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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 45 min 7 sec

Comprendre et agir contre les DRM en écoutant « Libre à vous ! »

ven, 10/11/2019 - 11:21

Dans le cadre de la Journée internationale contre les DRM (« menottes numériques ») samedi 12 octobre 2019, nous vous invitons à écouter et partager les podcasts de deux émissions Libre à vous ! consacrées en partie aux DRM. Libre à vous ! est l'émission de l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h, sur la radio Cause Commune et en podcast.

Cette journée est l'occasion de rappeler à quel point ces menottes numériques sont dangereuses pour toute personne utilisant ou développant des logiciels libres, et empêchent pour tout le monde des usages, pourtant tout à fait légitimes, des œuvres.

Chronique « Itsik Numérik » sur les DRM (12 minutes)

Lors de l'émission du 8 octobre 2019, Emmanuel Revah a fait sa première chronique « Itsik Numérik » sur les DRM.

Écouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3. Discussion sur les DRM lors de l'émission du 4 septembre 2018 (42 minutes)

Lors de l'émission du 4 septembre 2018, Frédéric Couchet, délégué général de l'April, et Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques, ont discuté des menottes numériques avec Jean-Baptiste Kempf (président de VideoLAN, l’association qui gère VLC media player et fondateur de la société Videolabs qui crée des services autour de VLC et, plus généralement, des nouveautés autour de la vidéo) et Marie Duponchelle (avocate, docteur en droit, département Droit de l’immatériel, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auteure d’une thèse intitulée « Le droit à l’interopérabilité : études de droit de la consommation », Marie Duponchelle a été stagiaire à Videolan, puis à l’April il y a quelques années).

Écouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (15 octobre 2019) - Regards Citoyens - Loi République numérique - Sensibilisation

ven, 10/11/2019 - 10:15
Start: 15 Octobre 2019 - 15:30End: 15 Octobre 2019 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

-->

La quarantième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 15 octobre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traitées sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Notre sujet principal portera sur le collectif Regards Citoyens. Au programme également : la chronique de Xavier Berne, journaliste à Next INpact, sur les trois ans de la loi pour une République numérique;la chronique d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur les actions en cours du groupe de travail Sensibilisation.

Si vous souhaitez poser une question en direct, pendant la diffusion de l'émission, vous pouvez appeler le 09 50 39 67 59 ou vous connecter sur le salon web.

Écouter le direct mardi 15 octobre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Liens utiles Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Le ministère des Armées va-t-il enfin commencer sa cure de désintoxe ?

ven, 10/11/2019 - 08:07

Vendredi 11 octobre 2019, la sénatrice Christine Prunaud a déposé une question écrite pour savoir de quelle manière le ministère des Armées comptait intégrer la « maîtrise des codes sources » dans les critères des négociations à venir pour la possible reconduite de l'Open Bar Microsoft, l'actuel s'achevant en 2021.

Mme Christine Prunaud attire l'attention de Mme la ministre des armées sur le partenariat de notre armée au logiciel de la société Microsoft. Le renouvellement du contrat nommé « open bar » pour les années 2017-2021 s'est effectué dans la discrétion la plus totale, sans aucune communication officielle du ministère. Établi pour la première fois en 2009 et renouvelé depuis deux fois, ce contrat n'a donné lieu à aucun appel d'offres ni à aucune procédure publique, malgré les recommandations des experts militaires. Les nombreux experts de la sécurité et de la souveraineté ont émis des avis défavorables sur cet accord qui lie le ministère aux intérêts de l'entreprise Microsoft. Ils rappellent également l'impérieuse nécessité dans ce domaine de maîtriser les codes sources. D'autres solutions ont pourtant été trouvées par d'autres corps militaires comme la gendarmerie qui a réussi à se passer des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) pour mettre en place des logiciels libres. Les questions de sécurité nationale ou de secret défense, souvent opposées aux demandes de transparence sur des sujets comme les ventes d'armes, ne sauraient être utilisées dans ce domaine de la souveraineté numérique. C'est pourquoi, alors que le partenariat devrait s'achever en 2021, elle lui demande si le ministère entend intégrer le critère de la maîtrise des codes sources dans le futur appel d'offres.

Depuis 2009 le contrat Open Bar, dans ses renouvellement successifs, organise la dépendance du ministère des Armées aux logiciels de Microsoft. Un accord contre lequel l'April n'a de cesse de lutter pour en désigner les effets néfastes et réclamer la transparence sur les conditions de sa conclusion. En août 2017 nous apprenions ainsi le renouvellement, pour quatre ans, de l'accord Open Bar entre Microsoft et le ministère. Dans « la discrétion la plus totale », pour reprendre les termes de la Sénatrice Christine Prunaud, puisque cette information nous était parvenue non pas par une publication au Bulletin officiel des marchés publics, comme la loi l'exige, mais par une réponse à une question écrite de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam.

Dans cette réponse de 2017, la ministre des Armées informait qu'une feuille de route serait établie en 2018, « indiquant à la fois le calendrier et les applications pour lesquelles il serait pertinent de passer au logiciel libre ». Sans surprise, aucune suite n'a été donnée… Deux ans plus tard cette nouvelle question écrite sonne donc comme un nécessaire rappel face à l'incapacité du ministère à faire œuvre de transparence sur ce dossier.

La temporalité de cette question n'est évidemment pas anodine puisqu'elle s'inscrit dans les suites de la publication du rapport de la commission d'enquête du Sénat sur la souveraineté numérique le 1er octobre 2019 qui relevait page 155 1 :

« Lors des auditions menées par notre commission d’enquête, il ne nous est pas apparu formellement que l’État, dans ses politiques d’achats de matériels et de logiciels informatiques, avait une doctrine générale pour intégrer dans ses appels d’offre cette dimension essentielle de la sécurité des données. Pour s’assurer du respect d’un cahier des charges qui intégrerait cette exigence, il lui faudrait se doter de moyens d’analyse des solutions proposées dont la plupart des ministères semblent dépourvus. Plusieurs de nos interlocuteurs ont souligné que la lisibilité totale des codes sources des programmes informatiques pouvait être une des conditions essentielles de la souveraineté de l’État sur ses moyens numériques. »

Rappelons en outre que l'intégration de la « maîtrise des codes sources » doit s'inscrire dans une réflexion de fond pour lever les barrières, technique et juridique, à l'accès et aux modifications de leur logiciel. En somme, le ministère de l'Armée, à l'instar de ce qu'à fait la Gendarmerie nationale, doit s'engager résolument en faveur du logiciel libre.

« Libre à vous ! » diffusée mardi 8 octobre 2019 sur radio Cause Commune - Logiciels libres et seniors - DRM - Stone From The Sky

mar, 10/08/2019 - 15:30

Au programme : logiciels libres et les seniors; interview du groupe Stone From The Sky ; première chronique d'Emmanuel Revah sur les DRM (« menottes numériques »).

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

La trente-neuvième émission a été diffusée mardi 8 octobre 2019.

Nous avons commencé par la première chronique d'Emmanuel Revah sur les DRM (« menottes numériques »). Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui portait sur logiciels libres et seniors avec Alain Casier. Nous avons poursuivi par l'interview du groupe Stone From The Sky. Nous avons terminé par des annonces.

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3. -->

S'abonner au podcast

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique d'Emmanuel Revah sur les DRM
  4. Références pour la partie logiciels libres et seniors
  5. Références pour l'interview du groupe Stone From The Sky
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Alain Casier
  • Dimitri de Stone From The Sky et de l'AMMD
  • Emmanuel Revah
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, à la régie
Galerie photos Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique d'Emmanuel Revah sur les DRM Références pour la partie logiciels libres et seniors Références pour l'interview du groupe Stone From The Sky Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Revue de presse de l'April pour la semaine 40 de l'année 2019

lun, 10/07/2019 - 19:25

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Le Monde Informatique] Open source et Défense: les liaisons dangereuses sur fond d'éthique

✍ Tamlin Magee, le dimanche 6 octobre 2019.

Le complexe militaro-industriel raffole des logiciels libres. Le Département de la Défense des États-Unis intègre avec boulimie de l’open source dans l’armée et dans les armes fabriquées pour son compte, depuis les avions de combat jusqu’aux lance-roquettes. Mais l’open source doit-il servir à tuer?

[motorsport.com] Pourquoi les top teams sont favorables à des pièces "open source"

✍ Fabien Gaillard, le samedi 5 octobre 2019.

Mercedes, Ferrari et Red Bull soutiennent l’idée des pièces open source en Formule 1, comme alternative à la standardisation souhaitée en 2021.

Et aussi: [Public Sénat] Souveraineté numérique: que contient le rapport du Sénat?

Le vendredi 4 octobre 2019.

La commission d’enquête du Sénat sur la souveraineté numérique remettait son rapport ce jeudi. Elle livre une série de recommandations pour que l’État se dote d’une doctrine, notamment grâce à une loi d’orientation et de suivi de la défense du numérique.

Et aussi: [Le Point] Droits voisins: enquête «exploratoire» de l'Autorité de la concurrence

Le jeudi 3 octobre 2019.

L’enquête de l’autorité administrative indépendante vise les nouvelles règles qu’appliquera Google concernant la mise en œuvre des droits voisins.

[La gazette.fr] Les logiciels open source ouvrent à des gestions plus libres (¤)

✍ Baptiste Cessieux, le mercredi 2 octobre 2019.

Comment choisir ses outils numériques? Etre sûr de conserver les informations et suivre les évolutions technologiques entre deux marchés publics? Editeurs et prestataires transforment leurs offres pour les rendre interopérables. De plus en plus, ils se tournent vers des logiciels ouverts.Les collectivités ont le choix entre la gestion interne ou externe de leurs logiciels et des données qu’ils produisent.

[ZDNet France] Open source: trois levées de fonds et 77 millions d'euros pour Akeneo, Gatsby et Scylla

✍ Thierry Noisette, le lundi 30 septembre 2019.

Ces trois start-up de l’open source, dont le français Akeneo qui à lui seul a obtenu 41 millions d’euros, ont annoncé des levées de fonds en septembre.

Et aussi:

Apéro April le 17 octobre 2019 à Montpellier

ven, 10/04/2019 - 09:54
Start: 17 Octobre 2019 - 18:45End: 17 Octobre 2019 - 19:30 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

Quand et quoi

Le prochain apéro à Montpellier aura lieu jeudi 17 octobre 2019 de 18h45 à 19h30 à l'adresse suivante : Do Tank, 2 rue du Pavillon, 34000 Montpellier.

Pour tous les détails rendez-vous sur le site de Montpel’libre.

Vous pouvez aussi vous inscrire sur le pad.

Les Aprilapéro Montpellier auront lieu le 3e jeudi de chaque mois.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (8 octobre 2019) - Logiciels libres et seniors - DRM - Stone From The Sky

jeu, 10/03/2019 - 16:59
Start: 8 Octobre 2019 - 15:30End: 8 Octobre 2019 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

-->

La trente-neuvième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 8 octobre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traitées sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Notre sujet principal portera sur les logiciels libres et les seniors. Au programme également : interview du groupe Stone From The Sky et la première chronique de Hoga qui portera sur les DRM (« menottes numériques »).

Si vous souhaitez poser une question en direct, pendant la diffusion de l'émission, vous pouvez appeler le 09 50 39 67 59 ou vous connecter sur le salon web.

Écouter le direct mardi 8 octobre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Liens utiles Les archives de l'émission

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Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 17 octobre 2019 à la FPH (Paris 11e) - accueil à partir de 18 h 30

mer, 10/02/2019 - 15:29
Start: 17 Octobre 2019 - 18:30End: 17 Octobre 2019 - 20:30 Le groupe de travail Sensibilisation ? L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement. Quand et quoi ? Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois à la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme (Paris 11e), à l'occasion de la Soirée de contribution au Libre organisée par Parinux.

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu jeudi 17 octobre 2019 . Horaires : de 18h45 à 20h30 (accueil à partir de 18h30). Adresse : FPH - Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme, 38 rue Saint-Sabin, Paris 11e. Arrêt de métro : Chemin Vert (ligne 8) et Bréguet-Sabin (ligne 5).

Pour tous les détails et vous inscrire, rendez-vous sur le pad.

Apéro April le 18 octobre 2019 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

mer, 10/02/2019 - 10:39
Start: 18 Octobre 2019 - 19:00End: 18 Octobre 2019 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que l'équipe salariée et de nombreuses personnes actives au sein de l'association. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro francilien aura lieu le vendredi 18 octobre 2019 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

« Libre à vous ! » diffusée mardi 1er octobre 2019 sur radio Cause Commune

mar, 10/01/2019 - 15:30

Au programme : les logiciels libres pour l'audio et la musique assistée par ordinateur avec Olivier Humbert et Yann Collette; chronique « La pituite de Luk » ; licence Colibre (Licence Professionnelle : Métiers de la Communication : Chef de projet : Logiciels Libres et Conduite de projet) avec Vincent Mabillot.

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

La trente-huitième émission a été diffusée mardi 1er octobre 2019.

Nous avons commencé par une présentation de la licence CoLibre (Licence Professionnelle : Métiers de la Communication : Chef de projet : Logiciels Libres et Conduite de projet) avec Vincent Mabillot, maître de conférences à l'université Lumière Lyon2 et responsable de la licence. Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui portait sur les logiciels libres pour l'audio et la musique assistée par ordinateur avec Olivier Humbert (administrateur de LinuxMAO, développeur du projet LibraZIiK) et Yann Collette (responsable d'un dépôt de paquets pour Fedora, fait de musique libre). Nous avons poursuivi par la chronique « La pituite de Luk ». Nous avons terminé par des annonces.

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3. -->

S'abonner au podcast

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (le jour même ou le lendemain).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la présentation de la licence CoLibre
  4. Références pour la partie sur les logiciels libres pour l'audio et la musique assistée par ordinateur
  5. Références pour la chronique « La pituite de Luk »
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Vincent Mabillot, maître de conférences à l'université Lumière Lyon2 et responsable de la licence CoLibre
  • Olivier Humbert (administrateur de LinuxMAO, développeur du projet LibraZIiK)
  • Yann Collette (responsable d'un dépôt de paquets pour Fedora, fait de musique libre)
  • Luk
  • Patrick Creusot, bénévole à l'April, à la régie
Galerie photos Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la présentation de la licence CoLibre Références pour la partie sur les logiciels libres pour l'audio et la musique assistée par ordinateur Références pour la chronique « La pituite de Luk » Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Éducation, sanction, prospective : que peut (vraiment) la CNIL pour protéger nos données - Émission Soft Power

mar, 10/01/2019 - 11:34


Titre : Éducation, sanction, prospective : que peut (vraiment) la CNIL pour protéger nos données ?
Intervenant·e·s : Marie-Laure Denis - Yves Citton - Gilles Fontaine - Sandrine Casilli - Zoé Sfez - Frédéric Martel
Lieu : Soft Power, France Culture
Date : juin 2019
Durée : 1 h 25 min (partie transcrite)
Écouter ou télécharger le podcast
Page de présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : logo de la Commission nationale de l'informatique et des libertés - Licence CC BY-NC-ND 3.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Un an après l'entrée en vigueur du règlement général sur la protection des données (RGPD), où en sommes-nous aujourd'hui ? Au-delà, qu'est-ce qui est mis en place pour protéger nos données ? Que peut (vraiment) la CNIL ? Nous en discutons avec sa présidente, Marie-Laure Denis.

Transcription

Voix off : Soft Power, Frédéric Martel.

Frédéric Martel : France Culture. Bienvenue dans Soft Power, le magazine des industries culturelles et du numérique, en direct jusqu’à 20 heures 30.
La CNIL, la Commission nationale de l'informatique et libertés, est là pour nous protéger. Cet organisme national a d’ailleurs comme devise, disons, protéger les données personnelles, accompagner l’innovation, préserver les libertés individuelles. Depuis février, la CNIL est présidée par la magistrate Marie-Laure Denis qui est mon invitée ce soir. Bonsoir Madame.

Marie-Laure Denis : Bonsoir Frédéric Martel.

Frédéric Martel : Vous êtes conseillère d’État. Avec vous nous parlerons des données comme enjeu de pouvoir, des données comme enjeu éthique. On dressera un premier bilan du RGPD, un an après, et on essaiera aussi d’imaginer l’avenir de la CNIL, au moment où tout ça s’accélère, où évidemment ces débats sont globaux et non pas simplement nationaux. La CNIL qui a 40 ans et peut-être pas tout à fait toutes ses dents !
Vous serez interrogée ce soir par trois journalistes, Marie-Laure Denis, sur France Culture en direct : Sandrine Cassini du journal Le Monde. Bonsoir Sandrine.

Sandrine Cassini : Bonsoir.

Frédéric Martel : Gilles Fontaine de Challenges.

Gilles Fontaine : Bonsoir Frédéric.

Frédéric Martel : Et Zoé Sfez de France Culture. Bonsoir Zoé.

Zoé Sfez : Bonsoir Frédéric. Bonsoir à tous.

Frédéric Martel : Toujours au sommaire de cette émission, nous parlerons ce soir de deux livres, celui de Françoise Nyssen, Plaisir et nécessité, un plaidoyer pro domo de l’ancienne ministre de la Culture et puis de East Village Blues de Chantal Thomas.
Et en seconde partie d’émission, à 20 heures, votre invité innovation ce soir, Zoé Sfez ?

Zoé Sfez : C’est, comment est-ce qu’on peut dire ça, le professeur de littérature et de médias, Yves Citton, qui travaille depuis très longtemps sur la question des médias et de l’attention et qui publie, qui codirige un ouvrage assez massif et important aux éditions UGA Écologies de l’attention et archéologie des média. On va essayer de poser les enjeux théoriques de sa recherche qui est une recherche qui, évidemment, éclaire toute une série de sujets dont nous parlons toute l’année ici, dans Soft Power.

Frédéric Martel : Et 20 heures 10, on continuera justement à parler de pensées et d’idées dans Le club de la presse numérique, car nous parlerons ce soir des penseurs du Web que sont ces auteurs qui nous aident justement à penser les mutations numériques. On fera un état des lieux, un tour d’horizon ; les penseurs du numérique et de la transition numérique.
Voilà pour le sommaire de ce magazine Soft Power ce soir. Cette émission est réalisée par Véronique Vila avec en régie Jacquez Hubert. Soft Power c’est aussi sur les réseaux sociaux au mot clé « soft power » et un podcast chaque semaine sur le site de France Culture. Sur itunes c’est sur l’application podcast de votre smartphone. Soft Power jusqu’à 20 heures 30 sur France culture en direct.

Plaisir et nécessité, tel est le titre d’un livre que l’ancienne ministre de la Culture, Françoise Nyssen, vient de publier aux Éditions Stock. Je commence cette émission en revenant sur ce récit à la première personne dont on a d’ailleurs déjà parlé sur France Culture, notamment, je crois, Mathide Serrell dans sa Chronique matinale et bien sûr Françoise Nyssen elle-même invitée des Matins.
Avec un peu de recul et après une lecture attentive, je dois dire que cet ouvrage m’a intéressé car il nous livre une vision interne, à vif, du pouvoir et notamment du fonctionnement du ministère de la Culture.
Avant d’en venir à sa fonction, Françoise Nyssen décrit minutieusement dans son livre son parcours, celui d’une femme de nationalité belge qui ne s’est jamais totalement sentie chez elle dans la politique française et dans les dîners en ville. Pourtant, ce parcours est plus militant qu’on ne le croyait, plus politique aussi, notamment plus à gauche. Les pages qu’elle consacre ensuite à Actes Sud, la maison d’éditions que son père, Hubert Nyssen, a fondée et dont elle a hérité sont passionnantes et bouleversantes. Celles aussi qu’elle dédie à son fils, Antoine, un jeune garçon surdoué qui s’est suicidé à 18 ans et dont le souvenir demeure à chaque minute d’une vie ainsi bouleversée, à chaque page de ce livre, et sans doute aussi à chaque moment de son action politique inattendue. En lisant ces pages on reste sans voix.
La tragédie de Françoise Nyssen, car c’en est une, est là dans sa brutalité ; une femme un peu hors-sol qui n’appartient à aucun parti, une éditrice brillante et convaincue qui n’avait aucun réseau politique, aucune connaissance des institutions, aucun allié dans la haute administration et pas non plus dans la presse. Tout ce beau monde, énarques et journalistes mêlés, lui a fait payer fort cher d’être une outsider.
Les chapitres qu’elle consacre à ces 17 mois passés au ministère de la Culture sont donc une description brute et parfois naïve de la rue de Valois et des egos démesurés que l’on y croise.
Le Premier ministre Édouard Philippe est la victime collatérale de ce livre. Il y est critiqué à de multiples reprises par Françoise Nyssen pour être un homme qui n’aurait pas le souci de l’art et ne s’intéresserait qu’aux questions de budget. On apprend au passage qu’Édouard Philippe était hostile au Pass Culture et il l’est sans doute toujours.
Les conseillers du Premier ministre, énarques et peu soucieux d’art eux non plus mais seulement d’audiovisuel, sont également raillés sans être nommés, tout comme la conseillère culture d’Emmanuel Macron, distante, réservée, pas assez franche. Stupéfaite, Françoise Nyssen découvre d’ailleurs que les notes qu’elle adresse au président de la République ne lui sont pas remises.
Dans son livre, elle sauve pourtant de ce jeu de massacre le président Macron dont elle trace un portrait chaleureux au chapitre 24. Un portrait, c’est beaucoup dire. Car ce livre est rédigé comme une longue interview orale, enregistrée puis retranscrite, sans aucun style. Souvent l’auteur se répète comme si elle ne s’était pas vraiment relue ou n’avait guère été éditée. D’ailleurs j’ai l’impression que ce quick book a été réalisé à partir d’entretiens oraux puis retranscrits par une plume, disons, bienveillante, comment savoir ?
Le livre est donc sans talent aucun. Il confirme à ses dépens qu’un éditeur est rarement un bon écrivain, une exception étant justement son père, Hubert Nyssen, dont les deux tomes de mémoires, L’éditeur et son double, que nous avons lus jadis, étaient de bonne tenue.
Dans son livre, Françoise Nyssen apparaît fondamentalement sympathique, avec une sincérité à fleur de ligne. Toute sa vie elle a cherché à corriger son image ; elle n’a pas voulu être seulement la fille de son père, ce qu’on lui a longtemps reproché. Elle a voulu être ministre en charge, qui ne se laissait imposer ni les nominations ni ne perdait ses arbitrages. Son directeur de cabinet, Marc Schwartz, c’est bien elle qui l’a voulu, insiste-t-elle, pourtant il a été bientôt viré.
La mission d’Erik Orsenna sur les bibliothèques, celle Stéphane Berne sur le patrimoine, Nyssen les a voulues aussi. La culture près de chez vous, son grand plan culturel qu’elle continue à juste titre à défendre, c’est elle encore.
Bien sûr elle aurait aimé avoir un secrétaire d’État chargé de l’audiovisuel auprès d’elle pour l’alléger, lui donner de l’oxygène quand déjà elle s’asphyxiait, mais son directeur de cabinet n’en a pas voulu.
Régulièrement dans son livre, Françoise Nyssen critique les nominations trop lentes, alors même qu’elle n’avait que dix conseillers dans son cabinet, qu’elle était censée travailler avec des directeurs d’administration centrale qui n’était pas nommés. On perçoit là une contradiction fondamentale du macronisme qui consiste à tout vouloir régenter depuis l’Élysée et, bien sûr, qui échoue à le faire dans le temps.
Françoise Nyssen est besogneuse, têtue et consciencieuse. Au ministère elle adopte une hygiène de vie rigoureuse : plus une goutte d’alcool, du yoga chaque jour et de la méditation.
Elle a été blessée, et le dit, qu’on dénonce des subventions abusives à Actes Sud ou encore un risque de conflit d’intérêt avec le milieu de l’édition, sans parler de ces fameuses mezzanines hors-normes, qui ont fait couler beaucoup d’encre. Dans le livre, l’éditrice millionnaire se défend bien ; elle est convaincue et on est plutôt enclin à croire son honnêteté. Après tout qu’Actes Sud, grande maison de littérature notamment étrangère, installée à Arles, ait bénéficié d’importantes subventions est tout à fait justifié : Actes Sud est une maison d’intérêt général.

À la lecture de ce livre, écrit comme un plaidoyer, on sourit quelquefois, par exemple lorsque Françoise Nyssen écrit, je la cite : « La marge de manœuvre dont je disposais était quasi nulle », ou quand elle tente de justifier son annonce, ridiculisée par tous, de faire circuler La Joconde.
Souvent elle dit qu’elle n’a pas compris, qu’elle ne comprend pas, qu’elle ne sait pas très bien ce qui s’est passé. Heureusement pour nous, elle rend à plusieurs reprises un bel hommage à France Culture, merci pour nous.

Françoise Nyssen a été beaucoup critiquée, y compris sur cette antenne et même dans cette émission. On oublie souvent, lorsqu’on critique l’action d’un ministre, que derrière la politique il y a une personne, derrière il y a un être humain qui peut être blessé. De cette blessure Françoise Nyssen a fait un livre.

Je retiendrai finalement sa passion pour ça, pour les livres, du moins pour ses propres livres. On est surpris, en effet, que la ministre cite majoritairement des auteurs d’Actes Sud dans son propre ouvrage : Paul Auster, Nina Berberova, Edgard Morin et Nancy Houston, Henry Mandras et le grand Alaa al-Aswany, ou même Nicolas Mathieu, un peu comme si Rimbaud, Shakespeare ou Dostoïevski n’existaient pas tant qu’ils ne sont pas publiés ou traduits par sa maison d’édition.
Lorsque j’ai lu le chapitre 32 de son livre, qui est construit sur le mode du Je me souviens de Gorges Pérec, j’ai commencé à douter. Le chapitre est médiocre, bien sûr, car n’importe quel auteur sans talent pourrait aligner ainsi ses « Je me souviens », mais Françoise Nyssen nous surprend d’abord agréablement. Au lieu de citer Pérec en modèle, elle cite, l’air de rien, le Je me souviens de Joe Brainard. On sait rarement en France que Pérec a plagié, du moins emprunté, sa grande idée à Joe Brainard qui avait créé avant lui ses I reember, même si Pérec a eu la délicatesse de le citer au début de son propre livre, édité à l’époque chez P.O.L puis chez Hachette et plus récemment chez Fayard. On se dit alors que Françoise Nyssen est lettrée et qu’au lieu de citer Pérec comme n’importe qui, elle cite Brainard. C’est habile et original, on l’aime davantage pour ça. Hélas, notre plaisir ne dure pas quand on découvre justement que l’éditeur français de ce Joe Brainard n’est autre qu’Actes Sud. C’est un détail bien sûr, mais le diable, on le sait, se cache dans les détails.
Françoise Nyssen était une ministre qui aimait les livres, une éditrice et maintenant une essayiste qui nous dit aimer les livres mais qui aime d’abord les seuls livres qu’elle édite et qu’elle veut nous vendre. C’est peut-être ici que réside fondamentalement le problème Nyssen.
Françoise Nyssen, Plaisir et nécessité chez Stock.

Pause musicale : Georgia, Kevin Abstract.

En écho à Tyler The Creator que nous avons écouté récemment dans cette émission, le rappeur Kevin Abstract à l’instant, lequel s’inscrit dans le même mouvement qui fait du hip-hop bien plus qu’un genre musical, mais aussi un style, un mode de vie, une attitude. Tyler The Creator et Kevin Abstract partagent d’ailleurs une même filiation : tous les deux sont ouvertement gays et en parlent dans leur rap, ce qui est rare, en tout cas reste rare, dans le hip-hop noir américain. Et tous les deux flirtent aussi avec la pop, certains titres du troisième album solo de Kevin Abstract ayant d’ailleurs été réalisés avec la complicité du producteur et auteur pop Jack Antonoff.
À l’instant c’était Georgia de Kevin Abstract.

Voix off : France Culture, Soft Power, Frédéric Martel.

Frédéric Martel : Marie-Laure Denis est la présidente de la CNIL1. La CNIL c’est la Commission nationale de l’informatique et des libertés, un organisme assez bien connu en fait en France et des Français ; créée en 1978 sous Valéry Giscard d’Estaing et dont le statut est celui d’une autorité administrative indépendante, pour parler du statut légal, c’est comme ça qu’on les appelle. Depuis le 2 février, la CNIL est présidée, donc dirigée par vous, Marie-Laure Denis. Vous avez succédé à Isabelle Falque-Pierrotin. Rebonsoir Madame.

Marie-Laure Denis : Bonsoir Frédéric.

Frédéric Martel : Je vais juste prendre un exemple parmi d’innombrables exemples, mais on a lu ces derniers jours que la CNIL venait d’infliger, début juin, 400 000 euros d’amende à un administrateur de biens qui s’appelle Sergic, ce n’est pas en soi le sujet de cette émission mais ça nous permet de comprendre comment ça fonctionne, en partant de cet exemple pour expliquer un peu comment travaille la CNIL. Vous avez découvert des fiches de paie, des avis d’imposition, des pièces d’identité que des locataires qui voulaient louer un appartement auprès de cet administrateur de biens avaient donc donnés, d’ailleurs des pièces dont sans doute certaines étaient illégales, qui avaient été réclamées pour pouvoir louer un appartement, sauf que cet administrateur de biens les avaient conservées. Des milliers de documents de candidats qui se sont accumulés dans les serveurs de cet administrateur de biens et qui, problème supplémentaire, se sont retrouvés en accès libre à la suite d’un défaut de sécurité informatique. Qu’est-ce que vous avez fait ? Comment vous avez su tout ça ? Comment vous avez enquêté et comment vous avez sanctionné ?

Marie-Laure Denis : Étant arrivée il y a quatre mois, le fait générateur du litige était probablement antérieur, je ne sais pas s’il y a eu une plainte ou si la CNIL s’est auto-saisie, elle peut faire les deux en tout état de cause, si ça a donné lieu à des contrôles sur place ou des contrôles en ligne, nous pouvons également faire les deux. Ce qui est certain c’est que la CNIL est dans son rôle en veillant à ce que les données et a fortiori les données qui sont sensibles, vous venez de les indiquer, ne se retrouvent pas dans la nature. Et elle est très attentive à ce qu’un certain nombre de principes soient respectés, c’est-à-dire que les responsables de traitement de données ne collectent que les données qui sont nécessaires à la finalité de leur traitement, que pour la durée de ces traitements et de façon proportionnée.

Frédéric Martel : Vous avez, par exemple, la possibilité d’aller dans une entreprise, quelle qu’elle soit, d’ouvrir les ordinateurs, de demander les clefs, d’ouvrir les coffres-forts ? Quel est votre pouvoir d’action dans ces cas-là ?

Marie-Laure Denis : À l’inverse d’autres autorités administratives indépendantes et comme par exemple l’autorité de la concurrence, nous avons un pouvoir d’enquête. Effectivement, nous pouvons nous rendre sur place sans prévenir et, comme vous dites, regarder concrètement les ordinateurs, ce qu’il en est des mesures de sécurité, s’il y a de la vidéo-surveillance et dans quelle mesure elle ne surveille pas trop scrupuleusement les salariés. C’est le genre d’enquête qu’on peut mener effectivement sur place et la sanction que vous avez évoquée, c’est la deuxième sanction émise par la CNIL depuis la mise en œuvre du RGPD2, le fameux Règlement général sur la protection des données sur lequel on reviendra peut-être. La première était au mois de janvier, une sanction plus significative encore, de 50 millions d’euros contre Google pour défaut d’information, de transparence et là, Sergic, 400 000 euros, pour une PME, certes importante, à qui on avait demandé, parce qu’on n’agit pas non plus sans discernement ; on est sensibles, naturellement, à la taille de l’entreprise, notre but n’est pas…

Frédéric Martel : Vous mettez aussi des avertissements ?

Marie-Laure Denis : Oui, tout à fait. En général on met en demeure, on adresse une mise en demeure, on souligne les manquements auxquels il nous paraît devoir être remédié rapidement. Cette entreprise, au bout de plusieurs mois, ne s’était toujours pas mise en conformité et là, en l’espèce, c’est la formation restreinte de la CNIL à laquelle je ne participe pas, qui est composée de six personnes de la CNIL dont des magistrats d’ailleurs, qui a infligé cette sanction.

Frédéric Martel : Les entreprises peuvent faire appel dans ces cas-là ?

Marie-Laure Denis : Oui, elles peuvent faire appel auprès du Conseil d’État, tout à fait.

Frédéric Martel : Auprès du Conseil d’État. Donc vous pouvez, dans ce cas-là, être confirmés ou votre décision peut être annulée ?

Marie-Laure Denis : Annulée, modifiée, invalidée sur le montant de la sanction.

Frédéric Martel : On est dans un État de droit.

Marie-Laure Denis : On est dans un État de droit, fort heureusement, et nous essayons naturellement d’avoir des sanctions, lorsqu’on en a, qui sont proportionnées au manquement. À la fois il peut y avoir des sanctions beaucoup plus importantes maintenant quantitativement puisque le Règlement dont je parlais permet de monter jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires mondial d’une entreprise. Là c’est nettement moins de 1 %, entre 0,5 et 1 %. Parfois une sanction de 10 000 euros, par exemple dans un cabinet dentaire, peut, en quelques mois, conduire à mettre en conformité, par un effet boule de neige, toute une profession. Notre but ce n’est pas de taper fort pour faire un coup d’éclat, mais c’est, dans des situations différentes, d’attirer l’attention de secteurs entiers sur la nécessité de se mettre en conformité.

Frédéric Martel : Marie-Laure Denis vous êtes la présidente de la CNIL. On va parler de la CNIL et de son avenir, du RGPD et de où en est un après. On évoquera la donnée comme enjeu éthique. On commence avec la donnée comme enjeu de pouvoir. Gilles Fontaine.

Gilles Fontaine : Bonsoir Marie-Laure Denis. Vous arrivez, je ne sais pas si c’est un bon ou un mauvais moment, en tout cas c’est un moment important. Les fameux GAFAM – Google, Amazon, Apple, Facebook et autres – après avoir été poursuivis, depuis maintenant deux décennies plus pour leurs pratiques anticoncurrentielles, sont aujourd’hui dans le viseur de pas mal de régulateurs pour leurs pratiques justement vis-à-vis de la protection de la vie privée et de la donnée personnelle. Par rapport à ces GAFAM, j’imagine que le rapport de force n’est pas le même, les moyens de pression non plus, le pouvoir de sanction est également différents. J’image qu’on ne sanctionne pas, vous l’avez dit, un cabinet dentaire comme on peut sanctionner un Google ou un Facebook. Vous êtes arrivée il y a peu de temps, vous l’avez dit et vous avez dit que vous alliez taper assez fort et avec plus de fermeté sur les entreprises qui ne respecteraient pas la régulation. Quelle est aujourd’hui votre analyse sur le comportement de ces géants américains de l’Internet ? Comment établissez-vous, justement aujourd’hui, la qualité de ce rapport de force, parce que c’est un rapport de force finalement, les moyens de pression ? Et puis est-ce que le pouvoir de sanction est suffisant, aujourd’hui, par rapport à ces grandes entreprises ?

Marie-Laure Denis : On tape fort, mais en même temps, juste en incidente, on essaye aussi d’accompagner les entreprises en leur fournissant beaucoup d’outils et beaucoup de pédagogie.

Frédéric Martel : Vous expliquez à Google comment ça marche ? Il mérite !

Gilles Fontaine : Je pense que Google est suffisamment équipé.

Marie-Laure Denis : C’est juste une incidente. Sur les GAFAM, je crois qu’ils ont tous les moyens, effectivement, de se mettre en conformité s’ils le veulent et probablement ont-ils d’ailleurs des pratiques, je ne sais pas si on peut les globaliser en un seul terme, je pense que chaque entreprise a peut-être des spécificités chez ces mastodontes américains et puis il y a aussi les mastodontes chinois, par exemple, ou autres.
Est-ce qu’on a les moyens d’agir contre les GAFAM ? D’abord, comme vous l’avez souligné Gilles Fontaine, je crois que depuis quelques années quand même, il y a beaucoup de leviers qui ont été utilisés : droit de la concurrence, vous l’avez dit, avec des amendes record, par exemple contre Google infligée par la Commission européenne notamment ; des débats sur la fiscalité on l’a vu ; le droit d’auteur ; des initiatives en matière de régulation de contenus, fake news, contenus haineux. Et le RGPD, le Règlement général sur la protection des données, qui est un règlement européen, a quand même cette vertu quasiment inédite dans l’Union européenne d’avoir un caractère extraterritorial, c’est-à-dire de jouer le même jeu, en réalité, que jouent d’autres pays envers nous. C’est-à-dire que même des entreprises qui n’ont pas nécessairement de siège en France mais qui utilisent les données des citoyens européens se voient appliquer ce règlement et toute la bulle de protection qui va avec.
Est-ce que c’est un règlement anti-GAFAM ? Non, mais comme le Règlement général sur la protection des données est un peu assis sur la notion de risque, naturellement les risques sont plus élevés quand vous vous adressez à Facebook qui, potentiellement, s’adresse à un tiers de l’humanité et potentiellement à 550 millions de citoyens européens qu’à d’autres responsables de traitement. Et comme je l’ai évoqué, 4 % du chiffre d’affaires mondial d’une entreprise qui est maintenant le montant maximal que peuvent sanctionner les autorités de protection de données dans les différents pays européens, ce sont naturellement des chiffres significatifs. On dira toujours que ce n’est pas assez ou que c’est trop, mais en tout cas avant ça n’était pas du tout ça. Il y a en plus un côté name and shame qui est plus important.

Gilles Fontaine : 4 % du chiffre d’affaires mondial, c’est beaucoup ! 50 millions d’euros, pour un Google, ce n’est pas beaucoup !

Marie-Laure Denis : Oui, ce n’est pas beaucoup, mais parce qu’en l’espèce le montant de la sanction que vous évoquez, qu’a infligée la CNIL au mois janvier, elle correspondait à une enquête précise, la création d’un compte sur Android en France et tout ça était proportionné. Il ne s’agit pas non plus, parce que c’est un très gros acteur, d’agir en dehors du cadre juridique qui doit être le nôtre.
Ensuite il y a la portabilité des données qui est un droit nouveau issu du RGPD. C’est-à-dire que vous pouvez demander à avoir les données qui sont utilisées par un responsable de traitement pour les transférer à un autre responsable de traitement ou ne pas les transférer, d’ailleurs, même pour des choses utiles, que vous jugez utiles, de la recherche par exemple ; c’est ce qu’on appelle un peu aussi la portabilité citoyenne. Donc ça c’est une façon aussi, c’est un outil ou un instrument pour être moins captif d’un réseau, donc c’est une arme supplémentaire.
Il y a une autre arme ou un autre outil, ce qui est peut-être plus adapté comme vocabulaire, pour contrecarrer la puissance des GAFA, et c’est aussi une nouveauté du RGPD, ce sont les plaintes collectives. Maintenant le Règlement européen permet notamment à des associations d’être la tête de pont.

Frédéric Martel : Class Action comme on dit.

Marie-Laure Denis : Oui, voilà. Il y a à la fois des actions de groupe envers les tribunaux pour obtenir cette fois-ci une réparation civile d’un préjudice supposé et puis, d’autre part, des plaintes collectives qui peuvent être déposées auprès des différentes autorités de protection des données.
Tous ça pour dire que nous avons des armes nouvelles ou des outils, je préfère quand même ce terme, des outils nouveaux pour, je crois, être en capacité d’influencer les GAFA en termes de protection des données, enfin dans leur montée en mise en conformité qui est nécessaire, effectivement.

Frédéric Martel : Sandrine Cassini.

Sandrine Cassini : Pour rebondir sur ce que vous dites par rapport au RGPD, on a l’impression, de manière un petit peu paradoxale que, finalement, ce Règlement a plutôt renforcé la position des GAFA dans l’écosystème parce que ce sont des entreprises énormes, qui ont des moyens énormes et qui ont des compétences qui leur permettent de maîtriser mieux que d’autres, mieux que toutes les PME françaises ce Règlement.

Frédéric Martel : Toutes les toutes petites startups françaises.

Sandrine Cassini : Est-ce que vous pensez vraiment aujourd’hui que ce Règlement a rempli sa mission ? Est-ce qu’on n’a pas un petit peu tapé à côté ? C’est un peu la question qu’on se pose un an après. On a l’impression que les petites PME ont vraiment du mal à se mettre en conformité, c’est-à-dire que ça rajoute une couche de complexité qui n’est quand même pas neutre. On voit bien qu’autour, comme dans toute création de couches complexes, il y a toute une série de petites entreprises qui se sont développées autour pour vendre du conseil, ce sont des phénomènes qu’on voit souvent quand il y a des couches administratives qui se créent.

Frédéric Martel : Des effets pervers finalement.

Zoé Sfez : Donc certaines étaient complètement illégales et qui ne servaient à rien et vous avez mis en garde contre, mais c’est un autre sujet. C'était des fausses entreprises de conseil qui ont extorqué… Beaucoup d’arnaques.

Frédéric Martel : Marie-Laure Denis.

Marie-Laure Denis : Des arnaques effectivement et on a saisi la direction générale de la concurrence, la répression générale des fraudes.

Sandrine Cassini : Excusez-moi, juste pour finir. Vous parliez de la portabilité des données, on peut demander ses données et les transporter porter ailleurs, je voulais savoir si vous avez regardé si la portabilité des données est finalement mise en œuvre par Facebook, Google ; est-ce que vraiment c’est effectif ? C’était un peu ce qu’on nous avait vendu : « vous pourrez très facilement retirer vos données de n’importe quel exploitant », on va dire, aujourd’hui est-ce que je peux retirer mes données facilement de mon assureur pour aller essayer de vendre mon profil d’assurance à un concurrent, par exemple ?

Frédéric Martel : Marie-Laure Denis.

Marie-Laure Denis : Merci beaucoup. Que le RGPD soit complexe, que ça ajoute des contraintes supplémentaires, que ça puisse être coûteux, que ça mobilise des énergies qui sont variées en plus, c’est peut-être ça la complexité, c’est-à-dire à la fois des informaticiens, des juristes, c’est vrai que c’est un sujet qui doit être porté au niveau de la gouvernance, finalement, d’une entreprise, même d’une petite entreprise parce qu’il y a des enjeux, même des enjeux de réputation, et parce que ce qui est quand même important dans l’économie numérique et son développement, si on veut qu’il soit soutenable, c’est la confiance. Et pour une petite entreprise le RGPD, la mise en conformité des données, on a cité un exemple tout à l’heure, c’est aussi important peut-être pour sa viabilité que pour un très gros opérateur qui aura d’autres avantages à faire valoir.
Ensuite, quand vous dites est-ce qu’on n’a pas tapé à côté, je crois que le RGPD favorise aussi, contrairement à ce qu’on peut penser, une certaine innovation d’entreprises ou de startups. Nous on est en contact très régulièrement avec environ 150 startups qui, précisément, essayent de développer tout ce qui favorise la protection de la vie privée, y compris, comme on dit maintenant, le privacy by design, c’est-à-dire dès la conception des interfaces ; par exemple les développeurs essayent ou doivent essayer de prendre en compte de plus en plus ces aspects de protection de la vie privée. Je ne crois pas qu’il faut opposer les petits et les grands et, au contraire, à côté de grosses entreprises pour lesquelles la confiance qu’on a dans la collecte de données n’est peut-être pas tout à fait avérée, il peut y avoir des alternatives utiles en matière de protection des données.

La portabilité est un nouveau droit. C’est toute la difficulté, effectivement, et je pense que c’est tout l’enjeu pour la CNIL. Si 70 % des Français se disent plus sensibles qu’avant — alors avant c’est quelques mois avant quelques années avant — à la protection de leurs données, il y en a quand même un certain nombre qui ne savent pas des choses très concrètes : qu’ils ont le droit d’être informés sur l’utilisation de leurs données, qu’ils doivent, dans la plupart des cas, donner leur consentement à l’utilisation de ces données et qu’ils peuvent s’opposer à un certain nombre de prospections commerciales ou autres, y compris celui de la portabilité des données. Peut-être que le premier enjeu pour nous c’est l’effectivité des droits et celui, entre autres, de la portabilité que vous évoquiez.

Frédéric Martel : Zoé.

Zoé Sfez : Je vais continuer la question de Sandrine en fait, finalement élargir avant qu’on parte, peut-être, à la question éthique, mais les deux sont liées. Effectivement vous l’avez dit, presque un soft power du RGPD qui sévit même outre-Atlantique. Le but, effectivement dès le début, c’était à la fois de sensibiliser des gens qui, parfois, n’étaient même pas conscients du fait qu’ils donnaient leurs données et, par ailleurs, de développer cette logique by design c’est-à-dire dès le début au lieu de corriger, de penser autrement. J’élargis un peu la question. Est-ce que la question de la vie privée, comme certains penseurs du Web le disent, Evgeny Morozov ou inversement Gaspard Koenig qui lui, de l’autre côté, est complètement libéral, n’est pas finalement complètement annexe voire n’est même plus pertinente aujourd’hui quand on comprend la place que la donnée va avoir et a déjà dans l’économie de demain de manière presque mondiale ? Est-ce que cette question de la vie privée, finalement, n’est pas caduque ? Gaspard Koenig fait partie des gens qui préconisent qu’aujourd’hui, dans une version très libérale de cette économie numérisée, on puisse, par exemple, être détenteur de ses propres données et, finalement, les vendre au plus offrant. Inversement, quelqu’un comme Evgeny Morozov considère que pour qu’on soit, disons, dans une conception économique pas trop catastrophique il faut établir le principe de la souveraineté des données, les donner aux États ou autres. Est-ce que finalement ce combat de la CNIL n’est pas un peu à côté de la plaque au sens où la vie privée n’est pas le domaine le plus important dans cet enjeu de la reconversion de la société vers un société numérisée on va dire ?

Marie-Laure Denis : Là où je vous rejoins c’est qu’il y a un certain nombre d’individus qui s’exposent sans avoir conscience, effectivement, de la traçabilité qui est faite de leurs données à des fins de ciblage publicitaire, puisque le business model, le modèle économique des entreprises dont vous parlez, c’est précisément de vendre de l’attention, « du temps de cerveau disponible » comme aurait dit avant un certain responsable de chaîne de télévision, à des fins de ciblage publicitaire.

Zoé Sfez : C’est-à-dire que Facebook n’est pas gratuit. En tout cas Facebook est gratuit, mais vous lui donnez vos données.

Marie-Laure Denis : Il y a une vision de la gratuité. C’est vrai que certains parlent des travailleurs du clic, en quelque sorte, d’où la question qui peut être posée de la propriété des données.
Nous à la CNIL, et en Europe d’une façon générale, on est très attachés à ce que les données ne soient pas cessibles, parce qu’on pense que c’est un peu un marché de dupes.

Frédéric Martel : De dupes. Mais en même temps c’est leur modèle économique.

Zoé Sfez : C’est-à-dire que de facto c’est une bataille.

Frédéric Martel : Donc c’est une bataille quasiment perdue d’avance à moins qu’ils n’existent plus, parce qu’ils vivent de ça : vous leur enlevez les données, il n’y a plus de Google, il n’y a plus de Facebook, il n’y a plus d’Amazon.

Gilles Fontaine : Il n’y aura pas non plus de géants européens de l’Internet puisque c’est vraiment le modèle, effectivement, de ces grands.

Zoé Sfez : Juste pour compléter là-dessus, on voit bien aux États-Unis ce renforcement des données. Par exemple quand vous allez aujourd’hui sur The Washington Post, on vous propose trois types d’abonnement : un complètement gratuit, un mi-gratuit mi-payant et un entièrement payant, c’est dans le cas où vous refusez qu’on exploite vos données. En fait est-ce qu’il n’y a pas un décalage entre ce qu’on propose et le modèle économique de l’Internet et de tout un tas de services, qui s’est développé justement sur cette exploitation-là ? Et là le RGPD ça a créé quoi pour l’utilisateur final ? Aujourd’hui on est envahi sur n’importe quel site – on ne parle même pas des GAFAM –, mais sur n’importe quel site où vous allez, vous cliquez votre consentement pour accéder à un site. Est-ce que ça veut dire pour l’utilisateur qu’il donne un consentement éclairé quand il a des pages et des pages à lire ? Il n’a pas du tout envie de lire, il a envie d’accéder au service, un service qu'il aime.

Frédéric Martel : Eh s’il dit non il ne peut pas avoir accès à son journal !

Zoé Sfez : S'il dit non, voilà ! Ou alors, aux États-Unis, il paye.

Sandrine Cassini : Pas sur tous les sites.

Zoé Sfez : Est-ce qu’il n’y a pas une espèce de décalage ?

Frédéric Martel : Marie-Laure Denis, comment vous réagissez sur ces problèmes ?

Marie-Laure Denis : Il y a beaucoup de questions en peu de temps sur des sujets qui sont quand même assez nouveaux.

Frédéric Martel : C’est l’exercice, vous avez 30 secondes.

Marie-Laure Denis : C’est l’exercice, écoutez merci, je vais m’y essayer alors.
Vous l’avez souligné, effectivement je pense qu’il faut veiller à ne pas aller vers un Internet à deux vitesses, un Internet faussement gratuit, en quelque sorte, où on moissonne vos données et on les transmet à des tiers, et puis un Internet payant qui lui serait un peu pur parce que vous avez les moyens de refuser, en quelque sorte, qu’on exploite vos données. Mais justement, toute la philosophie du RGPD, ce n’est pas « est-ce que vous voulez vendre vos données ? », c’est « est-ce que vous êtes d’accord pour l’usage qui va être fait de vos données ? » Le consentement, je suis d’accord avec vous, n’est pas nécessairement comme le souhaite le RGPD, libre, avec une alternative éclairée, explicite, etc. C’est tout le sens de la sanction de Google.

Gilles Fontaine : Est-ce qu’il ne faudrait pas clarifier un petit peu le dispositif et le faire évoluer ?

Marie-Laure Denis : Précisément j’ai réuni, à leur demande d’ailleurs, les professionnels de la publicité le 25 avril dernier et on va travailler avec eux, on va adopter des lignes directrices nous à la CNIL, en juillet vraisemblablement, et travailler avec eux pendant six mois sur, justement, la gestion des cookies, c’est-à-dire ces traceurs qui sont déposés sur vos téléphones portables, sur vos tablettes, sur vos ordinateurs et qui permettent de faire ce ciblage publicitaire et d’utiliser des données ; vous ne savez pas où elles vont, comment elles sont collectées.

Sandrine Cassini : Elles peuvent être revendues.

Marie-Laure Denis : Elles peuvent être revendues à des tiers, etc. Justement le RGPD a les outils pour essayer d’obtenir un consentement plus libre et éclairé de ce point de vue-là ; c’est un exemple parmi d’autres.
Sinon vous évoquez une sorte de défaite mondiale, si je résume, mettons une capitulation mondiale par rapport à la protection des données. Moi j’ai fait deux déplacements à l’étranger depuis que je suis à la CNIL et ce n’est pas du tout ce que j’ai ressenti. On aura peut-être l’occasion d’en dire un mot.

Frédéric Martel : Vous voulez dire qu’en Californie et chez Alibaba en Chine tout le monde se dit « attention Marie-Laure Denis arrive » et ils sont terrorisés. Google se méfie désormais.

Marie-Laure Denis : Il me reste quand même encore un peu de lucidité malgré la chaleur, je vous rassure Frédéric Martel, en tout cas la Californie a adopté une loi sur la protection des données qui devrait entrer en vigueur au mois de janvier prochain, dans le berceau de la Silicon Valley.

Sandrine Cassini : Qui s’inspire du RGPD européen.

Marie-Laure Denis : Qui n’est pas un copié-collé, mais qui s’est quand même inspirée très largement du RGPD. Les Américains sont en train de réfléchir à une loi fédérale sur la protection des données, peut-être pour qu’elle soit moins exigeante, d’ailleurs, que la loi californienne, je ne sais pas.

Frédéric Martel : Il y a aussi des organismes de régulation, on le sait, la FTC [Federal Trade Commission], la FCC [Federal Communications Commission], le Département d’État, le département of Justice qui dépend du ministère de la Justice, etc.

Marie-Laure Denis : Oui. Donc je ne suis pas du tout d’accord avec cette analyse que les différentes instances de régulation y compris mondiales, concurrence ou autres, protection des données, aient capitulé, au contraire, par rapport à la protection des données.

Frédéric Martel : Gilles Fontaine.

Gilles Fontaine : J’avais une question. On va sortir un tout petit peu de ce débat sur le RGPD et la gestion de la donnée personnelle, mais malgré tout c’est un enjeu qui est probablement encore plus fort, celui de la reconnaissance faciale. En Europe et en France en particulier, pour le moment il n’y a pas de débat puisqu’on a dit à peu près non. Il y a une pression assez forte des géants de l’Internet américains et chinois. Tous les téléphones chinois, de toute façon aujourd’hui, sont équipés, quand on les achète, d’un outil de reconnaissance faciale qui est bien plus efficace que la reconnaissance d’empreintes digitales. Quelle est votre position là-dessus ? Est-ce qu’il faut ouvrir le débat ? Est-ce qu’il faut réguler et autoriser certains acteurs à avoir effectivement recours à ce type de reconnaissante ? On dit que la reconnaissance faciale sera probablement ce qui remplacera un jour nos fameux mots de passe, qui peuvent être de plus en plus facilement décodés et qu’on retrouve éventuellement, d’ailleurs, sur le dark web et qui peuvent être utilisés par des hackers. Quelle est votre position là-dessus ? Est-ce vous en discutez avec vos homologues européens et avec les géants de l'High-Tech, qu’ils soient américains ou asiatiques ?

Marie-Laure Denis : C’est vrai qu’il y a une tendance à plus de reconnaissance faciale. Dans certains pays on le sait très bien, en Chine notamment, avec un modèle qui peut aller ou qui va dans des proportions déterminées…

Frédéric Martel : Bien au-delà de George Orwell.

Marie-Laure Denis : Vers un certain contrôle social.

Gilles Fontaine : On paye avec son visage en Chine aujourd’hui.

Frédéric Martel : On rentre aussi en France, vous le savez sans doute Marie-Laure Denis, on rentre aujourd’hui en France avec la reconnaissance faciale dans un certain nombre d’aéroports, notamment à Charles De Gaulle, dès lors qu’on utilise des passeports de type PARAFE [passage automatisé rapide aux frontières extérieures].

Marie-Laure Denis : Biométrique, avec un dispositif PARAFE effectivement, qui est assis sur un texte, qui présente un certain nombre de garanties. On en parle beaucoup au sein du collège de la CNIL, parce que c’est une instance collégiale de 18 membres. On n’est pas hostiles par principe à la reconnaissance faciale qui peut présenter des intérêts en termes de sécurité publique, pour retrouver les auteurs d’un attentat ou, plus simplement, pour authentifier, pour gérer les flux par exemple dans des aéroports ou autre. Simplement, la reconnaissance faciale se fait à partir d’éléments biométriques, donc c’est vraiment votre identité, c’est quand même quelque chose d’extrêmement intrusif en ce sens où, en termes de sécurité, si vous perdez votre mot de passe ou si vos données bancaires sont piratées, eh bien vous remplacerez votre mot de passe et vous remplacerez votre carte bancaire. En revanche, vous ne remplacerez pas une partie de votre identité qui permettra de vous identifier, par définition, n’importe où dans le monde. Donc il y a quand même des enjeux de sécurité et d’intrusion pour la vie privée qui sont extrêmement importants. Pour dire les choses clairement il y a, pour nous, des trous dans la raquette sur le plan juridique parce que les développements technologiques vont plus vite que le droit dans ces domaines, c’est tout l’intérêt de la régulation, justement, que de pouvoir essayer d’apporter des réponses.

Frédéric Martel : Tout le problème aussi de la régulation. Dans un monde où tout s’accélère, la vitesse de l’innovation numérique que vous évoquez, comment est-ce que vous êtes capables de suivre sans parler des lois et sans parler bien sûr des punitions qui arrivent parfois des années après que ces évolutions numériques ont eu lieu ?

Marie-Laure Denis : Je prends un exemple très concret. Maintenant la CNIL ne donne plus d’autorisation de déclaration, mais on peut lui demander des conseils et elle peut émettre un certain nombre de réserves. Pour le carnaval de Nice on nous a soumis un dispositif qui permettait d’accéder, avec un dispositif de reconnaissance faciale, au carnaval. Nous on a imposé un certain nombre de garanties. Ces garanties étaient : il faut qu’il y ait une alternative ; tout le monde n’est pas obligé de passer par la file de reconnaissance faciale ; il faut que les gens donnent leur consentement, qu’ils soient informés, que les durées, que ce soit conservé très peu de temps. Et ça c’était à des finalités de test d’un dispositif, ce n’était pas, parce que sinon n’aurait pas pu l’autoriser pour des raisons juridiques, pour arrêter quelqu’un, etc. Donc on n’est pas contre la recherche, les tests, l’innovation, mais, encore une fois, c’est très intrusif et ce qu’a fait la CNIL à l’automne dernier c’est qu’elle a appelé, parce qu’elle considère que la reconnaissance faciale et la façon de l’encadrer, quel que soit son intérêt, ça mérite un débat, que la société s’en saisisse, que les pouvoirs publics s’en emparent, la CNIL a appelé à l’automne dernier à ce qu’il y ait un débat sur ce sujet, qui pour nous est un sujet de société, et je constate que le ministre de l’Intérieur est allé à Nice vendredi et qu’il s’est, d’après ce que j’ai lu, dit ouvert à l’ouverture d’un débat sur la reconnaissance faciale. Donc en ce sens j’espère qu’on aura été un aiguillon à ce stade utile et en tout cas vigilant sur cette nouvelle technologie.

Sandrine Cassini : Donc sur cette technologie vous n’êtes pas fermés. Vous êtes plutôt pour une ouverture contrôlée. C’est un peu inexorable comme mouvement, finalement.

Marie-Laure Denis : Je pense qu’on n’a pas à être pour ou être contre. En tout cas il y a un mouvement et il s’agit de l’encadrer.

Sandrine Cassini : De l’accompagner.

Marie-Laure Denis : Parce qu’il peut être extrêmement intrusif. D’une façon générale, la CNIL n’est pas là pour opposer des intérêts qui peuvent être contradictoires ou sembler contradictoires, mais essayer d’apporter des garanties, en fait.

Voix off : France Culture, Soft Power, Frédéric Martel.

Frédéric Martel : France Culture, 19 heures 42. Mon invitée ce soir est Marie-Laure Denis, la présidente de la CNIL. Elle est interrogée par Sandrine Cassini du journal Le Monde, Gilles Fontaine de Challenges et Zoé Sfez de France Culture.
On a évoqué le RGPD, on est revenu sur les sanctions et la donnée, au fond, comme enjeu de pouvoir. On évoquait à l’instant l’intelligence artificielle, la reconnaissance faciale. Prenons, peut-être, un certain nombre de questions plus liées aux évolutions de ce secteur, notamment. D’abord c’est un secteur globalisé, c’est un secteur où la France peut dire ce qu’elle veut, mais elle est un petit ensemble d’un ensemble bien plus grand. Comment est-ce que vous travaillez avec les autres pays européens, d’abord, pour commencer, sachant qu’il y a des CNIL ou des équivalents un peu partout en Europe ? Elles sont organisées, elles se réunissent ? Est-ce que vous avez un moyen de structurer tout ça ?

Marie-Laure Denis : Avant les CNIL se réunissaient effectivement, mais elles n’avaient pas un mode de fonctionnement aussi intégré que maintenant. Moi, très concrètement, je vais à Bruxelles deux jours par mois, les équipes de la CNIL il y a entre 10 et 15 personnes qui sont à Bruxelles au sein de ce Comité européen de la protection des données qui a vocation à édicter des lignes directrices pour accompagner les individus, les entreprises essentiellement et les pouvoirs publics aussi, parce la protection des données c’est public et privé, pour leur donner les meilleurs outils possible. Donc déjà on réfléchit ensemble et on propose une lecture, une interprétation concrète du Règlement, ensemble.
Ensuite, il y a un autre thème qui est extrêmement concret c’est que lorsque les plaintes que l’on reçoit concernent plusieurs pays, plusieurs CNIL, aujourd’hui il y a mécanisme de guichet unique, c’est un plus maintenant pour les citoyens.

Sandrine Cassini : Depuis le RGPD ?

Marie-Laure Denis : Oui. Depuis le RGPD, ils n’ont plus à s’adresser à différentes CNIL, Ils s’adressent à la CNIL qui est dite leader, en quelque sorte lead, en général où est le siège de l’entreprise et on instruit dans ces cas-là ces plaintes entre les CNIL qui sont intéressées par la plainte.

Frédéric Martel : On n’a encore jamais vu de sanction européenne.

Marie-Laure Denis : Elles vont arriver. À mon sens elles vont arriver. Il y a 20 % de nos plaintes qui sont instruites de cette façon et notamment la CNIL irlandaise qui focalise particulièrement l’attention à cause du siège social d’un certain nombre.

Sandrine Cassini : Et à cause du régime fiscal, en tout cas de la politique fiscale irlandaise.

Marie-Laure Denis : En tout cas il y a des sièges, effectivement, qui sont là et l’autorité irlandaise est lead dans un certain nombre d’actions dont d'ailleurs des actions qui ont été initiées par des plaintes collectives portées par des Français et qui peuvent « embarquer », entre guillemets, 1000 ou 10 000 plaintes par exemple. On a des contacts avec l’autorité irlandaise.

Frédéric Martel : Comment ce monde-là s’organise et s’articule avec ce que fait l’Union européenne ? Je pense notamment à la Commissaire européenne qui, jusqu’à présent, était très active dans la question de concurrence, Margrethe Vestager. Vous travaillez avec elle ? C’est totalement indépendant ? Elle aussi met des amendes ? Comment tout ça s’organise ?

Marie-Laure Denis : La Commission européenne a d’ailleurs des représentants qui assistent à nos réunions, mais qui n’ont pas un droit de vote parce que ce sont les CNIL européennes qui se réunissent et qui décident. En tout cas il y a une articulation de point de vue-là. Mais je pense qu’il y a différents leviers qui sont actionnés pour que le numérique soit le plus soutenable et éthique possible et la commissaire que vous citez, comme ses fonctions la prédisposent, elle agit dans le domaine de la concurrence qui n’est pas le nôtre même s’il y a naturellement des points de convergence.

Frédéric Martel : Comment vous distinguez les deux : concurrence d’une part et puis vraiment défense des droits des citoyens, défense des libertés individuelles ?

Marie-Laure Denis : Il y a des liens et des recoupements dans la mesure où la donnée étant un élément central naturellement de l’économie aujourd’hui.

Frédéric Martel : C’est à la fois de la concurrence et à la fois de la vie privée.

Marie-Laure Denis : Voilà. Il y a au contraire plusieurs leviers. La protection des données ce sont les CNIL européennes.

Frédéric Martel : Gilles Fontaine.

Gilles Fontaine : Plus largement, c’est presque une question philosophique, mais on voit bien qu’en Europe on se bagarre contre des grands groupes qui utilisent la donnée personnelle, on l’a vu, pour leur business, que ce soit en Chine ou aux États-Unis. En Europe, justement, est-ce que votre action n’est pas antinomique par rapport au développement d’un grand groupe, finalement, européen sur Internet qui aurait la publicité comme principal commerce, puisque, encore une fois, la data, la donnée privée est leur matière première ? Comment est-ce que vous conciliez ces deux-choses-là ? Est-ce que c’est une chose que vous avez à l’esprit ? Encore une fois c’est très philosophique ; il n’est pas question d’arriver à une société comme la Chine où on est filmé en permanence, où toutes nos données sont utilisées, transformées, malaxées par ces grands groupes ; finalement c’est aussi une donnée… Vous participez à la création de ce climat concurrentiel.

Marie-Laure Denis : Si je comprends bien votre question, nous on ne cherche pas à opposer la vie des affaires et la protection de la vie privée. En quelque sorte, on pense que la vie des affaires se portera d’autant mieux qu’elle intégrera les questions de protection de vie privée auxquelles les gens, quoi qu’on en dise, sont de plus en plus sensibles. Il y a quand même eu un certain nombre de scandales. Tout à l’heure on a évoqué un moment l’éthique. On voit bien que des données de 90 millions d’utilisateurs d’un réseau social ont pu être utilisées pour influer sur des élections ou essayer d’influer sur des élections aux États-Unis ou en Angleterre. On voit bien que les plaintes que nous recevons à la CNIL, plus d’un tiers des plaintes concerne la réputation des gens sur Internet, donc ils ne sont pas contents de la façon dont leurs données sont utilisées. Donc je pense que les entreprises qui seront de plus en plus vertueuses en matière de protection des données — même les numéros 1 des GAFA aujourd’hui appellent, en quelque sorte, à une loi fédérale aux États-Unis ou au respect de la vie privée — auront un avantage complémentaire.

Frédéric Martel : Une question sur la santé Zoé Sfez.

Zoé Sfez : Oui, parce que là on parle des GAFAM, on parle des États-Unis, on parle des grands groupes, des médias sociaux, de ces économies qui reposent sur l’attention et donc sur les données, mais il y a un secteur en France où, d’ailleurs, il y a de gros acteurs français qui sont leaders européens, c’est le secteur de la santé. Je sais que la CNIL s’était opposée à l’existence du fameux dossier médical partagé, en tout cas vous aviez mis en garde plusieurs fois contre ça. On a beaucoup d’oracles, cassandres ou tibérias, qui aujourd’hui nous disent - d’ailleurs il y a eu un gros accord entre Sanofi et Google la semaine dernière sur cette question - « l’avenir est à la médecine prédictive ». On aura, en gros, une alliance entre les assurances, des gens qui collectent nos données, des groupes pharmaceutiques et là il y a des acteurs français majeurs, très importants dans ce système.là. Quelle place vous pourriez avoir là-dessus ? Est-ce que ce système de la médecine prédictive où, en fait, on se soigne quasiment intégralement par la donnée, voire presque, on est responsable de sa propre bonne santé, quel rôle vous pourriez jouer là-dedans ? On n’est même plus sur de la vie privée, là on est carrément au-delà. Est-ce qu’il ne faut pas disons une métamorphose, voire une montée en puissance d’autorités comme la vôtre ? J’imagine que vous allez me répondre oui, mais bon !

Marie-Laure Denis : Oui.

Zoé Sfez : Merci.

Marie-Laure Denis : Par exemple il y a eu un projet de loi sur la santé. Il y a un élément d’activité de la CNIL qui est peu connu à l’extérieur c’est qu’on rend des avis sur les projets de décrets, les projets de lois et, par exemple l’année dernière, on a en a rendus 120, ce n’est quand même pas rien tant la donnée est maintenant transversale, que ce soit Parcoursup la création du Health Data Hub. Effectivement, dans le domaine de la santé, il y a un intérêt à ce que de plus en plus de données soient utilisées pour faire un certain nombre de pronostics, pour faire de la recherche, etc.

Zoé Sfez : En même temps vous tapez sur la Sécurité sociale très souvent en disant qu’ils gardent très mal nos données.

Marie-Laure Denis : Tout ça n’est pas antinomique et on est effectivement très attentifs à la sécurité des données ; toute violation de données doit nous être notifiée maintenant sous 72 heures, etc. J’ai vu effectivement l’accord ou le renforcement probablement de l’accord entre Google et Sanofi.
Vous avez évoqué la médecine prédictive donc l’utilisation d’algorithmes. Nous on a aussi, à la CNIL, un rôle d’éclaireur, de rendre plus lisibles des écosystèmes qui sont complexes. On a une équipe d’expertise technologique qui, je crois, est réputée et fait des choses utiles. On a mené toute une réflexion à la CNIL sur les algorithmes et l’intelligence artificielle en 2017-2018 et on en a dégagé un certain nombre de principes. En ce qui concerne les algorithmes, on pense qu’il doit y avoir une transparence aussi lisible que possible sur l’utilisation de ces algorithmes, qu’il doit y avoir une intervention humaine aux différentes étapes de la chaîne et que les choix fondamentaux doivent relever d’un décideur qui ne soit pas une machine. Par exemple on peut comprendre que pour affecter 800 000 bacheliers dans 13 000 formations ça soit utile d’utiliser des algorithmes, mais est-ce que la société a accepté ? Les pouvoirs publics ont aussi dû évoluer par rapport au fait que c’était une machine par tirage au sort qui affectait des bacheliers dans les filières sous tension.

Zoé Sfez : On parle là de Parcoursup, particulièrement.

Marie-Laure Denis : Parcoursup. Mais la même chose est valable pour la santé qui est a fortiori considérée comme une donnée sensible au sens européen sur laquelle on est particulièrement vigilants.

Zoé Sfez : C’est hyper-intéressant ce que vous nous dites. Vous dites que vous avez effectivement ce pouvoir de conseil, etc., que vous êtes pour la transparence des algorithmes. Question un peu violente, ça donne quoi concrètement ? Qui vous écoute ? Est-ce que vous avez un pouvoir, on va dire, sanctionnant ou impératif ? Tout ça reste quand même consultatif, ce sont des avis.

Frédéric Martel : Là ce sont des avis.

Zoé Sfez : Et les avis ça reste consultatif.

Marie-Laure Denis : C’est beaucoup de pédagogie. Les avis restent facultatifs, enfin facultatifs non. On doit être suivis.

Zoé Sfez : Consultatifs.

Marie-Laure Denis : Consultatifs. Cela dit quand nos avis sont publiés, c’est le cas.

Frédéric Martel : Les députés peuvent s’en emparer lors de débats.

Marie-Laure Denis : Nos avis sont publiés au moment de la publication des décrets et des lois. Par définition, on est les seuls à avoir un regard extrêmement attentif sur la protection de la vie privée, même si d’autres instances l’ont, le Conseil d’État, etc., mais un avis expert et je peux vous dire que les avis de la CNIL, j’ai la faiblesse de penser…

Zoé Sfez : Sont suivis.

Marie-Laure Denis : Alors suivis, peut-être pas toujours, mais en tout cas j’ai la faiblesse de penser qu’ils sont utiles.

Zoé Sfez : Écoutés.

Marie-Laure Denis : Écoutés et participent au débat public justement.

Frédéric Martel : Une dernière question peut-être, Gilles Fontaine.

Gilles Fontaine : Juste une question.

Frédéric Martel : Une à chacun mais très rapidement.

Gilles Fontaine : Concrètement. Vous parliez de vos discussions avec les représentants des GAFAM, on avait commencé par là tout à l’heure, qu’est-ce que vous vous racontez ? On a effectivement l’impression, vous l’avez dit, que les gens, les citoyens français sont de plus en plus concernés quand même, comme les Américains, sont inquiets de ce qu’on fait de leurs données personnelles. Sans violer des secrets professionnels, quelle est la nature… ?

Marie-Laure Denis : Il n’y a aucune violation de secrets en ce sens où on a les contacts avec les GAFA qu’on a, aussi curieusement que ça puisse paraître, avec d’autres entreprises qu’on accompagne. On n’a pas un sort GAFA particulier, ou alors il faut répondre de façon plus globale sur les GAFA en disant que la CNIL qui a une antériorité en Europe sur ces questions, parce que, vous l’avez rappelé, elle a 40 ans ou l’Europe qui a maintenant une voix sur la protection des données qui porte réellement à l’étranger. J’étais par exemple au Japon, invitée par les CNIL asiatiques, il va y avoir un G20 à la fin de la semaine prochaine sur les GAFA, il est tout à fait possible que pour la première foism, dans une déclaration d’un G20, il y ait des déclarations sur la protection des données. Donc on parle aux GAFA par RGPD interposé si j’ose dire. Il y a maintenant un standard européen qui est très exigeant et dont les autres pays et les entreprises, les grandes entreprises des autres pays sont obligés de tenir compte.

Frédéric Martel : Une dernière question Sandrine Cassini, très brièvement.

Sandrine Cassini : Juste pour revenir sur les algorithmes, vous en parliez, je pense que c’est quand même le sujet d’avenir, jusqu’où peut aller cette transparence ? Est-ce que vous travaillez sur les biais des algorithmes, parce c’est quand même une grande question avec l’intelligence artificielle : est-ce qu’on transmet nos propres biais cognitifs à l’algorithme ? À savoir l’algorithme va plus favoriser les hommes blancs de 40 ans, plutôt que les femmes ou…

Marie-Laure Denis : Oui, bien sûr, on travaille sur les biais et on essaie justement de les mettre en valeur, enfin les mettre en valeur pour les contrer par définition en tout cas. Un algorithme doit aider à la prise de décision mais ne pas prendre la décision nécessairement à la place de… Finalement c’est une succession d’étapes pour prendre une décision. Une recette de tarte aux pommes c’est un algorithme en quelque sorte. La justice, si on prend 50 années de jurisprudence pour aider le juge à prendre une décision, mais qu’on se fonde sur la jurisprudence pénale aux États-Unis depuis les années 50-60, il y aura un biais racial par exemple. Si en matière de RH pour un recrutement en termes de salaire, on prend les salaires déjà existants entre les hommes et les femmes, on dupliquera, effectivement, les différences de traitement existant. Donc il faut rendre lisible tout ça pour qu’il y ait des interventions humaines et qu’on ne soit pas nous-mêmes les victimes de la machine et de ceux qui auront entraîné l’algorithme en quelque sorte.

Frédéric Martel : Ce que nous sommes un peu pour l’instant, mais heureusement la CNIL veille !

Marie-Laure Denis : On essaye, on essaye de veiller !

Frédéric Martel : Merci infiniment d’avoir été notre invitée, de toute façon ce sont des sujets sur lesquels on reviendra. On vous invitera à nouveau puisque tous les ans, tous les deux ans, ce sont des sujets qu’on aime traiter et retraiter avec vous et avec d’autres invités sur ces questions de vie privée.
Soft Power. Dans un instant la seconde partie de l’émission avec à 20 heures 10 Le club de la presse numérique, nous parlerons ce soir des penseurs du numérique et dans un instant à 20 heures, Zoé Sfez, votre invité innovation qui vient de rentrer dans le studio.

Zoé Sfez : Il s’appelle Yves Citton et il codirige, il cosigne cet ouvrage Écologies de l’attention et archéologie des media avec Estelle Doudet qui pose des jalons, disons théoriques, le cadre de sa pensée théorique est assez fascinant et on avait envie de discuter avec vous en cette fin d’année dans Soft Power.

Frédéric Martel : Vous pouvez vous abonner au podcast de l’émission Soft Power disponible gratuitement sur iTunes, sur la page de Soft Power sur le site de France Culture ainsi que sur l’application podcast de votre smartphone. Tout ça à suivre après Sunday Morning du Velvet Underground sur France Culture en direct en ce dimanche soir.

Pause musicale : Sunday Morning du Velvet Underground.

Frédéric Martel : À l’instant le Velvet Underground avec Sunday Morning pour évoquer un livre qui vient de paraître, de Chantal Thomas, East Village Blues

[Partie non transcrite]

Voix off : France Culture Soft Power, L’invité de Zoé Sfez.

Zoé Sfez : Bonsoir Yves Citton.

Yves Citton : Bonsoir.

Zoé Sfez : Merci beaucoup d’être avec nous en cette presque fin d’année. Sur Soft Power on avait envie de vous recevoir. Vous êtes professeur de littérature et médias à l’université Paris 8, vous codirigez l’excellente revue Multitudes qu’on ne peut que vivement recommander à auditeurs et vous êtes surtout l’auteur de plus d’une centaine d’articles et au moins une dizaine de livres, je ne vais citer que les derniers en raison du fait, tout simplement, que le dernier que vous sortez est une belle fusion, en tout cas une continuité de la réflexion que vous aviez menée dans, par exemple, Pour une écologie de l'attention, c’était au Seuil en 2014, Contre-courants politiques, c‘était chez Fayard en 2018 et Médiarchie, c’était au Seuil en 2017. Aujourd’hui vous codirigez avec Estelle Doudet ce livre Écologies de l’attention et archéologie des media qui vient de paraître aux UGA Éditions.
Un livre qui, en réalité, regroupe toute une série d’articles avec des types d’auteurs très divers, des universitaires mais pas que, oh combien pas que, et vous y tenez. Ce livre, dans lequel vous livrez une introduction qui, disons, pose les jalons théoriques de votre cadre de pensée qui sont assez originaux. Ici j’ai reçu cette année beaucoup de penseurs ou d’analystes qui dénoncent ou en tout cas réfléchissent sur cette fameuse économie de l’attention. Nous en parlions à l’instant avec la dame qui dirige la CNIL, cette fameuse économie de l’attention, on parle essentiellement de celle des réseaux sociaux qui consiste finalement à capter le plus d’attention possible et toutes vos données et à faire, effectivement, extraire de la valeur de cela. Vous dites, vous dénoncez l’idée même de parler uniquement d’une économie ou d’une crise de l’attention. Vous dites qu’il faut penser les écologies de l’attention. Qu’est-ce que c’est que l’écologie de l’attention ?

Yves Citton : Merci pour l’invitation.
L’écologie de l’attention c’est un déplacement ; c’est de dire que tout ce qu’on a dit tout à l’heure sur vendre du temps de cerveau disponible, etc., sur les données, sur la marchandisation des données, c’est très vrai et c’est absolument important de le comprendre, mais c’est en termes de vente, d’échange, de prix, en termes économiques et c’est central. Mais il y a quelque chose d’autre qui est aussi central, on le sait parce que nos sociétés sont en voie d’effondrement parce qu’on ne pense qu’en termes économiques et on a oublié qu’il y avait des phénomènes écologiques au moins aussi importants. C’est un petit peu la même chose, je dirais, pour l’attention, il s’agit de se demander comment les milieux attentionnels sont soutenables ou insoutenables. Qu’est-ce que c’est qu’un burn-out ? Un burn-out ce n’est pas seulement une information qui vient de trop, c’est un milieu attentionnel qui surcharge ce que le système nerveux humain peut tolérer.
De même qu’est-ce que c’est que l’attention à l’école ? Ce n’est pas seulement un enfant qui regarde sa tablette pendant que le professeur parle, c’est tout un milieu attentionnel avec oui, l’enseignant, avec le proviseur, avec ce que les parents disent de l’école, avec ce que les ministres de l’Éducation font pour structurer l’environnement scolaire.

Zoé Sfez : Effectivement. C’est l’exemple de la classe que vous donnez. Vous évoquez tous ces gens qui disent « aujourd’hui les jeunes regardent leur smartphone » comme d’ailleurs il y a 20 ans on disait « les jeunes lisent des livres », en tout cas au 19e siècle quand on avait peur des Livres de poche – c’était beau ce moment où on avait peur des Livres de poche – or vous dites « l’enfant même quand il lit des livres ou des smartphones parfois son attention est ailleurs », donc vous évoquez la nécessité de parler « d’attentions » au pluriel.

Yves Citton : L’attention dont on parle toujours au singulier, en fait ça recoupe toute une série de choses très différentes : l’attention que j’ai en conduisant, l’attention que j’ai pour un enfant malade, l’attention que j’ai lorsque je lis un livre de poésie. On ne peut l’homogénéiser — c’est quelqu’un qui s’appelle Georg Franck qui a bien dit ça — qu’à partir du moment où on a un outil de mesure qui justement l’homogénéise. Et là il se trouve que c’est Google ; le ranking de Google permet justement de tout homogénéiser

Zoé Sfez : Le référencement de Google, effectivement.

Yves Citton : Exactement. Mais c’est un point de vue très particulier, économiste, alors que la réalité est une diversité énorme de régimes attentionnels, de modes attentionnels, de qualités attentionnelles, etc.

Zoé Sfez : Effectivement. Et vous continuez à relire notre présent, en tout cas essayer de le décrypter à l’aune d’un autre concept qui est tout aussi important qui est celui de l’archéologie des média, qui n’est pas nécessairement d’ailleurs un concept ; il y a deux mots très importants « archéologie » et « média ». Déjà vous nous dites, et ça vous le disiez depuis longtemps, depuis votre livre Médiarchie, qui reprend d’ailleurs le même terme grec celui de l’arkhè, arkhè en grec ça veut autant dire « pouvoir » que origine d’où le mot « archéologie des média », et là vous nous dites que quand on parle de médias, nous, quand on dit « le média » ou les « média » avec accent ou sans « s » on pense très vite aux mass media, parfois aux réseaux sociaux, on dit social media en anglais et que c’est une acception finalement extrêmement réduite, là encore, de ce qu’est un média. Vous donnez d’ailleurs dans cette introduction, vous posez les jalons vous dites « quand on parlera de media sans mettre d’accent, on parlera de toute interaction, en tout cas toute manière de communiquer. Quand on dira « médias » « é » accent aigu « s » on parlera de mass media et quand on parlera de medium, on parle de quoi ?

Yves Citton : On parle du fait qu’il y a toujours une excédence dans la communication humaine, de la communication elle-même par rapport au contenu. À savoir le fait qu’ici on se voit, vous me faites des petits signes de la tête, on est en commun ; la communication c’est aussi du commun. Il y a quelque chose qui est produit justement par cet environnement, par ce commun, qui transcendante, qui excède l’information qui peut passer d’une bouche à une oreille. Tenir compte de ceci nous amène à revenir à ce qui s’appelait chamanisme, ce qui s’appelait sorcellerie, ce qui est de l’ordre de la magie parce qu’on ne sait pas très bien comment le saisir, comment le rationaliser, comment le calculer, comment le vendre, et pourtant c’est omniprésent. Donc parler de médiumnisme et non seulement de médiaticité c’est quelque chose d’important. Et dans ce volume collectif qui était en fait un colloque à Cerisy où, pendant une semaine, on a construit un petit milieu attentionnel de discussions très interdisciplinaires avec des artistes et autres, on a fait durant ce colloque une sorte de manifeste.

Zoé Sfez : Pas une sorte, un manifeste d’ailleurs qu’on nomme médiarchéologiste.

Yves Citton : Un manifeste médiarchéologiste qui ouvre un petit peu le volume où, justement, on essaye en trois ou quatre pages, de donner un certain nombre de principes de décalage par rapport à la théorie des média dominants, par rapport à l’histoire des média dominants qui sont merveilleux, qui font des choses absolument admirables, nous on essaye justement d’amener quelque chose d’autre et cette dimension mediumnique, cette dimension d’environnement qui nous envoûte est tout aussi importante que de réfléchir simplement en termes de données qui se vendent ou qui s’achètent.

Zoé Sfez : On va revenir sur ce thème d’archéologie des média et vous le dites, vous dites en fait « l’histoire des média est une discipline qui existe mais qui a pour nous l’énorme défaut d’être trop linéaire ». C’est-à-dire qu’on va parler des premiers codes de l’écriture mésopotamienne, puis de l’arrivée des journaux, puis de l’arrivée de la télévision, puis de l’arrivée de ce que vous appelez, ce qu’on appelle tous les nouvelles technologies comme si elles arrivaient ex nihilo, or pourtant cette vision linéaire ne nous aide pas à penser ce qui nous arrive. Il nous faut penser plutôt une archéologie ; ça veut dire quoi tout simplement ?

Yves Citton : Une archéologie, très pratiquement, ça veut dire que l’archéologue creuse et que le passé ce n’est pas quelque chose qui est mort, qui est révolu, c’est quelque chose qui est dessous. Donc se dire, par exemple, les pigeons voyageurs on les utilise peu aujourd’hui. Il y a toujours des pigeons voyageurs, un bon pigeon voyageur peut coûter 200 000 euros, mais c’est pour autre chose que pour communiquer des informations. Le télégraphe ça ne s’utilise plus et pourtant…

Zoé Sfez : Médias zombies vous dites.

Yves Citton : On peut appeler ça des médias zombies, on a tout un vocabulaire pour ça. Et pourtant, qu’est-ce que c’était aussi le télégraphe ? C’était des phénomènes de codage pour crypter ; c’était des phénomènes de codage pour raccourcir la communication. Ce qu’on fait aujourd’hui avec nos téléphones intelligents, avec des SMS où les jeunes inventent des codes, ce qu’on fait avec de la cryptographie, etc., c’est bien la survivance de quelque chose qui s’est mis en place à travers le télégraphe, qui est là ; de même que si on regarde par où passent les câbles internet, c’est souvent des câbles de télégraphe, que ça soit sous l’océan ou que ce soit dans les forêts, qui ont coupé les lignes de train. Donc il y a toute une présence du passé qui n’est pas résolue par le nouveau médium, il faut comprendre que le nouveau médium, justement, réinvestit quelque chose, il s’appuie dessus, il essaie de comprendre ces structurations par couches qu’invite à faire l’archéologie des médias.

Zoé Sfez : D’ailleurs vous invitez à faire les deux, c’est-à-dire à regarder évidemment ce qui se passe aujourd’hui à l’aune de ce qui s’est passé dans le passé et inversement, de questionner à nouveau des choses du passé à l’aune de ce qu’on sait aujourd’hui. Vous donnez cet exemple merveilleux que j’ai découvert, notamment qui existe dans les livres de Villiers de L'Isle-Adam, avec cet historien de la claque au théâtre, qui a essayé de travailler sur qui étaient ces gens et quelle était l’économie de la claque ; ces gens qu’on engageait pour venir applaudir au théâtre et Villiers de L'Isle-Adam déjà à l’époque imagine un robot qui pourrait produire de la claque et clairement on est sur un ancêtre de Facebook ou d’Instagram ou des bots numériques.

Yves Citton : Ou des canned laughters comme on appelle à la télévision.

Zoé Sfez : Des rires enregistrés sur les sitcoms.

Yves Citton : Des rires enregistrés, tout ceci, c’est Marcel Poirson qui étudie ça. Donc on peut voir ça à travers la littérature, on peut voir ça avec les gens qui font du travail historique. On a Erkki Huhtamo qui fait un très bel article sur le miroir magique. Qu’est-ce que c’était que le miroir magique ? C’étaient des miroirs dans toute une tradition qui remonte à cinq ou six siècles, un miroir qui nous permettait de voir l’avenir. On se dit que ça n’existe pas, c’est de la sorcellerie, c’est de la magie, etc. En fait encore aujourd’hui vous pouvez acheter des miroirs magiques sur Internet qui vous permettent de voir l’avenir, là ; on se dit « il y a des naïfs qui payent de l’argent pour acheter ça ». Moi, quand l’écoute les nouvelles à la radio ou lorsqu’on m’annonce qu’il va y avoir un remaniement ministériel à la télévision, c’est bien un petit ça. On ne me dit pas ce qui s’est passé. On fait des sortes d’hypothèses pour me faire comprendre que le nouveau ministre de ceci va être cela et c’est bien une sorte de miroir magique qui passe par TF1, qui passe par France 2.

Zoé Sfez : Effectivement dans cet ouvrage il y a évidemment toute une foule d’articles passionnants, notamment une archéologie de la notification. Ça c’est pareil, il y a vraiment des choses à explorer à la fois du côté de l’esthétique et du côté de la recherche sur tout ce matériau infini qu’on accumule, on va dire, avec ce changement numérique ; vous réfutez ce terme et vous avez bien raison, mais on est dans une accumulation de matériaux presque unique.

Yves Citton : Absolument. Quand je disais que le passé est toujours présent sous le présent, il y a toujours des choses absolument nouvelles qui se mettent en place, on a vu tout à l’heure avec les problèmes que se pose la CNIL, ces problèmes moi je peux vous dire « ça ressemble un petit peu à ça » et on fait le malin en disant qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. C’est absolument faux, il y a toujours du nouveau et justement, on voit avec les questions que vous posiez, à quel point on est démuni pour essayer de comprendre ce nouveau dans ce qu’il a de nouveau et souvent parce que, justement, on ne voit pas ce qui se répète. Et là un petit peu le défi de l’archéologie des médias c’est de se dire c’est très difficile de trouver quelque chose de véritablement nouveau, quand on creuse un peu on voit que ça répète, mais c’est nécessaire.

Zoé Sfez : De réaliser justement ce qui relève de la nouveauté et ce qui n’en relève pas, alors qu’on parle de distributions et de nouvelles technologies constamment.
Yves Citton vous restez avec nous, il est 20 heures 12. Je rappelle le titre de ce livre Écologies de l’attention et archéologie des media, la promesse finalement est dans le titre sous votre direction et celle d’Estelle Doudet. Je crois qu’on est sur une quarantaine de contributions voire plus que ça ! Merci.

Yves Citton : Dans ces eaux-là.

Frédéric Martel : Merci Zoé Sfez. 20 heures 12 sur France Culture.

Frédéric Martel : Soft Power, Le club de la presse numérique, Frédéric Martel.

Frédéric Martel : Le club de la presse numérique, on parle ce soir des penseurs du Web. Qui sont les plus importants penseurs du Web et d’Internet ? Quels sont les livres majeurs qu’il faut absolument, ou essayer en tout cas, d’avoir lu pour comprendre le numérique ce qui peut vous donner des idées de lecture pour l’été ? Les idées et concepts à connaître, les sujets qui font débat.

En 2015, nous avions déjà consacré une émission Soft Power, une émission entière à ces penseurs, depuis les pères fondateurs — George Orwell, Marshall McLuhan ou encore Gilles Deleuze — aux écrivains — on avait cité Jonathan Franzen, Dave Eggers, Thomas Pynchon — en passant par les économistes tels Jeremy Rifkin ou Chris Anderson, les intellectuels, Zygmunt Bauman, Bruno Latour et quelques penseurs atypiques, je me souviens qu’on avait cité Lawrence Lessig, Donald Boyle, Ray Kurzweil, etc. Une émission qui avait provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, chacun souhaitant bien sûr ajouter ses propres penseurs ou penseuses, Fred Turner, Jacques Ellul, Norbert Wiener, etc.

Aujourd’hui je vous propose dans les minutes qui suivent, on ne va pas tout refaire, mais on a décidé de mettre à jour un tout petit peu à jour cette liste avec quelques auteurs et quelques réflexions qui nous semblent, en toute subjectivité et sans aucune volonté d’exhaustivité une nouvelle fois, mériter que l’on s’attarde sur leurs œuvres.
Pour en discuter ce soir dans ce studio sont restés avec nous Sandrine Cassini du Journal Le Monde, Gilles Fontaine de Challenges ; Yves Citton est également resté avec nous et Zoé Sfez de France Culture.
On commence peut-être avec vous, Sandrine Cassini, vous souhaitiez ajouter deux penseurs par rapport aux listes qu’on avait déjà faites.

Sandrine Cassini : Oui, tout à fait. Je souhaitais ajouter Erik Brynjolfsson et Andrew Mac Afee, ce sont deux économistes chercheurs du MIT. Ils ont contribué pour trois ouvrages à la pensée de l’Internet, du numérique, de la technologie ; ils ont commencé avec un ouvrage qui s’appelait Race Against the Machine en 2011, puis un autre ouvrage qui a connu un succès mondial, qui peut paraître un petit vieux, mais qui est très actuel qui est Le Deuxième âge de la machine et un dernier ouvrage Des machines, des plateformes et des foules il y a deux ans.
Tout ça s’inscrit dans une continuité. Ce qui est intéressant chez eux c’est la façon dont ils expliquent. Ils veulent démontrer pourquoi la technologie, d’une manière générale, c’est-à-dire Internet, les ordinateurs, la puissance de calcul, l’intelligence artificielle, etc., est une nouvelle révolution industrielle au même titre, de la même importance que l’a été la machine à vapeur ou l’électricité il y a deux siècles. Peut-être chez nous, parce qu’on aime bien la technologie, on peut considérer ça comme évident, mais ça ne l’est pas du tout chez les économistes, ça a d’ailleurs fait débat. Personne ne le considère parce que ça n’a pas, pour l’instant, les caractéristiques d’une révolution industrielle, à savoir il n’y a pas de croissance, il n’y a pas de productivité issue des technologies, ça n’a pas résolu le problème de l’emploi, ce qui était un petit peu le contraire des innovations précédentes. Et là, eux s’attachent à le démontrer. Ils font cette comparaison qui est assez fondatrice, ils comparent la technologie à la machine à vapeur. La machine à vapeur a permis de renforcer la puissance musculaire, à automatiser la tâche, à renforcer la puissance on va dire physique, et l’ordinateur lui, de façon extensible, permet de renforcer la puissance intellectuelle et c’est ça qui fait pour eux la caractéristique de cette révolution.
Pourquoi aujourd’hui ça ne se traduit pas dans les chiffres de manière macroéconomique ? C’est parce que, selon eux, on est au tout début de cette révolution, même si l’ordinateur existe depuis, on va dire, l’après guerre, Internet n’est pas si vieux, Internet, de manière générale, c’est 1995, donc on est au tout début. L’électricité, ça a mis quasiment 100 ans avant d’être dans tous les foyers. Donc il faut être patients.

Frédéric Martel : On n’est qu’au début de cette révolution.

Sandrine Cassini : On n’est qu’au début selon eux, exactement. Souvent, quand il y a une technologie, il y a toujours après un moment où il y a un effet cliquet et il y a une croissante exponentielle, enfin les effets sont démultipliés à un certain moment. On n’en est pas encore là.

Frédéric Martel : On y est déjà un petit peu quand même !

Sandrine Cassini : Oui dans les innovations, mais on peut dire que, par exemple, l’intelligence artificielle peut aller beaucoup plus loin. Aujourd’hui l’intelligence artificielle n’est pas vraiment intelligente. Selon les chercheurs elle n’a pas du tout atteint les capacités de l’homme, on n’est pas encore capables de faire des diagnostics médicaux, elle ne remplace pas du tout la pensée humaine – peut-être qu’on n’arrivera pas là –, mais en tout cas on n’est qu’au début. C’est de ces deux personnes dont je voulais vous parler.

Frédéric Martel : Une réaction de quelqu’un sur ces auteurs ?

Gilles Fontaine : Je ne connaissais pas en fait. Ça m’intéresse beaucoup. C’est vrai qu’on en parle souvent de cette mutation en cours.

Frédéric Martel : L’idée que la machine renforçait le physique, remplaçait l’effort physique, mais que l‘intelligence est remplacée par l’ordinateur ou en tout cas renforcée.

Sandrine Cassini : En tout cas démultipliée.

Frédéric Martel : Démultipliée.

Gilles Fontaine : Et que ces lycles sont beaucoup plus courts surtout. La machine à vapeur, comme le disait Sandrine, c’était des décennies et des décennies.

Frédéric Martel : Vous étiez encore assez jeune à l’époque !

Gilles Fontaine : J’étais encore assez jeune, on était ensemble dans le bac à sable. C’est vrai que ça mérite ; d’abord c’est un petit effrayant aussi. Je fais peut-être la transition avec mon auteur si vous voulez.

Frédéric Martel : Absolument. Votre auteur.

Gilles Fontaine : Je voulais parler de Jean-Claude Van Damme au départ, mais nos auditeurs n’étaient pas forcément très aware, donc je vous propose de parler de Kai-Fu Lee.

Frédéric Martel : On connaît beaucoup plus !

Gilles Fontaine : Qui est beaucoup mieux, qui n’est pas un champion de karaté.

Frédéric Martel : Quand même un superbe power.

Gilles Fontaine : Voilà, exactement, qui est un grand penseur chinois à la fois de l’Internet et de l’intelligence artificielle. Ce monsieur a 57 ans aujourd’hui, il a passé une grande partie, quand même 25 ans de sa vie aux États-Unis, il est diplômé de Carnegie Mellon. À l’époque son sujet de thèse c’était déjà la reconnaissance vocale. Il s’est passé pas mal de choses depuis sur ce terrain-là et, effectivement, il a sorti un livre aux États-Unis l’an dernier, qui va paraître en France à la rentrée, enfin en français, et qui évoque justement ces super powers, alors ça ne s’appellera pas comme ça en français, malheureusement je trouve que le titre était très bien et allait très bien en français, qui évoque très bien cette bagarre entre les États-Unis — la Silicon Valley pour être plus précis — et la Chine sur ce terrain de l’intelligence artificielle. L’Europe, n’en parlons même plus parce que, de toute façon, on est complètement largués, parce qu’on a raté tous les rendez-vous et finalement on n’a pas du tout profité des effets de levier qu’ont réussi à mettre en place notamment les États-Unis

Frédéric Martel : Au moins on a une CNIL, ce n’est déjà pas mal !

Gilles Fontaine : On a une très bonne CNIL, très efficace et qui fédère les autres CNIL européennes comme nous l’expliquait tout à l’heure Marie-Laure Denis.
Le gros travail de la Silicon Valley c’était cette espèce d’ultra-collaboration interdisciplinaire entre les différents acteurs. C’est-à-dire que les gens des semi-conducteurs ont travaillé avec les gens du PC, qui ont travaillé avec les gens du logiciel, qui ont travaillé avec les gens de l’Internet, qui ont travaillé avec les gens des réseaux sociaux et avec les gens du… Tout ça a créé une espèce de grand cercle vertueux qui a très bien fonctionné et maintenant tous ces gens travaillent avec les gens qui font de l’intelligence artificielle.
La Chine est arrivée beaucoup plus tard. Ils sont à la traîne sur tout, donc ils font ce qu’on fait dans ces cas-là, c’est-à-dire qu’ils font le fameux leap of toad, le saut du crapaud, ils passent aux technologies les plus récentes. Ils ont un autre avantage c’est quand même leur marché, près d’un milliard et demi de consommateurs, une culture unique, une langue unique.

Frédéric Martel : Quasi unique.

Gilles Fontaine : Une dictature, on peut le dire aussi, un peu unique, donc ça va beaucoup plus vite et Kai-Fu Lee raconte tout ça dans son livre. Finalement ça ce n’est pas forcément dans le livre, mais il le dit, je vous conseille d’ailleurs ses conférences TED qui sont assez courtes et remarquables pour des gens comme moi, je comprends à peu près tout ce qu’il me dit, il me parle d’intelligence artificielle et j’arrive à comprendre tous les enjeux ; il est très clair et il est drôle en plus. Là où il est moins drôle c’est qu’il dit que pour les Américains c’est fini aussi et que la Silicon Valley c’est mort, pour une seule raison, c’est qu’ils n’ont pas la masse critique pour cette fameuse intelligence artificielle. La matière brute de l’intelligence artificielle c’est de la donnée et la donnée, ils l’ont massivement en Chine aujourd’hui. Les géants chinois de l’Internet suivent, enfin sont effectivement très présents sur ce marché chinois, les Américains sont plus sur les États-Unis et sur les pays développés où on a justement toutes ces contraintes réglementaires, etc., qui n’existent pas en Chine, donc l’intelligence artificielle ça va encore plus vite en Chine.

Frédéric Martel : Sandra Cassini brièvement.

Sandra Cassini : J’ai l’impression, juste pour modérer le propos de Kai-Fu Lee, qu’il prêche un peu pour sa paroisse, parce qu’il y a tout un mouvement dans l’intelligence artificielle aujourd’hui de la part des GAFA qui voient bien ces contraintes réglementaires arriver, en tout cas l’attention qui est portée par les utilisateurs à leurs données. Aujourd’hui il y a quand même beaucoup de travaux et d’essais pour faire de l’intelligence artificielle avec le moins possible de données, parce que aujourd’hui les algorithmes sont très puissants.

Gilles Fontaine : Machine learning. On apprend aux machines à apprendre et à faire des choses toutes seules.

Zoé Sfez : Le dur de l’intelligence artificielle aujourd’hui c’est le machine learning, le deep learning, donc il faut traiter énormément la donnée pour entraîner les machines. Son livre évoque effectivement le fait qu’il y a aussi plein d’autres pistes mais qui sont beaucoup moins mûres que celles-ci.

Sandra Cassini : Du coup, juste pour revenir là-dessus, est-ce que demain il faudra vraiment une capacité de données immense pour faire de l’intelligence artificielle ou est-ce que ça va juste dépendre du talent des ingénieurs ? Quand on voit tous les rachats d’entreprises par les Google et compagnie, on peut dire que la bataille n’est pas forcément perdue.

Frédéric Martel : La bataille entre la Chine et les États-Unis continue, on en reparlera dans cette émission. Yves Citton, professeur Citton, vous aviez envie de défendre un auteur qui s’appelle Benjamin Bratton.

Yves Citton : Benjamin Bratton est quelqu’un qui enseigne aussi en Californie, plutôt le design, et qui a fait un livre qui s’appelle en anglais The Stack, qu’on a traduit en français par Le Stack ; Le Stack ça veut dire l’empilement. Qu’est-ce que c’est que ce que nous décrit Le Stack. Il appelle ça une mégastructure accidentelle. Il essaye de représenter, comment vu depuis Saturne ce que c’est qu’Internet sur la planète Terre. Quand on pense ça habituellement, il me semble qu’on se dit « eh bien c’est justement de la donnée, c’est quelque chose qui serait à la surface ». On avait des gens comme Thomas Friedman du New York Times qui nous disaient « le monde est plat ; la mondialisation, la globalisation font que le monde est plat ». D’accord. Bratton nous dit le contraire ; il nous dit qu’il faut comprendre la verticalité dans cette censée platitude des données qui circulent à travers nous, et donc il distingue six couches. On va commencer par le bas.

  • La couche du bas, yout à l'heure vous disiez la matière brute ce sont des données, la matière brute c’est aussi du silicium, c’est aussi quelque chose qui doit produire de l’électricité, c’est du nucléaire, c’est tout ceci. D’abord on commence avec la terre, première couche la terre, et on se rend de plus en plus compte que le numérique, le virtuel, etc., ça épuise aussi la terre. Première couche.
  • Deuxième couche le cloud, le nuage ! On comprend bien que ce n’est pas le nuage qui flotte sur nous mais ce sont justement ces données qui ne flottent pas, mais qui sont dans des serveurs ; serveur c’est le disque dur de quelqu’un d’autre. Donc on a le cloud avec des plateformes, avec les GAFAM dont on parlait tout à l’heure.
  • Couche supérieure, la ville. Parce que les données ça fonctionne à travers des corps humains ; 50 % de la population humaine vit en ville et il faut toute une logistique pour alimenter ces villes. Donc ville.
  • Ensuite couche supérieure, l’adresse. Ce qui fait qu’on existe dans ce monde du stack ce n’est pas tellement des identités, même si vous avez discuté tout à l’heure le fait que la reconnaissance faciale ça essaye de lier quoi ? De lier des identités à des corps, mais ça passe par des adresses.
  • Couche supérieure, des interfaces ; toutes ces données n’existent pour nous, nous ne pouvons les utiliser qu’à travers tout un jeu de logiciels, d’interfaces
  • et dernière couche les utilisateurs.

Qu’est-ce qui se passe lorsque je fais une recherche sur Google ? Moi utilisateur je fais une demande ou je clique, ça passe par des interfaces ; ça passe par mon adresse ; ça mobilise des choses qui vivent autour des villes — s’il n’y avait pas ces villes et toute cette logistique, si ceci s’effondre il n’y a plus rien qui existe autour ; ça va sur des serveurs lesquels pompent de l’énergie pour faire fonctionner et ensuite faire remonter tout ça vers l’utilisateur.
Donc il nous donne une théorie des souverainetés ; tout ceci ce sont des couches de souveraineté ; il n’y a pas seulement la souveraineté des États qu’on a vue tout à l’heure, mais chaque couche a sa souveraineté propre.

Frédéric Martel : Voilà. Ça s’appelle Benjamin Bratton, The Stack. Zoé Sfez maintenant.

Zoé Sfez : Moi je vais être très courte, je voudrais vous parler de Trebor Scholz et d’un tout petit livre qu’il a publié en France très récemment. Trebor Scholz, il faut le dire, est donc enseignant chercheur au New School for Social Research de New York et c’est lui le père du digital labor qui a été repris ensuite par Dominique Cardon et Antonio Casilli qu’on a souvent reçus ici. C’est lui qui le premier a été chercher cette fameuse question de dire « en fait tout ce qu’on nous vend comme de la gratuité est évidemment le fruit d'un travail » ; il y a à la fois ceux qui travaillent, les livreurs Deliveroo, mais aussi le travail que vous, en tant qu’utilisateur et consommateur vous faites sans imaginer que c’est du travail, celui du référencement, celui qui consiste à entraîner les intelligences artificielles souvent à votre insu et c’est un des principaux détracteurs du concept de la plateforme aujourd’hui. Il a publié cet excellent tout petit livre que vous pouvez lire en une heure qui s’appelle Le coopérativisme de plateforme – 10 principes contre l'ubérisation et le business de l'économie du partage, qui définit, dans une première partie, ce qu’est ce coopérativisme de plateforme ; il dit que c’est une révolution industrielle sans en être une parce que ça ne crée pas de valeur ; il dit « cette économie se nourrit des restes, c’est une réganisation ». Et il va juste un tout petit peu, en dix principes, en se basant sur des exemples existants et d’autres qui sont fictifs, souhaitables, donner dix règles pour que finalement on reprenne la substantifique moëlle de ce qu’a inventé Uber, de ce qu’a inventé Amazon, qu’on le reprenne à notre compte et qu’on crée des coopératives. L’un des premiers principes pour que ça fonctionne, eh bien c’est la propriété. Il dit : « L’économie du partage nous a fait croire qu’il ne fallait plus être propriétaire et il faut de la propriété, de la propriété évidemment bien répartie ». Trebor Scholz, très beau livre.

Frédéric Martel : Comme on manque de temps, je me limiterai pour terminer à un ouvrage. Vous avez parlé dix règles, moi j’ai dix arguments pour tout simplement supprimer vos réseaux sociaux. C’est un livre de Jaron Lanier qu’on connaissait déjà pour avoir critiqué la démocratie et son évolution à cause du numérique, son ouvrage s’appelait Who Owns the Future?, À qui appartient le futur ?. Dans ce nouveau livre Ten Arguments for Deleting Your Social Media Accounts Right Now, maintenant, eh bien il décrit comment on devient méchant, menteur, on perd son empathie, on devient malheureux aussi, on a des addictions et enfin on menace la démocratie, tout ça à cause des réseaux sociaux.
Ça a l’air comme ça un peu simple, mais c’est une analyse assez pertinente, assez forte et qui revient à diminuer très fortement ou, dans certains cas, fermer ses comptes des réseaux sociaux pour une vie sociale saine et une bonne hygiène de vie numérique. L’auteur s’appelle Jaron Lanier.

On a évoqué ce soir beaucoup de noms d’auteurs, beaucoup d’ouvrages. Tous ces noms et cette liste mise à jour est à retrouver sur le site de France Culture avec les auteurs dont on avait déjà parlé au cours d’émissions antérieures et on continuera à faire ce travail, à mettre à jour cette liste et sans doute on refera l’année prochaine une émission sur les penseurs et les penseuses du Web. Ce soir d’ailleurs c’était beaucoup des hommes, je crois.

Zoé Sfez : Oui. Il n’y avait pas une fille et ça vraiment ce n’est pas bien.

Gilles Fontaine : On fera attention aux choix la prochaine fois.

Frédéric Martel : On a beaucoup de filles dans notre liste en ligne.
On en reste là pour ce soir. Merci infiniment à tous les autres, oui tous les quatre : Sandrine Cassini du Monde, Gilles Fontaine de Challenges, Zoé Sfez de France Culture et Yves Citton.

Yves Citton : Qu dit que Le Stack vient de paraître en français à UGA Éditions.

Frédéric Martel : On avait oublié de le signaler.
Vous pouvez vous abonner au podcast de Soft Power sur notre site de France Culture. Dans un instant Carbone 14 de Vincent Charpentier, en attendant et à dimanche prochain. Bonne soirée à l’écoute de notre chaîne et bonne fin de week-end.

Lettre d'information publique de l'April du 1er octobre 2019

mar, 10/01/2019 - 07:00

Bonjour,

C'est avec émotion et une grande peine que nous avons appris le décès de Jean-Yves Royer, figure incontournable du Libre dans la région lyonnaise. Nous adressons nos plus vives condoléances à sa famille et à ses proches.

Le 16 septembre 2019, Richard Stallman, fondateur et président de la Fondation pour le Logiciel Libre, a démissionné de ses fonctions de président et du conseil d'administration.

Ce mois-ci a eu lieu le lancement officiel de Bénévalibre, logiciel libre développé pour faciliter la gestion et la valorisation du bénévolat dans les associations. L'April fait partie des partenaires du projet.

Une nouvelle édition de la Fête des Possibles s'est déroulée du 14 au 29 septembre 2019. Une belle occasion pour montrer que « c'est possible » d'utiliser des logiciels libres et pour sensibiliser un large public.

Dans le cadre du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et pour une économie circulaire, le Sénat a inscrit l'obsolescence logicielle dans le projet de loi pour une économie circulaire.

Retrouvez-nous sur les ondes de radio Cause Commune, mardi 1er octobre 2019 de 15 h 30 à 17 h pour notre prochaine émission Libre à vous !. Le sujet principal portera sur les logiciels libres pour l'audio et la musique assistée par ordinateur. Vous pouvez vous abonner au podcast de l'émission.

Vous pouvez également retrouver les podcasts des émissions de septembre. Au programme : l'apprentissage de la programmation pour les enfants ; le retour d'expérience de la Gendarmerie nationale sur sa migration à grande échelle vers le logiciel libre ; les nouvelles lignes directrices de la CNIL sur les cookies ; le code source de la taxe foncière et la transparence des algorithmes publics ; le rapport de la Cour des comptes sur le service public numérique pour l’éducation; l'obsolescence programmée et le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire ; concours mondial de photos libres Wiki Loves Monuments ; transcriptions sur le thème « De l’État de droit à l’État de surveillance » ; interview de Montpel'libre ; OpenStreetMap; Bénévalibre.

Le groupe Transcriptions vous offre douze nouvelles transcriptions.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Bénévalibre, un logiciel libre de gestion du bénévolat au service des associations

Le lancement officiel de Bénévalibre, logiciel libre développé pour faciliter la gestion et la valorisation du bénévolat dans les associations, a eu lieu le 15 septembre 2019 lors du Grand Déj' des associations à Dijon,

Richard Stallman démissionne de la direction de la Fondation pour le Logiciel Libre

Le 16 septembre 2019, Richard Stallman, fondateur et président de la Fondation pour le Logiciel Libre, a démissionné de ses fonctions de président et du conseil d'administration.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Bénévalibre, un logiciel libre de gestion du bénévolat au service des associations
  2. Richard Stallman démissionne de la direction de la Fondation pour le Logiciel Libre
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Le Sénat inscrit l'obsolescence logicielle dans le projet de loi pour une économie circulaire
    2. Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune
    3. Fête des Possibles du 14 au 29 septembre 2019
    4. Décryptualité
    5. Douze nouvelles transcriptions
    6. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Le Sénat inscrit l'obsolescence logicielle dans le projet de loi pour une économie circulaire

Dans le cadre du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et pour une économie circulaire, des sénateurs, du groupe Communiste à l'Union centriste, ont défendu mercredi 25 septembre plusieurs amendements pour lutter contre l'obsolescence logicielle.

Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune

Quatre nouvelles éditions de notre émission Libre à vous ! ont été diffusées en direct sur la radio Cause Commune.

Émission du 3 septembre 2019

Nous avons commencé par présenter les nouveautés de la saison 3. Nous avons poursuivi avec la chronique « La pituite de Luk » au sujet du rapport de la Cour des comptes sur le service public numérique pour l’éducation. Nous avons enchaîné avec notre sujet principal qui a porté sur le retour d'expérience de la Gendarmerie nationale concernant sa migration à grande échelle vers le logiciel libre, de la bureautique jusqu'au système d'exploitation, avec le lieutenant-colonel Stéphane Dumond, chef de bureau IT du Service des Technologies et des Systèmes d'Information de la Sécurité Intérieure (ST(SI)²). Nous avons continué avec la chronique de Xavier Berne, journaliste à Next INpact, sur le code source de la taxe foncière et la transparence des algorithmes publics. Nous avons terminé par des annonces.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la la transcription.

Émission du 10 septembre 2019

Nous avons commencé par la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez consacrée aux nouvelles lignes directrices de la CNIL sur les cookies. Nous avons poursuivi avec notre sujet principal qui portait sur l'apprentissage de la programmation pour les enfants. Nous avons enchaîné avec la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame. Nous avons terminé par des annonces.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la la transcription.

Émission du 17 septembre 2019

Nous avons commencé par la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi sur le thème « De l’État de droit à l’État de surveillance ». Nous avons poursuivi avec notre sujet principal qui portait sur l’obsolescence programmée et le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire avec Adèle Chasson de HOP / Halte à l'Obsolescence Programmée (Chargée de mission plaidoyer et du Club de la Durabilité), et Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique responsable, fondateur de GreenIT.fr, membre du comité d'experts de HOP. Nous avons enchaîné avec la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet sur le concours mondial de photos libres Wiki Loves Monuments. Nous avons terminé par des annonces.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la la transcription.

Émission du 24 septembre 2019

Nous avons commencé par la chronique « Le Libre fais sa comm' » de Isabella Vanni avec une interview de Montpel'libre. Nous avons poursuivi avec notre sujet principal qui portait sur sur OpenStreetMap (projet de cartographie qui a pour but de constituer une base de données géographiques libre du monde) avec Christian Quest, porte-parole d'OpenStreetMap France. Nous avons enchaîné avec une présentation de Bénévalibre, logiciel libre pour faciliter la gestion et la valorisation du bénévolat dans les associations, avec Laurent Costy (vice-président de l'April, co-animateur du groupe de travail Libre Association et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC). Nous avons terminé par des annonces.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la la transcription.

Fête des Possibles du 14 au 29 septembre 2019

Du 14 au 29 septembre 2019, la Fête des Possibles a rassemblée des centaines d’événements festifs et locaux en France et en Belgique autour d’initiatives citoyennes de transition écologique et sociale. Une belle occasion pour montrer que « c'est possible » d'utiliser des logiciels libres et pour sensibiliser un large public !

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Douze nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec douze nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements passés Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 6 septembre 2019, la synthèse de la revue du 13 septembre 2019, la synthèse de la revue du 20 septembre 2019, la synthèse de la revue du 27 septembre 2019..

Adhésions

Au 1er octobre 2019, l'association compte 3 962 membres (3 625 personnes physiques, 337 personnes morales).

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Décryptualité du 30 septembre 2019 - Google esquive la redevance à la presse

mar, 10/01/2019 - 01:21

Écouter ou télécharger le décryptualité du 30 septembre 2019 (15 minutes)
Decryptualité sur Mastodon
Le ministre de la culture et la presse sont ulcérés par l'annonce de Google de modifier leur service de nouvelles afin de ne pas payer la redevance qui leur était destinée. Retour sur une conclusion prévisible.

    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Revue de presse de l'April pour la semaine 39 de l'année 2019

lun, 09/30/2019 - 20:01

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Joinup] France’s Gendarmerie: “Freedom of choice is priceless”

✍ Gijs Hillenius, le vendredi 27 septembre 2019.

Politicians should value highly the technological independence provided by using free and open source software, recommends Lieutenant colonel Stéphane Dumond, head of IT at the Gendarmerie in France. Using such software puts public services in control of their technology decisions and reduces strictly pecuniary constraints, he says.

Voir aussi: [Developpez.com] Le Sénat inscrit l'obsolescence programmée logicielle dans le projet de loi pour une économie circulaire

✍ Michael Guilloux, le vendredi 27 septembre 2019.

En juillet dernier, le gouvernement français a dévoilé son projet de loi «relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire». Présenté par M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, et Mme Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, il cible notamment les constructeurs de matériels informatiques et produits high-tech. Le gouvernement veut les contraindre à payer plus pour la gestion des déchets élec…

Voir aussi: [Alternatives-economiques] L'économie circulaire ne tourne pas rond

Le jeudi 26 septembre 2019.

L’économie circulaire a pour ambition de former une boucle vertueuse entre consommation et production.

Et aussi: [L'OBS] Google n’entend pas donner un sou aux éditeurs de presse

✍ Thierry Noisette, le mercredi 25 septembre 2019.

Google annonce que son application de la loi sur le droit d’auteur, qui a instauré un «droit voisin» pour les éditeurs de presse, leur laissera le choix entre gratuité et affichage réduit – également gratuit…

Et aussi: [Next INpact] L'Arcom, fusion de la Hadopi et du CSA

✍ Marc Rees, le mercredi 25 septembre 2019.

Dans les colonnes du Figaro, Franck Riester a dévoilé le nom de la nouvelle autorité fusionnant les compétences de la Hadopi et du CSA: l’Arcom. Nous avons pu trouver un nom de domaine éponyme, déposé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel.

[Notre temps] L'association Framasoft souhaite arrêter ses services alternatifs à Google

Le mardi 24 septembre 2019.

L’association pour la promotion du logiciel libre Framasoft a annoncé mardi vouloir arrêter progressivement certains services numériques qu’elle offrait depuis plusieurs années comme une alternative aux outils de Google, mais encourage leur “décentralisation”.

Et aussi: [Nextgen-Auto.com] Mercedes favorable à l'arrivée de pièces partagées en 'open source'

✍ Olivier Ferret, le mardi 24 septembre 2019.

Devant le refus de plusieurs équipes de standardiser plusieurs pièces pour cette saison qui s’annonce révolutionnaire pour le design des monoplaces, un autre concept a été dégainé: celui du design partagé des pièces, dit design en open source.

[LeMagIT] Open source: l'Anssi poursuit sa politique d'ouverture

✍ Valéry Marchive, le mardi 24 septembre 2019.

L’agence vient de rendre disponible à tous l’un des outils que ses équipes ont développés en interne. La continuité d’une stratégie dont les bénéfices s’étendent au-delà de son image.

[France Inter] Ada Lovelace, pionnière de l'informatique dont le corps médical a anesthésié les talents

✍ Baptiste Beaulieu, le lundi 23 septembre 2019.

La romancière Catherine Dufour publie un ouvrage intitulé ‘Ada ou la beauté des Nombres’ dans lequel elle dresse le portrait de cette femme (Mathématicienne, programmeuse, poétesse, inventrice, traductrice, écrivaine, ingénieure…) oubliée par l’Histoire et qui fut pourtant LA pionnière de la science informatique.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 24 septembre 2019

lun, 09/30/2019 - 11:21


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 24 septembre 2019 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Myriam Criquet - Pascal Arnoux - Isabella Vanni - Christian Quest - Laurent Costy - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 24 septembre 2019
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Transcription
    1. Chronique « Le libre fait sa comm’ » de Isabella Vanni : interview de Montpel'libre
    2. OpenStreetMap et State of the Map avec Christian Quest
    3. Bénévalibre avec Laurent Costy
    4. Annonces

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur causecommune.fm. Merci d’être avec nous aujourd’hui.
La radio dispose d’un webchat, utilisez votre navigateur web, rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et ainsi retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission. La radio dispose également d’une application, Cause Commune, pour téléphone mobile.

Nous sommes mardi 24 septembre 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’association est april.org et vous y retrouvez d’ores et déjà une page web consacrée à cette émission avec les références qui seront citées et la page sera évidemment mise à jour après l’émission si besoin.
N’hésitez pas également à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio, donc sur causecommune.fm, ou même à nous appeler au 09 50 39 67 59, je répète 09 50 39 67 59.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Nous allons passer au programme de cette émission.
Nous allons commencer dans quelques secondes par la chronique d’Isabella Vanni « Le libre fait sa comm’ ».
D’ici 10 à 15 minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur OpenStreetMap, un projet de cartographie qui a pour but de constituer une base de données géographiques libres du monde avec Christian Quest porte-parole d’OpenStreetMap France.
En fin d’émission nous aurons un échange avec Laurent Costy pour présenter le logiciel Bénévalibre.
À la réalisation de l’émission aujourd’hui Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : On va commencer comme d’habitude par un petit quiz. Je vous donnerai les réponses en fin d’émission et vous pouvez proposer des réponses évidemment sur le salon web de la radio, sur les réseaux sociaux ou tout autre moyen de nous contacter.
Première question : lors de l’émission du 17 septembre 2019, nous avons parlé d’un concours auquel il est encore possible de participer jusqu’au 30 septembre 2019. Quel est ce concours
Deuxième question : quel est le nom d’un célèbre noyau de système d’exploitation libre, sans doute le plus connu, et d’où vient son nom ?
Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Le libre fait sa comm’ » de Isabella Vanni : interview de Montpel'libre

Frédéric Couchet : Parler d’actions de type sensibilisation menées par l’April, annoncer des évènements libristes à venir avec éventuellement des interviews de personnes qui organisent des évènements, donner la parole à des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices du logiciel libre, c’est la chronique « Le libre fait sa comm’ » de ma collègue Isabella Vanni qui est coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April. Bonjour Isabella.

Isabella Vanni : Bonjour à tout le monde.

Frédéric Couchet : La chronique du jour est consacrée à Montpel’libre, un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres de la région de Montpellier. Je te laisse la parole.

Isabella Vanni : Merci Fred. Pour la chronique « Le libre fait sa comm’ » d’aujourd’hui, nous avons le plaisir d’avoir avec nous Pascal Arnoux et Myriam Criquet de l’association Montpel’libre. Montpel’libre, comme tu le rappelais, comme on l’a rappelé plein de fois notre émission est un GULL, l’acronyme de groupe d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres. Nous avons déjà eu l’opportunité de parler de GULL à plusieurs reprises et, pour plus de rapidité, du coup nous allons utiliser le terme GULL pendant toute cette chronique.
Le GULL Montpel’libre est connu pour être très actif. Nous verrons mieux avec nos invités comment, quelles sont les actions qui sont mises en place. Bonjour Pascal. Bonjour Myriam.

Myriam Criquet : Bonjour Isabella.

Isabella Vanni : Bonjour. Vous m’entendez bien ?

Pascal Arnoux : Salut Isabella. Oui, très bien. Fort et clair.

Isabella Vanni : Super.

Myriam Criquet : Est-ce que vous, vous nous entendez bien ?

Frédéric Couchet : C’est parfait !

Isabella Vanni : C’est parfait.

Pascal Arnoux : Ça résonne un peu mais ça va aller.

Isabella Vanni : C’est le téléphone. Bienvenue et merci tout d’abord d’avoir accepté notre invitation.

Pascal Arnoux : Merci à vous.

Myriam Criquet : Oui, merci bien.

Isabella Vanni : Est-ce que vous pouvez déjà préciser votre rôle dans l’association Montpel’libre ?

Pascal Arnoux : Moi, Pascal Arnoux, je suis président et créateur de l’association Montpel’libre qui va avoir bientôt 11 ans et qui a environ 13 ans d’existence.

Myriam Criquet : Moi je suis secrétaire générale de l’association Montpel’libre. Je suis aussi chargée de son développement et sa référente droit et management.

Isabella Vanni : D’accord. Merci. L’association, comme tu disais, existe déjà depuis plusieurs années. Quelle est la raison pour laquelle elle a été fondée et quelle est la mission qu’elle se donne ? N’importe qui peut répondre.

Pascal Arnoux : La raison pour laquelle elle a été fondée, en fait c’est simple : c’est de faire la promotion du logiciel libre. Plusieurs fois on a organisé sur l’université de Montpellier des évènements avec des acteurs du Libre, ça a été l’AFUL, ça a été Ubuntu, enfin plein d’acteurs, BSD même, pas forcément Linux et le logiciel libre. Après les gens nous ont dit : « C’est bien les évènements que vous tenez – c’était des salons –, mais au quotidien on aimerait avoir à faire à une association ou un GULL. » Du coup on a monté un GULL qui fait la promotion du logiciel libre, ça c'est l'émission, de la culture libre et des biens communs.

Isabella Vanni : Très bien.

Myriam Criquet : Par la notion de culture libre, on a un regard particulier sur la culture libre, ça n’est pas que la culture réalisée grâce à des logiciels libres, par exemple la musique libre, mais c’est surtout aussi la culture du Libre, la façon dont on se comporte dans nos communautés, la façon dont on anime des équipes, le droit et le management qui va avec, les biens communs.

Isabella Vanni : C’est très clair. Effectivement ce n’est pas que le logiciel libre, c’est le Libre en général et, comme vous disiez, les GULL font la promotion du logiciel libre et du Libre en général, ça fait partie de leurs buts, mais un but très important c’est aussi celui d’accompagner les personnes qui souhaitent s’initier au logiciel libre, parce que groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices, comme le suggère la parole, ça veut dire que ce sont des gens qui se rassemblent parce qu’ils utilisent les systèmes d’exploitation et les logiciels libres, mais le but c’est de faire découvrir le Libre à de nouvelles personnes et de les aider à installer, à utiliser les programmes, à se familiariser avec les différents outils. Le GULL promeut le logiciel libre, mais ça peut être très intéressant pour un GULL de proposer des évènements récurrents pour que les personnes puissent avoir un point de référence. Elles savent qu’un certain jour dans le mois elles peuvent aller voir des personnes qui peuvent les aider. J’ai vu que vous avez beaucoup de permanences, justement, d’évènements récurrents. Vous voulez préciser lesquels ?

Pascal Arnoux : Effectivement, on fait la promotion du logiciel libre, on fait aussi la promotion de Linux qui est, pour nous, un logiciel libre comme un autre. On a des permanences qui sont hebdomadaires et d’autres mensuelles. J’ai entendu dire que vous alliez parler par exemple d’OpenStreetMap, évidemment on a organisé ici en local, State of the Map avec OpenStreetMap France, ici à Montpellier, avec l’Université Paul Valéry et à cet effet on organise depuis de nombreuses années, puisque ça fait longtemps qu’on fait des Cartoparties, des rencontres OpenStreetMap à Montpellier. On va ouvrir d’autres rencontres OpenStreetMap. Montpel’libre a monté un groupe qui s’appelle HérOSM, c’est comme « Hérault » et « OSM » à la fin. Donc on va monter d’autres permanences à Béziers. On attend la réponse de Lunel qui est une petite ville toujours dans l’Hérault. Donc on monte des permanences sur OpenStreetMap, sur Linux ; c’est apprendre à utiliser Linux, apprendre à utiliser des logiciels comme Blender, Krita, et tout ça.

Isabella Vanni : Ce sont des logiciels d’édition graphique, pour ceux et celles qui écoutent.

Pascal Arnoux : On a aussi des permanences sur Wikipédia, l’encyclopédie libre. On fait un tas de permanences qui sont soit mensuelles soit hebdomadaires.

Myriam Criquet : Dans le cadre des permanences que nous tenons, bien sûr, nous avons des permanences qui sont celles liées essentiellement au droit et aussi à la culture Libre et notamment, bien évidemment, celle de l’April. Cette permanence-là est particulière parce qu’elle se fait lors d’un apéro. C’est moi qui anime ces apéros, en fait tout simplement parce que j’ai des notions juridiques et que l’April travaille beaucoup sur des notions de droit. En même temps qu’on menait ces apéros, on me posait des questions sur La Quadrature du Net, sur la Free Software Foundation dont nous suivons aussi les évolutions, donc on a tout groupé. C’est le troisième jeudi de tous les mois que nous avons cet apéro qui mobilise beaucoup de belles personnes. Cette année j’ai demandé à ce que nous ne fassions pas qu’écouter ce qui se passe dans les communautés au niveau national et international et que, entre guillemets, « consommer », mais qu’on produise aussi. C’est-à-dire qu’on travaille pour ces communautés, en disant eh bien nous, ce mois-ci on s’est réunis, et voilà ce sur quoi on a travaillé, bien sûr en lien avec l’impulsion que donne la communauté.

Isabella Vanni : C’est très intéressant ce que vous dites parce que, comme on disait, les GULL rassemblent les personnes, essayent d’initier de nouvelles personnes au logiciel libre, mais il y a aussi ce volet promotion/défense du logiciel libre pour ce qui est aussi l’action institutionnelle portée par exemple par l’April ou par La Quadrature du Net. Vous relayez, en fait, le message de ces associations nationales et, du coup, vous faites aussi connaître une action institutionnelle qui est très importante pour la défense de l’environnement qui peut permettre au logiciel libre de s’épanouir.

Myriam Criquet : Si tu me permets, Isabella, c'est une particularité, me semble-t-il, du GULL qu’est Montpel’libre de réunir des gens qui ont des profils différents. Et tu vois, pour certains d’entre nous, dans le cadre de nos métiers, nous avons aussi des missions où nous parlons du Libre et où nous défendons ces positions institutionnelles en disant l’April fait ça, La Quadrature fait ça, la Free Software fait ça, Montpel’libre fait ça, Framasoft fait ça et nous on vous demande, à vous gouvernement ou à vous groupes de gouvernements, de faire telle ou telle chose. Mais c’est une particularité de Montpel’libre qui regroupe des gens de profils différents et notamment pas mal de gens qui sont dans l’univers de la recherche, de l’enseignement et même de l’entreprise et c’est parce que nous avons tous ces profils différents que nous pouvons faire ça.
C’est tout simplement relayer les choses de communautés vers le grand public. En fait on ne se coupe pas en morceaux, on est des libristes et on le véhicule et dans notre métier et dans nos activités associatives qui portent notre engagement de citoyen.

Isabella Vanni : Tu faisais bien de me rappeler tous les profils qui participent activement aux actions de Montpel’libre. Ce qui me fait poser la question : combien de bénévoles, de membres actifs compte Montpel’libre ? Parce que vous proposez, comme vous le disiez, beaucoup de permanences hebdomadaires, mensuelles, vous participez à beaucoup d’évènements. Vous êtes environ combien comme membres actifs ?

Pascal Arnoux : Tu sais, c’est très difficile de déterminer un nombre, parce que tu vas avoir des gens qui vont intervenir pratiquement tous les jours et des gens qui vont intervenir une fois par mois voire quelques mois.

Isabella Vanni : Ponctuellement.

Pascal Arnoux : Nous avons des individus qui adhèrent à Montpel’libre. Nous avons aussi des collectivités, des entreprises, l’Amue par exemple, la CCI [Chambre de commerce et d'industrie] Hérault, le Club de la presse, l’agglomération de Béziers. Il y a des profils qui sont complètement différents.

Myriam Criquet : En fait, on ne sait pas combien on est. Si tu veux, il y a à peu près entre 290 et 300 adhérents. Maintenant il faut faire le compte après la foire aux associations, l’Antigone des Associations, qui fait que beaucoup de gens adhèrent la semaine suivante et l’Antigone des Associations c’était la semaine dernière.
Par contre, ce qu’on sait c’est que quand tu as comme adhérent par exemple une agglomération de 17 villes, l’agglomération de Béziers Méditerranée, combien ça comporte de personnes qui effectivement font du Libre. Quand tu as comme adhérent l’Amue, l’Association de mutualisation des universités et de l’enseignement supérieur qui est une association qui représente l’ensemble des gens qui travaillent dans l’ensemble des universités de France sur la conception de logiciels, combien de personnes ça représente exactement ? Quand tu as des associations d’étudiants où tu as 80 000 étudiants qui sont intéressés, combien de gens sont impliqués ?

Isabella Vanni : Je comprends. C’est un réseau potentiellement énorme, comme vous le dites. Il ne nous reste pas beaucoup de temps. Je sais que vous aviez deux sujets qui vous intéressent, que vous souhaitiez aborder lors de cette chronique. On peut les aborder rapidement. Il y a le projet GULL Academy qui est une autre action très importante pour vous. Vous pouvez nous expliquer très brièvement en quoi ça consiste ?

Myriam Criquet : L’idée c’est, en fait, que nous nous battons pour une société inclusive et en paix. Ça ce sont les aboutissements des objectifs du développement durable. Donc on a monté une autre association qui s’appelle API, Action of Public Interest, qui travaille beaucoup sur l'ODD 4, une action pour une éducation de qualité et les autres ODD, mais toujours sur l'ODD 4. On s’est dit « on a beaucoup de chercheurs, on a beaucoup d’enseignants dans des matières différentes et on se rend compte qu’on peut aider les GULL à monter en compétence, parce qu’il y a de belles pépites qu’on aimerait voir vraiment émerger ». On est en peer to peer, en pair à pair, entre gens qui ont des compétences différentes sur les mêmes sujets, capables de faire monter en compétence les gens. Donc on a créé la GULLL Academy.

Pascal Arnoux : Pendant les RMLL.

Myriam Criquet : Pendant les RMLL, les Rencontre Mondiales du Logiciel Libre.

Pascal Arnoux : Si elles ont lieu.

Myriam Criquet : Si elles ont lieu.

Pascal Arnoux : Les RMLL n’ont pas eu lieu cette année, par contre nous avons organisé une GULL Academy.

Isabella Vanni : Je suis vraiment désolée, le temps malheureusement est radin, si je peux résumer c’est une façon, effectivement, de partager vos retours d’expérience, vos compétences avec d’autres GULL et de faire en sorte que les GULL s’outillent en fait.

Pascal Arnoux : Et pour monter en compétence.

Isabella Vanni : Et pour monter en compétence

Myriam Criquet : Pas que. Parce que si tu veux il y a la « double qualité » entre guillemets d’enseignants, de chercheurs et d’experts de certains sujets qui sont en même temps des libristes. Donc, si tu veux, c’est très simple pour nous de pouvoir expliquer le Libre, mais aider aussi à expliquer des choses plus classiques et qui vont pouvoir aider les groupes d’utilisateurs de logiciels libres à aller plus loin. L’objectif c’est que ensemble, avec des partages d’expérience, on puisse, si tu veux, vraiment faire la promotion du Libre, c’est-à-dire que le Libre se développe de plus en plus.

Isabella Vanni : Merci pour ce beau projet. Je suis vraiment désolée, le temps à notre disposition est fini. Je vous remercie vraiment beaucoup pour votre participation, pour votre intervention aujourd’hui et je souhaite le meilleur pour Montpel’libre. Merci beaucoup.

Myriam Criquet : Merci Isabella. Si tu nous permets une annonce : les Rencontres Mondiales Sociales Solidaires Libres et Éthiques les 6 et 7 décembre 2019 à Montpellier et si vous voulez on reviendra dans une autre émission pour vous en parler. Ce sont, en fait, des rencontres qui vont permettre aux libristes qui partagent les mêmes valeurs que les acteurs de l’ESS de se rencontrer, d’en discuter et de monter ensemble des projets. À bientôt Isabella. Merci beaucoup.

Isabella Vanni : Merci beaucoup. Au revoir.

Frédéric Couchet : Merci Pascal, merci Myriam, merci Isabella. C’était Montpel’libre avec Myriam Criquet et Pascal Arnoux. On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Neutron star par Ghandizilla et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Neutron star par Ghandizilla.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Neutron star par Ghandizilla/Raphaël Badawi. C’est sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout danss le monde sur le site causecommune.fm.

Avant de passer au sujet suivant je vais répondre à la deuxième question du quiz car, dans l’interview précédente, le mot a été cité. Je rappelle la question : quel est le nom d’un célèbre noyau de système d’exploitation libre et d’où vient ce nom ? Nos amis de Montpel’libre ont cité le nom « Linux » et ça vient du nom de son créateur qui s’appelle Linus Torvalds. Linux est un noyau, ce n’est pas un système d’exploitation complet. Je vous renvoie à l’écoute de l’émission du 30 avril 2019 que nous avons consacrée aux distributions GNU/Linux et vous verrez pourquoi nous on emploie le terme « GNU/Linux » quand on fait référence à la distribution entière. Voilà ! C’était la réponse à la deuxième question du quiz et, pour la réponse à la première, nous attendrons la fin de l’émission.
Nous allons donc maintenant passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

OpenStreetMap et State of the Map avec Christian Quest

Frédéric Couchet : Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur OpenStreetMap avec Christian Quest porte-parole d’OpenStreetMap France. Bonjour Christian.

Christian Quest : Bonjour.

Frédéric Couchet : C’est la deuxième émission. Je vais préciser tout de suite, avant d’oublier, que si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, eh bien vous pouvez vous connecter sur le salon web de la radio, causecommune.fm, tout en haut il y a un bouton qui s’appelle « Chat », ou nous appeler au numéro 09 50 39 67 59, je répète 09 50 39 67 59 et Étienne en régie attend vos appels.

J’allais dire que c’était la deuxième émission sur OpenStreetMap, car nous avons consacré une première émission le 11 juin 2019, déjà avec Christian Quest et avec Noémie Lehuby d’OpenStreetMap France. Les personnes qui voudront réécouter cette émission, le podcast est disponible sur le site causecommune.fm et sur le site de l’April. On va faire une deuxième émission. On va quand même en introduction revoir un petit peu un certain nombre de points qu’on a évoqués durant la première émission parce qu’on suppose que tout le monde ne l’a pas forcément écoutée et on va aborder un certain nombre de nouveaux points.
Déjà première question, une présentation individuelle rapide, Christian, un peu comme la dernière fois ; malgré ta longue expérience, est-ce que tu veux te présenter en quelques mots ?

Christian Quest : Je suis contributeur sur le projet OpenStreetMap depuis 2009, j’ai fêté mes dix ans d’inscription cet été, et je suis un des fondateurs de l’association française OpenStreetMap France qui fait la promotion du projet en France.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que tu peux nous faire un petit historique sur le projet OpenStreetMap ? Quel était le problème à régler ? À quel moment ? Et quel est, finalement, l’objectif de ce projet ?

Christian Quest : La naissance c’est 2004. Un étudiant anglais avait besoin pour sa recherche de données géographiques. Il s’est adressé à l’équivalent de l’IGN en Angleterre, qui s’appelle l’Ordnance Survey, espérant obtenir les données en question pour pouvoir travailler. Il a compris que c’était très compliqué, il a trouvé ça anormal que des données produites avec de l’argent public ne soient pas ouvertes. On était encore très tôt par rapport au mouvement d’open data. Du coup il s’est dit « et si on créait une base ». Voilà ! C’était un projet complètement utopique mais c’est génial parce que ça a marché.

Frédéric Couchet : Il y a eu le choix d’une licence, c’est l’Open Database License ? C’est bien ça ?

Christian Quest : Oui. On a eu un changement de licence, je vais passer ces détails-là, mais aujourd’hui les données sont sous licence ODbl, Open Database License ; c’est une licence libre avec Attribution et avec Partage à l’identique. L’idée c’est que toutes les améliorations qui peuvent être faites sur les données doivent être repartagées. Par contre, une chose importante par rapport à cette licence, c’est que ce que l’on fait avec ces données, si ça n’est pas une base de données, ça n’a pas à être sous la même licence vu que c’est une licence qui ne s’adresse qu’aux bases de données. Donc si je produis une carte papier, si je fais une appli ou quelque chose comme ça, on n’a pas du tout de Partage à l’identique à respecter. Le partage est vraiment limité à améliorer la base parce que c’est le cœur, c’est l’essence du projet.

Frédéric Couchet : D’accord. L’objectif c’est de dessiner le monde avec des données libres et un mot clé qui est sans doute important dans OpenStreetMap, c’est que c’est « collaboratif », c’est-à-dire que n’importe quelle personne peut contribuer à cette carte contrairement à d’autres cartes où elles sont simplement utilisatrices.

Christian Quest : Oui, tout à fait. N’importe qui peut améliorer la carte, la compléter, venir rajouter des informations, venir corriger des erreurs et la mettre à jour parce que le terrain ne fait que changer donc il faut sans arrêt mettre à jour les bases de données cartographiques.

Frédéric Couchet : D’accord. On va donner le site principal : openstreetmap.org.

Christian Quest : C’est le site international. Oui.

Frédéric Couchet : Le site international, Le site d’OpenStreetMap France c’est openstreetmap.fr. Tant qu’on y est, quel est l’objet de l’association OpenStreetMap France ?

Christian Quest : C’est vraiment assurer la promotion, c’est-à-dire être un contact un peu officiel et structuré ce qui nous permet de signer des conventions, d’être un contact pour la presse, d’être un contact pour les services de l’État, l’administration, les collectivités. Ça nous permet d’organiser le State of the Map, on en a entendu parler juste avant avec Montpel’libre.

Frédéric Couchet : Et on en reparlera tout à l’heure en détail.

Christian Quest : Tous les ans OpenStreetMap France organise une conférence annuelle en France qui est destinée plutôt aux contributeurs français et francophones. Et puis, le week-end dernier, s’est déroulée à Heidelberg, en Allemagne, la conférence internationale annuelle.

Frédéric Couchet : D’accord. On fait un tour d’horizon pour les personnes qui n’ont pas écouté la première émission, petite question rapide sur l’utilisation d’OpenStreetMap : qu’est-ce qu’une personne va trouver sur OpenStreetMap ? Est-ce qu’elle va trouver les mêmes choses qu’elle trouve sur d'autres sites de cartographie ? Et, deuxième question, pour utiliser OpenStreetMap est-ce que c’est uniquement le site web ou est-ce qu’il y a des applications disponibles pour téléphone mobile ?

Christian Quest : Le cœur d’OpenStreetMap c’est une base de données. Base de données, ça ne va pas parler à beaucoup de gens. Par contre, à partir de cette base de données, on peut produire des cartes, des fonds de cartes, on peut faire des calculs d’itinéraires, on peut faire des recherches de points d’intérêts, d’adresses. On fait une partie de tout ça sur le site openstreemap.org, mais le but d’openstreetmap.org ça n’est pas d’être l’outil le plus à destination du grand public, ce n’est pas tellement ça.
Par contre, on a plein d’autres outils qui ont été développés, des cartes plus ou moins spécialisées, des fonds de cartes qui sont plus destinés à des cyclistes par exemple et des applications qu’on a sur mobile, que ça soit Android ou sur iPhone. Je vais prendre un exemple : sur la région Île-de-France, les données les plus précises et les plus à jour concernant les pistes cyclables sont dans OpenStreetMap. Il y a une application qui s’appelle Geovelo, qui existe depuis des années et collabore aussi avec la région Île-de-France pour améliorer les données, du coup améliorer les calculs d’itinéraires qui sont faits par l’application et tout ça c’est dans la base OpenStreetMap, c’est-à-dire que n’importe quelle amélioration bénéficie, du coup, vraiment à tout le monde.

Frédéric Couchet : C’est important, tu cites notamment le rôle des collectivités. Dans l’émission précédente, Jean-Christophe Becquet avait parlé notamment du projet « Dessine ta ville » et aussi des liens avec les collectivités, justement. Quand on dit que toute personne peut contribuer à OpenStreetMap, ce sont vraiment les personnes individuelles, ce sont aussi, évidemment, les collectivités, les entreprises, etc.
Ça c’est la partie utilisation. Évidemment on mettra les références sur le site de l’April, mais je suppose que sur les sites openstreetmap .org et .fr on retrouve les liens vers les différentes applications. Je crois qu’il y a une question qui revient assez souvent et après on passera à la partie contribution, c’est le GPS et les gestions de trafic. Est-ce que c’est déjà présent dans OpenStreetMap ? Est-ce que ça ne sera jamais présent pour diverses raisons ?

Christian Quest : La partie trafic.

Frédéric Couchet : Partie trafic, voilà exactement.

Christian Quest : La partie trafic ça c’est de la donnée souvent en temps réel et la base OpenStreetMap n’a pas vocation à décrire le monde en temps réel parce que ça serait un travail énorme d’arriver à ça et, surtout, elle n‘a pas été conçue pour ça à l’origine. On va dire que c’est une description froide du monde. Pour une description chaude, avec des données très changeantes, il y a d’autres possibilités. J’ai essayé de démarrer un projet qui s’appelle OpenEventDatabase par rapport à ça. Aujourd’hui, le problème d’arriver à faire converger de la remontée d’informations libres dans une base libre, c’est encore un petit peu compliqué.

Frédéric Couchet : D’accord. Notre invité suivant est déjà là et il tapote sur le clavier, en fait sur le salon web pour me signaler des choses. Plutôt que de répéter ce qu’il écrit sur le salon web je propose que Laurent Costy nous explique ce qu’il a découvert la semaine dernière, qu’il trouve très intéressant et comme ça on va pouvoir avoir la réaction en direct de Christian Quest. Donc Laurent Costy.

Laurent Costy : Bonjour à toutes et à tous. J’ai eu la chance, effectivement, de faire une formation la semaine dernière sur la question des données. Évidemment la question d’OpenStreetMap a été abordée d’autant qu’il y avait un militant d’OpenStreetMap qui était formateur. Donc j’ai pu découvrir des choses que j’avais appréhendées de loin mais que je n’avais pas vraiment creusées. En autres, j’ai découvert la page qui décrit les contributions en temps réel sur OpenStreetMap et j’ai trouvé ça absolument extraordinaire pour montrer toute l’implication et le nombre de personnes impliquées dans le monde pour contribuer à la base de données. J’ai trouvé ça vraiment génial ! Ça devrait être beaucoup plus connu. J’ai mis le lien.

Frédéric Couchet : Le lien c’est live.openstreetmap.fr.

Christian Quest : Voilà ! Ça vous montre, avec un très léger décalage, toutes les contributions au fur et à mesure qu’elles arrivent. J’adore démarrer cette page dans un onglet masqué quand je fais une présentation et, à la fin de la présentation, je passe sur cet onglet, je dis « pendant cette présentation il y a eu 4200 personnes qui ont rajouté 150 000 objets, etc. »

Laurent Costy : Donc on est quand même un peu dans le temps réel, pour le coup.

Christian Quest : Là c’est le temps réel des éditions. Il y a quelque chose de similaire qui existe, je crois, pour Wikipédia, mais qui fait de la musique, qui fait des sons. Je ne sais pas si vous connaissez ce truc-là. Ça permet d’avoir, comme ça, une sorte d’ambiance sonore qui vient des contributions à Wikipédia en temps réel.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc là c’était l’utilisation. On va passer un petit rapidement, maintenant, à la partie contribution et, je le répète, lors de l’émission du 11 juin 2019 on avait abordé ça en détail donc n’hésitez pas à écouter le podcast ; là on fait un petit récapitulatif. Donc la partie contribution à OpenStreetMap : est-ce qu’il faut des connaissances particulières, notamment en cartographie ? Est-ce qu’il faut utiliser des outils particuliers ? Est-ce qu’il faut des droits particuliers pour rajouter des informations dans OpenStreetMap ? Et est-ce qu’il y a des conseils que tu donnerais ou même que Laurent pourrait donner pour quelqu’un qui veut se lancer dans OpenStreetMap ? Peut-être que tu pourrais expliquer ce que sont les Cartoparties vu que, tout à l’heure, Pascal Arnoux de Montpel’libre en a parlé. La contribution, comment on y va ? De quoi on a besoin pour contribuer ? Quelles compétences sont nécessaires ?

Christian Quest : La façon la plus simple pour contribuer c’est d’aller sur le site openstreetmap.org, d’aller regarder son quartier sur OpenStreetMap, parce que nous sommes tous experts géographiques de notre quartier, on le connaît, et, quand on a assez zoomé, qu’on voit juste son quartier, il y a un onglet « Modifier » ; on a accès à cet onglet « Modifier » à partir du moment où on s’est ouvert un compte. Donc il suffit de s’ouvrir un compte sur le site, de cliquer ensuite sur l’onglet « Modifier » et on peut rajouter. Il y a un petit tutoriel qui explique comment manipuler l’éditeur qui fonctionne dans le navigateur avec les concepts de base d’OpenStreetMap. Ça, ce sont vraiment les premiers pas.
Une Cartopartie, pour répondre à ta question, c’est un évènement qu’on essaye de faire sur une demi-journée, voire sur une journée, où on va aller sur le train pour expliquer aux gens comment noter des informations, quelles sont les informations qui sont intéressantes à mettre dans la base OpenStreetMap et ensuite on va faire une session justement de saisie où on va montrer comment fonctionnent les outils de saisie. Il y en a plusieurs, il n’y a pas que celui qui est sur le site web, ce qui permet, du coup, de démarrer en ayant quelqu’un qui nous tient la main.

Frédéric Couchet : D’accord. Un point essentiel qu’on a déjà abordé la première fois mais qu’il est important de répéter, c’est la limite sur les informations qu’on peut saisir : ce ne sont que des informations publiques et non pas des données personnelles. On ne peut pas, par exemple, expliquer que tel voisin habite à tel endroit, etc. Ce sont vraiment des données publiques qu’on a récupérées de façon libre.

Christian Quest : Oui, tout à fait. On s’arrête évidemment uniquement à l’information qui est publique, même si certaines informations sont accessibles publiquement : si on regarde sur une sonnette on peut voir le nom de la personne, ce n’est pas pour ça qu’on va le recopier.

Frédéric Couchet : Voilà ! OK ! OpenStreetMap a joué un rôle important notamment dans la cartographie de zones de guerres ou de séismes. J’ai l’impression que c’est une des façons dont OpenStreetMap s’est fait, quelque part, le plus connaître par sa capacité tout d’un coup, sa réaction de pouvoir rétablir la carte du monde alors que le monde a été totalement dévasté ou en tout cas a été grandement modifié.

Christian Quest : Oui. C’est exact. On a eu, malheureusement, certains évènements qui nous ont mis dans la lumière parce qu’on a pu aider, on a pu donner un coup de main, parce qu’on peut aussi mobiliser des centaines de personnes en très peu de temps pour aller cartographier des zones qui ont été ravagées soit par des tremblements de terre, tsunamis, inondations, déplacements de population, on a tous ces cas de figure-là. On a eu aussi la lutte contre Ebola, toutes ces choses-là. Il ne faudrait pas, quand même, trop réduire OpenStreetMap à ce côté humanitaire, même si c’est extrêmement utile et important. Au quotidien on ne s’en rend pas compte, mais il y a de plus en plus de données autour de chez nous qui proviennent d’OpenStreetMap et qui sont utilisées, y compris part des services officiels.

Frédéric Couchet : Par exemple ?

Christian Quest : Il y a certains fonds de cartes qui sont utilisés par la Gendarmerie qui utilise des données OpenStreetMap. Tout à l’heure je citais le cas des données géographiques sur les pistes cyclables, là c’est carrément la région.

Frédéric Couchet : La région Île-de-France.

Christian Quest : La région Île-de-France qui finance la mise à jour des données géographiques.

Frédéric Couchet : Laurent Costy.

Laurent Costy : Est-ce que ça peut être le support de sciences collaboratives ?

Christian Quest : Oui. Aussi. Les domaines que touche OpenStreetMap ne sont pas limités. Je dis souvent que le nom est assez mal choisi : Open ça oui, on est tous d’accord ; Street on ne fait vraiment pas que les rues ; et Map, eh bien on ne fait pas que des cartes avec ces données. Donc ça devrait plutôt s’appeler, je pense, OpenGéoData, mais c’est quand même moins sexy !

Frédéric Couchet : Ça aurait peut-être eu moins de succès, effectivement ! Tout à l’heure tu parlais d’applications, il y en a une que je ne trouve pas mal pour les débutants, pour l'avoir utilisée, c’est StreetComplete. Tu te mets dans ton quartier, en fait c’est une sorte de quête : il manque des données à tel endroit ; l’application commence par te poser des questions toutes simples, par exemple les horaires de bus ou de la banque d’à côté et en fonction du nombre de quêtes que tu établis, les questions deviennent de plus en plus élevées et permettent de contribuer. C’est aussi une façon de démarrer avec OpenStreetMap. Je l’avais installée, justement après l’émission de la dernière fois.

Christian Quest : On a bien fait de venir alors !

Frédéric Couchet : Exactement. C’est aussi pour ça que je fais des émissions, c’est pour en apprendre plus sur les projets et pour, éventuellement, y participer.
Je pense qu’on a sans doute globalement fait le tour sur la réintroduction d’OpenStreetMap. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose sur cette partie-là ou Laurent ?

Christian Quest : Non. Pour moi c’est bon, je pense qu’on a un peu fait le tour.

Laurent Costy : Moi j’ai posé les questions au fur et à mesure. C'est parfait.

Frédéric Couchet : En fait tu poses les questions au fur et à mesure. On va aborder d’autres sujets parce que si on t’a invité aujourd’hui 24 septembre 2019 ce n’est pas totalement par hasard, c’est que notamment tu reviens d’Allemagne. C’est ça ?

Christian Quest : Oui, c’est ça.

Frédéric Couchet : Où s’est déroulé State of the Map Monde, en français on dirait « l’état de la carte », un peu, même si ! D’abord c’est quoi State of the Map Monde et quelles sont les nouvelles du projet OpenStreetMap, peut-être les nouvelles directions, les nouveaux projets à venir, les évolutions ?

Christian Quest : State of the Map c’est notre grand évènement annuel qui sert à plusieurs choses. La première chose c’est déjà se voir, parce que c’est un projet en ligne, mais c’est quand même bien de pouvoir discuter avec quelqu’un en chair et en os, en direct, souvent avec une boisson pétillante. On a tellement de choses à se raconter, ce qu’on ne peut pas vraiment faire en ligne, c’est vraiment génial pour ça. On a évidemment des conférences, des présentations très nombreuses, sur plein de sujets, et c’est à chaque fois l’occasion de découvrir ce qui est fait dans d’autres pays, dans d’autres communautés. C’est une façon d’échanger les compétences et les savoirs un petit peu partout. Ça ne dure malheureusement que trois jours, je pense qu’on pourrait durer une semaine tellement on a de sujets à aborder et là, à Heidelberg, on était un peu plus de 500 qui venaient beaucoup d’Europe parce que c’est évidemment la proximité, mais on avait aussi des gens qui venaient d’Afrique, d’Amérique du Sud, d’Asie, d’un petit peu partout.

Frédéric Couchet : D’accord. Quelles sont les nouveautés ou les actus phares suite à State of the Map ?

Christian Quest : Il y a un sujet que je pense de plus en plus présent, c’est l’arrivée de l’intelligence artificielle dans notre sphère. On fait beaucoup de contributions en se basant sur des images aériennes, des photos aériennes, et il y a de plus en plus d’acteurs qui font partie des GAFA en général : on a Microsoft, on a Facebook qui s’intéressent pas mal à ce genre de choses et qui amènent le côté intelligence artificielle : détection automatique de bâtiments, de routes et d’objets sur les photos aériennes, ce qui peut, effectivement, être une aide pour les contributeurs. À moi ça pose quelques petits problèmes, ça vaut le coup d’en discuter je pense, c’est qu’en fait on alimente des modèles numériques, des modèles d’intelligence artificielle, ce qu’on appelle aussi des réseaux de neurones, mais ces modèles, eux, ne sont pas ouverts. Et ça me pose quand même un petit problème philosophique de pousser les gens à contribuer, parce que, effectivement, ça va nous aider à détecter des bâtiments, mais ça ne fait pas que ça, et puis on n’a plus de contrôle et on perd une certaine autonomie qu’on avait avant. Je pense qu’il faut qu’on réfléchisse à ces sujets-là parce que quand on est sur un site web et que le reCAPTCHA de Google nous oblige à…

Frédéric Couchet : Explique juste ce que c’est qu’un reCAPTCHA.

Christian Quest : Le reCAPTCHA c’est quand il faut cocher « je ne suis pas un robot » et que vous avez des photos.

Frédéric Couchet : À sélectionner.

Christian Quest : Voilà. On vous demande de reconnaître. Au tout début où ça existait, les reCAPTCHA, c’était par rapport à la reconnaissance d’écriture et puis, petit à petit, ça a changé et ça fait déjà plusieurs années qu’on vous demande de reconnaître des bicyclettes, des bus, des boutiques, etc.

Laurent Costy : Des feux tricolores.

Christian Quest : Des feux tricolores, c’est ça. Et ça sert, en fait, à entraîner les modèles de reconnaissance d’analyse d’images qui sont, entre autres, utilisés pour les véhicules autonomes. En fait c’est du travail gratuit.

Frédéric Couchet : On travaille gratuitement pour Google ou les autres.

Christian Quest : Clairement oui ! C’est du travail gratuit, contraint parce qu’on est obligé de passer par ce barrage pour pouvoir accéder au service qu’il y a derrière, donc là on y est contraint. Je lutte déjà un peu contre ça, mais ça me dérange quand on rentre dans du travail gratuit qui est non-contraint, où là je me dis qu’on pourrait peut-être quand même réfléchir à avoir d’autres solutions que d’alimenter des modèles fermés.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc ça c’était une discussion à State of the Map ? La discussion est en cours ?

Christian Quest : Il n’y a pas vraiment de discussion, c’est une réflexion que j’ai eue. J’ai essayé d’entamer la discussion avec plusieurs personnes sur ce sujet-là parce que je pense qu’on ne se rend pas toujours pas compte au tout début de l’arrivée d’une nouvelle technologie à quel point elle peut rapidement nous renfermer.

Frédéric Couchet : Que ça peut être un piège sur le long terme.

Christian Quest : Oui.

Frédéric Couchet : On va en parler. On va faire une petite pause musicale. J'en profite pour remercier Étienne en régie. Étienne gère à la fois la régie et, pour être tout à fait transparent, il gère ma plus jeune fille, puisque, aujourd’hui, c’est grève à l’école, donc ma plus jeune fille est à côté de lui.
On va faire une pause musicale. Nous allons écouter Ko Louka la vie par Les journées de création musicale Ziklibrenbib.

Pause musicale : Ko Louka la vie par Les journées de création musicale Ziklibrenbib.

Frédéric Couchet : Nous avons écouté Ko Louka la vie par Les journées de création musicale Ziklibrenbib, musique libre sous licence Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Une licence qui est assez proche de la licence d’OpenStreetMap mais ce n’est pas pour les mêmes types de données. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April. Nous sommes sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et sur causecommune.fm partout dans le monde.
Je répète que vous pouvez intervenir soit sur le webchat de la radio, soit en appelant au numéro 09 50 39 67 59, je répète 09 50 39 67 59. N'hésitez pas, Christian est là pour répondre à vos questions.

Nous continuons donc de parler d'OpenStreetMap et en parlant de questions par téléphone, je vais relayer deux questions que j'ai reçues préalablement à l’émission. La première est toute simple : la personne aimerait savoir si OpenStreetMap envisage de proposer l’ajout d’images satellites ou par drone, même si ce sera incomplet. Christian Quest.

Christian Quest : Sur le site openstreetmap.org ce n’est pas tellement l'objectif de fournir ça, par contre les images aériennes, les images satellites, les images par drone, ça peut être extrêmement utile pour contribuer, c’est-à-dire pour améliorer les données de la carte. Par chance, on a depuis des années des partenariats ou des conventions avec des gens comme Bing ou avec une entreprise américaine qui s'appelle…

Frédéric Couchet : Bing le moteur de recherche ?

Christian Quest : Oui, Bing, le moteur de recherche de Microsoft, tout à fait.

Frédéric Couchet : C’est pour préciser.

Christian Quest : Et puis il y a DigitalGlobe qui est une société américaine qui a changé de nom, qui s’appelle maintenant Maxar [Maxar Technologies], qui a des satellites civils qui font de l'image très haute résolution, genre 30 centimètres par pixel, depuis un satellite ce n'est pas mal – oui, maintenant il faut bien ranger son jardin sinon ça se voit – donc ils nous autorisent à utiliser tout ce fond d'images, ces péta et ces péta de pixels.

Frédéric Couchet : Péta c'est une mesure qui est très importante on va dire ; les giga sont très loin.

Christian Quest : C'est une mesure, mais là je pense qu'on est même au-delà des péta, oui, on est très loin des giga. Quand on fait nos photos avec des mégapixels, là on est des dans des milliards de milliards de mégapixels. On a aussi de plus en plus de photos aériennes qui sont disponibles en open data en France. On a à peu la moitié du territoire métropolitain qui est disponible en open data avec des résolutions qui varient de 20 centimètres par pixel à, certains endroits maintenant, les dernières sur la région parisienne, on est à 5 centimètres par pixel, donc là il faut vraiment bien ranger le jardin.

Frédéric Couchet : Et ces données sont sous la même licence libre que celle d'OpenStreetMap ?

Christian Quest : Non, non parce que ce sont des images, ce ne sont pas des bases de données, donc ce ne sont pas tout à fait les mêmes licences.

Frédéric Couchet : Ah oui, effectivement !

Christian Quest : Et puis là c'est de la donnée publique, donc en France, la réglementation vis-à-vis de la donnée publique fait qu'on a une licence qui s’appelle la licence ouverte qui est l'équivalent d'une CC BY, pour simplifier. Donc on peut utiliser ces images et nous on les reprend sur nos serveurs pour pouvoir les diffuser plus simplement pour les contributeurs. Par contre, on ne fournit pas de services pour afficher ça, par exemple sur une carte sur son site, aussi parce que notre objectif n'est pas vraiment de fournir des services mais vraiment de fournir la donnée de base pour pouvoir créer ces services.

Frédéric Couchet : Et que les autres créent les services dont ils ont besoin, dont les personnes ont besoin.

Christian Quest : Dont ils ont besoin avec la donnée de base.

Frédéric Couchet : Avec la donnée de base. D'accord. La deuxième question qui est un peu plus longue mais qui permet aussi, peut-être, de rentrer dans un sujet qui est intéressant qui est la gouvernance du projet et les choix. Je vais essayer de la résumer. En fait, quand on met à jour une donnée sur OpenStreetMap, quand on la rajoute, on peut mettre un tag qui va décrire un lieu, un équipement. Le cas présent qui m'a été soumis c'est celui des écoles. En fait, le tag « école » est à la fois utilisé pour cartographier la surface occupée par un groupe scolaire et aussi pour cartographier individuellement chaque école qui en fait partie, en y associant les infos spécifiques. La personne m'a envoyé un lien en prenant un exemple à Saint-Denis où une requête donnerait six écoles alors qu’en fait il n'y en a que quatre en réalité. La personne m’explique qu'il y a eu plusieurs solutions qui ont été proposées, en tout cas qu'il y a un débat sur des forums internes d'OpenStreetMap. Apparemment tu as suivi ces échanges, est-ce que tu peux nous dire l'état de ces échanges et, finalement, comment la décision finale sera prise si une décision finale doit être prise. ?

Christian Quest : Je ne vais rentrer dans le détail de ce cas-là. En fait, il n'y a jamais vraiment une décision très claire, très tranchée. Il y a une forme de consensus par l'action, c'est-à-dire que les contributeurs vont trouver plus logique et plus cohérent de faire les choses d'une certaine façon. On se met aussi d'accord globalement en écrivant les choses sur un wiki qui nous sert un peu de référence, mais il y a parfois des petites divergences, des petites différences entre ce que le wiki a prévu et puis la vraie façon dont les contributeurs cartographient. Parfois on a aussi des évolutions dans le temps, c'est-à-dire qu'on n'est pas rentré dans le détail au début et puis, petit à petit, il faut qu'on détaille un petit peu plus. Effectivement, là typiquement, un groupe scolaire ça peut regrouper plusieurs établissements scolaires, plusieurs écoles : typiquement une école primaire vous allez avoir une section maternelle et une section élémentaire, je cherchais les mots. Mais là on a même encore d'autres problèmes parce que, par exemple, dans beaucoup de pays étrangers l'équivalent d'une école maternelle n'est pas considéré comme une école mais comme un jardin d'enfants, donc on a aussi des discussions : est-ce qu'on doit cartographier une école maternelle comme un jardin d'enfants ou bien comme une école, mais avec des enfants en bas âge.
Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais on cherche vraiment à trouver un consensus, à faire les choses simplement, parce que si on a une façon de modéliser les données qui est trop compliquée, trop éloignée de ce qui nous vient naturellement, eh bien ça ne marche pas.

Frédéric Couchet : D'accord. La première fois on l’avait un petit expliqué sur la structure OpenStreetMap — si je me souviens bien, on va voir si j'écoute bien mes émissions : il n'y a pas d'équipe salariée dans la fondation.

Christian Quest : Il y a une fondation de droit anglais et il y a une personne qui s'occupe de l'administration générale, etc., qui est salariée, mais il n’y a qu’une seule personne.

Frédéric Couchet : Une personne. Mais il n'y a pas de salariés qui gèrent, on va dire, justement ce genre de discussion ; tout se fait au niveau bénévole sur les forums. Ce sont des forums internes ou des forums publics ?

Christian Quest : Tout est public.

Frédéric Couchet : Tout est public. D'accord.

Christian Quest : Tout est public et même au niveau de la fondation il y a un board, etc., mais ce n'est pas lui qui va prendre des décisions de ce type-là.

Laurent Costy : Board c’est ?

Christian Quest : Le conseil d’administration. Voilà, c'est le conseil d'administration de la fondation qui est là pour assurer la pérennité du projet, c'est sa mission principale. Je crois que dans le manifeste de la création de la fondation il y a « la fondation soutient le projet, mais ne le contrôle pas ». C'est quand même assez intéressant, je trouve.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Ça c’était la deuxième question. Je remercie les deux personnes qui ont envoyé ces questions qui permettent, en tout cas, d'avancer dans la discussion. J'ai découvert un exemple à Saint-Denis et je pense que la personne a envoyé l'exemple de Saint-Denis parce que j'habite Saint-Denis et, en plus, je connais bien cet espace scolaire qui regroupe effectivement beaucoup d'écoles au même endroit.
N'hésitez pas, si vous avez des questions, il nous reste un petit peu de temps, à appeler le 09 50 39 67 59, je répète le 09 50 39 67 59 ou à venir sur le salon web de la radio, sur causecommune.fm.
Tout à l'heure on va revenir sur State of the Map. Tu nous avais parlé de l'arrivée de l'intelligence artificielle et des problématiques que cela pouvait causer. Dans le cadre de la préparation de l’émission tu m'avais aussi indiqué que tu souhaitais parler de l'extension du champ de l'ouverture démarré par le code source. Est-ce que tu pourrais expliquer ce que tu entends par là ?

Christian Quest : J'en ai un petit peu parlé tout à l'heure. On a beaucoup parlé, au début, d'ouverture, beaucoup des logiciels et des codes sources. Ensuite sont venues les données, je pense que les données sont quand même venues un peu après, et tout à l’heure j'ai parlé justement des modèles qu'on entraîne avec ces données, donc qui sont un peu des résultats. Je pense qu'il faut aussi aller vers un mouvement d'ouverture de ces modèles, pour deux raisons, pour pouvoir les réutiliser, pour ne pas avoir à refaire les mêmes entraînements. Aujourd'hui, entraîner des modèles d'intelligence artificielle c'est quand même très coûteux en termes d'énergie parce que ce sont des gros calculs faits par des ordinateurs, ça consomme de l'électricité, etc., il y a beaucoup de ressources qui sont mises en œuvre. Moi je trouve ridicule qu'on refasse le même travail alors qu’il a été fait. Donc on devrait aussi avoir, pour moi, des open models, des modèles qui eux aussi sont ouverts et pousser aussi dans ce sens-là pour que, justement, eh bien les contributions qu'on fait de façon volontaire on soit sûr que le résultat, lui aussi, reste ouvert.

Frédéric Couchet : D'accord. Laurent vu que tu as pris la parole tout à l'heure, évidemment si tu te sens à poser des questions ou si tu as des réactions, n'hésite pas ton micro est ouvert comme l'a signalé Étienne en régie.

Laurent Costy : Je suis complètement d’accord avec Christian. Inaudible.

Frédéric Couchet : Je ne sais pas si on t'a bien entendu !

Étienne Gonnu : Il y avait une erreur de micro branché. Désolé !

Frédéric Couchet : Laurent va répéter parce que son micro n'était pas branché. Vas-y. Tu disais que tu étais d’accord.

Laurent Costy : Je disais que je suis toujours d'accord, même si vous ne m'avez pas entendu, je suis toujours d'accord avec Christian sur la nécessité d'avoir une visibilité sur le code qui pilote tout ça.

Christian Quest : C'est plus que le code ! Dans le cas du modèle, c'est vraiment un mélange entre on a pris tes données, on a utilisé du code pour faire fonctionner un réseau de neurones et on a entraîné un réseau de neurones – c'est un résultat – et c'est ce résultat qu'on devrait aussi conserver ouvert ainsi que les données d'entraînement et, bien sûr, le code. En fait, pour moi, toutes les étapes devraient rester ouvertes.

Frédéric Couchet : Je pense qu'on ajoutera ce sujet dans la liste des sujets à traiter dans l’émission parce que c'est un sujet qui dépasse le cadre du logiciel libre ou autre et qui intéresse beaucoup de gens actuellement, à la fois des industriels, des politiques et puis tout simplement les citoyens et les citoyennes. Donc je pense qu’on va traiter ça un de ces jours.
Un autre sujet, ce n’est pas forcément en lien direct avec OpenStreetMap, mais tu m'en as parlé dans les possibles sujets, ton ambition de créer un jeu le plus complet possible de données disponibles en open data en France. Est-ce que tu peux parler un petit peu de ce projet ?

Christian Quest : J'ai commencé ça cet été parce que l'open data en France a commencée il y a à peu près une dizaine d’années ; Rennes, entre autres, a été une des premières collectivités à publier des données en open data. Eh bien je vous mets au défi de trouver aujourd'hui les données qui ont été publiées il y a dix ans ! Or elles peuvent encore être utiles parce qu'on peut les comparer à des données d'aujourd'hui, on peut voir les évolutions dans le temps, on peut voir tout ça, et il n'y a pas d'archivage, à ma connaissance, de l'open data. J'aime beaucoup, par exemple, Web Archive, les archives du Web, les archives d'Internet.

Frédéric Couchet : Donc le site archive.org.

Christian Quest : Archive.org qui permet de revenir en arrière, de revoir à quoi ressemblait une page, un site, etc. C'est formidable ! J’ai téléchargé, par grande curiosité, l'archive complète de tous les sites qui avaient été créés sur GeoCities.

Frédéric Couchet : C'est quoi GeoCities ?

Christian Quest : GeoCities c'était un service qui permettait de se créer un site, de se créer sa home page dans les années 90-2000 et il y avait des centaines de milliers de sites sur GeoCities ; c'était beaucoup plus simple de créer un site sur GeoCities que de se créer son propre site ; à l'époque les blogs n'existaient pas, tout ça n'existait pas. C'est passionnant de regarder ce contenu. Si vous êtes fan de gifs alors là, vous allez avoir une overdose.

Frédéric Couchet : De gifs, d'images.

Christian Quest : Les gifs, les images animées.

Frédéric Couchet : À l'époque c'étaient des images GIF animées et puis des couleurs très…

Christian Quest : Très flashy ! Aujourd’hui on peut dire que c'est un petit kitch, effectivement.

Frédéric Couchet : Aujourd’hui ça fait kitch. C’est l'époque qui voulait ça !

Christian Quest : Oui, mais on voit encore des sites de ce type-là.
Les choses avancent tellement vite dans le domaine du numérique que si on ne prend pas le temps de se poser les questions et de s'occuper d'archiver certains trucs, ça disparaît ! Ça disparaît très vite, parce que le numérique disparaît finalement plus facilement que le papier. Le papier, à moins qu'on fasse une action vraiment pour le détruire, il ne se détruit pas alors que le numérique, si on ne fait pas d'action pour le garder sur un disque qui sera encore lisible, eh bien on ne peut plus le lire.
Donc je me suis lancé dans le projet-là que j'ai appelé Opendatarchives et, pour l'instant, j'archive 150 portails open data qui sont disponibles en France dont data.gouv qui est le portail national et j'ai à peu près 30 000 jeux de données qui sont archivés et surtout, l'archivage se fait tous les jours : quand les données évoluent dans les jeux de données, je conserve les différentes versions.

Frédéric Couchet : Tu conserves l’historique.

Christian Quest : Voilà.

Frédéric Couchet : Le site c'est opendatarchive.fr.

Christian Quest : Pour l'instant, il ne ressemble vraiment à rien.

Frédéric Couchet : N'allez pas le voir pour le moment sauf si vous avez envie de voir une longue liste de fichiers et un fichier qui s'appelle lisez-moi.

Christian Quest : C’est ça. C'est très brut pour l’instant. On commence par archiver les fichiers et la description des fichiers, ce qui est très important, et ensuite on pourra faire des choses intéressantes avec ça.

Frédéric Couchet : Ensuite on rajoutera les gifs animés !

Christian Quest : On pourrait en mettre aussi.

Frédéric Couchet : Laurent Costy.

Laurent Costy : Du coup ton salon est occupé par une quantité incroyable de disques durs, j'imagine.

Christian Quest : Ce n'est pas mon salon, c'est ma cave, et tout ça tourne dans mon futur chaton qui se trouve dans ma cave. Il y a eu des émissions sur les chatons. Si vous n'avez pas écouté l’émission sur les chatons vous allez pouvoir la réécouter. Voilà ! Petit à petit j'ai accumulé du matériel et puis l'arrivée, enfin, de la fibre dans ma banlieue pas si lointaine de Paris m'a permis de passer à l'action.

Frédéric Couchet : D'ailleurs je précise, en parlant des émissions passées, qu’on a fait une émission sur les données publiques le 2 octobre 2018 avec Tangui Morlier de Regards Citoyens, Xavier Berne de Next INpact et Laurence Comparat de la ville de Grenoble. Vous pourrez en apprendre plus là-dessus. Sur CHATONS, le collectif d'hébergeurs qui proposent des services loyaux, on a fait deux émissions, j'avoue que je n'ai pas les dates en tête mais sur le site de l'April, april.org, ou sur causecommune.fm vous retrouverez facilement. C'est d'autant plus important que Framasoft a annoncé aujourd’hui qu'ils allaient mettre un terme à un certain nombre de services dans les années à venir pour effectivement se… Est-ce que tu peux le dire ?

Christian Quest : « Déframasoftiser » le Web.

Frédéric Couchet : Exactement. « Deframasoftiser » Internet. Donc ça c'est important.

Christian Quest : On a exactement la même situation avec OpenStreetMap : beaucoup de gens se disent « je vais mettre le fond de carte d’OpenStreetMap et voilà ! » Nous, on ne peut pas multiplier nos serveurs à l'infini et ça a un coût. Donc on pousse aussi, exactement comme Framasoft, les gens qui ont besoin d'utiliser les données OpenStreetMap à déployer leurs propres serveurs pour être autonomes. Les données et le code sont libres et gratuits, par contre les services, multiplier les machines ça a un coût, ça nécessite de l'administration, et tout ça c'est géré bénévolement. On ne peut pas remplacer Google Maps, ce n’est pas possible pour ça !

Frédéric Couchet : Tout à l'heure on parlait des modèles et des problématiques de droit et d'accès là-dessus. Sur le salon web de la radio il y a mmu_man qui nous dit : « C'est pareil pour la science. Est-ce qu’un papier qui se prétend scientifique mais basé sur un algorithme et des données pas publiques permet réellement de répéter l'expérience et de refaire la conclusion ? Selon moi non ! » Et il indique un lien qui est un peu long, j’aurais du mal à le lire et que ce soit audible, mais on le mettra sur le site web en référence, donc c'est « Science, OpenAccess, publication et scientificité », il y a aujourd’hui des tests. C'est un commentaire de mmu_man sur le salon web.
Le temps file et Laurent Costy va ensuite nous parler de Bénévalibre, est-ce que tu veux aborder un dernier sujet, peut-être faire des annonces autour d'OpenStreetMap ou d'autre chose parce que tu fais plein de choses ?

Christian Quest : Je vais rester sur OpenStreetMap, je suis venu pour ça, si tu veux je peux revenir pour d'autres sujets.

Frédéric Couchet : Avec plaisir !

Christian Quest : J'ai une annonce très importante. Le prochain State of the Map international aura lieu à Cape Town du 3 au 5 juillet 2020.

Frédéric Couchet : Donc en Afrique du Sud

Christian Quest : En Afrique du Sud, si Cape Town ne change pas de nom d'ici là et le prochain State of the Map France aura lieu lui à Nantes, je n'ai pas encore les dates.

Frédéric Couchet : Ce sera en 2020 ?

Christian Quest : Eh bien oui, en 2020, puisque l'année se termine bientôt et puis on est aussi très heureux, en tant que local chapter, c'est-à-dire chapitre local français, d'accueillir un nouveau local chapter irlandais qui a signé son acte, etc., pendant ce week-end. Donc voilà, on a des amis irlandais en plus, ça fait qu'OpenStreetMap devient et peut devenir, moi je pousse pour ça, peut devenir petit à petit une forme de fédération de chapitres locaux pour avoir une gouvernance un petit peu plus équilibrée et diverse.

Frédéric Couchet : Un peu comme Wikipédia quelque part.

Christian Quest : Franchement je ne connais pas.

Frédéric Couchet : Ils ont des chapitres locaux. Je ne maîtrise pas non plus.

Christian Quest : Je ne connais pas l'articulation, mais c'est une articulation qui est, à l’origine, souvent descendante, c'est-à-dire qu'il y a une fondation internationale qui s'est créée et petit à petit les chapitres locaux se sont créés. Je pense qu'à partir d'un certain moment il faut inverser la tendance, il y a suffisamment de chapitres locaux pour que ça soit eux qui soient présents au conseil d'administration de la fondation internationale. Ce sont des histoires de gouvernance, mais c'est important la gouvernance !

Frédéric Couchet : Tout à fait. Avant de conclure une dernière question qui nous arrive sur le salon web d'un-œuf, la question c'est « des suggestions d'outils pour visualiser, utiliser les données de transport public.»

Christian Quest : La liste est longue ! Sur le wiki il y a plein de choses. On a déjà une couche cartographique qui permet de mettre en valeur les données de transport public. Maintenant le transport public, il y a le transport collectif, il y a le covoiturage, il y a tous les transports en libre-service : les vélos, les voitures, les trottinettes. La mobilité c'est un grand sujet.

Frédéric Couchet : Il précise transport en commun.

Christian Quest : Oui, transport en commun. Je crois qu’on a un fond de carte qui met en valeur les lignes de transport en commun. Il est accessible directement depuis openstreetmap.org. Sinon, après, il y a des outils plus spécialisés mais là il faut aller fouiller dans le wiki, on pourra mettre un lien.

Frédéric Couchet : C'est ce qu'on fera, on mettra un lien sur le site de l'April et sur le site de Cause Commune dans les pages avec les références. J'invite un-œuf à regarder dès ce soir ou demain matin, on mettra le lien vers ce wiki et il pourra aller fouiller et trouver l'information. Il me met deux liens, un-œuf me met deux liens openptmap.org et openbusmap.org

Christian Quest : Oui, il y a aussi Jungle bus.

Frédéric Couchet : Jungle bus de Noémie Lehubie.

Christian Quest : Oui, de Noémie, Florian, qui cherche à compléter les données bus, parce que c'est loin d'être complet, à compléter partout dans le monde les données de transport en commun de type bus.

Frédéric Couchet : Merci Christian Quest. C’était Christian Quest d'OpenStreetMap France et second intervenant Laurent Costy qui intervenait en tant qu'April, Fédération Française des MJC, qu'on va retrouver dans quelques secondes.
Tiens un-œuf nous dit : « C’est exactement Jungle bus que je cherchais. » Ravis qu'on ait pu répondre à cette question et apporter la réponse.
Christian, je te souhaite une belle journée on se reverra sans doute prochainement dans une émission Libre à vous !

Christian Quest : Je reste pour poser peut-être des questions.

Frédéric Couchet : Évidemment tu peux rester. On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va écouter God is Gone par Big Albert et on se retrouve juste après.

Pause musicale : God is Gonepar Big Albert.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter God is Gone par Big Albert que je remercie parce que c’est un membre de l’April qui nous signale régulièrement ses musiques libres. Celle-ci est sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez évidemment les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune sur 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Bénévalibre avec Laurent Costy

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec une présentation de Bénévalibre, logiciel libre pour faciliter la gestion et la valorisation du bénévolat dans les associations. Notre invité c'est Laurent Costy, vice-président de l'April, co-animateur du groupe de travail Libre Association de l'April et directeur-adjoint de la Fédération Française des MJC, des Maisons des Jeunes et de la Culture. Bonjour, plutôt rebonjour Laurent.

Laurent Costy : Bonjour.

Frédéric Couchet : Tu es intervenu dans le sujet…

Laurent Costy : Même si on a coupé mon micro à un moment donné !

Frédéric Couchet : Voilà. Étienne est facétieux en régie mais en même temps il a à gérer ma fille qui est un peu dissipée. D'abord une petite présentation personnelle, tout simplement, de ton parcours.

Laurent Costy : Tu m'as déjà un petit peu présenté puisque professionnellement, effectivement, je travaille à la Fédération Française des MJC et puis, évidemment, je suis impliqué bénévolement au sein de l'April. Peut-être, par rapport au projet, dire qu’à l'époque où l'idée du projet s'est montée, j'étais dans le cadre plutôt en lien avec mon travail, président du CRAJEP, Comité Régional des Associations de Jeunesse et d'Éducation Populaire, encore un bel acronyme, désolé. Pour la faire claire, un peu plus claire pour les gens, ça regroupe à un échelon régional et là, en l'occurrence, c'était la Bourgogne-Franche-Comté, des associations de jeunesse et d'éducation populaire. Pour ceux qui les côtoient au quotidien, vous en connaissez sans doute : la Ligue de l'enseignement, l'UFCV, les CEMEA, les Francas, etc., les Foyers Ruraux, les centres sociaux. Voilà ! Toutes ces associations que vous côtoyez, dont vous ne connaissez pas forcément le nom, mais qui contribuent au quotidien sur les territoires pour améliorer la vie des gens.

Frédéric Couchet : Des associations très importantes.
Bénévalibre, c'est un logiciel libre pour faciliter la gestion et la valorisation du bénévolat dans les associations. Première question évidemment : c'est quoi la valorisation du bénévolat et pourquoi des associations pratiquent cette valorisation ? Est-ce uniquement une valorisation comptable ?

Laurent Costy : Il faut quand même savoir que toutes les associations ne sont pas d'accord sur la nécessité ou la volonté de valoriser le bénévolat. Pour expliquer un petit peu ce que c'est, valoriser, finalement, c'est montrer tout ce que ça représente. On peut peut-être faire le lien avec ce qu'on a vu tout à l'heure sur OpenStreetMap. C'est vrai qu’un jour on m'a dit : « Il y a beaucoup de contributeurs à OpenStreetMap ». Ouais, OK. Il y a beaucoup de contributeurs très bien, il y en a un million, deux millions, je n’en sais rien. Par contre, quand j'ai vu le site en direct, en live, des contributions, c'est là que j'ai vraiment pris conscience de ce que ça représentait et de la force que ça avait derrière en termes de bénévolat, d'implication et de don de soi.

Christian Quest : J’ai un autre exemple : notre logiciel d’édition lourd qui est développé en Java, etc., il y a eu une évaluation du temps qu’il faudrait pour le redévelopper : il faudrait un million d’heures pour redévelopper ce logiciel. Voilà !

Laurent Costy : Du coup, l’idée de valorisation c’est bien de faciliter le fait de montrer tout ça, parce qu’on ne s’en rend pas compte au quotidien. C’est aider les associations à pouvoir montrer ça, les associations qui le souhaitent.

Frédéric Couchet : D’accord. Je suppose que des associations faisaient déjà de la valorisation du bénévolat, sans doute avec un outil interne ou autre. Pourquoi lancer Bénévalibre ? Quel était le besoin, quel était le problème à résoudre ?

Laurent Costy : Je vais revenir juste sur la valorisation comptable, puisque, finalement, il y a quand même désormais une obligation de valoriser ça comptablement. Évidemment, encore une fois, on peut en discuter, on peut ne pas être d’accord avec ça mais, de toute façon, maintenant ça devient une obligation. Avant c’était une recommandation pour les grosses structures, évidemment ce sont les commissaires aux comptes qui rappelaient cette règle-là de recommandation jusqu’au 1er janvier 2019, je crois, où c’est passé comme une obligation. Maintenant les associations doivent justifier la raison du fait qu’elles ne le valorisent pas. Donc elles doivent expliquer pourquoi elles ne font pas ce choix-là. Après ce sont des questions politiques, ce sont des questions de discussions en interne au sein de l’association, mais on a bien, d'abord, une obligation réglementaire de valoriser.
On s’est finalement aperçu qu’il n’y avait pas d’abord pour les toutes petits associations, c’est d’abord la cible de Bénévalibre, d’outil simple pour les bénévoles dans les structures. Il existait dans pas mal d’outils qu’on appelle CRM, en anglais tu vas peut-être m’aider Fred ?

Frédéric Couchet : Customer Relationship Management). C’est de la relation client.

Laurent Costy : PGI en français.

Frédéric Couchet : Progiciel de gestion intégrée, un logiciel qui fait plein de choses !

Laurent Costy : Qui peut à la fois avoir la liste des adhérents, leur date de renouvellement de cotisation, etc. Il y a des choses intégrées comme ça, on en connaît, il y en a plein dans le Libre qui peuvent être très utiles aux associations — je ne vais pas les citer là parce que sinon je vais en oublier, mais on essaiera de les mettre après dans la page de l’émission —, mais ça demandait déjà des compétences et puis une certaine pratique. C’est vrai qu’on a voulu d’abord cibler les toutes petites structures associatives qui n’ont pas de salariés ou un ou deux salariés, qui n’ont pas les compétences techniques pour installer ou utiliser quelque chose d’assez avancé sur le plan numérique. C’était un peu ça l’idée initiale.

Frédéric Couchet : D’accord. Sur le salon web il y a une question : est-ce qu’il y a un site qui explique cette obligation ? Publication au Journal officiel ?

Laurent Costy : Bonne question ! On cherchera.

Frédéric Couchet : On va chercher et on mettra sur la page de références, parce que, évidemment, ça devait sans doute être une publication au Journal officiel ou autre.

Laurent Costy : Oui, il y a eu quelque chose comme ça, je l’ai eu en tête à un moment donné, mais on essaiera de le remettre.

Frédéric Couchet : Ce n’est pas grave ! On a compris l’idée de ce projet-là. Maintenant c’est quoi Bénévalibre ? Comment ça fonctionne ? C’est un site web ? C’est une application sur téléphone mobile ? N’importe qui peut l’installer ? C’est un logiciel libre ?

Laurent Costy : Bien sûr, c’est un logiciel libre. C’était une des conditions que s’était donné le CRAJEP, puisque c’est finalement le Comité Régional des Associations de Jeunesse et d’Éducation Populaire de Bourgogne-Franche-Comté qui a finalement profité des effets de la fusion des deux régions Bourgogne et Franche-Comté, parce qu’on avait effectivement demandé une subvention à l’époque au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté pour refaire le site internet puisqu’il fallait afficher, maintenant, une fusion des régions. Finalement le site on l’a fait autrement et on s’est dit « par rapport à ce projet-là dont on avait déjà l’idée, est-ce que ce ne serait pas utile d’utiliser cette subvention pour ce développement-là ? » Du coup, on a fait le choix de faire développer un logiciel libre qui, pour les techniciens, moi je n’en suis pas, est développé en Python Django avec le framework Django.

Frédéric Couchet : À la limite, peu importe les aspects techniques dans ce cadre-là.

Laurent Costy : Mais ça se traduit par le fait que c’est un site internet auquel on peut accéder par un téléphone portable, puisque, encore une fois, maintenant les nouveaux sites s’adaptent très facilement au téléphone.

Frédéric Couchet : Ils sont responsive comme on dit de nos jours.

Laurent Costy : Voilà, responsive, je ne voulais pas dire le terme.

Frédéric Couchet : Je ne sais pas comment ça se traduit en français ?

Laurent Costy : Adaptable, on va dire ça. On peut l’utiliser à la fois par le biais d’un téléphone : je suis un bénévole, je viens de consacrer deux heures au stand de l’association sur le forum des associations, hop ! je prends mon téléphone portable, je dis « tel jour j’ai passé deux heures pour telle association ». Il faut s’être créé un compte, mais c’est extrêmement rapide, il y a besoin d’une adresse mail soit anonyme, soit très clairement avec votre nom/prénom, mais, encore une fois, c’est assez simple d’utilisation.
Donc c’est bien un logiciel libre pour lequel, pour l’instant, une seule instance à ma connaissance a été mise sur un serveur de la Scic qui a développé le logiciel pour le CRAJEP.

Frédéric Couchet : La Scic, société coopérative d’intérêt collectif, je crois, je ne suis pas tout à fait sûr.

Laurent Costy : D’intérêt collectif, c’est ça, qui s’appelle CLISS XXI.

Frédéric Couchet : Qui est dans le Nord.

Laurent Costy : Qui est dans le Nord, qui développe déjà depuis longtemps des logiciels libres. Pour l’instant une seule instance est installée sur les serveurs de cette Scic. Vous pouvez accéder à cette instance-là si vous n’avez pas les compétences pour installer votre propre instance sur votre propre serveur, ce qu’on peut comprendre, ce n’est quand même pas à la portée de tout le monde. Mais l’idée a bien été pensée dans la logique CHATONS dont on a évoqué tout à l’heure le nom. L’idée c’est qu’après chacun puisse administrer ses propres services, y mettre ses propres règles en fonction de ce qu’il veut faire de ce bénévolat. Puisque, encore une fois, ce n’est pas clair pour toutes les associations de savoir quoi faire de ce bénévolat et de cette valorisation.

Frédéric Couchet : C’est important de comprendre — en tout cas c’est ce que j’en comprends — qu’il y a deux parties dans Bénévalibre : il y a la partie client, logiciel client donc accessible soit sur un ordinateur classique soit sur téléphone mobile et il y a le serveur Bénévalibre qui va récupérer les données. Pour l’instant il y a une seule instance qui est l’instance quelque part de démo, test, etc., mais évidemment toute structure, toute association peut prendre la partie serveur, l’installer sur ses machines ou en tout cas demander soit à ses bénévoles soit à son prestataire de le faire pour, ce qui est important, avoir une maîtrise des données, parce que, évidemment, les données sont fondamentales. Il y a ces deux parties-là. Quand tu parlais du collectif CHATONS, qui est un collectif d’hébergeurs qui proposent des services libres et loyaux, on peut effectivement très bien imaginer que dans ce collectif certaines structures proposent un hébergement d’un serveur Bénévalibre, qui serait utilisé par exemple par des structures locales associatives avec une confiance dans les données, parce que ce qui est important dans les chatons c’est qu’il y a un engagement sur le respect de l’intégrité et de la sécurité des données personnelles des personnes qui utilisent le service du chaton.

Laurent Costy : Tout à fait. Du coup ça intéresse vraiment les fédérations d’éducation populaire parce que, finalement, c’est un nouveau service qu’elles peuvent offrir assez facilement à tous leurs membres. Du coup la Fédération Française des MJC vient de demander un devis pour avoir une instance propre pour l’ensemble de son réseau. On va voir ce que ça donne, on n’aura peut-être pas les moyens, on va voir si c’est utile pour l’instant, mais en tout cas ce sont vraiment des questions qu’on se pose en tant que Fédération d’associations.

Frédéric Couchet : D’accord. Quelles sont les différentes structures, tu en as cité quelques-unes aujourd’hui, qui sont partenaires de ce projet, qui ont permis que ce projet naisse ?

Laurent Costy : Initialement c’est bien le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté qui a fait confiance au CRAJEP avec lequel il travaille régulièrement sur les politiques jeunesse, les politiques associatives à l’échelle de la région Bourgogne-Franche-Comté et il s’avère que dans les relations qu’on avait, il y a une relation de confiance qui a permis de consacrer une partie d’une subvention pour Bénévalibre. Ça a permis d’avoir finalement, comment dirais-je, un levier et, du coup, d’aller convaincre aussi la Fondation du Crédit Coopératif avec laquelle l’April avait déjà travaillé par le passé pour faire une clef avec des logiciels libres et un livret.

Frédéric Couchet : Le Guide Libre Association que tu avais piloté à l’époque.

Laurent Costy : Du coup c’est vrai que la fondation du Crédit Coopératif a aussi très vite validé son soutien. C’est vrai que ça s’est fait très rapidement sur la fin de l’année 2018, ce qui nous a permis de rassembler 20 000 euros pour un projet de développement pour Bénévalibre, j’annonce les coûts, c’est très clair, tout en sachant que ce n’était pas forcément complètement suffisant pour une telle application. En tout cas, on a réussi à mettre autour de la table tous les acteurs et tout le monde est tombé d’accord pour faire converger ça.
Peut-être, le point important là-dedans, au-delà même du logiciel produit, c’est finalement l’intérêt d’avoir mis autour de la table des gens qui n’avaient pas forcément les mêmes perceptions de ce que pouvait être un logiciel, un logiciel libre en particulier, mais en tout cas un logiciel et puis des conceptions de valorisation du bénévolat très différentes dans des fédérations d’éducation populaire nées après la guerre par exemple et puis des associations comme Framasoft et l’April qui étaient aussi autour de la table, qui ont une pratique de ces questions-là avec la question de l’anonymat, avec la question de l’importance de sécuriser les données. C’était extrêmement important de confronter toutes ces personnes-là et de les mettre autour de la table. Ça a fait aboutir un logiciel générique, on n’est pas rentrés dans des choses extrêmement pointues qui répondaient à un besoin précis. On est restés très génériques, très simples, pour le bénévole, lambda c’est un peu péjoratif, mais pour tout bénévole.

Frédéric Couchet : D’accord. On va quand même indiquer le site, benevalibre.org, sur lequel on peut tester, faire connaître.

Laurent Costy : C’est le site qui présente le projet et après l’application c’est app.benevalibre.org.

Frédéric Couchet : Je suppose que sur benevalibre.org il a un lien vers l’application. Je suppose !

Laurent Costy : Tout à fait. C’est sur la première page, vous pouvez y accéder.

Frédéric Couchet : N’hésitez pas à le tester, à le faire connaître, à le diffuser. Et puis c’est une première version. C’est un logiciel libre donc n’importe quelle personne ou structure peut le faire évoluer. N’hésitez surtout pas à le tester, à le faire connaître. Peut-être un dernier mot ?

Laurent Costy : Sur les suites.

Frédéric Couchet : Sur les suites.

Laurent Costy : Ça reste un peu la question qu’on se pose. Il y a plein de choses qu’on a mises de côté dans la v1 justement pour garder le logiciel le plus simple, le plus accessible possible. Donc on va passer en revue tous ces points qu’on a mis de côté, tout en sachant qu’on ne souhaite pas non plus, entre guillemets, « marcher sur les platebandes » des logiciels dont on parlait tout à l’heure, qui ont déjà travaillé sur ces questions-là pour des structures un peu plus importantes. La question ce sera peut-être, finalement, comment articuler Bénévalibre avec ces logiciels qui existent déjà, ça c’est plutôt pertinent pour nous. Et puis toutes les options qu’on n’avait pas mises : est-ce qu’il faut intégrer le temps de trajet, les calculs de temps de trajet, les notes de frais ? Mais on rentrerait vraiment dans un logiciel un peu plus conséquent et ce n’est pas forcément l’objet de Bénévalibre.
Après, le groupe de travail va réfléchir aux besoins non pourvus pour les associations, il n’y en a plus beaucoup qui ne sont pas pourvus en logiciel libre, mais il reste peut-être toute la question de la paye. Il faudra évidemment qu’on explore d’abord tout ce qui existe, encore une fois on n’a pas l’idée de réinventer la roue, mais il pourrait y avoir quelque chose autour de ça. C’est un projet un peu plus ambitieux qui va demander des moyens et surtout un suivi au quotidien parce qu’on sait très bien que la question sociale évolue et qu’il faut pouvoir avoir des juristes et des gens autour du projet au quotidien.

Frédéric Couchet : Écoute, merci Laurent ; benevalibre.org, app.benevalibre.org, « app » avec deux « p », et sur le site de l’April vous avez le groupe de travail Libre Association qui est un groupe ouvert à toute personne donc n’hésitez pas à le rejoindre.
C’était Laurent Costy de l’April et la Fédération Française des MJC.
Je te souhaite une bonne fin de journée.

Laurent Costy : Merci.

Frédéric Couchet : On approche de la fin de l’émission. Nous allons faire des annonces.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Dans la partie annonces, malheureusement nous allons commencer par une annonce très triste. Nous avons appris aujourd'hui, par un courriel de Pierre-Yves Gosset, le décès de Jean-Yves Royer à l’âge de 81 ans. Je reprends une partie du courriel de Pierre-Yves qui disait que Jean-Yves Royer était un militant du Libre d'une constance rare dans sa militance, ses engagements, son humilité et son éthique. Il a notamment été une personne clé pour des associations comme l’ALDIL, un groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres sur la région de Lyon ou La Mouette dont on a déjà parlé dans l’émission autour de la bureautique libre. Jean-Yves était un infatigable promoteur de OpenOffice puis de LibreOffice et des formats ouverts et cela jusqu'en prison où il formait bénévolement des détenus à l'informatique. Il était aussi un membre actif du réseau des Espaces Publics Numériques du Lyonnais et un bénévole régulier dans l'organisation des Journées du logiciel libre de Lyon. C'était en plus quelqu'un d'adorable que nous avons eu le plaisir et la chance de côtoyer.
Évidemment nos condoléances et nos pensées vont vers sa famille et ses amis. Il y a un billet de Loïc Gervais qui donne un peu plus d'informations sur Jean-Yves Royer. On mettra la référence sur le site de l'April et sur le site de Cause Commune.

Sans transition comme on dit dans ces cas-là, réponse à la première question du quiz, je ne me souviens même plus, en fait je me suis trompé tout à l’heure, c'était quoi la première question ? J'ai un trou de mémoire. Je vous demandais quel était le projet dont on a parlé la semaine dernière, le concours mondial qui se poursuit jusqu'au 30 septembre 2019. Ce concours c'est Wiki Loves Monuments. Vous retrouverez les références sur le site de l'April, vous pouvez proposer des photos de monuments jusqu'au 30 septembre 2019. Excusez-moi pour cet oubli.

Dans l'actualité, ça va aller rapidement parce que je vois que le temps passe.
Il y a le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire qui commence aujourd'hui au Sénat. Nous en avons longuement parlé dans l'émission du 17 septembre 2019. Nous avons mis en ligne une actualité avec les amendements et un certain nombre d'informations concernant ce projet de loi. Je vous invite à le consulter.
Il y a des appels à conférences, mais je les passerai la semaine prochaine parce que sinon je n’arriverai pas à tenir sur les évènements.
Simplement vous signaler quand même que nos amis de Next INpact, donc Xavier Berne qui intervient régulièrement dans l'émission, font une rencontre le 27 septembre 2019 à Paris.

L’émission se termine.
Je remercie toutes les personnes qui ont participé : Isabella Vanni, Pascal Arnoux, Myriam Criquet, Christian Quest, Laurent Costy. Aux manettes à la régie Étienne Gonnu aidé de ma fille.
Vous retrouvez sur notre site april.org, les références pour l’émission.
Nous vous remercions d'avoir écouté l'émission.
La prochaine aura lieu en direct le 1er octobre 2019. Nous parlerons de logiciels libres audio et la musique assistée par ordinateur.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 1er octobre et d'ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

Revue de presse de la semaine - Décryptualité du 23 septembre 2019

ven, 09/27/2019 - 18:35


Titre : Décryptualité du 23 septembre 2019 - Revue de presse de la semaine
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 23 septembre 2019
Durée : 14 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 38 de l'année 2019
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Newspapers in black and white, Jon S, Flickr - Licence Creative Commons CC BY 2.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Une revue de presse à l'ancienne, le tour d'horizon des sujets de la semaine.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 38. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Cette semaine nous ne sommes pas d’accord.

Manu : Eh non ! Le sujet est bien trop chaud.

Luc : Il y a un sujet extrêmement polémique et je pense que c’est pour ça qu’on devrait le traiter, mais tu n’es pas d’accord. Tu penses qu’il ne faut pas qu’on lui donne plus d’importance que ça. Du coup on va se faire une revue de presse à l’ancienne.

Manu : Oui.

Luc : En prenant un peu plus de temps sur chaque article.

Manu : On en a six.

Luc : On pourra quand même parler de notre sujet un petit peu rapidement ?

Manu : Oui, parce qu’il y a des trucs internationaux qui sont pertinents.

Luc : Next INpact, « Qwant : en finir avec l'omerta », un article de Jean-Marc Manach.

Manu : C’est un sujet que je n’ai pas trop suivi. Qwant c’est l’entreprise qui fait un moteur de recherche français, bien franco-français, mis en avant par les administrations notamment.

Luc : Son objectif c’est devenir européen. Mais en tout cas, effectivement, ils ont beaucoup communiqué ces dernières années en disant « nous on va faire un super moteur de recherche et on va respecter vos données personnelles. »

Manu : Nicolas était plutôt fan, je ne sais pas s’il l’est encore avec l’actualité.

Luc : Il faudra lui demander la prochaine fois qu’il vient. Il les avait rencontrés et, de fait, Qwant avait rencontré beaucoup de gens qui sont actifs dans les communautés pour parler de leur projet et donner envie et effectivement ça donnait envie. Mais cet été il y a des affaires qui sont sorties, en tout cas des articles, ça s’est fait sur plusieurs étapes. Premièrement Qwant a un plus ou moins concurrent, quelqu’un qui avait un projet de métamoteur, donc ce n’est pas un moteur complet comme Qwant, c’est, en gros, un portail qui va anonymiser les demandes, aller faire des requêtes sur plusieurs autres moteurs et agréger tout ça.

Manu : Comme DuckDuckGo1.

Luc : Voilà. Et la personne qui gérait ce métamoteur critiquait beaucoup Qwant en disant qu’il faisait beaucoup d’esbroufe et que ce qu’il proposait n’était pas ce qu’il prétendait faire.

Manu : Il me semble qu’il était aussi assez mécontent des aides de l’État ou des collectivités qui étaient données à Qwant et qui n’allaient pas dans son entreprise.

Luc : Effectivement, parce que Qwant a quand même bien réussi à vendre son projet qui est enthousiasmant.

Manu : Ils sont très bons communicants, ils ont embauché Tristan Nitot qui va maintenant les diriger, donc la communication ça marche bien.

Luc : Ils ont également récupéré Guillaume Champeau qui est un ancien journaliste. Dans l’histoire, cette personne qui avait son métamoteur les prend en grippe, étudie le fonctionnement, fait appel à un huissier pour qu’il constate qu’en fait leur index, donc là où sont enregistrées les références.

Manu : Tout Internet en fait.

Luc : Voilà ! Est bloqué en 2017 et que la plupart des recherches aboutissent sur des pages qui ne dépassent pas 2017.

Manu : C’est un bug d’après Qwant et ils l’ont admis. Ils ont dit que c’était en coordination avec Microsoft qui avait des vieux fichiers.

Luc : Une des choses qui avait fait un peu grincer des dents c’est qu’ils avaient dit qu’ils faisaient un partenariat avec Microsoft, tout ça parce que ça demande évidemment beaucoup de ressources d’aller intégrer Internet, d’aller visiter les pages pour voir ce qu’il y a dessus. Mais en même temps, quand on dit qu’on veut respecter les données des gens et qu’on va faire un partenariat avec Microsoft, ça coince un petit peu ! L’autre truc c’est que, d’autre part, ils ont fait un procès à la personne qui les attaquait avec des preuves, mais ils ne l’ont pas attaquée sur de la diffamation en disant que ce qu’elle disait était faux. Le tribunal a estimé que c’était un concurrent mais qu’en gros c’était de l’acharnement, du dénigrement et, du coup, cette personne s’est fait condamner.

Manu : Il y a quand même eu des conséquences à ces discussions, on va dire, et notamment dans les médias.

Luc : Derrière, des journalistes se sont intéressés, notamment des journaux importants comme Le Canard enchaîné ou Médiapart et Jean-Marc Manach qui est un journaliste spécialiste sur l’information, la sécurité et ce genre de choses, qui a rejoint très récemment Next INpact, s’est penché sur la question et a commencé lui-même par passer une quinzaine de jours à étudier les pages de Qwant et lui-même a retrouvé des tas de pages qui étaient coincées en 2017 et sur un périmètre bien plus large que ce qui avait été constaté initialement. Il a fait cette étude bien après que la première accusation ait été portée, ce qui semblerait indiquer que ce n’est pas juste un petit bug, sachant que si on se dit qu’on ne s’est pas aperçu qu’on était bloqués en 2017, c’est quand même un peu louche, ce n’est pas un détail !

Manu : Ceci dit c’est un bug et en soi tu peux l’admettre, l’accepter, le corriger, mais ça a donné d’autres choses.

Luc : C’est Qwant qui dit que c’est un bug. Il y a de gros doutes là-dessus. Il y a quand même cette idée qu’ils auraient, en gros, ce qu’on appelle un POC, un proof of concept, c’est-à-dire une sorte de proto, un machin comme ça, dans lequel ils ont mis des données en brut, qu’ils ont copiées, et qu’ils n’ont pas les moyens de remettre tout ça à jour, que ce n’est pas encore prêt.

Manu : Donc leur moteur de recherche ne serait pas un moteur de recherche réel !

Luc : Tout à fait. Donc cet article a fait beaucoup de bruit. Dans la foulée, il y a eu un article toujours sur Next INpact relatant des informations données par des salariés qui disaient que ça se passait extrêmement mal dans la société.

Manu : En interne.

Luc : En interne, que le projet n’avançait pas, etc. Le patron de Qwant, qui a la réputation d’être assez colérique, a donné une assez mauvaise image de tout ça, la série d’articles ne lui a évidemment pas plu et Next INpact vient de publier un très long article où ils redonnent tous les éléments de communication qu’il y a eus pour montrer qu’ils ont subi des pressions et qu’il y a eu beaucoup d’agressivité et de pression dans cette affaire-là. Donc ça prend pas mal d’ampleur, c’est vraiment une des grosses affaires de la semaine.

Manu : Le nouveau directeur est Tristan Nitot.

Luc : Directeur général.

Manu : Directeur général. Je pense que c’est quelqu’un de très bien . Je suppose que ça va mieux se passer avec lui, peut-être qu’il va falloir écarter le président, malheureusement.

Luc : Le président est la personne qui est, semble-t-il, pas mal décriée. Il y a quelqu’un qui a été dégagé dans l’affaire, qui était l’ancien directeur général et, selon les informateurs de Next INpact qui sont à l’intérieur de la boîte, c’est le seul qui essayait de faire marcher les choses correctement qui a été dégagé. Ils disent que Tristan Nitot est un communiquant, or là il occupe un poste de directeur général et que, au final, il est là pour communiquer. On verra ce que cette affaire va donner, mais ça fait des étincelles.
ZDNet France, « La dépendance des autorités allemandes à Microsoft pose question », un article de Cathrin Schaer.

Manu : Ça reparle encore de Microsoft. C’est clair qu’ils sont beaucoup dans la revue de presse, c’est une des entreprises les plus grosses du monde, donc il y a une logique. Là c’est leur position de fournisseur et de fournisseur dominant d’un État qui pose question. L’État se demande si vraiment cette dépendance est bonne.

Luc : Et ce n’est pas la première fois qu’en Allemagne on remet en cause cette dépendance sachant que Microsoft, comme beaucoup d’entreprises, s’est orientée vers les services avec Office 365.

Manu : Donc tout ce qui est informatique en nuage !

Luc : Tout à fait. Avec les données qui ne sont même plus sur les ordinateurs, donc on a beaucoup de dépendance avec des abonnements, donc ça peut être très difficile d’en sortir.

Manu : On en avait parlé pour l’Éducation nationale où ils se rendaient compte que toutes les informations n’étaient plus en Allemagne et que ça posait problème.

Luc : Slate.fr, « Le gouvernement américain tente de saisir les recettes du livre de Snowden », un article de Claire Levenson.

Manu : Snowden c’est un lanceur d’alerte, installé en Russie parce qu’il a lancé des alertes contre la NSA en Amérique.

Luc : Voilà ! Et c’est à peu près le seul coin où il a pu se réfugier.

Manu : Là il vient de sortir un livre. Chose amusante, ce livre qui est sorti, qui est en vente, ne marchait pas super bien, dans les 40 premiers, 50 premiers.

Luc : Ce qui est quand même déjà bien !

Manu : Oui, mais pas si bien que ça, eh bien là il vient d’être boosté place numéro 1 des ventes grâce au département d’État américain qui l’a attaqué, qui a voulu l’interdire.

Luc : Voilà. Et prendre le pognon, manifestement, puisqu’il voulait saisir les recettes puisque Snowden est considéré comme un traître et le pire des criminels ; lui prendre son argent c’est absolument vital ! En tout cas ça a mis le livre sur le devant de la scène et manifestement plein de gens ont voulu voir ce qu’il y avait dans le bouquin.

Manu : Voir ce qu’il y avait dans le livre. On en parle beaucoup. C’est l’effet Flamby ; quand on éclate un Flamby eh bien il y a en partout et là, je pense que l’État américain se rend compte que ce n’est pas la bonne stratégie.

Luc : Ligue des droits de l’homme, « La LDH soutient le film LoL - Logiciel libre, une affaire sérieuse de François Zaïdi ».

Manu : La Ligue des droits de l’homme c’est plutôt du lourd, une ONG digne de ce nom, et là ça fait plaisir, ils soutiennent un documentaire plutôt intéressant — on est allé le voir ensemble — et on peut espérer que ce documentaire va être mis en avant un peu partout dans le monde, avant qu’il soit mis en Libre à un moment donné, dans un futur proche. On attend qu’il soit diffusé, passe notamment sur les grandes chaînes de télévision.

Luc : On espère.

Manu : On espère. On croise les doigts.

Luc : Silicon, « Open source : GitHub rassure la communauté face aux restrictions commerciales américaines », un article de Clément Bohic.

Manu : Finalement on reparle encore de Microsoft, indirectement, parce que GitHub, l’endroit où beaucoup de logiciels libres sont développés, appartient à Microsoft qui l’a racheté il y a quelques mois.

Luc : Ce qui avait beaucoup fait râler.

Manu : Ça fait encore râler parce qu’il y a des conséquences à tout cela, c’est que dans la guerre commerciale entre le Chine et les États-Unis, déclenchée par Trump, eh bien cette plateforme de développement est en jeu, elle est en question parce que Trump demande à ce que les entreprises américaines ne travaillent plus avec les entreprises chinoises. Or, beaucoup des clients des entreprises américaines sont en train de se barrer, ils sont en train de voir que leur dépendance n’est pas obligatoire.Ils peuvent se passer…

Luc : C’est qu’ils n’ont pas le choix puisqu’on leur interdit d’utiliser les systèmes d’exploitation de Microsoft ou d’autres, c’est pareil pour Android, ils disent : « Il nous faut une alternative ». Ils ne vont pas cesser leur activité, ils ont un marché intérieur qui est suffisamment important pour pouvoir s’en sortir. Au final, peut-être que cette guerre commerciale revient à se tirer une balle dans le pied pour l’industrie américaine parce qu’ils forcent des acteurs majeurs à l’étranger à se passer d’eux.

Manu : Leurs clients.

Luc : Oui. À trouver des solutions alternatives.

Manu : Et quand tu es le seul fournisseur d’un client et que le client se rend compte de sa dépendance, eh bien tu lui apprends, tu le forces à changer et effectivement, je pense que les entreprises américaines se rendent compte du problème, Microsoft notamment, Microsoft qui essaie de faire en sorte que Huawei puisse continuer à lui acheter des produits. Il y a une vraie problématique, c’est un fusil à un coup qui vient d’être déclenché par Trump.

Luc : Et il s’est vraiment tiré dans le pied.

Manu : Exactement. Ça va être vraisemblablement très négatif pour l’industrie américaine à long terme.

Luc : Luc : Le Monde.fr, « Richard Stallman, précurseur du logiciel libre, démissionne du MIT et de la Free Software Foundation ». Voilà l’article qui, pour moi, aurait mérité la totalité de l’émission. C’est évidemment un séisme dans le monde du logiciel libre. Richard Stallman, on le rappelle, c’est le gourou du logiciel libre, il était de ceux qui ont porté le mouvement dès le début.

Manu : Il a créé la notion même de logiciel libre.

Luc : Voilà. Il a formalisé le principe avec cette logique qui est extrêmement forte d’avoir à la fois des principes philosophiques, des outils juridiques et du code qui tourne, donc de passer de l’idée à la pratique et de couvrir toute la gamme. Il est à la tête de la FSF depuis les années 80.

Manu : La FSF, c’est ?

Luc : La Free Software Foundation2, l’association américaine libriste par excellence. Ce qui l’a amené à démissionner c’est un scandale lié à l’affaire Epstein de façon assez étrange.

Manu : Ça touche le MIT, l’université où il est hébergé.

Luc : Était.

Manu : Où il était hébergé, effectivement. Dans cette université il y a eu de l’argent qui venait de Epstein en douce. Il y a eu des contacts entre un des directeurs de labo, Marvin Minsky, et Epstein. Il a été invité à certaines soirées.

Luc : Il était sur son île magique, je crois.

Manu : Oui, une île sympathique, effectivement, où on était très bien accueilli, trop bien accueilli, et accueilli de manière illégale parce qu’il y avait notamment des jeunes filles mineures. Marvin Minsky a été mis en cause. Il se trouve qu’il est mort depuis. Epstein aussi est mort, suicidé en prison. Marvin Minsky était attaqué de toutes parts ; l’université, le MIT, était attaquée de toutes parts. Stallman a voulu le défendre sur des mailing-lists internes.

Luc : Les infos ont fuité donc il s’est fait attaquer. Une chose c’est que ses propos ont été déformés dans pas mal de médias. L’article du Monde est précis là-dessus, donc s’il y en a un à lire, et on vous engage vraiment à le lire pour vous faire une idée par vous-même, parce qu’on ne va pas se lancer pour savoir si Stallman avait raison ou pas, à chacun de se faire son opinion, mais ne lisez pas n’importe quoi, parce qu’il y a notamment 20 Minutes qui a raconté des mensonges. Lisez l’article du Monde qui est bien fait. Si vous lisez en anglais il y a également les mails de Stallman qui sont disponibles puisqu’ils ont été rendus publics.

Manu : Il y a une grosse erreur qui a été faite c’est que Stallman défend son ami Marvin Minsky, défend la mémoire de son ami et effectivement, les journaux à scandale ont dit qu’il défendait Epstein. C’est ça la plus grosse erreur de toutes.

Luc : Au sein même du monde du logiciel libre, Stallman n’a jamais fait l’unanimité. Tout gourou qu’il était il y a des tas de gens qui ne l’aimaient pas. C’est un type avec une personnalité très difficile et il était loin de faire l’unanimité. Cette affaire-là l’a amené à démissionner. Aujourd’hui la communauté est divisée entre ceux qui disent « bon débarras, je n’ai jamais lu le saquer, etc. », et ceux pour qui c’était un modèle et qui le regrettent.

Manu : Moi je le regrette. Effectivement je trouve ça dommage de partir en plus sur ce genre d’histoire idiote, complètement idiote, mais, au moins, il part en ayant tenté de défendre un ami. Je vais y prendre une certaine consolation.

Luc : Moi je ne sais pas. Je fais plutôt partie des gens qui n’avaient pas d’admiration particulière pour Stallman. Il a fait des choses très bien. Après ça, effectivement, je ne veux pas me lancer là-dedans surtout que ça y est il est parti, il a démissionné. Moi je trouve dommage qu’un mouvement repose sur un leader charismatique. Ça aurait pu être un mec très bien, le simple fait qu’il y ait un leader charismatique qui soit incontournable est quelque chose qui me pose problème. De fait, en lisant l’article, je trouve qu’il y a plein de choses très contestables dans ce qu’il dit. Est-ce que ça méritait une démission ou pas ? Au final c’est trop tard, de toute façon c’est fait. Ce que je trouve intéressant maintenant c’est qu’est-ce qui va se passer ? Stallman était là depuis très longtemps, il avait un poids énorme. Il y a des choses qui se sont faites grâce à lui. Il y a peut-être des choses qui ne se sont pas faites parce qu’il était là. Est-ce qu’un leader ou d’autres leaders vont reprendre le flambeau et est-ce que ça va amener de nouvelles choses ? Est-ce que le monde du logiciel libre va au contraire plutôt décliner et que, n’étant plus porté par Stallman, va se diluer ? Ce sont des choses auxquelles je ne sais pas répondre, mais, en tout cas, qui sont intéressantes à surveiller.

Manu : Clairement il représentait le mouvement de la philosophie libre. Il avait une rigueur qui lui était reprochée régulièrement, une rigidité pour certains et plutôt une solidité pour d’autres et là on pourrait s’attendre à ce que l’open ressource reprenne du poil de la bête, quelque part, donc le côté pragmatique, on va dire, qui a toujours été important dans la communauté.

Luc : Pour moi l’open source, le mouvement, va très bien. L’OSI [Open Source Initiative] est effectivement assez discrète, mais c’est aussi parce que l’open source est dirigé aujourd’hui par IBM, Microsoft et toutes ces grosses boîtes-là, donc le mouvement a atteint son objectif, il n’a plus besoin d’exister. En revanche, la défense des libertés, la défense de l’utilisateur, le partage du savoir, etc., on est encore très loin d’y être et il y a beaucoup de boulot.
J’espère que cette affaire regrettable – parce que c’est un peu merdique malgré tout, même si on n’a pas d’admiration pour Stallman – nous emmènera vers quelque chose de meilleur. Si j’avais un message à passer, c’est « arrêtez de vous taper dessus, c’est fait ! C’est bon c’est fini. La question c’est qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »

Manu : Sur ce je te dis à la semaine prochaine.

Luc : À la semaine prochaine. Salut tout le monde.

Le Sénat inscrit l'obsolescence logicielle dans le projet de loi pour une économie circulaire

jeu, 09/26/2019 - 15:33

Dans le cadre du projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et pour une économie circulaire, des sénateurs, du groupe Communiste à l'Union centriste, ont défendu mercredi 25 septembre plusieurs amendements pour lutter contre l'obsolescence logicielle.

Nous avions présenté ces différents amendements dans notre appel à mobilisation : notons ainsi l'irrecevabilité – peu convaincante 1– de l'amendement 169, le rejet des amendements 170 et 353, et l'adoption des amendements 355 ainsi que 115 et similaires 2. Les votes ont été à chaque fois serrés.

Les échanges peuvent être suivi sur le site du Sénat à partir de 17:14:00. Il est également possible d'en lire le compte rendu.

« L'amendement Emmaüs »

Si nous regrettons l'irrecevabilité de l'amendement 169 et le rejet du 170, dans l'ensemble les échanges sur l'obsolescence logicielle se sont avérés riches et positifs. Les prises de parole, nombreuses et transpartisanes, ont confirmé qu'il s'agit d'un objet politique fort. Dans leurs avis défavorables la rapporteure Marta de Cidrac, évoquant par exemple le caractère « européen » du sujet, et la secrétaire d'État Brune Poirson pour qui il est « trop complexe » pour le projet de loi, prenaient bien soin de préciser qu'il était fondamental de lutter contre cette forme d'obsolescence.

Les prises de paroles du sénateur Pierre Ouzoulias ont été remarquables 3 : neutralité des terminaux par rapport aux systèmes d'exploitation, blocage d'installation de logiciel dans la carte mère, lutte contre la fracture numérique, levier de l'achat public, etc. Il a étayé ses arguments en se référant à un cas concret en parfaite adéquation avec le projet de loi : Emmaüs se voit dans l'impossibilité de reconditionner certains ordinateurs qui partent alors au rebut. En effet, il est artificiellement rendu impossible d'y installer un système d'exploitation libre ; il faut s'acquitter d'une licence privative Microsoft ou dépendre du bon vouloir de l'entreprise. « Aujourd'hui ils ne le peuvent pas parce que vous protégez les intérêts de Microsoft » conclut-il une des ses prises de paroles en s'adressant à la secrétaire d'État, mettant en exergue les intérêts en présence et la nécessité de décisions politiques fortes.

L'April agira auprès des député⋅es pour assurer la poursuite de ces débats sur l'obsolescence logicielle – entrée avec force dans le projet de loi – à l'Assemblée nationale. La garantie des libertés informatique est consubstantielle d'une informatique durable. Le sénateur Ouzoulias résume d'ailleurs bien cette considération : « La question est celle de la neutralité des terminaux qui doivent pouvoir utiliser plusieurs systèmes d'exploitation. »

Garantie logicielle et libertés informatiques

Une série de quatre amendements (172 et similaires) dont l'objet est d'imposer un « garantie logicielle », a été adoptée. Plus précisement il s'agit d'imposer la rétro-compatiblité des systèmes d'exploitaiton « utilisés par leurs appareils compatibles avec tous les modèles de leur gamme jusqu’à dix ans après leur mise sur le marché. » Tels qu'ils sont actuellement rédigés l'April craint des effets de bord difficiles à anticiper, notamment pour des projets comme le Fairphone ou Librem pour ne citer qu'eux, qui intègrent pourtant en leur coeur un objectif de durabilité. Toutefois, l'April reconnaît l'importance de l'enjeu adressé par ces amendements, dans la continuité des précédents, et agira pour proposer des pistes d'amélioration basées sur l'accessibilité et les droit techniques et légaux de modifications des sources et des spécificités techniques.

  • 1. L'article 45 alinéa 1 de la Constitution conditionne la recevabilité d'un amendement à l'existence d'un lien, « même indirect », avec le projet de loi.
  • 2. Le 169 concerne l'information sur l'existence d'éventuelles restrictions à l'installation de logiciel, le 170 porte sur l'information sur les mises à jours et le droit de refuser de mises à jours évolutives, le 353 proposait une définition plus précise de l'obsolesence programmée, les 115 et similaire interdisent « Toute technique, y compris logicielle, par laquelle un metteur sur le marché vise à rendre impossible la réparation ou le reconditionnement d’un appareil hors de ses circuits agréés ». Le 355 enfin, impose au gouvernement la remise d'un rapport sur l'obsolescence logicielle d'ici 2022.
  • 3. À partir de 17:20:00 puis à partir de 17:29:45, 17:32:00 17:39:20 dans l'enregistrement des échanges sur le site du sénat.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (1er octobre 2019)

jeu, 09/26/2019 - 10:02
Start: 1 Octobre 2019 - 15:30End: 1 Octobre 2019 - 17:00

Réécouter en ligne --> Lire la transcription

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La trente-huitième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 1er octobre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traitées sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Notre sujet principal portera sur les logiciels libres pour l'audio et la musique assistée par ordinateur avec Olivier Humbert (administrateur de LinuxMAO, développeur du projet LibraZIiK) et Yann Collette (responsable d'un dépôt de paquets pour Fedora, fait de musique libre). Au programme également : la chronique « La pituite de Luk » et une présentation de la licence Colibre (Licence Professionnelle : Métiers de la Communication : Chef de projet : Logiciels Libres et Conduite de projet) avec Vincent Mabillot, maître de conférences à l'université Lumière Lyon2 et responsable de la licence.

Si vous souhaitez poser une question en direct, pendant la diffusion de l'émission, vous pouvez appeler le 09 50 39 67 59 ou vous connecter sur le salon web).

Écouter le direct mardi 1er octobre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

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Décès de Jean-Yves Royer

mer, 09/25/2019 - 15:08

C'est avec émotion et une grande peine que nous venons d'apprendre le décès de Jean-Yves Royer.

Jean-Yves Royer était une figure incontournable du Libre dans la région lyonnaise. Il a notamment été une personne clé pour des associations comme l'ALDIL (principal groupe d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres de la région) ou La Mouette (association francophone de promotion et de défense de la bureautique libre). Infatigable promoteur d'OpenOffice.org, puis de LibreOffice et des formats ouverts. Il était aussi membre actif du réseau des Espaces Publics Numérique du Lyonnais, et bénévole régulier dans l'organisation des Journées du Logiciel Libre de Lyon.

Le Libre a perdu un militant engagé et un homme d'une rare gentillesse.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire le billet de Loïc Gervais (médiateur numérique) et regarder une interview de Jean-Yves (2013, 3 minutes 46).

L'April adresse ses plus vives condoléances à sa famille et ses proches.

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