Associations liées à l'Open Source

#71 – Au cœur de l’April – Râlages en vrac d'un vieux libriste – Linux Azur - « Libre à vous ! » diffusée mardi 7 juillet 2020 sur radio Cause Commune

APRIL - mar, 07/07/2020 - 15:30

Au programme : « Au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement ; la chronique d'Emmanuel Revah sur le thème « Be kind, Document » ; la chronique d'Isabella Vanni qui sera consacrée aux activités de Linux Azur.

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Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 71e émission :

  • notre sujet principal : « au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April (Marie-Odile Morandi, Étienne Gonnu, Christian Momon, Elsa Pottier, François Poulain, Laurent Costy) parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Posez-nous toutes vos questions, soit avant l'émission, soit pendant le direct, nous y répondrons
  • la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur le thème « Râlages en vrac d'un vieux libriste »
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April. La chronique sera consacrée aux activités de Linux Azur
  • diverses annonces
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Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique d'Emmanuel Revah
  4. Références pour la partie « Au cœur de l'April »
  5. Références pour la chronique d'Isabella Vanni sur les activités de Linux Azur
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Emmanuel Revah
  • Marie-Odile Morandi, administratrice de l'April
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April
  • Elsa Pottier, assistante administrative à l'April
  • François Poulain, trésorier de l'April
  • Christian Momon, adminstrateur de l'April
  • Véronique Fritière de Linux Azur
  • William Agasvari, de radio Cause Commune, à la régie

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble. Vous pouvez tester et utiliser ce logiciel sur Chapril.org.

Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique d'Emmanuel Revah Références pour la partie « Au cœur de l'April » Références pour la chronique d'Isabella Vanni sur les activités de Linux Azur Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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#06 - « La playlist de Libre à vous ! » diffusée mardi 7 juillet 2020 sur radio Cause Commune

APRIL - mar, 07/07/2020 - 12:00

Sixième émission spéciale La playlist de Libre à vous ! diffusée en direct mardi 7 juillet 2020 de 12 h à 13 h sur la radio Caue Commune : diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin qui anime deux émissions sur la radio (Les joyeux pingouins en famille et Saturday night fraîcheur).

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Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Émission spéciale avec diffusion commentées de musiques libres.

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toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Références pour les musiques
  3. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

Références pour les musiques Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 27 de l'année 2020

APRIL - lun, 07/06/2020 - 22:34

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Infoguerre] Logiciel Libre ou Open Source: de l'idéologie à l'influence

✍ Cédric Joly, le vendredi 3 juillet 2020.

Le 20 août 2011, Marc Andreessen – pionnier du web et co-fondateur du cabinet de capital-risque Andreessen Horowitz, investissant massivement dans les start-ups numériques – publie dans le Walt Street Journal un article expliquant que «le logiciel est en train de dévorer le monde»

[Next INpact] Les projets de transposition des directives Droit d'auteur et Services de médias audiovisuels

✍ Marc Rees, le mercredi 1 juillet 2020.

Ce matin au Sénat, Franck Riester a indiqué le plan de bataille du gouvernement pour sauver le projet de loi sur l’audiovisuel. Le texte, englouti par la pandémie du Covid-19 et un calendrier surchargé, va être saucissonné notamment dans une ordonnance. Next INpact révèle les documents afférents.

[Clubic.com] Open source: Baidu rejoint l'Open Invention Network

✍ Alicia Muñoz, le mercredi 1 juillet 2020.

Le «Google chinois», entreprise leader dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) rejoint le groupe de protection des logiciels libres et de Linux, l’Open Invention Network.

[Le Monde Informatique] Véronique Bonnet prend la présidence de l'April

✍ Dominique Filippone, le mercredi 1 juillet 2020.

Succédant à Jean-Christophe Becquet, Véronique Bonnet a été élue présidente de l’association pour la promotion et la recherche en informatique libre. Parmi ses préoccupations: faire de l’apprentissage du code à l'école un atout pour l’autonomie des individus.

[BFMtv] Health Data Hub: le fichier de données de santé des Français dans le viseur d'une sénatrice

✍ Elsa Trujillo, le mardi 30 juin 2020.

L’hébergement d’un mégafichier de données de santé des Français a été confié à Microsoft. Vivement critiqué, ce projet devrait faire l’objet d’une commission d’enquête.

Voir aussi: [ZDNet France] Nouvelle-Aquitaine: Aquinetic devient Naos et réagit à la crise du Covid-19

✍ Thierry Noisette, le lundi 29 juin 2020.

Le cluster Naos, pour ‘Nouvelle-Aquitaine Open Source’, fédère 120 PME et ETI. Objectif: ‘Que le numérique open source serve les enjeux de souveraineté nationale et soutienne la relance de l'économie’.

L'April publie son rapport d'activité 2019

APRIL - lun, 07/06/2020 - 14:09

Avec quelques mois de retard sur le calendrier initial, l'April publie son rapport d'activité 2019 (77 pages) et vous invite à le consulter en ligne ou en version PDF.

Depuis 1996, l'April est animée par une ambition : « logiciel libre, société libre ». Soutenue notamment par les contributions de ses membres et les dons, l'April mène un important travail de défense et de promotion du logiciel libre. À l'heure où le Libre obtient une reconnaissance certaine nous devons redoubler d'efforts pour que les principes essentiels du logiciel libre ne se dissolvent pas dans les effets de mode et le pragmatisme indifférents à l'éthique du Libre. La menace sur nos libertés s'est globalement aggravée. L'engagement en faveur du Logiciel Libre est donc plus que jamais d'une importance fondamentale.

Comme l'année précédente, en 2019 nous avons activement participé à la mobilisation contre le projet de directive européenne sur le droit d'auteur, notamment contre l'article 17 qui pouvait affecter les plateformes de développement logiciel. Si une exclusion de ces plateformes a bien été acquise, l'April est restée fortement mobilisée étant donné la menace globale pour les libertés en ligne. Malheureusement, malgré une incroyable mobilisation citoyenne le Parlement européen a validé la généralisation de la censure automatisée mardi 26 mars 2019.
Nous avons également notre travail d'enquête et de sensibilisation sur le dossier « Open Bar » entre Microsoft et le ministère des Armées.
Nous avons travaillé sur le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et pour une économie circulaire. Quelques avancées en termes de droit à l'information ont été obtenues, mais les propositions les plus ambitieuses ont été renvoyées à 2020 et à la transposition de deux directives.
L'April a été auditionnée par la commission d'enquête du Sénat sur la souveraineté numérique. Dans son rapport, la commission indique qu'il est urgent d'engager une réflexion au niveau interministériel sur la conduite d'une politique publique du logiciel libre.
L'association s'est également mobilisée pour tenter d'instaurer une priorité au logiciel libre dans l'Éducation via le projet de loi pour une école de la confiance, malheureusement sans succès. Mais ce n'est que partie remise.
Suite à notre action en 2019 et début 2020, parmi les 32 mesures proposées dans le Pacte pour la Transition pour les municipales 2020 figure la priorité au logiciel libre dans le service public.
L'April a fait partie du comité d'orientation et du jury pour l'attribution des labels « Territoire Numérique Libre » de l'Adullact, label qui a pour objectif de mettre en valeur l’utilisation des logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales.
Nous avons également agi sur le Health Data Hub (plateforme d'exploitation des données de santé) et sur d'autres dossiers, que vous pouvez découvrir dans le rapport d'activités.

L'April participe depuis 2018 au collectif CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) de Framasoft, en proposant des services libres et loyaux sur notre site Chapril. Neuf services (rédaction collaborative de textes en ligne, planification de rendez-vous, échanges de texte de manière sécurisée, visioconférence…) de notre Chapril sont disponibles et d'autres sont à venir. N'hésitez pas à tester et utiliser ces services.

En 2018, des réflexions avaient avancé concernant le développement d'un logiciel libre de gestion de la valorisation du bénévolat et sur l'usage des logiciels libres en milieu associatif. En 2019, ces réflexions ont conduit à la création de Bénévalibre, logiciel libre (dont une instance est accessible) destiné à faciliter la valorisation du bénévolat. L'April, par l'intermédiaire de son groupe de travail Libre Association et avec l'appui de temps salarié, a fortement contribué à l'aboutissement du projet dont la version 1 est désormais en production.

En 2019, le site de l'Expolibre, ainsi que les panneaux, ont été traduits en italien. L'Expolibre a été présente à plusieurs événements. Le groupe travail Sensibilisation de l'April produit des outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre. Le groupe travaille a commencé à travailler notamment sur « Le jeu du Gnou » (jeu coopératif et pédagogique) et sur un « Quiz enjeux de l'informatique » (questions autour du logiciel libre, les licences libres, etc).

Les membres de notre groupe de travail Trad GNU assurent les traductions en français du site du projet GNU et de la lettre d'information mensuelle publiée par la Fondation pour le Logiciel Libre. Près de 104 heures (contre 72 en 2018) de vidéos et d’émissions de radio ont été transcrites. Un total de 134 transcriptions relues, finalisées et publiées au cours de l'année 2018. Plus de 2 600 événements ont été référencés sur le site de l'Agenda du Libre (20% d'événements en plus par rapport à 2018), dont nous assurons la gestion et le développement.. PLus de 250 événements, nouveau record, ont été répertoriés dans le cadre du Libre en Fête 2019. L'édition 2020 n'aura pas le même succès, suite au confinement de la poluplation.

En 2018, nous avions démarré une nouvelle action importante pour la promotion et la défense des libertés informatiques : une émission de radio sur Cause Commune. Libre à vous ! est une émission d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'April traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission donne également très régulièrement la parole à des personnes, structures externes. Cette émission s'adresse à tout le monde. Pour pouvoir traiter encore plus de sujets et être réactif par rapport à l’actualité l'émission est devenue hebdomadaire en janvier 2019. 70 émissions ont été diffusées depuis mai 2018. Pour chaque émission sont mis à disposition le podcast de l'émission complète et un podcast pour chacun des sujets traités dans l'émission. La transcription est aussi disponible. Retrouvez l'ensemble des podcasts en ligne avec au programme notamment : l'Éducation nationale, les services libres et loyaux, l'achat de matériel, le financement de projets, la Gendarmerie nationale, l'ANSSI, les stratégies logiciel libre d'entreprises, les femmes et l'informatique, les espaces publics numériques, logiciel libre et collectivités, entreprises, associations, le métier du développement logiciel libre, téléphonie mobile et libertés, les distributions GNU/Linux, l'Open Bar Microsoft/Défense, les GULL (Groupes d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciel libre), la directive droit d'auteur, les données publiques, Wikipédia, Framasoft, Open Food Facts, OpenStreetMap, les DRM (menottes numériques)… et les chroniques de notre équipe. Abonnez-vous au podcast pour ne louper aucune émission.

Un grand merci aux membres de l'April, à l'équipe salariée, à nos soutiens qui nous permettent d'avoir une association vivante et active pour la promotion et la défense du Logiciel Libre.

L'April sera ce que vous et nous en ferons. Pour mener ses actions, l'April a besoin de votre soutien. Vous pouvez soutenir le logiciel libre et les actions de l'April en faisant un don maintenant ou en adhérant maintenant à l'April.

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Super Citoyenne : Véronique Bonnet - Radio Barbès

APRIL - ven, 07/03/2020 - 16:43


Titre : Super citoyenne, le pouvoir est entre tes mains !
Intervenant·e·s : Véronique Bonnet - Léa - Thierry
Lieu : Émission Super Citoyenne le pouvoir est entre tes mains !, Radio Barbès
Date : mars 2020
Durée : 1 h 25 min 53
Écouter le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Véronique Bonnet, Trombinoscope de l'April - Licence, sauf mention contraire, LAL version 1.3 ou ultérieure, CC-BY-SA version 2.0 ou ultérieure et GNU FDL version 1.3 ou ultérieure, en savoir plus.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Thierry : Mesdames, Messieurs, bonjour, bonsoir. Vous êtes bien sur Radio Barbès et plus précisément vous êtes à l’écoute de l’émission Super Citoyenne le pouvoir est entre tes mains !. Qu’est-ce qu’une citoyenne ? Pour répondre à cette question, je vais me tourner vers notre maîtresse Capella maison, il s’agit de Léa.

Léa : Citoyennes, citoyens, bonjour. Attention, attachez bien vos ceintures, petit voyage dans le temps. Selon le Petit Larousse Illustré de 1999, une citoyenne, ou un citoyen, peut se définir de quatre manières différentes :

  • la première, dans l’Antiquité, c’est une personne qui jouissait du droit de cité, notion que nous avons déjà abordée dans notre première émission ;
  • la deuxième, il s’agit d’un membre d’un État considéré du point de vue de ses devoirs et de ses droits civils et politiques ;
  • la troisième, sous la Révolution française, il s’agissait d’un titre qui se substituait à madame ou monsieur ;
  • et la dernière, le terme désigne péjorativement, ou tout au moins familièrement, un individu, un drôle de citoyen, une drôle de citoyenne.

Thierry : Et avec cette émission, nous avons envie de mettre à l’honneur des personnes qui sont justement de drôles de citoyennes et je pense que nous pouvons profiter de ces rendez-vous pour essayer de donner ses lettres de noblesse à cette expression, pour essayer de faire oublier ses sens péjoratifs ou familiers. J’ai le plaisir, cette fois-ci, d’accueillir une drôle de citoyenne en la personne de Véronique Bonnet qui est philosophe et qui est militante du logiciel libre.
Véronique, comme nous sommes sur une radio locale très ancrée dans le 18e arrondissement de Paris, je vais te demander, si tu le veux bien pour te présenter, de nous expliquer un petit peu quelle est ta relation avec le 18e arrondissement.

Véronique Bonnet : La première fois que j’ai entendu prononcer le nom d’une rue du 18e arrondissement, j’étais petite. Ma grand-mère me parlait de la vie de mon grand-père et elle me disait que lorsque le moulin de son père, donc du père de mon grand-père, avait brûlé, il y avait eu un moment assez compliqué. Le père de mon grand-père était alors veuf, il avait épousé une nouvelle femme, femme qui, avec lui, s’était installée rue Ordener. Il se trouve que cette marâtre, j’ose utiliser le terme, a été très marquante pour mon grand-père puisqu’elle l’obligeait à faire les poubelles rue Ordener et elle le battait lorsqu’il ne rapportait rien. Donc pour moi, j’étais petite, cette rue Ordener sortait un peu de l’ordinaire et cette rue Ordener était articulée à l’idée d’ordures et, en même temps, à cette quête de la part de mon grand-père d’une sérénité et pour ça il devait absolument trouver et rapporter des choses à la maison.

Thierry : Donc c’est une rue qui sort de l’ordinaire, on peut qualifier cette rue Ordener de rue « extra-ordener » ?

Véronique Bonnet : Elle l’est sans doute et je dirais qu’elle s’est avérée extraordinaire une seconde fois. Pour ça j’ai besoin de faire une transition dans mon histoire.
Il se trouve que mon grand-père a été employé à la SNCF, il était cheminot, il conduisait alors les machines à vapeur avec le charbon ; cette machine extraordinaire, elle aussi, s’appelait Suzanne.

Thierry : Comment s’appelait la marâtre de ta première anecdote ?

Véronique Bonnet : Je n’en ai aucune idée, je n’ai même aucune idée du nom du père de mon grand-père, mais il y a dans cette rue qui était au début de beaucoup de pratiques et de mon grand-père et des miennes, je dirais peut-être que ce recyclage que permet le logiciel libre est tout à fait en phase avec cette thématique de la réutilisation puisque, d’une certaine façon mon grand-père, lorsqu’il avait parcouru cette rue Ordener, faisait comme un cadeau à sa marâtre pour être tranquille, pour ne pas être battu.
Il se trouve qu’après avoir été cheminot et, à juste titre, la retraite des cheminots arrivait assez tôt – que mon grand-père est mort d’un cancer étant donné tout le charbon qui était dans ses poumons – il a pu, pour mettre du beurre dans les épinards, exercer la fonction d’éboueur, renouant ainsi, d’une certaine façon, avec ce qui avait pourri son enfance, mais, je crois, le vivant, le reconfigurant, d’une façon très forte puisqu’il était extrêmement apprécié, il rendait des services : lorsqu’il trouvait quelque chose qui pouvait être utilisé, il savait à qui le proposer et, d’une certaine façon, cet usage de ce qui ne pouvait plus servir, mais qui pouvait servir quand même, a aussi orienté toutes les premières impressions que j’ai eues de mon grand-père qui me rapportait aussi bien des livres mis au rebut, aussi bien de vieux vêtements qui n’étaient plus portés. Il me semble que j’ai grandi avec cette idée d’un partage, cette idée d’une réutilisation qui peut aussi devenir une manière de vivre, pas simplement dans la réutilisation qu’on peut faire de certaines chaussures, de certains livres – je me réjouis que les boîtes à livres fleurissent –, mais je dirais que la philosophie – mon métier est d’être professeur de philosophie – est aussi, à sa façon, une manière de revisiter des propositions qui sont devenues désuètes parce que le contexte a changé, de les recontextualiser, éventuellement de les marier, peut-être essayer d’aller plus loin qu’elles, mais ça ne serait pas tout à fait faire du neuf avec du vieux, ça serait prendre un élan sur des propositions qui ont servi dans des querelles théoriques à un moment donné pour essayer d’habiter les querelles qui sont actuellement les nôtres.

Thierry : Si j’ai bien compris, tu as une expérience du 18e qui est très liée, en réalité, à la notion de recyclage.

Véronique Bonnet : J’ose à peine dire une autre anecdote qui est en droite ligne de celle-ci. Il se trouve qu’un jour, là j’avais une trentaine d’années.

Thierry : C’était il n’y a pas longtemps.

Véronique Bonnet : Non, c’était il y a très longtemps ! J’allais assez régulièrement aux Puces de Saint-Ouen et, pour cela, je prenais, avec mon mari, le bus 85. Il se trouve que ce bus 85 passe très exactement dans la rue Ordener. Un jour, j’étais dans le bus avec mon mari, et que voit-on de la vitre du bus ? Exactement à l’angle de la rue Ordener et de la rue Clignancourt, dans des gravats, mais vraiment des tas de gravats puisqu’il y avait des travaux dans un immeuble, nous apercevons un comptoir de bar. Mon mari est aussi gravement atteint que moi, que fait-on dans ce cas-là ? Il faut sortir très vite du bus, il faut trouver le patron du chantier, il faut négocier, il faut bien évidemment, et c’est tout à fait normal puisque des personnes aident à le mettre en dehors des gravats, remercier ces personnes et après il faut commencer à réfléchir à savoir comment faire. Nous étions un 14 juillet, un 14 juillet en plus ! Mon mari essaie d’aller dans un bar, il n’y avait pas de téléphones portables à l’époque. Il essaie d’appeler une amie qui a une 4L. L’amie vient avec la 4L, évidemment le comptoir de bar est beaucoup trop grand. Elle propose d’aller jusqu’au boulevard Barbès essayer d’acheter une scie pour scier les pieds du comptoir de bar.

Thierry : Pour le désolidariser de l’endroit où il était implanté ?

Véronique Bonnet : Non. C'était trop grand, tout simplement ça dépassait, donc on aurait coupé et on aurait ensuite réinstallé. Impossible ! Étrangement aucun taxi, puisqu’il y a quand même des taxis qui ont de très grands coffres, n’accepte de venir dans le quartier. Et fort heureusement, brusquement, il y a une camionnette qui passe avec des personnes et nous chargeons ce comptoir de bar. C’était un triomphe, nous avions trouvé une solution et, toujours avec grande émotion, nous l’avons, nous avons fait un coin bistrot chez nous. C’est un peu à travers le souvenir de mon grand-père, à travers cette rue Ordener qui a sans doute été l’occasion d’un grand chagrin pour mon grand-père, et de ce triomphe, un peu de cette revanche, qui a été la nôtre d’avoir appris, peut-être en partie de lui, à réutiliser, à réinventer les objets, nous avons toujours ce moment – j’ai presque en vie de dire ce moment plutôt que cet objet parce que souvent les objets sont investis par un moment – nous avons toujours ce moment et cet objet du 18e arrondissement à la maison.

Thierry : La camionnette qui est passée est passée par hasard, elle a accepté de s’arrêter ?

Véronique Bonnet : C’était quasiment un miracle !

Thierry : Donc non seulement tu relies le 18e à la notion de recyclage, mais il y a aussi la notion de solidarité.

Véronique Bonnet : Oui, de gentillesse, d’accueil, de tentative de chercher une solution, bien sûr. Et tout cela, en plus, un 14 juillet.

Thierry : Jour férié.

Véronique Bonnet : Le jour de la fête nationale.

Thierry : C’est marrant parce que j’avais prévu de te demander de me définir ce qu’est la philosophie, de me définir la notion de philosophie, en réalité tu as déjà commencé un petit peu à le faire.

Véronique Bonnet : Peut-être. Oui.

Thierry : Tu nous as expliqué que la philosophie, pour toi, c’est une manière de recycler les idées, de les réutiliser, de se les approprier, de les transformer, de les accoler les unes aux autres, mais pour quelles finalités ?

Véronique Bonnet : Je dirais que les finalités, lorsqu’il ne s’agit pas, bien sûr, d’écrire un mémoire de doctorat qui fait qu’on va plutôt chercher son terrain de prédilection même s’il est dans la zone de confort, même s’il n’est pas d’extrême urgence, je dirais que ce qui nous sollicite en philosophie c’est d’essayer d’accueillir les notions qui émergent, les notions qui auraient été assez improbables. Je pense, par exemple, à des notions de l’informatique comme ce qu’on appelle la scalabilité, c’est-à-dire la possibilité, pour un logiciel, de pouvoir monter en puissance sans rejeter des requêtes, sa possibilité de fonctionner encore alors qu’il est très sollicité. Ou encore la notion de portabilité, c’est-à-dire comment un logiciel qui peut faire certaines tâches avec une envergure modeste va pouvoir changer d’échelle, va pouvoir être utilisé dans un contexte autre où, sans doute, il sera beaucoup plus sollicité.

Thierry : Là tu nous fais un parallèle avec l’informatique pour nous expliquer qu’au travers de la philosophie tu t’amuses, j’en envie d’utiliser le mot « amuser », le verbe « amuser », tu t’amuses à prendre, à étudier des vieilles idées – je ne veux pas citer de noms mais si on parle de Kant j’ai envie de dire que c’est vieux - et tu testes la scalabilité, la portabilité de ces idées-là ?

Véronique Bonnet : C’est possible, mais souvent je pars plutôt d’une situation contemporaine. Par exemple, il y a aussi en informatique une notion qui devient très centrale, c’est la notion de sérendipité. La sérendipité – Serendip l’ancien nom de Ceylan – c’est lorsque, par le jeu des liens hypertextes, alors qu’on avait prévu de regarder un document, il se trouve que de lien en lien, c’est d’ailleurs pour ça qu’on parle de navigation, on en vient parfois à une page dont on s’aperçoit que c’était précisément la page qui pourrait nous rendre service, étant donné une préoccupation qu’on avait par ailleurs. Autrement dit, la sérendipité c’est trouver sans avoir cherché. Il me semble que ça devient vraiment très intéressant si on regarde, par exemple, la querelle entre Descartes et Pascal. Descartes c’est le philosophe de la méthode, c’est-à-dire que ce qui intéresse Descartes, c’est quel chemin on prend ; méthode ça veut dire chemin par lequel on arrive à quelque chose. Et, à force de chercher les conditions exemplaires de la méthode, c’est vrai qu’on a fait de Descartes le philosophe de la méthode, le philosophe du chemin. C’est vrai qu’il y a quand même quelques théorèmes de Descartes, c’est vrai qu’il y a les coordonnées cartésiennes qui sont des outils mathématiques. Pascal, qui se moque de ce fait de Descartes, lui, opte d’une certaine façon pour la sérendipité, à savoir qu’il se moque de la condition de la condition de la condition, c’est ce qu’il appelle la « Raison des effets », c’est-à-dire qu’il pose une chose si ce quelque chose a des effets puissants.

Thierry : J’avoue que là, de lien en lien, tu m’as perdu.

Véronique Bonnet : Je reviens dessus en très court. Pourquoi est-ce que la sérendipité peut être vraiment une notion très féconde et très intéressante si on utilise certains conflits précédents ? Parce qu’on voit par exemple que deux philosophes s’opposent. L’un s’appelle Descartes. Ce qui intéresse Descartes c’est de chercher, pour faire quelque chose, la condition – comme il y a une condition il faut chercher la condition de la condition, puis la condition de la condition de la condition – c’est-à-dire qu’il cherche le chemin, il s’intéresse à ce qui précède quelque chose. Évidemment Pascal, lui, d’une certaine façon, va se moquer de cette manie de la méthode, peut-être qu’il faut aussi une méthode pour chercher la méthode, il y a une régression à l’infini. Ce qui intéresse Pascal c’est plutôt une raison des effets, c’est-à-dire que, s’il sent que quelque chose va fonctionner, il l’adopte – c’est un petit peu aussi à la manière des axiomes de la géométrie – et ce quelque chose est justifié non pas par ses conditions mais par ses effets : ça marche.
C’est un petit peu ce qu’on a appelé, dans le registre politique, la culture du résultat. La sérendipité arrive à des effets, elle ne sait pas bien pourquoi, peut-être parce que qu’il n’y a pas eu de méthode suffisante, mais elle les accueille.

Thierry : C’est un peu dingue, je vais être un peu dur parce que tu es partie d’une définition que je trouve très simple de la philosophie, peut-être que je la simplifie et que je la transforme un peu, mais à savoir qu’il s’agit d’une sorte de recyclage des idées. C’est ça ?

Véronique Bonnet : Oui.

Thierry : Pour les transformer, pour se les approprier, puis tu as fait un parallèle avec l’informatique et ensuite tu nous as cité des auteurs philosophes et c’est là que j’avoue que je commence à me perdre. C’est-à-dire autant je bois tes paroles quand tu es tout à fait claire, j’ai envie de dire quand tu nous parles simplement, autant, quand tu commences à faire un lien avec l’informatique, déjà pour moi qui ne suis pas du tout informaticien ça commence à être difficile à suivre.

Véronique Bonnet : Tu vois quand même ce qu’est un lien hypertexte ?

Thierry : >Eh bien non, justement !

Véronique Bonnet : Ah, d’accord.

Thierry : Hypertexte, déjà, c’est un terme que je ne maîtrise pas du tout.

Véronique Bonnet : Par exemple quand tu prends Wikipédia, il y a des mots qui sont en bleu, tu cliques dessus et tu te retrouves dans une autre page et sur l‘autre page il y a d’autres mots en bleu, tu cliques dessus et tu es sur une autre page. Et, de lien en lien, tu finis par tomber sur la page, alors peut-être pas la page de ta vie, en tout cas la page qui, à ce moment-là de ton existence, peut avoir un grand intérêt.

Thierry : Là on s’arrête pour l’instant dans la discussion avant d’arriver sur les philosophes que tu as cités, est-ce que ce n’est pas un petit peu inciter les gens à une sorte d’errance sur Internet et, je ne dis pas ça de manière négative, à une sorte de perte de temps ?

Véronique Bonnet : Je n’ai pas du tout parlé d’incitation. Il n’y a pas eu du tout de jugement de valeur. J’essaie simplement d’aborder d’une façon sèche ce que c’est que privilégier des effets plutôt que privilégier des conditions.
Je vais prendre un exemple qui est peut-être plus clair pour toi. On va se transporter au 6e siècle avant notre ère et là il y a un basculement qui est très important en Grèce concernant la manière de parler. Avant le 6e siècle, déjà, il y a très peu de personnes qui parlent, il y a très peu de personnes qui ont le droit de s’exprimer. Il y a les rois, il y a quelques dignitaires religieux, il y a éventuellement les descendants parce qu’il faut préparer la suite. Le principe est le suivant, ça s’appelle le discours d’autorité : quand quelqu’un, et ils sont très rares à le faire, parle, ce qu’il dit est vrai, c’est-à-dire qu’il y a un effet, c’est impossible d’objecter, c’est impossible de demander des comptes, c’est impossible de protester, la parole est vraie parce qu’elle est prononcée par qui de droit. Ce système de parole privilégie évidemment l’efficacité.
Qu’est-ce qui se passe au 6e siècle ? C’est vrai qu’entre temps il y a des choses qui sont compliquées, il y a beaucoup de guerres, les rois n’ont pas le temps de transmettre la parole à leurs descendants.

Thierry : Et pour bien resituer, 6e siècle avant J.-C., on est 300 ans avant Alexandre le Grand. On est 600 ans avant la naissance…

Véronique Bonnet : C’est ça, absolument. C’est ce qu’on appelle le miracle grec, c’est le moment du miracle grec. Et là va apparaître une forme de parole qui est complètement inédite. Il y a trois principes. Premier principe : quiconque a le droit de parler, ça c’est la naissance de la démocratie grecque.

Thierry : N’importe qui a le doit de parler.

Véronique Bonnet : N’importe qui, il faut être citoyen, il ne faut pas être femme, il n’y a pas de super citoyenne à l’époque, il n’en est même question sauf chez Aristophane qui s’en moque, qui se moque des femmes qui prennent le pouvoir.
Donc il y a trois principes : quiconque peut parler ; quiconque peut objecter ; il faut un troisième principe parce que sinon ce sera la cacophonie, tout le monde dira n’importe quoi et sera interrompu n’importe quand par n’importe qui, le troisième principe c’est la cohérence, c’est-à-dire qu’on ne peut pas simultanément poser une chose et son contraire, dire A et non-A.
Pourquoi est-ce qu’on va se retrouver exactement dans la même opposition qu’entre Descartes et Pascal ? Tout simplement parce que cette parole de cohérence, on l’appelle comme ça, qui s’oppose à la parole d’autorité, celle qui est puissante parce que de toute façon il n’y a pas de réplique possible et tout ce qu’on dit est vrai si on a le droit de parler, il se trouve que ça va établir une opposition qui existe encore de nos jours entre ceux qui, par leur parole, se moquent complètement de la cohérence, visent une puissance, et ceux qui, par leur parole, essaient d’être cohérents, peut-être que pour être cohérent il faut telle condition, telle condition, telle condition, et, dans ce cas-là, il n’y a plus de puissance.

Thierry : Est-ce que dans la première catégorie on peut glisser Donald Trump ?

Véronique Bonnet : Je n’osais pas le suggérer, mais puisque c’est fait allons-y, je dirais mais pas que.

Thierry : J’ai envie quand même de nous raccrocher à des choses qu’aujourd’hui qu’on comprend.

Véronique Bonnet : Si on parle de culture du résultat, et là ça revisite à la fois la raison des effets de Pascal et la parole d’autorité, celle des stratèges, des rois, si ce que untel, parce qu’il a tel titre, dit que ce qu’il dit est vrai, si on n’a pas le droit d’objecter, si on n’a pas le droit de relever des contractions, effectivement il y a des effets puissants, mais il me semble qu’au nom de la cohérence on peut quand même s’embêter un petit peu à essayer de ne pas dire une chose et son contraire. C’est vrai que les tweets de Trump c’est « moi je suis Trump, peu importe que mes propos soient incohérents, j’ai le pouvoir de parler et même le pouvoir de faire entrer en vigueur certains décrets que je prends », là on voit bien qu’il y a je dirais deux dimensions dans l’usage de la parole : soit j’essaie d’être soigneux et peut-être que je ne serai pas puissant, parce que si j’essaie de parler d’une façon cohérente je vais faire des objections à moi-même, constamment, et si je fais des objections à moi-même, comme ce qui s’est passé tout à l’heure, peut-être que tu vas perdre le fil.

Thierry : C’est grave si je le perds même si tu ne te contredis pas ?

Véronique Bonnet : C’est très grave ! Si je veux que ma parole soit puissante, alors je vais dire que j’interdis qu’on m’interrompe et je vais dire que, étant donné que j’ai tel diplôme, que j’ai fait telles études, que j’ai écrit tant de choses, alors ce que je dis est vrai, ce qui serait scandaleux !

Thierry : Est-ce que tu pourrais nous dire ce qui t’as amenée à la philosophie ? Quel est le cheminement qui t’as incitée à devenir philosophe ?

Véronique Bonnet : Je ne sais pas bien, je crois qu’il y a plusieurs raisons. Celle que j’ai dite tout à l’heure qui est, je crois, assez réelle. Il y a eu aussi, puisque j’étais dans une famille où il fallait nécessairement aller au catéchisme, une sorte de rage qui, à un certain moment, a eu besoin de s’extérioriser. J’ai des parents intelligents, je n’ai pas compris pourquoi on m’obligeait à apprendre de telles inepties que, d’ailleurs, je n’apprenais pas parce que, malheureusement, je les retenais, j’étais première en catéchisme. Donc il y a eu un moment où je me suis dit que ça n’était pas possible et c’est là que j’ai eu besoin d’une parole de cohérence, justement pas d’une parole de puissance.

Thierry : Donc tu nous dis que c’est presque une réaction à la religion ?

Véronique Bonnet : Non, non, à l’irrationnel. Il y a aussi des irrationnels politiques.

Thierry : C’est passé par la religion mais c’est une réaction au fait de t’inculquer des choses qui ne sont pas forcément cohérentes ? Non, tu préfères le terme « irrationnel » ?

Véronique Bonnet : Irrationnel. C’est la rencontre de l’irrationnel.

Thierry : Je voulais justement reprendre ce terme de cohérence que tu nous as exprimé.

Véronique Bonnet : Oui, c’est ça. C’est-à-dire que le propre du catéchisme – j’ai défini tout à l’heure ce que c’était qu’une parole d’autorité qui cherche à être obéie, à ne pas recevoir d’objection, à ne pas rendre compte d’elle-même – c’est le propre du dogme et du rite. Même si les pouvoirs de la raison ne sont pas entièrement développés quand on est enfant, c’est vrai qu’il y a un moment où l’esprit demande des comptes et je crois que c’est ce qui s’est passé et ce qui s’est tellement bien passé que la philosophie m’a paru une démarche essentielle.

Thierry : Avant d’arriver à la pause musicale et ensuite de passer au deuxième thème qui me tient bien à cœur dans cette émission, qui sera le logiciel libre, est-ce que tu pourrais nous expliquer en quoi ton statut de philosophe te permet justement d’agir sur la société qui t’entoure ? Comment tu l’utilises pour contribuer à faire en sorte que la société dans laquelle tu vis soit plus respectueuse on va dire de l’humain et de l’environnement ?

Véronique Bonnet : J’ai la chance d’enseigner en classe préparatoire aux grandes écoles et j’y pensais encore hier à 10 heures en sortant du cours. Il se trouve que cette année le thème, en Maths spé, c’est la démocratie et nous avons lu ensemble du Tocqueville, De la démocratie en Amérique. Je vais résumer très simplement la thèse de Tocqueville qui consiste à dire que malheureusement ce qu’on appelle démocratie à son époque c’est le règne d’un pouvoir central, c’est le règne d’une administration qui fait tout pour que les citoyens – évidemment les citoyens iront voter tous les cinq ans, tous les six ans, peu importe – n’aient plus qu’une envie : le repli sur leur famille, le confort, confort dont l’État est le pourvoyeur. Il y a chez Tocqueville cette parole terrible qui est que ce pouvoir central « dégrade sans brutaliser ». Il me semble que pouvoir partager des constructions de cette sorte avec de jeunes adultes, ce ne sont plus des adolescents, qui vont avoir dans leur vie personnelle et dans leur vie politique à rencontrer des programmes politiques qui vont insister sur la sécurité, qui vont insister sur la propreté, qui ont leur valeur indéniable mais ne parler que de sécurité et que de propreté, il me semble que ça rejoint tout à fait la crainte de Tocqueville de voir les individus se replier dans ce qu’il appelle « les petits plaisirs », c’est-à-dire un usage plutôt du sensible, une mise en veille de l’intelligible et de la réflexion.

Thierry : J’ai souvent tendance à penser que dans beaucoup de domaines, et notamment en informatique, si on veut récupérer un petit peu de liberté il faut savoir faire une croix sur une partie de son confort.

Véronique Bonnet : Exactement.

Thierry : J’avoue, je fais l’aveu de ma lacune aux oreilles de tout le monde, je n’ai pas lu ce bouquin de Tocqueville, mais tu me donnes vraiment envie de le voir.
On va y revenir, mais tout de suite nous allons écouter Dominique A qui se pose la question du sens de la vie dans un acte on va dire un petit peu nombriliste, pour le coup. Cette chanson s’intitule Le sens et, dans mon imaginaire, c’est en effet un questionnement relativement philosophique sur le sens de la vie. Tu réagiras ou non à ça après cette pause musicale, ma chère Véronique. Tout de suite c’est Dominique A.

Pause musicale : Le sens par Dominique A.

Thierry : Nous voici de retour avec Véronique Bonnet, une drôle de super citoyenne, philosophe et militante du logiciel libre. Après cette pause musicale avec Dominique A qui nous a chanté Le sens, il n’était évidemment pas en direct, c’est tiré d’un de ses albums, nous allons aborder le logiciel libre.
Je vais revenir justement un petit peu sur ce que tu as évoqué, Véronique, dans cette première partie d’émission. J’ai envie qu’on revienne sur ce que sont la scabilité, la portabilité, la sérendipité et j’ai beaucoup aimé la phrase que tu as sortie notamment en parlant, si je ne me trompe pas, si je me souviens bien, de Tocqueville, « il faut faire attention parce que l’État peut finir par dégrader sans brutaliser ». Je pense qu’avec les outils numériques d’aujourd’hui c’est ce qui est en train d’arriver.
Toi, en plus d’être philosophe, tu es militante du logiciel libre, est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu ce statut ?

Véronique Bonnet : Oui, bien sûr.
J’ai peut-être besoin de commencer par définir la notion de liberté. Je crois qu’il est très important de ne pas confondre libéralisme et liberté. Il me semble que certains logiciels de l’informatique, qui sont extrêmement répandus, relèvent davantage du libéralisme – désinhibe-toi, fais-toi plaisir, utilise le maximum de fonctions, ne regarde pas trop les traces que tu laisses derrière toi – alors que le logiciel libre, lui, essaie de respecter l’autonomie.
J’ai besoin de faire le lien entre liberté et autonomie. Il me semble que la liberté bien comprise c’est l’autonomie.
Quelle serait la façon naïve de définir la liberté ? Ça serait dire que la liberté c’est l’absence d’entrave, comme dans le libéralisme. Dans le libéralisme laisser faire, laisser passer, c’est la devise du libéralisme, c’est-à-dire que toutes les barrières doivent disparaître, toutes les questions éthiques sont évidemment nulles et non avenues, ce qui importe c’est qu’on puisse déployer des logiciels, des manières de procéder qui vont être inédites, qui vont faire beaucoup d’argent, on ne va pas trop essayer de savoir comment ça marche. Pourquoi est-ce que cette définition de la liberté ne me convient pas ? Parce que si on parle simplement d’absence de contraintes extérieures, on oublie les contraintes intérieures. C’est-à-dire qu’on oublie les impulsions, les préjugés, on oublie tout ce qui en nous, certaines manières très spontanées qui ne s’interrogent pas sur elles-mêmes, on oublie que quand on est dans une liberté qui regarde simplement qu’il n’y a pas d’entrave peut-être qu’en réalité on est soumis à des entraves qu’on n’identifie pas.
Je dirais que c’est exactement le statut de ces logiciels qu’on essaye de nous faire acheter qui, de toute façon, sont compris avec l’ordinateur, qui sont déjà préinstallés, après c’est très compliqué de les désinstaller, puisqu’on est dans une forme de vertige du possible, tout est possible avec les logiciels qu’on appelle propriétaires, c’est à-dire les logiciels non-libres. Tout est possible à ceci près qu’en réalité celui qui les utilise n’est pas autonome, c’est-à-dire ne donne pas à lui-même des lois, ne donne pas à lui-même des directions. Parce que c’est vrai que nos impulsions, nos préjugés, parfois nos réactions épidermiques, éblouies – c’est extraordinaire ce logiciel peut faire ça, ça et ça – sont des manières de faire qui ne se demandent pas ce sur quoi ça repose. Il se trouve que rares sont les personnes qui savent ce que fait le code et rares sont, en plus, les logiciels propriétaires pour lesquels il est possible de connaître le code. Le code peut avoir en lui des portes dérobées, il peut dissimuler des fonctions qui ne sont pas annoncées, il peut faire intervenir des traçages de toutes sortes, il peut envoyer des cookies, il peut repérer qui écrit à qui, à quelle fréquence, on n’a même pas besoin de lire le contenu du mail, si on écrit à celui-là après avoir écrit à celui-là, c’est ce qu’on appelle les métadonnées. Donc je dirais que parce que je ne veux pas confondre la liberté du libéralisme avec l’autonomie d’une liberté véritable, pour ne pas obéir à mes impulsions j’essaie d’obéir à moi, et pour ça il faut que j’aie été éduquée, c’est-à-dire il faut que j’aie été conduite à l’écart de mes impulsions, à l’écart de mes préjugés pour, un jour, donner des lois à moi-même.
Le librisme, c’est comme ça qu’on appelle cette démarche qui, dans l’informatique, essaie de n’utiliser que des logiciels qui respectent l’autonomie de l’utilisateur, il me semble que si je suis libriste c’est parce que je ne veux pas – on parlait de Tocqueville tout à l’heure – être comme engluée et ravie par certains conforts d’exécution. C’est extraordinaire, maintenant les logiciels s’installent tout seul, ils peuvent même en installer d’autres sans qu’on le sache, il y a une facilité, il y a une fluidité, il y a une convivialité. Autrement dit je ne veux pas que ma manière d’écrire sur un ordinateur, que ma correspondance, que les documents que je consulte, parce qu’ils sont détenus par certains qui peuvent en faire des usages aussi bien sur le court terme que sur le long terme, je ne veux pas que mon existence soit prise dans une inertie. Tocqueville dit « dégrader sans brutaliser ».
C’est vrai que l’informatique c’est très difficile, mais il y a une communauté qui veille à ce qu’on appelle le code source qui est, d’une certaine façon comme la recette de cuisine, très exigeant. C’est très récemment que j’ai eu une carte bancaire, c’est très récemment que j’ai eu un téléphone portable parce qu’il faut désinstaller, il y a des choses qui sont assez compliquées à faire, mais je dirais que cette autonomie-là qui peut éventuellement rendre la vie compliquée, est préférable à cette facilité – Souchon parle de Foule sentimentale, de foule malléable qui se laisse aller, qui se laisse éblouir – il me semble que s’il m’est possible, à mon très petit niveau, d’essayer de faire le lien par exemple entre Tocqueville et les logiciels propriétaires ou La Boétie, qui est un prédécesseur de Tocqueville qui dit que le tyran, pour rester au pouvoir, essaie de sucrer son peuple, il lui propose des sucreries, des douceurs, c’est-à-dire des images, c’est-à-dire des médailles, des bêtes sauvages, c’est-à-dire tout ce qui relève de l’instantanéité, de la réactivité et qui va endormir la compétence à penser.

Thierry : J’aime beaucoup la différence que tu établis entre liberté et libéralisme. J’aime beaucoup le lien que tu fais entre liberté et autonomie. Je dois lancer les actualités citoyennes qui ne se veulent ni exhaustives ni objectives, et c’est Léa qui s’en occupe. Générique s’il vous plaît.

[Générique, actualités citoyennes]

Léa : Puisque notre invitée milite, il serait inadmissible de ne pas vous parler de l’April1, l’Association pour la promotion et la recherche en informatique libre. C’est l’association de référence en France qui promeut et défend le logiciel libre. Son action est plus orientée vers le monde politique que vers le grand public. Ces dernières années elle s’est rendue plus accessible en créant le Chapril2, sa contribution au CHATONS3, Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. L’objectif est de proposer des services en ligne libres, éthiques, décentralisés, alternatifs à ceux proposés par les fameux GAFAM que nous connaissons bien, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.
L’April assure aussi désormais une émission hebdomadaire sur radio Cause Commune 93.1 FM, le mardi de 15 heures 30 à 17 heures, intitulée Libre à vous !4 dans laquelle les libertés informatiques sont mises en valeur.
Pour rejoindre cette association, adhérer ou devenir bénévole, rendez-vous sur www.april.org.
Il existe aussi Framasoft5 qui a notamment contribué à donner naissance au CHATONS que j’évoquais à l’instant.
Framasoft propose des services en ligne libres et respectueux de la vie privée de leurs utilisateurs. Ces cinq principaux services étant Framagenda qui permet de créer, alimenter et partager un agenda avec les personnes de son choix ; Framapad qui permet de créer et d’éditer des documents en ligne à plusieurs ; Framadate qui offre la possibilité de créer un sondage pour déterminer la date optimale pour fixer un rendez-vous ; Framaform, outil de création de formulaires en ligne avec questions à choix multiple et champs de texte libre et Framatalk qui permet de mettre en place des visioconférences sans avoir besoin de créer de compte ou d’installer de logiciel sur son ordinateur.
Tout ça vous intéresse ? Plus de renseignements sur framasoft.org.
Pour finir, savez-vous, chères auditrices, chers auditeurs qu’il existe des réseaux sociaux vertueux, libres et décentralisés, alimentés entre autres par les militants des deux associations que je viens de citer ? L’alternative à Facebook s’appelle diaspora*6, avec un astérisque à la fin, et l’alternative à Twitter s’appelle Mastodon7. Étant donné qu’il s’agit de réseaux sociaux décentralisés, il existe une multitude de portes d’entrée différentes partout dans le monde, ce qui vous permet notamment de choisir dans quel pays vous souhaitez que vos données soient stockées. En réalité, l’objectif est surtout de pouvoir choisir de quelle manière est réglementé l’accès à ses données.
Bien évidemment, comme d’habitude pas d’inquiétude, tous ces liens seront mis en évidence sur le site de notre chère Radio Barbès.

Thierry : Merci beaucoup Léa pour ces actualités denses et foisonnantes.
Pour récapituler, tu nous as présenté l’April dont Véronique est vice-présidente [présidente depuis le 27 juin 2020, NdT] si je ne me trompe pas. Framasoft, une association très active, très intéressante, qui propose beaucoup de services libres, alternatifs aux GAFAM et puis les réseaux sociaux décentralisés que sont Diaspora* et Mastodon.
Nous allons maintenant revenir à nos moutons philosophiques et non pas libéralistes, libertaires, je ne sais pas quel est le bon terme. J’ai envie de revenir sur cette phrase qui m’a marqué « l’État peut arriver à un point où il dégrade sans brutaliser ». Dans cette phrase on a une notion d’endormissement de la population. On était en train de parler d’informatique et des outils numériques que nous utilisons de plus en plus au quotidien, nous sommes de plus en plus incités par l’administration à utiliser ces outils numériques.
Tu as bien fait la différence entre les notions de liberté et de libéralisme. Tu as associé la notion d’autonomie à celle de liberté. Personnellement, je dissocie beaucoup les notions de confort et de liberté et je pense que dans cette « dégradation sans brutalité » que met en place l’État il y a cette notion d’endormissement par le confort et je crois sincèrement qu’aujourd’hui de plus en plus de gens confondent le confort et la liberté. Ils sont contents d’avoir du confort, ils ont l’impression d’être libres parce qu’ils ont du confort.
Pour faire le lien avec l’informatique, j’aimerais que tu prennes un petit peu de temps pour bien nous définir ce qu’est le code source parce que je pense qu’au même titre que tout à l’heure je n’avais pas bien saisi ce dont tu parlais avec les hyperliens, je pense que certains auditeurs ne sont pas forcément à l’aise avec cette notion de code source, ce qui va te permettre ensuite de mieux définir ce qu’est un dit logiciel dit libre.

Véronique Bonnet : Très bien.
Pour qu’un ordinateur exécute un programme, le code lui explique ce qu’il doit faire, dans quel ordre, pendant combien de temps, ce qu’il doit faire après, comment passer d’une fonction à une autre, comment les dissocier à chaque fois, comment les associer à chaque fois. J’ai comparé tout à l’heure le code source à une recette de cuisine. C’est comme si on expliquait à un ordinateur comment il doit s’y prendre pour réussir un gâteau. Ceci fait intervenir une extrême abstraction puisque le langage du code est ce qu’on appelle le binaire, des 0 et 1 qui vont être agencés pour, avec les portes logiques, produire des oppositions, des associations.

Thierry : Excuse-moi, les portes logiques ?

Véronique Bonnet : Ce qu’on appelle des portes logiques, c’est-à-dire que si on enchaîne tel 0 qui est neutre et tel 1, ça revient à produire des oui et des non dans des arborescences. Quand j’ai un choix, il faut que l’ordinateur sache si c’est oui ou c’est non.

Thierry : Je n’aurais pas dû poser la question !

Véronique Bonnet : Je dirais que les 0 et les 1 qui sont pratiqués par les informaticiens permettent aux ordinateurs de générer ou pas une action : si c’est neutre, il n’y a pas d’action, si c’est 1 ça produit tel type d’action qui, lorsqu’elle est entourée de tel contexte, va être légèrement différente ou va s’associer à une autre. J’essaye de retrouver ma comparaison avec la recette de cuisine, c’est comme si on disait à une cuisinière « tu battras les œufs, tu ne battras pas les œufs ; quand tu les auras battus tu pourras ajouter du sel ou tu n’ajouteras du sel qu’au bout de tant de secondes ». C’est un petit peu ça, je ne sais pas si c’est plus clair.

Thierry : Ça c’est le code source. C’est ce que qui permet à l’ordinateur d’être un bon chef cuistot.

Véronique Bonnet : De fonctionner, de tourner, de produire des fonctions qui vont être associées ou dissociées.

Thierry : Alors qu’est-ce que c’est que cette notion de logiciel libre ?

Véronique Bonnet : Dans le logiciel libre, il y a quatre libertés pour l’utilisateur.
Première liberté : il peut accéder au code source. Il se trouve que dans les logiciels propriétaires, on ne le peut pas. C’est ce qui était arrivé à Richard Stallman, l’un des pères fondateurs du logiciel libre, l’auteur d’un projet qui consistait à écrire du code, écrire du code pour respecter les quatre libertés de l’utilisateur. Lui, il n’a pas pu réparer une imprimante parce qu’il se trouve que cette imprimante Xerox avait un code source auquel il n’avait pas accès. S’il avait eu accès au code source il aurait pu réparer l’imprimante ce qui est quand même la moindre des choses !

Thierry : En réalité, quand on parle de logiciel libre, ça n’est pas le logiciel qui est libre, mais c’est son utilisateur.

Véronique Bonnet : Absolument. On pourrait traduire logiciel libre par logiciel respectueux de l’autonomie de l’utilisateur, ce qui comporte quatre caractéristiques.
Il faut pouvoir exécuter le programme, si on ne peut pas réparer on ne peut pas exécuter le programme ; il faut pouvoir l’étudier ; il faut pouvoir l’améliorer, le modifier. C’est comme dans une recette de cuisine, j’ai une recette – heureusement elles sont encore libres – je fais de l’hypertension, je vais supprimer le sel. Si on veut modifier un code source, il faut pouvoir accéder à lui, il faut que l’exécution ne soit pas entravée, il faut pouvoir le modifier si on décide qu’on a besoin de telle fonction et pas de telle autre par exemple, qu’on peut supprimer. Non seulement ça, mais la quatrième liberté c’est de pouvoir distribuer des codes qui ont été soit modifiés soit laissés en l’état.
Je répète les quatre caractéristiques du logiciel libre : exécuter, étudier, modifier, distribuer des copies modifiées ou pas.

Thierry : J’ai envie de dire, pour parfaire cette comparaison avec la recette de cuisine, un logiciel propriétaire, un logiciel non-libre, c’est un petit peu comme si à la maison on avait un chef robot, une machine qui faisait la cuisine pour nous et qui ne nous permettrait pas d’accéder à la recette des plats que cette machine nous propose à manger.

Véronique Bonnet : Par exemple. Ou alors on pourrait tout simplement concevoir des recettes de cuisine qui ne pourraient être utilisées que par quelques-uns ou même un seul et même ceux qui goûteraient ces plats pourraient avoir des ennuis en justice s’ils essayaient d’imiter ce qu’ils ont goûté en se fiant par exemple à leur palais.
Autrement dit, si on mettait sous copyright les recettes de cuisine, on serait obligé de les acheter. Effectivement, peut-être qu’on serait autorisé à les utiliser cinq fois, après il y aurait une sorte d’obsolescence. Alors que les recettes de cuisine que nous transmettons, que nous partageons, je viens d’en demander une à l’instant, sont respectueuses de l’autonomie, parce que je peux les regarder de près ou les regarder à peu près si j’ai décidé d’être un petit peu inspirée ; je peux éventuellement les modifier ; je peux éventuellement, parce que la modification a bien fonctionné, distribuer ces recettes avec leurs modifications ou telles qu’elles et là je dirais qu’il en va non seulement de l’autonomie de l’utilisateur mais de sa sociabilité. Là on ne parle pas simplement d’un utilisateur qui serait replié sur son confort, sur son bien-être, sur la certitude de pouvoir étudier, de pouvoir exécuter et les deux autres libertés, on parle d’une manière de faire société, puisque lorsque quelqu’un a apporté une amélioration, a corrigé un bug au code source, ce sont absolument tous les autres qui en profitent.

Thierry : D’accord. Je trouve tout ça bien beau. C’est marrant parce que justement tu es philosophe, tu réfléchis dans l’abstrait, et là on parle quand même de quelque chose qui est très concret. C’est présent dans nos ordinateurs. Un téléphone c’est aujourd’hui un ordinateur, on devrait d’ailleurs appeler ça un ordiphone si on voulait être tout à fait juste.

Véronique Bonnet : On peut dire un ordinateur.

Thierry : Oui, c’est vrai, un ordinateur qui permet de téléphoner.
Comme la plupart des gens je suis incapable de comprendre un code source, de le lire et je suis encore plus incapable de le modifier. En quoi ça me concerne cette histoire de logiciel libre ?

Véronique Bonnet : C’est bien pour ça qu’il y a des communautés de distributions libres. On appelle le système qui permet les distributions libres GNU/Linux8. GNU c’est ce qui renvoie au travail des équipes de Richard Stallman ; Linux puisqu’il y a un certain Linus Torvalds qui, à un certain moment, a libéré un noyau. Je ne vais pas entrer dans des explications informatiques, le noyau c’est, en gros, ce qui permet de faire tourner les codes sources. Certains disent Linux tout court. Non ! C’est GNU/Linux, parce que s’il y avait Linux tout court il n’y aurait pas les logiciels libres.

Thierry : C’est quoi l’équivalent de GNU/Linux en non-libre ?

Véronique Bonnet : C’est ce qu’on appelle Windows par exemple, c’est-à-dire des systèmes préinstallés, opaques, qu’on ne peut pas étudier sauf à faire de la rétro-ingénierie – là aussi c’est très compliqué – qui sont verrouillés pour qu’on ne puisse pas les modifier et même pas les enlever. Il y a un phénomène qu’on appelle la vente liée, là il est compliqué d’acheter des ordinateurs qui ne soient pas équipés par exemple de Windows. Si on essaie de l’enlever il y a souvent des dispositifs logiciels qui le rendent très compliqué. Heureusement, on trouve des distributeurs d’ordinateurs sans aucune distribution préinstallée ce qui permet d’installer soit Debian soit Ubuntu au moins. Il y a beaucoup de distributions. Étant donné que comme il y a une ouverture du code, il peut y avoir plusieurs communautés d’informaticiens qui vont donner au code source telle infléchissement, qui vont plutôt lui donner un profil de bureautique, qui vont plutôt favoriser tel usage. Je dirais que c’est la richesse aussi du logiciel libre parce qu’à partir du moment où on ne verrouille pas par copyright le code source il peut y avoir une inventivité, une inventivité en plus respectueuse de ceux qui n’y voient pas – il y a des solutions logicielles avec le clavier – de ceux qui ont du mal à entendre, de ceux qui ont du mal à voir.
Je dirais qu’à partir du moment où on met l’utilisateur au centre et non pas combien ça rapportera, je reviens à mon propos, on est dans un usage qui n’est pas solitaire, dans un usage qui est toujours communautaire, puisque non seulement on est redevable aux communautés des informaticiens du Libre, mais, par nos usages, on peut faire des reports de bugs, on peut dire que telle chose a échoué quand on a voulu l’utiliser avec ça et c’est vrai que ces reports de bugs sont très précieux pour la communauté. C’est-à-dire qu’on peut aussi être dans une adhésion à cette cause simplement en disant ce qui se passe quand on utilise et en quoi on a été arrêté puisqu’il faut absolument que le logiciel puisse être exécuté. Donc là, Debian, Ubuntu va tout faire pour penser, à partir de ces obstacles qui sont apparus, comment implémenter autrement telle fonction, comment récrire du code.

Thierry : Simplement, pour que nos auditeurs comprennent bien, quand tu parles de distributions et que tu évoques Debian9 et Ubuntu10, ce sont des distributions qui sont construites autour du noyau GNU/Linux ?

Véronique Bonnet : Absolument. Ce sont des distributions de GNU/Linux.

Thierry : Ce sont des alternatives à Windows ou au système d’exploitation d’Apple.

Véronique Bonnet : Absolument.

Thierry : Tu nous as bien expliqué que l’utilisateur est au centre du logiciel libre contrairement au logiciel non-libre où là le but est, pour le dire simplement, de faire de l’argent, de trouver un marché porteur et de gagner de l’argent. Des entreprises comme Microsoft et Apple ont pour but premier de gagner de l’argent. Je tiens vraiment à insister sur le fait que le but premier de ces grandes entreprises n’est pas d’améliorer le sort commun, d’améliorer la condition humaine, mais c’est de faire de l’argent et de rémunérer, entre autres, leurs actionnaires, surtout leurs actionnaires.
Donc cet utilisateur qu’on met au centre passe par cette notion de communauté dont tu nous as parlé. Même si je ne connais pas le code source, même si je suis incapable de lire le code source, je peux faire partie d’une communauté et faire part de mes impressions, de mes retours suite à l’utilisation d’un logiciel.
Est-ce qu’on peut essayer d’être très concrets ? Tu nous as parlé de distributions alternatives à Windows. Ayant fait l’expérience du passage du logiciel non-libre au logiciel libre, je sais qu’il ne faut surtout pas commencer par changer de système d’exploitation. Il ne faut surtout pas commencer par installer de but en blanc un Debian ou un Ubuntu. C’est quand même une manipulation non pas réservée aux informaticiens, loin de là, mais une manipulation qui nécessite un minimum de connaissances, un minimum d’apprentissage.
Par quoi est-ce qu’on commence ? Imaginons qu’on ait un auditeur qui se dise « tiens le discours de Véronique sur l’autonomie est intéressant – on essaiera de bien faire le lien entre autonomie et logiciel libre après ça – le discours sur l’autonomie, la liberté, le logiciel libre, m’a convaincu. Qu’est-ce que je peux faire moi qui suis un utilisateur lambda de l’informatique ? » Quels sont les premiers pas que tu me conseilles de faire pour essayer de passer au logiciel libre, donc essayer de gagner un peu plus de liberté dans mon utilisation des outils numériques ?

Véronique Bonnet : Ce que je conseillerais à quelqu’un qui n’est vraiment pas informaticien et même qui répugne à télécharger certaines fonctionnalités, soit d’aller à la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette le premier samedi de chaque mois. Il faut aller dans l’Agora, au Carrefour Numérique, c’est en sous-sol. C’est le samedi après-midi. C’est mieux d’abord de s’inscrire, c’est-à-dire d’aller sur la page 1er samedi11, il y a une page qui s’appelle premier-samedi.org et dire que ce samedi-là, vraiment tous les premiers samedis de chaque mois, que ça soit un jour férié, que ça soit pendans des vacances, peu importe, c’est toujours le premier samedi de chaque mois, il va y avoir des bénévoles, il va y avoir des libristes qui vont déjà demander « voulez-vous que nous installions totalement une distribution GNU/Linux de votre choix en supprimant complètement Windows ou Apple ou est-ce que vous voulez, si ceci vous rassure, une installation ce qu’on appelle le dual-boot ; c’est un bureau qui permet au choix d’utiliser Windows ou Apple ou Debian ou Ubuntu.
C’est vrai que moi j’avais commencé par le dual-boot. En fait, dès que les logiciels libres ont été installés, je n’ai pas continué à utiliser Windows, mais ça peut rassurer.
Il y a une chose qui est prudente, d’ailleurs c’est indiqué sur le Premier Samedi du Libre, il est important de faire une sauvegarde sur un disque dur externe de tel document qu’on a, des vidéos, de ce qu’on a sur son ordinateur, parce qu’il peut y avoir encore une fois, et ça fait partie de cette vente liée, des complications, des verrous qui peuvent éventuellement, lorsqu’ils sont ôtés, endommager certains documents. Donc il est toujours préférable de faire une sauvegarde avant d’annoncer sa venue, de s’inscrire.
Là, la personne qui vous prend en charge vérifie votre volonté, dual-bootou pas dual-boot, vérifie que c’est un système de distribution très intuitif que vous voulez – Ubuntu c’est très intuitif.

Thierry : Je confirme.

Véronique Bonnet : Debian un peu moins, encore moins intuitif ça peut être Trisquel12 par exemple. Une fois que ceci est bien clair, il y a donc un groupe de libristes qui s’emploie non seulement à désinstaller/installer, ou désinstaller/partiellement installer, mais en plus qui montre la prise en main, qui familiarise avec les boutons qui sont à utiliser pour obtenir telle suite bureautique également libre.

Thierry : Est-ce que ce ne serait pas quand même plus simple d’orienter aussi des auditeurs vraiment novices sur des logiciels qu’on installe sur des distributions avant les inciter à changer de distribution.
Tu parlais justement d'une suite bureautique, il y a notamment LibreOffice13 qui est l’équivalent de Microsoft Word, en Libre, et qui peut s’installer en parallèle.

Véronique Bonnet : Calc à la place d’Excel. Il y a absolument tous les équivalents.

Thierry : On n’est même pas obligé de désinstaller Microsoft Word avant d’installer LibreOffice.

Véronique Bonnet : Ça dépend. De toute façon LibreOffice permet de produire des documents en Word, permet de produire des .doc, permet de produire des xls si on le souhaite, lorsque tel format est parfois imposé par l’administration, malheureusement !

Thierry : Là je me rends compte qu’il manque un argument pour me convaincre. OK, je peux accéder au code source. Je ne sais pas le lire, je peux faire partie d’une communauté qui peut m’écouter, écouter mes ressentis, mes impressions et prendre en compte mes remontées de bugs. Très bien ! Mais en réalité, en dehors de ça, pourquoi est-ce que je m’ennuierais à sortir de mon confort ? Que ce soit sur mon téléphone ou sur mon ordinateur pur et simple, pourquoi est-ce que je ne me contenterais pas, même si je sais que je n’ai pas accès au code, des outils très confortables qu’on met à ma disposition ?

Véronique Bonnet : Très confortables un certain temps, parce que tout ce qui est sous copyright est souvent saturé d’obsolescence : il faut passer à telle version, telle version n’est plus entretenue, n’est plus maintenue, il faut passer à une autre.

Thierry : On en revient un petit peu à la notion de recyclage, de réutilisation qu’on a évoquées au début.

Véronique Bonnet : Justement pas, puisque là on est obligé, par exemple si tel document ne peut plus être utilisé parce qu’il y a eu une obsolescence du logiciel propriétaire, de payer à nouveau pour télécharger la nouvelle version du logiciel, sinon qu’est-ce qu’on fait ? On jette l’ordinateur ?
Il me semble qu’il serait intéressant pour les auditeurs de faire également le lien avec ce qu’on appelle l’économie circulaire dans le registre du développement durable. Si on a des logiciels propriétaires, s’il y a des verrous logiciels qui empêchent d’installer par exemple sur un ordinateur ancien des logiciels libres, on va jeter l’ordinateur.
Avec le logiciel libre, et c’est justement c’est mon troisième lien avec le 18e arrondissement et là je vais parler de la rue Dimey, parce que non seulement rue Dimey il y a le studio d’enregistrement de l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune mais je sais qu’il y a un atelier [Antanak14, NdT], je ne sais plus le numéro de la rue [18, rue Dimey] je pourrais le donner pour les auditeurs, qui récupère des ordinateurs qui ont déjà un certain âge, dont les logiciels propriétaires ne sont plus opératoires, et qui va les reconditionner pour que les étudiants, pour que les personnes qui ont peu de ressources puissent accéder à des outils de travail qui sont très importants.
Je pense aussi à une autre association qui s’appelle Emmabuntüs15 – Emmaüs, Ubuntu – qui a été au début dans la banlieue parisienne, qui ensuite s’est affirmée, qui maintenant travaille pour le Congo puisque là aussi il y a des besoins criants en informatique. Donc je dirais que c’est un cercle vertueux puisqu’avec le logiciel libre on peut non seulement le mettre à jour, c’est très facile, vous avez des boutons très simples qui permettent de mettre à jour, qui permettent d’implémenter de nouveaux logiciels ou de nouvelles versions qui ont supprimé des bugs. Il y a, je ne dirais pas un confort mais une simplicité de bon aloi et un cercle vertueux puisque non seulement on ne jette plus les ordinateurs, non seulement on les reconfigure, et cette reconfiguration est sans obsolescence, il n’y a pas d’élément toxique dans le code source ; on peut effectivement tout à fait programmer une imprimante pour qu’elle arrête de fonctionner au bout de la 10 000e copie. On peut faire ça !

Thierry : Ça s’est vu.

Véronique Bonnet : Il y a des gens qui font ça.

Thierry : Il y a eu plusieurs cas !

Véronique Bonnet : Comme il n’y a pas de toxicité et comme il y a un respect puisqu’il faut que le programme puisse être exécuté, c’est la première des libertés, il y a cette économie circulaire qui a conduit, ça a été aussi un grand moment pour l’April, au moment de la visite de Brune Poirson qui est donc la secrétaire d’État au développement durable, c’était dans le laboratoire de la Fnac à Massy, qui a pu s’entretenir d’un nouveau critère dont il a été question récemment au Sénat, l’indice de réparabilité, la notion de réparabilité logicielle. Ça concerne non seulement les fonctions, puisqu’on peut mettre à jour, on peut implanter de nouveaux logiciels, mais je dirais le hardware, le matériel lui-même. Ça s’est déjà vu que certains ordinateurs étaient très compliqués à ouvrir, étaient vraiment très compliqués, il y a des vis qui ne se remettent pas, il y a des boutons qui s’enfoncent, on ne peut pas remplacer un bouton par un bouton. Donc de plus en plus précisément on va demander maintenant aux fabricants eux-mêmes de faire en sorte qu’il y ait une facilité d’ouverture, d’entretien, effectivement ça ne se fait pas nécessairement par l’usager lui-même, il peut apporter à telle antenne de tel magasin son ordinateur. Je dirais que la réparabilité est dans l’ADN du logiciel libre lui-même, je ne parle plus du matériel, parce que par le logiciel libre on peut redonner vie à un ordinateur qui n’en a plus.

Thierry : On vient de faire une boucle avec le début de l’émission. On est revenu à cette notion de recyclabilité ou de recyclage ce qui, je trouve, est beau. OK ! On a fait le lien entre logiciel libre et recyclage, économie sociale et solidaire, on a établi une opposition entre logiciel libre et obsolescence programmée. Mais je me rends compte qu’on a un petit peu oublié cette phrase que tu as citée en parlant de Tocqueville, « l’État dégrade sans brutaliser. »

Véronique Bonnet : J’allais précisément y revenir.

Thierry : Tu allais précisément y revenir ! C’est parfait. Nous ne sommes pas sur un plateau de télévision, mais nous sommes en presque direct et je vais te demander justement en revenant à cette citation de Tocqueville de bien vouloir synthétiser un petit peu tout ce qui s’est dit. Normalement je suis censé te demander aussi la définition de la liberté, mais on n’a pas arrêté de parler de liberté donc voilà. Est-ce que tu pourrais nous synthétiser tout ça en revenant vers cette dégradation par l’État sans brutalité ?

Véronique Bonnet : Bien sûr.
Je dirais qu’à partir du moment où un outil aide celui qui l’utilise à grandir, à être de plus en plus exigeant avec ce qu'il fait dans son rapport aux autres, ce qu’il fait dans son rapport à la nature — certes on peut dire que ça va dans le sens de nos intérêts, on peut dire que ça participe à notre confort —, mais je dirais que là, le véritable confort, c’est le plaisir de savoir ce qu’on fait quand on le fait, de savoir que ce qu’on fait peut être une boucle entre tout ce travail des informaticiens qui contribuent à réaliser des logiciels libres, nous-mêmes, et tous les autres auxquels non seulement nous pouvons parler de logiciel libre, auxquels non seulement nous pouvons donner des pistes pour utiliser de façon plus intéressante, plus créative les logiciels libres, mais aussi dans notre rapport à la nature elle-même. Si nous sommes soigneux du fait de cette recyclabilité – j’ai beaucoup évoqué la recyclabilité des idées philosophiques, parce que finalement ce logiciel libre vient en droite ligne aussi bien des mises en garde de Tocqueville, des mises en garde de La Boétie –, mais aussi recyclabilité, d’une certaine façon, de notre rapport aux autres. C’est-à-dire ne pas être simplement en posture de receveur, être parfois et beaucoup en posture d’inventeur. Le logiciel libre, par sa communauté, propose beaucoup de tutoriels, propose aussi des œuvres d’art qui ont été réalisées avec certains logiciels. Je dirais que ceci participe d’une humanité qui est inspirée, qui ne se laisse pas aller, qui peut être forte parce qu’elle sait bien qu’on essaiera éventuellement de l’endormir ou de l’accoutumer à des manières de faire qui sont plus faciles dans le court terme, mais qui vont être très compliquées dans le moyen et le long terme.

Thierry : Est-ce que tu aurais un exemple concret ?

Véronique Bonnet : Bien sûr. Si on jette des ordis, et on en voit vraiment beaucoup sur les trottoirs, si on est dans la course au portable dernier cri parce que ça se fait, et là on ne se fait pas remarquer, on fait comme les autres, il me semble qu’on est dans un laisser-aller qui dégrade, c’est vrai peut-être sans brutaliser, mais je dirais que la violence est sous-jacente, puisque non seulement on se laisse empoisonner par des codes sources qui sont toxiques.

Thierry : C’est-à-dire ?

Véronique Bonnet : On peut très bien, si on utilise des logiciels propriétaires, être contraint de croire qu’on efface des traces mais de laisser des traces. Non seulement dans les logiciels propriétaires, on ne peut même pas – il y a beaucoup de récits de Richard Stallman sur cela – en droit, pour dépanner quelqu'un, prêter un ordinateur avec des logiciels propriétaires, théoriquement on ne peut pas le faire puisqu’il y a un contrat qui est très réducteur, encore moins essayer de distribuer des logiciels ou de distribuer tel élément qui a des verrous logiciels à d’autres. On ne peut pas le faire et, en plus, on fait du mal à la nature.

Thierry : Oui. Ce que je comprends de ton point de vue, de ton discours, c’est que la dégradation sans brutalité de la part de l’État sur l’individu, sur le citoyen, au travers des outils numérique, est une dégradation surtout au niveau de la relation de l’individu par rapport à la nature, avec le monde et par rapport aux autres, à la sociabilité.

Véronique Bonnet : Aux autres et même à lui-même.

Thierry : Véronique, j’ai envie de dire que tu es vraiment une drôle de citoyenne. Je trouve très original de faire ce lien entre philosophie, recyclage, recyclabilité et informatique, outils numériques.
L’heure est arrivée de sonner la fin de cette émission. Y a-t-il juste une dernière chose que tu aurais aimé dire et que tu as l’impression de ne pas avoir dite ?

Véronique Bonnet : À propos des sens péjoratifs de citoyenne. C’est vrai qu’il y a une comédie d’Aristophane qui s’appelle L'Assemblée des femmes. C’est la catastrophe, Athènes a une démocratie de plus en plus dégradée, c’est épouvantable, on ne sait même plus quoi faire et qu’est-ce qu’on fait ? Il y a une idée, tiens, si on donnait le pouvoir aux femmes ? Comme elles vont vouloir imiter les hommes ça ne sera pas très glorieux non plus, elles vont faire beaucoup de bêtises, chaque fois que quelqu’un fera une objection elles répondront par un nouveau décret tout à fait intolérable, insoutenable. Ce que j’ai envie de dire c’est que plutôt que de parler de féminisme, actuellement c’est très mal vu dans la culture de faire appel à des traditions qui appartiennent à une autre, il me semble qu’il est important de parler pas simplement du droit à la différence mais du droit à un accès égal à la pensée et à un accès égal aux outils de la pensée dont l’informatique fait partie et pour cela je parlerais d’humanisme.

Thierry : Merci beaucoup Véronique. Merci chers auditeurs de nous avoir suivis. Merci Léa.
Nous vous invitons à rester à l’écoute de Radio Barbès et on vous dit à très bientôt.

Les podcasts « Libre à vous ! » pour accompagner votre été !

APRIL - ven, 07/03/2020 - 14:00

Les vacances approchent, vous allez peut-être voyager, vous balader ou simplement vous livrer à un doux farniente. Pour accompagner votre été que diriez-vous d'écouter (ou réécouter) des podcasts de Libre à vous !, l'émission de l'April sur radio Cause Commune.

"

À votre disposition soixante-dix émissions, et 5 émissions musicales, découpées en plusieurs sujets disponibles individuellement (d'une dizaine de minutes à une heure), pour en apprendre plus sur les enjeux du libre, sur les actions de l'April, et comment agir avec elle ! Sur un chemin de randonnée, dans votre lit, au camping au ailleurs, « bref, c'est Libre à vous ! ».

Au programme : les actions et le fonctionnement de l'April, l'Éducation nationale, les services libres et loyaux, l'achat de matériel, le financement de projets, la Gendarmerie nationale, l'ANSSI, les stratégies logiciel libre d'entreprises, les femmes et l'informatique, les espaces publics numériques, logiciel libre et collectivités, entreprises, associations, le métier du développement logiciel libre, téléphonie mobile et libertés, les distributions GNU/Linux, l'Open Bar Microsoft/Défense, les GULL (Groupes d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciel libre), la directive droit d'auteur, les données publiques, Wikipédia, Framasoft, Open Food Facts, OpenStreetMap, les DRM (menottes numériques)… et les chroniques de notre équipe.

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Bonne écoute et bonnes vacances à celles et ceux qui en prennent.

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C'est quoi un podcast ?

Un podcast audio est un fichier numérique, disponible sur Internet, permettant d'écouter son contenu (une émission de radio par exemple) n’importe où et n’importe quand.

En vous abonnant au flux de données du podcast, toutes les nouvelles diffusions sont notifiées automatiquement sur votre appareil de lecture (ordinateur, téléphone mobile…). Et vous pouvez écouter le contenu et aussi le télécharger.

Comme lecteur, vous pouvez par exemple utiliser GPodder, qui est disponible sur plusieurs plateformes. Wikipédia propose une liste de lecteurs.

Tous les podcasts (par émission et par sujet), également disponible sur cette page avec un aperçu du programme des émissions

Émission « La playlist de Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (7 juillet 2020)

APRIL - ven, 07/03/2020 - 09:50
Start: 7 Juillet 2020 - 12:00End: 7 Juillet 2020 - 13:00

Sixième émission spéciale La playlist de Libre à vous ! en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 7 juillet 2020 de 12 h à 13 h. Nous diffuserons certaines des musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques seront commentées par Valentin qui co-anime deux émissions sur la radio (Les joyeux pingouins en famille et Saturday night fraîcheur).

Intervenir pendant le direct (mardi 7 juillet 2020 de 12h à 13h) :

Écouter le direct mercredi 7 jullet 2020 de 12 h à 13 h   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 2 juillet 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

APRIL - jeu, 07/02/2020 - 15:02
Start: 2 Juillet 2020 - 17:15End: 2 Juillet 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas). Dans la période actuelle, les réunions ont lieu à distance.

La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation aura lieu jeudi 2 juillet 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment.
Nous allons notamment réfléchir à la formulation de nouvelles questions pour le projet quiz enjeux de l'informatique.

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo

Quiz enjeux de l'informatique

C'est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Les questions, du type QCM ou vrai/faux, sont au cœur de l'expérience de sensibilisation dans le Jeu du Gnou (voir ci-dessous). En même temps, elles constituent une ressource de sensibilisation à part entière et pourront être utilisées et partagées dans beaucoup de contextes différents (stands, ateliers, sites web, etc.).

Le pad avec les questions déjà (ou presque) finalisées (à partir de la ligne 83).

Le pad pour proposer de nouvelles questions.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 23 juin 2020

APRIL - mer, 07/01/2020 - 11:04


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 23 juin 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Véronique Bonnet - Isabelle Carrère - Joyce Markoll - Isabella Vanni - Frédéric Couchet - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 23 juin 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide »
  2. Le réemploi informatique, le reconditionnement pour la réutilisation avec Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique
  3. Chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son retour d'expérience concernant la recherche d’un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Le réemploi informatique ou, autrement dit, le reconditionnement pour la réutilisation, ce sera le sujet principal de l’émission du jour, avec également au programme une chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide » et aussi la chronique d’Isabella Vanni sur son retour d’expérience sur la recherche d’un outil adapté pour les projets de notre groupe de travail Sensibilisation.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France. En FM c’est de midi à 17 heures puis de 21 à 4 heures en semaine, du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures et c’est 24 heures sur 24 en DAB+ et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April c’est april.org et vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.

Nous sommes mardi 23 juin 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Je précise que l’émission est diffusée dans des conditions exceptionnelles suite à la situation sanitaire en France. Toutes les personnes participent depuis chez elles. D’un point de vue technique nous utilisons l’outil d’audioconférence Mumble, mais la qualité finale dépend fortement des conditions matérielles de chaque personne. Nous vous prions donc de nous excuser pour la qualité audio moins bonne par rapport à la qualité habituelle des émissions diffusées depuis le studio de la radio.

Si vous voulez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide »

Frédéric Couchet : Une lecture d’informations et de mise en perspective de la philosophie GNU, c’est la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l’April.
Bonjour Véronique.

Véronique Bonnet : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : GNU c’est le projet fondateur du logiciel libre, le site c’est gnu.org, et le thème du jour de ta chronique est « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide ».

Véronique Bonnet : En effet, c’est un texte qui a été très récemment traduit par Trad-Gnu de l’April à partir de Saying No to unjust computing even once is help. Si tu veux bien, Fred, je vais commencer par un bref détour au 6e siècle avant notre ère, en Grèce, chez un certain Pythagore. Pythagore c’est celui qui a inventé le mot, le néologisme « philosophie », parce qu’il voulait s’opposer aux sophistes qui étaient des affairistes et je dirais qu’il était libriste à sa manière puisqu’il défendait la cause de l’autonomie, de la réflexion. Il ne voulait pas du prêt à penser. Il voulait aussi bien que les mathématiciens que les philosophes se fassent des objections à eux-mêmes, s’interrogent. Voilà ce qu’il dit : « Les deux mots les plus brefs et les plus anciens, oui et non, sont ceux qui nécessitent, pour être prononcés, le plus de réflexion ». Il faut y réfléchir à deux fois avant de dire oui, avant de dire non.
C’est vrai que dans l’enfance il y a une période où on dit non à tout, pour s’affirmer, systématiquement on dit non.
En grandissant, c’est vrai que dans la vie sociale et professionnelle on a intérêt à dire plutôt oui, à devenir consentant, et c’est vrai que le bouton « Accepter » de nombreux sites fait des utilisateurs qui n’ont pas regardé ce à quoi ils s’engageaient, d’une certaine façon, ceux qui disent toujours oui.

L’informatique propriétaire voudrait nous transformer en utilisateurs consentants ou même nous ôter tout choix, faire en sorte que nous n’ayons plus notre mot à dire et on sait bien que qui ne dit mot consent.
Richard Stallman, celui qui a dit non en 1983 aux atteintes aux libertés des utilisateurs, commence dans le texte sur lequel porte la chronique par évoquer l’objectif à atteindre pour examiner ensuite des moyens. On est toujours dans le cadre que j’ai déjà évoqué de l’idéalisme pragmatique. On commence toujours par être intransigeant sur le but, l’autonomie des utilisateurs, pour ensuite se demander, dans tel contexte en particulier, comment faire avec les outils. Je lis le début du texte : « Notre but final est la liberté numérique pour tous, un monde sans logiciel privateur. »
C’est vrai que parmi les libristes il y a ceux qui se fixent le but, comme Richard Stallman, et ceux qui sont dans un refus systématique, sans compromis, de l’informatique injuste, ce qu’explique Richard Stallman : « Certains d’entre nous, qui avons fait de la campagne pour la liberté numérique notre but, rejettent tous les logiciels privateurs. »
Pour autant, est-ce qu’il faut dédaigner les efforts de ceux qui disent non à un logiciel, à un usage, pas toujours, pour commencer, pour essayer, pour voir, pour suivre les conseils que peut par exemple donner l’April ? Là, Richard Stallman fait l’hypothèse que tout rejet qui va dans un sens émancipateur est bon à prendre. Il y a un malentendu qui voudrait que ça soit tout ou rien ou encore que l’informatique libre soit à prendre ou à laisser globalement. Or, dire non de temps en temps peut être une aide. Voilà l’argumentaire : « Toutefois, en pratique, même un petit pas dans cette direction est bon à prendre. Une marche d’un millier de kilomètres est faite de nombreux pas. »
On est à la fois dans un optimisme, chaque pas a un effet, chaque fois qu’on dit non à Zoom, chaque fois qu’on dit non à un logiciel privateur alors quelque chose se passe, ne serait-ce que dans l’esprit de celui auquel on dit non parce qu’on va l’expliquer, on va dire pourquoi si on entre dans cet engrenage alors il va y avoir des effets désagréables pour nous. Et, en même temps, Richard Stallman évoque une marche d’un millier de kilomètres. Bien sûr la tâche est lourde. Si vous êtes pris dans une toile de logiciels privateurs vous cherchez sans doute un moyen d’en retirer quelques fils de votre corps. Retirer quelques fils de votre corps. Ceci impacte notre personnalité même, notre être, ce qui est le plus intime, ce qui est le plus subjectif est affecté par les logiciels privateurs. Donc il faut retirer les fils, il faut éviter que cette toile de l’araignée ne nous concerne tout entier.
C’est vrai que savoir dire qu’on ne se connectera pas avec Zoom ou Skype pour alerter les autres de cette toile de l’araignée qui noue ses fils pour s’emparer des données, c’est faire avancer l’autonomie. WhatsApp, Facebook, Slack, Google Docs peuvent faire l’objet de refus ponctuels mais qui sont déjà constructifs. Idem pour Eventbrite, Meetup et c’est vrai que parfois il y a des effets de groupe qui font que si on est le seul à dire « non, désolé, on ne pourra s’inscrire à cet événement parce qu’il faut passer par Eventbrite » ou alors si on est le seul à dire « eh bien non, on ne pourra pas assister à cette réunion parce que, pour ça, il faudrait se connecter à Zoom et qu’on n’en a aucune envie », il est important, et là c’est le texte qui continue, « d’adopter une fermeté bienveillante » parce que « les refus s’additionnent », se renforcent. Faire remarquer que tel logiciel peut avoir des effets indésirables est certainement plus compliqué que dire oui directement. Peut-être que si on a réussi à dire non, on pourra dire non une seconde fois, ce sera plus simple que de le dire la première fois.
On voit que Richard Stallman désigne ici toute une série de logiciels et de plateformes dont les noms paraissent inoffensifs et positifs pour une grande partie de la population. Ce qui veut dire que chaque non, même s’il est isolé, même si c’est pour voir ce que ça fait quand on refuse d’entrer dans ce jeu, a un effet qui est intense – déjà il peut surprendre, déjà il va y avoir quelque chose d’un peu surprenant de la part de celui qui renonce à des outils qui ont l’air si anodins, si conviviaux et si utiles – et il est certain qu’il faut mettre les formes. Par conséquent, dites à quelqu’un « merci de m’avoir invité mais ou Skype ou WhatsApp est un programme liberticide qui épie ses utilisateurs… Je veux vivre dans un monde différent, et en refusant d’utiliser ce programme aujourd’hui, je fais un pas dans ce sens. »
C’est vrai que c’est encore mieux si on peut faire une contre-proposition et c’est vrai que pendant ces mois où je faisais cours à distance à mes étudiants il m’est arrivé plusieurs fois de proposer des alternatives libres. C’est vrai que si on est capable de faire une contre-proposition, si on est capable de dire à l’autre qui nous interpelle « si je n’utilise pas Zoom, qu’est-ce que je peux faire ? », il est certain que là l’autonomie, la cause de l’autonomie, avance encore davantage. Si on est capable de dire à l’autre que si nous avions cette conversation sur un autre logiciel, je pourrais me joindre à vous, c’est un premier pas et après il y en aura un autre et puis un autre.
Dire que c’est pour respecter soi-même, c’est dire à ceux auxquels on dit non qu’on les respecte, que s’ils font comme nous alors ils se respecteront eux-mêmes encore davantage. D’où cette conclusion : « Non seulement vous aurez gagné en liberté, mais vous aurez également aidé votre communauté en lui faisant prendre conscience de cet enjeu. »
Donc allez sur le Chapril, utilisez le Mumble de l’April, le Jitsi de l’April.
Il se trouve que l’un des slogans de l’April a été Liberté je code ton nom. Fred, je ne sais pas ce que tu en penses et bien sûr tu peux me dire non, moi je dirais volontiers : liberté, dans mes pratiques et dans mes usages, en ton nom, j’essaye dans la mesure du possible, le plus souvent, de dire non à ce qui me dépossède de moi-même. Et c’est pourquoi il est bien d’avoir toujours en tête un logiciel alternatif. Se tenir tout à fait au courant de ce qui, dans le monde du logiciel libre, avance, permet des supports pédagogiques qui ne sont pas offensifs, qui ne sont pas dangereux pour nos étudiants et non seulement Liberté je code ton nom, mais, en ton nom, je n’hésite pas à dire non.

Frédéric Couchet : Véronique je suis tout à fait d’accord. C’est une belle conclusion de chronique.
Tu cites le Chapril, le site c’est chapril.org. Vous y trouverez des services libres et loyaux que vous pouvez utiliser librement. Par exemple, actuellement nous utilisons un serveur Mumble qui est un serveur d’audioconférence. Vous pouvez utiliser le même sur le Chapril si vous avez envie par exemple de faire des conférences ou simplement des discussions. Jitsi c’est de la visioconférence. On a reçu le créateur de Jitsi il y a quelques semaines dans Libre à vous !, vous retrouverez les podcasts sur causecommune.fm et sur april.org.
Tu as également cité Trad-Gnu. Trad-Gnu est un de nos groupes de travail qui traduit la philosophie GNU. Les textes qui sont en anglais sur gnu.org sont traduits en français. N’hésitez pas à rejoindre ce groupe, c’est un groupe qui est ouvert à toute personne, vous retrouverez les références sur april.org et causecommune.fm de la même façon. Nous en reparlerons la semaine prochaine lors de l’émission consacrée à l’April, la deuxième édition de « Au cœur de l’April ».
Véronique, je te remercie pour cette belle chronique qui clôt la saison 3, en tout cas pour tes chroniques et on se retrouve à la rentrée pour la saison 4 des chroniques « Partager est bon ».

Véronique Bonnet : Avec grand plaisir Fred. Très bonne journée à toi.

Frédéric Couchet : Bonne journée. Passe un bel été.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Grand Orrery par StellarDrone. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Grand Orrery par StellarDrone.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Grand Orrery par StellarDrone, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Je précise que StellarDrone est un compositeur originaire de Vilnius en Lituanie. Le site auboutdufil.com sur lequel on a trouvé cette musique nous dit que « cet artiste n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il a déjà composé une dizaine d’albums dans le genre depuis 2007. On pourrait qualifier son style musical de drone ambiant ou encore soundscape, sous-genre de la musique électronique », je cite auboutdufil.com. N’hésitez pas à consulter ce site pour trouver de la musique libre de qualité.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer maintenant au sujet principal.

[Virgule musicale]

Le réemploi informatique, le reconditionnement pour la réutilisation avec Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique

Frédéric Couchet : Notre sujet principal va porter sur le réemploi informatique avec nos deux invitées, Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique. Isabelle, Joyce vous êtes bien avec nous ?

Isabelle Carrère : Absolument.

Joyce Markoll : Oui, je suis là.

Frédéric Couchet : OK. Super. Je précise en introduction que Isabelle d'Antanak anime aussi des émissions sur Cause Commune, notamment Un coin quelque part, je crois que ce sont les deuxième et quatrième lundis à 14 heures, en tout cas vous trouverez évidemment toutes les informations sur le site causecommune.fm, donc Isabelle est une collègue de radio et les locaux d’Antanak sont situés juste à côté des studios de la radio même si aujourd’hui, comme je l’ai expliqué en introduction, on intervient chacun de chez soi sauf Isabelle qui est au studio exceptionnellement.
On va parler aujourd’hui de réemploi informatique. J’emploie ce terme-là même si très rapidement je pense qu’Isabelle va employer un autre terme.
Si vous souhaitez participer à notre conversation ou poser des questions, n’hésitez pas à venir sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat », salon #libreavous.
Première question, on va commencer par Isabelle, une présentation personnelle et un petit peu de la structure en quelques mots. Isabelle Carrère.

Isabelle Carrère : Merci beaucoup Fred de cette invitation, je suis ravie d’être parmi vous aujourd’hui.
Présentation de l’association. Antanak est une petite asso qui est dans sa sixième année d’existence. Je suis vraiment très contente de ce qu’on vient d’entendre, de ce que Véronique a dit, a décrit dans sa chronique, juste avant la musique, parce que c’est un des axes vraiment très fort au moment de la création d’Antanak : j'aime l’idée de l’idéalisme pragmatique, d'une part, et la capacité à dire oui et non. La question du discernement que tout un chacun, chacune peut avoir en face des outils ou de la technologie ne peut se faire que s’il y a une vraie appropriation. L’appropriation du numérique par tous et toutes est un des axes essentiels d’Antanak, le second étant la lutte contre l’extractivisme forcené et les D3E [déchets d'équipements électriques et électroniques], on y reviendra, le tout soutenu évidemment grâce au Libre qui permet tout ça. Voilà, pour faire bref. Donc c’est une association de quartier mais qui voit venir vers elle des tas de gens de beaucoup plus loin, avec diverses activités qu’on pourra développer un peu plus tard.

Frédéric Couchet : Merci. On précise que le quartier c’est le quartier du 18e, rue Bernard Dimey, juste à côté des studios de la radio. On y reviendra.
De ton côté, Joyce Markoll, de l’Atelier Orditux Informatique.

Joyce Markoll : J’ai 61 ans, j’ai commencé à utiliser un ordinateur au quotidien à 40 ans passés. L’ordinateur m’a bien embêtée au début. J’ai mis tous les problèmes sur le compte du système. J’ai décidé de passer à Linux dont j’avais entendu dire que c’était stable, que c’était fiable, que c’était un truc pour les professionnels. Je me suis dit professionnels, je ne vois pas trop ! Un jour je me suis retrouvée dans un magasin de la presse en train d’acheter deux magazines Linux (GNU/Linux) et grâce aux communautés du logiciel libre en ligne je me suis retrouvée trois mois plus tard sous une distribution Linux. Par la suite j’en ai essayé plusieurs pour des raisons différentes, par curiosité, par goût de la découverte, pour essayer d’avoir quelque chose qui corresponde mieux à mes ordinateurs et je me suis mise à en reconstruire.
Entre temps j’ai évolué, j’ai eu des opportunités de rendre des services, des prestations de services numériques et informatiques. J’ai toujours gardé en tête que le Libre ce n’est pas juste de la sécurité, de la stabilité, ce sont aussi des gens qui s’entraident de manière spontanée et naturelle au travers de la toile et en réel. J’ai assisté à des rencontres in situ, dans un garage au début, en Bourgogne, c’était une fois par mois le dimanche. J’ai assisté à des rencontres à diverses reprises dans diverses conditions, une fois dans un écovillage. Je m’intéressais, j’avais un diplôme en bio fraîchement acquis, agriculture bio. Et puis, au fil du temps, j’ai complètement plongé dans la marmite. Il y a deux ans, après avoir été plusieurs années free-lance en portage salarial toujours dans le service informatique et numérique orienté, fortement orienté logiciel libre, je me suis installée à mon compte en 2018. J’ai pu dépanner beaucoup plus de gens, en faire passer beaucoup plus au Libre. J’ai aussi initié et cocréé l’association Linux Ariège en 2016. L’association a eu un temps où ça a bien marché. Ça s’est un peu endormi à la suite de diverses problématiques – accès facile à une salle, accès à Internet – qui ont mis beaucoup de temps à se résoudre et puis beaucoup de personnes de l’association se sont aussi retrouvées un peu trop prises par leurs activités professionnelles et personnelles. Le magasin, la boutique Atelier y a fait beaucoup pour inciter les gens à passer au Libre. Ils ont vu que ça pouvait être simple, que ça fonctionnait et c’est tout ce qu’ils veulent ; ils veulent que ce soit simple et que ça marche. C’est mon leitmotiv. Au final, quand ils s’aperçoivent que c’est simple et que ça marche, après ils posent les autres questions. Il m’est arrivé d’avoir quelqu’un qui reparte avec un PC en disant « et l’antivirus ? »

Frédéric Couchet : Joyce, je me permets de te couper. Là c’est l’introduction de présentation, on ne va pas rentrer tout de suite dans les arguments, on va y revenir après, sinon je pense que tu peux faire l’émission toute seule ce qui serait très bien, mais…

Joyce Markoll : Vas-y je t’écoute, je suis.

Frédéric Couchet : On va préciser qu'Antanak c’est dans le 18e à Paris et l’Atelier Orditux Informatique c’est à Pamiers donc au sud de Toulouse, deux régions totalement différentes.
Je vais aussi préciser que tu as souvent cité le nom Linux qui est un noyau de système d’exploitation. Nous on préfère, et la chronique de Véronique Bonnet en parle souvent, appeler le système du nom GNU/Linux parce que ça reconnaît le rôle important que joue la liberté informatique dans ce projet, dans la construction de ce système et des communautés, et ça aide le public à reconnaître l’importance pratique de ces idéaux. Je renvoie d’ailleurs à la chronique de Véronique Bonnet « L’importance d’utiliser la dénomination GNU/Linux », je crois que c’était fin avril, le 28 avril 2020. C’était juste une précision.
Maintenant on va rentrer un petit peu dans le cœur du sujet sur le réemploi informatique. Avant de parler de la partie logiciel libre qui est évidemment fondamentale pour nous, j’aimerais que vous nous expliquiez ce qu’est le réemploi informatique. Est-ce que c’est le bon terme d’ailleurs ? Quels sont les principes, quels sont les types de structures qui interviennent ? On va commencer par Isabelle Carrère. Isabelle.

Isabelle Carrère : C’est intéressant effectivement de redonner quelques définitions dans les termes parce qu’on utilise beaucoup, un peu partout, le réemploi ou bien la réutilisation et nous on parle aussi de reconditionnement et après il y a le recyclage. Ça fait beaucoup de termes tout ça.
Ce qu’on dit très souvent c’est que réutiliser ça permet, en fait, d’utiliser une deuxième fois un matériel aux mêmes fins que celles pour lesquelles il a été créé. Donc un ordinateur, si je fais un travail de reconditionnement c’est-à-dire que je le répare ou bien je change quelques pièces ou bien je change son système d’exploitation ou, etc., là je fais de la réutilisation.
Le réemploi, pour nous, ça va plutôt être d’arriver à employer à nouveau des pièces pour autre chose. D’accord ? À la limite peu importe. Ce qui est très important de voir, en tout cas ce qu’on essaye de pousser vraiment chez Antanak, c’est de dire et de promouvoir le fait que plus on arrive à réutiliser plusieurs fois de suite un ordinateur, plus on agit à la fois pour que les gens prennent conscience, toute personne puisse prendre conscience de ce qu’on n’a pas besoin d’avoir toujours le dernier appareil, dernier cri, ça dépend de l’utilisation qu’on en a. Deuxièmement, quand je parlais tout à l’heure de la lutte contre les D3E, les déchets électroniques, ça permet aussi de redonner une vie plus longue à des pièces qui, sinon, se retrouvent malheureusement dans des déchetteries à des tas d’endroits, forment des amalgames avec d’autres produits et des matériaux très rares. En fait c’est ça la vraie question, c’est d’arriver à bien connaître de quoi est fait un ordinateur, et c’est ce qu’on commence toujours par faire avec les personnes qui ont envie de suivre ces choses-là avec nous à Antanak, c’est de bien expliquer, de montrer par l’expérience, par le démontage d’une unité centrale ou d’un portable, de quoi c’est fait.

Frédéric Couchet : D’accord. Joyce est-ce que tu veux compléter sur cette partie introductive au niveau de la terminologie ou peut-être des concepts de base ?

Joyce Markoll : Je suis totalement d’accord dans les grandes lignes. L’importance de préciser que, par exemple, le recyclage c’est beaucoup plus cher sur le plan de l’écologie que le réemploi et que le reconditionnement. Rajeunir un ordinateur, rénover un ordinateur, le faire durer, c’est ce qui coûte le moins cher pour la planète, c’est aussi ce qui est le plus économique au final pour le porte-monnaie du consommateur.

Isabelle Carrère : Absolument.

Joyce Markoll : Après, au niveau du monde du reconditionnement, il faut connaître deux sites web importants qui ne sont pas si connus que ça : ordi3-0.fr qui est un site initié par un acteur du gouvernement. Ce n’est pas le gouvernement, ce n‘est pas l’État, c’est un des acteurs de l’État qui a initié cela il y a longtemps. Il y avait ordi2.0, il y a maintenant ordi3-0.fr, il y a un annuaire avec des points sur la carte de France. Cet annuaire gagnera à être encore plus fourni par le nombre de personnes qui sont donc dans le reconditionnement d’ordinateurs.
Il y a, au niveau du Web, un endroit très intéressant, planetoscope.com, où on peut lire des statistiques sur le gaspillage des ordinateurs. Les statistiques sont un petit peu anciennes, elles datent d’il y a au moins trois/quatre ans, mais c’est quand même intéressant.
Enfin, pour toutes les personnes qui, comme moi, sont installées en nom propre ou en entreprise, nous pouvons être au Commerce, nous pouvons aussi être à l’Artisanat, je suis donc aux deux, à la Chambre des métiers également. Les Chambres des métiers en France ont créé des plateformes avec également des cartographies où on peut trouver les coordonnées des personnes qui font de la réparation tous domaines confondus.

Isabelle Carrère : Joyce, du coup si je peux me permettre, si on en est à donner des adresses et des liens internet, on peut aussi citer celui qui s’appelle donordi, tout simplement, et qui permet de voir sur le territoire français notamment mais aussi ailleurs, quelles sont les structures dans lesquelles, auprès desquelles on peut se procurer, avec des moyens différents selon les modèles économiques ou pas des structures en question, des ordinateurs libérés, reconditionnés, en réutilisation et majoritairement avec des systèmes d’exploitation GNU/Linux.

Joyce Markoll : C’est donordi.fr, d, o, n, o, r, d, i point fr, c’est bien ça ?

Isabelle Carrère : C’est cela même.

Frédéric Couchet : Je vais juste vous préciser qu’on mettra toutes les références évidemment sur le site de la radio, sur causecommune.fm, pour les personnes qui ne peuvent pas noter toutes les références. En tout cas, votre échange introductif montre déjà qu’il y a différents types de structures qui interviennent sur le reconditionnement pour la réutilisation et qu’on peut trouver partout en France et même, évidemment, partout dans le monde des structures qui font du reconditionnement.
Tu voulais ajouter quelque chose Isabelle ?

Isabelle Carrère : Oui, parce que, du coup, on n’en a pas parlé, Joyce vient de parler du recyclage, pour bien expliquer là aussi. C’est important de comprendre ce qu’est le recyclage. Le recyclage c’est ce qui permet, une fois qu’on a bien séparé des matières, par exemple si j’enlève complètement tout ce qui est plastique, je le mets à part, je mets à part le métal, les objets ferreux, les autres matières, etc., là on peut recycler des matériels. Et c’est pour ça que c’est vrai, je suis d’accord avec ce que disait Joyce, c’est plus coûteux, plus cher. Beaucoup de structures, d’organismes, y compris les grandes boîtes qui s’occupent théoriquement des D3E, parfois rechignent à vraiment faire un démontage très fin, donc on se retrouve, c’est pour ça que je parlais d’amalgame tout à l’heure, avec un mélange, en fait, de choses qui ne devraient pas rester ensemble pour le recyclage ; elles ne font pas un bon tri des déchets. C’est une vraie problématique dans la suite pour le recyclage alors qu’on le fait très bien, par exemple, pour l’automobile mais ça a pris du temps, ça a pris 30 ans à se faire dans l’automobile. Ça ne fait pas encore, de manière suffisamment correcte, avec les ordinateurs, les serveurs, etc.

Joyce Markoll : Oui, c'est compliqué.

Frédéric Couchet : Avant de passer la parole à Joyce, juste préciser que D3E c’est déchets d’équipements électriques et électroniques, pour les personnes qui se poseraient la question.
Joyce, est-ce que tu veux ajouter quelque chose sur cette partie introductive, donc sur le reconditionnement ?

Joyce Markoll : Nous pouvons faire état que le site web greenit.fr fait également un énorme travail et est totalement pro-libriste. C’est important de le dire parce qu’ils ont énormément de chiffres très intéressants. Leur rôle c’est de retransmettre des chiffres, de publier de l’information sur tout ce qui permet de faire bien et mieux en matière de ré-usage, en matière de faire durer les choses quand il s’agit d’outils numériques et d’outils informatiques.

Frédéric Couchet : Je vais préciser, comme tu le dis, qu’on a eu le plaisir de recevoir Frédéric Bordage, le fondateur de Green IT. Green IT c’est un peu la communauté des acteurs et actrices du numérique responsable dans les pays francophones. On l’a reçu dans l’émission du 17 septembre 2019, justement sur le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et l’économie circulaire. Évidemment le podcast est en ligne.
Avant de passer au deuxième point, on va dire les arguments pour le public, pour la société, sur le salon web de la radio il y a une question. Évidemment vous pouvez nous rejoindre sur le salon web, vous allez sur causecommune.fm, bouton « chat » et salon #libreavous. Marie-Odile demande « ce reconditionnement, c’est ouvert à tout le monde ? Faut-il justifier de quelque chose ? ». Je suppose que Marie-Odile parle pour le grand public. Est-ce que n’importe qui peut ou est-ce que la question concerne les entreprises, je ne sais pas en fait. Vas-y Joyce. Joyce Markoll.

Joyce Markoll : Je peux répondre à ça. Quand je me suis inscrite sur ordi3.0 j’ai répondu à tout un questionnaire qui est relatif à la charte. Ce qui est notamment important pour les personnes qui donnent des ordinateurs pour que ceux-ci soient réutilisés, soient remis à neuf, c’est l’assurance pour elles que leurs données ne seront jamais récupérées, récupérables. Donc il y a une question concernant le logiciel ou les logiciels utilisés pour effacer les disques durs.

Frédéric Couchet : D’accord. J’ai récemment commandé des ordinateurs d’occasion, justement sur un site qui fait ça, Ecodair, et sur le site il est précisé qu’ils utilisent effectivement un outil spécialisé pour l’effacement des données.
Le temps avance, on va passer au deuxième point, les arguments pour le public, la société. En préparant l’émission vous m’avez parlé d’écologie, vous m’avez parlé de coûts, vous m’avez parlé de liberté. Quels sont les arguments forts pour le grand public ? Je pense vraiment à la personne qui veut utiliser ou se procurer un ordinateur ou un téléphone mobile, on reviendra tout à l’heure un petit peu sur la différence, quels sont les arguments forts pour le public ? Joyce Markoll.

Joyce Markoll : Concernant les personnes qui vont se procurer un ordinateur, il faut préciser une question : veulent-ils un ordinateur neuf ou un ordinateur d’occasion ? Si elles veulent un ordinateur neuf sous GNU/Linux, elles peuvent trouver de très bons appareils chez divers prestataires en France, chez un prestataire en Suisse, il y a du choix parmi, on va dire, peut-être quatre, cinq ou six professionnels qui sont totalement aguerris pour procurer des PC faciles à réparer soi-même, faciles à remettre en état et où le suivi des pièces est assuré pendant plusieurs années.
Quand il s’agit de matériel d’occasion, de matériel de réemploi, nous avons également des entreprises qui sont spécialisées, qui ne font que ça. Si on prend l'exemple des Ateliers du Bocage, ils peuvent avoir quelqu’un qui est formé en trois jours pour remettre en état quelque chose comme 400 ordinateurs par mois ; c’est énorme, c’est monumental !
Pour un petit atelier comme le mien, j’ai fait une statistique. Je ne fais pas que de la réparation, du réemploi et de l’installation de systèmes, je fais aussi de la formation, je reçois aussi des personnes qui viennent pour surfer sur Internet, qui se retrouvent automatiquement sous GNU/Linux – elles ne le savent même pas, elles veulent un navigateur web c’est tout – et de la démonstration, etc. Au final, sur la première année, juste moins d’une centaine d’ordinateurs qui sont partis sous GNU/Linux soit en réparation soit en revente, ça a représenté, en prenant justement les chiffres fournis par Green IT et en faisant un calcul, plus de 28 tonnes d’équivalent carbone.

Frédéric Couchet : Selon toi, l’aspect vraiment écologique, impact environnemental, est l’un des critères importants pour le public qui s’adresse à du reconditionnement du réemploi ?

Joyce Markoll : Ce n’est pas le tout premier critère. Le tout premier critère pour eux, il faut que ce soit simple et que ça marche. Le deuxième critère, il faut que ce soit économique. En matière d’informatique, ce que je peux constater avec tous les chiffres que j’ai lus, avec tous les calculs qui ont été présentés, Green IT et d’autres, c’est justement que économie rime avec écologie, ça va de pair.

Frédéric Couchet : D’accord. Isabelle, de ton côté ?

Isabelle Carrère : L’expérience qu’on a à Antanak depuis plusieurs années, c’est que, outre le fait qu’effectivement les gens s’habituent très vite à utiliser un système d’exploitation GNU/Linux ou des logiciels libres sans aucun souci, on voit que les personnes qui viennent avec une volonté soit d’avoir un nouvel ordinateur mais reconditionné, soit qui viennent nous demander de les aider à passer à autre chose avec leur propre ordinateur, s’aperçoivent vite du fait que dès lors qu’on a pu réparer quelques pièces, rajouter un peu de mémoire vive, etc., on a immédiatement une meilleure performance dès qu’on a mis un système d’exploitation libre. C’est-à-dire que là où par exemple pour Windows 10 il va falloir déjà 40 gigas, on n’a encore rien fait, mais il y a déjà 40 gigas du disque dur qui sont utilisés, alors qu’une distribution va être à un, deux, allez trois grand max pour certaines, pour les plus gourmandes. On a des choses qui sont vraiment aidantes pour le reconditionnement grâce au Libre. C‘est-à-dire que c’est un vrai argument qui est « je veux garder ma même machine – on a par exemple beaucoup de gens qui viennent comme ça – là, du coup, comment je peux faire ? C’est trop long. En fait, je ne voulais pas Windows 10, mais c’est comme si j’avais été forcé pour le mettre ». Les gens ont tous des tas d'histoires diverses et variées comme ça, sur des mises à jour un peu fallacieuses qu’ils ont faites en fait sans savoir qu’ils étaient en train de la faire et ils s’aperçoivent que, du coup, ça ne marche pas avec la machine qu’ils avaient. Donc parfois le réemploi ou la réutilisation vient de la vie des gens et de la vie de l’ordinateur. La relation d’une personne avec son ordinateur c’est vraiment un truc très intéressant qu’on voit et qu’on analyse avec des tas de gens.
Ceux qui viennent en disant déjà « je voudrais un ordinateur autrement », il y a la raison économique et ça on va y revenir parce qu’à Antanak, par exemple, on se positionne sur la chaîne du don. De la même manière que ce sont des entreprises et/ou des particuliers qui nous donnent du matériel on travaille dessus soit le noyau des membres actifs et actives de l’association, soit avec d’autres gens également, et ensuite on donne ces ordinateurs reconditionnés, réparés, etc., à des adhérents, à des adhérentes. Donc cette chaîne-là, d’un point de vue économique, est évidemment appréciable et les gens l’apprécient, mais aussi parce qu’on a tous à y gagner d’un point de vue environnemental, d’un point de l’environnement dans lequel on veut vivre demain. Est-ce qu’on veut continuer à promouvoir, en achetant du neuf, des destructions phénoménales ? Et quand je parle de nature ces sont également les hommes et femmes qui y vivent, la nature ce n’est pas que les arbres et les oiseaux, ce sont aussi les gens sur des territoires plus ou moins proches de nous ici, en France, qui sont, en quelque sorte, expulsés de leurs terres parce que ce qu’on va y faire une mine pour avoir les matériaux qui sont nécessaires pour avoir des ordinateurs neufs et très beaux et très fins et très plats et très légers, etc. C’est tout ça.
Je pense qu’il y a une vraie meilleure conscientisation là maintenant de ces événements, de ces sujets-là. Ça c’est le début de la chaîne, l’extractivisme, et à l’autre bout il y a donc les D3E, les déchets et des pièces qui se retrouvent n’importe comment ou qu’on envoie très loin de nous pour qu’elles soient démantelées parce que chez nous ça coûte trop cher.
C’est toute cette chaîne-là qu’on essaye de mettre en exergue et en pratique à Antanak, c’est-à-dire comment on fait pour que réellement on arrive à être dans d’autres usages et d’autres pratiques. Et le Libre est vraiment un atout là-dessus.

Frédéric Couchet : On va revenir justement après sur la pratique de vos structures. On va rappeler que l’extractivisme c’est l’exploitation massive des ressources de la nature.
On a bien compris, effectivement, les aspects, les arguments. J’ai juste une précision. Joyce est intervenue tout à l’heure sur les ordinateurs neufs, elle disait que c’était facile de se procurer des ordinateurs neufs avec des systèmes libres, etc. Je vais quand même rappeler que se procurer des ordinateurs avec des systèmes d'exploitation préinstallés avec du Libre c’est juste impossible aujourd’hui parce que la vente forcée existe toujours. Même si la Cour de justice de l’Union européenne a considéré que ce n’est pas une pratique abusive, déloyale, ça reste aujourd’hui très compliqué de se procurer un ordinateur préinstallé avec du logiciel libre. Les gens qui vont dans n’importe quel magasin aujourd’hui c’est préinstallé avec du Windows ou du Mac. C’était juste une précision.
On va revenir un petit peu maintenant sur vos structures. Comment vous faites en pratique et j’ai quand même cru comprendre dans vos introductions respectives que le choix du logiciel libre était un choix fondateur pour la « libération », entre guillemets, des ordinateurs et des pratiques. Joyce, est-ce que c’est le cas ?

Joyce Markoll : Oui, tout à fait. Tout ce que disait Isabelle m’a rappelé pas mal de choses dont je peux parler maintenant.
Lorsque j’ai débuté, je voyais surtout la nécessité d’avoir un ordinateur fonctionnel et qui n’ait pas des ratés pendant l’utilisation. Une fois que j’ai été sous Linux je me suis dit « ça c’est formidable, il n’y a pas de problèmes de sécurité, je ne vais pas avoir besoin de faire la chasse aux logiciels malfaisants, aux malwares, je ne vais pas avoir besoin de prendre du temps pour protéger le château et chercher les intrus qui rentrent, je vais pouvoir prendre le temps d’apprendre ». Au final, on gagne un temps phénoménal avec un ordinateur sous GNU/Linux pour plusieurs raisons. D’abord il y a beaucoup de familles de distributions. Il y a un choix qui permet d’adapter l’ordinateur et le système l’un à l’autre ainsi qu’à l’utilisateur, en fonction de ce que l’utilisateur veut faire. Je vais donner un exemple extrême : demain il y a un gars qui me dit « je produis de la musique, j’ai besoin de Cubase, mon ordinateur c’est ça et puis ça, il y a trois gigas de RAM, trois gigas de mémoire vive, un disque dur de 120 gigas, admettons, ou de 150 gigas ». Je vais dire « oui d’accord, oui mais non. Je ne peux pas intervenir dans ces conditions-là, ce n’est pas possible ». Par contre, si la personne me dit « c’est compliqué, je ne suis pas bon en informatique », je dis « vous voyez cet ordinateur, là ». On a des choix dans les systèmes GNU/Linux, on a antiX, on a Ubuntu, on a Debian, on a encore Mandriva et Mageia, on a un choix phénoménal. Tout le problème, pour l’utilisateur final, c’est qu’il n’y connaît rien et il a besoin qu’on l’aide à choisir en fonction de ce qu’il fait, en fonction de l’ordinateur qu’il a et en fonction de l’aide qu’il pourra trouver près de chez lui quand il aura ce système en main.
Quand je fais passer quelqu’un à GNU/Linux, je lui offre une heure à une heure et demie de formation avec la prestation de service. De la sorte, je suis sûre que la personne ne va pas se sentir perdue, elle va se sentir en familiarité, en confiance avec son ordinateur rénové.
Ensuite, il y a des ordinateurs pour lesquels j’ai fait un article. J’ai entre les mains un appareil, un portable Toshiba de 2008 que j’ai rajeuni, j’y ai changé la mémoire, j’y ai changé aussi le processeur et puis j’ai mis un support de stockage moderne, rapide, un SSD, grâce à quoi maintenant, avec un système super léger dedans, une dame qui n’avait plus d’ordinateur fonctionnel peut s’en servir tous les jours et elle doit revenir dans quelques jours pour entamer une série de formations car, à 70 ans passés, elle n’avait jamais vraiment touché à l’ordinateur.

Frédéric Couchet : D’accord. On comprend bien que ce que toi en tant que prestataire ce que tu « factures », entre guillemets, c’est le reconditionnement de l’ordinateur, l’installation du système et tu offres, en plus, une heure de formation gratuite pour que la personne s’y mette, et après tu peux faire des formations.

Joyce Markoll : Excuse-moi de t’interrompre. En fait, dans ce cas-là, l’ordinateur je l’avais eu gratuitement, j’ai fait des frais dessus et je l’ai vendu. Cette dame était intéressée, je lui ai fait essayer, elle l’a trouvé bien, donc j’ai vendu ça à un prix très raisonnable puisque j’avais changé le processeur, etc., et, au final, elle est repartie très contente. J’ai vendu l’ordinateur mais, en fait, je me suis payée, j’ai payé les services que j’ai mis dessus comme si on me l’avait apporté, comme si on me l’avait confié pour le remettre en état.
Mais c’est pareil : que la personne achète un ordinateur sous GNU/Linux ou qu’elle le fasse passer à GNU/Linux, j’offre systématiquement un cours pour que la personne puisse commencer avec. Ce cours comportera des informations telles que comment on installe un programme, comment on met à jour, comment on désinstalle un programme, comment on range ses fichiers, comment on s’y retrouve, comment on trouve des choses dans les menus. Si les menus c’est trop compliqué, ça arrive, eh bien je vais lui mettre des lanceurs rapides sur le tableau de bord ou, si elle veut vraiment des icônes sur le bureau, elle aura des icônes sur le bureau. Tout ce qui fait que la personne va pouvoir s’en sortir au quotidien sans se sentir prise en défaut.

Frédéric Couchet : D’accord. Parfait. C’est tout à fait compréhensible.
De ton côté à Antanak, comment ça fonctionne avec le public qui vient te voir pour se faire reconditionner un ordinateur ou acheter ? Comment ça se passe ?

Isabelle Carrère : On est assez proches, en fait. En écoutant Joyce je me dis que ce sont à peu près les mêmes choses que nous faisons, en tout cas nous avons une base commune d’activité, avec la grosse différence qu’on n’a pas l’axe économique puisqu’Antanak ne vend rien. Pour le moment, en tout cas, on n’est pas du tout sur un modèle économique, il n’y a pas d’argent entre nous à part une cotisation des membres comme pour toute association, bien sûr. Pour être dans cette logique-là il faut adhérer à l’association, mais l’adhésion est libre et on n’a jamais dit à quelqu’un « non, tu ne pourras pas avoir d’ordi parce que tu n’as pas d’argent pour le faire ». Les gens font ce qu’ils peuvent.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’on est là-dedans aussi, c’est-à-dire qu’on a, d’une part, ouvert une salle qu’on a appelée la salle OLAA, Ordinateur en Libre Accès Accompagné, dans laquelle nous avons mis une douzaine de postes. N’importe qui peut venir et utiliser. Chaque poste a une distribution différente, je ne vais pas les citer à nouveau puisque Joyce l’a fait tout à l’heure, chaque poste est différent de manière à ce que la personne qui vient se rende compte que même si elle va sur ce poste-là ou plutôt sur l’autre, etc., elle ne va pas être perdue, elle va retrouver majoritairement des icônes qu’au bout d’un moment elle va connaître, donc il n’y a plus l’angoisse de « oh là, là, je ne retrouve pas les choses que j’avais déjà vues une fois en formation ». Non, pas du tout. En fait, les gens s’y retrouvent très bien. On a beaucoup de public qui n’avait jamais utilisé un ordinateur et pour qui c’est la première fois et pas simplement à 70 ans, on a des tas de gens qui viennent et qui étaient éloignés du numérique, comme disent les politiques. Donc ça c’est une première chose.
On a des permanences d’écrivains publics. Ça n’a rien à voir avec notre sujet mais juste pour dire que ça permet aussi une entrée. C’est-à-dire que quand on vient d’abord pour être aidé, pour faire une actualisation Pôle emploi ou pour faire une démarche administrative des impôts ou pour la préfecture ou que sais-je, on passe par là et, petit à petit, la fois d’après on revient, peut-être qu’on va faire soi-même les choses, et voilà. On accompagne aussi les gens sur une trajectoire puisqu’un des objectifs de l’appropriation numérique est là, il est aussi de pouvoir faire les choses soi-même en se sentant autonome, en ne se sentant pas complètement perdu. Et puis on fait des ateliers, des formations, des ateliers de partage et d’entraide, un truc qu’on a appelé le chemin numérique où on commence par proposer aux gens de venir d’abord démonter un ordinateur et puis on va le remonter, ça va marcher, on va faire ça ensemble. Le tout toujours dans une optique d’entraide et de partage avec les principes qui sont ceux du Libre et les nôtres aussi. Ça ce sont les activités historiques en fait.

Joyce Markoll : Isabelle, pardon je voudrais parler à Isabelle. Vous agissez dans votre association pour l’inclusion numérique. Je me suis inscrite à un endroit qui ne m’a rien apporté pour l’instant mais j’y suis et j’y reste, ça pourrait vous intéresser aussi, cela ça se nomme aptic.fr, a, p, t, i, c point fr comme aptitude pour les technologies de l’information et de la communication.

Isabelle Carrère : Je vois ce que c’est, Joyce.

Joyce Markoll : En deux mots, vite fait, APTIC n’a pas encore suffisamment d’informations sur les logiciels libres et, bien entendu, c’est un message pour peut-être plus tard communiquer avec eux sur des questions autour du Libre, faire un peu plus la part belle au Libre dans leur questionnaire d’introduction. Quand on s’inscrit on répond à, je ne sais pas, peut-être 200 questions. J’ai dû répondre non à un tas de questions qui concernaient des logiciels non-libres alors que je connais leur équivalent en Libre qui n’étaient pas cités. Ça m’a un petit peu frustrée.

Isabelle Carrère : Je comprends Joyce, mais tu vois, déjà pour moi le terme « inclusion numérique » ! Je sais qu’on nous met beaucoup dans cette affaire-là et on nous met dans ce grand mot valise dont personnellement je me méfie comme de la peste. On ne se vit pas, à Antanak en tout cas, comme des véhicules pour faire de l’inclusion numérique et pour forcer encore plus que ne le font déjà les politiques et autres institutions à ce que tout le monde soit tout le temps sur le numérique et que c’est vachement bien, c’est super, il faut y aller. On n’est pas là-dedans. On est vraiment sur la question que les gens arrivent à le faire avec discernement. Justement, qu’est-ce qu’on essaie de faire ? Il y a d’une part les injonctions. On essaie de dire aux gens « OK ! Vous êtes obligé pour les impôts maintenant. D’accord, on va faire ça ». Mais ensuite, sachons ce que nous faisons, choisissons ce que nous voulons faire, choisissons là où on dit oui, là où on dit non, pour revenir à ce que disait Véronique. Notre idée est vraiment de donner un maximum, de soutenir un maximum de recherche sur le discernement qu’on peut avoir en utilisant tel GAFAM ou tel site ou telle façon de faire, telle pratique.
Donc inclusion numérique, pff !, oui mais non ! Je ne dis pas toujours non. Quand il s’agit effectivement d’aller chercher une subvention quelque part pour nous aider sur un projet, OK, on va dire que oui. Mais là, entre nous, à Cause Commune, je vais dire que ce n’est pas notre terme de prédilection.

Joyce Markoll : La terminologie c’est une chose, par contre l’objectif de faire passer les gens au Libre en leur en montrant les avantages aussi sur le plan de la pérennité des données, aussi sur le plan de la préservation de la vie privée, sur tous ces plans-là, je pense que c’est quand même un message à faire passer à des entreprises comme APTIC qui sont soutenues par l’État depuis 2015 je crois, parce que, en passant par eux, en passant aussi par lesbonsclics.fr, on permet à l’information de traverser de manière horizontale.

Isabelle Carrère : Bien sûr. Je te rejoins.

Joyce Markoll : Est-ce que je peux prendre la parole ?

Frédéric Couchet : En fait, depuis trois minutes j’essaye de prendre la parole pour dire qu’on va faire une pause musicale pour permettre aux gens de respirer.

Joyce Markoll : On est obligé ?

Isabelle Carrère : Oui. Il faut que les gens respirent.

Frédéric Couchet : On est obligé. Si tu ne veux pas faire de pause musicale, si tu veux tu peux aussi raccrocher et revenir un autre jour, je n’en sais rien. À la radio, les gens ont aussi besoin de pauses éventuellement pour bien assimiler ce qui est dit. On reviendra sur ce sujet.

Joyce Markoll : On reprend dans combien de minutes à peu près ?

Frédéric Couchet : Tu écoutes la pause musicale et tu verras.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va écouter The rest of the world par The Imaginary Suitcase. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : The rest of the world par The Imaginary Suitcase.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter The rest of the world par The Imaginary Suitcase, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causecommune.fm.
Je précise que The Imaginary Suitcase c’est Laurent Leemans, un artiste belge que nous avons reçu dans l’émission Libre à vous ! du 21 avril 2020. C’est l’ancien chanteur du groupe Ceilí Moss duquel nous avons diffusé de la musique libre. Je vous invite à écouter le podcast. J’entends énormément de bruit dans le casque, j’espère que ce n’est pas diffusé à l’antenne.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous discutions avec Isabelle Carrère d’Antanak et Joyce Markoll de l’Atelier Orditux Informatique, je vais d’ailleurs indiquer les sites web. Antanak c’est antanak.com avec un « k » à un Antanak et Orditux c’est orditux.org. Nous parlons de reconditionnement informatique pour la réutilisation.
Juste avant la pause il y avait une discussion entre Joyce et Isabelle. Je crois, Joyce, que tu voulais poursuivre. Vas-y.

Joyce Markoll : Il y a longtemps de ça, ce que je voulais au départ, c’est que ce soit simple et que ça marche. Ensuite, quelques années plus tard, je me suis retrouvée avec des personnes qui voulaient aussi la même chose mais qui ne savaient pas trop comment. Par la suite je me suis rendu compte que ce que je voulais et ce que j’avais ça marchait aussi pour d’autres. J’ai commencé en 2009 à apprendre à reconstruire des systèmes. En 2011 ça a mené à la création d’un site collaboratif qui se nomme, pardon pour le GNU qui est manquant, linuxvillage.org. Sur ce site on peut trouver les entrées vers un forum, vers des téléchargements, vers de la documentation. Je contribue par la reconstruction de systèmes en les rendant plus légers pour les ordinateurs tout en les conservant simples. J’avais découvert que léger ça existait mais ce n’était pas simple, du moins moi je trouvais, à mon niveau, que ça n’était pas simple à l’époque. Facile, je trouvais que ça existait mais que ce n’était pas léger pour les ordinateurs. J’ai voulu que ce soit les deux, ça a donné une recette Bento Openbox et Bento Openbox c’est simple et c’est rapide. Tout le monde peut se procurer les versions à partir du téléchargement. L’intérêt que tout le monde puisse se le procurer c’est que les associations peuvent l’avoir, les particuliers peuvent l’avoir, toutes les personnes qui souhaitent le tester et l’utiliser peuvent l’avoir et c’est largement diffusé maintenant.

Frédéric Couchet : OK. Merci Joyce. Vas-y Isabelle.

Isabelle Carrère : Je voulais réagir parce que ce que dit là Joyce c’est génial, à condition que les gens soient déjà dans l’optique d’aller chercher et de savoir ce qu’ils vont chercher, là, sur le Libre. En fait, ce sont des gens qui sont déjà peu ou prou engagés dans cette démarche et/ou qui s’interrogent.

Joyce Markoll : Tout à fait.

Isabelle Carrère : Du coup, ce que j’ai trouvé très intéressant dans la période que nous venons de vivre, c’est que nous avons à Antanak, en un mois et demi, deux mois, donné presque autant d’ordinateurs qu’en une année « grâce », entre guillemets, au fait que la continuité pédagogique aidant, tous les enseignants et l’Éducation nationale, etc., ont demandé à chaque enfant, chaque jeune, chaque étudiant, d’avoir un ordinateur et bien sûr une caméra pour pouvoir suivre les choses. Du coup, ils se sont retrouvés tous à dire que oui, bien sûr ça allait marcher très bien sauf qu’il y avait un manque d’équipement phénoménal. Pourquoi je dis ça maintenant ? C’est qu’avec nos petits ordinateurs reconditionnés, avec dessus une distribution libre, nous avons pu « inonder » entre guillemets – pour répondre à ce que tu disais tout à l’heure Joyce, il faut faire connaître, etc. – nous, à Antanak, on est assez pragmatiques et là on a été très contents en fait d’inonder les familles, notamment dans le 18e arrondissement mais aussi au-delà, d’ordinateurs, de postes qui sont libres. Quand les gens venaient chercher l’ordinateur qu’on leur donnait, on passait une petite demi-heure à expliquer, je raconte l’histoire des trois frères, il y avait Apple, il y avait Microsoft et puis il y avait les autres et voilà. Donc on raconte, on explique, on démontre et là les gens accrochent tout de suite, il n’y a pas de souci. On n’a pas eu de retours, on a eu quelques personnes qui ont dit : « Ça comment ça marche ? Je n’ai pas compris. – Très bien. – On me demande vraiment d’utiliser Zoom, est-ce qu’on peut ? – Oui, tu peux. – D’accord, OK. », mais on n’a pas eu de refus, on n’a pas eu de « non, ça ne marche pas », on n’a pas eu tout ça parce que c’est simple, en fait c’est simple maintenant. Je te rejoins, il y a eu une époque où c’était peut-être moins simple, où il n’y avait pas toutes les interfaces graphiques que nous avons maintenant et on a pu penser, à une époque, que c’était simplement pour des libristes ou simplement pour des geeks ou simplement des informaticiens, des informaticiennes, ça n’est plus le cas. Je pense qu’on est maintenant sur un autre terrain sur lequel on peut se battre, il faut y aller !

Frédéric Couchet : Joyce, je pourrais poser une question ? Après tout je peux vous laisser aussi. Il n’y a pas de problème !
Je vous ai signalé qu’il nous restait dix minutes il y a déjà deux minutes, donc le temps file, il y a des sujets qu’on n’a pas encore abordés. Je voulais revenir par rapport à ce que tu venais de dire Isabelle, et la question est pour vous deux. En introduction, je ne sais plus quel terme tu as employé, mais les problématiques des personnes qui, en fait, ne savaient pas utiliser un ordinateur, ce qu’on appelle l’illettrisme numérique, et ma question à toutes les deux est : est-ce que c’est quelque chose qui est vraiment répandu aujourd’hui dans le public que vous voyez, et comment, concrètement, vous faites pour traiter cette question-là ? Isabelle et ensuite Joyce.

Isabelle Carrère : C’est effectivement très répandu et pas simplement parce qu’on est là dans un quartier dit populaire, politique de la ville, etc., au Nord de Paris. Je vois bien qu’il y a des tas de gens qui viennent de partout et, même à d’autres endroits, on se retrouve avec les mêmes situations quand on parle avec d’autres associations ou d’autres gens qui travaillent un peu de la même façon que nous. Oui, il y a beaucoup de gens qui sont éloignés. Pourquoi ? On va dire « tout le monde a un téléphone ». Oui, beaucoup de gens, une majorité de gens a maintenant même un smartphone. Sauf qu’utiliser un smartphone et utiliser un ordinateur, ce n’est pas pareil ! On croit, on fait croire aux gens que c’est pareil parce qu’on essaye de mixer un peu les applications et puis on te fait une application qui est pareille sur le téléphone et sur l’ordi mais en fait ce n’est pas vrai, ce n’est pas la même chose, ce n’est pas la même relation physique et il y a des tas de gens qui, en plus, « se sont faits », entre guillemets, installer des trucs sur un téléphone sans maîtriser. Ça, c’est ce sur quoi on essaye vraiment de lutter, on continue de lutter là-dessus. Il y a une assistante sociale, un jour, quelque part, qui a installé, qui a ouvert une boite mail pour une personne, en lieu et place. La personne n’a même pas son mot de passe, peut-être même que l’assistante sociale ne l’a plus parce que sur le téléphone ce n’est pas grave, c’est tout le temps ouvert ! D'accord ? Le Wifi aussi est tout le temps ouvert, la géolocalisation aussi et puis et j’en passe et des meilleures ! Tout ce qu’on essaie de faire, grâce aussi à l’ordinateur, c’est de remontrer les chemins par lesquels c’est passé et de faire en sorte que les gens se réapproprient leur machin et puissent dire oui ou non à telle ou telle chose. Mais oui, l’illettrisme numérique existe, bien sûr.

Frédéric Couchet : Joyce, de ton côté ?

Joyce Markoll : C’est une vaste problématique. Le monde, dans son ensemble, n’a pas eu le temps de s’habituer, de s’adapter. Tout un chacun et chacune depuis 20, 30 ans ou 40 ans est surbooké·e, c’est la maladie du siècle. On veut toujours en mettre plus dans la liste des choses à faire, le boulot, la famille, les sorties et puis faire du boulot dans la maison et puis bricoler et faire un deuxième job si on peut. Avec tout ça, beaucoup d’utilisateurs, même qui emploient l’ordinateur déjà depuis plusieurs années, n’ont pas encore trouvé la différence entre le clic gauche et le clic droit. J’ai eu la chance, quand j’ai commencé à 40 ans passés, de tomber au bon endroit où c’est la première chose qu’on m’a montrée, du coup je croyais que tout le monde avait appris la même chose, ce qui n’est pas le cas. La majeure partie des individus ne sait pas se servir de plus de deux à trois doigts, quatre doigts peut-être, pour saisir un message ou faire une lettre avec le clavier. Finalement, tout part des bases qui sont manquantes. Dans un lieu pour apprendre l’informatique, on vous montre une fenêtre, on vous montre à enregistrer un fichier, on vous montre Word, Excel, donc vous croyez que vous faites un fichier Word, vous croyez que vous faites un fichier Excel, alors que vous pourriez utiliser n’importe quel traitement de texte ce serait la même chose. Les gens n’ont pas appris sur un principe, ils ont appris sur des recettes et ça c’est bien dommage.

Isabelle Carrère : Des recettes et des marques. Effectivement, le nombre de gens qui viennent en disant « il faut que je fasse un texte en Word ». Je dis « de quoi tu me parles ? » Et on apprend le terme de traitement de texte et après on va pouvoir parler d’un tableur, etc. Oui, c’est ça !

Frédéric Couchet : OK. Vas-y Joyce.

Joyce Markoll : Je voulais revenir sur ce que j’ai dit tout à l’heure. Isabelle a raison de dire qu’aujourd’hui il y a beaucoup d’interfaces graphiques et que c’est facile. Vous prenez un bureau simple comme on a chez Ubuntu avec Lubuntu ou dans d’autres distributions avec le bureau LXDE, c’est simple, c’est rapide. Ce que j’ai fait ça va plus loin, donc je vous invite à l’essayer.

Frédéric Couchet : OK. Merci. Le temps file, il va falloir passer à notre sujet d’après. Si, en une minute et 30 secondes, vous avez des annonces à faire ou simplement des projets à annoncer, allez-y. Vas-y Isabelle.

Isabelle Carrère : Oui. Je voulais quand même dire un truc. On a l’air de dire que notre monde est vachement beau et que tout ce qu’on fait à Antanak marche bien. C’est vrai, mais en même temps le sujet de base, celui que tu avais choisi pour nous inviter, c’était la question du reconditionnement, donc une partie très matérielle en fait. Je voulais juste dire un truc c’est que le frein majeur au développement de cela, et les difficultés que nous pouvons avoir, du coup ça fait aussi un appel pour les gens, les auditeurs et auditrices qui peut-être nous écoutent là, c’est « il nous manque du matériel ». C’est-à-dire que si vous connaissez une entreprise qui n’a pas encore un contrat, une convention déjà passée avec les gros, Emmaüs Connect ou Artisans sans Frontières ou autres, il y a plusieurs grosses structures comme ça qui récupèrent du matériel, on est preneurs, on est demandeurs. Pour le moment ce sont les PME, PMI de Paris ou d’Île-de-France qui nous donnent leur matériel pour qu’on puisse le reconditionner et le donner pour une nouvelle utilisation, ou des particuliers. Il nous manque du matériel. On doit encore avoir une liste de presque 100 personnes, là où on est, qui nous ont fait une demande d’un ordinateur portable avec une caméra et nous n’en avons quasi plus. On a tout donné, on a relancé des structures [un peu partout, mais pour le moment on n'a pas assez de retours, Note de l'orateur]. Oui, c’est une annonce que je peux faire, effectivement une demande !

Frédéric Couchet : Donc annonce passée, c’était Isabelle Carrère d’Antanak. Joyce, en 30 secondes, si tu veux ajouter quelque chose.

Joyce Markoll : Je suis en train de préparer un nouveau projet qui est issu du confinement et qui est issu d’autres choses, de mes expériences. Ce projet va consister à proposer en ligne et par formation et par cooptation et par bouche à oreille par la suite un kit modulaire pour que chacun et chacune, même sans connaissances techniques, puisse remettre en état son ordinateur soi-même. Il aura entre les mains tout ce qu’il faut en premier module pour pouvoir faire le diagnostic même sans rien y connaître, c’est un travail qui est en cours de route, qui est presque prêt. Le deuxième module ce seront des ensembles qui seront déjà prêts à l’emploi pour brancher et démarrer sur l’ordinateur, pas juste des clefs USB, mais ça ira beaucoup plus loin, avec un petit manuel papier pour qu’une personne qui sait lire puisse le faire, qu’une personne qui sait même lire et utiliser un tournevis n’ait pas peur de remplacer ce qu’elle a dans l’ordinateur par une autre chose qui sera prête à l’emploi.

Frédéric Couchet : OK. Merci.
C’était Isabelle Carrère d’Antanak, antanak.com, et Joyce Markoll de l’Atelier Orditux Informatique, orditux.org. Je rappelle qu’Isabelle anime également une émission sur Cause Commune, Un coin quelque part, vous retrouverez les podcasts sur causecommune.fm.
Merci à vous et passez une belle fin de journée.

Isabelle Carrère : Merci à toi Fred. Merci pour cette opportunité et merci à l’April.

Joyce Markoll : Merci beaucoup Fred.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une petite pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Lovers lane par Sucrepop. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Lovers lane par Sucrepop.

Voix off : Cause Commune, cause-commune.fm, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Lovers lane par Sucrepop, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA. Cette musique douce fait beaucoup de bien. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son retour d'expérience concernant la recherche d’un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation

Frédéric Couchet : Nous allons parler avec ma collègue Isabella Vanni qui est coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April de son retour d’expérience sur la recherche d’un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation de l’April.
Bonjour Isabella, je te passe la parole.

Isabella Vanni : Bonjour à tout le monde.
Je prends la parole et bien sûr, Fred, tu m’interromps, tu me poses des questions.

Frédéric Couchet : Tu as vu, je suis très fort pour interrompre les gens. Vas-y Isabella, raconte-nous un petit peu ce retour d’expérience.

Isabella Vanni : C’est vrai. En fait, historiquement on va dire, dans le groupe de travail Sensibilisation, on a l’habitude d’utiliser un outil qui s’appelle Etherpad. Il s’agit d’un éditeur de texte collaboratif. En gros, c’est une page web, on peut s’y connecter depuis son navigateur et dès qu’on arrive sur la page, on peut directement taper dedans. La seule manipulation qu’on demande à la personne qui souhaite contribuer à ces pages collaboratives c’est de préciser son nom ou son pseudonyme, ce qui permet, en fait, d’identifier facilement qui écrit, parce que chaque personne connectée est identifiée par une couleur différente. C’est la seule manip qu’on demande. Pourquoi ? Parce que, si on n’écrit pas son pseudo, eh bien ce qu’on écrit c’est en fait anonyme. Mettons qu’il y ait une bonne idée qu’on veut approfondir ou alors mettons qu’on ait besoin d’une source ou d’une référence qui n’est pas présente dans la page, si on ne sait pas qui a écrit c’est un peu dommage parce qu’on ne peut pas solliciter la personne ultérieurement. Normalement c’est tout. Après, il faut juste utiliser son clavier et apporter ses contributions.

Frédéric Couchet : C’est simple en fait ! Où est le problème Isabella ?

Isabella Vanni : L’utilisation de l’outil, on a dit le nom de ce logiciel libre qui est Etherpad, quand on ouvre une page en fait on l’appelle pad. Je ne sais pas si vous avez déjà entendu « ouvre ce pad », « je ne trouve plus le lien du pad ! ». Quand on dit « pad », c’est vraiment la page qu’on ouvre grâce à ce logiciel. On peut aussi parler de bloc-notes pour utiliser un terme alternatif.
L’utilisation, telle que je l’ai décrite, parait plutôt simple. En fait, ça se complique dans le cas d’un document particulièrement long, un document qui va prendre plusieurs lignes.
Ce qui est intéressant dans le pad, dans la page qui est crée grâce à l’Etherpad, c’est que chaque ligne est numérotée ce qui est très pratique parce que, comme ça, on peut dire aux personnes qui contribuent à un projet « j’ai mis une modification, va voir à la ligne, je ne sais pas, 37 ». On peut facilement indiquer où aller dans le pad.
Il se trouve que, à présent, le groupe de travail Sensibilisation travaille sur deux projets : le quiz Enjeux de l’informatique et le jeu coopératif Jeu du Gnou, qui utilisent tous les deux des pads longs, mais longs c’est un euphémisme, ce sont vraiment des pads avec beaucoup de lignes, on dépasse largement les 1000 lignes, voire plus. Ce qui se passe c’est qu’une personne qui souhaiterait contribuer et qui arrive sur ce pad, elle est un peu perdue parce que l'Etherpad, le logiciel qu’on utilise aujourd’hui premet, en fait, une mise en forme très basique. C’est-à-dire qu’il est possible de mettre un texte en gras ou en italique, il est possible aussi d’utiliser des titres, mais on ne peut pas faire beaucoup plus. Ce que je veux dire c’est que, même si écrire dans un pad est facile, naviguer dans le pad tel qu’on le connaît aujourd’hui, ce n’est pas du tout évident. Je m’en suis rendu compte en fait quand j’ai sollicité des personnes pour participer à nos projets, suite à des ateliers par exemple du Jeu du Gnou – on a fait des ateliers notamment lors d’une Ubuntu Party à Paris en novembre 2019, l’Ubuntu Party est un évènement organisé par Ubuntu-fr, la distribution GNU/Linux Ubuntu – j’avais des personnes très enthousiastes pour ce jeu, qui avaient envie de contribuer, qui m’ont dit « écrivez-moi, j’ai envie de faire ma part, d’apporter ma pierre à l’édifice ». Une fois envoyé le lien du pad, je n’ai plus vu personne. Du coup je me suis posé une question, je me suis dit peut-être qu’on utilise un outil et, nous qui l’utilisons tous les jours, même assez régulièrement, on ne se rend pas compte que ce n’est pas si évident que ça finalement pour les autres. Donc j’ai demandé un peu de retours d’expérience à des personnes qui ne connaissaient pas nos documents de travail actuels. Comme vous le savez j’aime bien lire les citations parce que c’est plus parlant, j’ai noté : « Pour l’instant, c’est effectivement le volume du projet avec des liens partout qui me fait un peu peur ». Voilà une personne qui a décidé de ne pas contribuer et elle a donné ses raisons. Ou bien « j’avoue que je n’ai rien compris sur le pad classique », ou encore « il est difficile de passer d’une section à l’autre du pad. » Voilà. J’ai eu ma réponse. Ou bien, j’ai eu une confirmation : quand c’est trop long et quand il y a des liens partout, l’Etherpad classique on va dire, la version qu’on utilise aujourd’hui à l’April, n’est pas l’outil le plus adapté pour attirer de nouvelles personnes contributrices.
Donc je me suis demandé qu’est-ce qu’on peut faire ?
Déjà voir s’il y a d’autres outils qui peuvent répondre à nos besoins, voire, éventuellement, faire évoluer l’outil qu’on a aujourd’hui en sachant que les besoins qu’on a identifiés sont la facilité d’utilisation, comme je disais tout au début, la facilité de navigation, c’est-à-dire la possibilité de retrouver l’information facilement, que les personnes ne soient pas frustrées et qu’elles restent sur le pad et aussi une mise en forme agréable. Les personnes, aujourd’hui, sont habituées à aller sur le Web, à voir des jolies pages avec une jolie mise en forme, avec beaucoup d’images, et c’est vrai que la version actuelle du pad de l’April peut être vue comme un peu brute, on va dire un peu tristounette. Si on veut attirer de nouvelles personnes contributrices, il faut agir aussi là-dessus.
Grace à l’aide de personnes du groupe de travail Sensibilisation, mais pas que, j’ai sollicité d’autres membres actifs et actives de l’April qui m’ont donné des billes, de possibles outils alternatifs, notamment CodiMD et CryptPad. Les deux sont des éditeurs de texte collaboratif. Grâce à ces retours j’ai créé un comparatif pour avoir les idées un peu plus claires. Je pense que finalement la solution la plus simple sera celle de garder Etherpad. Une version plus récente d’Etherpad est récemment sortie ce qui permettra, normalement, une meilleure navigation, notamment parce qu’il y aura la possibilité de mettre des liens hypertextes et j’espère aussi des ancres.
Il est peut-être utile d’expliquer ce qu’est une ancre.

Frédéric Couchet : Vas-y.

Isabella Vanni : C’est un truc génial, je vais vous expliquer, c’est très simple, c’est juste le mot qui est spécifique. Vous pouvez mettre des liens hypertextes, c’est-à-dire que sur une page web vous pouvez intégrer un lien dans un texte de façon à ce que, quand vous cliquez dessus, une autre page web s’ouvre. L’ancre, en fait ça marche à peu près de la même façon, sauf qu’au lieu de mettre le lien à une autre page web, vous mettez le lien à un lieu précis dans la même page. En gros, l’ancre c’est comme si je mettais un marque-page dans un document et après je mets un lien qui me permet, si je clique dessus, d’arriver directement dans le lieu que j’avais indiqué précédemment. Tout ça pour dire que ça permet vraiment de faciliter énormément la navigation.
J’espère qu’il y aura aussi la possibilité d’ajouter une table des matières. Je n’ai pas encore vu si la nouvelle version d’Etherpad la contient déjà par défaut.
Ce qui est vraiment intéressant avec Etherpad, c’est que c’est un logiciel qui est très utilisé, qui plaît beaucoup, du coup il y a énormément de personnes qui contribuent. J’ai vu qu’il y a plus de 270 plugins, c’est-à-dire de fonctionnalités complémentaires qu’on peut, en fait, installer pour ajouter des fonctionnalités, donc pour personnaliser, on va dire pour augmenter les performances de son pad. Du coup j’espère qu’il y aura la table des matières intégrée dans la nouvelle version ou bien qu’on pourra l’ajouter par le biais d’un plugin.
J’ai beaucoup parlé. Peut-être que tu as une question pour moi.

Frédéric Couchet : Je n’ai pas de question parce que ça me paraît très clair. Je vais juste préciser que le lien pour les références de ton comparatif est sur le site april.org et sur le site causecommune.fm. Je vais aussi préciser, on en a déjà parlé la semaine dernière mais on en reparlera la semaine prochaine dans les émissions « Au cœur de l’April », notre organisation concernant les émissions Libre à vous ! se fait de façon publique justement sur des blocs-notes. Il y a deux bloc-notes principaux, je viens de vérifier, ils font chacun 1200 lignes. Il y en a un uniquement sur les musiques et l’autre sur l’organisation générale. En plus on a des pages wiki où on formalise un peu plus la documentation.
On espère effectivement, comme tu viens de dire, qu’avec la nouvelle version d’Etherpad, avec une table des matières et avec des ancres, c’est-à-dire la possibilité de faire de liens d’un endroit à l’autre dans la même page, ça permettra effectivement de faciliter la contribution parce que, ce qui est le plus important évidemment pour nous, c’est de faciliter la contribution de personnes extérieures, ne serait-ce que, par exemple, pour proposer des musiques libres.
Dernier point : les personnes qui voudraient tester le pad actuel peuvent aller sur le site chapril.org, dont on a parlé tout à l’heure, notre site qui propose des services libres et loyaux dont un bloc-notes.
Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose ?

Isabella Vanni : Non. Je pense qu’on a tout dit. Je serais ravie que cette recherche que j’ai faite pour le groupe Sensibilisation puisse servir à d’autres projets au sein de l’April.

Frédéric Couchet : Super. On va préciser que toute personne est la bienvenue au sein du groupe Sensibilisation de l’April. Vous allez sur april.org et vous pouvez rejoindre la liste de discussion.
C’était la chronique de ma collègue Isabella Vanni qui est coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April.
Bonne fin de journée Isabella.

Isabella Vanni : Merci. Bonne fin de journée à vous aussi.

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission, nous allons terminer par quelques annonces. Je regarde le temps qui me reste. On y va.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : D’abord un rappel aux membres de l’April. Nous organisons notre AG, assemblée générale décentralisée, ce samedi 27 juin 2020 à 14 heures. Toutes les informations utiles sont disponibles dans votre espace membre. Évidemment, suite à la condition sanitaire en France en mars 2020 nous n’avons pas pu organiser notre assemblée générale donc elle a lieu ce samedi mais en mode décentralisé.
La fin de la saison 3 de Libre à vous ! approche ; avant la pause estivale nous sommes en période de bilan, de préparation de la saison 4. N’hésitez pas à contribuer. On vient juste de parler de bloc-notes. Vous pouvez aller voir sur le bloc-notes de 1200 lignes, mais vous n’allez peut-être pas vouloir contribuer ! N’hésitez pas à nous envoyer tout simplement un courriel ou à nous contacter sur le salon web de la radio. On a besoin de vos retours. Expliquez-nous ce qui vous plaît dans l’émission, les sujets, les chroniques, les points de vigilance, les points d’amélioration, des suggestions pour la saison 4 de manière à ce qu’on puisse démarrer la saison 4 en septembre en beauté avec vos contributions.
Jeudi soir, jeudi 25 juin 2020, Isabella anime une réunion à distance du groupe Sensibilisation. Toutes les informations sont sur april.org et toute personne peut participer, qu’elle soit membre ou pas de l’April.
Ça se sont des annonces un peu April, émission de radio.
Deux actus importantes récemment autour d’Internet.
La première c’est la loi contre la cyberhaine portée avec brio – Ah ! Ah ! Ah !, on rit, il faudrait des fois un jingle rire – par Lætitia Avia qui a été très largement censurée par le Conseil constitutionnel. Le Conseil a en effet déclaré contraire à la Constitution la quasi-intégralité de la loi de lutte contre la haine en ligne. Et au-delà de sa décision, le Conseil constitutionnel refuse le principe d’une censure sans juge dans un délai imposé d'une heure ou de 24 heures comme le prévoyait la loi. Si vous voulez en savoir plus vous allez sur le site de La Quadrature du Net, laquadrature.net et sur le site de Next INpact, nextinpact.com, où il y a un excellent article de Marc Rees.
Toujours au niveau numérique, le Health Data Hub, la plateforme d'exploitation des données de santé des patients et patientes français, on avait parlé des problèmes posés par cette plateforme dans l’émission Libre à vous! du 28 janvier 2020, suite à un dépôt en référé-liberté par un collectif d’organisations, le Conseil d’État ordonne au Health Data Hub de se mettre en conformité avec la CNIL, la Commission nationale informatique et libertés, et d’informer les personnes que leurs données peuvent être transférées aux États-Unis. Plus de détails sur le site du CNLL, cnll.fr, il y a un communiqué de presse et je crois qu’il y a le lien vers la décision du Conseil d’État.
Pour tous les autres évènements vous allez sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Véronique Bonnet, Isabelle Carrère, Joyce Markoll, Isabella Vanni.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari qui anime les émissions Et pour cause et Cyberculture sur la radio. Merci également à Sylvain Kuntzmann, Antoine, Olivier Grieco qui s’occupent de la post-production des podcasts.
Merci également à Quentin Gibeaux qui fait de la découpe des podcasts.

Vous retrouverez sur le site web, april.org et sur le site causecommune.fm, une page avec toutes les références utiles.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et faites connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.
La prochaine émission aura lieu en direct mardi 30 juin 2020. Notre sujet principal portera sur l’April avec la deuxième partie de « Au cœur de l’April » : des personnes actives au sein de l’association parleront de nos actions, de notre fonctionnement pour vous expliquer comment fonctionne l’April.

Nous vous souhaitons de passer une agréable fin de journée. On se retrouve en direct mardi 30 juin et d’ici là portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Lettre d'information publique de l'April du 1er juillet 2020

APRIL - mer, 07/01/2020 - 10:40

Bonjour,

Samedi 27 juin s'est déroulée l'assemblée générale de l'April, organisée de façon décentralisée, au vu des conditions sanitaires. Véronique Bonnet succède à Jean-Christophe Becquet et devient présidente de l'April.

L'April fait partie du Comité d'Orientation du label « Territoire Numérique Libre » et du jury. Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label avant le 15 octobre 2020 minuit.

N'hésitez pas à contribuer aux actions de notre groupe de travail Sensibilisation. Le groupe travaille notamment actuellement sur « Le jeu du Gnou » (jeu coopératif et pédagogique) et sur un « Quiz enjeux de l'informatique ». Vous pouvez relire les propositions de questions et réponses, voire en proposer de nouvelles. Toutes les informations utiles pour contribuer sont disponibles sur la page wiki du groupe.

Retrouvez-nous sur les ondes de radio Cause Commune, mardi 7 juillet 2020 de 15 h 30 à 17 h (puis en podcast) pour la dernière émission Libre à vous ! de la saison. Le sujet principal portera sur l'April. Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Il y aura peut-être aussi une émission spéciale « La playlist de Libre à vous ! » : diffusion de musiques libres commentées par Valentin (qui anime une émission musicale sur la radio cause commune). Pensez à vous abonner au podcast de l'émission.

Vous pouvez retrouver les podcasts des émissions de juin. Au programme : Framabook - les framabooks sont dits « livres libres » parce qu’ils sont placés sous une licence qui permet au lecteur de disposer des mêmes libertés qu’une personne utilisatrice de logiciels libres ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? » ; Inventaire : une application web libre permettant de faire l’inventaire de ses livres et de le partager avec ses amis et groupes et même publiquement ; des nouvelles de Nicolas Dandrimont, avec qui nous avons fait un point sur Debian et sur Software Heritage. L'envers du décor du travail parlementaire avec Christian Quest, collaborateur parlementaire de la députée Paula Forteza ; des nouvelles de Laurent Costy, vice-président de l’April, animateur du groupe Libre Association, avec qui nous avons fait un point sur comment les associations ont pu, dû, s’adapter au confinement, « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne ; la chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook » ; la pituite de Luk sur Parcoursup et l'éducation en général ; « Au cœur de l'April », plusieurs personnes actives au sein de l'April parlent des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement ; la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez sur l'application StopCovid ; présentation du label Territoire Numérique Libre.

Le groupe Transcriptions vous offre huit nouvelles transcriptions.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Véronique Bonnet, nouvelle présidente de l'April

Suite à son assemblée générale, l'April a le plaisir de vous annoncer que Véronique Bonnet devient présidente de l'association, et succède à Jean-Christophe Becquet. L'actualité d'annonce contient notamment les propos de Véronique à la clôture de l'assemblée générale.

Collectivités, participez à l'édition 2020 du label Territoire Numérique Libre

Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label « Territoire Numérique Libre » avant le 15 octobre 2020 minuit.

Le label « Territoire Numérique Libre » est une initiative de l'ADULLACT (Association des Développeurs et des Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales), destinée à mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systèmes d’exploitation libres au sein des collectivités territoriales françaises.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Véronique Bonnet, nouvelle présidente de l'April
  2. Collectivités, participez à l'édition 2020 du label Territoire Numérique Libre
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Contribuer aux projets du groupe de travail Sensibilisation
    2. Les libristes et la gratuité en 2020
    3. Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune
    4. Décryptualité
    5. Huit nouvelles transcriptions
    6. Revue de presse
  4. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  5. Soutenir l'association
  6. Rejoindre l'association à titre individuel
  7. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  8. Archives
Dossiers, campagnes et projets Contribuer aux projets du groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre. Le groupe travaille notamment actuellement sur « Le jeu du Gnou » (jeu coopératif et pédagogique) et sur un « Quiz enjeux de l'informatique » (questions autour du logiciel libre, les licences libres, etc). Le groupe organise régulièrement des réunions de travail à distance.

Toutes les informations utiles pour contribuer sont disponibles sur la page wiki du groupe.

Les libristes et la gratuité en 2020

Une tribune proposée par Laurent Costy, vice-président de l'April, Les libristes et la gratuité en 2020 (mais il y en a un peu plus, je vous le mets quand même).

Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune

Quatre nouvelles éditions de notre émission Libre à vous ! ont été diffusées en direct sur radio Cause Commune.

Émission du 26 mai 2020

Au programme : Framabook - les framabooks sont dits « livres libres » parce qu’ils sont placés sous une licence qui permet au lecteur de disposer des mêmes libertés qu’une personne utilisatrice de logiciels libres ; chronique de Véronique Bonnet sur le thème « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? » ; Inventaire : une application web libre permettant de faire l’inventaire de ses livres et de le partager avec ses amis et groupes et même publiquement.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 2 juin 2020

Au programme : des nouvelles de Nicolas Dandrimont, avec qui nous avons fait un point sur Debian et sur Software Heritage. L'envers du décor du travail parlementaire avec Christian Quest, collaborateur parlementaire de la députée Paula Forteza. Des nouvelles de Laurent Costy, vice-président de l’April, animateur du groupe Libre Association, avec qui nous avons fait un point sur comment les associations ont pu, dû, s’adapter au confinement.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 9 juin 2020

Au programme : « Internet est-il vraiment une zone de non-droit ? », argument régulièrement invoqué par les adversaires des libertés en ligne ; la chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème « Naïveté, cynisme, danger. Mark Zuckerberg et Facebook » ; la pituite de Luk sur Parcoursup et l'éducation en général.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 16 juin 2020

Au programme : « Au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement ; la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez sur l'application StopCovid ; présentation du label Territoire Numérique Libre.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Huit nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec huit nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 5 juin 2020, la synthèse de la revue du 12 juin 2020, la synthèse de la revue du 19 juin 2020, la synthèse de la revue du 26 juin 2020.

Adhésions

Au 1er juillet 2020, l'association compte 3 961 membres (3 655 personnes physiques, 306 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

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Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

Véronique Bonnet, nouvelle présidente de l'April

APRIL - mer, 07/01/2020 - 09:02

L'assemblée générale de l'April, initialement prévue samedi 21 mars 2020 à l'Université Paris 8 à Saint-Denis, a eu lieu samedi 27 mars 2020 en mode décentralisé grâce à la solution de visioconférence BigBlueButton 1. Suite à cette assemblée générale, l'April a le plaisir de vous annoncer que Véronique Bonnet devient présidente de l'association, et succède à Jean-Christophe Becquet.

Domicilié à Digne-les-Bains, Jean-Christophe Becquet exerce une activité de formateur et conseil en informatique libre. Jean-Christophe s'implique dans les communautés du logiciel libre depuis 1997. Il a notamment travaillé sur les liens entre logiciel libre et éducation populaire. Il est également l'initiateur de l'Expolibre, une exposition consacrée au logiciel libre publiée sous licence Creative Commons BY-SA. Jean-Christophe, président de l'April depuis 2015, reste membre du conseil d'administration de l'association.

Domiciliée à Paris, Véronique Bonnet, membre de l'April depuis 2014, devient présidente de l'association. Véronique est professeur de philosophie. Elle utilise, dans ses conférences et ses publications, les outils de la philosophie qu'elle met au service des enjeux de l'informatique libre, héritière, selon elle, de la philosophie des Lumières, parce qu'elle défend l'accès à un espace commun et constitue des moyens pour éviter la confiscation du savoir par les pouvoirs. Véronique propose une chronique mensuelle « Partager est bon » dans Libre à vous !, l'émission de radio de l'April.

La composition complète du conseil d'administration est disponible.

Propos de Véronique Bonnet à la clôture de l'assemblée générale

Ces derniers mois, s'il en était besoin, montrent que « le logiciel libre est plus important que jamais », pour reprendre le titre d'un article de Richard Stallman à l'occasion des 30 ans du projet GNU.

Il nous faut donc battre le fer tant qu'il est chaud, forger de plus en plus la transmission des outils libres pour devenir encore plus intensément forgerons. J'ai rencontré beaucoup de professeurs, parmi mes collègues, qui étaient réceptifs à mes propositions d'alternatives libres. Chaque fois j'expliquais que beaucoup de dispositifs de visio, aux noms apparemment anodins, Zoom, Skype, Discord, étaient loin d'être fréquentables, surtout pour des activités éducatives.

Vous connaissez l'expression Code is Law : l'usage de tel ou tel code détermine telle ou telle manière de concevoir la société, et les rapports entre les êtres. Code is Law. On pourrait dire aussi Code is Education. Le code qu'utilise le futur adulte n'est pas innocent. Ce code peut respecter ce que nous déciderons d'être, ou pas. Il peut épanouir celui qui l'utilise, ou pas. C'est ainsi que le code que l'on propose aux élèves et aux étudiants fait partie intégrante de leur formation. Il peut les dresser à la dépendance, en faire des adultes consentants, ou les éduquer à l'indépendance. Cette autonomie est si précieuse, pour toute la vie, que nous saurons, avec l'April, nous attacher à la transmettre.

  • 1. L'assemblée générale a eu lieu sur un serveur BigBlueButton mis gracieusement à notre disposition par la société Octopuce que nous remercions chaleureusement

Visioconférence simple et sécurisée, notre nouveau service Chapril

APRIL - mar, 06/30/2020 - 00:22

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le Chapril compte un nouveau service libre en ligne et accessibles à tout le monde : https://visio.chapril.org/

Le service visio.chapril.org propose une solution de visioconférence simple et sécurisée. Rien à installer, tout se passe dans votre navigateur. Pas de réglage à faire, le son est parfait par défaut. Anonyme, pas de besoin de compte. Chiffré, votre intimité numérique est préservée. Ouvert à tout le monde, invitez qui vous voulez, quand vous voulez. Un lien web, vous cliquez, on vous voit, vous pouvez parler. Le service s'appuie sur le logiciel libre Jitsi Meet.

Bravo et merci à François Poulain et Christian Momon pour ce nouveau service. Si vous aussi voulez déployer et animer un service Chapril, rejoignez-nous sur la liste de discussion chapril@april.org.

Pour rappel, le Chapril est une plateforme de l'April qui met à disposition de tout le monde des services libres en ligne. Ouvert en 2018, le Chapril se fait en tant que membre du projet CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) lancé par Framasoft.

Venez découvrir tous les services du Chapril :

Une messagerie instantanée XMPP, notre nouveau service Chapril

APRIL - lun, 06/29/2020 - 23:58

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le Chapril compte un nouveau service libre en ligne et accessibles à tout le monde : un service de messagerie XMPP.

Le service xmpp.chapril.org propose une messagerie instantanée qui respecte vos libertés et votre vie privée. Il vous permet d’échanger avec vos proches des messages, des photos, des vidéos, sans pour autant les obliger à utiliser le même logiciel que vous ni le même type d’appareil. De plus, vos échanges restent privés et vos données personnelles ne sont pas exploitées. Le service s'appuie sur ejabberd.

Bravo et merci à l'animateur de ce nouveau service. Si vous aussi voulez déployer et animer un service Chapril, rejoignez-nous sur la liste de discussion chapril@april.org.

Pour rappel, le Chapril est une plateforme de l'April qui met à disposition de tout le monde des services libres en ligne. Ouvert en 2018, le Chapril se fait en tant que membre du projet CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) lancé par Framasoft.

Venez découvrir tous les services du Chapril :

Revue de presse de l'April pour la semaine 26 de l'année 2020

APRIL - lun, 06/29/2020 - 21:17

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Next INpact] Health Data Hub: le patron de l'ANSSI appelle à son tour à un hébergement en Europe

Le vendredi 26 juin 2020.

Le sujet de la dépendance à Microsoft Azure est revenu sur le tapis à l’occasion de la conférence autour de StopCovid, cette dernière étant hébergée par Outscale de Dassault, une différence qui pose question.

Voir aussi: [francetv info] Le député breton Eric Bothorel missionné par l'Etat sur la circulation et le partage des données

✍ Lucas Hobé, le mercredi 24 juin 2020.

Le Premier ministre Edouard Philippe a confié au député des Côtes-d’Armor Eric Bothorel (LREM) une mission sur les moyens de favoriser la circulation et le partage des données, selon le Journal officiel.

[TV5MONDE] Le télétravail, une solution d'avenir pour le salarié et l'entreprise? 3/3

✍ Elena Lionnet, le mardi 23 juin 2020.

Le confinement imposé pour lutter contre l’épidémie de coronavirus a forcé des millions de personnes à rester chez elles. Pour certaines il a été impossible de continuer leur activité, d’autres y ont été obligées même si cela signifiait mettre leur vie en danger. Et puis il y a eu toutes celles qui ont pu travailler chez elles. Avec le déconfinement progressif, la question du télétravail revient donc sur le devant de la scène. Mais qu’est-ce-que le télétravail exactement? Quels sont ses forces et ses faiblesses? Qui peut travailler en télétravail? Et si c’était une occasion pour repenser la façon dont nous travaillons?

[Trust My Science] Premier modèle complet «open source» de la protéine de pointe du coronavirus SARS-CoV-2

✍ Fleur Brosseau, le mardi 23 juin 2020.

La protéine de pointe du SARS-CoV-2 permet au nouveau coronavirus de pénétrer dans les cellules humaines. Elle est donc au cœur des recherches dans le monde entier. Une équipe internationale de chercheurs propose aujourd’hui le tout premier modèle open source complet de cette protéine, ce qui permettra à toute la communauté scientifique d’effectuer diverses simulations dans le cadre de leurs recherches autour du COVID-19.

[The Conversation] Universités: l'«open education», clé de la résilience post-Covid?

✍ Pierre Boulet, le mardi 23 juin 2020.

Pour préparer une rentrée soumise aux nouvelles règles de distanciation physique, les établissements du supérieur peuvent mobiliser les ressources libres qui ont fait leurs preuves pendant la crise.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 16 juin 2020

APRIL - lun, 06/29/2020 - 11:33


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 16 juin 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Noémie Bergez - Magali Garnero - Antoine Bardelli - Quentin Gibeaux - Laurent Poujoulat - Isabella Vanni - Béatrice Pradillon - Frédéric Couchet - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 16 juin 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration :
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate, qui porte sur l'application StopCovid sous l'angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices
  2. « Au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April – Antoine Bardelli, Magali Garnero, Quentin Gibeaux, Isabella Vanni, Laurent Poujoulat, Frédéric Couchet – parlent des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement
  3. Interview de Béatrice Pradillon, de l'ADULLACT, pour présenter le label Territoire Numérique Libre
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
« Au cœur de l’April », ce sera le sujet principal de l’émission du jour. J’aurai le plaisir d’avoir avec moi plusieurs personnes actives au sein de l’April pour parler des activités de l’April, de son fonctionnement. Posez-nous toutes vos questions pendant le direct, nous y répondrons. Avec également au programme StopCovid et une présentation du label Territoire Numérique Libre ouvert à toutes les collectivités.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France, en DAB+ 24 heures sur 24 et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April c’est april.org. Vous y trouvez d’ores et déjà une page consacrée à cette émission avec les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission.

Nous sommes mardi 16 juin 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Si vous voulez réagir avec nous, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate, qui porte sur l'application StopCovid sous l'angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices

Frédéric Couchet : Évoquer le code à la main une règle de droit ou un procès en lien avec les œuvres, les données, les logiciels ou les technologies, c´est la chronique « In code we trust », « Dans le code nous croyons » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune.
Déjà on a le plaisir d'avoir le retour de Noémie après quelques semaines d’absence. Bonjour Noémie.

Noémie Bergez : Fred, bonjour. Est-ce que tu m’entends ?

Frédéric Couchet : Là c’est parfait. Bonjour Noémie.
Noémie, tu souhaites aujourd’hui de nous parler de l’application StopCovid sous l’angle du traitement des données personnelles des personnes utilisatrices. Je te laisse la parole.

Noémie Bergez : Bonjour à tous. J’espère que vous vous portez bien.

La chronique de ce jour est consacrée à StopCovid, l’application pour smartphone développée dans le cadre du déconfinement.
C’est une première. Cette application a fait couler beaucoup d’encre avant même sa mise en œuvre. Beaucoup s’interrogent sur l’utilité de cette application ou, plus grave, les atteintes aux libertés publiques qu’elle pourrait engendrer. Y a-t-il suffisamment de garde-fous autour de cette application ?
Après avoir identifié les caractéristiques de StopCodvid et les conditions de son développement, nous reviendrons sur quelques avis émis par des experts et nous aborderons comment le public a réceptionné cette application.

Les caractéristiques de l’application.
StopCovid est une application mobile de suivi de contacts qui repose sur le volontariat des personnes et utilise la technologie Bluetooth. Elle vise à dépister et isoler les personnes infectées par le coronavirus et alerter les personnes en contact avec ces dernières.
Cette application est placée sous la responsabilité du ministère des Solidarités et de la Santé. Elle est disponible depuis le 2 juin 2020 en téléchargement depuis les plateformes des GAFA. On l’installe de manière non obligatoire, elle est gratuite, son téléchargement est gratuit. Elle implique pour son utilisateur l’acceptation de la politique de données.
En pratique, le smartphone va stocker une liste de pseudonymes temporaires des appareils qu’il a croisés pendant 14 jours, c’est ce qu’on appelle l’historique de proximité. Ensuite, l’application va alerter l’utilisateur ayant été récemment en contact prolongé à moins d’un mètre de distance et durant au moins 15 minutes avec une personne ayant volontairement déclaré avoir été testée positive au coronavirus. Donc L’utilisateur peut volontairement déclarer dans l’application qu’il est positif en saisissant pour cela un code transmis par son médecin ou un laboratoire. Cela va générer une alerte envoyée à l’ensemble des utilisateurs ayant été en contact rapproché avec lui les jours précédents et dans la limite des 14 jours.
Vraisemblablement, à la suite d’une alerte, l’utilisateur en contact va très certainement se faire dépister et, s’il le souhaite, il se confinera dans l’attente du résultat et de la suite du protocole. Il y est d’ailleurs grandement invité par l’application.
Cette application est présentée comme étant transparente et protectrice de la vie privée. Son objectif annoncé c’est de casser la chaîne de transmission du coronavirus.
L’application en elle-même, évidemment, traite des données de santé. Pour rappel, les données de santé sont toutes les données relatives à la santé physique ou mentale, passées, présentes ou futures d’une personne physique et qui révèlent des informations sur son état de santé.
En revanche, il n’y a pas de données de localisation des personnes qui sont utilisées via l’application puisque c’est la technique du Bluetooth.
Il faut savoir que les données collectées sont rendues anonymes car l’application va générer des pseudonymes au moyen d’identifiants.
Tout ça fait que cette application est soumise au Règlement général sur la protection des données, le RGPD.
Il faut également noter que l’application est temporaire et qu´elle n´a pas vocation à être proposée au public après la fin de l’épidémie. La durée de vie de cette application est en principe de six mois à compter de la fin de l'état d’urgence sanitaire.

S´agissant des conditions du développement de l´application.
Le développement a été confié à l´Inria, l´Institut national de recherche en informatique, qui est également en charge de la recherche en sciences et technologies du numérique. Dans le cadre du projet de cette application StopCovid l´Inria et un institut allemand ont publié le protocole ROBERT [ROBust and privacy-presERving proximity Tracing]. Ce protocole peut être utilisé pour la construction d’applications mobiles de suivi de contacts avec deux objectifs :
le premier, le respect de la réglementation sur les données ;
le deuxième objectif c’est de pouvoir être résistant à des attaques crédibles.
S’agissant de ce protocole la Commission nationale de l´informatique et des libertés, la CNIL, s’est prononcée dans son avis du 25 mai 2020, on y reviendra. Pour la CNIL, ce protocole est conçu dans une logique de minimisation et de protection des données, donc il est considéré comme satisfaisant.
S’agissant du code source de l´application, il est publié non pas en intégralité mais en partie, c’est d’ailleurs ce qui fait débat puisque la politique de publication du code source développé dans le cadre de ce projet est présentée comme reposant sur trois catégories : une partie restreinte non publiée qui serait des tests ou des parties critiques pour la sécurité de l’infrastructure ; une partie rendue publique sans appel à contribution qui correspondrait à des parties qui implémentent directement des spécifications très précises et une partie relevant de l’« open source », entre guillemets, avec des appels à contribution sur le cœur de l’application, notamment l’implémentation du protocole ROBERT.
Ces critiques sont continues et, jusqu’à présent, c’est vrai qu’elles ont notamment eu comme point principal de dire que les parties de ce code qui n’étaient pas soumises à des licences propriétaires étaient critiquables. Il n’y a pas eu publication sous licence libre de l’application et la CNIL avait en fait demandé, elle, nous le verrons un peu plus tard, que le code source soit librement accessible, ce qui n’a pas été suivi.
Il y a d’autres analyses qui ont été faites à propos de cette application. Plusieurs experts se sont prononcés dans le milieu médical — on a le Conseil national de l’ordre des médecins, le Conseil scientifique, l’Académie nationale de Médecine —, mais également dans le domaine du numérique avec le Comité Consultatif National d'Éthique, la Commission Supérieure du Numérique et des Postes.
De mon côté j’ai retenu les informations des avis de la CNIL, du Conseil national du Numérique et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme qui m’ont semblé très intéressantes d’un point de vue juridique puisque la CNIL, à deux reprises, avant et après la mise en œuvre de StopCovid, s’est prononcée. Le 24 avril 2020 nous avons un premier avis de la CNIL sur le principe même de mise en œuvre de cette application. La CNIL indique qu’il faudra respecter certaines conditions pour être conforme au RGPD, elle insiste notamment sur l’usage volontaire de l´application, l’utilisation de pseudonymes, une utilisation temporaire et, évidemment, une conservation des données limitée dans le temps, la sécurisation des données, ainsi qu’une vigilance particulière pour le traitement des données de santé.
Pour la CNIL, la finalité de cette application doit être strictement limitée à l’alerte de personnes exposées au risque de contamination et surtout ne pas avoir pour objet de surveiller le respect des mesures de confinement ou d’autres obligations sanitaires ou bien même d’organiser une prise de contact avec la personne alertée ou de réaliser un suivi du nombre de personnes qui auraient été infectées, voire d’identifier des zones dans lesquelles ces personnes se seraient déplacées. La CNIL avait considéré que dans ces conditions la mise en œuvre de StopCovid, sous réserve qu’elle soit utile à la stratégie de déconfinement et qu’elle soit conçue de façon à protéger la vie privée des utilisateurs, était envisageable.
Le 25 mai 2020, la CNIL a rendu un second avis cette fois-ci sur le projet de décret encadrant StopCovid. La CNIL va rappeler que cette application doit être mise en œuvre avec prudence. Elle relève que l’application est utile et que le traitement est nécessaire et qu’il existe des garanties pour limiter les atteintes à la protection des données. Elle retient également que la durée limitée à six mois est satisfaisante. Elle émet cependant quelques critiques sur la manière de fonctionner de cette application, également aussi sur les informations qui sont transmises, notamment à l’égard des mineurs et des parents des mineurs. Elle évoquait aussi dans cet avis le libre accès à l’intégralité du code source de l’application.
Nous avons ensuite un arrêt également favorable par rapport à cette application qui a été émis par le Conseil national du Numérique avec quelques recommandations qui n’ont pas toutes été suivies d’effet.
En revanche, beaucoup plus limitée, la Commission nationale consultative des droits de l’homme s’était auto-saisie sur ce projet. Elle a considéré que la conformité à la seule réglementation sur la protection des données personnelles n’équivaut pas au respect des droits et libertés fondamentaux, donc elle émet un avis mettant en avant une atteinte disproportionnée.
L’Ordre des avocats du barreau de Paris a également déconseillé l’utilisation de cette application.

Aujourd’hui qu’en est-il ?
La CNIL a lancé dès le mois de juin une série de contrôles qui vont se poursuivre jusqu’à la suppression des données donc sur une période quand même de plusieurs mois et ces constatations pourront être suivies, si nécessaire, de sanctions.

Comment l’application est-elle reçue par le public ?
Le bilan est mitigé à ce jour. Il y a 1,5 million de téléchargements, ce qui représente à peine 2 % de la population française qui aurait téléchargé l´application. On ne sait même pas si ceux qui l’ont téléchargée en ont une fait une utilisation active ; est-ce que ce sont vraiment des utilisateurs ?, on ne sait pas. Le gouvernement a lancé une nouvelle campagne de communication qui est quand même teintée de certaines polémiques notamment sur la localisation des serveurs et également sur la maintenance et l’hébergement qui auraient été confiés à une société sans appel d’offres. Il faut savoir que dans d’autres pays de telles applications ont également été développées, proposées à la population et que certains ont commencé à suspendre leurs applications, notamment la Norvège.

En conclusion StopCovid est une application qui fédère peu d’utilisateurs, avec quelques points juridiques qui demeurent quand même assez flous. Donc on peut s’interroger sur l’avenir de cette application. Ce sera donc à suivre dans les prochains mois.

Frédéric Couchet : Merci Noémie. Je rajouterai que ce matin, dans un article, Mediapart explique que la collecte des données est beaucoup plus large que ce qui était annoncé et notamment prévu par le décret. Je renvoie les personnes qui écoutent l´émission à l´article de Mediapart et aussi, évidemment, aux références que nous mettrons sur april.org et causecommune.fm.
Merci Noémie pour cette reprise de chronique et j’espère qu’après la pause estivale on se retrouvera dans le studio de la radio pour ta prochaine chronique en septembre.

Noémie Bergez : Ce sera avec grand plaisir.

Frédéric Couchet : Merci Noémie. Passe un bel été.

Noémie Bergez : Merci. Au revoir.

Frédéric Couchet : On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va écouter Gimnastka par Alexandr Zhelanov. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Gimnastka par Alexandr Zhelanov.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Gimnastka par Alexandr Zhelanov, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

On va passer au sujet principal.

[Virgule musicale]

« Au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April – Antoine Bardelli, Magali Garnero, Quentin Gibeaux, Isabella Vanni, Laurent Poujoulat, Frédéric Couchet – parlent des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement

Frédéric Couchet : Le sujet principal va porter sur l’April. Nous avons intitulé ce sujet principal « Au cœur de l’April ». Depuis 1996 l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre, diffuse l’esprit du Libre. Notre vision étant que la liberté informatique est un enjeu de société.

L’émission Libre à vous ! est un de nos projets, mais il y en a bien d’autres.

On va essayer aujourd’hui et également dans le cadre d’une deuxième émission mardi 30 juin, de vous faire découvrir les coulisses de l’association, quelques actions, découvrir les personnes, soit membres de l’équipe salariée soit bénévoles, qui nous permettent d’avoir une association vivante et active pour la promotion et la défense du logiciel libre. On va tenter, modestement, de vous diffuser l’esprit de l’April.

N’hésitez pas à participer à notre conversation, à nous faire des remarques, à nous poser des questions. Pour cela rendez-vous sur le salon web de l’association, site causecommune.fm, bouton « chat », salon #libreavous.

Avec moi il y a cinq personnes. Je vais simplement commencer par une petite question. J’avais prévenu chacun et chacune d’entre vous de vous présenter, d’où vous venez, ce que vous faites à l’April, de façon courte évidemment. Je vais commencer par l’ordre des gens que je vois affichés sur le salon Mumble. Mumble est l’outil d’audioconférence qu’on utilise pour l’émission du jour. Je vais commencer par Antoine Bardelli.

Antoine Bardelli : Bonjour. Je suis designer graphique, ou graphiste, et j’interviens sur la liste Sensibilisation de l’April.

Frédéric Couchet : Super. Magali Garnero.

Magali Garnero : Bonjour. Je suis libraire et j’anime les stands de l’April. Je fais aussi un peu de radio avec le Décryptualité, tous les lundis soir.

Frédéric Couchet : Merci Magali. Isabella Vanni.

Isabella Vanni : Bonjour à tout le monde. Je fais partie de l’équipe salariée depuis 2014. Je suis coordinatrice vie associative et responsable projets. Je m’occupe de la gestion des membres, de l’organisation administrative et des nombreuses actions liées à la sensibilisation, notamment auprès du grand public.

Frédéric Couchet : Laurent Poujoulat.

Laurent Poujoulat : Bonjour. Je suis informaticien, je suis membre de l’April depuis 2016. Je participe au Chapril comme animateur des services Valise et Mumble et je participe aussi au groupe de traduction GNU.

Frédéric Couchet : Bien sûr on aura l’occasion tout à l’heure d’expliquer ce qu’est le Chapril.
Dernière personne, Quentin Gibeaux.

Quentin Gibeaux : Bonjour. Moi c’est Quentin, alias QGuLL. Je suis membre de l’April depuis 2009. Je suis entré dans l’aspect technique en 2012 avec un stage pendant mes études. Je suis revenu après en 2016 en tant que bénévole sur l’admin-sys de l’April et je suis actuellement le scrum master de l’équipe admin-sys de l’April. On gère l’infrastructure et tous les outils nécessaires au fonctionnement de l’association.

Frédéric Couchet : Merci Quentin. Tout à l’heure on aura l’occasion d’expliquer ce qu’est un scrum master.
Première remarque que je vais faire : sur les cinq personnes qui sont présentes il y a deux informaticiens et les trois autres personnes ne sont pas informaticiennes. L’April n’est pas une association remplie d’informaticiens ou d’informaticiennes, au contraire c’est une association très diverses.
Vous avez vu cinq personnes avec moi, on va aborder plusieurs sujets. On fera une deuxième émission avec d’autres personnes. On va commencer par la partie sensibilisation. L’April c’est promouvoir et défendre le logiciel libre. Aujourd’hui on va parler plutôt parler de la partie promotion. On va commencer par le groupe de travail Sensibilisation notamment avec Antoine et Isabella qui sont deux personnes très actives au niveau de ce groupe.
Première question Isabella, est-ce que tu peux nous expliquer ce que fait ce groupe, les objectifs et le fonctionnement du groupe de travail Sensibilisation ?

Isabella Vanni : Le groupe de travail Sensibilisation a pour but de proposer des outils de communication pour sensibiliser notamment le grand public aux logiciels libres et aux formats ouverts. Quand je parle d’outils de communication, ça peut être plusieurs choses, ça peut être des flyers, des dépliants, des affiches, des autocollants, voire des panneaux d’information comme l’Expolibre, on en parlera peut-être tout à l’heure. Au cours des deux dernières années on a lancé aussi deux nouveaux projets, un quiz sur les enjeux de l’informatique et un jeu de plateau coopératif.
C’est important de dire que toutes les ressources sont disponibles sur notre site, elles sont publiées sous licence libre, cela va de soi. De cette façon tout le monde peut les utiliser, les partager, les adapter à ses besoins.
Pour ce qui concerne le fonctionnement, le groupe, en fait, a une liste de discussion dédiée, ouverte à tout le monde, n’importe qui intéressé à ces sujets peut s’inscrire, membre de l’April ou pas.
On fait aussi des réunions régulières chaque troisième jeudi du mois. Avant cette situation sanitaire particulière, on faisait des réunions physiques à Paris. Depuis le confinement, on a l’habitude de les faire à distance, ça marche très bien.
On a aussi une page wiki et on travaille énormément sur les pads, c’est-à-dire des documents collaboratifs auxquels chacun et chacune peut contribuer à distance.
C’est important de dire, comme tu le rappelais tout à l’heure, qu’on parle de la promotion, donc il ne faut pas être forcément informaticien/informaticienne pour participer au groupe. On parle de sensibilisation, des principes, de la philosophie du logiciel libre, donc n’importe qui intéressé par ce sujet peut participer, peut nous donner des idées, faire des relectures, faire des propositions, relever des points d’amélioration sur les ressources qu’on a produites. C’est vraiment un groupe ouvert à tout le monde.

Frédéric Couchet : Merci Isabella. Avant de passer la parole à Antoine, dans l’émission on va essayer aussi de mettre en valeur des points communs à l’ensemble des actions de l’April et des groupes de travail. Une chose importante que tu as dite c’est que la plupart, la quasi-totalité des activités de l’April sont des activités publiques, c’est-à-dire que n’importe qui, que la personne soit membre ou pas de l’April, peut participer à l’activité. Typiquement, pour le groupe de travail Sensibilisation, c’est simplement l’inscription sur une liste de discussion qui permet de participer et participer à des réunions, sans vérification que la personne est membre ou pas.
Parmi les outils que tu as cités un outil qu’on utilise beaucoup, tu as parlé du pad, en fait ce sont des bloc-notes, ce sont des outils en ligne qui permettent de modifier du texte sans avoir à se créer un compte, etc. Un autre exemple d’utilisation de blocs-notes c’est la préparation de l’émission Libre à vous !. Toute la préparation de l’émission Libre à vous !, si vous allez sur april.org ou sur causecommune.fm vous trouverez le lien, se fait via un bloc-notes dédié sur lequel on place nos idées d’émission, nos idées de personnes à inviter. Pour les musiques on a aussi un bloc-notes dédié. On les met, on les choisit là-dedans et d’autres personnes peuvent contribuer. C’est un point essentiel dans l’activité de l’April : c’est une activité qui peut être faite par n’importe quelle personne, qu’elle soit membre ou pas de l’April.
D’ailleurs Antoine Bardelli, toi tu es graphiste. Je ne me souviens pas si, quand tu as rejoint le groupe Sensibilisation, tu étais déjà membre ou pas de l’April, à la limite peu importe, en tout cas tu es arrivé il y a quelques années maintenant, plus d’une dizaine d’années je pense, à un moment où on avait bien besoin de graphistes, tu es arrivé dans le groupe Sensibilisation. Tu as commencé par travailler sur un projet qui existe toujours qui est un poster et un dépliant qui s’appelle « Le logiciel libre comment ça marche ? » Quelle a été ton expérience de contribution justement à ce groupe Sensibilisation ?

Antoine Bardelli : Isabella a déjà bien décrit le groupe. Effectivement, je suis arrivé il y a plus d’une dizaine d’années dans le groupe Sensibilisation parce que je voulais contribuer au logiciel libre. Avant, on va dire deux ans avant, j’étais déjà passé au logiciel libre, mais c’est vrai que j’avais envie de contribuer. Je me suis tourné vers quelque chose qui était le plus proche de mes activités, j’étais directeur artistique en agence à l’époque, ça m’intéressait le de mettre en application pour le logiciel libre que je ne trouvais pas forcément assez bien mis en valeur dans la communication en général, on ne le voyait pas forcément. Le logiciel libre, on va dire, n’a pas des moyens d’une entreprise pour se payer de la communication. C’était intéressant pour moi d’intervenir à ce niveau-là.
Quand je suis arrivé dans le groupe Sensibilisation il y avait effectivement, quand même, beaucoup de projets qui étaient en place, des choses qui étaient faites, mais il fallait quand même travailler l’aspect final pour qu’on puisse le diffuser avec plus d’impact vers le public, donc c’était une des premières phases, une des premières intentions quand je suis arrivé dans ce groupe. Après, bien entendu, dans la sensibilisation il y a tout un process – on va dire qu’on fait tous plus ou moins un petit peu comme on souhaite, ce n’est pas forcément un process établi –, mais il y a des étapes où on discute beaucoup sur ce qu’on peut faire, sur ce qu’on a envie de faire, ce qu’on a envie de prendre en charge et puis on propose. C’est-à-dire qu’on fait le travail un petit peu dans son coin, des fois, puis on propose une version et des personnes annotent, etc. Petit à petit on arrive à des outils de communication qui sont finalement assez aboutis, mais ça prend effectivement un certain temps.

Frédéric Couchet : C’était il y a combien de temps ? Est-ce que tu t’en souviens ?

Antoine Bardelli : C’était en 2011 [2009, correction de l’intervenant] à peu près.

Frédéric Couchet : D’accord. Je croyais que c’était plus ancien. 2011, ça fait quand même presque neuf ans et tu continues à contribuer. On parlera aussi tout à l’heure d’un autre projet, l’Expolibre, qui a commencé il y a bien longtemps et dont on vient de publier récemment une version italienne après les versions espagnole, anglaise et française.
Tu disais qu’à l’époque tu étais directeur artistique, par rapport à ton expérience d’avant, quand tu es arrivé dans la communauté du groupe Sensibilisation de l’April est-ce que c’était pareil ? Est-ce que les remarques étaient du même format ? Est-ce que c’était plus compliqué de travailler avec nous ? Comment c’était ?

Antoine Bardelli : Non ! Moi je suis arrivé dans univers qui est totalement différent. La création graphique ou la création artistique c’est relié au droit d’auteur et tout le monde travaillait avec des logiciels propriétaires. J’étais arrivé un petit peu comme le loup dans la bergerie. Effectivement, une fois qu’on a acquis tous les principes du logiciel libre, tout ce qui relève des licences libres, etc., on peut aussi faire la même chose. Donc effectivement, quand je suis arrivé, on se demandait un petit peu comment j’allais pouvoir participer.

Frédéric Couchet : Quand tu disais qu’on se demandait comment tu allais pouvoir participer, c’est-à-dire que ton expérience d’outils, notamment pour la création que ce soit d’images, de flyers, c’était que le logiciel libre était en retard ou pas à cette époque-là ?

Antoine Bardelli : Ce n’était pas un retard, c’était que ça prenait beaucoup plus de temps pour réaliser les mêmes tâches. Avec le logiciel propriétaire, les flux de production dans ce domaine sont assez avancés. Aujourd’hui on peut faire pratiquement tout ce qu’on veut avec du logiciel libre, sans problème, on peut faire la même chose. Il faut juste connaître les logiciels et c’est effectivement ce que j’ai fait en arrivant. J’ai vu que je devais passer par des logiciels libres à fond pour pouvoir produire des documents. Donc il y a effectivement une année où j’ai appris tous les logiciels libres qui étaient les plus proches de mon métier pour faire les documents de l’April.

Frédéric Couchet : Finalement ça t’a permis d’augmenter ta capacité de travail et de découvrir une nouvelle informatique. Par exemple aujourd’hui, si je me souviens bien, même pour tes clients tu fais tes sites web en Wordpress ou en Spip qui sont deux logiciels libres pour créer des sites web.

Antoine Bardelli : Oui, aujourd’hui effectivement le logiciel libre fait partie intégrante de mon offre on va dire professionnelle, de ce que je propose à mes clients. Oui, même s’ils n’en ont pas toujours conscience !

Frédéric Couchet : D’accord. En tout cas, sur le site de l’April, il doit y avoir un historique de nos productions de type sensibilisation, je pense que vous verrez un avant et un après un Antoine Bardelli sur la qualité. L’avant Bardelli c’est sans doute très noir avec beaucoup de texte. L’Après Bardelli il y a beaucoup plus de couleurs, beaucoup plus d’images, c’est beaucoup plus aéré, en tout cas c’est beaucoup plus joli et surtout beaucoup plus percutant pour les publics cibles.

Antoine Bardelli : La coupure ne se verra peut-être pas forcément si bien que ça, quand même, mais il y a effectivement des documents qui sont déjà beaucoup plus illustrés, on va dire. Effectivement, avant il y avait beaucoup de texte, c’était très verbeux. Il a fallu beaucoup travailler sur la réduction ou sur la synthèse des textes, bien avant de commencer à faire des choses visuelles. C’est pour ça qu’il y a des process qui sont parfois assez longs sur la liste Sensibilisation, parce qu’effectivement les textes ça se discute, beaucoup, alors que le graphisme, finalement, étant donné qu’il y a moins de graphistes ou de designers sur la liste, je suis un petit peu en autonomie.

Frédéric Couchet : Ça c’est un point intéressant. Je précise que sur le salon Quentin précise qu’on devrait parler de l’époque « pendant Bardelli » plutôt que « après Bardelli », parce qu'Antoine Bardelli est évidemment toujours avec nous et j’espère pour longtemps.
Justement, tu parles du process, je vais relancer Isabella sur ce sujet, sur la partie textuelle, pas sur la partie des images là où, effectivement, Antoine se retrouve peut-être un petit peu tout seul, donc on encourage également les gens graphistes, les personnes graphistes à rejoindre le groupe Sensibilisation. Donc pour les textes comment ça se discute ? Quel est le processus pour arriver finalement à un texte validé ? Isabella.

Isabella Vanni : C’est une bonne question. J’ai en tête deux possibilités. Déjà une personne qui a envie de proposer un outil, par exemple une nouvelle affiche, va proposer cet outil sur la liste de discussion, va peut-être ouvrir un pad pour commencer déjà à rédiger quelques suggestions de texte. Ça peut être aussi une proposition de ma part lors de réunions, je peux dire « je vous propose de travailler, de réfléchir à ce sujet », donc j’ouvre un pad ou bloc-notes, pour mieux me faire comprendre, et on commence à faire une « tempête de cerveaux », comme on dit en français, pour donner des idées. Donc on va dire que l’éditeur de texte en ligne c’est vraiment l’outil le plus pratique parce que c’est très intuitif, il n’y a pas besoin d’inscription. Il suffit juste de se connecter avec un navigateur et on peut commencer à écrire et, en plus, chaque contributeur a une couleur, donc il est aussi possible de suivre les propositions, il est possible de faire des commentaires. C’est une façon de travailler qui est très enrichissante, très inspirante et aussi très bruyante parfois, c’est-à-dire qu’il peut y avoir beaucoup de propositions, de variantes, de personnes qui ne sont pas d’accord sur une phrase, qui voudraient la reformuler, mais ça fait partie du processus et c’est comme ça qu’on arrive à faire un texte.

Frédéric Couchet : Tu disais effectivement que sur les textes il faut être précis, c’est de la sensibilisation. Il faut être d’autant plus précis que le texte peut être court. On va prendre un exemple qui est l’Expolibre. Le site web consacré à l’Expolibre c’est expolibre.org, ce sont actuellement huit panneaux de sensibilisation au logiciel libre. Les premiers panneaux, ce n’est pas nous qui les avions faits, il y avait beaucoup de texte et l’une des premières contributions d’Antoine a été de dire « il faut revoir le graphisme, mais il faut aussi réduire le texte ». Dans ce cadre-là, en réduisant le texte, forcément on met moins de texte, donc il faut être plus précis sur les mots en sachant qu’en plus l’Expolibre s’adresse au grand public. L’un des choix qui avait été fait, si je me souviens bien, ça a été aussi de dire de ne pas mettre des noms de logiciels ou autres pour ne pas dater l’Expolibre, parce qu’on considère que l’Expolibre doit être affichée dans des endroits où il y a des gens qui vont répondre aux questions.
Antoine, est-ce que je résume bien ta contribution sur la partie Expolibre et qu’est-ce que tu as retiré de ta version 2 en français et ensuite des différentes traductions ?

Antoine Bardelli : Effectivement, l’idée c’est de synthétiser.
Dans les versions 1 et 2 de l’Expolibre, il y avait vraiment beaucoup de texte, donc il fallait vraiment faire quelque chose de beaucoup plus synthétique sur l’Expolibre 3. Le fait de faire quelque chose de plus synthétique ça permet aussi d’avoir plus de place, de travailler et de mettre un petit peu en avant des visuels. Ça c’était effectivement l’objectif et je pense qu’on a relativement bien réussi ce projet. Il y a des projets qui sont effectivement du même ordre. Au début il y a beaucoup de contenu et puis il faut le réduire pour qu’il y ait vraiment une synthèse pour le grand public. Ça c’est effectivement très important.

Frédéric Couchet : Oui, tout à fait. Je vois sur le salon qu’il y a une remarque sur les pads, les blocs-notes. Effectivement, un outil ne suffit pas à lui seul, il y a toute une méthode de travail et justement une des actions actuellement de Isabella, on en parlera peut-être tout à l’heure, c’est d’accompagner les gens, les personnes à utiliser les blocs-notes et peut-être trouver des nouvelles versions, des nouveaux outils, pour permettre aux personnes néophytes de pouvoir contribuer facilement. Isabella tu en parles rapidement, maintenant, comme ça après on va passer à des aspects un peu plus techniques, mais on reviendra évidemment sur la sensibilisation. Isabella, justement sur ces fameux blocs-notes.

Isabella Vanni : Le pad est très utile, mais dans le cas d’un texte particulièrement long et complexe on s’est rendu compte qu’on avait du mal à recruter de nouvelles personnes contributrices, c’est-à-dire qu’on s’est rendu compte que c’était, comment dire, un peu brut et aussi un peu difficile pour ce qui concerne la navigation, c’est-à-dire que les personnes disaient « je ne trouve pas l’information, c’est trop long, je ne comprends pas trop ce qui se passe ». L’idée c’est de faire évoluer notre outil actuel pour que ce soit plus agréable à lire, pour que ce soit plus facile concernant la navigation et que, du coup, ça attire du monde et que ça donne envie de participer. L’outil c’est important, mais il faut aussi prendre en compte les besoins et les aptitudes des personnes qui souhaiteraient participer. Donc on est en train de chercher.

Frédéric Couchet : Exactement. Comme je le dis, l’outil principal qu’on utilise actuellement notamment pour préparer l’émission de radio c’est un bloc-notes, vous retrouverez les références sur april.org et causecommune.fm. Vous verrez que c’est assez long, mais tant qu’on n’a pas trouvé de meilleur outil on continue à l’utiliser. Le point important c’est que vous pouvez contribuer en proposant des sujets, en proposant des musiques, donc n’hésitez pas surtout pas.
Tu parlais de point technique, on va justement enchaîner avec l’aspect technique au niveau de l’April, même si, évidemment, on va revenir tout à l’heure sur la sensibilisation et qu’on ne s’en éloigne pas totalement, en fait, avec l’un des autres projets. On va passer un petit peu à l’admin-sys et à Chapril. L’admin-sys c’est donc l’administration système, c’est la gestion des serveurs et des services pour l’April et Chapril ce sont des services libres et loyaux proposés par l’April à toute personne qui souhaite les utiliser. On va déjà commencer par une courte explication sur ces deux groupes de travail. Pour l’admin-sys Quentin Gibeaux. Quentin, explique-nous ce que fait, quel est l’objectif de ce groupe de travail admin-sys et comment il fonctionne.

Quentin Gibeaux : Le groupe de travail admin-sys c’est une petite équipe de bénévoles tous membres de l’April. C’est une petite contrainte qu’on a : comme on gère un petit peu les données, on a un engagement personnel à faire les choses correctement, donc il faut au moins que les personnes soient adhérentes.
On est quelques bénévoles et on gère l’infrastructure, donc tous les serveurs, tous les services, tous les outils techniques qui permettent à l’association de fonctionner. Ça va être le site web, les différents services en ligne, ce Mumble qu’on utilise actuellement pour l’émission de radio. C’est à la fois du travail d’installation, beaucoup de travail aussi de maintenance, réparer les pannes quand elles surviennent, changer un disque dur quand il y a un disque dur à changer sur le serveur, etc.
La particularité de ce groupe, un peu comme pour tous les groupes de l’April, c’est de n’être composé que de bénévoles ce qui impose certaines contraintes, en fait, sur ce métier-là qui ne sont pas forcément présentes professionnellement : on est peut-être sur du temps un peu plus long que professionnellement car c’est suivant les agendas des gens qui contribuent. C’est pour ça qu’on a une organisation qui se force à avoir des réunions mensuelles pour faire le point sur l’infrastructure et à avoir une certaine agilité qu’on a mise en place pour pouvoir se forcer à se poser les questions des choses qui sont à faire en ce moment, les différentes urgences, etc. Après on a forcément adapté l’agilité pour qu’elle soit un petit peu plus sur le long terme que sur le court terme parce qu’évidemment c’est difficile d’être sur des temps très courts en tant que bénévole, mais c’est comme ça qu’on fonctionne.
Je voulais refaire un petit parallèle, du coup, avec ce qu'Antoine disait sur le fait de se forcer à utiliser des logiciels libres. On a la même chose, en fait, dans ce groupe de travail. Tous les outils de l’April sont des logiciels libres, donc c’est aussi intéressant professionnellement pour nous parce que ça nous pose dans un contexte spécial. Si notre métier c’est de faire de l’admin-sys, dans le contexte du travail on ne va pas forcément avoir les contraintes de n’utiliser que du logiciel libre, donc ça va être facile de tomber dans « on va utiliser tel logiciel privateur à côté et ne pas se poser la question de est-ce qu’il y a vraiment une solution libre disponible ? » Donc une manière aussi de s’émanciper dans ce groupe de travail c’est de se forcer à avoir ce contexte 100 % libre, de ne chercher vraiment que des solutions libres pour répondre à tous les besoins qui peuvent se présenter.
Peut-être, pour faire un petit parallèle avec Chapril, le projet Chapril a été créé dans un premier temps par l’équipe admin-sys parce qu’il fallait bien démarrer de quelque part, mais justement on l’a créé de manière à ce qu’il s’émancipe lui-même et toujours avec l’idée que ce soit indépendant l’un de l’autre, comme ça il n’y a pas de conflit sur l’infrastructure et sur les différents outils.

Frédéric Couchet : Quentin, sur le salon web mon collègue Étienne Gonnu, Isabella aussi et moi-même disons qu’on tient à saluer la réactivité des admin-sys de l’April car même si vous êtes bénévoles vous êtes très réactifs. Vraiment félicitations et un grand merci.
Tout à l’heure, en introduction, tu as employé un mot, scrum master. Il faut que tu mettes un terme à ce suspense, c’est quoi un scrum master en quelques mots ?

Quentin Gibeaux : En fait ça fait partie de la philosophie de l’agilité. C’est simplement une manière de concevoir le besoin et les choses à faire. On a défini plusieurs rôles : le product owner c’est la personne qui « gère » le produit entre guillemets ; le scrum master c’est la personne qui gère les scrums d’agilité. En fait, c’est simplement qu’il y a une personne qui se positionne dans la réflexion de « de quoi a-t-on besoin pour l’April » et il y a une personne qui va se positionner sur « comment répondre à ce besoin » et c’est cette personne-là qui va gérer l’équipe et dispatcher les tâches, le travail, suivant les bénévoles, les disponibilités et les choses à faire.

Frédéric Couchet : Antoine tu es le scrum master, on va dire que c’est toi qui animes l’équipe d’admin-sys, c’est une sorte de coordinateur. Moi je suis ce qu’on appelle le product owner en anglais, je ne sais pas comment ça se traduit, mais en fait, en gros, je représente l’association et j’exprime les besoins. Chaque mois, comme tu l’as dit tout à l’heure, à 21 heures sur Mumble on fait un point entre moi et l’équipe sur les besoins, où on en est, etc. C’est un travail d’équipe mais effectivement, la majeure partie de l’admin-sys de l’April est gérée par des bénévoles.
Tu viens d’expliquer que l’admin-sys c’est pour les services de l’April, pour l’association, ses membres, son équipe salariée. Il y a quelques années on a lancé le Chapril pour participer au collectif CHATONS de Framasoft. Laurent Poujoulat, tu fais partie du Chapril. Explique-nous ce qu’est le Chapril et qu’elle est la différence d’objectifs et peut-être la différence de fonctionnement, de complémentarité, avec le groupe admin-sys.

Laurent Poujoulat : Le Chapril c’est un groupe qui a pour but de montrer qu’on peut utiliser au quotidien des services libres, pas forcément directement des logiciels libres mais au moins des services libres, montrer aux gens qu’on peut se passer des services des GAFAM, tout simplement.
Pour ça l’April s’est dotée du groupe Chapril et, en se basant sur l’infrastructure construite par les admin-sys, on a un groupe d’admin-sys, non pas d'anim-sys, qui chacun va gérer un service.
Pour la gestion de ces services chacun choisit le service qui lui plaît le plus, évidemment on en discute, on ne met pas n’importe quoi, puis le met en place, le déploie dans l’infrastructure du Chapril et après le gère et l’anime, ou non anim-sys d’ailleurs.

Frédéric Couchet : D’accord. On va rappeler que les GAFAM sont les fameux géants du Net qui se gavent de nos données personnelles, Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft et autres.
Le site Chapril sur lequel vous pouvez trouver les services Chapril c’est chapril.org. Par exemple vous allez trouver un service de blocs-notes, vous allez trouver un service de copie de documents, enfin d’hébergement de fichiers, vous allez trouver un serveur d’audioconférence Mumble et d’autres services qui existent et qui vont arriver. D’ailleurs, dans l’émission du 30 juin nous aurons Christian-Pierre Momon qui est l’animateur du Chapril. Ces services, contrairement aux services de l’admin-sys, sont ouverts à toute personne qui le souhaite, qu’elle soit ou pas membre de l’April ; ils sont offerts librement et gratuitement et on a un engagement de les maintenir sur le long terme.
Je vois quand même que le temps file. On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va écouter Memories par Atch. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Memories par Atch.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Memories par Atch, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons poursuivre notre tour d’horizon des activités de l’April et du fonctionnement de l’April.
Juste avant la pause musicale on parlait un petit de technique, on va y revenir après. Je voudrais qu’on aborde un nouveau sujet qui est un petit peu lié au premier, la sensibilisation, c’est la présence de l’April à des conférences, à des évènements, à des stands, donc de l’importance de la présence à ces évènements, quels types d’évènements, etc. Je vais commencer par demander à Magali Garnero qui a tenu de très nombreux stands pour l’April. Magali, est-ce que tu peux expliquer pourquoi il est important, selon toi, d’être présente à des évènements et à quels types d’évènements l’April est présente ?

Magali Garnero : L’April est présente à de nombreux évènements que ce soit des évènements pour libristes comme les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, les Journées du Logiciel Libre à Lyon ou le Capitole du Libre à Toulouse. Là on est un peu entre informaticiens, donc on tient au courant de toutes les actions que l’April fait parce que l’April fait énormément de choses, il est quasiment impossible de tout suivre.
Il y a d’autres évènements beaucoup plus grand public. On est allé à la Fête de l'Huma, on est allé aux Geek Faëries, à Geekopolis à l’époque où ça existait encore, au Paris Open Source Summit où là ce sont plutôt des gens du grand public, qui ne connaissent pas forcément grand-chose à l’informatique et on essaie, comment dire, de les sensibiliser aux enjeux du logiciel libre, à toutes les lois qui sont passées qui vont à l’encontre du logiciel libre ou, tout simplement, aux risques que les GAFAM — Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft — font peser sur le logiciel libre.

Frédéric Couchet : C’est l’occasion, je suppose, de diffuser, distribuer des documents de sensibilisation produits par le groupe Sensibilisation, que ce soit des dépliants, de mettre l’Expolibre, évidemment tu parles également du Chapril. Est-ce qu’il faut des connaissances particulières, notamment pointues, pour animer un stand de l’April, pour expliquer, pour être présent sur un stand de l’April ? Est-ce qu’il faut des compétences particulières ?

Magali Garnero : Il faut aimer parler. Il faut savoir communiquer avec des gens qu’on ne connaît pas, tout simplement, ne pas avoir peur d’aller vers les inconnus. Il faut quand même se tenir au courant de l’actualité de l’April et depuis des années, depuis qu’Isabella est là mais même avant avec Aurélia, il y a toujours une très bonne ambiance sur les stands, ce qui permet aux bénévoles de se connaître, de discuter, des fois il y a des projets qui se montent comme ça. C’est vraiment sympathique de participer aux stands sans avoir besoin de beaucoup de connaissances. Typiquement suivre la lettre d’information suffit amplement pour tenir un stand.

Frédéric Couchet : On va préciser que les groupes dont on a parlé juste avant et notamment admin-sys et Chapril, c’est un engagement un petit peu sur la durée, parce que l’admin-sys, si les serveurs de l’association tombent, eh bien on est mal ! Le service Chapril, comme l’a expliqué tout à l’heure Laurent, on s’engage à maintenir un service Chapril sur la durée parce qu’il va être utilisé par des personnes. Les stands, par contre, une contribution ponctuelle est possible. Je crois d’ailleurs qu’on a plusieurs membres dont la contribution est d’être présents à des stands ; ils prennent une journée ou deux parce que ce sont souvent des stands en semaine et ça permet à ces gens-là de contribuer ponctuellement à l’association.

Magali Garnero : L’avantage d’aller sur des stands, Christian et moi y allons souvent, Isabella également, c'est qu'à chaque fois qu’on est dans une autre ville que Paris on rencontre les bénévoles du coin. On rencontre la communauté locale qui n’ira pas forcément à d’autres évènements, dans d’autres villes. Donc ça permet vraiment de créer du lien dans les différents endroits où on va.

Frédéric Couchet : Je vais demander à Isabella ce qu’elle en pense. Je suis en train de regarder le salon web de la radio. N’hésitez pas à nous rejoindre sur le site web causesommune.fm, vous cliquez sur le bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon #libreavous. Je vois que Danke revient sur la partie sensibilisation de tout à l’heure : « Le choix de l’outil libre comme postulat influence la méthode de travail à cause de sa moindre disponibilité. Ça peut être déroutant, voire bloquant, en fonction des personnes auxquelles on s’adresse. » Effectivement, c’est un point qui a été évoqué au début par Antoine, tout à fait. Néanmoins nous ne sommes pas des gens qui, disons, repoussons tout le monde. Si la personne n’utilise pas 100 % de logiciel libre, un point qui peut être important, c’est que la personne peut produire un document de sensibilisation avec un outil privateur, mais si elle peut l’exporter, d’ailleurs elle doit le faire si possible dans un format ouvert, ça nous permet de le récupérer et ensuite de pouvoir le modifier avec des logiciels libres, donc aussi l’importance des formats ouverts. D’ailleurs le groupe Sensibilisation a fait un dépliant et même un mini site web sur les formats ouverts que vous retrouverez en référence évidemment sur les pages consacrées à l’émission. C’était une excellente remarque, effectivement on essaye d’accompagner les gens comme le dit d’ailleurs Christian-Pierre Momon qui est sur le salon.
Isabella, Bookynette venait juste de parler des stands et de la bonne humeur. C’est vrai que c’est quelque chose qui me marque toujours, l’incroyable bonne humeur qu’il y a sur les stands, on sent presque, je vais dire, une famille, je ne sais pas. J’avais l’impression de ça, je suis marqué par le fait qu’il y a une vraie bonne ambiance sur les stands, on a l’impression d’avoir une petite famille, une petite communauté interne. D’ailleurs l’April c’est un petit peu ça, c’est un peu une communauté de différents projets qui, de temps en temps, se retrouvent lors d’évènements plus grands, que ce soit des assemblées générales, des April Camp sur un week-end, même sur des visioconférences.

Isabella Vanni : On a aussi parlédes apéros April ou pas encore ?

Frédéric Couchet : On n’a parlé des apéros April, effectivement. Vas-y, parle-nous des apéros April.

Isabella Vanni : Déjà, je suis contente d’entendre que vous vivez cette ambiance joyeuse et chaleureuse sur nos stands. Je suis de l’autre côté donc je suis bien, je suis contente d’avoir les bénévoles avec moi. Ça fait plaisir d’avoir cet autre point de vue.
Oui, on participe à des évènements qui sont organisés un peu partout en France, mais on organise nous-mêmes des évènements et tout particulièrement on organise un évènement par mois qui s’appelle l’apéro de l’April, qui a lieu un vendredi par mois. Ce n’est jamais le même vendredi, ça peut être le premier, le dernier, ça va vraiment dépendre de la disponibilité de l’équipe salariée pour animer la soirée. C’est un rendez-vous informel, autour d’un verre, qui permet de discuter des actualités de l’April, mais aussi de mieux se connaître. C’est vraiment important cette fonction d’animer la vie associative. On est une association, on a besoin de nos membres, donc on cherche aussi des occasions pour les voir, pour les connaître pour qu’ils se sentent bien à l’April.

Frédéric Couchet : C’est un point important parce que contrairement à beaucoup d’associations qui, quand elles ont une équipe salariée, finalement se reposent sur l’équipe salariée, à l’April on a toujours eu la volonté d’avoir à la fois une équipe salariée mais aussi des bénévoles. Effectivement les apéros c’est une façon de créer du lien mais aussi de lancer des projets. Les apéros ont lieu au local, à Paris, parce que l’équipe salariée est à Paris, mais, comme tu le dis, il y a aussi des apéros en région et évidemment si vous nous invitez à venir on viendra. Actuellement c’est un peu plus compliqué mais bientôt il sera de nouveau possible de voyager et de pouvoir aller à des apéros.
Avant de passer la parole à Magali qui veut intervenir, je vois que sur le salon web Françoise62_-_ nous dit « j’aimerais bien voir l’April chez nous ». En fait, l’April n’est pas loin de chez vous. Elle est déjà sur les listes de discussion que vous pouvez rejoindre et après, physiquement, il y a sans doute des évènements auxquels on peut participer, je ne sais pas du tout dans quelle région vous êtes. Quand des groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices locaux organisent des évènements, nous on est présents, on peut se déplacer. C’est vrai que l’équipe salariée est basée à Paris, mais une bonne partie de l’activité de l’April se fait, en fait, en ligne. Pour répondre à Étienne qui est toujours sur le salon web qu’il y aura un retour des apéros à Paris au local en septembre et, je pense, à Boulogne-sur-mer. Je pense qu’on serait ravis d’aller à Boulogne-sur-mer si un apéro s’organise. On peut, et d’ailleurs c’est un appel aux membres et aux soutiens de l’April, si vous voulez organiser un apéro autour de l’April, on l’a déjà fait plusieurs fois, vous trouvez une salle, un café ou autre, et nous on vient pour parler de l’April et répondre à vos questions.
Je regarde sur l’autre salon, sur le salon interne Mumble qui voulait réagir. On va commencer par Magali qui souhaite parler et ensuite ce sera Quentin. Magali.

Magali Garnero : En fait, que ce soit les apéros organisés par l’équipe salariée, que ce soit les salons, il faut savoir qu’on est très bien traité en tant que bénévole. On arrive sur un stand, il y a Isabella qui dit « il faut faire ci, il faut faire ça », donc on sait exactement ce qu’il y a à faire. Ensuite on est abreuvé si on a soif. Elle est vraiment aux petits soins avec nous et l’ambiance est chaleureuse, les gens viennent nous rencontrer et sont heureux de retrouver l’April, ils sont heureux des activités qu’on fait ce qui fait qu’on se sent vraiment utile sur un stand où même à un apéro où on peut discuter de sujets bien pointus et c’est un bonheur d’être à l’April.

Frédéric Couchet : Quentin, tu voulais faire une remarque sur le 62. Je suppose que c’est le département 62.

Quentin Gibeaux : Oui. Je ne sais pas exactement, c’est peut-être dans le Nord, en tout cas c’est juste à côté, je crois que c’était peut-être en 2017, on avait fait un stand de l’April directement sur un évènement qui se situait à la Coupelle-Neuve. C’était un évènement un peu transversal où il y avait des associations écologistes, des associations un peu culturelles et, du coup, il y avait aussi un stand de l’April qui était venue sur cet évènement qui s’appelait Les Coquelicots, je crois que c’est organisé par l’association A Petits Pas. Je crois que ça revient tous les deux ans et ce n’est pas dit qu’on n'y pas retourne et qu’on participe à nouveau, donc c’est une occasion de venir nous voir. Après, s’il y a d’autres évènements sur d’autres villes de la région on peut aussi participer. Sinon, dans la région Nord-Pas-de-Calais, tous les ans on tient un stand avec les autres associations libristes de la métropole de Lille à la Braderie de Lille le dernier week-end d’août ou le premier week-end de septembre, je ne sais plus. Ce n’est pas forcément un stand April, c’est un stand commun, géré sans hiérarchie, de toutes les associations libristes du coin. Il y a Chtinux, il y a Cliss XXI, il y a d’autres associations du coin qui viennent et qui participent.

Frédéric Couchet : On va préciser que la Braderie de Lille c’est le premier week-end de septembre et, à Coupelle-Neuve, vous aurez le plaisir de rencontrer le trésorier, admin-sys, enfin multi-activiste à l’April François Poulain. Il habite pas très loin de Coupelle-Neuve ou même à Coupelle-Neuve, je crois, je ne sais plus exactement.
On parlait un peu de vie associative, tant qu’à faire parlons-en encore, peu importe le déroulé qu’on a prévu. J’ai envie de vous poser une petite question un peu personnelle, j’avais prévu sur la fin mais on va le faire maintenant, comme ça je suis sûr que je vais la poser. J’aimerais bien savoir pourquoi, individuellement, vous n’êtes pas tous et toutes obligés de répondre, vous avez le choix de ne pas répondre, pourquoi vous contribuez à l’April ? Qu’est-ce que ça vous apporte de contribuer à l’April ? Et qu’est-ce que vous avez éventuellement appris, soit sur le Libre soit sur vous, en contribuant à l’April ? Je ne donne pas d’ordre d’intervention. Vous me dites qui veut intervenir, j’espère qu’il y aura au moins une personne qui interviendra. Est-ce que quelqu’un veut répondre à cette question-là, sinon j’en désigne une ou un. Quentin. Vas-y Quentin.

Quentin Gibeaux : Moi, personnellement ça m’a permis déjà dès 2012, dans le cadre d’un stage, de découvrir aussi le métier d’admin-sys et de faire un petit peu une entrée professionnelle là-dedans. C’est aussi découvrir les outils libres dans ce cadre-là, comme j’ai pu le dire dans la partie sur le groupe Sensibilisation, et après on en retire aussi une satisfaction de faire quelque chose pour le bien commun et pas forcément pour soi-même.

Frédéric Couchet : Super. Je ne sais plus dans quel document on avait essayé un jour de lister un certain nombre de valeurs. Le bien commun notamment, l’intérêt général, l’utilité sociale revenaient assez souvent pour les personnes qui contribuent à l’April. Je vois que Magali souhaite aussi répondre. Vas-y Magali.

Magali Garnero : Quand j’ai découvert le logiciel libre je venais tout juste de monter ma librairie, je m’étais équipée en ordinateurs, mais j’avais pris le minimum du minimum parce que pas beaucoup de sous. Mon geek à domicile est venu et il m’a dit « si tu veux faire ci il y a LibreOffice, si tu veux faire ça il y a Inskape, si tu veux faire ça il y a Scribus » et il m’a apporté énormément de logiciels libres et gratuits qui m’ont vraiment aidée professionnellement. Je suis au contact de mes clients tous les jours, une trentaine de clients tous les jours, et j’adore partager ces connaissances-là, j’adore aussi former mes collègues au logiciel libre. Il y a vraiment une sorte d’échange de connaissances qui se fait et qui se fait à chaque fois. Sans le logiciel libre on ne pourrait pas transmettre aussi facilement parce qu’il y aurait toujours l’argent qui arrêterait les gens. Alors que là ils rentrent chez eux, ils installent le logiciel, ils le testent et après on en discute.

Frédéric Couchet : Oui, il n’y a pas de barrière à la contribution. C’est effectivement un bon point.
Je vois qu'Isabella veut aussi intervenir, j’en suis ravi, Vas-y Isabella.

Isabella Vanni : J’ai rejoins l’April d’abord pour des raisons professionnelles. Je cherchais un travail et j’étais tombée sur une annonce. Je suis allée tout de suite voir le site et j’ai été tout de suite assez impressionnée par la quantité d’informations, d’actions que l’association menait. J’ai vraiment vu le caractère militant de l’association, le sérieux. J’étais plutôt néophyte et, une fois arrivée, je me suis vite convertie au logiciel libre, non seulement au quotidien dans le travail, c’est-à-dire que de toute façon à l’April on n’utilise que des logiciels libres, bien sûr, donc il faut s’adapter à des nouveaux logiciels la plupart du temps, mais ce sont aussi les principes, la philosophie, auxquels j’ai adhéré.
Je rebondis un peu sur ce que Magali disait sur le partage. Je suis complètement d’accord, c’est le partage qui est vraiment une caractéristique qui me tient à cœur, c’est aussi l’échange. C’est-à-dire que, par principe, ce sont des logiciels auxquels n’importe qui peut participer, n’importe qui peut contribuer avec ses compétences. C’est ce caractère ouvert, ouvert à tout le monde, à toutes les compétences, qui me plaît, entre autres.

Frédéric Couchet : Merci. Antoine, toi aussi tu veux préciser, vas-y.

Antoine Bardelli : Oui effectivement. Quand j’ai adhéré, je me rappelle c’était essentiellement pour quitter un univers qui était très encarté. Il y avait effectivement beaucoup de logiciels propriétaires dans mon métier et c’était vraiment une façon de se libérer un peu de tous ces carcans. Il y avait aussi les aspects d’échange qui sont très importants et que j’ai trouvé bien plus présents dans les listes de l’April que, des fois, dans le cœur de mon métier.

Frédéric Couchet : Avant de passer éventuellement la parole à Laurent, je ne sais pas s’il voudra parler là-dessus, je voudrais qu’il parle un petit peu du Chapril. Antoine, vu que tu as la parole, un des projets auquel tu participes actuellement, un autre projet important notamment pour l’émission de radio, c’est le futur site libreavous.org. Est-ce que tu peux nous en parler rapidement ? Qu’est-ce que tu es en train de mettre en place et, question piège évidemment, quand est-ce que le site sera disponible ?

Antoine Bardelli : Ah ! Ah ! Ah ! Quand est-ce que le site sera disponible ? Pour l’instant on vient, enfin tu viens de valider le plan, puisque effectivement avant de faire le site web, il a quand même fallu savoir un petit peu ce qu’on faisait comme arborescence, comment on sortait de l’information du site de l’April et comment on faisait un site dédié à l’émission de radio. Effectivement, maintenant on est sur la phase de design, on va dire, sur laquelle je travaille en ce moment, après il faudra trouver un très gentil contributeur pour monter le site.

Frédéric Couchet : Ça se passe une autre liste de discussion qui, pareil, est ouverte à toute personne qui le souhaite. Toi tu as fait une proposition d’abord d’arborescence puis maintenant de plan de site. Il y a des échanges qui se font sur la liste. Il y a quelqu’un qui contribue aussi sur la mise en place, en tout cas à la réflexion vu que le site sera fait en Spip. Effectivement il y a eu une validation. Quand tu dis que « j’ai validé », oui je valide par rapport aux commentaires que j’ai reçus et aussi parce que c’est ma responsabilité. J’espère que le site sera ouvert pour la reprise de la saison 4 de la radio, de l’émission Libre à vous !, c’est-à-dire début septembre et si ce n’est pas prêt, eh bien ça ne sera pas prêt ! En tout cas il y aura un nouveau site. On demande sur le salon web de quelle couleur il sera. Est-ce que tu peux au moins nous dire quelles sont les deux couleurs majoritaires ?

Antoine Bardelli : Pour les sites April on part sur une base qui est généralement bleue, historiquement, et orange. Là je pense que j’ai plutôt envie de partir sur de l’orange ; à priori on va quand même garder un peu de bleu, mais c’est plutôt la tendance. Le design, la première version du design c’est pour ce mois-ci. Après, ça sera en fonction du délai des retours. Si ça doit sortir en septembre on aura deux mois pour développer.

Frédéric Couchet : Super. Je précise pour les personnes qui ont déjà vu le tee-shirt dont tu as fait le design récemment qu’il est aussi bleu et orange et dont les premières, ce n’est pas vraiment la première, on ne va pas revenir sur l’historique de ce tee-shirt, peut-être que ça pourrait faire l’objet d’une question Easter-eggs, c’est-à-dire quel est le problème avec la première version. En tout cas, on vient de passer commande de ces tee-shirts qui devraient arriver d’ici quelques semaines et qui seront disponibles lors des prochains évènements April quand il sera à nouveau possible d’avoir des évènements. C’est assez bleu et assez orange, en tout cas on aime beaucoup au sein de l’équipe.
Je vois que le temps file vite, je voulais que Laurent – je ne sais s’il a envie de répondre à la question que j’ai posée tout à l’heure, il me dira – revienne un petit peu sur le Chapril. Pourquoi je dis ça ? Parce qu’en fait, en préparant l’émission – je recherche la question, est-ce que je vais la retrouver ? Oui, je vais la retrouver – on a reçu une question. La personne souhaitait savoir comment va l’engagement bénévole à l’April. Est-il stable, en augmentation ou en baisse ? Y a-t-il de plus en plus de dossiers traités ou pas ?
Déjà, sur la partie dossiers purement institutionnelle c'est-à-dire la partie défense, on y répondra plus en détail le 30 juin. Certes, il y a une très forte baisse de l’engagement bénévole sur cette partie-là, on en parlera notamment avec mon collègue Étienne Gonnu qui est chargé de mission sur ces dossiers-là. Par contre, sur le reste, il y a peut-être un vieillissement de certains bénévoles on pourrait dire, y compris dans l’équipe salariée d’ailleurs, mais il y a de nouveaux bénévoles. Sur le groupe Sensibilisation, par exemple, il y a une forte activité mais également sur le Chapril, parce qu’en fait le Chapril a recruté récemment des nouveaux bénévoles. Comment vous recrutez et quel est le profil des personnes qui viennent d’arriver sur le Chapril ? Laurent.

Laurent Poujoulat : Les personnes qui viennent d’arriver sur le Chapril, les derniers arrivés sont des développeurs qui développent pour l’essentiel du logiciel libre, du moins en logiciel libre mais pas que, on ne peut pas toujours faire comme on a envie, hélas, qui ont une forte capacité technique et qui nous ont installé un dernier service, le kanban, qui est un support de la méthode agile.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu peux juste nous expliquer ce qu’est un kanban ? C’est une sorte de tableau où on répartit des tâches entre « à faire », « en attente », « faites », etc.

Laurent Poujoulat : Voilà. C’est un tableau qui permet d’organiser un projet on va dire de manière sympathique et rapide. Initialement c’était fait avec des post-it sur un tableau blanc. On met par exemple les tâches à faire ou à réaliser sur une première colonne « à faire » avec la liste des tâches et puis on les passe sur la colonne « en cours » avec le nom de la personne qui va les suivre et ainsi de suite. C’est très visuel, c’est très ludique et ça va très vite. On a actuellement, en préouverture au Chapril, le service kanban qui est un support informatique qui simule tout ce qu’on faisait avec des post-it et des tableaux blancs mais de manière beaucoup plus sympathique. On peut associer à chaque carte, à chaque post-it, des documents, des informations, des états, des couleurs, etc.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vois sur le salon qu’on nous rappelle que tu peux répondre à la question que j’avais posée à savoir pourquoi tu contribues à l’April, qu’est-ce que ça t’apporte ?

Laurent Poujoulat : J’ai utilisé beaucoup le logiciel libre avant d’arriver à l’April et un jour je me suis dit « OK, j’en profite énormément, que ça soit personnellement ou professionnellement d’ailleurs », du point de vue professionnel ça permet de réduire les coûts dans ma société de manière assez drastique, c’était l’argument massue je dois dire, pas forcément le meilleur mais le plus efficace. À un moment je me suis dit « qu’est-ce que je pourrais faire pour renvoyer l’ascenseur ? » Je traînais dans un salon, je suis tombé sur le stand April, et je dois dire que j’ai été convaincu là-bas de m’inscrire à l’April. Après on m’a demandé un petit peu ce que je pouvais faire et dans le temps que j’avais j’ai commencé par les traductions du groupe GNU qui est un groupe qui traduit les documents de la Free Software Foundation qui est anglaise, américaine, en français, pour pouvoir les diffuser plus largement. J’ai commencé comme ça. Un jour quelqu’un s’est avisé que j’étais programmeur, administrateur-système de métier et j’ai été recruté pour le Chapril.

Frédéric Couchet : D’accord. On va bientôt arriver à la conclusion de cette première émission. Tu viens de parler de Trad-GNU, traduction de la philosophie GNU, je vais juste préciser qu’en fait c’est un projet historique de l’April car c’est le premier projet, le premier groupe de travail qu’on a ouvert en 1996. Quand l’April a été créée on s’est dit « tiens, on va mettre en ligne des textes expliquant la philosophie du logiciel libre ». À l’époque, évidemment, il y avait déjà le site gnu.org qui existait et on s’est dit que le mieux c’est carrément de traduire ce que les personnes ont mis en ligne, ce sont souvent des textes de Richard Stallman. C’est un projet qui existe depuis 1996 et qui continue à pouvoir maintenir et traduire de nouveaux textes, souvent de Richard Stallman, du site gnu.org et également la newsletter, la lettre d’information de la FSF sur le site fsf.org, FSF c’est la Free Softrware Foundation, la Fondation pour le logiciel libre.
Je ne sais pas si quelqu’un, une personne a envie d’intervenir, une dernière intervention avant qu’on mette un terme à cette première émission, n’hésitez pas à me le dire sur le salon web sinon on va en rester là pour cette première émission. À priori personne ne veut intervenir. Isabella nous dit qu’on a oublié de dire que sur les stands c’est aussi un moment idéal pour recruter, proposer d’adhérer à l’April et également de rejoindre les groupes de travail. Juste préciser, on ne l’a peut-être pas dit, que le modèle de financement de l’April c’est exclusivement la cotisation des membres. On reviendra peut-être un peu plus sur ces détails le 30 juin notamment avec Elsa Pottier qui travaille à l’April justement dans la partie vie associative.
Antoine nous dit « comment adhérer ? » Vous allez sur april.org et vous pouvez nous rejoindre soit un adhérant soit en faisant un don.
J’en profite pour dire que l’assemblée générale de l’April aura lieu le 27 juin en visioconférence donc à distance. N’hésitez pas à rejoindre l’April avant pour participer à cette assemblée générale.
Quentin Gibeaux me précise que l’admin-sys April et le Chapril recrutent également. Vous trouverez toutes les informations pour nous rejoindre, pour trouver une manière de contribuer sur april.org. Antoine nous dit que la liste Sensibilisation recrute. En fait tout l’April recrute ! On recrute évidemment des bénévoles avant toute chose. Vous allez sur april.org, vous trouverez toutes les informations nécessaires.
Venez aux apéros. Invitez-nous à des apéros en dehors de Paris. Françoise, nous viendrons à Boulogne-sur-mer dès que ce sera possible, n’hésitez pas à nous inviter. On va dans un café, on discute un petit peu, on parle de l’April, etc.

Je remercie Antoine Bardelli, Magali Garnero, Isabella Vanni, Laurent Poujoulat, Quentin Gibeaux pour la participation à cette première émission. Je précise que la deuxième aura lieu le 30 juin avec d’autres personnes qui sont actives au sein de l’April. Ce sera la deuxième partie de « Au cœur de l’April ». Je vous remercie.
On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Friends par Les gueules noires. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Friends par Les gueules noires.

Voix off : Cause Commune, 93.1

Frédéric Couchet : L’avantage d’animer les émissions debout c’est qu’on peut danser. Nous venons d’écouter Friends par Les gueules noires, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer maintenant au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Interview de Béatrice Pradillon, de l'ADULLACT, pour présenter le label Territoire Numérique Libre

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre et finir avec la présentation du label Territoire Numérique Libre qui s’adresse à toutes les collectivités. Nous avons le plaisir d’avoir avec nous Béatrice Pradillon chargée de communication à l’ADULLACT, Association des développeurs et utilisateurs de logiciel libre pour l’administration et les collectivités territoriales, le site de l’ADULLACT c’est adullact.org et le site du Territoire Numérique Libre c’est territoire-numerique-libre.org.
Béatrice est-ce que tu es bien avec nous ?

Béatrice Pradillon : Oui, je suis là. Bonjour et merci pour l’invitation.

Frédéric Couchet : Merci à toi Béatrice d’être avec nous.
Première question simple : qu’est-ce que le label Territoire Numérique Libre ? À qui s’adresse-t-il, comment fonctionne-t-il et quel est l’intérêt pour les collectivités de candidater et d’obtenir ce label ?

Béatrice Pradillon : Le label a été créé en 2016 à l’initiative de l’ADULLACT. Le projet de ce label c’est vraiment de valoriser, au sein des collectivités territoriales, toutes les initiatives et les politiques en faveur du Libre. En fait il se passe beaucoup de choses dans les territoires, dans les collectivités, il y a beaucoup d’initiatives et même nous, l’ADULLACT, qui travaillons depuis 18 ans avec les collectivités, nous ne savons pas tout ce qui se passe dans ces collectivités. C’est une occasion à la fois de mettre en valeur ces initiatives d’une part et de permettre vraiment aux collectivités de faire un état des lieux, une évaluation de « où j’en suis au niveau de mes usages du Libre ».
On a créé un questionnaire qui est aujourd’hui réparti en cinq grandes parties et qui touche un petit peu à tous les domaines, à la fois la stratégie, les logiciels libres, les systèmes libres, l’open data, la communication, la formation. Ce formulaire permet à la collectivité de faire un état des lieux complet de ses usages, de son fonctionnement, de ses projets sur les cinq/dix dernières années. En fonction de ça elle va obtenir une note qui va aller de 1 à 5. Ce ne sont pas des étoiles ce sont des copyleft. Donc depuis 2016 nous attribuons chaque année ce label. C’est un label millésimé qu’on peut renouveler chaque année.
Je précise que le label va du niveau 1 au niveau 5, le niveau 1 étant en fait un premier pas dans le domaine du logiciel libre et le niveau 5 étant le niveau vraiment d’excellence en la matière.

Frédéric Couchet : D’accord. Combien y a-t-il eu de lauréats depuis la première édition ? Approximativement.

Béatrice Pradillon : On a une cinquantaine de collectivités labellisées en France, vraiment de tous types, des départements, des villes, on a aussi une région. On a eu aussi quelques établissements publics, la première année on a eu un SDIS, un Service départemental d’incendie et de secours, qui a candidaté. On a principalement des villes, des départements, des communautés de communes, communautés d’agglo et on se rend compte, en fait, que d’une année sur l’autre les collectivités qui ont été labellisées aiment renouveler leur label. Elles aiment voir un petit peu, refaire un état des lieux, donc on a beaucoup de collectivités qui reviennent vers nous d’une année sur l’autre.

Frédéric Couchet : Il faut préciser que le label est millésimé, donc chaque année il faut candidater à nouveau et ça peut permettre à une collectivité d’augmenter le niveau, par exemple de passer de 3 au niveau 4, donc de montrer une amélioration dans la prise en compte des libertés informatiques, que ce soit le logiciel libre ou les données publiques.

Béatrice Pradillon : Tout à fait. On encourage à le faire tous les ans, voire tous les deux ans pour les collectivités qui ont petit peu moins de temps à accorder. Ça peut vraiment permettre de se fixer des objectifs, de décider qu'on se donne deux ans pour atteindre par exemple le niveau 4. Ça peut être un marqueur pour la collectivité de sa progression.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Ce label, on l’a dit, est organisé par l’ADULLACT, c’est une initiative de l’ADULLACT. Est-ce qu’il est organisé en partenariat avec d’autres structures ? Est-ce qu’il y a aussi le soutien de structures institutionnelles ?

Béatrice Pradillon : En fait, j’ai envie de parler, on parle en termes de comité d’orientation, c’est-à-dire que ce sont vraiment des structures qui sont déjà impliquées sur le sujet et qui nous aident chaque année à la fois à promouvoir le label mais aussi à repenser le questionnaire, le fonctionnement. Au sein de ce comité, il y a l’AFUL, l’Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres, l’April. Cette année nous avons ajouté, enfin coopté un nouveau membre, l’association Déclic qui est une association en fait de structures mutualisantes dans le domaine du numérique. Il y a le cluster NAOS [Nouvelle-Aquitaine Open Source], c’est le nouveau nom du pôle Aquinetic, et la ville de Saint Martin d'Uriage qui nous permet d’avoir aussi le point de vue des petites collectivités, le point de vue des élus. Ce qui fait qu’au sein de ce comité d’orientation on a à la fois des associations libristes, on a des associations de mutualisants, des entreprises du numérique libre et aussi des élus qui œuvrent chaque jour dans ce domaine-là. Ça permet d’avoir des points de vue très différents qui nous permettent aussi de faire avancer les choses chaque année.

Frédéric Couchet : C’est très bien et nous, au niveau de l’April, on est évidemment ravis de participer à cette initiative. C’est important que tu précises que le label n’est pas que pour les grandes collectivités. Toute collectivité, quelle que soit sa taille, peut obtenir un label de niveau 4 en fonction de ce qu’elle fait parce qu’évidemment la notation tient compte de la structure de la collectivité.
Béatrice, c’est la cinquième édition. Est-ce qu’il y a des nouveautés ? Est-ce qu’il y a un bilan ? Des candidatures manquantes ?

Béatrice Pradillon : La principale nouveauté de cette année, on a associé l’association Déclic au comité. C’est vrai qu’au niveau du fonctionnement même on n’a pas fait de changements cette année et même au niveau du formulaire, on a rajouté, on va dire, la notion d’influence au niveau du territoire, c’est-à-dire qu’on essaye de mesurer, de dire si une collectivité peut avoir influencé d’autres collectivités du point de vue des logiciels libres. On a apporté cette petite notion en plus. Dans l’ensemble on a voulu garder un formulaire assez similaire à 2019. C’est vrai qu’on est quand même dans une situation un petit peu exceptionnelle, on sait qu'en ce moment les collectivités ont beaucoup de priorités qui ne sont pas forcément de candidater à un label. Donc on s’est aussi dit que cette année en ayant un formulaire, un questionnaire, qui est semblable à celui 2019 on va aussi encourager les collectivités déjà labellisées à renouveler leur label. Remplir ce dossier ça demande quand même un petit temps d’investissement, donc on a voulu s’assurer que les collectivités n’aient justement pas de grosses nouveautés qui leur demandent un travail vraiment supplémentaire cette année.

Frédéric Couchet : D’accord. Le formulaire de candidature est en ligne depuis le 10 juin. Il faut le remplir. Quelle est la date limite ? Est-ce qu’un jury va se réunir ? Est-ce qu’il va se réunir physiquement et quand?

Béatrice Pradillon : Cette année les dates de candidature vont du 10 juin au 15 octobre 2020 à minuit. En fait on conseille aux candidats de fonctionner en deux étapes : on a d’abord une liste de questions à télécharger, à imprimer, ce qui permet vraiment de faire le tour des services, d’aller voir les différents agents, les élus, de pouvoir préparer le dossier et, dans un second temps, de remplir le questionnaire en ligne sur Framaforms avant le 15 octobre. Il y a à peu près un petit peu plus de 100 questions, je crois, réparties en cinq parties. Ce n’est pas non plus un temps incroyable que de remplir ce questionnaire, certaines collectivités le font en une demi-journée sans problème.
Au niveau de la suite, on se laisse toujours cinq/six semaines à peu près de traitement des candidatures, donc ça veut dire qu’à peu près aux alentours de mi-novembre, fin novembre, on réunit le jury et ensuite on fait la remise des labels. Cette année on n’a pas encore de date déjà fixée, mais on sait que ce sera aux alentours de fin novembre. On va certainement faire ça à peu près en même temps que le salon des maires, comme on avait fait l’an dernier, je n’ai plus la date exacte mais c’est fin novembre.

Frédéric Couchet : Oui, ça doit être fin novembre. D’accord.
On encourage toutes les collectivités à candidater. Je vais rappeler le site web, territoire-numerique-libre.org, donc le label Territoire Numérique Libre.
Nous étions avec Béatrice Pradillon, chargée de communication à l’ADULLACT. Béatrice je te remercie de ta participation et au plaisir de se voir peut-être pour la remise des prix au salon des maires à la rentrée, fin novembre.

Béatrice Pradillon : Merci beaucoup pour l’invitation en tout cas.

Frédéric Couchet : À bientôt.
On approche de la fin de l’émission, Je vais regarder quelles annonces je peux faire.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Une annonce importante. On vous a dit tout à l’heure dans la partie « Au cœur de l’April » que ce qu’on fait c’est majoritairement public. Nous sommes en train de préparer le bilan de la saison 3 de Libre à vous ! et de préparer la saison 4. Pour cela il y a le bloc-notes en référence sur april.org et sur causecommune.fm où vous pouvez déjà mettre vos commentaires, signaler ce qui vous plaît dans l’émission, les sujets, les chroniques, les points de vigilance, d’amélioration, des suggestions pour la saison 4 ; vous pouvez le faire quand vous voulez parce qu’on a besoin de vos retours et nous organisons une réunion sur Mumble, donc sur l’outil d’audioconférence ce vendredi 19 juin 2020 à 10 heures 30 jusqu’à midi maximum. N’hésitez pas à vous connecter sur le salon Mumble, toutes les informations sont sur le site april.org. Sinon vous pouvez contribuer sur le bloc-notes ou nous envoyer un courriel, vous trouverez les références sur le site april.org ou sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.
Sinon il y a aussi une reprise d’activité physique. Par exemple à Digne-les-Bains il y a une cartopartie OpenStreetMap. OpenStreetMap est un projet de cartographie qui a pour but de constituer une base de données géographiques libre du monde. On en a déjà parlé dans l’émission à deux reprises. À Digne-les-Bains il y a une cartopartie, mes pensées vont à Jean-Christophe Becquet président de l’April qui habite Digne-les bains.
À Paris, à la Cité des sciences et de l’industrie, les ateliers reprennent, il y a notamment un atelier Inskape qui est un logiciel libre de dessin vectoriel qui reprend à partir du 30 juin.
Toutes les informations sont sur le site de l’agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Noémie Bergez, Magali Garnero, Laurent Poujoulat, Antoine Bardelli, Quentin Gibeaux, Isabella Vanni, Béatrice Pradillon et également toutes les personnes qui étaient sur le salon web de la radio.
Aux manettes de la régie aujourd’hui William Agasvari, William anime les émissions Et pour cause et Cyberculture sur la radio. Merci également à Sylvain Kuntzmann, Antoine, bénévoles à l’April, Olivier Grieco le directeur d’antenne de la radio qui s’occupent de la post-production des podcasts.
Un nouveau merci à Quentin Gibeaux, le même que tout à l’heure, qui s’occupe de la découpe du podcast complet en podcasts individuels par sujet.

Vous retrouverez sur les sites april.org et sur causecommune.fm, une page avec toutes les références utiles.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites connaître également la radio Cause Commune, la voix des possibles.
La prochaine émission aura lieu en direct mardi 23 juin 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur le réemploi informatique et les libertés informatiques.

Nous vous souhaitons de passer une agréable fin de journée. On se retrouve en direct mardi 23 juin 2020 et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Dividende Universel : unité de mesure économique sous logiciel libre

APRIL - ven, 06/26/2020 - 16:39


Titre : Le Dividende Universel : l'unité de mesure économique sous logiciel libre
Intervenant·e·s : Matiou - Nadou
Lieu : Capitole du Libre - Toulouse
Date : Novembre 2019
Durée : 52 min 15
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Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière, Création Monétaire - Ğ1 pour une économie libre -Licence creative Commons [http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/fr/ By SA}
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Nadou : Moi c’est Nadou. Merci d’être venus, d’être sortis du lit si tôt.
Notre propos aujourd’hui c’est le Dividende Universel, l’unité de mesure économique sous logiciel libre.
Je vais vous présenter le plan de cette présentation.
Dans une première partie, on va définir la monnaie. Qu’est-ce que la monnaie ? Ensuite on va parler de la première fonction, donc le moyen d’échange pour faire société. La deuxième fonction, une unité de mesure commune. La monnaie utilisée c’est de la dette. Comparaison des monnaies et des moyens d’échange existants.
En deuxième partie on va parler de la TRM, la Théorie Relative de la Monnaie, avec ses quatre libertés économiques axiomatiques. L’humanité est un flux. Nous verrons aussi l’équation de formation du DU, le DU est le Dividende Universel. Puis, dans cette partie, le dernier point sera la propriété de convergence des comptes coproducteurs du DU.

En troisième point on verra la mise en pratique de la TRM avec Duniter, le cœur générateur du DU et sa toile de confiance. L’écosystème Duniter et ses applications clientes puis on prendra l’exemple de Cesium qui est donc une des applications clientes.
La mise en pratique de la Ğ1, prononcé « June ». On parlera de où faire son marché, on abordera rapidement le jeu Ğeconomicus puis les modules d’approfondissement de la TRM.
Si on a un peu de temps, on fera un petit résumé de tout ça et une petite conclusion.

Qu’est-ce que la monnaie ?

Je démarre cette présentation par qu’est-ce que la monnaie ?
On a fait quelques recherches et on est tombé sur des textes très anciens, le plus ancien d’Aristote, –350 ans avant Jésus-Christ, qui nous dit ceci à propos de la monnaie : « C’est pourquoi on a recours à la monnaie qui est pour ainsi dire un intermédiaire. Elle mesure tout, la valeur supérieure d’un objet et la valeur inférieure d’un autre. Par exemple combien il faut de chaussures pour équivaloir à une maison ou à l’alimentation d’une personne, faute de quoi, il n’y aura ni échange, ni communauté de rapports. » Il y a des mots clefs ici qui sont très importants, que je vous ai mis en gras.
On s’est rendu compte que Nicolas Copernic aussi, au 16e siècle, dans le Traité de la monnaie, a tenté de définir la monnaie et il dit ceci, j’ai extrait cette partie : « La monnaie est une mesure commune d’estimation des valeurs qui doit toujours être fixe et conforme à la règle établie. Autrement, il y aurait, de toute nécessité, désordre dans l’État : acheteurs et vendeurs seraient à tout moment trompés comme si l’aune, le boisseau – ce sont des unités de mesure – ou le poids ne conservaient point une quotité certaine. »
Qu’est-ce qu’on peut conclure de ces deux extraits ? En fait c’est que la monnaie se définit selon deux grandes fonctions, en tout cas comme un moyen d’échange, c’est sûr, une unité de mesure commune de biens et de services.
Là je laisse la parole à Matiou.

Matiou : Nous allons définir la première fonction de la monnaie qui est de servir de moyen d’échange pour faire société.

Là nous pouvons voir un schéma qui nous montre le troc, en fait une société sans monnaie. Il y a Alice, Chris et Bob, ça peut être trois communautés d’individus, qui produisent des valeurs et s’ils veulent échanger leurs valeurs, ils sont nécessairement obligés d’accepter la réciprocité, la valeur réciproque de l’autre. S’il n’y a pas de réciprocité, ils ne peuvent pas échanger. Donc, depuis 5000 ans, les individus ont trouvé une solution, c’est d’utiliser un intermédiaire d’échange, un moyen d’échange donc une monnaie qui permet de faciliter les échanges très facilement comme vous pouvez le voir. Ils utilisent donc des chiffres mesureurs pour mesurer les valeurs. Ça permet d’éviter la nécessité de réciprocité.
On peut voir dans l’Histoire que les premiers supports de monnaie étaient des monnaies marchandises, puis on est passé aux monnaies métalliques, solides, et aujourd’hui toutes les monnaies sont cryptées, en fait ce sont des cryptomonnaies.

La deuxième fonction de la monnaie, c’est de servir d’unité de mesure commune. C’est très important. Nous allons comparer avec les autres types d’unités de mesure que nous utilisons pour mesurer les températures, le temps, les distances. À chaque fois nous utilisons des unités de mesure qui sont facilement vérifiables et qui comportent un invariant spatio-temporel, qui ne varie pas dans l’espace et dans le temps entre les observateurs. Par exemple, pour mesurer les températures, le degré Celsius ; le degré Celsius c’est un centième de l’écart entre le gel et l’ébullition de l’eau à 1024 hectopascals, évidemment. Tous les individus sont égaux à l’instant t mais aussi à l’instant t + 1 face à cette unité de mesure qui est facilement vérifiable et qui comporte un invariant.
Pour le temps pareil, la seconde c’est, en gros, le temps d’oscillation du rayon du soleil à travers l’atome de césium. Cet événement est identique, il ne varie pas en fonction des individus ni dans l’espace ni dans le temps.
Pour mesurer les distances nous avons utilisé une part du méridien terrestre. Le mètre c’est 1/40 millionième du méridien terrestre. Nous vivons tous sur la même planète, c’est donc bien une unité de mesure qui est facilement vérifiable, quand même assez facilement, et qui comporte un invariant spatio-temporel.
Ce sont donc des étalons neutres entre les individus. Ils permettent une propriété de symétrie entre nous, ils permettent de générer la compréhension, la collaboration, l’élaboration de projets en dialoguant, en pouvant échanger de façon symétrique. Nous pouvons faire société avec ces unités de mesure, car, je le répète, elles sont vérifiables facilement et comportent un invariant.

Qu’en est-il de la monnaie utilisée ? Comporte-t-elle un invariant spatial et temporel vérifiable par autrui ? Est-ce un étalon neutre ? Cette monnaie utilisée c’est quoi, l’euro ? Eh bien c’est de la dette. Donc évidemment la dette ne comporte pas d’invariant spatial et temporel.

On va voir comment est créée la monnaie dette, l’euro. Eh bien par la rencontre de deux agents, un agent bancaire et un agent non-bancaire. La monnaie dette ne se crée pas par un seul agent, elle ne se crée pas, contrairement à ce que beaucoup de gens croient, par juste les banquiers. Pas du tout ! Il faut qu’il y ait un agent non bancaire qui signe un titre de dette ; un agent bancaire qui l’accepte, évidemment. Cet agent bancaire vérifie que l’agent non bancaire est bien solvable. La majorité des agents non bancaires qui créent la monnaie, qui signent des crédits, sont les ministres d’État. 82 % de l’euro est créé par les ministres d’État.
L’agent bancaire va donc créer la monnaie on dit ex-nihilo, mais en fait à partir du titre de dette et cette monnaie percole dans la société, dans la baignoire monétaire, on peut voir, en formant, en dessinant une asymétrie, une pyramide. Ceux qui sont au-dessus de la barre rouge sont les créateurs de monnaie, sont les agents non bancaires qui signent des crédits et ceux qui sont en dessous de cette barre rouge, eh bien ce sont tous les individus qui utilisent cette unité de mesure, la monnaie dette, cet euro, alors qu’ils ne participent pas à sa production. Ils sont forcément dominés et ils doivent de facto, a fortiori, travailler à obtenir un salaire, on voit une petite icône qui vous fait comprendre un peu notre situation. On est obligé de travailler au bénéfice de ceux qui créent la monnaie afin d’obtenir d’eux, de ces derniers, de la monnaie qu’ils produisent. Donc si vous n’avez pas accès au travail pour obtenir de la monnaie, il vous reste quoi ? L’aide sociale et puis le vol, ceux qui sont tout en bas de la pyramide, comme conséquence socio-économique.
La monnaie étant crée par un titre de dette, les remboursements détruisent ce titre de dette, les remboursements sont détruits.
L’intérêt c’est le paiement du salaire des banquiers, ça on ne peut pas non plus l’abolir, il va dans la poche des banquiers qui, après, achètent ce qu’ils veulent dans la baignoire, dans la société.
Donc la conclusion, double conclusion fondamentale à retenir, quelque chose qu’on devrait nous apprendre à tous à l’école, ce schéma qui est quand même assez simple à comprendre, c’est que l’absence d’invariant spatial et temporel et la dette créatrice de monnaie engendrent une société inégalitaire, fondamentalement, c’est la source des inégalités, basée sur la compétition et la recherche de croissance, que certains appellent, en gros, le capitalisme. Donc l’inégalité et le « capitalisme », entre guillemets, sont la conséquence mécanique, physique, sociale, d’un type de monnaie utilisé qui ne comporte pas d’invariant spatial et temporel.

Là on y va, c’est la dernière diapo où on va parler encore des autres types de monnaie que la monnaie libre, c’est un tableau comparatif de différents types de monnaie, moyens d’existence existants. Nous n’en connaissons que quatre.
Le premier type de monnaie a plusieurs noms, c’est la monnaie bancaire, la monnaie dette, la monnaie crédit, l’argent. Les monnaies locales complémentaires sont de la monnaie dette.
Le deuxième type de monnaie, enfin de moyen d’échange, c’est ce qu’on appelle le sel [Système d'échange local], le troc, le jardin d’échange universel, l’échange marchandise ou le crédit temps d’activité, c’est la même chose.
Le troisième type de monnaie, ce sont les bitcoins1 et Allcoins depuis 2009. Il y en a plus de 3000 aujourd’hui.
Puis on va y arriver après, on va bien décortiquer cela, la monnaie libre qu’on appelle aussi la monnaie en Dividende Universel, la monnaie en revenu de base, selon les quatre libertés économiques axiomatiques de la Théorie Relative de la Monnaie2 de Stéphane Laborde écrite sous licence libre en 2010. On y va.

La monnaie crédit, la monnaie dette, l’euro, comment est-il produit ? De façon centralisée. Son type de production est centralisé, on le voit, la pyramide. Est-ce qu’il existe un principe d’invariant spatial et temporel ? Eh bien non ! On peut voir l’évolution de l’euro depuis l’an 2000, d’ailleurs on peut voir cette chute en 2008, ce palier, cette crise, donc on voit bien qu’il n’y a pas d’invariance, en tout cas temporelle, dans la création des euros.
Le code d’émission de la monnaie dette est privé et privateur, double peine.

Maintenant les sels, les trocs, les moyens d’échange sans monnaie, leur type de production est, entre guillemets, « décentralisé », un simple livre de compte entre agents économiques permet de troquer, d’établir des échanges. Est-ce qu’il y a un invariant spatial et temporel ? Eh bien non. C’est limité à des individus qui acceptent la réciprocité, qui se connaissent, c’est vraiment limité dans l’espace et dans le temps aussi à des petites communautés, des tribus, des individus qui n’utilisent pas de monnaie ça existe encore aujourd’hui sur la planète, eh bien ils ne font pas société, ils vivent en tribu.
Le code d’émission est ouvert, évidemment tout le monde peut troquer, mais il n’est pas commun, justement, parce que le troc, le sel ne comportent pas d’invariant spatial et temporel.

Les bitcoins et Allcoins sont décentralisés, très bien, il n’y a pas de centre émetteur de bitcoin, il n’y a pas de banque.
Le bitcoin et les Allcoins, les autres cryptomonnaies comportent-elles une invariance spatiale et temporelle ? Eh bien non. Il y a une dysmétrie, on va dire dans le code même de ces cryptomonnaies puisqu’elles nécessitent un minage, donc un privilège de ceux qui ont des grosses machines ou qui ont, en tout cas, pu miner en premier. Le code d’émission de ces cryptomonnaies est ouvert, tout le monde peut décider de miner du bitcoin ou d’autres types de cryptomonnaies, mais il n’est pas commun. On n’est pas tous égaux face à la création de ces cryptomonnaies qui nécessitent une preuve de travail par minage, donc qui nécessitent une utilisation énergétique très forte. Il faut, en gros, trois centrales nucléaires rien que pour le bitcoin.

La monnaie libre

Maintenant c’est parti. Maintenant on ne va vous parler que de la monnaie libre. On répète, la monnaie libre Duniter Ğ13, Duniter c’est le logiciel libre générateur de la monnaie libre. Ce Dividende Universel est décentralisé vraiment en peer to peer numérique. Comporte-t-il une invariance spatiale et temporelle, eh bien justement c’est sa spécificité de comporter même une symétrie précisément spatiale et temporelle entre les individus. Selon quel code ? Un code qui est public, commun, un code qui ne varie pas, qui est la vitesse moyenne de renouvellement du vivant. Tous les individus naissent, vivent et meurent. C’est commun à tous les individus vivants.
On va décortiquer cette chose que la TRM, la Théorie Relative de la Monnaie, décrit précisément de façon mathématique.
Avant de décrire une théorie, la TRM s’affaire d’abord à établir un cadre, un cadre axiomatique, les quatre libertés économiques axiomatiques d’une monnaie libre, à l’instar des quatre libertés du logiciel libre que j’ai mises en noir ici. Je vais vous lire uniquement les quatre libertés économiques :

  • la première liberté, la liberté du choix de son système monétaire. Une monnaie libre ne peut pas s’imposer. D’ailleurs, est-ce que la monnaie euro respecte cette liberté du choix du système monétaire ? Non, puisque, si vous vendez quelque chose, vous êtes obligé de proposer un prix, si on vous le demande, en monnaie euro, il faut le savoir, si vous êtes sur le territoire européen ;
  • la deuxième liberté, c’est la liberté d’utilisation des ressources. Cette utilisation doit être conforme à la non-nuisance réciproque. C’est ça la non-nuisance, c’est quand il y a réciprocité. C’est la « clause lockéenne ». Par exemple je suis dans le désert, je trouve une source d’eau, j’ai le droit d’utiliser cette ressource, mais je dois en laisser pour les autres. Si j’utilise toute l’eau et qu’il y a d’autres personnes qui en ont besoin, je dois leur compenser ce monopole que j’aurais initié d’utilisation d’une ressource ;
  • la troisième liberté, très importante aussi, c’est la liberté de production et d’estimation de toute valeur. C’est la notion de relativité des valeurs. Une valeur absolue n’existe pas. Aucune valeur n’est absolue. Il n’existe pas de valeur intrinsèque aux choses. Toute valeur est relative à l’observateur. Par exemple un verre d’eau, on revient à l’eau, un verre d’eau dans les Pyrénées n’a pas beaucoup de valeur avec toutes les sources qu’il y a. Par contre, ce même verre d’eau dans le désert a beaucoup de valeur. Les valeurs sont relatives dans l’espace et entre individus, dans le temps aussi par rapport aux individus ;
  • la dernière liberté qui est donc la quatrième liberté, c’est la liberté d’afficher les prix, de comptabiliser, d’échanger réellement dans cette monnaie choisie. C’est cohérent.

Une fois qu’on a établi, qu’on a compris ces quatre libertés économiques axiomatiques, voila ce que nous enseigne la Théorie Relative de la Monnaie. Elle nous enseigne — je pense que tout le monde le sait, mais on a tendance à l’oublier — que l’humanité est un flux de vie. Personne n’est éternel. Nous naissons, nous vivons et nous mourons. Là nous pouvons voir chronologiquement, de 1938 à 2054, que les individus naissent, on est tous bébés, puis adolescents, puis adultes. On voit un individu en rouge qui est né en 1940, les individus nés en 1940 vont mourir en moyenne 80 ans plus tard.
Pareil en 1974, en bleu, un individu qui naît en 1974 a de grandes chances, en moyenne, de disparaître en 2054.
On peut voir que, pour chaque génération, il y a des valeurs qui sont mesurées et que ces valeurs changent au cours du temps, donc elles ne peuvent pas servir. Aucune valeur ne peut servir d’invariant, ne peut servir de référence au Dividende Universel, ne peut servir de référence à une bonne unité de mesure.
Les individus, pareil, ils changent au fur et à mesure du temps. On s’aperçoit même qu’ils changent selon un cycle. Tous les 80 ans, tous les individus se renouvellent en moyenne, toujours en moyenne ; bien sûr qu’il y a des gens qui vont vivre plus longtemps que 80 ans, mais, en moyenne tous les 80 ans, la société se renouvelle. On peut le voir à travers cette cascade. Les gouttes d’eau forment une cascade, c’est toujours la même humanité, c’est toujours la même cascade, mais ce ne sont jamais les mêmes gouttes d’eau.
Il y a quand même un délai, un temps de résidence humaine, on va dire, des gouttes d’eau dans cette cascade. En haut c’est la naissance des gouttes d’eau, leur vie c’est la chute qui dure 80 ans et, on va dire, la mort une fois que les gouttes atteignent le sol.
Si on cherche à établir une symétrie, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas de privilèges des jeunes sur les anciens ou des anciens sur les jeunes, cette espérance de vie de 80 ans, cette hauteur de flux, on obtient de cette prérogative de chercher la symétrie spatiale et temporelle, une célérité de la vie humaine, un petit « c » qui est une une constante de 10 % par an. La vitesse moyenne de renouvellement de la vie humaine est de 10 % par an.

Là on y va. Nous sommes dans une école d’ingénieurs en mathématiques. La TRM, la Théorie Relative de la Monnaie établit une équation du Dividende Universel de façon mathématique par un mathématicien, Stéphane Laborde - je ne le suis pas, excusez-moi pour les digressions que je vais faire. Cette équation du DU provient d’une recherche pour concrétiser une symétrie spatiale et temporelle, c’est-à-dire pour concrétiser une égalité à l’instant t entre les membres et une équité entre les générations.
On peut le voir, la première contrainte, l’écart entre deux individus à l’instant t doit être égal à zéro face à la création monétaire et l’écart entre les générations successives doit être égal à une constante, la célérité dont je parlais juste avant.
Le résultat de ces deux contraintes est une forme unique ; c’est ça que démontre la Théorie Relative de la Monnaie. C’est une valeur économique qui se crée sous la forme d’un DU, un Dividende Universel, dont le montant, le nombre de Ğ1, est proportionnel à la masse monétaire moyenne. Ceci est fait pour N éternellement stable ; N c’est le nombre de membres.
Donc on a bien le DU à l’instant t qui est une proportion, qui est égal à la célérité multipliée par le portefeuille moyen. Mais comme le nombre d’individus n’est pas stable, N n’étant pas éternellement stable, à l’initialisation d’une monnaie comme en ce moment depuis deux ans et demi, la Ğ1, la monnaie libre, s’initialise. Il peut aussi y avoir des variations à la baisse, imaginons que des gens soient déçus et révoquent leur compte, il y aurait donc un nombre de membres qui baisse, eh bien nous avons choisi une bonne forme du DU, c’est l’équation du second degré, une équation qui convergerait vers ce rapport, ce premier rapport, qui est de la forme : le DU de demain, le DU (t + 1), est égal au DU d’aujourd’hui + c2 fois M/N ; c2, le carré de la célérité fois le portefeuille moyen.
DU(t +1)= DU(t) + c2 (M/N
Autrement dit pour un nombre stable, un nombre de membres stable, la deuxième équation convergera vers la première.

Nous avons quoi comme paramètres ? Cette sacro-sainte célérité de 10 % par an. Nous avons choisi de partager l’année en deux pour ne faire un palier trop élevé. Donc à chaque équinoxe, le petit c choisi est donc est précisément de 4,88 %.
Le DU à l’instant 0, le premier bloc, nous étions 59 membres, était de 10 Ğ1.
Et les variables, ce sont la masse monétaire et le nombre de membres qui évoluent, évidemment, au fur et à mesure du temps.
La Ğ1 se produit ainsi via un Dividende Universel, c’est un paquet quotidien pour tout être humain membre de la toile de confiance Ğ1 qui est de la forme un DU par personne et par jour.
Le montant du DU, c’est-à-dire que le nombre de Ğ1 dans le DU, est identique chaque jour jusqu’au prochain équinoxe où le DU sera alors réévalué.

Une propriété qui est démontrée encore une fois dans la Théorie Relative de la Monnaie, on est encore dans la théorie, c’est la propriété de convergence des comptes membres coproducteurs de la monnaie libre.
On voit trois comptes en Dividende Universel ; c’est relatif à la masse monétaire, ce n’est pas une vue quantitative des comptes, c’est une vue en relatif.
On voit en bleu un entrant, on pourrait dire un pauvre en monnaie libre.
En jaune, c’est quelqu’un qui a la moyenne, il perçoit le Dividende Universel, donc il reste à la moyenne sur 80 ans, sur une espérance de vie.
En rouge, on voit un individu qui est deux fois plus riche que la moyenne.
Là on estime que les individus soit ils vendent autant qu’ils achètent ou bien qu’ils ne font pas d’échanges, ce qui n’est pas possible dans une société, donc on va plutôt considérer qu’ils achètent autant qu’ils vendent comme ça on voit vraiment l’influence de la création monétaire sur leurs comptes. Eh bien on voit que le riche et le pauvre convergent à la moyenne en une demi-vie. Il y a bien une symétrie spatiale et temporelle, donc il n’y a pas de privilèges. Le compte épargné des riches perd de son poids économique, ce qui va pousser, on le verra après, les épargnants au-dessus de la moyenne à prêter leur Dividende Universel.

Maintenant on va passer de la théorie à la pratique. Depuis le 8 mars 2017, le logiciel dont on va parler maintenant, Duniter, permet de générer et d’utiliser cette monnaie libre à l’aide de ses clients et permet de faire nouvellement société.
À toi Nadou.

Duniter

Nadou : Merci. Là on va passer à la mise en pratique de la TRM.
Duniter, c’est le cœur générateur du DU qui a demandé quatre ans de développement. C’est une technologie écrite en Type Script. C’est cgeek qui a beaucoup travaillé, qui a été rejoint par d’autres développeurs.
On va aussi parler de la toile de confiance qui permet une blockchain écolo. On va voir pourquoi on l’estime écolo, parce que seuls les nœuds membres volontaires, en ce moment il y en a 73, au moment où on a fait les slides en tous cas il y avait 73 nœuds qu’on appelle forgerons parce qu’il n’y a pas de minage, qui font partie de la toile de confiance. Ils participent sans course à la preuve de travail, au calcul, à l’écriture des blocs en permanence. Il y en a un tiers qui peuvent être en dormance.
Il n’y a pas de récompense monétaire, donc pas d’incitation économique au calcul des blocs contrairement aux autres blockchains, par exemple Bitcoin, Mathieu en a parlé tout à l’heure.
Là je vous ai fait une petite représentation de ce que pourrait être la blockchain Duniter. On voit qu’un nœud membre calcule un bloc toutes les cinq minutes. La blockchain, vous connaissez sûrement, c’est un registre, un grand livre de comptes sécurisé, infalsifiable et chaque bloc serait une feuille dans laquelle on peut retrouver l’écriture. Pour Duniter ça va être les certifications, les transferts par exemple. On peut aussi voir l’écriture de soldes ou les certifications.
Qu’est-ce que je peux en dire d’autre ? En ce moment Duniter est en train d’être réécrit en Rust et, pour la petite histoire, c’est Loïs, un Montpelliérain qui a, je pense en faisant mes recherches, découvert Rust au Capitole du libre 2017 et qui s’est mis en tête de réécrire Duniter en Rust, toujours dans cette volonté de monter en échelle et de sécuriser le système.

Là on passe à l’écosystème de Duniter et à ses applications clientes.
On l’a dit, c’est de la licence libre, c’est du GNU AGPL v3.
Autour des nœuds Duniter on a ses applications clientes au nombre de trois. Il y a Silkaj, Sakia, ça c’est plutôt pour les avertis, je vais dire, ce sont des clients qui sont écrits en Python, je pense, ou en ligne de commande donc c’est plutôt pour des avertis.
Je vais plutôt vous parler de Cesium4 parce que c’est le client le plus utilisé, le plus friendly, le plus sympa, que la majorité des gens utilisent.
On peut le télécharger sur tout support, notamment sur GNU/Linux. Il n’y a vraiment pas d’excuse pour ne pas télécharger l’application Cesium, il suffit de taper cesium.app. Cesium, comme je disais, c’est le client le plus simple d’utilisation. Il permet notamment la création et la recherche des comptes dans l’annuaire, l’affichage des certifications. On y retrouve aussi le solde et les transferts. Ça permet aussi la visualisation du réseau et le contenu des blocs.

Quand vous avez téléchargé, que vous souhaitez créer un wallet, un compte, vous avez la possibilité de choisir soit d’ouvrir un simple compte portefeuille. Dans ce cas vous trouvez un identifiant et un mot de passe qui génèrent automatiquement une clef publique. Il faut absolument sauvegarder, écrire précieusement vos identifiants et votre mot de passe. Je ne le dirai jamais suffisamment. On le répète régulièrement : c’est du décentralisé et quand on est dans un système décentralisé, je rappelle que la responsabilité porte sur nos épaules, il n’y a pas une hotline qu’on appelle pour avoir son mot de passe, donc il faut être responsable et sérieux.
Une fois que vous avez un compte portefeuille, vous pouvez démarrer l’expérimentation, vendre des biens, des services. Je peux aussi vous faire un don pour pouvoir commencer à expérimenter la Ğ1.

Sinon, vous pouvez aussi ouvrir un compte membre. Le compte membre c’est le compte producteur du DU. Il faut être d’autant plus vigilant, il faut un identifiant et un mot de passe suffisamment solides, par exemple une longue phrase, qui vont vous générer une clef publique qui va être associée à un pseudo. On ne vous demande pas de carte d’identité. Ici on est en décentralisé, c’est une clef publique avec un pseudo.
Mes préconisations, quand vous êtes dans ces étapes-là, c’est de bien lire et accepter la licence, de toutes façons Cesium vous le propose. Je conseille aussi aux gens de faire ça plutôt dans un temps calme et accompagnés. Sauvegarder l’identifiant et le mot de passe puisqu’il n’y a pas de tiers. Aller à la rencontre et connaître au moins cinq membres, ça c’est la question des certifications pour être dans la toile de confiance. Et surtout, télécharger le fichier de révocation.

Là je vous ai mis une photo de mon compte membre en fait. C’est bien moi. J’ai fait le choix de mettre une photo, nom, prénom et ici vous avez le début de ma clef publique. Sur la gauche, ce sont les gens qui m’ont certifiée, ce sont les certifications reçues, j’en ai reçues 39 et, à mon tour, j’ai certifié, donc j’ai émis 56 certifications. On a un paquet de 100 certifications pour deux ans je pense.

Sur cette partie-là vous avez un visuel sur la vie de mon compte. La chose à retenir ici ce sont les 10,11 Ğ1, ça c’est le DU que je coproduis puisque je suis membre de la toile et vivante, donc je coproduis 10,11 Ğ1 par jour. En bleu, vous avez un visuel sur les entrées, le positif. J’ai eu des dons. J’ai vendu des choses donc j’ai reçu de la monnaie. Et en négatif ce sont mes petites emplettes. Vous avez vraiment un visu sur mon compte membre.
Ces transactions, en fait, sont visibles sur les blocs qui sont calculés. Là j’ai choisi de vous mettre le bloc 279 146 qui a été forgé par Donadieu, donc Jean-Luc, qui a forgé ce bloc de manière volontaire, comme on l’expliquait il n’y a pas d’incitation à la récompense, donc merci Jean-Luc. Là on voit effectivement qu’on peut lire ce qui a été écrit. On a une opération, donc un transfert. Il y a eu les certifications. On peut voir aussi un nouveau membre.

Sur Cesium, tout le monde a aussi la possibilité de voir ces données-là, par exemple voir l’évolution de la masse monétaire. Ce qui est important de retenir ici c’est le portefeuille moyen. La masse monétaire était de 590 parce qu’ils étaient 59 le 8 mars 2017 et aujourd’hui, quand on a fait les slides, on a passé à 11 millions, c’est la masse monétaire totale et le portefeuille moyen est de 4700 Ğ1.

Matiou : 2373 membres hier soir. Peut-être qu’il y a eu des rentrées.

Nadou : De 59 membres, effectivement on voit qu’il y a une belle progression, on a plus 2373 membres.
La dernière image permet de voir qu’en fait c’est une monnaie d’échange, on l’utilise. Ici c’est le PIB, on a le nombre de transactions ainsi que le volume échangé et on voit très bien la progression jusqu’à aujourd’hui, jusqu’en novembre, on est en novembre 2019, avec des pics quand on a fait par exemple des événements comme des marchés de Noël ou des choses comme ça.
Comme je le disais c’est une monnaie, réellement un intermédiaire d’échange.

La mise en pratique de la Ğ1 pour faire son marché, eh bien partout. Partout où il y a des membres, partout où il y a des gens qui ont de la Ğ1, qui ont un portefeuille, qui sont membres, avec qui vous pouvez échanger. Là vous avez une carte pour ceux qui ont choisi de se géolocaliser. On a le nombre de personnes par région, par ville ou par le département. On peut être un peu chauvins, il y en a beaucoup en Occitanie, notamment à Toulouse.

Matiou : Ce n’est pas pour rien !

Nadou : Mais pas que ! Là il n’y a pas l’Europe, mais il y en a aussi en Espagne, beaucoup en Belgique, ça va de Douarnenez en Bretagne à la Suisse ; il y en a de plus en plus.

Les plateformes d’échange. La plus utilisée, on va dire, c’est ğchange. Vous avez des demandes et des offres de service et de biens. C’est gchange.fr5, il y a ğannonce.org. Je ne les ai pas toutes listées, il y a aussi g1bien.fr.
Et puis la barre de progression, c’est un développeur qui a mis ça en place pour financer des projets, donc des caisses communes, en fait, de financement participatif en monnaie libre. C’est très important.
En visu, in vivo, des marchés classiques, lors de nos rencontres on peut s’échanger des biens et des services.

Si vous ne souhaitez pas ouvrir de portefeuille ou compte membre, vous pouvez expérimenter avec le jeu Ğeconomicus6 et les modules d’approfondissement de la TRM.
C’est quoi le jeu Ğeconomicus ? C’est un jeu de simulation, on joue avec des cartes valeurs et des cartes monnaie. Ça se déroule en deux temps. Dans un premier temps on simule une société sous monnaie dette et dans un deuxième temps une société sous monnaie libre. Ensuite, en dernier, on a une analyse des résultats et là on va comparer la part des valeurs créées par personne et la part moyenne des valeurs créées ainsi que le poids des inégalités. Ça c’est très important.
Je ne donne pas plus de détails. On trouve souvent les mêmes résultats, donc c’est une expérience qui a été faite, je crois, une soixantaine de fois.
Pour ceux qui souhaitent pousser la compréhension, l’approfondissement, il y a d’autres modules. Le module Galilée, il y a Yoland Bresson et puis ça va jusqu’à Kurt Gödel et Ğ(x). Il y a quelques développeurs qui ont fini le module Yoland Bresson ou Leibnitz, je ne sais pas trop.

Matiou : Il n’y a que quatre individus qui sont allés jusqu’au troisième module, donc il y a encore du pain sur la planche, intellectuellement on va dire.

Résumé et conclusion

Matiou : En résumé, comme on l’a dit tout à l’heure, le cadre axiomatique, la monnaie libre se positionne dans quatre libertés axiomatiques. Elle se caractérise par deux symétries, une spatiale et une temporelle, une équation : le DU de demain est égal au DU d’aujourd’hui + C2 fois M/N. [DU(t + 1)= DU (t) + C2 (M/N)]. Vous allez bientôt voir des tee-shirts avec cette équation.
Je produis un DU de Ğ1 par jour.
J’exprime les prix en DU, je mesure tout selon ce DU journalier.
C’est une unité de mesure stable qui comporte une invariance spatiale et temporelle, il faut le répéter.
C’est une création monétaire symétrique précisément dans l’espace entre les individus et dans le temps entre les générations, qui ne génère pas d’inflation ni de déflation, qui génère un auto-équilibre à la moyenne par la notion de propriété de convergence des comptes et tout le système est transparent.
En conclusion.

Nadou : Petite conclusion. L’expérience d’utilisation du DU, l’unité de mesure économique qui comporte un invariant relativiste, permet aux utilisateurs depuis le 8 mars 2017, de développer librement leurs aspirations à l’autonomie économique, sociale et culturelle de type collaborative, mutualiste et contributive.
Les formes d’économie qui semblent se libérer sont de type circulaire d’usage et de fonctionnalité, du solide, durable, du recyclable, du réparable. C’est ce qu’on constate.
À l’image de la sobriété énergétique de l’écosystème Duniter, la toile de confiance semble privilégier le respect du vivant et s’orienter vers l’usage des ressources énergétiques facilement renouvelables.

Merci pour votre attention. Il nous reste quelques minutes pour des questions/réponses.

Matiou : Merci.

[Applaudissements]

Questions et réponses

Public : Bonjour. Merci beaucoup pour cette présentation. J’aurais deux questions sur la présentation que je viens de voir.
La première c’est sur la première partie de la présentation, sur le fait que ça part du principe que les gens dépensent autant que ce qu’ils gagnent, quand il y avait les deux schémas de convergence. Sauf que si c’était le cas, il n’y aurait aucun problème avec l’euro puisqu’en fait le gros problème c‘est notamment le fait que les gens deviennent milliardaires et, du coup, choppent toute la valeur qui ne va pas aux autres personnes. Pareil, si on mettait un seuil maximum je pense que ça réglerait beaucoup de problèmes.
La deuxième question c’est par rapport à la consommation d’énergie de la blockchain parce que, même si on ne mine pas, le fait d’avoir une blockchain qui continue à croître de manière continue fait que rien que le fait de maintenir cette blockchain, en tout cas dans le bitcoin il y a ça aussi comme problème, il n’y a pas que le minage, il y a aussi le fait que la blockchain est tellement énorme, que l’échange lui-même de la blockchain consomme énormément.
Merci.

Matiou : D’abord pour cette deuxième question, eh bien non justement, elle n’est pas énergivore, cette blockchain de Duniter consomme très peu, elle est sobre énergétiquement. Certes la base de données va grossir mais, au fur et à mesure que les informaticiens – d’ailleurs on a oublié une slide – viennent dans la monnaie libre, eh bien ils travaillent. On propose sur Toulouse les 14e Rencontres de la Monnaie Libre, il y en tous les six mois dans une ville différente. Le but de ces Rencontres c’est de se faire rencontrer les informaticiens afin justement d’optimiser parce qu’il y a besoin de passer à l’échelle. Aujourd’hui, on pourrait dire que la blockchain Duniter pèse le poids énergétique d’une souris comparativement au bitcoin ou même à l’euro qui lui pèserait le poids d’un éléphant.
Je veux bien qu’on réfléchisse à anticiper la montée à l’échelle de cette monnaie libre, mais il faut déjà savoir qu’on part de très bas et qu’on va se soucier au fur et à mesure à faire en sorte qu’elle consomme encore moins d’énergie. Une monnaie ça s’entretient. C’est notamment ce que va permettre Dunitrust, donc Duniter en langage Rust, qui va permettre de pouvoir optimiser, en tout cas contenir cette base de données en utilisant le moins possible d’énergie. Ce n’est pas un problème. On va dire que quand il y a un problème il y a toujours une solution.
Pour la première question, la convergence des comptes. Ça c’est une spécificité, une propriété unique de la monnaie libre. Ça vous ne pouvez pas le retrouver en monnaie dette, en monnaie non libre. Parce que là on voit, je vous l’ai dit, la création monétaire, l’effet de la création monétaire sur des individus, sur des comptes d’individus, la création monétaire sur les comptes en monnaie dette, sur les individus, elle est là : ce sont quelques-uns en haut qui dominent tous les autres. La pyramide. Alors qu’ici qu’est-ce qu’on voit ? On voit une convergence des comptes. Au fur et à mesure du temps, la monnaie épargnée au-dessus du portefeuille moyen perd de son poids économique avec le temps. On peut dire autrement que le riche, s’il s’en va aux Bahamas, dans un paradis fiscal, avec sa richesse en Dividende Universel, eh bien les autres individus qui restent sur le territoire, vu qu’ils coproduisent la monnaie avec lui, en fait leur coproduction commune va faire diluer l’épargne du riche qui s’est caché aux Bahamas avec sa bourse, en fait sa bourse ne va pas manquer. Elle ne va pas manquer pour les autres qui sont restés en France et qui, eux, coproduisent la monnaie. On va dire qu’ils vont faire fondre l’épargne du riche qui est planqué aux Bahamas, juste par la création monétaire. Les échanges, après, c’est indépendant, c’est-à-dire que ça peut s’inverser. C’est-à-dire que l’entrant, celui qui est en bleu, qui commence à peine, il suffit qu’il vende une valeur, par exemple un logiciel ou, je ne sais pas, un service informatique à celui qui est très riche – c’est notre cas aujourd’hui, on a vendu pas mal de choses, on a loué une maison en Ğ1, donc on se retrouve avec un portefeuille à peu près de 9000 Ğ1 chacun. Le portefeuille moyen, on l’a vu est de 4700 Ğ1 aujourd’hui, donc nous sommes, on va dire, des individus en rouge. Les jaunes sont à 4700 Ğ1 et vous, les nouveaux entrants, vous êtes en bleu. Si vous nous vendez un service qui vraiment nous plaît beaucoup et que vous nous le faites payer assez cher, eh bien on va vous refiler toutes nos Ğ1, on va se retrouver à votre place, on va se retrouver bleu et vous, vous serez rouges.

Public : En fait, oui, en effet, si la personne ne fait aucun placement, sa monnaie ne fructifie pas, et pour moi c’est exactement comme pour l’euro. Si le mec part aux Bahamas sans faire aucun placement, avec l’évolution de la monnaie, forcément il perd de la valeur, évidemment il se stabilise.

Matiou : Une chose qui est importante, toute valeur étant relative, un placement n’existe pas dans le sens où vous pouvez placer et perdre vos sous. Placer ça ne va pas dire que ça va forcément rapporter, toute valeur étant relative.

Public : Bien sûr. En tout cas sur le principe que s’il part et qu’il garde juste l’argent qu’il a sur lui, dans toutes les autres monnaies c’est pareil.

Matiou : Nnon. Celui qui produit la monnaie va justement assécher ceux qui ne produisent pas de monnaie.

Nadou : On est sur deux types de création de monnaie complémentent différents en fait. C’est-à-dire qu'en monnaie dette, monnaie euro actuellement, comme on l’a démontré, c’est complètement asymétrique. Alors que sous monnaie libre, avec le Dividende Universel, chaque membre de la toile de confiance coproduit sa part quotidienne. Donc il pleut toujours un petit peu. Alors qu’en monnaie dette, actuellement il y a une concentration de cette monnaie en fait. Du coup, au niveau topologique, il y a de la rareté dans certains endroits, par exemple au niveau des gilets jaunes.

Matiou : Pour prendre un exemple qui va répondre à votre question, on voit ici en haut le compte du RSA en quantitatif. On voit bien qu’en l’an 2000 le nombre d’unités euros dans un RSA mensuel était de 398 unités. Chaque année on parle du coup de pouce, on nous parle du coup de pouce, eh oui, en quantitatif le RSA augmente. Il est aujourd’hui autour, je crois, de 600 euros. Donc en effet, le RSA quantitativement monte. Mais la production totale d’euros, la masse monétaire – on ne nous en parle jamais, la quantité des crédits existants – la masse monétaire euro grandissant plus vite que le RSA, eh bien quelle est la part relative du RSA, c’est-à-dire le poids économique du RSA, il n’a jamais été aussi bas aujourd’hui. Ça explique un petit événement, les Gilets jaunes, je ne sais pas si vous en avez entendu parler, qui ressentent une baisse du pouvoir d’achat, alors que le SMIC et le RSA augmentent quantitativement. Ça cause un gros problème.

Public : Tout à fait. Ce que je disais c’était juste par rapport au fait que les riches se stabilisent vers la moyenne. Par contre, le fait que les pauvres remontent vers la moyenne, ça je suis d’accord que c’est quand même une belle avancée sur la monnaie.

Matiou : Vérifiez, vous comprendrez.

Public : J’avais une question à propos de Cesium justement. Il y a deux ans, j’ai été introduit à la monnaie libre par Loïs. J’ai ouvert un compte sur Cesium. Il avait ouvert deux comptes portefeuilles pour moi, du coup je n’ai jamais pu être certifié sur ce compte-là. Est-ce que c’est un problème qui est encore d’actualité ou pas ?

Nadou : Sur l’application Cesium on peut demander que le compte portefeuille devienne membre, vous pouvez le transformer. Si vous savez retourner, si vous savez y aller, si vous avez votre identifiant, votre mot de passe, vous pouvez demander…

Public : Ce n’est pas ça le souci. Le souci c’est qu’en fait il a écrit deux fois dans la blockchain que ce compte-là devenait membre. En inscrivant comme ça deux fois, ce compte est complètement bloqué, il ne peut plus devenir membre. J’ai vu ça avec Denis La Plume, on a essayé de chercher.

Nadou : On ne peut avoir qu’un compte membre, effectivement, là ça devient un peu compliqué.

Matiou : Au bout de deux mois ça se règle. C’est-à-dire que toute activité est oubliée si elle n’a pas abouti au bout de deux mois.

Nadou : C’est vraiment une étape importante. Ce que je préconise c’est vraiment de prendre le temps et surtout de ne pas le faire faire par quelqu’un, vraiment d’être acteur dans cette démarche. Comme on l’a dit, la première des libertés c’est de la choisir. Du coup, il y a une phase de compréhension et une fois que vous êtes vraiment sûr, que vous avez envie d’expérimenter, le simple compte portefeuille permet d’expérimenter et de tisser des liens. Dans un deuxième temps, si vous avez envie de devenir coproducteur de DU, prenez vraiment le temps de le faire au calme, de bien lire la licence et de bien noter, effectivement, l’identifiant, le mot de passe et la clef publique qui est vraiment unique, qui vous identifie.
On est vraiment dans un nouveau paradigme, c’est-à-dire qu’on essaie de faire passer ce message qu’on a envie de construire une société décentralisée, sans dominant, du coup on a des responsabilités vis-à-vis de nous-même et vis-à-vis de la communauté. Ça implique beaucoup de responsabilités.

Public : Excusez-moi. Je voudrais que vous reveniez sur les financements participatifs. Si j’ai bien compris, les comptes c’est forcément des personnes physiques. Ça peut être des personnes morales ? Je voudrais savoir comment ça se passe. Si on veut financer le projet de quelqu’un, ça c’est bien, par contre si on veut financer le projet d’un collectif et que, du coup, ça ne va pas sur une personne, c’est pareil ? Je sais que dans les monnaies locales qui sont des monnaies dettes, j’ai bien compris, ça permet aussi y compris de payer une partie du salaire de ses salariés en monnaie locale donc de favoriser une économie locale. Est-ce que là il serait envisageable, il serait possible de payer une partie du salaire en Ğ1 pour favoriser ça ? Merci.

Nadou : Bonne question. Effectivement, je n’ai abordé que les comptes portefeuilles, les comptes membres pour les personnes. Mais effectivement associations, entreprises, organisations peuvent ouvrir un compte. Ce compte ne sera producteur de DU par contre, parce que seules les personnes vivantes, en fait, sont productrices du DU. Il y a déjà eu des expériences de caisses de financement participatif. Un instituteur, dans le Tarn je crois, a demandé un certain nombre de Ğ1 pour financer l’achat d’ordinateurs pour les mettre sous GNU/Linux et pouvoir faire faire des jeux aux enfants. Son projet a même été financé à 150 %, je crois. On peut le voir sur Ğannonce.
Et puis la question des entreprises, payer des salariés. Effectivement, on a des chefs d’entreprise qui ont plusieurs salariés, à Toulouse par exemple il y a Djoliba, Altsysnet à Cazères, qui effectivement vendent des produits et des services en Ğ1 et je pense par exemple qu'Olivier Fontes qui a une boîte à Cazères, paye le 13e mois, un genre de prime, en Ğ1, à ses salariés.

Organisateur : C'est fini..

Matiou : On peut répondre après aux questions au stand.

Nadou : On a aussi un stand. Et surtout on peut insister rapidement sur la 14e édition des RML qui a lieu à ici Toulouse. On reçoit les informaticiens le week-end prochain, du jeudi 28 au 1er décembre 2019. Je vous invite à venir.
Sinon les liens pour aller plus loin, vous avez : Mlog1.org, ça c’est le site local ; forum.Duniter.org7 c’est pour les développeurs, donc si vous voulez nous aider, allez-y ; monnaie-libre.fr8 c’est plutôt un site généraliste et puis un super site Creationmonetaire.info9, très garni, de Stéphane Laborde.

Matiou : Merci.

Matiou : Merci pour votre attention.

[Applaudissements]

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (30 juin 2020)

APRIL - ven, 06/26/2020 - 12:57
Start: 30 Juin 2020 - 15:30End: 30 Juin 2020 - 17:00

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71e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 30 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • notre sujet principal : « au cœur de l'April ». Plusieurs personnes actives au sein de l'April (Marie-Odile Morandi, Étienne Gonnu, Christian Momon, Elsa Pottier, François Poulain, Laurent Costy) parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Posez-nous toutes vos questions, soit avant l'émission, soit pendant le direct, nous y répondrons
  • la chronique « Itsik Numérik » d'Emmanuel Revah sur le thème « Be kind, Document »
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April. La chronique sera consacrée aux activités de l'Axul

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 30 juin 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 30 juin 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Faut-il plus de police sur Internet ? - Décryptualité du 23 juin 2020

APRIL - jeu, 06/25/2020 - 13:46


Titre : Décryptualité du 23 juin 2020 - Faut-il plus de police sur Internet ?
Intervenant·e·s : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 23 juin 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 25 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : 22 People Icons, Creative Tail - Licence Creative Commons CC BY 4.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Alors que la loi Avia vient d'être vidée de son contenu par le Conseil constitutionnel, la lutte contre la haine sur Internet ne passe-t-elle pas par plus de moyens pour la police ?

Transcription

Voix off de Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 25. Salut Manu.

Manu : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : Il se passe un truc super bizarre là, le son est correct. Non ?

Manu : On suppose. On espère.

Nico : La fin du confinement ça aide !

Luc : Je suis rentré. Vous êtes là. C’est Marie-Odile qui va moins souffrir. On n’a jamais parlé de Marie-Odile, mais on aurait dû. Elle transcrit tout ce qu’on fait. Toutes les semaines elle passe un temps incroyable et elle fait un boulot phénoménal pour nous transcrire, ce qui permet de pouvoir nous lire derrière. Bravo Marie-Odile et merci beaucoup.

Manu : Merci.

Nolwenn : Merci beaucoup.

Luc : Ce sera le dernier podcast de la saison. On va arrêter un petit poil en avance. On va s’arrêter sur un son correct. Donc revue de presse.

Nolwenn : ouest-france.fr, « Rostrenen. Esprit FabLab lutte contre l’exclusion numérique », un article de la rédaction.

Manu : Une petite association locale qui se lance pour aider les citoyens de la commune, notamment dans le cadre éducatif parce qu’on se rend compte qu’il y a plein de gens qui ont eu besoin de suivre leurs cours à distance mais qui n’avaient pas d’ordinateur. C’est l’occasion de récupérer des vieux ordinateurs, de les remettre en forme, mettre du logiciel libre dessus, les distribuer aux étudiants. C’est une bonne initiative.

Luc : Ces temps-ci je fréquente beaucoup d’enfants et je découvre que l’usage de l’ordinateur n’est pas gagné. Pendant longtemps on disait que les jeunes étaient à l’aise avec l’informatique. Je pense que ce n’est plus vrai parce qu’avec les consoles, les téléphones portables, il y a plein de gamins qui utilisent rarement un ordinateur et il y a plein de gens qui sont perdus.

Nolwenn : Oui. J’ai une collègue qui est enseignante dans le supérieur et qui, chaque année, est époustouflée par le niveau de plus en plus bas des étudiants sur l’usage des outils numériques. Et ça fait très peur.
ZDNet France, « Libre et open source : Hambourg, pseudonymisation Etalab, cloud libre Rapid.Space, mécénat Code Lutin, Smile », un article de Thierry Noisette.

Manu : C’est un pot-pourri de différentes nouvelles qui concernent le logiciel libre à un moment ou un autre, entre Allemagne et entreprises, notamment entreprise nantaise, il me semble que Code Lutin c’est par là-bas.

Luc : Oui, pas loin.

Manu : Allez jeter un œil si vous voulez voir, c’est assez sympa.

Nolwenn : Leblogauto.com – on parle voitures – « Volkswagen : l'Open Source pour affiner l'OS du véhicule », un article d’Elisabeth Studer.

Luc : Elle est ouvrier spécialisé ?

Manu : L’open source, l’OS, ah oui, l’OS, le système d’exploitation mais en anglais, l’Operating System. Effectivement dans les voitures, les véhicules en général, il y a de plus en plus d’informatique, ça peut être bien, mais justement il y a des problématiques qui sont autour de cela, c’est difficile à développer et il est intéressant de passer sur du logiciel libre pour mettre en commun, c’est-à-dire que les constructeurs peuvent essayer de standardiser un système qu’ils vont pouvoir réutiliser entre leurs différents véhicules. Ça peut être bien pour la sécurité, pour les coûts de développement. C’est compliqué.

Luc : Et pour ne pas tricher aux tests de pollution !

Manu : Tu veux dire ! Non ! Volkswagen ne ferait jamais ça !

Nolwenn : ZDNet France,« Pseudonymisation des données : la plateforme Health Data Hub sommée d'éclaircir ce point devant la CNIL », un article de Clarisse Treilles.

Manu : C’est une sommation intéressante parce qu’on en a parlé plusieurs fois. On est embêté : les données de santé françaises sont envoyées sur des ordinateurs américains et on connaît les lois américaines, on sait qu’elles sont un peu dures et qu’elles se donnent le droit d’accéder à ces données-là, donc c’est gênant. Dans ce cadre-là la CNIL demande un peu plus d’informations pour s’assurer que ce soient bien les lois européennes qui vont s’appliquer.

Luc : Merci. Pour notre sujet de la semaine on va se poser une question importante : faut-il plus de police sur Internet ?

Manu : Là vraiment tu nous trolles, tu commences fort !

Nolwenn : On va finir par porter plainte !

Luc : Pourquoi ? Dans le paysage il s’est passé quelques trucs. Déjà la loi Avia dont on a parlé il n’y a pas très longtemps.

Manu : Qui était un de nos sujets.

Luc : Qui a été votée, loi contre la haine sur Internet et grosse déception pour La République en Marche, le Conseil constitutionnel a, en gros, saqué1 l’essentiel de la loi.

Nico : Ils ont appelé ça une non-conformité partielle, mais de partiel il ne doit rester plus ou moins que le titre, tout a été fait sauter. En fait, ils ont considéré que tout ce qu’on disait depuis le début, les conditions de suppression des contenus en 24 heures en prenant le risque de surcensure ou de sous censure, n’était pas viable et que ça allait conduire à des effets de bord vraiment pas cool, que les éditeurs et les hébergeurs allaient massacrer les contenus pour éviter les risques juridiques. Ils ont dit que ce n’était pas constitutionnel, ils ont supprimé l’intégralité du pan de tout ce qui était censure et retrait des contenus, donc il ne reste plus rien de cette loi.

Luc : Du coup on est tristes !

Manu : Tellement tristes !

Nolwenn : Du coup on va parler d’autre chose !

Luc : En tout cas ça pose cette question. La haine sur Internet, c’est un sujet, même si on aime bien se moquer de Lætitia Avia et de sa loi, surtout de sa loi, le sujet est pertinent malgré tout.

Manu : On en rencontre régulièrement dans tous les domaines, tous les lieux, et dans des contextes qui sont assez étranges.

Luc : Effectivement. La logique qu’il y avait derrière cette loi c’était de faire porter la responsabilité sur les hébergeurs, sur les intermédiaires techniques. En quelque sorte, un des reproches qui a été fait c’était de dire que c’est une mission régalienne qui devrait être celle…

Manu : Du roi.

Luc : La souveraineté du roi, la souveraineté de l’État et qui est sous-traitée à des entreprises qui sont juge et partie, ce qui est très problématique.
Dans l’actualité on a un autre truc qui est de la haine sur Internet, mais d’un calibre tout à fait différent.

Manu : C’est presque amusant tellement c’est idiot et ça va loin quand même. Ce sont des employés d’eBay.

Nolwenn : Et des employés haut-placés !

Manu : Haut-placés, des directeurs des services de sécurité, de l’intelligence de l’entreprise, l’intelligence globale, des gens seniors, pas n’importe qui, y compris un ancien policier, qui ont été impliqués dans toute une histoire où ils ont fait du cyberharcèlement2 à un couple dont la femme, blogueuse, avait écrit un article très critique envers eBay. Il n’est pas certain, mais il est possible que ce soit un de leurs chefs qui leur ait demandé, ce n’est pas sûr du tout, mais ils ont décidé de les harceler en leur envoyant des colis de cafards vivants, d’araignées, en envoyant des masques de cochons sanglants, en envoyant un fœtus de porc, en envoyant des magazines pornos à leurs voisins mais à leur nom, en les abonnant à des mailing-lists et à des discussions d’échangisme en indiquant leur adresse et en disant « vous pouvez venir à partir de 10 heures tous les soirs, il n’y a pas de problème, on est ouverts », des trucs particulièrement sympathiques ! Ils se sont déplacés pour aller les surveiller et ils ont même essayé d’installer un système GPS sur leur voiture, un système physique. Ces six employés haut-placés, très intelligents, se sont fait avoir lourdement parce que, notamment, ils avaient essayé de tricher et de cacher les preuves de leurs méfaits.

Luc : Quand on achète quelque chose, du coup ça laisse des traces parce qu’on a payé ?

Nico : Oui. Mais eux avaient fait les choses à peu près proprement, en tout cas ils ont essayé. Ils avaient acheté des téléphones qu’ils utilisaient juste pour ça, ils avaient des ordinateurs qu’ils avaient achetés exprès pour harceler. Ils utilisaient des cartes prépayées pour faire leurs achats en ligne, etc. Donc ils essayaient vraiment de se cacher le plus possible quand ils commettaient leurs méfaits.

Nolwenn : Ils ont quand même mis les gros moyens !

Nico : Oui, surtout pour le ridicule. Un blog juste avec quelques critiques, quand on voit comment ça a été monté en épingle, c’est quand même assez fort !

Luc : Ce que je trouve bien c’est que tu peux te dire que tu peux être petite blogueuse dans un coin et faire un article qui énerve vraiment un géant comme eBay. Finalement je trouve ça plutôt encourageant en se disant qu’on peut être petit et néanmoins faire la différence.

Nolwenn : Je n’ai pas forcément envie qu’il m’arrive tout ça, tu vois ! Je vais éviter de faire des critiques.

Luc : Les cafards ce n’est pas si mauvais que ça !

[Rires]

Luc : C’est clairement du cyberharcèlement et on découvre l’étendue de tout ce qu’on peut acheter sur Internet, c’est vraiment impressionnant ! Ils se sont fait choper malgré tout.

Manu : On ne connaît pas les détails, en tout cas je n’ai pas trouvé les détails sur la manière dont ils se sont fait attraper, je ne sais pas si vous avez entendu parler du truc, ça va sûrement apparaître avec le temps, j’espère, mais c’est assez grave. Une entreprise, effectivement, c’est quelque chose d’inhumain et de conséquent. La plupart du temps, le cyberharcèlement ce sont quand même des petits idiots sur Internet qui se font choper assez rapidement, on a eu assez souvent des cas, on en a parlé plusieurs fois.

Luc : Oui, mais à mon sens si tu vas porter plainte parce que quelqu’un dit des misères sur toi je pense qu’il ne se passe rien. Toi, Nicolas, tu as un loisir dans la vie qui consiste à faire des procédures judiciaires. C’est ça ?

Nico : C’est un peu ça. J’essaye de faire respecter mes droits, j’en ai déjà six ou sept, je crois, à mon actif. C’est vrai que si on porte plainte comme ça, généralement ça ne débouche pas sur grand-chose. Il y a déjà des modèles de lettres sur Internet pour déposer plainte. Vous écrivez juste une lettre au procureur, mais, en fait, ça ne suffit pas. Généralement au bout d’un an, je crois que maintenant c’est réduit à trois mois, vous avez une réponse du procureur disant « désolé, on la classe sans suite » et il n’y a rien qui se passe. Moi, dans mes affaires, en fait je ne lâche pas le morceau et c’est vrai que je prends tout de suite des avocats, je fais une constitution de partie civile. Les gens ne connaissent pas cette démarche ; ça permet d’imposer au procureur de faire les instructions nécessaires.

Luc : En gros, tu commences un procès.

Nico : C’est surtout l’instruction avant le procès. Le procureur ne peut pas classer la plainte sans suite. Du coup il faut un avocat, il faut être bien accompagné.

Nolwenn : Il faut de l’argent.

Nico : Et de l’argent aussi.

Luc : Ça coûte combien ?

Nico : Une procédure, globalement, c’est dans les 2000/3000 euros déjà pour commencer. Après, ça dépendra de ce qu’on trouvera derrière, forcément, et de l’ampleur de la chose. J’ai été jusqu’à 80 000 euros sur des procès d’assises. Il peut vraiment y avoir de tout. C’était des petites affaires d’escroquerie, des choses de type là ou du piratage informatique, c’est presque moi qui ai fait tout le boulot de recherche, de remonter la trace des gens. On essaie de trouver des pistes pour savoir où est-ce qu’ils étaient, relever leur anonymat, essayer de comprendre comment ils fonctionnaient et arriver avec un gros dossier à poser sur la table du juge, parce que les policiers n’étaient clairement pas compétents. Il faut vraiment avoir de la chance.

Luc : Voilà ! Du coup tout le monde ne peut pas être Nico et si les policiers ne sont pas compétents, c’est foutu ! Il faut plus de police !

Nolwenn : Et surtout, comment tu fais pour avoir ces compétences-là ? Toi tu les as de part ton métier et ton expérience, mais là voisine du dessous qui se fait harceler par son petit copain, elle fait comment ?

Nico : C’est là où effectivement c’est compliqué et c’est là où on manque peut-être de moyens policiers en France, mais pas la police, la BAC [Brigade anti-criminalité] ou autre comme on voit dans les rues, vraiment des personnes de terrain qui sont capables d’accompagner les victimes, de faire justement ce travail d’investigation et de ne pas juste avoir des bouts de papier sur un coin qui restent pendant des années.

Luc : Ou des gens qui soient techniquement compétents.

Nico : Techniquement compétents, adresser vite aux bonnes personnes. Moi c’était assez technique, mais quand j’arrive au commissariat de quartier pour porter plainte pour un piratage informatique, le policier m’a demandé comment écrire IP, adresse IP quoi ! Forcément que ça va être compliqué dans ce cas-là. Il a fallu que j’arrive sur Paris et que je prenne contact avec la BEFTI [Brigade d'enquêtes sur les fraudes aux technologies de l'information], le bureau spécialité dans ce type de fraude, pour qu’on se retrouve avec des gens compétents et qui comprennent le langage et qu’on commence à avancer.

Luc : Si on n’est pas Nico, on est foutu !

Nico : Après, il faut aussi savoir s’encadrer de bons avocats. Il faut trouver un avocat qui soit du domaine pour vous accompagner, que ce soit du harcèlement, du piratage informatique, de l’escroquerie, il faut vraiment trouver des personnes qui soient précises sur votre sujet et là il va connaître les textes de loi, il va savoir les bonnes actions à faire. Par exemple dans le cas du harcèlement en ligne il faut tout de suite aller bloquer les données sur les serveurs pour que ça ne s’évapore pas. On sait qu’au bout de 15 jours on a déjà perdu beaucoup de choses, au bout d’un mois on ne retrouvera quasiment plus rien.

Luc : Oui, parce qu’il y a des obligations légales à garder certaines informations de type adresse IP, etc., les horaires de connexion.

Nico : C’est ça. Les lois européennes disent 15 jours, donc on sait qu’au bout d’un mois on risque déjà savoir des pertes, donc il faut agir très vite et savoir ce qu’on fait. C’est malheureusement compliqué aujourd’hui de faire rendre justice quand on ne connaît pas et qu’on n’est pas informé de ce qu’on peut faire.

Nolwenn : Et qu’on n’a pas le temps et aussi qu’on n’a pas les moyens financiers ou physiques pour le faire.

Nico : Oui, parce que c’est très chronophage et effectivement il faut aussi avoir de l’argent. Vos assurances peuvent vous accompagner là-dessus, on le sait assez rarement mais la plupart des assurances habitation contiennent des assurances juridiques à l’intérieur. Mais pareil, il faut aller combattre son assurance parce qu’elle ne va pas vouloir prendre ça en charge, donc il faut aussi taper de ce côté-là. On arrive à quelque chose à la fin, mais ça prend du temps. La plus grande affaire que j’ai eue a duré quasiment dix ans. Pour juste une escroquerie à la serrurerie on est déjà à plus de dix ans, on n’a toujours pas de visibilité sur la chose derrière.

Nolwenn : Comment tu fais pour porter plainte et réussir à faire toutes ces démarches quand tu es personne seule, isolée, que tu es déjà fragile et que tu es encore plus fragilisée parce que tu viens d’être lésée ? Est-ce qu’il y a des associations pour aider ?

Nico : Il y a certainement des associations. Sur le harcèlement au autre vous pouvez vous tourner vers des associations féministes qui vont être capables de vous aider.

Luc : Quand on est une femme !

Nico : Quand vous êtes une femme ou même un homme. La plupart des problèmes de violence conjugale ça va malheureusement toucher les femmes. Effectivement, tournez-vous vers des associations, des associations de consommateurs si c’est du droit du commerce ou de l’escroquerie. Pour le harcèlement en ligne ou les violences conjugales, tournez-vous vers les associations féministes et spécialisées dans le domaine ; généralement elles vont vous envoyer vers les bonnes personnes qui vont pouvoir prendre le relais et vous accompagner.

Manu : Il va falloir que tu publies des données un petit peu plus conséquentes. Je sais que tu as un truc sur le RGPD [Règlement général sur la protection des données], que tu veux t’assurer de l’usage de tes données. Il va falloir que tu mettes tout ça en ligne et que tu en parles un peu plus. Que tu fasses des livres !

Nico : C’est sûr qu’on pourrait écrire des bouquins. D’un autre côté, justement, mes différentes expériences ont montré qu’on manque cruellement de cet accompagnement et de cette volonté de la police d’investiguer sur les affaires. La plupart du temps ils se considèrent débordés, en fait il y a toujours plus urgent et ils ne transmettent pas aux bonnes personnes et aux bonnes brigades qui elles, potentiellement, sont moins chargées que le commissariat de quartier qui va avoir des plaintes toute la journée.

Manu : Effectivement il y a des crimes, il y a des meurtres, des viols, donc ça me paraît logique qu’on mette souvent ça en priorité. Mais effectivement c’est une question de volonté et à un moment donné, quand il a une jeune fille qui se fait cyberharceler parce qu’elle a mal parlé d’une religion3, là ça remonte au niveau politique et ça redescend sur les autorités qui vont dire « là il faut qu’on fasse quelque chose ». Là il y a une volonté qui apparaît.

Nolwenn : Ça c’est uniquement quand il y a du buzz. S’il n’y a pas de buzz ça ne remontera jamais.

Luc : De fait, dans ce cas précis, l’avocat a fait monter le buzz : la famille a pris un avocat et c’est lui qui a monté l’affaire en épingle dans les médias pour forcer le pouvoir politique et la justice à prendre l’affaire en main ; sans quoi, effectivement, il ne se serait pas passé grand-chose.

Manu : C’est là où j’appelle une volonté. La volonté ce n’est pas juste une personne qui a des moyens limités, c’est que ça remonte à quelque chose de conséquent, le pouvoir politique notamment, et quand ce pouvoir-là veut quelque chose, il va le faire avec de la difficulté, mais il peut mettre les moyens. Et mettre les moyens c’est choper des experts qui vont se déplacer et pas forcément aller très loin parce que souvent, c’est ça qui est amusant, la plupart des cyberharceleurs sont des petits idiots.

Nico : Et ça va aller très vite pour les trouver. On va aller voir le forum directement. La police va aller taper aux carreaux « bonjour, vous pouvez me donner l’identité de ces personnes ? » On va les avoir, en 24 heures c’est fini.

Luc : Un cas de ce type-là ça va être Nadia Daam4, cette journaliste qui avait été harcelée par des membres du forum 18-25 de jeuxvideo.com. Effectivement ils en ont chopé deux qui se sont écrasés au tribunal et, à priori, ça a été assez simple et assez rapide.
En tout cas l’affaire qu’on mentionnait au début avec eBay nous démontre que ce ne sont pas nécessairement que des petits idiots.

Manu : Non, ça fait même peur!

Luc : Cette semaine il y a également UFC-Que Choisir5 qui a fait condamner Apple pas sur des questions de harcèlement mais sur des questions notamment de non-respect du RGPD, du droit des consommateurs, ce qui nous rappelle que même les grosses boîtes peuvent très volontiers ne pas respecter la loi et quand on veut la leur faire respecter, eh bien ça coûte cher, ça prend du temps. De l’intérêt d’avoir des démarches collectives, des associations dont tu parlais Nicolas. Il y a clairement sur la haine en ligne des besoins qui aujourd’hui, à priori, ne sont pas trop couverts.

Nico : Comme on a toujours dit sur la loi Avia, on n’a pas besoin d'avoir de nouvelles lois et de choses comme ça. Ils ont besoin d’essence pour leur voiture, d’encre pour leurs stylos et, avec ça, ils sont capables d’aller trouver les personnes. Il n’y a pas besoin d’avoir toute cette automatisation, d’intelligence artificielle ou de boulot des GAFAM.

Luc : Il faut peut-être un ordinateur, parce que juste avec un stylo !

Manu : Oui. L’équivalent.

Nico : Mettez du monde pour résoudre ces problèmes-là et ça disparaîtra. Arrêtez de croire que la technologie va tout régler.

Luc : En tout cas on va le contrôler.

Nico : Voilà !

Luc : Très bien. On s’arrête là-dessus.

Manu : On vous dit bonnes vacances à tous. Bon été.

Nico : Et à la rentrée.

Luc : Salut tout le monde.

Nolwenn : Au revoir.

Les libristes et la gratuité en 2020 (mais il y en a un peu plus, je vous le mets quand même)

APRIL - mer, 06/24/2020 - 22:30

Texte proposé par : Laurent Costy, Vice-président de l'April
Illustration : Lorette1

Le texte qui va suivre emploie régulièrement le mot « libriste ». Il s'agit ici de parler de personnes convaincues que, dans le champ de l'informatique, l'usage de logiciels libres est meilleur pour la société.
Le terme « libriste » utilisé ci-après pourrait laisser penser à une catégorie homogène, à un ensemble de personnes unies dans une communion de pensées convergentes et magnifiques. Bien sûr il n'en est rien et la mouvance libriste — ainsi que ceux qui ne s'en revendiquent pas mais qui pourraient y prétendre —, comme toute catégorie, est hétérogène et l'emploi du terme dans la suite du texte a pour seule vocation de simplifier la lecture et de donner des tendances probablement dominantes[2.


Depuis les premières heures du logiciel libre dans le milieu des années 1980, le rapport à la gratuité, en particulier en ce qui concerne les biens immatériels, a évolué. Celles et ceux qui ont connu l'âge d'or des DVD se souviendront sans doute de la petite vidéo épileptique et agressive qui se lançait automatiquement et qui se concluait en assénant sur un ton culpabilisant « Copier, c'est voler ! ». Tout énervé que vous étiez d'avoir tenté de passer cette petite leçon de morale en sautant le chapitre (ce qui n'était généralement pas possible), vous vous interrogiez alors quant à la pertinence d'un tel message pour un DVD que vous aviez acheté, d'autant qu'une personne qui aurait illégalement téléchargé le film n'aurait vraisemblablement pas eu le droit à cette punition !
Cet exemple montre la difficulté qu'il a pu y avoir à transformer l'économie pour passer du monde physique au virtuel.
Le premier réflexe des industries du divertissement a été de vouloir transposer leur mode de fonctionnement organisé autour de supports physiques qui recevaient les œuvres de l'esprit. Ainsi, alors que les techniques peer-to-peer ou l'augmentation des capacités de transmission telles l'ADSL puis la fibre, rendaient le support physique chaque jour moins pertinent pour la circulation des œuvres, le choix a été fait de procéder à cette analogie douteuse et moquée plus tard sur un plan mathématique. En effet, si, dans le monde physique, voler une bicyclette à son propriétaire lui soustrait effectivement le bien, dans le monde informatique copier une œuvre la multiplie sans en priver la personne qui l'avait au départ. Nina Paley a magnifiquement illustré cette incohérence par une animation d'une minute sur ce sujet. Cette vidéo est de surcroît distribuée sous licence Creative Commons, ce qui autorise donc, de fait, à la redistribuer en citant son auteur.
Autre entreprise qui a très bien compris, à l'époque, l'intérêt de transposer la logique du monde matériel au monde informatique : Microsoft. En « revendant » pratiquement à l'infini son système d'exploitation développé une fois, cette entreprise a dépassé en valeur les plus grandes firmes dont la lucrativité reposait sur des biens matériels. Là où le boulanger doit préalablement acheter les matières premières pour fabriquer puis vendre son pain, le vendeur de logiciel, dès lors que le produit est fini, n'a plus de charges spécifiques à la vente de chaque unité (outre respectivement les frais fixes et la recherche et développement). Microsoft a su instaurer une rente et la maximiser dans le temps en se plaçant en situation de monopole.

Avec ces exemples, on voit bien que transposer nos logiques commerciales déployées dans un monde physique à un monde virtuel n'est pas pertinent ou mène à des excès.

Par ailleurs, ce dernier exemple n'a pas été choisi au hasard puisque c'est finalement Microsoft qui a contribué fortement à la cristallisation d'une communauté libriste. Cette entreprise représentait à l'époque la cible principale pour, d'une part, les personnes qui avaient déjà appréhendé les enjeux d'une informatique libre mais aussi pour celles qui voyaient là une occasion de dénoncer les bénéfices colossaux engrangés et lutter contre le capitalisme. Ces deux approches concomitantes, parfois mêlées, ont sans doute contribué à rendre confus le rapport entre logiciel libre, la gratuité et, subsidiairement, la dénonciation du capitalisme néolibéral et ses excès.

Sur ce dernier point, il convient de revenir un instant sur les origines d'une grande majorité d'informaticiens et de libristes, en particulier avant même l’avènement de l'informatique grand public. Un bon moyen d'appréhender les tendances sous-jacentes au monde informatique est de lire le livre de Fred Turner Aux sources de l’utopie numérique. De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand un homme d’influence. De manière extrêmement bien documentée, l'auteur montre une origine libertarienne3 pour beaucoup d'informaticiens (on ne déclinera pas le féminin de ce terme ici étant donnée la prédominance, à l'origine, de « mâles blancs issus de milieux aisés »). Il montre comment de nombreuses personnes déçues par l'avenir radieux que proposaient les communautés aux États-Unis dans les années 60 et 70, se sont orientées vers cet Eldorado naissant et en friche qu'était l'univers informatique. Tout était ouvert ou presque et la liberté (valeur centrale pour les libristes, cela va de soi) pouvait s'exprimer dans cet espace où peu de règles contraignaient le quotidien. Ce détour par les origines — origines qu'il convient une nouvelle fois de relativiser et qui est d'abord là pour expliciter des tendances — peut permettre de lire la réaction et la posture du monde libriste face au monopole de Microsoft Windows comme une lutte contre la limitation des libertés dans l'univers informatique mais aussi, indirectement, contre l'excès de richesses dans le monde réel qui permettait de contraindre les autres et d'imposer un cadre.

L'une des préoccupations des libristes a été de se battre pour expliquer qu'il n'existe pas de liens entre gratuité et logiciel libre. Pour exemple, dans la majeure partie des conférences données par l'April, ce point est inlassablement rappelé. De surcroît, l'intervenant est souvent contraint d'expliciter la confusion entretenue par le terme anglais free (qui peut avoir la signification gratuit ou libre en fonction du contexte ; d'où la nécessité de préciser parfois en anglais le sens que l'on souhaite lui donner et la désormais célèbre formule, dans le monde libriste, de Richard Stallman Think free as in free speech, not free beer). Ceci alors même que notre langue possède deux termes qui distinguent clairement le libre du gratuit.

Le libriste n'est donc certainement pas celui qui veut s'affranchir de l'argent. Il considère par exemple que la licence Creative Commons avec la clause NC (Non Commercial) ne fait pas de cette licence une licence libre. Il préfère laisser la possibilité d'utiliser sa production dans un cadre commercial et ne met jamais cette clause lorsqu'il distribue une production. Le libriste n'est pas non plus le vilain que l'on assimile au « pirate »4 qui télécharge illégalement et qui souhaite ne rien payer. Au contraire, il défend la juste rétribution. Dès le début de son existence, l'April s'est bien souciée de cette question et l'une de ses actions a été de recenser les modèles économiques qui pouvaient exister autour du libre. L'exemple récent du développement du logiciel libre Bénévalibre illustre ce souci de la juste rétribution et de la volonté de rendre l'usage le plus accessible possible. La gratuité y contribue. Ainsi, au sein du collectif dont le besoin commun était la valorisation du bénévolat, des ressources financières ont été collectées pour rétribuer la société coopérative d'intérêt collectif qui avait été identifiée pour le développement. Une fois le travail produit, le logiciel est gratuit à l'usage et les développeurs ont été payés pour leur travail.

Le monde du libre a mis du temps pour prendre conscience qu'il y avait une distorsion entre ce qu'il proposait et la manière dont cela était reçu : alors qu'il promettait une informatique libre, c'est l'argument de gratuité qui était majoritairement entendu, entre autres pour la raison explicitée plus haut. Devant l'immense besoin d'accompagnement technique et de formation devenues nécessaires face un changement du rapport au logiciel5, la communauté libriste, relativement petite, a peiné à répondre aux attentes, occupée qu'elle était par ailleurs à défendre le logiciel libre qui subissait des attaques sur le plan législatif.

Si c'est gratuit (en apparence), c'est vous le produit (ou pas)
Le rapport à la gratuité a beaucoup évolué ces deux dernières décennies.

Les solutions ont mûri et des succès libres planétaires tel VLC6, pour n'en citer qu'un, sont devenus incontournables.
Alors que dans ses premières heures, le logiciel libre a souffert du biais cognitif (entretenu pour partie par un manque d'accompagnement) « gratuit ou pas cher égale moins bonne qualité », cette gratuité, qui aurait pu devenir un atout puisque les logiciels libres étaient désormais plus mûrs, plus stables et capables de répondre à la majeure partie des usages, a été polluée par la gratuité perverse et malsaine des GAFAM 7. Là où la gratuité d'usage souvent offerte par les logiciels libres est sincère, les GAFAM l'utilisent comme un appât pour mieux enfermer l'utilisateur et traire alors ses données pour un profit toujours plus grand. Il est donc vital et essentiel de distinguer systématiquement ces deux types de gratuité !

Pour vous aider, voici une liste d'alternatives, certes pas aussi punchline que l'incomplet « si c'est gratuit, c'est vous le produit » (quoique) :
Si c'est gratuit et libre, ce n'est pas vous le produit
Si c'est gratuit et libre, je fais un don
Si c'est gratuit et libre, c'est bon pour la planète
Si c'est gratuit à l'usage, je lis les CGU8
Si c'est gratuit à l'usage, je cherche le modèle économique
Si c'est gratuit à l'usage et que je donne pleins d'infos sur moi, rouloulou, méfiance méfiance ! (Il y a baleine sous graviers)
Si c'est gratuit à l'usage, où sont stockées mes données ?
Si c'est gratuit à l'usage, il y a eu néanmoins un travail produit
Gratuité GAFAM, je donne mon âme au diable !
Gratuité GAFAM, je le paierai plus tard au 42tuple.
Gratuité GAFAM, tu me tiens par la barbichette
Gratuité GAFAM, vos silos sont nos données
Gratuité GAFAM, refroidissement social
Service Startup payant, je reste méfiant !
Vous aurez sans doute d'autres formules meilleures que celles ci-dessus : n'hésitez pas, lâchez-vous sur Mastodon avec le mot-dièse #CVPoP, «C'est Vous le Produit (ou Pas)».

Les combats libristes ne sont plus les mêmes qu'à leurs débuts : il n'y a plus cette pensée dominante qui désignait Microsoft comme le seul grand méchant à abattre. Les « cibles » se sont diversifiées. Désormais, les GAFAM sont devenus plus « gris » en apparence. Ils ont intégré dans leur modèle économique les logiciels libres. Dans leur milieu, on dit Open Source pour ne pas faire peur et pour montrer que l'on ne s'intéresse qu'à l'aspect technique et certainement pas politique., entre autres pour améliorer leur image. Ils sont désormais tournés vers l'Intelligence Artificielle et le traitement du big data pour maximiser toujours plus leurs profits et consolider un pouvoir qui ne cesse de s'accroître par rapport aux États (pour s'en convaincre, voir les investissements respectifs des GAFAM pour faire du lobbying auprès de la Commission européenne).9

Là où l'enjeu des premiers combats libristes pouvait être perçu comme anticapitaliste, les révélations d'Edward Snowden quant à la réalité de la surveillance généralisée ou le scandale Cambridge Analytica ont démontré un danger fort et réel pour nos démocraties.
Le combat pour une informatique libre est donc loin d'être terminé. Le logiciel libre est une condition nécessaire (mais non suffisante) pour une informatique respectueuse des utilisatrices et utilisateurs. Il est une condition de l'émancipation des citoyennes et citoyens et la pièce maîtresse d'une décentralisation d'Internet inéluctable si l'on souhaite préserver nos démocraties.

#70 - Réemploi informatique - Dire non à l'informatique injuste - Choisir l'outil adapté - « Libre à vous ! » diffusée mardi 23 juin 2020 sur radio Cause Commune

APRIL - mar, 06/23/2020 - 15:30

Au programme : le réemploi informatique et le reconditionnement pour la réutilisation, la chronique « Partager est bon  » sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide » et le retour d'expérience d'Isabella Vanni, dans sa chronique « Le libre fait sa comm' », sur la recherche d'un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation.

Émission Références Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 70e émission :

  • notre sujet principal : le réemploi informatique, le reconditionnement pour la réutilisation avec Isabelle Carrère d'Antanak et Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique
  • la chronique « Partager est bon  » de Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Dire non à l'informatique injuste, même une seule fois, est une aide ».
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, sur son retour d'expérience sur la recherche d'un outil adapté pour les projets du groupe de travail Sensibilisation
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toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique « Partager est bon »
  4. Références pour la partie sur : le réemploi informatique et le reconditionnement pour la réutilisation
  5. Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' »
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Véronique Bonnet, professeur de philosophie et administratrice de l'April
  • Isabelle Carrère d'Antanak
  • Joyce Markoll de l'Atelier Orditux Informatique
  • William Agasvari, de radio Cause Commune, à la régie

L'émission a été exceptionnellement réalisée à distance, notamment en utilisant Mumble. Vous pouvez tester et utiliser ce logiciel sur Chapril.org.

Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique « Partager est bon » Références pour la partie sur : le réemploi informatique et le reconditionnement pour la réutilisation Références pour la chronique « Le libre fait sa comm' » Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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