, librement téléchargeables et réutilisables.

[LeMagIT] Avec un ami comme AWS, qui a besoin de l'open source?

✍ Cliff Saran, le mardi 7 janvier 2020.

Les commentaires de l’exécutif d’AWS concernant l’exploitation du code ouvert par le géant du cloud ont mis en doute la viabilité du marché open source.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 7 janvier 2020

lun, 01/13/2020 - 17:06


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 7 janvier 2019 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Luk - Xavier Berne - Pierre Baudracco - Thierry Leblond - Neil - Brume - Ludovic Dubost - Benoît Sibaud - Olivier Cayrol - Bastien Guerry - Jean-Michel Armand - Noémie Dagusé - Catherine Heintz - Laurent Wargon - Jean Couteau - Charles - Frédéric Couchet - William Asgavari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 7 janvier 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Transcription
  2. Chronique « La pituite de Luk » sur Amazon
  3. Interviews réalisées au POSS 2019
    1. Pierre Baudracco, CNLL
    2. Thierry Leblond, Scille
    3. Bastien Guerry, DINUM et Blue Hats
    4. Ludovic Dubost, XWiki
    5. Olivier Cayrol, Logilab
    6. Benoit Sibaud, LinuxFr
    7. Pierre Baudracco, BlueMind
    8. Brume et Neil, association 42l
    9. Jean-Michel Armand, Hybird
    10. Noémie Dagusé, Catherine Heintz, Laurent Wargon, Jean Couteau, Charles, Libre-Entreprise
  4. Annonces

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org et vous y trouvez d’ores et déjà une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter pour nous faire des retours.

Nous sommes mardi 7 janvier 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

J’ai le plaisir de vous adresser les meilleurs vœux de l’April et de la radio pour l’année 2020. Recevez tous nos vœux de bonheur et de santé pour vous et vos proches. Nous vous souhaitons une excellente écoute de cette première édition Libre à vous ! de l’année 2020.

Voici maintenant le programme de cette émission.
Nous allons commencer dans quelques instants, normalement, par la chronique « La pituite de Luk » qui portera sur Amazon.
D’ici cinq à sept minutes nous aborderons notre sujet principal, ce seront des interviews réalisées lors du salon POSS en décembre 2019 à Paris, avec au programme le Conseil national du logiciel libre, le site d’information LinuxFr, le logiciel libre dans l’administration, l’association du Libre de l’école 42, le réseau Libre-Entreprise et également des messages de soutien à l’April.
En fin d’émission nous aurons la chronique de Xavier Berne, journaliste à Next INpact qui nous parlera du projet de loi sur l’économie circulaire et plus particulièrement les parties concernant l’obsolescence programmée.
À la réalisation aujourd’hui nous avons exceptionnellement le soutien de William Asgavari. Bonjour William.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « La pituite de Luk » sur Amazon

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par la chronique « La pituite de Luk ». Luk, est-ce que tu es au téléphone ?

Luk : Oui Fred, je suis là. J’aurais voulu venir mais encore une fois je n’ai pas pu, mais je ne suis pas loin. En fait, je suis coincé aux toilettes. Je n’ose plus sortir. C’est que, tu vois, je viens d’avoir une épiphanie. Ça ne veut pas dire que je viens de déposer une galette. Je parle d’une révélation. Une grande illumination cosmique s’épanouissant sur son socle de faïence.
Je ne l’ai pas vue venir. Ça s’est mis en place soudainement et tout est devenu si clair !
Il faut savoir pour comprendre que je me documente ces temps-ci sur l’achat d’une imprimante. J’étais donc assis sur les toilettes, en train de contempler mon sexe. Je pensais à tous ces sites qui proposent une sélection des meilleures imprimantes de l’année sans qu’on sache s’ils les ont vraiment testées. Je réfléchissais au fait que tous ont un point commun : ils font des liens vers Amazon, comme si on ne pouvait acheter ces produits nulle part ailleurs ! Amazon est absolument omniprésent et c’est là que ça m’a frappé : si ça se trouve, Amazon est dieu et Jeff Bezos est son prophète.
Ouais, Amazon est le temple virtuel de la consommation mais possède aussi des magasins dans le monde réel. Il est également dans le salon des gens, par l’entremise de sainte Alexa, et fournit des serveurs au monde entier.
Amazon est même dans Ubuntu, si ça ce n’est pas un signe de félicité ! Je rappelle, Ubuntu est un principe philosophique porté par Nelson Mandela et Desmond Tutu avant d’être une distrib Linux. C’est du bantou et ça veut dire « mon humanité est inextricablement liée à ce qu’est la vôtre ». Considérant que l’Afrique du Sud est encore plus inégalitaire aujourd’hui qu’au temps de l’apartheid, je perçois bien la cohérence théologique d’associer Amazon et Ubuntu.

Amazon est omniscient. Sainte Alexa particulièrement. Elle connaît tous nos centres d’intérêt et nos désirs, elle a récemment mis la main sur les données de santé des Britanniques. Et ce n’est qu’un début ! Alexa écoute nos prières et y répond. Parfois même elle écoute aussi le reste et n’oublie rien.
Un jour, j’avais posté un truc quelque part sur Internet avec des liens vers des sites marchands mais aucun n’était Amazon, hérétique que j’étais. Miracle ! Il n’a pas fallu bien longtemps pour qu’un bon samaritain commente ma publication avec des liens Amazon. Amazon sait tout ce qui se passe dans tous les recoins du Web.

Pour compléter le tableau, Amazon est omnipotent. Il fait tourner tout Internet dans une unique machine virtuelle. C’est lui qui apporte les cadeaux de Noël. Le barbu et ses rênes sont un mythe, en vérité les rênes ce sont des drones de livraison et les petits lutins font les trois huit. Ils connaissent un bonheur régressif qui leur fait faire pipi dans des bouteilles pour rigoler. Ils contractent des TMS [Troubles musculo-squelettiques] avec la jouissance normalement ressentie quand on attrape des MST [Maladies sexuellement transmissibles].

Amazon a aussi le pouvoir de faire disparaître des trucs. Il l’a fait avec des e-books par la magie des DRM et c’est tellement bien que même la fondation Mozilla en fait la promotion. Mais ce n’est pas tout ! Amazon fait aussi disparaître ses impôts !

Omniprésent, omniscient, omnipotent… La nature divine d’Amazon est une évidence. Mais en même temps, Amazon est bien plus tangible, il offre bien plus qu’une promesse de vie éternelle qui n’engage que ceux qui y croient. Il fait sourire les cartons, maintenant, tout de suite. Amazon est une post-divinité !

Il faut, à ce stade, que je mentionne Bezos, son prophète. Transhumaniste convaincu, on comprend déjà qu’il est plus qu’humain. Bezos nous protège de Donald Trompe grâce au Washington Post qu’il possède et c’est là que ça devient très phallique. Le démon s’appelle « Trompe » et a un prénom de canard, ce n’est déjà pas anodin. En février dernier, le National Enquirer qui est un tabloïd qui roule pour Donald, a soumis Bezos à un chantage à la dick pic, ou photo de pénis en bon français. Ce fut un combat de bites épique. La Trompe à moumoute contre le chibre surpuissant de Bezos. Bien entendu, Bezos a vaincu.
Et un jour, Bezos s’élèvera dans le ciel, dans le puissant phallus ultra-technologique construit par sa compagnie spatiale Blue Origin. C’est pour ça qu’Amazon est masculin. On n’a pas le culte de Mère Nature, hein… Elle est en train d’agoniser sous une montagne de gadgets connectés, aussi rapidement obsolescents que rapidement livrés par Amazon.
Dieu est mort, la Nature n’en a plus pour longtemps, place à la toute puissance d’Amazon.

OK, il y a de la concurrence : Apple a un réseau d’églises partout et des hordes d’Apple Fans prosélytes, mais ce n’est qu’une secte minoritaire qui distille un amour tarifé. Google et Facebook sont de faux dieux incapables de miracles dans le réel. Est-ce que Facebook peut livrer un poulet en caoutchouc en moins de 24 heures chez moi ? Non ! Amazon le peut. Leur catéchisme publicitaire est une pure illusion tautologique qui prend l’eau. Quant à Microsoft… Ce dieu caduc qui règne par la terreur et par la force. C’est pour ça qu’il triomphe auprès du Pentagone, mais pour combien de temps encore ? Amazon est sur le coup !
Amazon nous offre un vrai culte, ancré dans le réel, avec un SAV [Service après-vente] impeccable. Il nous laisse notre libre arbitre, celui de choisir le camp du tangible et du vrai.
Allez ! Je sors des toilettes et je lance la guerre sainte. Il y a quatre lettres de trop à GAFAM.

Frédéric Couchet : Merci Luk pour cette belle chronique qui attaque bien l’année. D’ailleurs on nous fait de beaux commentaires sur le salon web en disant notamment que pour le début d’année « La pituite de Luk » attaque fort. Donc merci Luk.

Luk : J’espère que vous allez tous vous joindre à la vraie foi et on se retrouve le mois prochain.

Frédéric Couchet : J’espère surtout qu’on aura la chance de te voir en studio le mois prochain. En décembre on avait prévu de faire une diffusion depuis le salon POSS, tu avais prévu de venir et tu as organisé une grève pendant tout le mois pour empêcher, finalement, que la diffusion ait lieu.

Luk : C’est exact.

Frédéric Couchet : Quand même, tu es trop fort !
En tout cas on se retrouve effectivement le mois prochain. C’était « La pituite de Luk », je précise avec un « k ». Sur le site de l’April et sur causecommune.fm vous retrouvez une page avec les références des articles en lien avec la chronique de Luk et le site de Luk c’est incroyableluk.org, je répète Luk avec un « k ». Je te souhaite une belle journée Luk.

Luk : Merci et bonne émission.

Frédéric Couchet : Merci.
Après cette belle chronique nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter El Jefe par San Blas Posse. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : El Jefe par San Blas Posse.

Frédéric Couchet : Vous êtes sur Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Nous venons d’écouter El Jefe par San Blas Posse, qui est disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.

Nous allons passer maintenant à notre sujet principal.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Le sujet principal va porter, en fait, sur des interviews que nous avons réalisées lors du salon POSS, Paris Open Source Summit, qui s’est tenu en décembre 2019 à Paris. Comme je le disais précédemment, à la fin de la chronique de Luk, nous avions prévu de diffuser en direct de là-bas, mais les grèves nous ont empêchés de pouvoir diffuser donc j’en ai profité pour faire des interviews sur place. On va diffuser trois blocs d’interviews séparés par une petite pause musicale entre chaque bloc d’interviews.

D’abord petite précision de terminologie parce que le salon s’appelle Paris Open Source Summit, vous entendrez peut-être beaucoup parler d’open source.
Du côté de l’April les termes « logiciel libre » qui vient de l’anglais free software et open source dans le sens donné par l’Open Source Initiative désignent en pratique presque exactement les mêmes logiciels. Mais l’usage de ces deux termes met en valeur des points de vue très différents. Le mouvement du logiciel libre est avant tout un mouvement éthique basé sur le partage de la connaissance et l’entraide, là où le mouvement open source met en avant les logiciels libres pour leurs avantages techniques, pratiques. De plus, le terme open source a souvent été utilisé pour tromper les personnes et qualifier des logiciels ne répondant pas à la définition de l’Open Source Initiative, donc n’étant pas des logiciels libres. C’est pourquoi le terme « logiciel libre » étant plus précis et renforçant l’importance des libertés, il est utilisé par l’April.
Voilà pour la petite précision.

Maintenant on va diffuser un premier bloc d’interviews qui va durer une quinzaine de minutes et on se retrouve juste après.

Interviews réalisées au POSS 2019 Pierre Baudracco, CNLL

Frédéric Couchet : Je suis avec Pierre Baudracco, le coprésident du CNLL. Pierre, première question, c’est quoi cette structure ?

Pierre Baudracco : Bonjour Frédéric. Le CNLL pour Conseil National du Logiciel Libre est, en fait, l’union des entreprises du numérique ouvert. C’est une fédération nationale qui regroupe 12 clusters régionaux, c’est-à-dire des associations régionales de professionnels de l’open source : Occitanie, Nouvelle Aquitaine, PACA, Bretagne, Paris, etc.

Frédéric Couchet : Donc toutes les régions.

Pierre Baudracco : Quasiment toutes les régions. On s’est fédéré au niveau du CNLL pour permettre d’avoir une représentativité nationale et faire du lobbying au niveau national et européen aujourd’hui.

Frédéric Couchet : D’accord. Ça existe depuis combien de temps ?

Pierre Baudracco : Le CNLL a dix ans.

Frédéric Couchet : Dix ans. Et toi tu es coprésident depuis quelques semaines, c’est ça ?

Pierre Baudracco : Depuis quelques mois. Depuis à peu près la rentrée et on a communiqué il y a quelques semaines.

Frédéric Couchet : D’accord. On est à un salon avant tout professionnel, le POSS à Paris en décembre 2019, quel est l’état aujourd’hui du marché du logiciel libre en France notamment ?

Pierre Baudracco : On vient justement de publier d’une étude, d’avoir le résultat d’une étude faite par le CNLL, Syntec Numérique et le Hub open source de Systematic qui dit, en gros, que le marché de l’open source cette année pèse à peu près 5 millions d’euros en France, services et logiciels confondus. Les particularités de ce marché c’est déjà que le poids de la France, la France dans le marché européen de l’open source est le pays le plus développé, donc la France est le pays où le marché est le plus important. C’est un marché qui est en croissance entre 7 et 10 % selon les pays européens, ce qui est à peu près le double de la croissance du marché de l’IT. Donc point clé : le marché de l’open source croît deux fois plus vite que le marché de l’IT.

Frédéric Couchet : Pour situer, le marché de l’informatique en général.

Pierre Baudracco : Le marché de l’informatique en général. Pour situer, pour se positionner, il y a dix ans quand on avait la première enquête, c’est quelque chose qu’on fait chaque année, le poids de l’open source/logiciel libre était d’environ 2 %. Aujourd’hui on est à peu près à 10 % du marché de l’informatique en général avec une projection d’atteindre les 12 % d’ici trois ans.
Autre point clé, la croissance donc l’emploi : c’est un marché qui pèse cette année à peu près 47 000 emplois selon l’étude et on va gagner 12 000 emplois d’ici quatre ans.

Frédéric Couchet : D’accord. 12 000 emplois d’ici quatre ans. J’ai entendu dire qu’il y a des difficultés d’embauche, de recrutement, pour trouver des bons profils. Est-ce que c’est toujours le cas ces difficultés de recrutement ou, au contraire, vous trouvez des profils facilement ?

Pierre Baudracco : Non, c’est toujours le cas puisque le numérique prend de l’ampleur partout. L’open source croît dans le numérique. En général les profils qui sont très open source sont des gens plutôt autonomes, débrouillards, qui aiment bien creuser, donc des profils plutôt recherchés. Effectivement, vu qu’à peu près toutes les sociétés sont en train d’essayer de recruter, les petites comme les grosses, les éditeurs comme les intégrateurs, ça met une tension très forte sur le marché de l’emploi et sur la recherche de profils open source.

Frédéric Couchet : Est-ce qu’à ce niveau-là il y a des actions que vous attendriez de l’État, peut-être au niveau de la formation dans les grandes écoles pour, justement, avoir des profils logiciel libre prêts lorsqu’ils ont fini leurs études ?

Pierre Baudracco : Oui. Globalement, en fait, on aimerait que l’État reconnaisse un peu plus cette filière-là, sa capacité d’innovation et sa participation à la reconquête de la souveraineté numérique. L’open source est un point clé là-dessus. Ça veut dire qu’il faut former, donc qu’il faudrait avoir des filières dédiées, avoir des branches ou des cursus open source dans les écoles généralistes d’informatique et on aimerait avoir plus d’incitation au niveau État, gouvernement.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce qu’en dix ans le CNLL a vu une évolution politique dans les divers gouvernements qui se sont succédé et au sein de l’administration également pour la prise en compte du Libre ? Est-ce que l’évolution est positive de ce côté-là ? C’est-à-dire qu’il y a plus en plus de soutiens de l’État ou est-ce qu’il y a encore des freins qu’il faut lever au-delà de la formation dont on vient de parler ?

Pierre Baudracco : C’est un petit peu compliqué. On a eu beaucoup de soutiens notamment au niveau politique ou via des textes en 2012, la loi Lemaire en 2016. Le problème est un petit peu toujours le même, c’est dans l’application, c’est-à-dire, en fait, le SAV des lois n’est pas effectué.

Frédéric Couchet : Le service après-vente.

Pierre Baudracco : Oui, le service après-vente, en gros faire appliquer la loi, s’attacher à ce que les gens la respectent. Comme personne ne contrôle, comme personne n’incite, ce qui se passe c’est qu’il y a toujours des marchés qui ne respectent pas ces lois-là. En fait, tant qu’on ne vient pas les dénoncer il ne se passe rien. Donc on a toujours ce sujet-là. L’État parle un peu d’open source. Aujourd’hui il y a quand même un recul sur ce sujet, de la DINUM notamment, même si certains, en interne, se battent pour, on sent que l’appui a faibli, que l’open source est un petit moins porteur en ce moment-là au niveau de l’État.

Frédéric Couchet : La DINUM c’est la Direction interministérielle du numérique, anciennement DINSIC, Direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'État. Effectivement il y a des gens qui font des choses à l’intérieur, notamment qui sont présents à ce salon, à travers l’initiative Blue Hats, donc des personnes dans l‘administration qui contribuent au logiciel libre et des personnes à l’extérieur. Vous, vous attendez quand même un engagement politique plus fort encore et surtout dans l’application derrière, le suivi, pour s’assurer que la loi qui encouragerait, qui donnerait la priorité au logiciel libre soit vraiment suivie d’effets ?

Pierre Baudracco : Tout à fait, ce serait logique ! La DINUM que tu as décrite, effectivement, fait de choses : Bastien Guerry qui est là, qui anime les ateliers Blue Hats toute la journée, montre qu’il y a de l’open source dans l’administration avec des volontés de faire et de diffuser. Aujourd’hui c’est moins suivi au niveau politique. Par exemple le SILL qui était le Socle interministériel de logiciel libre donc un document qui est référencé, qui préconise les logiciels, n’est pas vraiment reconduit, n’est pas certifié cette année. Donc il y a des signaux politiques dangereux pour l’open source et ça c’est dommage parce qu’il y reste des actions, le côté politique ne suit plus trop.

Frédéric Couchet : D’accord. En tout cas, côté clientèle il y a de plus en plus de demandes, je suppose, autour du logiciel libre. Tu as parlé de souveraineté numérique tout à l’heure, il y a eu un rapport récent du Sénat sur la souveraineté numérique dans lequel, justement, il y a un encouragement à mettre en place une politique publique en faveur du logiciel libre.
Sur un salon tel que POSS, aujourd’hui c’est un peu particulier parce qu’il y a moins de monde que prévu suite aux grèves, mais le type de public qui vient, c’est un nouveau public ? Ou finalement c’est le public traditionnel de clients habituels ?

Pierre Baudracco : Effectivement, c’est dur de juger sur cette année. Au POSS qui est un salon généraliste sur l’open source, c’est la grande messe de l’open source, du coup le public est assez varié. Il y a toute une partie très professionnelle, expositions, professionnels, offres, qui montre la maturité côté marché. Là on va trouver un public de DSI, de décideurs, qui viennent voir quels types de solutions, quels types d’infra, quels types de stratégie puisqu’il y a aussi un programme très important de conférences sur le sujet. On va également retrouver toute la partie communauté de techs qui échangent sur le côté technique, les frameworks, les dévops, l’intégration, etc., les nouveaux enjeux comme l'IA, etc., également présents, mais on va trouver aussi le marché réel. Et là on va retrouver tout un tas de ce qu’on appelle des geeks ou des techs passionnés, du contributeur à la personne qui a un simple intérêt et là on retrouve toute la sphère technologique, technique qui est représentée.

Frédéric Couchet : D’accord. Malgré les conditions particulières de ce salon et malgré le manque de soutien politique, il y a toujours la motivation et finalement, comme tu le disais au départ, il y a un développement du logiciel libre, des marchés aussi du Libre peut-être par ailleurs. Les choses sont plutôt positives quelque part, elles évoluent positivement.

Pierre Baudracco : Globalement les choses sont positives parce que l’open source aujourd’hui ne fait plus peur, est devenu quasiment standard. Maintenant il y a des enjeux, les géants du cloud, les GAFAM, amis ou ennemis, contribuent mais, en même temps, ils deviennent hégémoniques, donc ils écrasent un peu tout le reste. Donc il y a vraiment des choses à penser, notamment il y a très certainement un modèle à l’européenne à penser. Donc éviter d’avoir des géants hégémoniques qui ensuite décident tout ce qu’ils veulent, mais plutôt répartir la confiance, les solutions, et équilibrer les acteurs, avoir de nombreux acteurs, avoir une sorte de cercle vertueux de confiance, en termes d’acteurs, en termes de règles et pour ça l’open source est un bon critère puisque c’est un critère de transparence, un peu d’équité d’accès aux informations.

Frédéric Couchet : D’accord. Pierre je te remercie. Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose ?

Pierre Baudracco : Non, Merci à toi Frédéric. Merci à l’April de soutenir le combat qui est mené depuis tant d’années et en espérant que vous soyez toujours aux côtés du POSS et de l’open source même si je n’ai pas beaucoup de doutes.

Frédéric Couchet : Voilà. Même si nous on emploie évidemment le terme « logiciel libre ». En tout cas rendez-vous l’an prochain, je ne sais pas si le salon aura lieu au même endroit.

Pierre Baudracco : À priori ça ne sera pas au même endroit ça serait plutôt au Palais des Congrès.

Frédéric Couchet : D’accord. OK. On verra ça. En tout cas merci. C’était Pierre Baudracco coprésident du CNLL. Merci Pierre.

Pierre Baudracco : Merci Frédéric.

Thierry Leblond, Scille

Frédéric Couchet : Je suis avec Thierry Leblond de la société Scille qui développe Parsec. Première question Thierry, c’est quoi Scille ? C’est quoi Parsec ?

Thierry Leblond : Scille est une startup éditeur de logiciels libres qui est un spécialiste de la cybersécurité des données sur le cloud et Parsec est notre produit principal. C’est un système qui permet de partager et de sécuriser des données sensibles sur le cloud depuis n’importe quelle connexion internet et depuis n’importe quel point du monde.

Frédéric Couchet : Seconde question : Scille est membre de l’April. Pourquoi Scille est membre de l’April, pourquoi Scille apporte son soutien à l’April ?

Thierry Leblond : J’aime bien la compétence de l’April, notamment la compétence juridique. J’aime bien aussi, dans l’April, son côté « poil à gratter », son côté aller questionner des sujets qui ne sont pas forcément évidents et obtenir parfois des réponses même dans la douleur et parfois sur plusieurs années.

Frédéric Couchet : Merci Thierry et bonne fin de salon.

Thierry Leblond : Merci Frédéric et bonne fin de salon aussi. Au revoir.

Bastien Guerry, DINUM et Blue Hats

Frédéric Couchet : Je suis avec Bastien Guerry, de la DINUM, qui est là pour les Blue Hats. Deux acronymes, en tout cas deux mots qu’on ne connaît pas. Déjà première question Bastien : qui es es-tu ? Qu’est-ce que la DINUM et qu’est-ce que Blue Hats ?

Bastien Guerry : Bastien Guerry. Je suis développeur pour la mission Etalab qui est rattachée à la direction du numérique anciennement DINSIC devenue DINUM récemment. Je travaille, j’accompagne les administrations pour l’ouverture de leur code source.
Blue Hats est une idée qu’on a lancée avec Laurent Joubert l’année dernière faisant le constat que le logiciel libre était utilisé assez largement dans les administrations mais qu’il y avait finalement assez peu de communication des administrations entre elles sur ce qu’elles utilisaient, sur la manière de l’utiliser et surtout sur les compétences nécessaires pour l’utiliser. Donc c’était l’idée de lancer une communauté qui forme un compagnonnage permettant l’échange d’expériences, de compétences et de faire des remontées sur des cas d’usage de logiciels libres dans l’administration. C’est une communauté que la DINUM anime via une newsletter qui s’appelle La gazette #BlueHats, tous les deux mois, mais qui est auto-portée par l’ensemble de l’écosystème.

Frédéric Couchet : D’accord. On va rappeler que la DINUM c’est la direction interministérielle du numérique.
Là on est à un salon à priori plutôt professionnel, donc à Paris en décembre 2019. Pourquoi une journée Blue Hats dans ce salon ?

Bastien Guerry : Les administrations passent leur temps à travailler avec des entreprises, elles cherchent des entreprises ; quand elles veulent faire du logiciel libre, elles cherchent des entreprises du logiciel libre. Déjà c’est augmenter un peu les opportunités d’échanges entre différentes administrations qui viennent d’un peu tous les ministères et ces entreprises, que les uns et les autres se connaissent et mesurent aussi les avancées techniques. Un salon comme celui-ci c’est important pour voir ce qui se fait dans les grandes, petites entreprises, dans l’ensemble de l’écosystème, et essayer de trouver des réponses à des questions techniques que chacun se pose dans les administrations.

Frédéric Couchet : Est-ce que les entreprises qui sont venues connaissaient déjà l’initiative Blue Hats ? Est-ce qu’elles ont découvert qu’il y avait cette initiative au sein de l’État, Blue Hats ? Ou est-ce qu’elles savaient déjà, elles étaient au courant, donc elles sont venues spécifiquement pour ça ?

Bastien Guerry : Certaines savaient déjà parce qu’on a des liens avec le CNLL.

Frédéric Couchet : Le regroupement des entreprises du logiciel libre, on va dire, en France.

Bastien Guerry : Voilà. D’autres l’ont appris en voyant circuler des gens avec de chapeaux bleus dans le salon.

Frédéric Couchet : Il faut préciser, effectivement, que pour les reconnaître la plupart des Blue Hats portent un chapeau bleu.

Bastien Guerry : Ou une étiquette, un autocollant, sur leur ordinateur.

Frédéric Couchet : D’accord. La journée n’est pas encore terminée. Est-ce qu’il y a déjà eu un petit retour d’expérience ou des choses intéressantes qui ont été dites durant la matinée ?

Bastien Guerry : Durant la matinée on a fait des présentations courtes, de cinq à dix minutes. On a eu, par exemple, le ministère des Finances qui a expliqué son usage de Matomo en intranet.

Frédéric Couchet : C’est quoi Matomo ?

Bastien Guerry : C’est un outil qui permet de collecter des statistiques sur les usages de sites web, qui s’appelait anciennement Piwik, qui est un outil libre qui permet vraiment d’avoir un contrôle complet sur les types de statistiques qu’on veut obtenir, comment les partager, le type de trackers qu’on place sur les sites web pour respecter la vie privée des agents publics. Donc on a eu, par exemple, un retour là-dessus qui était très intéressant. On a eu aussi l’ADULLACT qui a présenté le Comptoir du Libre qui est une somme de ressources à disposition des collectivités sur des logiciels libres et sur des entreprises qui aident à déployer ces logiciels libres pour les collectivités. Voilà. On a eu une douzaine de présentations toutes intéressantes pour l’ensemble de l’écosystème et qu’on partagera dans l’espace de présentation Blue Hats.

Frédéric Couchet : D’accord. Pour les personnes qui voudraient en savoir plus sur Blue Hats et qui voudraient s’inscrire à la lettre d’information dont tu as parlé tout à l’heure, est-ce qu’il y a un site web de référence ?

Bastien Guerry : Le plus simple c’est d’aller sur le site etalab.gouv.fr, d’aller dans les offres d’accompagnement et de cliquer sur le bouton « logiciels libres » [Accompagnement autour des logiciels libres] ; c’est là que vous trouverez tous les liens vers La gazette #BlueHats, comment vous inscrire ainsi que les liens vers le Socle interministériel d logiciels libres.

Frédéric Couchet : D’accord. Merci Bastien. Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ? Une annonce d’évènement ou un appel à lancer ?

Bastien Guerry : Simplement continuer. Blue Hats, ce n’est pas seulement les gens de l’administration, c’est aussi des citoyens, c’est aussi des entreprises, c’est vraiment l’ensemble de l’écosystème qui pense que le logiciel libre et le service public sont des valeurs communes qu’il faut encourager ensemble.

Frédéric Couchet : Merci. C’était Bastien Guerry de la mission Etalab, Blue Hats. Nous vous encourageons, évidemment, à vous inscrire à la newsletter, à la lettre d’information pour vous informer et éventuellemnt contribuer. Merci Bastien.

Frédéric Couchet : Merci beaucoup.

Ludovic Dubost, XWiki

Frédéric Couchet : Je suis avec Ludovic Dubost, fondateur de la société XWiki. Première question : que fait XWiki ?

Ludovic Dubost : Chez XWiki on développe deux logiciels libres de collaboration. Le premier s’appelle XWiki. C’est un logiciel de partage de connaissances et d’organisation des connaissances à l’intérieur des entreprises, basé sur le principe du wiki. Le deuxième logiciel qu’on fait s’appelle CryptPad qui est un logiciel de collaboration qui a la particularité d’être chiffré de bout en bout. Donc on peut éditer des documents à plusieurs, documents « WYSIWYG », textes, Kanban, différents types de documents, les partager et à aucun moment le serveur ne va avoir connaissance ni du contenu des documents ni des partages qui ont lieu.

Frédéric Couchet : XWiki est membre de l’April. Quelles sont les raisons qui t’ont conduit à soutenir l’April ?

Ludovic Dubost : Nous on est un éditeur de logiciels qui est impliqué dans l’open source. On est impliqués dans l’open source parce que un, on arrive à en faire un business qui marche, donc on arrive à vivre de ce développement. Mais on considère aussi que développer de l’open source c’est important. C’est important pas uniquement du point de vue technologique ou économique, mais c’est aussi important du point dde vue politique au niveau de la souveraineté des pays, au niveau de la liberté des citoyens. L’April défend ces sujets-là et, pour nous, c’est important de redonner une partie de nos propres revenus – ce n’est pas grand-chose d’être membre de l’April – pour soutenir les actions à la fois sociales et politiques liées à défendre ce modèle économique-là et ce modèle de développement du logiciel.

Frédéric Couchet : Merci Ludovic déjà pour ce que tu fais dans le Libre. Merci à toi et à XWiki pour le soutien à l’April. Je te souhaite une bonne fin de salon.

Ludovic Dubost : Merci beaucoup.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter la première série d’interviews faites lors du Paris Open Source Summit.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter La fin de Saint Valéry par Ehma. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : La fin de Saint Valéry par Ehma.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter La fin de Saint Valéry par Ehma, disponible sous licence Art Libre. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter la seconde série d’interviews faites lors du Paris Open Source Summit en décembre 2019 et on se retrouve juste après.

Olivier Cayrol, Logilab

Frédéric Couchet : Je suis avec Olivier Cayrol de la société Logilab, toujours au salon POSS en décembre 2019. Bonjour Olivier. Je voudrais déjà que tu nous présentes la société Logilab.

Olivier Cayrol : Bonjour. Logilab est une petite entreprise de 25 personnes aujourd’hui. Nous sommes basés à Paris et à Toulouse et nous proposons des formations autour de différentes techniques comme Python ou Javascript, des choses comme ça, et nous répondons à des problèmes de nos clients en développant des logiciels en particulier.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc Logilab est membre de l’April depuis de longues années, elle soutient nos actions. Pourquoi une entreprise comme Logilab soutient les actions de l’April ?

Olivier Cayrol : Logilab est une entreprise qui a toujours utilisé le logiciel libre depuis sa création en 2000, qui a contribué au logiciel libre et qui attache une grande importance, ça fait partie de ses valeurs, au logiciel libre. Quand on voit aujourd’hui que, très régulièrement, il y a des projets de loi, des initiatives qui vont à l’encontre des libertés fondamentales qui sous-tendent le logiciel libre, eh bien il nous semble tout à fait naturel que nous nous tournions vers des associations ou des acteurs qui sont capables de faire pression auprès de nos gouvernants pour défendre ces libertés-là et défendre le logiciel libre.

Frédéric Couchet : Olivier, je te remercie et je remercie Logilab pour ce soutien à l'April depuis de longues années et je te souhaite une bonne fin de salon.

Olivier Cayrol : Merci beaucoup. Bonne fin de salon également.

Frédéric Couchet : Merci.

Benoit Sibaud, LinuxFr

Frédéric Couchet : Nous sommes avec Benoît Sibaud, présent à POSS, le salon du logiciel libre à Paris en décembre 2019. Benoît, tu es président de LinuxFr et vous venez de recevoir un prix des acteurs du Libre. Déjà, Benoît, est-ce que tu peux te présenter à titre individuel ?

Benoît Sibaud : Bonjour. Benoît Sibaud. Ça fait un petit moment que je traîne dans les milieux du Libre, depuis une vingtaine d’années. Je suis rentré dans l’équipe de LinuxFR pour faire du développement. J’ai aussi exercé et j’exerce encore le rôle de directeur de publication et de président de l’association qui est derrière le site linuxfr.org. J’ai aussi été actif pour la création d’un groupe d’utilisateurs du logiciel libre en région Auvergne, Linux Arverne, et, au sein de l’association April pour la promotion et la défense du logiciel libre, d’abord comme membre du conseil d’administration puis cinq ans comme président.

Frédéric Couchet : D’accord. LinuxFr c’est quoi exactement ?

Benoît Sibaud : LinuxFr, à la base c’est une association qui sert de coquille juridique pour le site web d’actualité autour du logiciel libre, linuxfr.org. L’association a vraiment pour unique fonction de servir à recevoir des dons et gérer les problèmes juridiques qui pourraient exister, liés au site. Le site en lui-même est un site d’actualité sur le logiciel libre, le matériel libre, la culture libre et tous les sujets annexes autour des libertés dans le monde numérique, on va dire, de manière générale. Il est géré par une équipe de bénévoles, sans publicité, depuis 21 ans maintenant, donc un site qui a actuellement plus de 100 000 contenus et 1,8 millions de commentaires publiés.

Frédéric Couchet : Si je comprends bien, en fait le site repose sur le principe que des personnes soumettent des contenus qui sont ensuite soumis à la modération de l’équipe de LinuxFR. C’est bien ça ?

Benoît Sibaud : Il y a plusieurs types de contenus sur le site. Les contenus les plus visibles, ce qu’on appelle les dépêches, sont des articles qui sont soumis par nos visiteurs, soit directement écrits par un visiteur donné qui veut parler de son projet, sa communauté, son actualité, une actualité dans le monde du logiciel libre de manière générale ou qui touche au domaine informatique ou au domaine des libertés, mais aussi des gens qui utilisent notre espace de rédaction collaborative pour pouvoir rédiger à plusieurs un contenu pour, par exemple, faire une synthèse sur un sujet donné. Souvent on n’a pas une personne qui connaît l’intégralité d’un domaine technique donné, un domaine technique ou juridique ou artistique, enfin un domaine dans son ensemble dans les sujets traités, donc on a une personne qui va écrire un paragraphe sur une partie du sujet, une autre personne qui va écrire un autre paragraphe, une troisième personne qui va s’intéresser uniquement à la correction orthographique, grammaticale, syntaxique, rajouter des liens supplémentaires, mettre des tags, ce genre de choses, puis une autre personne qui va venir et qui va se proposer de rajouter des images et on arrive à avoir des contenus avec plusieurs dizaines de contributeurs sur les contenus les plus volumineux en termes de taille.

Frédéric Couchet : D’accord. Ça fait combien de contenus, de dépêches postées par semaine à peu près ?

Benoît Sibaud : Il y a quelques dépêches publiées par jour, donc on tourne autour d’une vingtaine à peu près, je pense, par semaine, ça dépend des semaines. Il y a des contenus qui sont réguliers, je pense par exemple à la dépêche hebdomadaire pour annoncer l’Agenda du Libre et tous les évènements de la semaine sur le logiciel libre en France, en Belgique, en Suisse, en Tunisie et l’autre Agenda du Libre du Québec. On reprend leurs évènements, on les annonce en général le week-end pour la semaine qui suit. Donc on peut avoir ce type de contenus réguliers ou alors des contenus qui sont liés à une actualité, que ça doit une nouvelle directive européenne, l’annonce d’un nouveau projet ou l’évènement d’une communauté, enfin tous types d’évènements susceptibles d’intéresser nos lecteurs. Après tout, l’objectif de linuxfr c’est d’être géré par la communauté et d’être utilisé pour la communauté, donc nos visiteurs sont aussi nos contributeurs, ils nous aident à publier des contenus. Après, nos visiteurs rentrent aussi dans l’équipe et deviennent modérateurs, animateurs de l’espace de rédaction, qui aident à coder le site, à rajouter des images et des visuels pour le site, à administrer les serveurs de l’association, les serveurs utilisés pour le site. Tout type d’activités qui permettent de faire tourner le site.

Frédéric Couchet : D’accord. Une force particulière, un point important dans les dépêches ce sont les commentaires, c’est-à-dire que ce sont des dépêches qu’on peut commenter et c’est un peu, peut-être, un sujet de discussion ou sans doute de débat, la qualité ou le nombre de commentaires qu’il y a sur les dépêches. Est-ce que globalement ce sont des commentaires de qualité et est-ce qu’il y a une évolution dans les commentaires au fur et à mesure des années, par rapport au début ? Tu as dit que ça a été créé il y a une vingtaine d’années, est-ce qu’aujourd’hui il y a plus de commentaires, moins de commentaires ?

Benoît Sibaud : Il y a eu pas mal de changements sur la forme des commentaires. Notamment initialement il était possible de laisser des commentaires anonymement alors que ce n’est plus le cas actuellement ; plus précisément les commentaires sont associés à un compte et le compte c’est un pseudonyme. On ne sait pas forcément qui est la personne mais au moins c’est rattaché à un pseudonyme.
En termes de volume, c’est très variable suivant les types de contenus. On a des contenus qui appellent assez peu de commentaires. Souvent les contenus qui, pour nous, sont les contenus modérés à priori, donc qui passent par la relecture de l’équipe de modération, qui ont été complétés, ont en général un petit peu moins de commentaires parce qu’ils appellent moins à commentaires : on annonce des faits, on annonce un évènement, on publie une synthèse sur tel ou tel sujet, donc il y a un peu moins de commentaires ou ce sont des commentaires très pointus, très techniques. À côté, on a d’autres types de contenus qui sont des contenus où on n’a qu’une modération à posteriori si nécessaire, où tout type de sujet peut être abordé et on peut avoir énormément d’échanges d’une qualité qui peut être variable, ça dépend du niveau de connaissance des gens. Mais permettre aux gens d’exprimer des arguments, devoir discuter avec les autres et échanger sur les divers sujets c’est aussi ce qui est intéressant. Ce ne sont pas forcément les sujets les plus liés au site en lui-même qui génèrent le plus de commentaires. Actuellement, si je me rappelle bien, le contenu avec le plus de commentaires sur le site est lié à un débat sur l’avortement, donc ce n’est pas vraiment lié à une thématique principale du site par exemple.

Frédéric Couchet : Pour qu’on comprenne bien, c’est une dépêche qui était liée à l’avortement ou c’est un dérivé d’une dépêche qui n’était pas lié à ce sujet-là ?

Benoît Sibaud : La partie dépêche, le contenu modéré à priori, ça veut dire que c’est en lien avec l’activité du site et ça passe par l’équipe de modération qui va relire, compléter et publier le contenu.
On a d’autres types de contenus comme les journaux qui sont une forme de blog, au final : on permet aux visiteurs de poster des contenus sous leur nom sur le site. Donc une personne avait publié un contenu, en l’occurrence là sur l’avortement, et il y a eu des débats sur les pour et les contre. Il y avait eu de longs débats, je crois aux alentours d’un millier de commentaires dessus.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que vous avez – vous en avez vu que vous l’avez annoncé – pas des réquisitions, mais des plaintes justement pour des contenus qui pourraient être soit litigieux, soit diffamants dans l’histoire de LinuxFR et comment vous gérez ça ?

Benoît Sibaud : En termes de problèmes liés à du juridique et autre, on a différentes problématiques qui se sont déjà posées à nous. On a eu des cas où on n’était pas directement concernés, mais les contenus passaient par nous. Par exemple on a une personne, à un moment, qui a publié des contenus pour se venger d’une ex-petite amie à priori, dans le cadre de ce qu’on appellerait du revenge porn, donc qui a publié des informations personnelles sur une personne plus des contenus dégradants pour la personne. Les contenus ont été pour partie bloqués avant la modération parce qu’on pouvait ou effacés dès qu’on en a eu connaissance. Là, après, on a été en contact avec la gendarmerie par exemple, mais on n’était pas directement concernés à part qu’on a permis de fournir les éléments qui étaient en notre possession.
Il y a d’autres types de cas où on est concernés par rapport à la loi sur la confiance dans l’économie numérique de 2004 en tant que site qui publie du contenu, soit du contenu qui est publié par nos visiteurs, soit du contenu pour lequel on a fait une modération. Donc là on est partie prenante du processus de publication et on a une responsabilité supplémentaire qui est ajoutée.
Sur ces différents types de contenus, pour différentes raisons, on a déjà reçu dans l’histoire du site plusieurs mises en demeure pour divers sujets, la première concernait une entreprise qui se considérait comme diffamée, la seconde un individu qui considérait son travail comme contrefait ; la troisième est en cours de publication, donc je vais attendre, j’espère qu’elle sera publiée sous peu et on reparlera de la quatrième un peu plus tard je pense.

Frédéric Couchet : D’accord. Tout à l’heure tu parlais de l’équipe de bénévoles de LinuxFr. Il est important de préciser qu’il n’y a que des bénévoles qui contribuent à LinuxFr. Combien de personnes constituent aujourd’hui l’équipe ?

Benoît Sibaud : Il y a globalement 20 à 30 personnes qui contribuent à l’équipe, c’est assez varié. On doit être une à deux personnes pour gérer la partie administration des serveurs. Il y a deux/trois personnes qui contribuent sur la partie code. Il y a une quinzaine de personnes dans l’équipe de modération. Il y a quelques personnes qui font l’animation de l’espace de rédaction pour aider les gens à écrire des contenus. Globalement, il y a à peu près 20 à 30 personnes qui travaillent sur le site. Ce ne sont pas forcément les mêmes qu’à l’origine, heureusement il y a eu du renouvellement : les problématiques habituelles de la vie, il y a des gens qui ont moins de temps libre, qui vont avoir des enfants, qui changent d’activité, qui s’orientent vers d’autres types sujets ou qui lancent leur propre projet. Globalement on a réussi à renouveler les équipes jusque-là et c’est plutôt une bonne chose de voir que le site est toujours là plus de 20 ans après.

Frédéric Couchet : Justement, vous venez de recevoir un prix aujourd’hui au salon POSS. Le prix c’est le Prix du numérique ouvert et éthique. Peu importe le nom du prix ! C’est vrai qu’on pense qu’en 20 ans de présence, effectivement ! Comment vous le recevez ce prix en termes de l’équipe ? Ce n’est pas une concrétisation, mais comment vous recevez le prix ?

Benoît Sibaud : C’est un prix qui était basé sur une candidature. Ce qu’on a trouvé intéressant c’était la partie argumentation de la candidature et expliquer ce qu’on fait, pourquoi on le fait, comment on le fait. Expliquer que le fait de gérer nos serveurs, d’avoir notre logiciel et de contribuer à notre logiciel, de publier sous une licence libre le logiciel qu’on utilise pour réaliser le site, de gérer l’activité du site de manière la plus ouverte possible et de communiquer, de manière générale, sur tout ce qu’on fait et comment on le fait.
On parlait tout à l’heure de la question des mises en demeure, quand on reçoit des mises en demeure, une fois que l’aspect strictement réponse juridique est traité, on va communiquer, on va publier la mise en demeure qu’on a reçue, on va expliquer la réaction qu’on a eue, l’analyse qu’on a pu en avoir et quel type d’action on a pu avoir derrière, parce qu’on sait que ça va arriver à d’autres personnes de recevoir ce type de mise en demeure et que nous on peut se permettre de communiquer dessus et d’expliquer ce qu’il faut faire dans ce cas-là, comment réagir, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire. De manière générale, on essaye de communiquer sur tous les sujets liés à notre activité pour que d’autres puissent faire la même chose que nous.
On a fait de nombreuses conférences sur ces thématiques-là, dont une qui s’appelait « LinuxfR, mais refaire ? », si c’était à refaire comment on referait le site. On essaye d’être toujours en capacité de se demander comment on pourrait refaire le site et est-ce que d’autres pourraient faire la même chose que nous, lancer la même chose que nous ? Une des questions, notamment, ce sont les restrictions qu’il peut y avoir maintenant sur la liberté d’expression ou le contexte juridique : en quoi on va avoir de nouvelles limitations, comment on doit s’adapter et quelles sont les nouvelles contraintes, quelles réponses on va adopter ? Oui, ça serait plus facile d’éliminer tous les contenus et tous les commentaires problématiques, on éviterait ainsi tous les problèmes, mais ce n’est pas forcément ce qu’on souhaite. Bref ! Ce sont toutes ces questions-là qui apparaissent derrière la question de faire du numérique de manière libre, certes, mais aussi de manière ouverte et éthique.

Frédéric Couchet : D’accord. On va rappeler que le site c’est linuxfr.org et c’est le site de référence pour les actualités. On encourage évidemment les personnes qui écoutent l’émission ou le podcast à s’inscrire au flux RSS et à soumettre des propositions de dépêches ou à commenter les dépêches, de participer aux journaux.
Dernière question : qu’est-ce que tu pourrais souhaiter ? Quels seraient les besoins potentiels de LinuxFR pour les années à venir ?

Benoît Sibaud : Comme tous les projets et les projets du Libre en particulier, on a toujours besoin de contributeurs pour aider à tous les niveaux. La vraie problématique est toujours la même pour tout le monde. Je disais qu’on a renouvelé les effectifs du côté de l’équipe, du côté des visiteurs aussi, mais le grand sujet pour le site reste toujours comment s’assurer que les nouvelles générations ou que des nouveaux lecteurs vont venir sur le site, à quel point on va réussir à avoir un site qui est moderne techniquement, qui est moderne esthétiquement et qui aborde correctement les thématiques actuelles on va dire. Est-ce que si on parlait uniquement de logiciel libre maintenant ce ne serait peut-être pas suffisant. Le fait d’élargir à d’autres thématiques c’est dans l’air du temps ; quels sont les prochains sujets qui vont apparaître, de quoi on va devoir parler, ça fait aussi partie des choses qu’on doit identifier et aider les gens à s’exprimer sur ces sujets-là. Le but de linuxfr c’est de permettre aux communautés de s’exprimer, de servir de relais de communication et de pouvoir médiatiser un certain nombre de messages.
Hier j’assurais la publication de la énième dépêche sur le sujet des brevets logiciels au niveau européen et un nouvel appel à manifester au Parlement à Bruxelles. Ça fait des dizaines de dépêches qu’on passe sur le sujet, on en parle depuis 2003 au moins et le sujet est toujours d’actualité, on continue à en parler. Ça reste un sujet important, c’est important que les nouveaux lecteurs ou ceux qui n’étaient pas là il y a 20 ans découvrent le sujet, en prennent connaissance et qu’on continue à animer les communautés et à diffuser ce type de messages.

Frédéric Couchet : Benoît très bien. Je vais rappeler, je vais indiquer que le podcast de l’émission Libre à vous ! est annoncé évidemment chaque semaine sur linuxfr. J’en profite pour remercier l’équipe de modération parce que, entre la première fois où j’ai posté des annonces et aujourd’hui il y a eu des évolutions dans ma présentation qui ont été faites suite à des suggestions de l’équipe de modération pour améliorer la présentation de l’annonce. Ça c’est très important, quand on soumet une dépêche, d’avoir un retour nous disant « là tu pourrais améliorer telle ou telle chose », donc franchement, merci à l’équipe de modération et puis merci à LinuxFr d’exister. On va faire un petit coucou notamment à Fabien Penso, l’un des fondateurs de LinuxFr il y a une vingtaine d’années.
Benoît je te remercie pour cette présentation de LinuxFr et pour tout ce que tu fais. Je te souhaite une belle journée.

Benoît Sibaud : Merci.

Pierre Baudracco, BlueMind

Frédéric Couchet : Je suis avec Pierre Baudracco, le créateur de BueMind. Première question : qu’est-ce que c’est que BlueMind ?

Pierre Baudracco : Bonjour Frédéric. BlueMind est une solution open source de messagerie collaborative. En gros c’est l’équivalent d’Exchange, le serveur de messagerie de Microsoft, en open source, avec la grande particularité c’est qu’aujourd’hui on est les seuls à supporter Outlook aussi bien que le fait Exchange. Je précise parce qu’Outlook c’est la grande demande du marché : pour l’utilisateur non informaticien très souvent messagerie égale Outlook.

Frédéric Couchet : D’accord. BlueMind, depuis sa création, est membre de l’April, soutient nos actions. Quelle a été la motivation ou les motivations pour rejoindre l’April et soutenir nos actions ?.

Pierre Baudracco : Chez BlueMind on croit beaucoup aux valeurs de l’open source ou du logiciel libre, notamment le côté transparence, diffusion de savoir et ça ce sont des valeurs qu’on va retrouver de façon plus générale sur l’ouverture au niveau de l’April. On est très impliqués. J’ai été moi-même deux années président du Forum du Paris Open Source Summit, coprésident du CNLL, on est très impliqués dans tout l’écosystème du logiciel libre en France, donc, pour nous, c’est tout à fait naturel de soutenir l’April qui est un fervent défenseur de toutes ces libertés.

Frédéric Couchet : Merci Bien. Merci à BlueMind et bonne fin de salon.

Pierre Baudracco : Merci bien Frédéric.

Frédéric Couchet : Vous êtes toujours sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et sur le site causecommune.fm partout dans le monde.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale. Nous allons écouter Sneaky Snitch et on se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Sneaky Snitch de Kevin MacLeod.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Sneaky Snitch de Kevin MacLeod disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons maintenant écouter les dernières interviews faites lors du salon POSS en décembre 2019.

Brume et Neil, association 42l

Frédéric Couchet : Nous sommes toujours au salon POSS à Paris en décembre 2019 et j’ai le plaisir d’avoir un peu de jeunesse par rapport à d’autres personnes présentes, avec Brume et Neil, qui sont de l’école 42. Déjà première petite question : quel est votre parcours et pourquoi vous êtes à l’école 42 ? Brume.

Brume : Bonjour. Mon pseudo c’est Brume. Je suis allée directement à l’école 42 juste après avoir eu mon bac, un bac scientifique, et j’ai décidé d’aller à l’école 42 parce que l’école était notamment ouverte 24 heures sur 24, ce qui est assez intéressant pour pouvoir avoir des activités à l’extérieur de l’école et aussi du fait qu’en regardant un petit peu l’éventail des possibilités de cursus en informatique, que ce soit la faculté sur laquelle j’avais beaucoup de retours négatifs de connaissances, que ce soit les écoles privées que je ne pouvais pas me payer, finalement 42 se trouvait être une très bonne alternative aux deux.

Frédéric Couchet : Et toi Neil ?

Neil : Moi j’avais commencé un BTS SIO [Services informatique aux Organisations ] juste après mon bac et je n’y ai pas trouvé mon bonheur pour des raisons personnelles et aussi parce que j’avais déjà des connaissances en informatique et que le cursus ne m’attirait pas tout à fait. Donc j’ai fini la première année et je suis venu à 42, j’ai essayé et je ne suis pas déçu.

Frédéric Couchet : 42 est une école à Paris, créée par Xavier Niel. C’est quoi la spécificité ou les spécificités de l’école 42 ? Neil.

Neil : L’école 42 est une école qui est ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, même les jours fériés, même les jours de vacances. Ça peut donner l’impression que c’est très intensif pour les élèves, mais, en réalité, les élèves peuvent venir juste quand ils veulent donc ça leur permet de définir leur emploi du temps comme ils en ont envie en fait.

Frédéric Couchet : Précisons que c’est une école d’informatique.

Neil : C’est une école d’informatique, tout à fait, et c’est une école d’informatique qui est privée et gratuite, ce qui est assez atypique. Les certificats délivrés par cette école ne sont pas reconnus par l’État. Cela dit, généralement on n’a pas trop de mal à trouver du travail avec parce qu’il y a une reconnaissance auprès des entreprises et auprès des autres secteurs.

Frédéric Couchet : Le cursus dure combien de temps ? Brume.

Brume : Le cursus peut durer de deux à cinq ans, mais beaucoup d’étudiants partent après leur premier stage parce qu’ils sont embauchés, ce qui fait, qu’en fait, beaucoup d’étudiants ne terminent pas la formation. Pour essayer de pallier à ce problème, 42 a décidé de rendre le premier stage facultatif. C’est encore en cours de test, on ne sait pas vraiment ce que ça va donner, mais le fait est que du coup, pour les promotions précédentes, ça tourne autour de 80 %, je crois, d’élèves qui partent au bout d’un an ou deux ans et très peu, finalement, restent jusqu’à la fin et font bien les cinq ans et tous les projets.

Frédéric Couchet : D’accord. Quelle est la place du logiciel libre dans les enseignements ou dans les pratiques de l’école 42 ?

Neil : J’ai oublié de préciser que l’école 42 n’a pas de professeurs.

Frédéric Couchet : C’est une précision importante. Ça fonctionne comment, alors, s’il n’y a pas de professeurs ?

Neil : Il y a des projets qui sont créés. La majorité sont créés par les élèves eux-mêmes. Une fois qu’un élève a suffisamment de connaissances dans un domaine spécifique d’informatique il peut créer un projet qui est, en fait, un ensemble de consignes, un ensemble de charges que l’élève doit respecter pour concevoir un projet et ensuite il se fait corriger par ses pairs, donc d’autres élèves de l’école qui corrigent son projet et pour se faire corriger son projet, il faut corriger d’autres élèves. C’est un système d’éducation, d’enseignement, en pair à pair, relativement horizontal. Donc il n’y a pas d’enseignement de professeurs, donc il n’y a pas non plus de cours particuliers, par exemple sur les enjeux éthiques et sociaux du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Est-ce qu’il y a, par exemple, des enseignements théoriques sur la programmation dans un langage particulier ou apprendre le réseau ou tout ce fait via ces projets ?

Neil : Tout se fait via la pratique. Il y peut y avoir, par exemple, des projets QCM où l’élève est incité à aller directement sur Internet ou à consulter son voisin de gauche, son voisin de droite, pour avoir les réponses aux exercices. Donc il n’y a pas d’enseignement théorique par une personne, une autorité supérieure.

Frédéric Couchet : D’accord. Quelle est la place du logiciel libre dans ces projets ? Est-ce que c’est une place importante ? Est-ce que vous utilisez des outils libres ?

Brume : En soi, oui on utilise des outils libres, par exemple on va beaucoup utiliser soit Vim soit Emacs.

Frédéric Couchet : Qui sont des environnements de développement, on va dire, ou éditeurs de texte.

Brume : Oui. Éditeurs de texte plutôt.

Frédéric Couchet : Emacs est un environnement de développement.

Brume : Emacs, oui. On va par exemple aussi utiliser Clang et GCC qui sont des compilateurs en langage C donc qui sont tous les deux libres également ; on utilise aussi Git. Donc on utilise beaucoup de logiciels libres, mais les élèves les utilisent sans vraiment se rendre compte que ce sont des logiciels libres.

Frédéric Couchet : Et sans savoir ce qu’est un logiciel libre ?

Brume : Sans savoir ce qu’est un logiciel libre également. Il faut savoir que dans les statistiques de 42, il me semble qu’il y a à peu près 50 % des étudiants qui arrivent à l’école en n’ayant jamais codé en informatique, ce qui fait que la plupart, en fait, n’a absolument pas conscience de tous les enjeux d’éthique qu’il peut y avoir dans le domaine.
À l’école il y a aussi beaucoup de conférences, il y a un amphithéâtre qui est utilisé quasiment tous les jours et la plupart des conférenciers sont de très grosses entreprises ou des GAFAM. Quand un étudiant qui ne connaît absolument rien à l’informatique voit une conférence de Facebook, Facebook il connaît forcément, il trouve ça fantastique « je peux avoir un travail chez Facebook, tout le monde connaît Facebook, c’est fantastique ! » Du coup, il ne va avoir aucune image donnée du Libre. Les élèves sont tout de suite happés dans une spirale sans fin par d’énormes entreprises qui veulent tous les embaucher, qui veulent tous faire plein de trucs fantastiques et, en fait, il n’y a pas du tout de Libre à côté.

Frédéric Couchet : D’accord. Neil, tu veux rajouter quelque chose ?

Neil : Oui, effectivement, même s’il n’y a pas de cours particuliers, il y a quand même des conférences qui sont organisées et l’école 42 est relativement neutre à ce sujet, c’est-à-dire que toute organisation, entreprise, même des particuliers, des associations peuvent organiser des conférences à l’école 42, ils sont totalement ouverts à ça. Comme il y a une vie associative très présente à l’école 42, il y a une vingtaine d’associations étudiantes à l’école 42, eh bien les associations peuvent aussi inviter d’autres personnes de l’extérieur, donc faire venir des conférenciers, des conférencières à l‘école.
Ce qui se passe, effectivement, c’est qu’on retrouve toujours les mêmes entreprises en conférence, sachant que généralement ces entreprises ont le budget pour faire venir des conférenciers très pointus dans leur domaine, qui savent présenter les choses comme il faut. Ensuite il y a toute une histoire de goodies, de buffet bien organisé par ces entreprises-là qu’on n’a pas du côté du Libre. On a eu du mal, à un moment, à trouver des personnes pour venir sensibiliser les élèves à l’école 42.

Frédéric Couchet : Avant de parler de l’association que vous avez créée à l’école 42 autour du logiciel libre, qui s’appelle donc 42l, comment vous, vous avez été sensibilisés au Libre à titre personnel ? Est-ce que c’est avant l’école ou pendant les projets à l'école ? Brume par exemple.

Brume : Pour moi c’est totalement Neil qui m’a sensibilisée, du coup je vais plutôt laisser Neil parler.

Frédéric Couchet : Alors Neil.

Neil : Moi c’était simplement par l’envie de comprendre les outils de mon environnement. C’est-à-dire que j’étais très attiré par l’informatique depuis que je suis petit. En utilisant mes logiciels au quotidien, par exemple Google ou Windows, je me suis aperçu que je n’étais pas tout à fait libre, donc je voulais savoir comment ils fonctionnaient à l’intérieur. C’est là où je me suis rendu compte que j’étais emprisonné donc j’ai voulu essayer d’autres logiciels, savoir comment ils fonctionnaient et c’est là où j’ai découvert un petit peu le monde du Libre.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc tu étais sensibilisé avant l’école 42. Tu rentres à l’école 42 et tu te rends compte avec Brume que la partie éthique ou même la connaissance du logiciel libre n’est pas très présente, donc vous décidez de créer une association qui s’appelle 42l pour « 42 logiciels libres ».

Neil : Oui. Exactement, 42l.

Frédéric Couchet : 42l. Quel est le but de cette association et quelles actions vous menez ?

Neil : Nous organisons des conférences, des ateliers et des débats à l’école 42. On fait de la sensibilisation. On invite des personnes qui savent parler du sujet bien mieux que nous sur certaines spécificités de leur domaine, par exemple pour présenter un logiciel qu’ils utilisent qui est libre ou même parler réellement des enjeux éthiques et sociaux, venir participer à des débats, par exemple on a invité Parinux pour une install-party à l’école 42.

Frédéric Couchet : Parinux est un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres de la région parisienne.

Neil : Exact.

Frédéric Couchet : Une install-partie c’est une fête d’installation où les gens se font aider pour installer du logiciel libre sur leur ordinateur.

Neil : Tout à fait. Ce sont des moments très conviviaux à passer avec les élèves de l’école 42 et généralement ça se passe plutôt bien.

Frédéric Couchet : D’accord. Vous avez beaucoup d’élèves de l’école 42 qui viennent assister à ces conférences, à ces ateliers ? Une bonne proportion ou c’est une minorité ?

Brume : Par exemple le 13 novembre c’était l’une des premières fois où on faisait une grosse conférence, on a invité cinq personnes à venir, c’étaient des contributeurs de la monnaie libre Ğ1 et toutes les places de l’amphithéâtre ont été réservées, c’est-à-dire 150 places.

Frédéric Couchet : Oui ! Donc ça intéressait beaucoup les gens.

Brume : Ça intéressait beaucoup de gens. Après, il faut savoir que par rapport au nombre de personnes dans l‘école ce n’est pas non plus gigantesque !

Frédéric Couchet : Il y a combien d’étudiants et d’étudiantes dans l’école ? De personnes finalement ?

Brume : Il y a à peu près 900 personnes qui rentrent chaque année en sachant que beaucoup ne restent qu’un an.

Frédéric Couchet : Est-ce que vous avez connaissance de la répartition entre hommes/femmes dans les personnes qui sont à l’école ?

Brume : Ça tourne autour de…

Neil : 30 %.

Brume : 30 % ? Non ! Ça doit tourner autour de 20 % je dirais.

Frédéric Couchet : 20 % de femmes.

Brume : À peu près. En tout cas il y a une nouvelle directrice à l’école qui s’appelle Sophie Viger, qui est à ce poste depuis novembre 2018 il me semble, et son but est vraiment de faire en sorte qu’il y ait la parité à l’école, donc beaucoup de choses sont mises en place pour ça.

Frédéric Couchet : D’accord. J’ai vu que vous étiez présents aussi à des évènements libristes. Votre association et vous-mêmes étiez présents notamment à Toulouse récemment, en novembre 2019, à l’évènement Capitole du Libre ; là le but c’est de faire connaître l’école 42 et la partie logiciel libre pour faire venir de nouvelles personnes ?

Neil : C’est surtout faire connaître l’association 42l et présenter aux libristes le fait qu’il est possible, pour la communauté libriste, de venir organiser des conférences à l’école 42. En fait, notre enjeu de sensibilité se présente sous deux axes principaux : la sensibilisation des élèves mais aussi la communication auprès des libristes. On ne peut pas faire de la sensibilisation tout seuls en fait, on a besoin de personnes pour venir présenter les sujets. C’est pour ça qu’on vient aux évènements du Libre en France : on veut présenter nos activités, on veut que des personnes puissent manifester leur intérêt pour nos activités et éventuellement présenter les leurs à l’école 42.

Frédéric Couchet : En tout cas vous lancez un appel à vous contacter à toute personne qui souhaiterait faire une présentation autour du logiciel libre ou faire un atelier pratique à l’école 42.
Est-ce que vous savez déjà ce que vous allez faire après ? Est-ce que vous avez une idée ? Comme tu le disais au début, Brume, on peut rester entre un an et cinq ans à l’école 42, ça dépend des stages. Est-ce que vous avez déjà une idée du domaine dans lequel vous allez travailler ou des structures dans lesquelles vous avez envie de travailler ? Brume.

Brume : Je ne sais pas vraiment. Je sais que j’aimerais beaucoup faire d’autres études après pour pouvoir faire de l’informatique plus tard mais aussi avoir d’autres cordes à mon arc. Par exemple j’aimerais bien faire au moins un an une école d’art pour pouvoir apporter quelque chose d’utile au Libre de manière générale.

Frédéric Couchet : Et de ton côté Neil ?

Neil : Je n’ai pas encore tout à fait de position à ce sujet-là. Je pense que le temps nous le dira. En ce qui concerne l’association c’est la même chose, c’est-à-dire qu’elle a été créée en janvier 2019, nous avons ouvert les adhésions en mai 2019. Elle a plus ou moins six mois d’existence. Le futur reste encore très vague pour nous deux, je pense.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce qu’il y a un site web consacré à l’association ou pour vous contacter.

Neil : Oui, tout à fait : 42l.fr. Il y a un blog sur lequel on publie régulièrement des articles, on donne des nouvelles de ce que nous organisons et sur lequel on peut accéder à nos services parce que nous faisons partie du collectif CHATONS initié par Framasoft.

Frédéric Couchet : Rappelle-nous ce que veut dire CHATONS, ce qu’est le collectif CHATONS en une phrase.

Neil : C’est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires qui est, en fait, un collectif de petites structures qui ont envie de proposer des services alternatifs aux géants du Web. Nous faisons partie de ce collectif et nous hébergeons quelques petits services qui peuvent être utiles à toutes et tous et qui sont en libre accès.

Frédéric Couchet : Merci. Est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose ? Non. Pas du tout. OK. Je vous remercie.
En tout cas ça fait plaisir de voir des jeunes qui se mobilisent pour les libertés informatiques, qui créent des associations. L’accès 24 heures sur 24 à l’école 42 me rappelle ma jeunesse à Saint-Denis Paris 8 où une des spécificités du centre de calcul était l’accès 24 heures sur 24 pour les étudiants et étudiantes d’informatique.
Nous étions avec Neil et Brume de l’école 42 et surtout de l’association 42l, donc 42l.fr. N’hésitez pas, si vous souhaitez proposer des conférences ou des ateliers, contactez-les.
Je vous souhaite une belle journée.

Neil : Merci.

Brume : Merci.

Jean-Michel Armand, Hybird

Frédéric Couchet : Nous sommes en direct du salon POSS, en décembre 2019, je suis avec Jean-Michel Armand de Hybird. Déjà Jean-Michel, est-ce que tu peux présenter Hybird ?

Jean-Michel Armand : Bonjour. Hybird est une société qu’on a crée en 2005. On est éditeur intégrateur du CRM en logiciel libre Crème CRM.

Frédéric Couchet : Un CRM c’est un outil d’une relation client, c’est ça ?

Jean-Michel Armand : Voilà, juste une relation client. C’est un outil qui est censé aider les commerciaux à être plus efficaces et surtout leur libérer du temps pour qu’ils fassent leur métier qui est de vendre et pas juste de se rappeler qui ils ont appelé, qui ils ont encore à appeler, qui ils ont oublié, etc.

Frédéric Couchet : D’accord. Hybird est membre de l’April, c’est une entreprise. Quelles sont les motivations pour Hybird d’avoir adhéré à l’April et est-ce que tu es content de l’adhésion ?

Jean-Michel Armand : On fait du logiciel libre, on est, on va dire, très militants sur le logiciel libre, pour nous ça a toujours été très important, on s’est impliqués dans des associations d’entreprises qui font du Libre en PACA ou au niveau national. C’est important pour nous d’être membre de l’April, parce que pour nous l’April tient un discours de promotion et d’évangélisation des gens qui est super important : tout ce qui est lobbying envers l’État, sur l’Europe, etc., il y a vraiment quelque chose d’important. On sait que l’April va faire le boulot d’aller parler aux gens, leur dire « le Libre c’est bien, il faut utiliser le Libre, voilà ce que c’est » et derrière, nous en tant qu’entreprise quand on arrive, les gens nous disent « on connaît le logiciel libre » et c’est aussi grâce à l’April. Pour nous c’est important d’aider l’April à pouvoir continuer à faire son boulot de démocratisation et d’explication des choses du Libre.

Frédéric Couchet : D’accord. Ce sont de bonnes raisons d’adhérer. En tout cas on te remercie de ce soutien ainsi que les 200 autres membres de type entreprise. Je te souhaite en tout cas de passer une bonne fin de salon.

Jean-Michel Armand : Merci à vous. Merci à l’April et à l’année prochaine.

Frédéric Couchet : À l’année prochaine.

Noémie Dagusé, Catherine Heintz, Laurent Wargon, Jean Couteau, Charles, Libre-Entreprise

Frédéric Couchet : Là je suis avec une fine équipe, le réseau Libre-Entreprise qui est présent au salon POSS, décembre 2019. Première question, qui va essayer de répondre, peut-être Jean ? C’est quoi le réseau Libre-Entreprise ?

Jean Couteau : Le réseau Libre-Entreprise ce sont plusieurs entreprises du logiciel libre qui ont décidé de se regrouper parce qu’elles partagent des valeurs en commun, des valeurs de démocratie dans l’entreprise, de transparence. On a pris un gros marteau, on a tapé sur la pyramide traditionnelle de chaîne de commande dans les entreprises et ça fait tout à plat. Voilà.

Frédéric Couchet : Il y a combien d’entreprises dans ce réseau-là approximativement, ils font des têtes ! Imaginez. Ils sont en train de regarder la plaquette, je vous préviens, en direct, ils sont en train de compter. Noémie est en train de compter le nombre d’entreprises membres du réseau.

Jean Couteau : Une quinzaine.

Frédéric Couchet : Une quinzaine. OK. Quelles régions sont représentées là aujourd’hui physiquement sur ce salon ? Toi tu es de Code Lutin, c’est quelle région ?

Jean Couteau : Région nantaise, Saint-Sébastien-sur-Loire à côté de Nantes.

Frédéric Couchet : D’accord. Laurent, toi tu es d’Easter-eggs, sur Paris donc.

Laurent Wargon : Oui. Paris 14e.

Frédéric Couchet : D’accord. Easter-eggs qui a, en plus, la grande chance d’héberger l’April. Merci Easter-eggs. Noémie ?

Noémie Dagusé : Code Lutin également

Frédéric Couchet : Toujours Nantes.

Noémie Dagusé : Toujours Nantes.

Frédéric Couchet : Catherine ?

Catherine Heintz : Néréide à Tours.

Frédéric Couchet : Charles ?

Charles : Exactement pareil. Néréide. à Tours, dans le 37, la région Centre.

Frédéric Couchet : D’accord. Il y a aussi Bruxelles.

Catherine Heintz : Il y a Dijon.

Laurent Wargon : Il y a Azaé. Il y a Roubaix.

Jean : Il y a Marseille.

Frédéric Couchet : Il y a Roubaix, il y a Lille, il y a Tourcoing. Ils ne sont pas capables de les lister directement, donc on encourage les gens à aller sur libre-entreprise.com, vous allez retrouver cette quinzaine d’entreprises.
Deuxième question : pourquoi le réseau Libre-Entreprise vient à ce salon annuel ? Qu’est-ce que vous venez y chercher ou y trouver peut-être ? Qui veut répondre ? Noémie.

Noémie Dagusé : On vient dans un premier temps aussi pour promouvoir le Libre, c’est-à-dire qu’être ici c’est aussi faire cette promotion-là. On vient également passer un bon moment avec toute la famille Libre-Entreprise et également inciter les gens à utiliser du Libre, c’est-à-dire les visiteurs.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que les visiteurs qui viennent ici sont intéressés au-delà de l’aspect technique par votre modèle d’organisation ? Est-ce que vous avez vraiment des gens qui vous posent des questions, qui se montrent vraiment intéressés, ce qui pourrait même être un critère de choix pour choisir Libre-Entreprise en tant que prestataire ? Catherine.

Catherine Heintz : Notre présence effectivement peut attirer. Ce n’est pas la première question qu’on nous pose, mais les affiches les perturbent, effectivement, voir l’entreprise autrement, ce qu’on affiche, etc. Donc on arrive à débattre sur ces questions-là.

Frédéric Couchet : D’accord. Il faut préciser qu’il y a deux belles affiches, l’une c’est « L’entreprise autrement » et l’autre c’est « Le logiciel libre » avec absolument pas le nom du réseau dessus ni le site web. C’est sans doute volontaire.
Autre spécificité du stand, le stand est en partie en carton et c’est historique ! Donc c’est quoi ? C’est un choix écologique ? Qui veut répondre sur cette partie-là ?

Catherine Heintz : C’est un choix qu’on a fait effectivement il y a quelques années, pendant un moment on est montés avec nos propres meubles et au bout d’un moment on s’est dit « tiens on va changer d’esprit, on va aussi être plus proches nos valeurs » et le carton ça nous permet, à la fin du salon, de dire à un certain nombre d’associations du village associatif « prenez ce que vous voulez, on vous les laisse, partez avec ! »

Frédéric Couchet : Super. Dernière question : le réseau Libre-Entreprise soutient l’April en tant que membre de l’April. Quelle est la motivation pour soutenir l’April, la ou les motivations ? Qui veut répondre ? Je crois qu’on me renvoie vers Laurent qui réfléchit à la réponse, Laurent d’Easter-eggs.

Laurent Wargon : L’April est un soutien d’ordre juridique pour le logiciel libre. Nous on est utilisateurs de logiciels libres, on en produit aussi, mais on a besoin de cette entité pour soutenir l’aspect juridique.

Frédéric Couchet : Catherine veut compléter.

Catherine Heintz : L’April est vue par nous plus comme une force politique. Nous on est suffisamment dans le code, directement dans le service au client et vous, vous avez cette vision supérieure à laquelle on n’a pas le temps, en fait, de contribuer et de suivre.

Frédéric Couchet : D’accord. En tout cas merci. Est-ce que quelqu’un veut rajouter quelque chose ?

Noémie Dagusé : Merci à l’April.

Frédéric Couchet : Noémie.

Noémie Dagusé : Merci à l’April encore une fois.

Frédéric Couchet : Merci à Libre-Entreprise pour ce que vous faites, pour votre bonne humeur aussi et à l’année prochaine sur le salon.

Frédéric Couchet : Vous êtes toujours sur cause commune 93.1 FM en Île-de-France et sur causecommune.fm partout dans le monde.
Nous avons donc écouté les interviews enregistrées en direct lors du salon POSS à Paris en décembre 2019.
Avant de passer à la suite, nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Yesterday de Kellee Maize. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune.

Voix off : Cause Commune 91.1

Pause musicale : Yesterday de Kellee Maize.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Yesterday de Kellee Maize, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer à notre dernier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Parole Libre » de Xavier Berne, journaliste à Next INpact, sur le projet de loi anti-gaspillage

Frédéric Couchet : Le sujet suivant c’est la chronique de Xavier Berne intitulée « Parole libre ». Xavier Berne est journaliste à Next INpact et dans cette chronique Xavier nous parle de l’actualité politique et juridique du numérique. Xavier est-ce que tu es avec nous au téléphone ?

Xavier Berne : Je suis bien là.

Frédéric Couchet : Xavier bonjour. Tu nous avais présenté lors de ta dernière chronique dans l’émission du 26 novembre 2019 les mesures du projet de loi dit anti-gaspillage destinées à lutter notamment contre l’obsolescence programmée. Maintenant que le texte a été voté par les députés, est-ce que tu peux nous faire un petit point sur ce qui est prévu en sortie de texte de l’Assemblée nationale ?

Xavier Berne : Oui, bien sûr. Tout d’abord je tenais à dire qu’il y avait quand même eu 4000 amendements qui avaient été déposés par les députés, donc autant dire que ce texte est désormais bien épais. D’ailleurs, en préparant cette chronique, je me suis amusé un petit peu à comparer la longueur du texte entre son dépôt devant le Sénat l’été dernier et le vote de l’Assemblée, donc le 19 décembre dernier : à la base le texte faisait un peu moins de 20 pages et aujourd’hui on est à quasiment 100 pages, donc c’est assez énorme, ça a été multiplié par cinq ; ça montre aussi, on va dire, l’importance, le poids des débats parlementaires.
Vous aurez aussi compris que ça va dur d’être exhaustif sur les mesures qui sont dans ce texte, mais je vais essayer, malgré tout, de vous présenter quelques mesures clés.

On en avait effectivement déjà parlé, mais il est prévu d’introduire dès l’année prochaine un indice de réparabilité des produits, lequel devrait également être complété par la suite, à horizon 2024, par un indice dit de durabilité des produits. L’idée, à chaque fois, c’est de proposer une note, un peu sur le modèle de l’étiquette-énergie, pour inciter les consommateurs, en fait, à acheter des biens qui durent plus longtemps quitte, parfois, à les payer plus cher.
En matière d’électroménager et de petit équipement on va dire d’informatique et de télécommunications, typiquement les téléphones portables, les ordinateurs, les écrans, il y a quelque chose d’important c’est que les pièces détachées devront être disponibles pendant au moins cinq ans et c’est à compter de la date de mise sur le marché de la dernière unité du modèle concerné. C’est quand même quelque chose qui est assez conséquent.
Dans la même veine, le législateur a décidé que les réparateurs devraient proposer des pièces d’occasion, exactement comme ce qui prévaut pour les garagistes depuis quelques années. Typiquement, quand vous apportez faire réparer un ordinateur ou un téléphone, le réparateur devra vous proposer, s’il y en a, des pièces de rechange d’occasion.
Sur un sujet proche, on pourrait parler de la garantie légale de conformité. Vous savez qu’elle est aujourd’hui de deux ans pour les biens neufs. Cette garantie devrait être doublée pour les biens qui sont d’occasion, à nouveau pour favoriser la durabilité des produits. Aujourd’hui c’est de six mois, ça passera à un an. Ça s’appliquera notamment si vous achetez par exemple un téléphone ou un ordinateur reconditionné auprès d’un professionnel, par contre ça ne marche pas auprès des particuliers.
Sur ce même dossier des garanties, les députés ont prévu plusieurs mécanismes pour inciter les consommateurs qui font justement jouer l’actuelle garantie légale de conformité, à demander et puis aussi obtenir une réparation du produit, puisqu’en fait bien souvent les vendeurs ont tendance à vouloir vous redonner à la place un produit neuf puisque ça leur revient moins cher que de faire réparer le produit.

Dans un registre complètement différent et de ça on a un petit peu plus entendu parler, les députés ont souhaité mettre fin à l’impression systématique des tickets de caisse. J’insiste bien sur le « systématique » parce que là j’ai souvent vu passer des extrapolations sur ce sujet-là. Très concrètement ça ne veut pas dire qu’il n’y aura plus de tickets de caisse demain, mais simplement que ce sera en fait au choix du client, soit en magasin comme le font d’ailleurs d’ores et déjà certains magasins aujourd’hui : on lui propose, le client refuse ou accepte son ticket de caisse. Après, si on ne lui propose pas, le client sera toujours en droit de demander et surtout d’obtenir son ticket de caisse s’il veut conserver un justificatif, etc. C’est important aussi de retenir que cette mesure concerne certes les tickets, mais elle vaut aussi les tickets de cartes bancaires et les coupons promotionnels qui sont souvent bien plus longs que les tickets de caisse en eux-mêmes.

Autre mesure que j’avais trouvé intéressante : les députés ont souhaité qu’à partir de 2022 les opérateurs de téléphonie comme les fournisseurs d’accès à Internet indiquent à chacun de leurs clients son empreinte carbone. Très concrètement ça veut dire qu’à partir de cette date, sur les factures de téléphone comme d’Internet, on devrait retrouver une mention précisant la quantité de données consommées, donc 4 gigas, 10 gigas ou un peu plus, un peu moins, peu importe, avec une équivalence en émission de gaz à effet de serre comme on peut trouver, notamment lorsqu’on achète des billets de train par exemple.

Et pour terminer, je voulais aussi revenir parce que je trouve que c’est dommage que ce soit passé relativement inaperçu jusqu’ici : ce projet de loi, en fait, autorise les policiers à vidéo-verbaliser les auteurs d’un dépôt illégal de déchets. Aujourd’hui la vidéo-verbalisation fonctionne uniquement pour les infractions routières : vous téléphonez au volant, vous ne respectez pas un stop ou un feu rouge, l’agent de police qui est derrière ses écrans a le droit de dresser un PV à distance, lequel est après reçu par le conducteur, quelques jours plus tard en principe, exactement comme pour les radars automatiques, donc à son domicile. Demain on pourra utiliser ce mode de verbalisation pour s’attaquer notamment aux dépôts sauvages. En fait, les policiers pourront après regarder le numéro des plaques d’immatriculation des véhicules qui déposent des déchets. Mais le texte est assez large et on pourrait, en fait, imaginer que ça puisse aussi concerner des infractions un peu plus simples, d’une certaine manière si on peut dire, comme le fait par exemple de jeter un mégot par terre.

Voilà pour quelques mesures qui me semblaient importantes sur ce projet de loi ou, en tout cas, intéressantes.

Frédéric Couchet : C’est un beau tour d’horizon. Je précise que sur le site nextinpact.com, il y a plusieurs de tes articles qui détaillent tout cela.
Lors de l’émission de fin novembre nous avions parlé d’un détricotage par rapport à la copie du Sénat, mais, finalement, ce n’est pas si frappant que le craignaient certains ?

Xavier Berne : Oui, c’est vrai, on aurait pu s’attendre à ce qu’il y ait bien plus de mesures qui disparaissent. La majorité a visiblement fait preuve d’une certaine ouverture, peut-être pour redorer son blason sur sa politique environnementale.
Après, ça s’est quand même bien souvent soldé par des compromis, donc on peut quand même douter de l’intérêt. Par exemple, juste pour revenir sur ce cas-là, sur la question de l’obsolescence logicielle qui concerne, je le rappelle pour simplifier, quand on a un appareil, par exemple un téléphone ou un ordinateur qui est encore un état de marche mais qui ne peut pas vraiment bien fonctionner parce que le fabricant ne propose plus de mises à jour ; sur ce dossier, le Sénat voulait imposer une obligation de fournir des mises à jour pendant dix ans. Finalement les députés ont voté pour un compromis sur une durée minimale de deux ans, ce qui est bien moins, et qui pourra être élargie après pour certaines catégories de produits qui seront fixées ultérieurement par le gouvernement, par décret. Donc autant dire qu’il n’y a rien de certain en l’état. Bref, on est sur un délai bien plus court, mais peut-être que certains estimeront que c’est au moins un premier pas.

Frédéric Couchet : Oui. Rappelons aussi que la secrétaire d’État Brune Poirson a refusé un certain nombre d’amendements intéressants en renvoyant à des transpositions à venir de directives européennes, dont deux directives appelées « contrats vente de biens » et «contrats de fourniture de contenus et services numériques » dont la transposition est à priori prévue pour le premier semestre 2020. Je pense que les parlementaires remettront sur le métier la tâche.
Dernière question, ces mesures dont tu viens de parler sont-elles définitives ?

Xavier Berne : Non, elles ne sont pas définitives. À priori on s’en approche quand même parce que les députés et les sénateurs vont se retrouver cette semaine pour trouver un compromis, dans ce qu’on appelle une commission mixte paritaire, faute de quoi le dernier mot sera donné à l’Assemblée nationale, donc autant dire qu’en fin de navette les textes sont généralement très proches de ceux votés en première lecture à l’Assemblée.

Frédéric Couchet : D’accord. Merci Xavier. J’encourage les personnes qui écoutent à suivre à suivre nextinpact.com et aussi april.org sur lequel il y aura sans doute des actus qui préciseront l’état du texte qui sortira de la commission mixte paritaire.
Xavier, je te souhaite une belle journée et au mois prochain.

Xavier Berne : Oui, absolument. Merci au revoir.

Frédéric Couchet : Au revoir.

Annonces

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission, nous allons passer à quelques annonces rapides parce que le temps passe vite.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Je vais faire une annonce en fait. Nous avions interviewé fin 2019 Catherine Dufour pour son livre Ada ou la beauté des nombres. C’est Magali Garnero qui est administratrice de l’April et qui est également libraire qui avait fait cette interview. Magali organise à sa librairie, donc à Paris le 11 janvier 2020 de 16 heures à 18 heures 30 une rencontre dédicace avec Catherine Dufour qui a écrit Ada ou la beauté des nombres. L’inscription se fait sur le site de la librairie, alivrouvert.fr tout attaché, sinon vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm. Je vous encourage à rencontrer Catherine Dufour pour discuter avec elle et vous faire dédicacer un exemplaire de son livre.

Notre émission se termine. Je remercie les nombreuses personnes qui ont participé à l’émission : Luk, Xavier Berne, Pierre Baudracco, Thierry Leblond, Neil, Brume, Ludovic Dubost, Benoît Sibaud, Olivier Cayrol, Bastien Guerry, Jean-Michel Armand, Noémie Dagusé, Catherine Heintz, Laurent Wargon, Jean Couteau de Libre-Entreprise et j’en oublie peut-être dans l’interview de libre-Entreprise.
Aujourd’hui aux manettes de la régie William Asgavari, que je remercie, même s’il ne pensait pas que c’était du direct. Il nous fait un petit signe de la main. Merci également à Sylvain Kuntzmann qui va traiter le podcast et à Olivier Grieco, le directeur de la radio, qui finaliser le podcast et le mettre en ligne.
Vous retrouverez sur le site april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm, toutes les références utiles de ce dont nous avons parlé aujourd’hui.

Nous vous remercions d'avoir écouté cette émission.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 14 janvier 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur les collectivités locales, le logiciel libre et les données publiques avec notamment la présence de la ville de Nancy.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi prochain et d’ici là portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation jeudi 16 janvier 2020 au local de l'April (Paris 14e) - accueil à partir de 18 h 30

lun, 01/13/2020 - 16:17
Start: 16 Janvier 2020 - 18:30End: 16 Janvier 2020 - 20:30 Le groupe de travail Sensibilisation ? L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement. Quand et quoi ? Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois à la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme (Paris 11e), à l'occasion de la Soirée de contribution au Libre organisée par Parinux.

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu jeudi 16 janvier 2020 . Horaires : de 18h45 à 20h30 (accueil à partir de 18h30).
Au vu de la grève des transports et de la difficulté des déplacements, la réunion de jeudi 16 janvier 2020 aura exceptionnellement lieu :
  • en présentiel au local de l'April, 44/46 rue de l'Ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche de la Biocoop). Métros Gaîté, Pernety (sortie rue Niepce), Montparnasse ;
  • en conférence téléphonique.

Pour tous les détails et vous inscrire, rendez-vous sur le pad.

Assemblée générale de l'April

lun, 01/13/2020 - 11:40
Start: 21 Mars 2020 - 13:30End: 21 Mars 2020 - 18:00

L'assemblée générale de l'April aura lieu le samedi 21 mars 2020, de 14 h à 18 h, à l'université Paris 8 à Saint-Denis ; l'accueil se fera à partir de 13h30. L'AG qui se tient en 2020 concerne le bilan de l'année 2019 et les perspectives de l'année à venir.

C'est l'un des événements les plus importants de la vie de l'association, l'occasion de voter les rapports, moral et financier, de faire un point sur l'année qui vient de s'écouler, de rencontrer les autres adhérents et d'élire le conseil d'administration.

L'assemblée générale permet également d'organiser un week-end de réunion des membres. Le dimanche sera consacré à des ateliers en petits groupes ou à des discussions en plénière. Cette partie atelier est ouverte à tout le monde, membre ou pas de l'April, et aura lieu à la Fondation pour le Progrès de Homme à Paris. Une soirée festive est prévue le samedi soir (le lieu n'est pas encore fixé). Toutes les informations pratiques (adresses…) sont sur le wiki.

Tous les détails pratiques seront annoncés prochainement. Si vous êtes membre de l'April, vous pouvez déjà vous inscrire pour l'AG.

Ne suivez plus l'April de loin... rejoignez-la avant son assemblée générale.

Dans l'objectif de renforcer encore ses liens avec les groupes d'utilisateurs de logiciels libres, l'AG de l'April est ouverte à des représentants de ces groupes. N'hésitez pas à nous contacter.

Diffusion audio et vidéo

L'assemblée générale sera, si tout va bien, diffusée en direct à partir de 14 h 00.

diffusion vidéo.

--> Salon irc

Vous pouvez également participer en rejoignant le salon IRC #april sur le réseau freenode, accès possible par webchat.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (14 janvier 2020)

lun, 01/13/2020 - 09:32
Start: 14 Janvier 2020 - 15:30End: 14 Janvier 2020 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

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49e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio), mardi 14 janvier 2020 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal portera sur le thème des collectivités locales et le logiciel libre avec l'interview d'Olivier Simon, directeur Nancy Ville Numerique
  • la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème de « la tentation de la réécriture »
  • notes de lecture du livre Ce qu'il reste de nos rêves de Flore Vasseur, consacré à Aaron Swartz

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 14 janvier 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 14 janvier 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Qui contrôle Internet et les médias sociaux - Divina Frau-Meigs

dim, 01/12/2020 - 13:33


Titre : Qui contrôle Internet et les médias sociaux ?
Intervenante : Divina Frau-Meigs
Lieu : MAIF numérique tour - Lons-le-Saunier
Date : octobre 2018
Durée : 1 h 6 min
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Divina Frau-Meigs, 2014 OCW Consortium Global Conference Keynotes - Licence Creative Commons Attribution
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Qui contrôle internet et les médias sociaux ? La MAIF propose à ses sociétaires un cycle de conférences sur ce sujet, animées par Divina Frau-Meigs, professeure en sciences de l'information et de la communication, à l’université Sorbonne Nouvelle.
Toutes les conférences sont sur https://entreprise.maif.fr/replay

Transcription

Merci à tous d’être ici si nombreux ce soir, je sais que c’est un jour de semaine, sur un sujet qui est un peu aride. L’histoire de ce sujet avec la MAIF c’est une discussion exactement dans l’esprit évoqué par Michel Trinquet, c’est-à-dire comment est-ce qu’on comble le déficit de culture générale des gens sur ce qui se passe sur Internet, sans en faire un sujet trop technique, mais justement un sujet que les gens puissent s’approprier, parce qu’une fois qu’ils se seront appropriés ce sujet, ils vont pouvoir exercer leur intelligence. L’idée c’est de ne pas avoir peur du numérique, mais d’en voir les opportunités, de voir les limites et puis de se dire comment est-ce qu’on peut continuer à agir.
Je suis effectivement professeur, mais je suis aussi activiste, donc dans les présentations vous verrez que de temps en temps je tombe la casquette, je prends l’autre. Je suis activiste au niveau, justement, de tout ce qui est la gouvernance d’Internet. Cette idée de gouvernance est un mot nouveau dans le paysage français, parce que la France est un pays de gouvernement. Nous sommes une vieille démocratie qui est beaucoup ancrée dans l’idée de la représentation, de l’élection, etc., ce qui est très bien, mais quand les enjeux deviennent extrêmement complexes et que, pour les politiques, c’est difficile de rester au niveau de l’expertise, on en vient à des situations multipartites sur des thématiques nouvelles comme celle de l’Internet qui n’a pas plus d’une vingtaine, une trentaine d’années ; l’Internet commercial naît aux États-Unis en 1996. C’est un phénomène récent, c’est nouveau, il faut qu’on se pardonne de ne pas tout comprendre, mais simplement, maintenant, c’est devenu notre espace public partagé et certainement l’espace public partagé de nos jeunes. Donc, dans ces cas-là, nous avons aussi une responsabilité de les accompagner, de s’assurer que cet espace public soit un espace public dans lequel ils s’épanouissent. C’est l’idée que je développe en disant savoir devenir, c’est-à-dire savoir utiliser tout ce qu’offre le numérique pour se projeter dans l’avenir, pour ne pas avoir peur et, en même temps, ne pas se mettre en danger, ni soi, ni les autres.
Donc essayons de comprendre ensemble ce dont il s’agit. Je vais essayer de ne pas être trop technique, mais, de temps en temps, il faudra que je le sois en essayant d’être légère. On va essayer de comprendre l’histoire déjà, parce que l’histoire c’est toujours un moyen de nous dire qu’on n’est pas dans la rupture mais dans la suture, dans la continuité de certaines choses, notamment de certaines démarches humaines.
Ensuite on ira vers les enjeux culturels, les enjeux des données. La MAIF a effectivement une position très claire sur les données, une position française que nous essayons de développer aussi, sur la trace, la traçabilité.
Et puis évidemment, toujours, puisque nous sommes actionnaires militants, les possibilités d’action.

Premier truc technique – il y en a déjà qui se disent « mon Dieu mais qu’est-ce que je fais ici ? » Quand on essaye de comprendre l’Internet, parce que souvent on a du mal à mettre une réalité sur un mot comme Internet ou comme numérique — moi je dis que le numérique n’existe pas, e qui existe c’est Internet — il faut penser à Internet comme à un mille-feuilles, en couches et au milieu il n’y a pas de crème mais c’est à vous de la mettre.
La façon dont Internet s’est créé historiquement, c’est qu’il a d’abord fallu une couche physique, il a fallu des serveurs, des câbles, de l’électricité, des terminaux, c’est toute la question de l’accès, notamment dans des régions comme les vôtres qui ne sont pas nécessairement centrales. Sans la couche physique qui est maintenant la couche des opérateurs de téléphonie, etc., Internet ne pourrait pas fonctionner.
Et puis, et c’est ça qui fait qu’Internet est très spécial et qu’il n’est pas un média ni une technologie comme les autres, il y a une couche intermédiaire, qui est cette couche logique ; c’est en fait la couche informatique. Le numérique c’est avant tout de l’informatique. Et cette couche informatique c’est celle qui permet de développer des logiciels, des applications, des protocoles qui donnent des adresses. C’est une couche qui est ouverte. La chose la plus remarquable de l’Internet c’est que ceux qui ont inventé Internet, ils sont quatre ou cinq pionniers, ils ont décidé de ne pas le breveter. Ils ont fait comme ceux qui ont inventé l’écriture, ils l’ont laissé ouvert et accessible ce qui fait qu’on peut tous se brancher dessus. C’est un très grand acte de générosité dont il faut se souvenir maintenant qu’on va vers des systèmes plus propriétaires et des systèmes qui sont plus fermés. Pour le moment les inventeurs d’Internet sont toujours là, y compris un Français qui s’appelle Louis Pouzin1, mais on parle aussi de Vin Cerf, de Tim Berners-Lee, donc des gens vraiment extraordinaires qui ont fait passer l’intérêt général avant le leur, de manière à ce que nous, les usagers habituels que nous sommes, on puisse bénéficier d’Internet pour sa couche socio-culturelle, c’est-à-dire tous les contenus de la culture, de la connaissance, auxquels nous avons accès. Une énorme démocratisation de la connaissance et de la créativité nous est donnée par ce biais au-delà de nos propres frontières. C’est vraiment l’idée du village global avec à la fois du copyright mais aussi des licences libres, des choses en accès libre comme celles que fait la MAIF avec le MAIF Social Club.
Donc pensez à ces trois couches, c’est une façon très claire de comprendre comment s’organise Internet et le numérique. Le numérique c’est un mille-feuilles. Quand vous mangerez un mille-feuilles, tout à l’heure, vous y penserez.
Cette couche logique fait que c’est un média différent des autres puisque c’est un média extrêmement ouvert, extrêmement opérable, extrêmement agile comme on dit en informatique, c’est-à-dire qui bénéficie à chaque fois de l’amélioration apportée par les usagers. L’idée d’Internet c’est qu’on vous écoute, on regarde ce que vous faites, vos suggestions sont prises en compte, on améliore le produit en continuité par l’usage.
Cette couche logique donne beaucoup de pouvoirs à ceux qui maîtrisent Internet. Par exemple, monsieur Zuckerberg qui possède Facebook, qui l’a créé en tant que média social, a pu, lors des évènements tragiques en France, les attentats en novembre 2015, créer ce filtre bleu, blanc, rouge, dans la nuit, pour montrer sa solidarité avec la France, en disant à ses usagers « ceux d’entre vous qui veulent exprimer leur solidarité, vous pouvez mettre ce filtre sur votre image Facebook ». Plus de cinq millions de personnes l’ont utilisé. Il a fait ça dans la nuit, en jouant sur la couche logique. Il l’a affecté à des contenus : l’émotion, l’empathie, le soutien politique, tout ce que vous voulez. Donc il faut voir à quel point cette dimension des applications est puissante.

Maintenant je vais vous promener de votre côté, de ce qui vous arrive quand vous êtes là-haut [image d'un doigt sur un clavier, NdT] en train d’appuyer sur votre ordinateur, votre smartphone ou autre et ce qui se passe. Il faut que vous ayez le sentiment de ces couches et de cette profondeur sur laquelle nous reposons. Cette image du surf, de la légèreté de l’Internet, en fait, elle repose sur beaucoup de profondeur.
Vous avez plusieurs types d’action en tant qu’usager. Vous pouvez adhérer à ISOC2 [Internet Society] qui a des chapitres dans chaque pays et qui vous explique comment fonctionne Internet. C’est une instance intéressante qui finance et qui norme Internet. Mais en général vous allez plutôt être quelqu’un qui a besoin d’acheter une connexion chjez un fournisseur d’accès ou quelqu’un qui a besoin d’acheter un nom de domaine. Il y en a dans la salle qui sont concernés, qui ont déjà acheté des noms de domaine ? Voilà, ça me rassure d’avoir des gens qui sont avec moi quand même là-dessus, sur ce type d’expérience qui est toujours intéressante. On peut avoir maintenant des noms de domaine à son nom. Les noms de domaine ce sont les .org, les .fr, donc à la fois les noms de pays, mais aussi les secteurs économiques et industriels qui donnent une sorte de cartographie d’Internet, une sorte de carte, mais qui permet aussi, qui exige aussi d’avoir des adresses, parce que sinon on se perd dans la masse et on ne peut pas se retrouver. C’est très important d’avoir cette possibilité, d’avoir des adresses avec des protocoles internet, des protocoles IP.
Quand vous êtes en train de vous abonner, de payer votre abonnement, vous avez souvent besoin d’un câblo-opérateur. Il y en a plusieurs en France, SFR et compagnie, qui viennent dans la couche physique vous permettre à vous, ensuite, d’avoir accès à votre ordinateur et à toute la couche socio-culturelle.

Là on arrive à la question de qui contrôle tout ça. Parce que, pour avoir accès à des adresses individuelles, il faut qu’un organisme centralise tout ça et vous les donne, parce que sinon on pourrait donner à plusieurs personnes la même adresse. Il faut bien quelque chose qui régule et l’instance qui régule s’appelle ICANN3 [Internet Corporation for Assigned Names and Numbers] avec IANA [Internet Assigned Numbers Authority], avec le « A » de « adressage », dans les deux cas. C’est cette instance-là qui contrôle Internet en termes de territoire, en termes d’adressage, en termes de votre vie quotidienne pour pouvoir avoir une place, pour exister sur le Web.
Ce qui est intéressant quand on regarde qui contrôle celui qui nous contrôle, celui qui contrôle Internet, c’est de voir que nous avons à faire, en fait, à un État, les États-Unis, et à une législation particulière celle de Californie. Les autres États ne sont pas particulièrement présents. Donc pour nous, l’instance importante à suivre, il y en a plusieurs, il y a l’IETF [Internet Engineering Task Force], etc., mais ce sont des instances très techniques, l’instance qui nous intéresse aujourd’hui pour comprendre, c’est l’ICANN.

Quand on regarde ICANN de près, ce qu’on essaye de faire là, eh bien c’est une instance de gouvernance, c’est-à-dire que c’est une instance qui n’est pas élue et les personnes qui sont les premières concernées dans ICANN ce sont les inventeurs et les techniciens. Donc Internet est avant tout contrôlé par ces inventeurs et par les ingénieurs. C’est sans doute une des premières fois dans le monde où une communauté particulière, la communauté des ingénieurs, contrôle une grande partie de nos activités. C’est intéressant. Ça déplace le questionnement démocratique et politique et c’est vrai que les ingénieurs, pendant très longtemps, n’ont pas voulu entrer dans les enjeux politiques, ce n’est pas leur truc. Eux, leur truc c’est : il y a un problème à résoudre de connexion ou d’interconnexion, c’est ça qu’il faut qu’on fasse. Les premières questions des ingénieurs ce sont les protocoles, la sécurité, comment est-ce qu’on protège tout ça, l’attribution des noms de domaine et ça c’est vraiment le job d’ICANN. Et il prend conseil, il a des experts et ces experts, et c’est ça qui est intéressant dans la gouvernance, ce sont des opérateurs, la couche physique rappelez-vous, des entreprises, donc ceux qui vont effectivement développer des logiciels, des applications, et vous voyez, ce n’est pas un rêve, des particuliers. Par exemple moi je suis dans ce groupe-là quand j’essaye de faire bouger les choses sur Internet en tant qu’activiste ; je vous recommande de suivre, on a des représentants français. Donc c’est cet ensemble-là qui est le cœur de la gouvernance d’Internet et ce qui est nouveau, ce qui est étonnant, c’est que les États sont marginalisés. Dans Internet, pour le moment, les États ont très peu de choses à dire, sauf les États-Unis, mais même les États-Unis sont dans une délégation de pouvoir et maintenant, parce qu’Internet est devenu international, il y a aussi l’ONU qui s’en mêle, l’Union européenne, mais ce n’est pas dans l’ADN de la gouvernance de départ. Ce sont les ingénieurs, souvent universitaires d’ailleurs, puisqu’ils exercent aussi dans des systèmes universitaires. Et, quand il y a un problème, on retombe sur le système judiciaire californien qui est un système hyper-protecteur du business, du commerce.

Ça va ? Vous me suivez ? C’est clair ? On va clarifier de plus en plus, ne vous inquiétez pas !

Dans les choses importantes que contrôle ICANN, c’est le type de serveurs qui ont servi aux origines à créer Internet et à le rendre autonome. Une des raisons pour lesquelles on avait besoin un Internet autonome, c’était, vous vous en souvenez, une très grande peur de la guerre froide, une très grande peur que les centres vitaux d’information du pays, notamment aux États-Unis, soient touchés, donc la nécessité de pouvoir redistribuer cette information sur le territoire si un centre était touché. Donc les Américains ont développé un certain nombre de serveurs racine, c’est-à-dire les serveurs de tous les serveurs, ceux sur lesquels reposent les serveurs actuels en surface, des serveurs de profondeur, et la géographie de ces serveurs va vous révéler aussi un certain nombre de chose sur qui contrôle.
Typiquement vous avez des serveurs sur la côte Est américaine puisque c’est là que se trouvent les centres de pouvoir, c’étaient les premiers autour de Washington donc en Virginie, le VA c’est pour Virginie, le MD c’est pour le Maryland, donc vous avez un certain nombre de serveurs qui sont ici, il y en a six sur la côte Est.
Pour pouvoir s’assurer que les informations de la côte Est sont retransmises à l’identique sur la côte Ouest on a créé un certain nombre de serveurs sur la côte Ouest, on parle maintenant de la Silicon Valley, c’est là que ça se passe. En mettant énormément de ressources on a créé de toutes pièces la Silicon Valley comme un lieu de l’informatique et du numérique. C’est aussi là qu’il y a la NASA. Donc il y a quatre serveurs ici ; vous avez peut-être entendu parler de Palo Alto qui est le lieu où se trouve l’université de Stanford où il se trouve que je suis allée dans les années 80 et ensuite qu’est-ce qu’ils ont fait ? Ils sont allés mettre des serveurs racine où ? – c’est là que j’ai besoin de votre intelligence géopolitique – ils en ont mis un à Londres, vous avez compris pourquoi, ce sont des alliés, donc une géographie d’après-guerre, après la Deuxième Guerre mondiale, avec des extensions sur Amsterdam et Francfort, donc vers les alliés allemands. Ils en ont mis un autre là-haut, Stockholm, c’est-à-dire les autres alliés, les Nordiques, Finlande mais aussi Estonie, avec la possibilité de toucher un petit peu du côté des pays baltes et évidemment c’est quoi l’idée ? L’URSS, à l’époque, contrôler et surveiller l’URSS. Du coup vous avez tout compris pour Tokyo, même chose, un autre allié de l’après-guerre, le Japon qu’il fallait reconstruire comme il fallait reconstruire l’Allemagne et la possibilité de surveiller l’autre pays à risques, si je puis dire, la Chine communiste.
C’est encore le cas, cette distribution c’est la même. Qu’on ait un milliard de personnes connectées ou trois milliards et demi, la distribution des serveurs racine n’a pas changé. Vous allez me dire ça fait quoi ? On est dans la couche physique mais aussi la couche logique : là où il y a des serveurs on amène de la technologie, on amène des chercheurs, on amène des applications. Les pays en bénéficient à plusieurs niveaux.
Donc vous avez compris qu’on a une géopolitique qui sort de la guerre froide. Internet est avant tout une arme, une arme d’information massive, si vous voulez, mais basée sur les alliances de la guerre froide, même maintenant.

Il y a encore un autre schéma qui se plaque là-dessus pour ce qui est de la gouvernance, c’est celui-ci. Quand vous regardez ce qui se passe au niveau des flux d’Internet, où circule l’information, là où c’est très riche dans ma carte, eh bien qu’est-ce que vous remarquez ? Ce que vous remarquez c’est qu’entre l’Europe et les États-Unis côte Est tout va bien, les serveurs jouent bien leur rôle. Entre la côte Ouest et l’autre côté, du côté de la Chine, ça se passe bien aussi et après, vous voyez bien qu’il y a des choses qui se ne se passent plus et qui permettent de créer, de temps en temps, des nœuds comme ici ou ici et d’énormes vides. Cette situation vous l’avez déjà repérée, quand on met des accès dans les ports et pas ailleurs, c’est une forme de néocolonialisme : on extrait les données de certains endroits, mais on ne donne pas grand-chose en retour. Donc Internet c’est aussi cette carte-là. Il y a des pays qui sont riches, riches en données, riches en échanges, la montée de la Chine ne s’explique pas autrement, mais il y a des pays et des zones qui sont pauvres en information. Donc on cumule une situation de guerre froide et une situation néocoloniale. Il n’y a pas grand-chose de nouveau dans l’histoire et le nerf de la guerre c’est l’info.
Ça se voit encore mieux de nuit et de l’espace si je puis dire parce que là, les flux de données, très bien Amérique côté Est, côté côte Ouest ; ce n’est pas génial ici, il y a des déserts aux États-Unis aussi. Ça se passe très bien pour nous en Europe, merci, et là-haut dans les pays nordiques. Un peu là, un peu dans la zone Pacifique et tout le reste, voilà, la fracture numérique qui est une fracture de flux, qui est une fracture d’infrastructure, mais aussi, du coup, qui ne permet pas à la couche logique et la couche culturelle de venir s’installer.

Fini pour la géopolitique, l’histoire. Internet est issu d’une histoire et n’arrive pas par hasard, il s’installe sur des relations et des comportements historiques qui sont, grosso modo, liés à la Deuxième Guerre mondiale.

Si on oublie un petit peu cette histoire de mille-feuilles et qu’on ne regarde que la couche d’en haut, la couche socio-culturelle qui est la nôtre, ça s’organise par les réseaux sociaux qui ont commencé vers 2005-2006, qui ont permis beaucoup d’interactions entre les individus, avec des moteurs de recherche qui permettent d’exploiter et déjà de faire la transition entre la couche logique et la couche culturelle, et puis la couche physique avec des câblo-opérateurs et les systèmes d’exploitation qui permettent de remonter tout ça.
Vous retrouvez le mille-feuilles avec les différentes couches. Ce qui est remarquable, ils sont toujours grosso modo en binômes, ici ça va devenir des binômes, ils sont en train de se racheter les uns les autres, c’est qu’on est dans une situation vraiment commerciale à l’américaine de duopoles. Ils ont tellement peur des trusts, ils ont tellement de lois antitrust qu’ils font attention à ne pas avoir un seul trust, mais ils en ont deux et il y en toujours un qui est beaucoup plus gros que l’autre. Google/Yahoo, il n’y a pas photo. Facebook, par rapport aux autres, il n’y a pas photo. Donc il y a aussi des asymétries au niveau de comment ça se passe, mais, dans la manière américaine, ça s’organise de manière commerciale et ça s’organise de manière trustée : Google a acheté YouTube, a acheté AdSense ; Facebook a acheté Instagram. Suivez bien l’actualité parce qu’ils sont en train de s’acheter les uns les autres, ils essayent de s’organiser en portail, comme ça. Concast a acheté General Electric, je ne sais pas si vous voyez ce qu’est General Electric, c’est juste la plus vieille et la plus grosse entreprise américaine qui fait à la fois l’électricité donc tout ce qui est la couche physique, mais aussi le nucléaire. Donc on a le nucléaire américain qui est possédé par un câblo-opérateur. Apple, que vous connaissez, est le seul à procéder un peu différemment, lui il intègre tout, il ne cause pas avec les autres, mais Microsoft oui, Amazon, Twitter, etc. Vous êtes sans soute sur un de ces réseaux sociaux, parce que leur idée, évidemment, c’est de ne pas laisser d’autres réseaux sociaux se développer ailleurs et ils les rachètent régulièrement.

J’appelle ça le continent bleu parce que c’est quand même un continent sympathique : c’est le continent du surf, c’est le continent où sont les enfants, c’est le continent de l’interaction, c’est le continent des amis – Facebook et l’idée de l’amitié, les amis, les friends, etc. –, donc cette idée d’essayer de vous garder le plus possible dans un des univers qui fait sens pour eux, de vous fidéliser.

Ça vous fidélise tellement qu’on en arrive maintenant à une situation qu’on appelle la bulle de filtres. À force de vous tracer et de vous suivre on sait que vous allez sur Netflix, on sait que vous lisez The Washington Post, on sait que vous êtes sur Google et, petit à petit, on vous envoie de plus en plus d’informations qui vous ressemblent et qui vous confortent dans ce que vous aimez lire, dans ce que vous aimez acheter, etc. Ce qui vous fait avoir de temps en temps des petits mails qui arrivent en disant « vous êtes déjà allé à Bali, vous êtes allé à Miramas vous pouvez y revenir dans tel ou tel hôtel ». C’est ça. La couche logique a développé toute une série d’algorithmes pour pouvoir s’autogérer parce qu’à force d’accumulation de données ça se perdait : il y a beaucoup de données qui se perdent dans le Net, plus de 50 % d’entre elles, mais on garde les données importantes et intéressantes et on les organise. C’est à ça que servent les algorithmes, à trier et à filtrer, mais se pose la question de ces filtres qui n’ont pas de responsabilité publique, qui sont simplement commerciaux et c’est un des problèmes liés aux fake news en ce moment, l’arrivée dans l’espace public, l’espace d’intérêt public, de choses qui sont un peu toxiques.
Ça c’est une façon de se représenter ces continents. Je vous ai montré des cartes, je vais essayer de vous en montrer une autre qui est celle de cette vision continentale d’Internet.

Il y a un autre de continent. On le connaît moins, mais il est très utile, c’est celui qui essaye de rester ouvert. Vous vous souvenez de la couche logique, la plus ouverte possible de manière à ce que l’Internet puisse évoluer, c’est pour ça que ça n’a pas été breveté, de manière à ce qu’on puisse continuer à le développer, à le rendre interopérable. J’ai appelé ça le continent orange parce que vous aurez remarqué les couleurs, l’orange est la couleur de l’alternance dans la culture. C’est aussi un sacré bestiaire, ils n’ont presque que des animaux : le gnou, le canard, le renard, le petit chat. Et là aussi, si on veut rester dans le monde orange, on peut y rester sur les trois couches : il y a la couche physique, la couche logique et la couche sociale et culturelle où on peut aussi apprendre, par exemple la plateforme Moodle d’apprentissage, etc. Donc ceux qui souhaitent rester sur le continent orange peuvent, bonne nouvelle quand même ! C’est souvent le continent du Libre, des logiciels libres, de tout ce qu’on appelle le open. Il y a une économie de ça, ce que souvent on ignore. En France c’est tout ce qui est autour de Framasoft4, la Framasphère, etc., qui a un réseau social libre qui s’appelle Diaspora.
Cet univers-là continue à évoluer. Il est moins connu, il est beaucoup moins marketé que celui du continent bleu qui a tous les moyens de publicité possibles et imaginables.

Puis il y a un continent noir, ce qu’on appelle le darknet, celui qui n’est pas justement dans le surf, celui qui est dans la mine, dans l’extraction de données et de données qui ne sont pas toujours des données légitimes ou légales. C’est le domaine de l’activisme et l’activisme a deux faces. Il peut être, on va dire, de l’ordre de la vigilance, de la surveillance du Net comme avec le groupe Anonymous5, mais il peut être aussi dans le piratage de l’information, de l’information sensible, dans l’espionnage, l’espionnage de Merkel, l’espionnage de nos hommes politiques comme l’a révélé le scandale PRISM6 de la surveillance organisée.
C’est aussi la surveillance organisée d’État. La NSA aux États-Unis qui, à des fins de sécurité nationale, surveille ; en France aussi, bien entendu, on a la même chose.
C’est aussi là que peut s’organiser la terreur, les éléments de la radicalisation et les éléments de cryptage qui peuvent être positifs. Le cryptage ça peut protéger l’anonymat de certains, des lanceurs d’alerte par exemple, mais c’est aussi une façon de continuer à être nocif sur le Net. Et vous voyez que là, du côté des choix de couleurs, le noir aussi s’impose.
Donc le continent noir c’est celui de tout ce qui est un peu illégal, que ce soit au niveau des drogues, au niveau du piratage, au niveau de la vente d’armes, au niveau de l’exploitation sexuelle notamment des femmes, mais pas seulement, des mineurs aussi, au niveau des médicaments falsifiés ou autre, au niveau des vols d’identité. Donc c’est là que se réfugient les activités illégales qui ont des retombées sur le continent réel, les masses continentales que sont les nôtres.

J’espère que cette vision continentale séduit votre imaginaire parce qu’on va avoir besoin de ça pour continuer à réfléchir.

Ça va ? Vous n’êtes pas trop perdus ?

Quand Internet s’est développé dans les trois couches ce n’était pas planifié. Le gouvernement américain, en 1996, a eu la sagesse de dire « comme on ne sait pas ce que c’est, mais on sent que c’est important, que ça va devenir une ressource critique, on ne va pas la réguler, on va la laisser se sédimenter justement dans ses couches, etc., dans ses différents continents, bleu, orange et noir et, pendant longtemps, ça a été un peu financé, on va dire, à perte. On y va, on y va, on y va, mais certains des réseaux sociaux n’étaient pas en bourse, on n’arrivait pas à trouver le modèle économique de l’Internet. C’est quand on a commencé à se rendre compte qu’on pouvait récupérer des données et les exploiter que l’idée d’une exploitation minière de la donnée a commencé à émerger comme étant le modèle économique.
Une idée de ce que sont ces données. Vous avez tous dû voir parce que ça circule beaucoup sur Internet et c’est régulièrement mis à jour, ce qui se passe en une minute sur Internet, le flux de données. Par exemple 29 millions de messages par WhatsApp, 33 millions de posts sur Facebook. En une minute ! C’est juste monstrueux en termes d’interaction et en termes d’échanges et de partage et de participation. Quand on parle d’une culture de la participation c’est ça qu’on évoque, ce sont des photos, des recherches sur Google, des vidéos sur YouTube. En une minute, plus que ce que toutes nos chaînes de télévision ont pu fournir en 30 ans ! Donc c’est juste massif. On est dans des échanges de données massifs, surtout cette couche physique dont on a vu à quel point elle irrigue certaines régions plus que d’autres.

Pendant ce temps-là nous on réfléchit. Les données, le mot « données », en anglais data, c’est sympa comme mot puisque c’est l’idée qu’on donne, qu’il y a une volonté de partage. Et cette caractéristique d’Internet, cette culture du partage, je vous disais au début que les inventeurs n’ont pas voulu le privatiser et le breveter, donc il y a cette idée de démocratisation du contenu, de la connaissance, de l’information. Ça n’est qu’au fur et à mesure qu’on développe le modèle d’affaires. Pour trouver un modèle d’affaires ça a été problématique et il commence maintenant à être stabilisé, donc je peux vous en parler de manière plus précise avec ce triangle de base.

Vous êtes là, usagers, et vous, vous donnez vos données, on vous a entraîné à faire ça, gratuitement et, en échange, vous recevez un autre service gratuit de la part des entreprises du Net, que ça soit la couche logique, que ça soit surtout la couche socio-culturelle, etc. – Facebook vous y entrez sans rien payer, Twitter, etc. – donc le sentiment dans cette relation est un sentiment de confiance, de surf, de plaisir, d’échanges, d’interactions. Vous le sentez là ? Oui ! Vous le sentez bien. OK !
Mais là, du coup, eux qu’est-ce qu’ils font ? Longtemps ils n’étaient pas en bourse, ils étaient à perte. D’accord ? Ça commencé à se construire quand les entreprises réelles, celles qui sont vraiment dans le dur — je vous ai mis Alstom, je vous ai mis les Françaises, EDF, etc., Vivendi — se sont dit « on a besoin d’eux puisqu’ils ont accès à trois milliards, quatre milliards d’usagers, il faut qu’on fasse notre pub chez eux ». Donc les entreprises réelles payent les entreprises virtuelles qui leur permettent de faire de la publicité sur leurs réseaux. L’échange d’argent commence là, entre ces deux groupes. Et puis, et là c’est plus classique, les usagers, eux, vont aller vers les secteurs économiques de ces entreprises-là parce qu’ils ont besoin de services et eux aussi ils vont payer. Donc dans le triangle, la circulation financière est là et eux restent tranquillement en dehors de ça. Vous allez me dire « mais comment ils peuvent faire ? » Ça c‘était la quadrature du Net si je puis dire, et la solution a été trouvée, ça ne va pas vous étonner, par Google, le moteur de recherche, qui a acquis dans les années 90 deux petites entreprises qui n’avaient l’air de rien, DoubleClick et AdSense et là, ils sont tombés sur le jackpot et ils sont retombés sur un système américain très classique d’utilisation de la publicité : c’est la publicité qui va payer pour les médias, comme dans le système américain. Pas l’usager. Le business, les entreprises, le secteur commercial va payer pour la publicité et les contenus, la couche culturelle sera d’accès gratuit pour les usagers.

Encore fallait-il trouver comment monétiser, comment faire payer. La solution trouvée par Google c’est la solution actuelle de faire payer par clic. Chaque fois que vous cliquez c’est comme si vous marquiez votre intérêt, vous faites du like, etc., c’est comme si vous votiez, en quelque sorte, et que vous disiez « ça m’intéresse, ça m’intéresse ». Comme Google peut vous tracer, il peut dire « sur ce produit, sur ce site il y a eu 20 000, 30 000 clics ». Ça commence à devenir intéressant en matière publicitaire quand il y a plus de 20 000 clics et ça permet à Google de dire « nous, on peut vous vendre de l’espace publicitaire et on va augmenter la somme que vous allez nous payer selon le nombre de clics ». C’est AdSense qui fait ça, donner du sens à la publicité. Donc c’est la régie publicitaire classique mais adaptée au numérique. On vous vend une plage.
Mais ça n’est possible que dans un système américain, parce que, pour vous vendre cette plage, il faut qu’on puisse vous profiler, il faut qu’on puisse dire « oui, il y 50 000 personnes ici qui sont intéressées par des voitures rouges ». Il faut pouvoir dire au vendeur de voitures « on a la bonne cible » ; on ne vend pas ça à des gamins qui n’ont pas le droit de conduire ! Donc le ciblage, comme toujours en publicité, est très important. Le profilage. Et là aussi l’exploitation de la trace devient importante et DoubleClick est une entreprise qui avait pour caractéristique d’acheter et d’agréger toutes sortes de listes d’utilisateurs et d’usagers, ce qui est permis dans le droit américain et californien, pas dans le droit français. La MAIF ne peut pas vendre la liste de tous ses sociétaires. L’État peut lui demander un certain nombre de choses, peut-être, pour vérifier, mais normalement en France chaque secteur garde ses listes. La vente et le rachat de listes à des tiers, anonymes, qui n’ont rien à voir avec le secteur, n’est pas autorisée. Aux États-Unis oui. Vous imaginez le truc ! C’est-à-dire que c’est devenu massif. Ils peuvent avoir en même temps vos données bancaires, vos données scolaires, vos données de santé, etc., donc vous faire un ciblage comportemental que vous-même vous ignorez. Ils vous connaissent mieux que vous. Ils anticipent vos goûts. On est sur des algorithmes « prédictifs ». Ce n’est pas prédictif du tout ! C’est basé sur ce qu’on sait de vous, que vous n’avez pas le temps de tout le temps garder en tête parce que la vie continue, etc., mais Google a tout. Et il fait payer les entreprises pour ça. Donc avec ça, on a un modèle d’affaires.

Ça va ? Vous me suivez ? L’économie rapide !

Résultat des courses, eh bien il est là, c’est que les entreprises dont on vient de parler, elles sont pratiquement toutes là dans le top 9, c’est devenu des médias. Ce sont des entreprises du Net, certes, mais celles qui vraiment gouvernent, gèrent notre quotidien, ce sont des médias. Dedans on retrouve Comcast qui a aussi acheté des médias. Alphabet c’est le nouveau nom de Google, oui, parce qu’il a pratiquement des applications qui représentent toutes les lettres de l'alphabet sauf une, Q, pour Qwant, et là arrive un groupe récemment créé en Europe pour essayer de faire le contrecoup et vous retrouvez quelques Français, Vivendi qui est notre premier français, Lagardère, France-Télévisions, TF1 qui essaient de se placer sur le numérique. Regardez la taille ! C’est ça la situation de monopole, en quelque sorte, et de position acquise des États-Unis ; ce n’est pas une question de complot ou autre, c’est une position acquise. Ils étaient là les premiers, ils ont inventé un modèle d’affaires, ils en retirent le plus de bénéfices.

Évidemment cette situation a posé un certain nombre de problèmes. C’est-à-dire qu’un certain nombre de gens, moi, d’autres, la MAIF, se sont dit « il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, on est en train de perdre nos données, on n’a aucun contrôle. Il y a de la surveillance, il a du dark web, il faut qu’on essaye de modifier ce système de gouvernance de manière à pouvoir reprendre du contrôle, du contrôle politique éventuellement, régulatoire si nécessaire ». C’est tout le débat de cette transition.

Dans les acteurs de cette transition il y a tout. Il y a les médias, il y a les citoyens, les ONG, il y a l’UNESCO, il y a ICANN évidemment, les Nations-Unies, enfin bon ! Tout le monde s’est réuni, la gouvernance est un processus multi-acteurs et on discute à la fois d’infrastructure, la couche physique, de la couche du développement et de l’économie et puis de la couche socioculturelle. J’ai pris ce petit diagramme assez amusant parce qu’est vraiment l’idée que c’est en cours.
On a réussi, depuis le sommet mondial sur la société de l’information en 2005, à obtenir qu’il y ait une discussion globale de toutes ces questions qui dépassent ICANN, sortir de cette première gouvernance technique parce que les problèmes politiques, culturels, etc., sont devenus énormes et surtout sont devenus transfrontières, ce n’est plus simplement un problème américain. Donc on a créé une instance différente, qui s’appelle le Forum sur la gouvernance de l’Internet7, dans lequel ICANN est invité – tous ceux qui décident des normes, des adresses, etc. sont là –, mais aussi la société civile, des citoyens comme vous et moi, le secteur privé dont la MAIF, bien entendu, mais aussi tous les politiques, les gouvernements et sous l’égide du l’ONU, en disant puisque c’est devenu un système mondial, il faut peut-être que ça soit quand même régulé par un système mondial. Voilà la situation actuelle depuis 2005/2006 : ICANN continue à réguler d’un point de vue technique, mais il y a aussi des discussions sur les droits de l’homme qui ont lieu autour du Forum sur la gouvernance de l’Internet. C’est donc un forum multi-acteurs dans lequel on se retrouve, par exemple la France y est, etc.
Et on a obtenu du gouvernement américain qu’il cède ses droits sur Internet. Depuis 2016, les Américains se sont effectivement mis d’accord pour dire « OK, si vous voulez on va libérer Internet de notre seule emprise, on accepte qu’il soit gouverné autrement ». Donc IANA et ICANN et le département du Commerce américain ont accepté de faire expirer8 leur relation privilégiée, vous l’aviez vu dans les premières slides. Donc nous sommes en ce moment dans une période de transition, ça s’est fait sous Obama, et on a deux ans, ça va finir cette année, en 2018, pour arriver à proposer une solution de ce que pourrait être une nouvelle forme de contrôle de l’Internet à un niveau mondial. On est à moment historique, je ne sais pas si vous le sentez. C’est pour ça qu’il faut vraiment se cultiver et après il faut se préparer à éventuellement agir et à voir ce qu’on peut faire, mais c’est officiel.

Alors, à quoi ça pourrait ressembler ?
Une idée serait de faire WICANN, genre Yes We Can, World ICANN, c’est un peu un hommage déguisé à Obama, de le remplacer par un organisme mondial où on retrouve les serveurs racine, maintenant vous connaissez tout ça, les noms de domaines, tout ce qui serait les registres régionaux, IETF [Internet Engineering Task Force] pour les normes, et tout ceci créerait un Conseil mondial de l’Internet. Ça vous botte ? Vous dites « oui, mais Conseil mondial de l’Internet, ONU, 192 pays, là-dedans il y a une cinquantaine de démocraties, est-ce que je veux vraiment que ça soit le vote combiné de certains pays théocratiques et autoritaires qui décide de ce qui va se passer avec ma liberté sur Internet ? » Je vous vois là ! Là on devient tiède ! Ça avait l‘air d’une mauvaise idée que ce ne soit que pour les États-Unis, cette situation de guerre froide, colonialisme. Pas sûr ! Est-ce qu’on veut vraiment que l’ONU contrôle une instance de démocratisation de la connaissance qui peut tomber sous la coupe d’États pour qui l’information c’est le secret ? Vous sentez bien les enjeux. Alors on essaye de border ce à quoi pourrait ressembler cette gouvernance, en se disant qu’il faut aller vers une espèce de traité et il faut que ce traité ait un certain nombre de principes acceptés par tous, quel que soit le régime politique. Rêvons !
Déjà accepter, parce que quand on parle à certains pays d’ouverture, vous voyez, déjà là, même sur le principe ils ont un problème. Je vous laisse penser lesquels.
Sécurité, ça ils sont relativement tous partants.
Fermer, ça tous les pays, souveraineté, etc., ça c’est possible.
Interopérabilité, rendre mes données, mes applications compatibles, celui-là aussi est dur à négocier, mais là c’est une portée technique qui peut intéresser tout le monde.
La diversité ça n’intéresse pas tout le monde ; ce sont les Français qui poussent beaucoup les questions de diversité, de langue, etc.
Et la neutralité du réseau, l’idée qu’il n’y ait pas un Internet à deux vitesses, certains qui ont des données très rapidement et d’autres pas.
Voilà à quoi ça ressemblerait au niveau des contenus et des principes. Ça donné NETmundial9 au Brésil où ces principes ont été discutés et on commence à avoir une diplomatie autour de ça.

Et puis, au niveau du principe, on a mis aussi l’idée que ça devait être multi-parties prenantes, c’est-à-dire surtout pas que les gouvernements : la société civile, les universitaires, les techniciens, les ingénieurs, garder présents tous ces acteurs du départ, ne pas en éliminer un et ne pas donner le pouvoir juste aux gouvernements. Ça c’est encore une question qui est en débat, qui est de plus en plus acceptée et qui suppose un processus où il faut qu’on soit transparent, il faut qu’on rende des comptes, il faut qu’il y ait une participation critique, il faut que ça soit inclusif, y compris donc les communautés qui sont en handicap, qui ont besoin d’accessibilité et qui font partie de la société civile, elles sont très représentées, je vous rassure. Le processus est complexe et vous voyez que là aussi il peut y avoir des difficultés de mise en œuvre. Il faut s’assurer que chaque acteur s’y retrouve sinon ça ne va pas marcher.
Donc on est sur un mode d’organisation que je vous montre ici où l’État reste dans sa mission principale, assurer la souveraineté, la sécurité de ses citoyens, que ce soit en ligne ou pas. Les entreprises, elles, ont besoin de stabilité et de confiance parce qu’il faut puissent faire le commerce et le commerce déteste quand c’est instable. Et la société civile, nous, on est encore sur nos débats sur les droits de l’homme, la vie privée, la liberté d’expression et les questions que nous nous posons ce sont celles de protection des données, des usages responsables. On est en train d’essayer de se diviser un peu les tâches. Vous voyez que chacun retrouve ses billes, mais l’idée c’est qu’on soit tous dans le design de départ. Après chacun retrouve ses missions, mais au départ il faut qu’on soit tous ensemble pour décider des orientations. Et c’est ça une gouvernance bien comprise. Ce n’est pas de dire « vous société civile, vous appliquez ! Ça a été décidé, vous appliquez ! » Non ! La société civile est là dès le départ en disant « nous on veut que dans le design des applications il y ait la protection des données ». Et vous savez qu’on a passé un traité qui sera mis en application bientôt. Donc les combats sont là.

Ce que je vous présente est super condensé, mais j’espère que vous comprenez aussi à quel point c’est complexe, mais tout est lié et il faut vraiment le penser dans sa globalité. C’est cette culture générale qu’il faut avoir. Après vous allez avoir des modes d’action à vous, qui sont plus ciblés, au niveau de vos compétences et de vos envies. Mais il faut agir.

Et là je change de casquette, comme je vous disais, je me place côté société civile et d’ailleurs les universitaires, à l’ONU, sont considérés comme faisant partie de la société civile, pas des États, mais de la société civile, donc avec beaucoup plus d’indépendance et d’autonomie que si on était des États ; on est indépendants, même si on est payés, qu’en France on est fonctionnaires, mais ce n’est pas le cas dans d’autres pays. Donc côté société civile et côté usagers qui est celui qui intéresse la MAIF et qui m’intéresse aussi parce qu’on peut avoir le sentiment de pouvoir un peu agir sur ces évènements énormes qui sont en train, je vous le dis, de gérer notre espace public commun.
Toujours sur les couches, rappelez-vous le mille-feuilles, il y a la question de l’accès, il faut pouvoir accéder, vous avez vu la fracture numérique, dans chaque pays il y en a une, il faut donc une neutralité du Net, c’est-à-dire un accès pour tous, des systèmes sécurisés et puis des données protégées, qu’on sache où elles sont stockées, archivées, etc., pas volées, pas perturbées.
Et puis dans la couche logique, la couche des contenus sociaux, les questions c’est cette histoire de vente à des tiers, rappelez-vous DoucleClick qui peut vendre des listes partout, y compris des listes françaises aux États-Unis.
La protection de la vie privée.
Les données et leur portabilité, c’est-à-dire l’idée que vous puissiez partir d’un serveur ou d’un portail pour aller à un autre en emportant tout avec vous. Pour le moment si, par exemple, vous voulez partir de Facebook, Facebook garde tout : vos images, vos photos de famille, tout le bataclan, pas portable. Or, si c’est interopérable, le combat de l’interopérabilité, vous devriez pouvoir tout prendre, mettre dans un autre système et les deux systèmes doivent se causer.
Le droit à l’oubli. Vous vous souvenez de ce gros problème d’arriver à effacer certaines traces quand on estime qu’on est injustement interpellé en ligne.
Le pluralisme des moteurs de recherche parce que n’être dominé que par Google ça pose quand même un problème, même si Google est génial.
Et puis la transparence de l’information et actuellement le débat qu’on a c’est celui des fake news. Il se trouve que je suis dans le groupe d’experts de haut niveau de l’Union européenne sur les fake news et croyez-moi, on rebat toutes les cartes de ça, en fait, juste à partir de cette petite question de la fake news, de la désinformation.

Donc vous, en tant que personne, vous pouvez choisir d’agir dans n’importe lequel de ces domaines et ça avance, je vous rassure. Je suis dans un pep top, un truc optimiste, ça avance.

La portabilité des données, d’abord on se disait ça va être impossible, ce n’est gérable, etc. Mais en jouant sur la couche logique, la couche interopérable, on peut, et il faut aussi y mettre un peu de droit donc ça arrive très bientôt, ça sera en vigueur en mai 201810, ça va concerner tout le monde, que ce soit les maires, les municipalités, etc., les rectorats, vous êtes tous amenés à réfléchir à ça, parce qu’il va falloir garder le côté ouvert et interopérable – vous reconnaissez les principes dont je vous parlais, de la gouvernance – et puis cette possibilité de récupération.
Des standards qui restent ouverts, toujours la couche logique, là, vous ne me bloquez pas la couche logique s’il vous plaît, donc ça permet aux consommateurs d’être dans une relation transparente.
À la MAIF je pense que vous êtes assez en pointe sur cette question. Les Américains ont devancé ça en disant « ah ! mais si on vend ça à l’avance, si on crée la portabilité, ça va encore plus nous amener de clients ». Donc la portabilité, dire « je peux aller ailleurs », ce n’est pas anti-commercial. En fait ça attire, ça suscite encore plus de concurrence.

Le droit à l’oubli ça y est c’est passé. La première fois que j’en ai parlé à Google c’était avec le Conseil de l’Europe, il a dit : « Ça nous intéresse » et ils l’ont mis en place eux-mêmes. Google a décidé, vous remplissez tout simplement un petit document comme ça, vous nous faites une demande, puis on va prendre en compte, on va décider et on supprimera ou pas. Vous voyez qu’ils ne suppriment pas tout et ils font des rapports sur ce qu’ils suppriment, il y a la question de la transparence, mais on peut donc être déréférencé. On peut enlever vos traces de l’Internet, en tout cas au niveau de votre nom ; le contenu ne changera pas nécessairement mais au niveau de votre nom. On essaye en ce moment de faire que ce ne soit pas que Google qui décide, c’est la petite bataille dans laquelle on est, mais on y est et la CNIL est aussi en train de surveiller tout ça.

La neutralité du Net on l’a sanctuarisée dans le droit européen et vous avez vu, si vous avez suivi l’actualité, que la Federal Communications Commission, la commission qui s’intéresse à Internet et aux médias aux États-Unis, vient de la supprimer aux États-Unis. Mais rassurez-vous, les États-Unis étant, eux aussi, pays de liberté d’expression, il y a 22 États en ce moment qui sont en train de faire un recours auprès du gouvernement américain pour qu’elle soit réinstallée. Cette idée d’un Internet à deux vitesses, donc d’une citoyenneté à deux vitesses, passe très mal à cause de cette culture qui s’est développée, vous avez vu, les échanges gratuits entre les usagers et les plateformes. Les plateformes ne veulent pas qu’on enlève la neutralité du Net pour pouvoir faire passer plus de services, ce sont les câblo-opérateurs, ce sont les autres qui le veulent. En France ça en fait partie, donc là aussi on avance.

La traçabilité des données, Michel Trinquet vous en parlait tout à l’heure, en France et en Europe on a maintenant un moteur de recherche qui ne trace pas [Qwant11], donc qui permet de chercher, de faire des requêtes d’informations sur le Net sans vous tracer. Donc il y a des moteurs respectueux de la vie privée, il suffit de faire jouer la concurrence. S’il y en a qui ne sont pas respectueux et qu’on en crée qui sont respectueux, eh bien ça donne du choix aux consommateurs. Et vous, en tant que consommateur, votre intérêt c’est d’avoir des moments où vous êtes sur Google parce que ça ne vous dérange pas d’être tracé, ça vous intéresse peut-être même, et des moments où vous ne voulez pas être tracé, par exemple quand vous êtes en position d’enseignant, que vous avez des élèves dans la classe, c’est une responsabilité, en tout cas en France, donc il y a Qwant Junior, par exemple, qui a été créé dans ce but-là. C’est simplement rétablir un peu, si vous voulez, la concurrence au sens le plus noble du terme, de rééquilibrage des positions par rapport à des positions acquises au départ et une culture commerciale de départ qui est la culture américaine pour y remettre des valeurs culturelles qui sont les nôtres. Ça va se faire.

La promotion de l’éducation. Là, hum ! Que dire ? Il n’y a pas beaucoup de formation au numérique ni au médiatique dans les écoles. Il y a bien le CLEMI [Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information], il y a bien CANOPÉ, il y a bien des référents numériques, etc., et les rectorats essayent un maximum de le faire. Ça n’est pas dans les programmes, dans les disciplines ! C’est considéré comme une chose transversale ce qui, à mon avis, est devenu insuffisant et c’est un débat qu’on pourra peut-être avoir. L’urgence de comprendre cette culture générale-là, à mon avis, dépasse certaines autres priorités parce qu’on est quand même dans la citoyenneté numérique et, au bout du compte, il y a à la fois de l’emploi et du vote. Donc on a un devoir, je pense, au niveau de l’école de former à cela. C’est un débat.

Les biens communs, rappelez-vous le continent orange, sont souvent dans le Libre, dans l’évolutif du Libre. Ce sont des lieux qui ne sont pas rivaux, où on peut vraiment s’échanger des informations et le fait d’utiliser une information ça ne la vide pas, elle reste, donc d’autres peuvent s’en servir, c’est ce que veut dire non rival, c’est comme ça que la connaissance se développe. Donc là il faut vraiment se battre pour qu’il n’y ait pas que des services payants et propriétaires. En ce moment il y a urgence parce qu’un certain nombre de services qui étaient libres, qui étaient ouverts et gratuits sont en train, maintenant, de vous faire payer : premium, freemium, des choses comme ça et ça c’est sur vos données, sur vos dons gratuits à vous, il y a quelque chose qui n’est pas très éthique là-dedans et c’est dans les biens communs qu’on peut encore retrouver des valeurs de service public, tous.

L’e-inclusion, c’est lié bien sûr à plusieurs types d’exclusion, une qui est celle de la pauvreté et des inégalités, mais aussi, évidemment, de l’accès et de l’accessibilité donc essayer, dans la mesure des possibles, de penser à toutes les communautés qui sont concernées par la fracture numérique dans laquelle il y a des retraités, des sans-emploi, etc. Donc là il y a aussi du travail à faire pour ramener tous ces groupes de personnes dans le numérique afin qu’elles ne soient pas exclues.

Et quelque chose qui nous rapproche beaucoup, la MAIF et la société civile, c’est cette idée qu’il y a une urgence numérique, il y a aussi une urgence climatique et, en fait, il faudrait qu’on fasse travailler les deux ensemble, que les deux convergent, s’entraident, que notamment le numérique vienne en soutien du climatique et pas simplement pour avoir des satellites là-haut qui surveillent les courants et les modifications du climat. Donc l’idée de la frugalité, l’idée d’avoir un comportement et une consommation frugale d’Internet, deux choses qu’il faut, à mon avis, développer. On sait que, pour le moment, Internet pollue, le numérique pollue, donc le numérique va contre le climatique si on ne fait pas attention. Là vous voyez une ferme de serveurs Google, elle fonctionne au diesel, ce sont des émissions de CO2 énormes : la couche physique d’Internet est une couche polluante. La couche des terminaux, la couche des ordinateurs est polluante. Il y a des produits qu’on n’arrive pas à recycler, des matières, etc. Donc là il y a vraiment un problème et ils sont chauffants surtout, ils contribuent au dérèglement.

Ça commence à faire son chemin. Il y a en ce moment différentes initiatives, l'opération Cœur Vert notamment, où il y a des forêts internet qui sont plantées, où on peut faire contribuer ces instances tellement riches pour planter et reconstruire, si vous voulez, des forêts, donc moins de CO2. Vous savez aussi qu’on commence à mettre des serveurs dans les océans, qu’on en met là-haut dans la couche arctique en disant « comme il fait froid là-bas, que ça réchauffe, ce n’est pas grave ! » Là il y a un manque de culture générale et il faut préciser les enjeux auprès des populations parce que les deux urgences vont ensemble.

Comment agir politiquement aussi, à part mener ces actions dans différents secteurs. Moi j’essaye d’agir du côté de l’Europe, du Conseil de l’Europe notamment. On a essayé de dire que maintenant arrive aussi l’Internet des objets qui est un Internet de plus en plus avec des senseurs, des capteurs où ça va être encore plus ce que je viens de vous montrer au niveau de la frénésie des données et des échanges. Il faut remettre de la citoyenneté là-dedans, donc on a fait une Recommandation sur l’Internet des citoyens12 qui reprend, vous le voyez, tout ce qu’on a dit, les valeurs de la société civile et les valeurs de la couche culturelle, de la couche socio-culturelle. Cette recommandation existe, vous pouvez aller la voir en ligne.
On en a fait une autre depuis sur les données, l’école et la démocratie.
Et la MAIF n’est pas en reste puisqu’elle a elle-même développé sa charte numérique13 « Pour un monde numérique résolument humain et éthique », donc une certaine logique qui reste, qui va à la fois dans l’histoire de la MAIF mais qui permet aussi à la MAIF de savoir devenir, de se projeter et d’aider à projeter ses clients. Je pense qu’il faut aller dans ce sens-là et je pense que la prochaine étape, pour la MAIF, c’est que d’autres entreprises solidaires signent une charte similaire. Donc là il y a peut-être un travail à faire de mise en réseau.
Merci de votre attention.

[Applaudissements]

Trois exemples où la licence ne fait pas tout - Décryptualité du 6 janvier 2020

sam, 01/11/2020 - 17:33


Titre : Décryptualité du 6 janvier 2020 - Entr'ouvert, Jamendo, Bruce Perens : trois exemples où la licence ne fait pas tout
Intervenant·e·s : Mag - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 6 janvier 2020
Durée : 14 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 1 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Licences Creative Commons rangées des plus restrictives (en rouge) aux plus permissives (en vert), encyclopédie Vikidia - Licence Creative Commons Attribution 4.0 International
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

ERRATUM

L'affaire Entr'ouvert/Orange a été jugée par le TGI de Paris et non pas par la CJUE comme affirmé dans le podcast. La CJUE a bien pris une position qui s'annonce comme favorable pour l'affaire d'Entr'ouvert même si elle ne porte pas sur celle-ci. Pour plus de détails, consultez la communication de l'April sur ce sujet.

Description

Après neuf ans, Entr'ouvert obtient la reconnaissance que la violation de sa licence logicielle est une contrefaçon. Dans le même temps Jamendo et St-Maclou se voient confirmer qu'ils doivent bien payer une redevance pour de la musique en CC ND. En dernier lieu, Bruce Perens claque la porte de l'OSI considérant que l'organisation a fait fausse route en matière de création de licences.
Trois exemples qui ont en commun un enjeu juridique lié à des licences plus ou moins libres qui démontre que la dimension légale du libre n'est pas suffisante en elle-même.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 1 de l’année 2020. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Manu : Bonne année !

Luc : Oui. Moi j’ai commencé en étant malade !

Manu : Nous aussi.

Mag : Bonne santé alors.

Luc : C’est mal parti. Qu’est-ce qu’on a au sommaire ?

Manu : Une petite revue de presse mais intéressante quand même.

Mag : ZDNet France, « Comment les géants de la tech ont tourné à leur avantage l'open source », par Thierry Noisette.

Manu : Les géants de la tech c’est notamment Facebook qui est mis en avant dans un livre avec comme sous-titre La catastrophe annoncée ; ce sont les confessions de l’ancien mentor de Mark Zuckerberg. Je pense, Luc, qu’il va falloir que tu le lises, ça parait être des plus intéressants.

Luc : Ça m’intéresse, oui.

Mag : leParisien.fr, « Comment installer Linux ? », par la rédaction.

Manu : Ça met en avant qu’on peut mettre autre chose sur ses ordinateurs et c’est toujours bien de voir ce genre d’article dans un journal.

Luc : Surtout dans Le Parisien.

Mag : Next INpact, « Pour la justice européenne, la violation d'une licence de logiciel est une contrefaçon », par Marc Rees.

Manu : Dont on va parler juste après.

Mag : Le Monde.fr, « A Leipzig, hackeurs et militants pour le climat font front commun », par Damien Leloup.

Manu : C’est le Chaos Communication Congress qui est un groupe de gens très intéressants, plein de hackeurs, de bidouilleurs et d’anarchistes.

Luc : En Allemagne.

Manu : En Allemagne essentiellement.

Mag : C’est leur 36e édition donc c’est vraiment un évènement qui dure !

Manu : C’est conséquent et là, notamment, ils parlent d’écologie, réchauffement planétaire et comment on peut essayer de travailler pour éviter tous ces grands dégâts.

Mag : Next INpact, « La Cour de cassation confirme la redevance sur les musiques libres diffusées dans les magasins », par Marc Rees.

Manu : On peut commencer en parlant de ça. Ça parle de licences, il y a deux articles qui sont sur le sujet.

Luc : Oui. Du coup on s’est dit on va faire un petit doublet pour parler licences.

Manu : Même triplet parce qu’il y a encore un autre sujet qui est dans l’actualité.

Luc : On ne va pas se lancer dans de grandes expertises juridiques parce que ça nous dépasse, par contre il y a cette affaire, on va maintenant en parler un petit peu plus en détail. La première c’est cette question de Orange, fournisseur d’Internet, téléphone, tout ça, contre une boîte qui s’appelle Entr'ouvert1.

Mag : Qu’on salue d’ailleurs parce qu’on en connaît certains.

Luc : Effectivement, on a eu un membre de cette entreprise au CA de l’April il y a des années de ça, à qui on fait coucou s’il nous écoute. Entr'ouvert est un éditeur de logiciels libres qui fait une librairy, en gros une brique technique informatique qui a été utilisée par Orange en dehors des conditions de la licence libre de cette brique-là. Ils les ont attaqués en 2011.

Manu : Entr'ouvert a attaqué Orange en justice.

Mag : Il y a huit/neuf ans.

Manu : Oui. Comment ça s’était passé à l’époque ?

Luc : Plutôt mal parce que les tribunaux français ne leur ont pas raison, ils sont allés jusqu’à la Cour de justice de l’Union européenne qui leur a dit « si, si, c’est bien de la contrefaçon ».

Manu : C’est-à-dire qu’Orange a enfreint la licence sous laquelle était distribuée la brique logicielle.

Luc : Sur la base du droit d’auteur et non pas sur une base de droit contractuel, ce que les tribunaux français avaient estimés avant. Maintenant ça va retourner aux tribunaux français qui vont devoir rejuger avec ce point de droit décidé par la Cour de justice de l’Union européenne.

Mag : Et ils vont remettre huit ans pour juger ou ça va être plus rapide cette fois ?

Manu : Ça peut toujours prendre du temps !

Luc : Ça peut prendre du temps. Oui.

Mag : La deuxième affaire est une affaire que j’avais bien suivie parce que ça m’avait bien choquée à l’époque : Saint Maclou qui avait fait une sorte de partenariat avec Jamendo pour diffuser de la musique qui n’est pas enregistrée à la Sacem, donc qui diffusait des artistes qui ont fait le choix de ne pas s’inscrire à la Sacem. Et là, la Sacem fait : « Hou, là, là ! Mais c’est hors de question ! Donnez-moi des sous quand même. »

Luc : Ce partenariat est un contrat de prestation. Tout ce système-là est une des tentacules de la Sacem. Il y a plusieurs organismes qui répartissent l’argent qui circule là-dedans. Au passage, ils se sont faits épingler il y a quelques années par la Commission de surveillance.

Manu : Et puis par la Cour des comptes.

Luc : Oui. Donc il faut voir Jamendo comme un concurrent à ce système-là qui dit, en gros, « nous on prend des artistes qui ne sont pas dans le système Sacem et on vous fait la même chose mais moins cher ».

Manu : En passant par des licences, c’est-à-dire que les auteurs qui sont à Jamendo donnaient leurs œuvres sous des licences de type Creative Commons2, en général Non Commercial, c’est une clause spécifique.

Luc : Pas en général, spécifiquement en Non Commercial, puisqu’il y a quelques années Jamendo avait pris plein de musiques sous différentes licences. Dès lors qu’il y a une clause Non Commercial ce n’est plus une licence libre et ils avaient forcé tout le monde à changer la licence, parce que, en gros, le Non Commercial n‘allait pas dans le sens de leur business. Et ça avait fortement déplu.

Manu : Ça leur avait quand même permis de constituer un gros catalogue qu’ils revendaient sous différentes conditions, qu’on ne connaît pas, notamment à Saint Maclou qui diffusait ces musiques dans ses magasins. Et Saint Maclou se retrouve à devoir payer plus de 100 000 euros à La Sacem qui réclame, en passant par les tribunaux, des perceptions au nom du droit d’auteur. Non ? Pas tout à fait.

Luc : De la rémunération équitable.

Manu : Oui. Mais, en plus liée aux droits voisins.

Luc : Les droits voisins, en gros, ce ne sont les droits d’auteur directs, mais ça va être les droits des interprètes, de la production, ce genre de choses, donc c’est de la répartition équitable, ce qui fait un petit mal dans le contexte en disant « ce n’est pas parce que les auteurs n’ont pas signé qu’on ne va pas prendre l’argent pour la rémunération équitable ».

Mag : Par contre, comme ils n’ont pas signé, on ne pourra pas leur donner. C’est vachement équitable !

Manu : Ces auteurs ne sont pas à la Sacem, mais la Sacem a récupéré de l’argent pour eux, donc maintenant la distribution peut poser des questions.

Luc : Oui. Et ce sont les deux points qui sont compliqués dans cette affaire-là. Il y a en d’abord un qui est que ça a été jugé sur des licences non libres et les tribunaux ont notamment estimé que dès lors que Jamendo proposait un service payant.

Manu : À Saint Maclou.

Luc : À Saint Maclou et aux auteurs, puisque les auteurs étaient rémunérés, ils ont dit « vous êtes dans un système commercial normal, donc, du coup, le deuxième système de financement c’est normal de l’appliquer puisque tout le monde est là pour gagner de l’argent ».
Le deuxième problème qui montre l’hypocrisie du système c’est qu’effectivement cet organisme a mis de l’argent de côté, mais on ne sait pas comment les gens, au nom de qui il a été collecté, sont censés le récupérer. C’est-à-dire que s’ils n’ont pas mis les pieds dans le système Sacem c’est qu’ils n’ont pas envie. En fait, que ce soit Jamendo ou le système Sacem, après il faut voir dans le détail, Jamendo a un principe qui dit « si vous êtes chez nous vous n’êtes pas chez les autres, vous devez être en exclusivité » et on sait qu’à la Sacem c’est le cas également : quand on est sociétaire on délègue la totalité de ce qu’on a fait et de ce qu’on va faire à la Sacem pour la gestion des droits.

Manu : Et c’est très difficile d’en sortir, il me semble.

Luc : Donc pour les droits voisins on ne sait pas si c’est effectivement le cas, mais il est fort probable que ce soit ça, du coup on a des artistes, interprètes ou autres, qui se retrouvent dans une situation où ils ne sont plus maîtres de leurs œuvres, de ce qu’ils ont fait et, au nom de leur défense et en disant « on prend de l’argent pour eux », on les met dans une situation où ils ne peuvent pas récupérer cet argent ou, en tout cas, ça va être extrêmement compliqué. Ils doivent choisir leur camp et tomber dans le giron d’une organisation qui va dire « si tu viens chez moi tu dois venir entièrement ». Donc l’intérêt de l’artiste là-dedans, il est difficile à voir.

Manu : Sachant qu’on ne sait pas exactement combien il y a d’artistes qui sont concernés par cette affaire, probablement quelques-uns, et que les sommes en jeu ne sont pas mirifiques, ne sont pas incroyables, donc pour les artistes concernés, étant donné qu’il y a des seuils qu’il faut atteindre pour commencer à demander de l’argent à la Sacem, probablement que les seuils ne seront pas atteints facilement et ce qu’ils vont récupérer ça ne va pas être grand-chose.

Luc : Probablement. Et même s’ils ont atteint les seuils, ils ont été un des morceaux passés chez Saint Maclou parmi les centaines, du coup, ils ne vont pas avoir des fortunes. C’est assez lamentable !

Manu : Cette décision met une sorte d’arrêt à ce système de concurrent de la Sacem, Jamendo notamment, mais il y en avait d’autres qui avaient essayé de se monter sur ce genre de mécanisme et ça met un arrêt.

Mag : En France, parce que c’est juste la Cour de cassation, ils peuvent très bien faire comme a fait Entr’ouvert précédemment et aller choper la Cour de l’Union européenne.

Manu : La Cour de cassation a considéré que ce n’était pas nécessaire parce que le droit tel qu’il est fait aujourd’hui, notamment les extensions du droit d’auteur qu’on a vues passer il n’y a pas très longtemps au niveau européen, lui paraît suffisamment clair pour qu’il n’y ait pas à rejuger et qu’il n’y ait pas besoin de monter à une instance supérieure.

Mag : Ça c’est son avis à elle, ils ne peuvent pas passer outre ?

Manu : Il faut qu’ils fassent des recours. Il y a sûrement des choses à mettre en place.

Luc : La troisième affaire dont on voulait parler c’est une démission d’un personnage historique que je ne connaissais pas personnellement.

Manu : Bruce Perens.

Luc : D’accord.

Manu : Et qui est un des fondateurs de l’OSI, l’Open Source Initiative3 qui est un des gros organismes du monde du logiciel libre.

Luc : Côté open source, côté business.

Manu : Clairement, ça vient des années 90, ça faisait partie de toute cette discussion libre/open source. Bruce Perens faisait partie des fondateurs, c’est quand même quelqu’un d’intéressant qui défend tout un modèle de licences pour le logiciel libre et une des missions de l’OSI c’était de lister et d’indiquer quelles étaient les licences qui étaient considérées comme libres par eux, comme open source en tout cas.

Mag : Pourquoi il a démissionné ?

Manu : Parce qu’il y avait une nouvelle licence qui était en train d’être acceptée par l’OSI, cette nouvelle licence s’appelle CAL, Cryptographic Autonomy License, une licence pour partager des données de manière chiffrée entre des systèmes distribués ; sur le principe, pourquoi pas ! Bruce Perens considère qu’elle n’est pas libre et, en plus de ça, la personne qui veut la faire enregistrer au niveau de l’OSI a fait du lobbying un peu par-derrière, c’est-à-dire qu’elle est allée voir les différents dirigeants de l’OSI et en privé elle a essayé de les convaincre et ça avait l’air de marcher d’après ce que nous dit Bruce.

Luc : Une autre chose qu’il dit c’est que pour lui il ne devrait y avoir que trois licences : la GPL [GNU General Public License4], la LGPL [GNU Lesser General Public License5]] et la licence Apache6 qui correspondent, en fait, à des niveaux de protection et des logiques différentes. On comprend bien la logique qu’il y a derrière : plus il y a de licences, plus c’est compliqué parce que chacune va avoir son petit détail, donc quand on va vouloir mixer du code d’origines différentes, on va se retrouver avec des casse-têtes juridiques pas possibles et, au lieu d’avoir quelque chose qui est un accélérateur et qui permet de faire des choses parce que c’est simple et qu’on peut tout assembler, eh bien on se retrouve, au contraire, avec des systèmes qui freinent.

Manu : Qui deviennent trop compliqués, qui nécessitent des avocats. Là c’est un peu ce qu’il revendique : l’OSI a validé des dizaines de licences et, quand on ne connaît pas ces licences, ça devient un marché de ce qu’on veut à un moment donné. Les gens rentrent là-dedans, proposent des nouvelles licences pour avoir leur nom sur une licence, parfois ce sont des entreprises qui le font et c’est un petit peu ridicule.

Mag : Je propose de faire une licence qui englobe toutes les licences.

[Rires]

Luc : Ce n’est pas totalement ridicule puisqu’il y a des juristes qui font leur beurre là-dessus.

Manu : Oui.

Luc : Effectivement, l’objectif initial est perdu.
Pourquoi on voulait faire le lien entre ces trois affaires ? C’est que sur la première, sur Entr’ouvert, ils ont lancé leur procédure en 2011 et ça n’est toujours pas fini, donc neuf ans après ce n’est toujours pas fini ! Entr’ouvert c’est une PME, c’est une petite boîte. On ne doute pas que toutes ces procédures pèsent lourd sur leurs comptes. En face ils ont Orange qui a des millions et des millions, qui a joué de la procédure pour essayer de les dégoûter, faire traîner, etc.

Manu : Ils ont des cabinets spécialisés probablement.

Luc : Ce n’est toujours pas fini, donc on ne sait même pas combien de temps ça va prendre encore. Dans l’historique j’ai vu qu’il y avait une expertise qui avait pris trois ans pour s’assurer qu’Orange utilisait bien la librairy qu’on l’accusait d’utiliser ; trois ans juste pour définir ça ! On voit que le droit c’est bien, les licences c’est très utile, mais on peut se retrouver dans une situation où pratiquement les plus gros en profitent.
Notre deuxième affaire, Saint Maclou…

Manu : Là c’est une évolution du droit d’auteur, on pourrait dire, où le droit d’auteur s’accapare, sous le biais des droits voisins, un droit de regard.

Luc : Des sociétés de gestion des droits où on voit que les auteurs n’ont, finalement, plus de choix et, qu’en leur nom, on les met dans des situations totalement impossibles, avec des organisations tentaculaires qui mettent la main sur l’argent.

Manu : Et qui ont des coûts de fonctionnement qui sont juste mirobolants. Je ne sais plus quel pourcentage de leur budget mais ce sont des chiffres qui ne sont pas normaux.

Mag : Pour Jamendo, on ne sait pas. Pour la Sacem, il y a quelques années, c’était 30 %.

Manu : Au moins ! Il me semble que la Cour des comptes avait notamment gueulé là-dessus.

Luc : Il y a d’autres trucs. Ils alimentent, par exemple, des comptes pour financer la création des jeunes talents.

Manu : C’est super ça !

Luc : Des choses comme ça. Très régulièrement les jeunes talents sont des artistes bien installés puisqu’ils sont à la tête de la Sacem ou des organismes de ce type-là et qu’ils autofinancent leurs propres projets.

Manu : C’est sympa ! Là vraiment, les mecs donnez-moi, donnez-moi, ils y arrivent bien !

Luc : On voit également comment le droit d’auteur et son principe de départ, finalement, peut être détourné de son usage. On se souvient de Victor Hugo.

Mag : Qui voulait un domaine public certes payant, mais public, où les œuvres seraient à la portée de tout le monde et pas de l’auteur et surtout pas de ses héritiers. En fait, il voulait carrément enlever le droit moral aux héritiers de l’artiste.

Luc : On est parti d’un système où le droit d’auteur c’était 20 ans après la création de l’œuvre à un système où c’est jusqu’à la mort et, maintenant, on est 70 ans après la mort de l’auteur, donc ça devient du capital, ça n’en finit plus. Donc conclusion ?

Manu : Ça s’étend. Il suffit de voir ce qu’ils ont fait avec le droit d’auteur en Europe pour attaquer Google et récupérer de l’argent. Ce sont des mannes financières.

Mag : Là ça devient totalement ridicule. Ce n’est plus l’auteur qui gagne, ce sont les gens autour.

Manu : On peut dire que ce qui prend le pas maintenant c’est la politique. Il faut choisir ce qu’on fait avec le droit d’auteur. Les lois vont évoluer et c’est un combat incessant pour qu’elles évoluent dans un sens en faveur du public.

Luc : C’est pour ça que l’action de l’April est importante, l’April et d’autres associations.

Mag : On peut citer aussi SavoirsCom17.

Manu : Avec notamment Calimaq qui a écrit pas mal d’articles sur ce genre de sujet.

Mag : Et toutes les associations qui défendent le droit d’auteur, qui défendent les biens communs, qui défendent le public plutôt que les élites.

Manu : Donc il faut rester vigilant. On sait qu’il va y avoir encore des évolutions du droit d’auteur, il n’y a pas de doute, parce qu’ils n’ont pas réussi à attaquer Google comme ils voulaient. Il faut surveiller tout ce qui va se passer dans le futur proche ou moins proche.

Luc : L’argument « c’est légal, donc il n’y a rien à dire » n’est pas juste. Le droit c’est le résultat de négociations, de discussions, de combats de pouvoir politique, ça n’est jamais que de la politique. Si on ne fait pas de politique, les autres vont en faire à notre place et, comme on le voit, ce n’est pas à notre avantage.

Manu : Sur ce, à la semaine prochaine.

Luc : À la semaine prochaine

Mag : Et tu ne seras pas là Luc !

Luc : Non. Je pars en voyage.

Mag : Pourquoi tu dis « à la semaine prochaine » alors ?

Luc : Parce qu’on va trouver une solution !

Mag : Bye bye.

Manu : Bye.

L'April présente au Salon du numérique libre le 1er février 2020 à Orléans

jeu, 01/09/2020 - 16:28
Start: 1 Février 2020 - 10:00End: 1 Février 2020 - 18:00

Cenabumix, groupe d'utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres d'Orléans, organise un Salon du numérique libre samedi 1er février 2020 à Orléans.

À cette occasion, l'April participera avec un stand. Si vous avez des disponibilités, vous pouvez venir nous aider à tenir le stand quelques heures. Vous pouvez vous inscrire sur le wiki ou envoyer un courriel à evenements AT april POINT org.

En plus de tenir un stand, l'April proposera une conférence et un atelier :
  • Présentation du rôle et des actions de l'April - Isabella Vanni, samedi 1er février 2020 10 h 45 - 11 h 30 - Grande Salle ;
  • Atelier « Le Jeu du Gnou » - samedi 1er février 2020 14 h 00 - 15 h 00 - Salle Ping Pong.

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